Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Un grand merci à tou(te)s pour vos reviews, en particulier Manon et Juliana à qui je ne peux pas répondre en personne.
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Mini révolution à Poudlard

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L'idée de Severus était de proposer aux parents des enfants entre huit et dix ans, à l'âge où la magie accidentelle se déclenchait le plus souvent, de leur permettre d'intégrer une classe 'préparatoire' calquée sur les écoles élémentaires moldues. Les enfants issus de familles magiques ou mixtes y apprendraient à comprendre le monde moldu, et les enfants issus des familles moldues qui ne comprenaient pas ce qui arrivait à leurs rejetons, y seraient initiés en douceur au monde magique.

Pas de baguettes ou d'incantations dans ces classes, tous les élèves y suivraient un cursus traditionnel dans les matières essentielles qu'étaient la lecture, l'écriture, et le calcul basique, qui éviterait les inégalités fréquemment rencontrées entre les enfants ayant été scolarisés dans des établissements moldus, et ceux des familles exclusivement magiques qui étaient, pour la majorité d'entre eux, plus ou moins bien éduqués à domicile, et présentaient parfois d'énormes lacunes à leur arrivée au collège. En outre, les rudiments de l'histoire moldue et magique y seraient abordés en parallèle, afin que les élèves puissent appréhender, et se découvrir, un passé commun. Un service de transport par Portoloins serait en outre aménagé, afin de permettre aux enfants, contrairement à leurs ainés, de rentrer chez eux tous les weekends.

Il s'attendait à avoir à lutter pour imposer cette petite révolution à un monde magique généralement réfractaire au moindre changement, mais cette proposition fut étonnamment bien accueillie par l'ensemble du corps enseignant. C'était en effet une occasion unique d'homogénéiser le niveau de départ des futurs collégiens et de créer une ambiance dénuée de toute rivalité de Maisons, qu'ils espéraient voir perdurer après la Répartition, qui restait fixée à l'entrée officielle au collège, à onze ans. Forte de cet appui, elle reçut très rapidement l'agrément du ministère de la Magie et du conseil d'administration de Poudlard, d'autant que Severus s'était arrangé pour qu'elle ne nécessite la création que d'un seul poste supplémentaire, ainsi qu'un accueil majoritairement très favorable des familles concernées. Il fut convenu que les premiers élèves intégreraient l'école au début de novembre, le temps de leur installer des quartiers et des classes neutres, à l'écart de ceux des plus grands, et de tout contexte de Maison.

Hagrid avait accepté de cumuler les fonctions de concierge et de garde-chasse, ainsi qu'il l'avait déjà fait juste après la guerre. Ernie, qui avait fréquenté école et université moldues et avait autant, sinon plus, d'expérience de leur monde que de celui de sa famille, se vit promu professeur pour l'initiation à la vie moldue et les mathématiques. Ginny Weasley-Potter, pressentie pour la partie littéraire et l'initiation au monde magique, s'empressa d'accepter le poste, et l'appartement qui allait avec. A charge pour les deux professeurs d'assurer ensemble la partie 'histoire'.

Le plus difficile fut finalement de convaincre un Harry plutôt réticent à l'idée de se retrouver à Poudlard, que changer d'environnement, en quittant pour un temps le Square Grimmaurd et revoir d'anciens camarades pourrait lui être bénéfique. Hermione renchérit en lui faisant valoir qu'affronter le passé en face en retournant sur les lieux où il avait affronté Voldemort, et où il n'avait jamais voulu revenir depuis, pourrait l'aider à surmonter ses 'crises', et ainsi le libérer plus vite de son Psychomage.

Le petit Ted Lupin, quant à lui, était fou de joie à l'idée que non seulement il pourrait bientôt suivre des cours avec d'autres enfants de son âge, mais que son parrain adoré allait venir vivre à Poudlard. Il en conçut en outre pour Severus, au grand amusement de sa mère et d'Hermione, une reconnaissance qui le propulsait dans son affection presque au même niveau qu'Harry.

