Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Un grand merci à mes reviewe(rs)uses ! *heart*
Manon, juliana : Coucou et merci pour votre fidélité. *re-heart*
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.

Et voilà la suite du chapitre qui en a intrigué plusieurs la semaine dernière. Bravo à Zeugma qui a compris en même temps qu'Hermione !


La trahison de Dumbledore

.

—REPONDEZ-MOI !

—Phineas a raison, finit-il par avouer dans un souffle. « Eileen m'a demandé une entrevue, environ deux ans après sa venue au monde, elle-même avait été effrayée par l'aura magique qui entourait déjà son fils avant sa naissance. Très peu de sorciers naissent avec la puissance de Severus. Et dans le contexte qui était le nôtre à l'époque, j'ai immédiatement compris qu'il allait représenter un atout décisif pour celui qui saurait le… le gagner à sa cause.

—Dites plutôt le manipuler ! Cracha Hermione.

Dumbledore ne releva pas et poursuivit d'une voix résignée

—Dès son arrivée à Poudlard, j'ai remarqué, en plus de tout le reste, ses dons exceptionnels pour l'Occlumencie. Il les maîtrisait depuis la petite enfance. C'était le moyen que j'avais suggéré à sa mère, elle-même excellent Occlumens, comme beaucoup de membres de sa famille, de lui apprendre à utiliser pour l'aider à discipliner sa magie instinctive et à dissimuler ses pouvoirs, afin d'éviter que son père ne s'en prenne trop à lui.

—Et au lieu de le soutenir, au lieu de lui apporter l'attention qu'il méritait, au lieu de le guider et de l'aider à canaliser et à exploiter son potentiel, vous avez au contraire tenté de le brider, vous l'avez ignoré, méprisé, défavorisé, afin qu'il se rapproche peu à peu des partisans de Voldemort, qui lui, reconnaissait sa valeur malgré le statut de son sang. Ce qui était d'autant plus valorisant pour lui…

—Voldemort était en pleine ascension, et rien ne semblait pouvoir l'arrêter, à cette époque. J'avais besoin de quelqu'un au milieu de ce nid de frelons, d'un informateur, et je savais déjà que Severus était le seul qui pourrait arriver à le tromper. J'avais… il baissa les yeux. « J'avais sondé son esprit alors qu'il n'était qu'un tout petit garçon, et je savais que son âme était assez forte pour résister à l'abîme, et pouvoir revenir intacte vers la lumière. Son amour pour Lily Evans a failli tout faire basculer… si elle avait partagé ses sentiments, il n'aurait sûrement jamais rejoint le Seigneur des Ténèbres… Mais elle a finalement choisi James Potter. »

—Qu'est ce qui me fait soupçonner que vous n'y êtes pas pour rien ?

—Vous me prêtez trop de pouvoir, Hermione. Même les potions d'amour ne peuvent influencer les sentiments sur la durée, vous le savez…

—Mais il y a d'autre méthodes… entendre de façon répétée le très respecté Albus Dumbledore chanter les louanges de son favori et dénigrer le vilain petit canard, par exemple. A la longue, lorsque ledit directeur s'arrange pour monter en épingle la moindre qualité de l'un et pour pousser le second sur des chemins toujours plus glissants, qu'il sait désapprouvés par la belle… Oui, je pense que d'une façon ou d'une autre, vous avez insidieusement réussi à orienter les sentiments de Lily vers James Potter. Vous avez obtenu votre triomphe le jour où le père d'Harry l'a assez poussé à bout pour qu'il profère l'irréparable, et qu'elle se détourne définitivement de lui.

Elle s'était levée et allait et venait dans le bureau comme un lion en cage.

« Elle l'a abandonné. Vous l'avez abandonné. Et comme vous l'aviez prévu, il s'est tourné vers les seuls qui ne le rejetaient pas, qui reconnaissaient ses talents… Vous avez fermé toutes les portes devant lui, et en faisant cela, vous l'avez insidieusement poussé vers les Ténèbres. Vous l'avez poussé à prendre la Marque. Vous ne lui avez laissé aucun autre choix possible. Vous l'avez sacrifié depuis son enfance comme vous aviez prévu de sacrifier Harry. Quelle sorte de monstre peut faire ça à des enfants ? Peut faire ça tout court ? »

—Nous étions en guerre, une guerre qui pouvait signifier l'extinction de notre monde, et un sorcier aussi doué, doublé d'un Occlumens naturel tel que lui ne se rencontre qu'une fois par siècle. Mais jamais je ne l'ai abandonné ! Il fallait qu'il ait l'air d'être vraiment des leurs, et pour cela il devait en être convaincu lui-même, à ce moment-là. Je savais que je trouverais les arguments pour le ramener vers la lumière avant qu'il ait pu se perdre… C'est vrai, je me suis montré volontairement injuste avec lui pendant sa scolarité, il fallait qu'aucun doute ne subsiste quant à ses allégeances lorsqu'il irait rejoindre Voldemort.

