Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Un grand merci à mes reviewe(rs)uses. Vous allumez le soleil, même sous la pluie (au sens propre et au sens figuré) !
Manon, juliana : merci d'être toujours là. Eileen1976 : patience, elle y va… et moi aussi j'adore Luna !
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Les révélations de Phineas Nigellus Black

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Après le départ de Luna, Hermione se mit en quête de Severus, afin de le remercier pour son cadeau, mais elle ne le trouva ni chez lui, ni dans son laboratoire, ni dans la salle aménagée pour la technologie moldue. Il aurait certes pu ne pas vouloir lui répondre, mais elle ne voyait vraiment pas pourquoi il aurait fait cela. En dernier recours, elle se décida à faire un dernier essai avec son bureau.

Tout en marchant dans les couloirs, elle ne pouvait s'empêcher de penser, avec un léger trouble, à la conversation qu'elle venait d'avoir avec son amie. Pouvait-elle vraiment être… am-attirée par Severus Snape ? Cette idée, qui lui aurait parue complètement absurde quelques mois, voire même quelques semaines plus tôt, ne lui semblait plus aussi incongrue, maintenant. A quel moment l'espèce de complicité qui s'était insidieusement instaurée entre eux depuis son retour s'était-elle transformée en quelque chose de plus… profond ?

Non, il ne pouvait pas être question d'un quelconque sentiment amoureux, elle en était… elle en était… En était-elle vraiment si sûre ? La réponse qu'elle avait donnée à Luna était bien la vérité, elle ne savait tout simplement pas. Vraiment pas. Mais leurs rapports avaient indubitablement évolué depuis l'été. Elle aimait à penser qu'ils étaient devenus amis, et même bons amis. Seuls de bons amis peuvent s'envoyer des piques, se disputer ainsi qu'ils le faisaient souvent, et faire comme si rien ne s'était passé, le quart d'heure suivant. Elle aimait son intelligence, leur passion commune pour la lecture, leurs longues conversations, le fait qu'il ne soit pas, comme la plupart de ses amis si l'on exceptait Luna, rebuté par ses centres d'intérêts. Elle aimait sa simple présence et leurs silences partagés, les heures qu'ils passaient dans l'ancienne salle de potions, chacun travaillant de son côté sur le problème qui les occupait, avant de confronter leurs trouvailles et leurs idées, et d'en discuter encore pendant d'autres heures.

Elle aimait à penser qu'il était différent avec elle, lorsqu'ils se retrouvaient seuls. En public, il était toujours le bâtard des cachots, que tous avaient pu connaître avant. Peut-être à peine un peu moins revêche, maintenant qu'il n'était plus assujetti aux tâches qui avaient été les siennes pendant la guerre. Avec elle, il ne se sentait plus obligé d'arborer le masque froid et inexpressif du professeur Snape. Par moments, il semblait presque… apaisé. Il était toujours, comme elle, hanté par les souvenirs d'un passé, qui pour lui était encore tout proche, mais il faisait de réels efforts pour essayer de tourner la page. Il le lui avait dit, et elle le croyait. La potion de cette nuit témoignait de cette volonté d'apaisement. Non qu'elle ait jamais pensé que cela allait être facile et qu'il n'y aurait jamais plus de mauvais moments ou de rechutes, autant et surtout, pour lui que pour elle. Mais elle osait espérer que les choses continueraient sur cette voie…

La Gargouille pivota docilement dès qu'elle eut donné le mot de passe, mais là non plus, personne ne répondit lorsqu'elle frappa à la porte du bureau directorial. Elle fronça les sourcils, elle ne comprenait pas… en l'absence du directeur, la Gargouille n'aurait pas dû la laisser passer aussi facilement, même avec le mot de passe. Elle aurait au moins dû l'avertir qu'il n'était pas là. À moins qu'elle n'ait reçu des instructions spéciales la concernant, comme cela avait été le cas pour Harry, qu'elle avait laissé monter sans rien lui demander, le soir de la bataille. Elle allait revenir sur ses pas, lorsque le battant s'ouvrit silencieusement devant elle.

—Miss Granger ! Quelle bonne surprise ! Entrez, je vous en prie !

Elle reconnaissait cette voix, même si elle ne l'avait entendue qu'une fois en plus de dix ans, le jour du retour de Severus. Elle fit un pas hésitant dans le bureau, en regardant autour d'elle. Le Maître des potions n'était pas là, mais en face d'elle, depuis son cadre accroché au mur, Dumbledore lui souriait, le regard toujours aussi pétillant derrière ses lunettes en demi-lune.

—Ne craignez rien, entrez ! Quelle agréable surprise ! répéta-t-il. « Que nous vaut le plaisir de votre trop rare visite ? »

—Plaisir… parlez pour vous Albus, ronchonna une seconde voix. Ce garçon ne mérite pas d'avoir une deuxième fois le cœur brisé par une de vos satanées Gr… !

—Taisez-vous langue de vipère ! L'interrompit une troisième voix, féminine celle-là. Croyez-vous vraiment qu'il apprécierait ce que vous dites ?