Hermione, Tonks et Ginny passèrent les premiers weekends de septembre à aménager l'appartement que les Potter allaient bientôt occuper, ce qui renforça les liens entre les trois jeunes femmes. En tant qu'amie proche et ancienne Auror, Tonks avait été mise dans la confidence. Le premier mouvement d'étonnement passé, elle n'avait tout compte fait pas été surprise outre-mesure par la volonté de Severus de vouloir aider Harry.

Remus lui avait souvent parlé du Maître des potions, le lui présentant sous un jour que l'ancienne élève qu'elle était, avait découvert avec étonnement. Elle savait qu'il existait un passif assez lourd entre eux, étrangement mêlé, malgré tout, d'un certain respect réciproque. Son époux avait toujours été fasciné par la personnalité complexe de son ancien collègue, et même pendant la dernière année, ses propos à son égard avaient toujours été étrangement modérés, en privé, alors qu'ils étaient aussi véhéments que ceux des autres en public. Par la suite, après la guerre, elle avait appris par une lettre qu'il lui avait laissée, que Severus avait continué à lui fournir, chaque mois, la potion tue-loup qu'il préparait spécialement pour lui, au risque de se faire surprendre par les Carrow. Et qu'elle était en outre systématiquement accompagnée de renseignements essentiels sur Voldemort et la situation à l'intérieur de l'école. Elle ne savait pas comment et pourquoi Remus et Severus étaient restés en contact, mais le témoignage posthume du Loup-garou avait, avec ceux d'Harry, des portraits du bureau directorial, en particulier celui de Dumbledore, et les souvenirs laissés par les deux derniers directeurs de Poudlard, contribué à la réhabilitation du Maître des potions alors disparu et présumé mort.

...

Malgré qu'elle en ait été la première informée, et l'ait aidé à le mettre au point, et que ce soit elle qui ait servi d'intermédiaire pour d'abord en parler aux deux sous-directeurs, Hermione n'avait pas accompagné Severus, Minerva et Filius au ministère de la magie pour présenter le projet. Elle ne faisait pas partie du corps enseignant et il valait mieux que ni les autorités ni Harry ne se doutent que cela pouvait servir à masquer un deuxième objectif. Elle espérait de tout son cœur que l'hypothèse émise par Severus soit juste. L'idée d'un deuxième retour de Voldemort, qui plus est par l'intermédiaire de son meilleur ami, et de tout ce que cela pourrait impliquer, lui était insupportable.

En préparant la théière, à la manière moldue, elle se surprenait à penser combien les habitudes pouvaient s'installer rapidement. Sans qu'ils l'aient vraiment décidé, Severus et elle se retrouvaient régulièrement deux fois par semaine pour prendre le thé. Il passait à l'infirmerie pour vérifier les registres, prendre la mesure des stocks et superviser les visites médicales obligatoires qui avaient commencé dès les premiers jours après la rentrée, et invariablement, la visite se terminait dans le salon de la jeune femme, devant une tasse de thé ou de café. La plupart du temps, la conversation finissait par porter sur Harry. Les Potter n'ayant pas encore emménagé, ils en étaient réduits à envisager toutes les hypothèses le concernant, y compris celle où il serait toujours un Horcruxe.

Il était assis sur le fauteuil qu'elle avait fini par considérer comme le Sien, et grattouillait d'une main distraite le menton et les oreilles de la boule de poils roux qui ronronnait comme une turbine sur ses genoux. Pattenrond avait adopté Severus avec une facilité et une rapidité qui surprenait encore Hermione. Le demi-Fléreur était plus circonspect d'habitude et prenait son temps avant d'accorder son amitié, il avait toujours été un très bon indicateur des personnes à qui on pouvait ou non se fier. Il étira ses pattes d'un air béat avant de se retourner sur le dos pour présenter son ventre aux doigts dispensateurs de félicité féline. Les deux semblaient apprécier ce moment autant l'un que l'autre, et Hermione sourit discrètement à cette scène pour le moins inhabituelle, en posant le plateau sur la table basse.

