Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Merci à mes fidèles revieweuses Zeugma et Daidaiiro. Manon et Juliana, également un très très grand merci à vous deux.
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Hantises

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Hermione s'apprêtait à entrer dans sa salle de bains lorsqu'un bruit dans le salon attira son attention. Ce n'était pas celui du sort d'alerte qui indiquait que quelqu'un venait d'entrer dans l'infirmerie, celui-là était conçu pour résonner à l'endroit où elle se trouvait, où qu'elle soit dans le château. Elle retourna dans la pièce qu'elle venait de quitter.

« Hermione ? Tu es là ? »

La voix désincarnée venait de la cheminée et précéda de peu le visage d'une jeune femme qui apparut au travers d'un rideau de flammes vertes. Dès le lendemain, se promit-elle, elle installerait un pare-feu, elle avait toujours trouvé d'une rare indiscrétion ce système de communication. Même si la plupart des gens avaient la correction de vous prévenir, il fallait qu'il y en ait toujours quelques-uns pour débarquer dans votre salon à l'improviste. Heureusement qu'à Poudlard, elle avait la possibilité de filtrer les matérialisations complètes ! Un pare-feu ne condamnerait pas la cheminée, mais aurait au moins le mérite de cacher la pièce aux regards indiscrets.

—Ginny ? A cette heure ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

—C'est Harry. Il ne va pas bien. Il a eu une crise terrible aujourd'hui, et depuis, il est complètement amorphe, il ne bouge pas, il ne parle pas, il ne semble même pas me voir. Je ne l'avais jamais vu comme ça depuis la fin de la guerre, depuis que… tu te souviens, pendant la période...

Dix ans après, Ginny avait toujours autant de mal à parler des frères et du père que la guerre lui avait enlevés. « Est-ce que tu pourrais venir ? »

La mort de son meilleur ami avait achevé de ruiner la santé morale du 'Sauveur du Monde Sorcier', après toutes les autres pertes qu'il avait subies, elle avait été la goutte d'eau qui avait fait basculer Harry dans une profonde dépression qui s'était traduite, pendant plusieurs années, par des pulsions morbides, des recours temporaires mais réguliers à des substances plus ou moins licites, et plusieurs tentatives de mettre fin à ses jours.

—Je ne peux pas quitter l'infirmerie sans prévenir personne, surtout un jour, ou plutôt une nuit, de rentrée. Je vais essayer de prévenir Snape, en espérant qu'il ne soit pas couché. J'arrive le plus vite possible, sinon je te rappelle.

—Merci Hermione, essaye de faire vite. S'il te plait !

—Bien sûr, ne t'inquiète pas.

La tête disparut et les flammes prirent une couleur normale avant de se dissiper à leur tour, pendant qu'elle invoquait un Patronus, dictant une demande d'entrevue urgente au directeur. Quelques minutes plus tard, la voix du Maître des potions jaillit de l'âtre.

« Vous pouvez monter, je vous ouvre la cheminée. »

Une poignée de poudre de Cheminette plus tard, elle débarquait en toussant et en époussetant les traces de suie sur sa robe, dans le bureau directorial, sous le regard mi courroucé mi narquois de Severus Snape. Seigneur qu'elle haïssait ce moyen de transport !

—Vous avez vu l'heure, Granger ? Vous avez intérêt à ce que ça en vaille la peine ! Que se passe-t-il ? Minerva a trop sniffé d'herbe à chat et elle déambule sur les toits en nuisette à fanfreluches ? Trelawney fait un coma éthylique et il faut l'envoyer d'urgence à Ste Mangouste ? Un élève est à l'agonie ?

—Vous espérez trop pour un premier jour, monsieur le directeur, ironisa-t-elle en lui donnant intentionnellement son titre. « Non, Ginny vient de m'appeler. Harry est souffrant et elle me demande si je peux faire un saut chez eux. »

—Potter ? Saint Potter est malade ? Et il n'y a pas de Médicomages à Londres ? Le personnel de Ste Mangouste s'est mis en grève ? Quoi qu'il en soit et jusqu'à nouvel ordre, monsieur Potter est un être humain, que je sache, et un simple médecin moldu ferait tout aussi bien l'affaire pour la plupart des pathologies, en quoi a-t-il besoin de faire venir un Médicomage d'Ecosse ?

—Je… ce serait trop long à expliquer maintenant, mais ce n'est pas ce genre de maladie. Je vous promets que je vous expliquerai tout demain. En attendant, si… hem, si vous pouviez…

—On ne va pas y passer la nuit ! Accouchez, Granger, si je puis m'exprimer ainsi !

—Eh bien… vous êtes Maître des potions et par là-même, habilité à soigner les cas courants, alors pour l'infirmerie…

—Malfoy…

—Draco est un excellent Potioneur, mais il n'a pas suivi la formation de Guérisseur du cursus de Maîtrise.

—Que pouvez-vous savoir du cursus de Maîtrise de potions ?

—Oh, vous savez bien que je suis une miss-je-sais-tout… C'est l'affaire d'une heure ou deux, Severus, je vous revaudrai ça.