—Dilys à raison, vous parlez trop Phineas, et cette charmante enfant mérite que l'on soit plus courtois avec elle. Surenchérit Dumbledore.

Le cœur brisé ? De qui parlait ce vieux fou ? Qu'est-ce que cela pouvait signifier ? Avait-elle interrompu une conversation en cours avant son arrivée, ou les portraits parlaient-ils d'elle ? Hermione se tourna vivement vers le second tableau.

—Tiens, professeur Black ! Pourquoi est-ce que cela ne m'étonne pas ? Vous ne m'avez jamais aimée, n'est-ce pas ? Puisque je suis ici, je peux savoir ce que je vous ai fait, en plus d'être née moldue, bien sûr ?

—A part m'avoir enfermé pendant plusieurs mois au fond d'un sac au milieu des chaussettes sales de vos amis, vous voulez dire ?

—Je ne pouvais pas faire autrement, je ne pouvais pas vous permettre de savoir où nous étions. A cette époque tout le monde croyait que le professeur Snape était…

—Severus a toujours valu mille fois plus que tous ses détracteurs.

Hermione soupira.

—Je le sais maintenant. Mais vous ne pouvez pas me tenir rigueur de ce qui s'est passé pendant la guerre. Vous me détestiez parce que pour vous, je n'étais qu'une sang de bourbe, c'est tout ! Vous vous seriez bien entendu avec Voldemort, tiens !

Phineas Black afficha un air profondément offensé.

—De quel droit vous permettez-vous de m'insulter ? C'est vrai, je ne vous aimais pas. Mais pas pour cette raison, et ce n'est certainement pas parce qu'on préfère privilégier la pureté du sang que l'on soutient forcément un psychopathe qui fait honte à notre monde, et que l'on considère les autres comme des subalternes. Le terme que vous avez employé, et que je n'utilise plus moi-même maintenant, par loyauté envers Severus qui ne le supporte pas, n'était jadis qu'un qualificatif des plus ordinaires, bien que, je le reconnaisse, pas très élégant, avant que tout cela ne soit monté en épingle par Gellert Grindelwald… et certains grands esprits ne se privaient pas de l'employer à une certaine époque… n'est-ce pas Albus ?
Pour revenir au sujet, vous ne m'aviez donné, ni vous ni vos amis, aucune raison de vous apprécier. J'étais contraint de vous aider parce que le directeur de Poudlard me le demandait et que mon rôle, comme celui de tous les anciens directeurs, est de lui apporter mon soutien, mais je n'étais pas obligé de le faire de bon gré. J'ai toujours soutenu Severus Snape, même contre Dumbledore, depuis son entrée à Poudlard. Je connaissais bien les Prince, ils avaient presque toujours été répartis dans ma maison…

—Pas tous ! L'interrompit la même voix féminine que tout à l'heure.

—Oui Dilys, nous savons cela, et certes, Serdaigle vaut mieux que Gryffondor ou Poussouffle. Et avouez que vous avez toujours eu un faible pour lui, vous aussi, surtout après avoir appris que le Choixpeau avait bien failli le lui envoyer.

—Il aurait fait un très bon Serdaigle ! Tout comme vous d'ailleurs, Miss Granger fit elle en adressant un sourire complice à Hermione… et un excellent Médicomage. J'ai suivi sa formation de Guérisseur à Ste Mangouste pendant sa Maîtrise, il est vraiment dommage qu'il n'ait pas continué dans cette voie. Et je suis très fière de son talent pour les potions de guérison, en particulier celle qu'il a élaborée lorsque le serpent de Vous-savez-qui a attaqué Arthur Weasley, au ministère, il y a quelques années.

—Vous êtes Dilys Derwent, n'est-ce pas ? Demanda Hermione en souriant au troisième tableau. « Je vous reconnais, vous avez aussi un portrait à Ste Mangouste. »

—C'est exact, mon enfant, j'ai également suivi votre carrière. Vous êtes brillante, et je suis très heureuse que Severus vous ait auprès de lui.

Phineas Black se racla la gorge impatiemment.

—Comme je le disais, je connaissais bien les Prince, et en particulier l'arrière-grand-père de Severus, celui dont il tient son prénom. C'était une famille très ancienne et très puissante, mais la pureté du sang ne les préoccupait pas outre-mesure. Leurs origines auraient d'ailleurs rendu ridicule une telle revendication de leur part. Si Tiberius, son grand-père, a renié sa fille, ce n'était pas tant parce qu'elle avait épousé un Moldu que parce qu'elle refusait de le quitter après qu'il ait commencé à les maltraiter, elle et son fils, ou du moins de le mettre à l'abri chez lui. Ce qu'Eileen n'a jamais dit à son fils, c'est que son grand-père ne l'avait jamais renié à lui. La magie de Severus s'est manifestée très tôt, et dès le départ, il a été évident qu'elle était très puissante. Il voulait déjà adopter son petit-fils lorsqu'il était enfant, afin de le soustraire à la violence de son père, mais elle a refusé de le lui confier, malgré le danger…
Lui raconterez-vous pourquoi elle a refusé, Albus ?
Lui raconterez-vous comment elle est venue vous demander conseil, et comment vous l'avez persuadée que le seul moyen de protéger son fils était de le garder auprès d'elle, quitte à rompre les ponts avec sa famille… que lorsqu'il entrerait à Poudlard, vous le prendriez sous votre protection ?
Lui raconterez-vous comment, et pourquoi, vous avez trahi votre parole ? Comment et pourquoi vous avez décidé de sacrifier cet enfant, comme vous l'avez ensuite fait avec le petit Potter ?