—Ce traître ne s'est pas montré de la journée, et lorsqu'il daigne rentrer, c'est vous qui bénéficiez de ses faveurs, je serais en droit de me demander quel sort vous avez jeté à mon chat ! Sourit-elle

—Que diriez-vous si je vous avouais que nous sommes de vieilles connaissances, lui et moi. Il lui est souvent arrivé de passer des journées, et même des nuits entières dans mes appartements, alors même que vous étiez encore élève. Ne soyez pas aussi étonnée, poursuivit-il devant l'air stupéfait de la jeune femme, qui s'était immobilisée, théière à la main. « Il faut croire que votre demi-Fléreur est plus clairvoyant que la majorité des humains… et de toute façon, allez donc déloger un chat lorsqu'il a décidé de s'installer quelque part. Il parut un instant se perdre dans ses souvenirs. « J'avoue qu'il m'a même certainement sauvé la vie une fois ou deux, en allant prévenir Dumbledore lors de certains retours de convocations… délicats, au début du retour de qui-vous-savez. Il… il est une des choses qui m'ont le plus manquées pendant la dernière année…» Avoua-t-il en baissant les yeux sur l'animal, qui arborait maintenant un sourire de volupté digne du Chat du Cheshire.

Hermione plongea dans sa tasse de thé pour ne pas montrer sa compassion. Severus était maintenant considéré par tous comme ayant été une pièce maitresse dans l'issue de la guerre, mais qui s'était jamais soucié de savoir ce qu'avait vraiment vécu cet homme depuis qu'il avait juré allégeance à Dumbledore ? Qui s'était jamais demandé comment il avait pu vivre, supporter, cette dernière année, dans l'isolement le plus complet, condamné par les siens et marchant sur le fil du rasoir au milieu de l'ennemi, sans pouvoir jamais être sûr de survivre à l'heure suivante. Faisant malgré tout, son possible pour protéger les élèves autant qu'il le pouvait, dans la mince marge de manœuvre dont il disposait compte tenu de la présence des Carrow. Aidant Harry dans l'ombre, à accomplir la mission que lui avait confiée Dumbledore… Harry qui pendant ce temps...

—… Potter…

Elle tressaillit. Severus ne s'était apparemment pas aperçu de son moment de distraction, et avait changé de conversation, ramenant le sujet sur le cas d'Harry.

—Il y a quelque chose, dans ce que vous avez dit l'autre jour… Dans le matériel moldu que vous avez installé, y'a-en-t-il un qui puisse mettre un patient sous assistance respiratoire et lui garder les apparences de la vie même en état de mort cérébrale ? »

—Hélas non, les seules machines que Fred et Ernie ont pu faire fonctionner sont somme toute assez rudimentaires, et ne constituent rien de plus qu'une aide au diagnostic, en cas d'absence de baguette magique. La possibilité de faire des radiographies par exemple, avec une adaptation de la méthode de développement des photos magiques. Il en va de même pour l'appareillage permettant la détermination du groupe sanguin, et les transfusions. La méthode employée relève finalement plus de la mécanique que de la magie.

—Comment faites-vous pour votre ordinateur ? Questionna-t-il en désignant la petite table sur laquelle il était posé.

—Vous savez ce que c'est ?