Il la fusillait toujours de ses yeux d'obsidienne, mais le minuscule tressautement qui étira imperceptiblement ses lèvres démentait son apparente colère.

—Une insupportable miss-je-sais-tout, vous avez oublié insupportable ! Bon, capitula-t-il, « je vous donne une heure, si d'ici-là vous n'êtes pas revenue, je m'invite au Square Grimmaurd … Et vous avez intérêt à tout me raconter à votre retour. »

—Entendu. Puis-je emprunter votre cheminée ?

—Mais je vous en prie, faites donc comme chez vous, railla-t-il avec un semblant de courbette accompagné d'un regard glacial. « Pour le retour, je vous serais reconnaissant de débarquer directement à l'infirmerie, mon bureau n'est pas un hall de gare. »

—Merci Severus ! Sourit-elle ironiquement, en lançant une poignée de poudre grise dans les flammes.

Elle fut absente trois heures, et bien entendu, il ne mit pas sa menace à exécution. Merlin le préserve de remettre un jour ne serait-ce qu'un orteil dans la maison des Black !

Il somnolait, allongé sur le lit de la salle de garde, lorsqu'elle surgit de la cheminée de l'infirmerie dans une quinte de toux. Pliée en deux, une main appuyée sur le mur et l'autre posée sur sa poitrine, la gorge déchirée et les yeux larmoyants, elle mit un moment pour reprendre sa respiration.

—Vous ne pouvez pas emprunter une cheminée sans rejouer 'La dame aux camélias' à chaque fois ? Bougonna-t-il en se levant.

—C'est gentil de vous inquiéter autant de mon bien-être, je suis touchée…. Elle s'interrompit net, réalisant soudain ce qu'il venait de dire. « Vous connaissez les auteurs moldus français ? »

—Dois-je vous rappeler que je suis à moitié Moldu ? Quant à la littérature de fiction Sorcière, comme vous avez du vous-même le constater d'ailleurs, elle est assez limitée et plus qu'extrêmement médiocre… et même si nous avons d'immenses auteurs en Angleterre, avoir une bonne culture générale est rarement synonyme de chauvinisme. De plus, pour votre gouverne, la famille Prince, bien qu'étant depuis plusieurs générations établie sur le sol du Royaume Uni, a son berceau et ses principaux fiefs dans le Sud-Ouest de la France. Au contraire des Moldus, les sorciers considèrent toujours les territoires de l'ancien Duché d'Aquitaine comme faisant partie intégrante du Royaume d'Angleterre. Ma mère, malgré qu'elle ait été reniée par ses parents, a tenu à m'inculquer la double culture héritée de ses ancêtres.

—Mais je croyais que Beauxbâtons était situé dans les Pyrénées ?

—C'est exact, mais dans la partie orientale des Pyrénées, sur la façade méditerranéenne. Dans la partie française de la Catalogne, pour être précis… mais je ne pense pas qu'il soit l'heure de discuter géographie ! Allez-vous enfin me dire…

—Plus tard si vous le voulez bien, je suis fatiguée, j'ai besoin de dormir. Je vous remercie de m'avoir remplacée, Severus ! Vous pouvez rejoindre votre lit vous-aussi, maintenant. Demain ! Promit-elle devant son regard menaçant.

Après un bref hochement de tête, il se retourna et sortit dans un envol de robes du plus bel effet. Dommage pour lui que ça ne l'impressionne plus.

—Qui d'autre est au courant ?

—Seulement Ginny et Minerva… je pense qu'elle en a aussi parlé au portrait de Dumbledore, mais à ce moment-là, nous n'avions encore que des soupçons. Tous les autres pensent que ses 'sautes d'humeur' sont des séquelles des traumatismes de la guerre.

—Il y a longtemps que vous avez compris que ça pouvait éventuellement être autre chose ?

—Le véritable diagnostic a été posé cet été seulement. Peu avant votre retour, pour tout dire.

—Potter sait-il ce qu'il en est?

—Non, du moins nous ne le pensons pas. Généralement, après une crise, il ne se souvient de rien. Ginny refuse de lui en parler, elle a peur que s'il venait à l'apprendre, il n'essaye de mettre fin à ses jours.

—Ce qui, à moins qu'il ne s'injecte du venin de Basilic ou ne s'immole à l'aide d'un Feudeymon, serait particulièrement stupide, et ne servirait qu'à faciliter ce qu'il essayerait d'empêcher… Pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé plus tôt ?

—Vous veniez tout juste de revenir, vous aviez perdu la mémoire, et il y avait cette histoire d'espace-temps, pour vous la guerre n'était terminée que depuis un mois… vous aviez bien assez d'autres problèmes à gérer. Minerva voulait vous le dire, mais…

—Mais vous l'en avez dissuadée !

—Je savais que vous voudriez faire quelque chose, mais avec ce que vous veniez de subir…

—Mais, femme inconsciente, vous rendez-vous compte de ce que cela pourrait impliquer ? Avez-vous donc la mémoire aussi courte ?

—Je…

—Taisez-vous !