Hermione avait l'impression d'avoir reçu un coup dans l'estomac. Ses jambes se dérobèrent sous elle, et elle se retrouva sans trop savoir comment, assise sur un des sièges qui faisaient face au bureau du directeur. Elle regardait fixement le tableau où Dumbledore, les yeux pour une fois baissés, s'était comme tassé dans son fauteuil.

—D-de quoi parle t'il, Albus, qu'avez-vous fait ? Et que veut-il dire au sujet des origines des Prince ? Répondez-moi !

L'air vaincu, le vieux sorcier releva lentement la tête, plantant ses yeux myosotis dans ceux de la jeune femme.

—Je suis vraiment désolé, miss Granger, je vous jure que je regrette amèrement ce qui s'est passé, et qu'il n'y a rien que je ne désire plus, maintenant, que le bonheur de Severus. Et je pense sincèrement que vous pouvez jouer un grand rôle dans cela.

—N'essayez pas de changer de sujet, je suis têtue, et je ne sortirai pas de ce bureau avant d'avoir entendu vos explications !

—Tous les sorciers, même ceux qui se disent du sang le plus pur ont, qu'ils le veuillent ou non, des ancêtres Moldus. Merlin lui-même, était un sang-mêlé. Les légendes moldues elles-mêmes, en ont gardé la mémoire, qui le disent issu d'une mère humaine et, l'histoire ayant été écrite par des chrétiens, d'un père qui ne pouvait être autre chose pour eux, qu'un démon. La seule chose dont ils peuvent se prévaloir est d'avoir conservé la pureté de leur sang depuis un nombre plus ou moins important de générations, c'est tout. Et pourtant, laquelle de ces mêmes familles ne tirerait pas gloire de descendre d'un aussi illustre ancêtre ?

—Que vient faire Merlin là-dedans ? Vous essayez encore de…

—Patience, Hermione, si vous voulez des explications, je dois reprendre l'histoire depuis le début. Je disais donc, quelle famille ne tirerait pas gloire de descendre d'un tel ancêtre ?

—N'a-t-il pas eu de descendance ?

—Bien sûr que si, bien que non légitime. Entre autres, l'une de ses petites-filles épousa un bâtard d'Arthur, qui à défaut d'être officiellement reconnu, reçut le nom de Prince…

—Vous voulez dire que Severus…

—Oh il est loin d'être le seul ! La plupart des vieilles familles pourraient se prévaloir de la même parenté, distillée de la même manière. Disons que son… illustre ancêtre était très sensible à la gent féminine et ne se préoccupait guère de 'semer à tout-va', sans se préoccuper du statut du sang de ses conquêtes. Il ne faut pas prendre toutes les légendes à la lettre, et son amour pour Viviane, s'il était certainement bien réel, ne lui faisait pas oublier les besoins et les plaisirs plus terre à terre que la belle lui refusait.

—Donc… Même s'il ne semble pas y accorder plus d'importance que ça, si je comprends bien, il descend à la fois de Merlin et d'Arthur ?

—Par la main gauche, oui ! Et cette double ascendance, à la fois magique et royale, a valu à sa famille le privilège de seule être initiée au secret, qui se transmet de génération en génération, du rituel qui permet de demander à Viviane l'ouverture des Brumes. Mais cela ne lui donne aucun avantage ni aucune préséance parmi ses pairs. Je doute même que quiconque en ait encore connaissance, et ce n'est sûrement pas lui qui irait le crier sur les toits.

—Morgane le savait-elle lorsqu'elle l'a amené à Avalon ?

—Je l'ignore, il ne portait pas le nom des Prince alors, mais cela n'aurait rien d'impossible, la Dame d'Avalon sait beaucoup de choses… Par contre, c'est sans aucun doute la raison pour laquelle la Déesse lui a permis de l'y accueillir, rompant ainsi un isolement de plusieurs siècles.

—Que voulait dire Phineas au sujet de… de votre parole… et de sacrifier… Oh non !

Le vieil homme avait de plus en plus l'air mal-à-l'aise, et les yeux d'Hermione s'agrandirent sous l'effet d'une brusque compréhension.

Oh mon Dieu ! Vous n'avez tout de même pas… vous ne pouvez pas avoir fait ça ! Vous ne pouvez pas avoir sciemment…

Le regard bleu évitait maintenant de croiser le sien.

—Répondez-moi, Albus !

TBC