—Arrêtez une fois pour toute de me prendre pour un idiot, Hermione ! Pour la dernière fois j'espère, je suis à moitié Moldu. J'ai vécu exclusivement comme un Moldu jusqu'à l'âge de onze ans. Je connais leur technologie et je m'en sers même, à l'occasion. Ma maison est équipée de l'électricité et de l'eau courante, je possède, entre autres appareils ménagers, un téléviseur et une chaine Hifi, et j'ai un ordinateur moi-même. Pour tout dire, j'ai passé une bonne partie de l'été à m'initier à l'informatique. Ce qui n'a d'ailleurs, si je puis me permettre ce jeu de mot stupide, rien de bien sorcier…

—Oh ! Eh bien... Je vous avoue que je n'imaginais pas… il ne vous manque plus qu'un jean et un téléphone portable pour vous fondre dans la masse, plaisanta t-t-elle

—J'en ai un, bien que je ne m'en serve guère que pour internet, et je ne me promène pas en redingote dans le monde moldu ! Ses yeux se plissèrent dans un sourire moqueur, qu'il ne laissa tout de même pas arriver jusqu'à ses lèvres devant l'air abasourdi d'Hermione. « Alors… l'ordinateur ? »

—En fait, je ne sais pas au juste ce que j'espérais. Peut-être découvrir un sortilège qui me permettrait de charger la batterie et lui permettrait de fonctionner, ne serait-ce qu'à certains endroits du château, mais je n'ai pas encore trouvé…

—Pour cela, je peux vous aider. Comme je vous l'ai dit, j'en ai moi-même un. En ce qui concerne les machines dont je parlais, peut-être qu'en modifiant le sortilège pour le rendre plus puissant…

—Vous… avez réussi à le faire fonctionner ?

—Ce n'était tout compte fait pas bien compliqué… évidemment, le fait que je puisse me faire obéir du château a bien aidé les choses ! Je vous apprendrai le sort, mais les appareils ne fonctionnent pas partout. J'ai réussi à aménager une zone… une espèce de… 'caisson', en quelque sorte, ouvert à la technologie moldue, dans une ancienne salle de cours, attenante à mon laboratoire personnel, que j'ai rendue Incartable. Les batteries des appareils électriques non seulement n'y sont pas neutralisées, mais ne se déchargent plus, une fois l'appareil ensorcelé. J'espère qu'il est inutile de préciser que je vous demande de tenir votre langue, même vis-à-vis de Minerva, jusqu'à nouvel ordre… Pourquoi me regardez-vous comme ça ?

—Vous… vous me faites confiance ?

Il lui jeta un regard ironique, et lorsqu'il répondit, son ton était redevenu sarcastique.

—Ce n'est pas non plus un secret d'état, la 'brèche' que j'ai créée est bien protégée, et ne met en aucune façon en danger les défenses du château, mais le monde magique a encore du mal à accepter les technologies moldues. Je préfère que cela reste confidentiel pour le moment. Et si vous voulez que je vous aide à trouver une solution au problème de votre ami, nous aurons besoin chacun des connaissances de l'autre. Si j'ai bien compris, le temps commence à presser, et se faire des cachotteries ne servirait qu'à retarder les choses. Nous n'avons le choix ni l'un, ni l'autre. De plus… une lueur brilla au fond de ses yeux sombres, pour la deuxième fois de l'après-midi, elle aurait juré avoir vu l'ombre d'un sourire passer sur son visage, « si vous aviez vraiment voulu me nuire, vous auriez déjà raconté à tout le château que vous m'avez appris à faire des ricochets ! »

Elle sourit franchement à cette sortie. Elle conservait jalousement par devers elle l'espèce de camaraderie qui s'était installée entre eux depuis cette après-midi au bord du lac. Depuis ce jour, il était moins réservé avec elle. Lorsqu'ils n'étaient pas en présence des autres, il arrivait parfois à lâcher prise pendant quelques minutes, et il lui laissait inconsciemment entrevoir un côté presque… vulnérable et en tout cas profondément humain et bien éloigné de ce qu'il montrait en public.

—Qui vous dit que je ne réserve pas cela pour vous faire chanter à l'occasion ?

—Personne ne vous croirait, et vous auriez plus de choses à perdre que moi dans l'histoire… moi, je n'ai pas besoin de ma charge de directeur pour vivre !

Elle lui jeta un regard circonspect, mais l'étincelle était toujours là, au fond de ses yeux, et elle se détendit.

TBC