Il lui tourna brusquement le dos, s'approchant de la fenêtre. Un assez long moment s'étira avant qu'il ne reprenne la parole.

« Après que Dumbledore m'ait révélé, seulement quelques semaines avant sa mort, ce qui s'était vraiment passé à Godric's Hollow, lorsque le Seigneur des Ténèbres a tenté de tuer Harry Potter la première fois, j'ai entrepris des recherches de mon côté. C'est seulement à ce moment-là que j'ai découvert l'existence des Horcruxes, et cherché la manière de les détruire… parce que non, il ne m'avait pas parlé de cette partie-là du problème. Il ne voulait pas, selon ses propres termes 'mettre tous ses œufs dans le même panier, panier qui passait beaucoup de temps pendu au bras du Seigneur des Ténèbres'. Son ton était rempli d'amertume. « S'il m'avait fait part de ses soupçons dès le départ, dès la disparition de Voldemort, peut-être, en unissant nos efforts, aurions-nous pu les découvrir assez tôt pour pouvoir empêcher son retour et de ce fait éviter cette guerre. Mais il n'y avait qu'un peu plus d'un an que je m'étais rallié à lui, alors, et il ne me faisait pas pleinement confiance… De toute façon, à cette époque-là, il n'était certain de rien, il n'a eu vraiment la confirmation de ses suppositions que dix ans plus tard, lors de la première tentative de retour de Voldemort, avec l'aide de Quirell. Et à ce moment-là, il a su que tôt ou tard, je devrai reprendre ma place auprès de lui, et il a préféré se confier à Potter plutôt qu'à moi. Il donna un coup de poing rageur dans le mur. « Quel gâchis ! Quelle perte de temps ! »

Elle ne put déterminer s'il parlait du manque de confiance de Dumbledore, ou du regret d'avoir pris la Marque, rapporté la prophétie à Voldemort, et de tout ce qui en était résulté.

Après le petit déjeuner dans la Grande salle, il l'avait suivie. Il était bien décidé à avoir le fin mot de l'histoire, et il ne tenait pas à ce que les portraits soient au courant des développements futurs de l'affaire… pas avant qu'il y ait lui-même réfléchi posément.

Au lieu de rester dans les locaux de l'infirmerie, elle lui avait ouvert le passage vers ses appartements, et ils se trouvaient maintenant dans un petit salon lumineux, aux fenêtres voilée de diaphanes rideaux immaculés flanqués de tentures d'un bleu profond. Deux confortables fauteuils étaient disposés de part et d'autre de la cheminée, séparés par une table basse, et un sofa blanc cassé, recouvert d'un plaid indigo et d'une multitude de coussins bleus, gris et taupe trônait au milieu de la pièce où s'étalait un épais tapis de haute laine écru. Deux petits guéridons aux lignes épurées, manifestement d'origine moldue, de part et d'autre du canapé, une petite table accompagnée de deux chaises dans un angle, qui faisait manifestement également office de bureau et sur laquelle était posé un ordinateur portable, un meuble bas, sur lequel étaient disposées quelques cadres contenant des photos moldues et un magnifique bouquet de roses tardives et, recouvrant la plus grande partie des murs, de simples rayonnages de bois, qui remplaçaient les antiques bibliothèques tarabiscotées habituelles, complétaient l'ameublement. L'ensemble, indéniablement féminin mais sans mièvrerie, formait un assortiment surprenant dans cette antique bâtisse, dont le mobilier n'avait guère changé en plusieurs siècles. Il n'y avait plus non plus aucune trace des tableaux centenaires qui ornaient avec plus ou moins de bonheur toutes les pièces du château (et constituaient au passage une bonne source de renseignements pour le directeur).

Severus avait été surpris par cette décoration qui arrivait à mêler harmonieusement des éléments disparates trouvés dans le château à des pièces résolument modernes, rapportées du monde Moldu. Les couleurs aussi, le surprenaient, ces dégradés de bleu, de brun et de gris auraient parfaitement convenu à une Serdaigle… s'était-il attendu à du rouge et à de l'or ? Il savait pourtant que c'était stupide, lui-même n'avait jamais affiché les couleurs de sa Maison dans son intérieur. Le salon dégageait une atmosphère apaisante, que ne troublaient pas les quelques notes vives apportée ici où là par un bouquet, ou un tableau abstrait aux couleurs éclatantes.

Il s'assit dans l'un des deux fauteuils en soupirant. Il devait être écrit qu'à chaque fois que Potter survivait à un maléfice de mort, c'était pour lui pourrir la vie ! Il aurait dû partir en courant lorsque Minerva lui avait proposé de garder son poste encore pendant un an. Oh bien sûr, il n'était pas obligé de s'en mêler, mais les soupçons des trois femmes n'étaient pas complètement dépourvus de sens, et s'ils venaient à se confirmer… Il ne voulait pas assister à une seconde renaissance de Voldemort, il ne voulait pas revivre ce cauchemar encore une fois. Il ferma les yeux, pinçant l'arrête de son nez entre deux doigts...

TBC