—Comme il fallait qu'aucun doute ne subsiste dans l'esprit de vos partisans lorsque vous l'avez obligé à vous tuer, lorsque vous l'avez condamné à vivre un enfer sur terre, avec la mort pour seule issue ?

—Encore une fois, c'était la guerre, et un chef de guerre ne doit pas faire de sentiment. Il doit placer ses pions bien en amont pour pouvoir surprendre son ennemi. Il doit pouvoir être capable de sacrifier la vie de certains pour en épargner des centaines d'autres… et croyez-moi, il n'y a rien de facile ou de jouissif là-dedans.

—Alors c'était vrai, il avait raison… Il n'était. Nous n'étions tous que des pions pour vous, des pions sacrifiables à merci ! Ses yeux lançaient des éclairs. « Finalement, la mort des Potter vous a bien arrangé ! A se demander si ce n'est pas vous… »

—Non ! Ca non ! Jamais je n'aurais pu faire ça à…

—… vos précieux Gryffondors ? Vous savez quoi ? J'ai presque honte d'appartenir à cette Maison ! Jamais vous ne les auriez sacrifiés, et pourtant vous n'avez pas hésité une seconde avant de sacrifier Severus. Mais c'est vrai que ce n'était qu'un Serpentard, n'est-ce pas ? Un de plus ou de moins…

A ces mots, Phineas Black se redressa dans son cadre, et posa sur Hermione un regard très différent. Un regard qui cette fois était empli de respect.

—Dois-je vous rappeler que Harry est un Gryffondor ?

—Dois-je vous rappeler qu'en ce qui le concerne vous n'aviez pas le choix, puisque Voldemort l'avait transformé en Horcruxe ? Une des rares choses que vous n'aviez certainement pas prévues ! … Severus est-il au courant de tout ça ?

—De l'histoire de sa famille, oui. Lorsque Tiberius a décidé de le reconnaitre officiellement, après la mort d'Eileen, il a étudié la généalogie de ses ancêtres et appris le Rituel. Son grand-père l'avait exigé afin qu'il puisse se montrer le digne héritier de son nom.

—Et ses grands-parents sont morts à leur tour avant d'avoir pu finaliser l'adoption… une étrange coïncidence, vous ne trouvez pas ?

—Non miss Granger, au moins de ça, je ne suis pas responsable ! Même si je reconnais que je n'étais pas enchanté par la tournure que prenaient les évènements, je peux vous jurer que ne suis pour rien dans leur disparition, c'était vraiment un accident !

Hermione émit un petit bruit dubitatif, mais n'insista pas.

—Vous n'avez parlé que de l'histoire de sa famille, j'en conclue qu'il n'est pas au courant pour vos autres manigances…

Dumbledore baissa la tête, dans son cadre.

—Vous pouvez le lui dire, si vous estimez que c'est vraiment utile, de toute façon, il ne pourra pas plus me haïr qu'il ne le fait déjà. Mais je préfèrerais…

—Qu'il continue à se fustiger, à se considérer comme le dernier des derniers, à se refuser le moindre plaisir, le moindre bonheur, à chercher à se sacrifier encore et encore, parce qu'il croit qu'il n'est pas digne de mériter d'avoir survécu ? Vous ne vous doutez même pas d'un millième de ce qu'il s'inflige à lui-même à cause de ce que VOUS lui avez fait ! De ce que VOUS lui avez fait faire ! De ce que VOUS l'avez OBLIGE à faire ! Vous me dégoutez, Albus !

—Hermione ! Non !

La voix, reconnaissable entre toutes, venait de l'encoignure de la porte. Depuis quand Severus était-il là, dissimulé dans l'ombre ? Qu'avait-il entendu ? Il s'avança lentement jusqu'au milieu de la pièce.

« Peu importe ce qu'il a fait, j'avais mon libre-arbitre. J'aurais pu, j'aurais dû refuser. J'ai décidé tout seul de prendre la Marque. J'ai tué, j'ai torturé, même si ce n'était pas directement, mais c'est moi qui préparais les potions. J'ai fait des choses que vous ne pouvez même pas imaginer, et je suis entièrement responsable de tous mes actes ! Alors oui, ce qu'il a fait était indigne, mais il pensait avoir des justifications. Ce que j'ai fait moi était…»

Les yeux d'Hermione flamboyaient de colère, et sa voix dérapait un peu dans les aigus.

—Comme vous le dites, il pensait avoir des justifications ! Mais il n'en avait aucune… RIEN, même si cela constitue le meilleur espoir de gagner une guerre, n'excuse de sacrifier des enfants innocents ! Quelle que soit la cause ! Vous vous rendez compte qu'il vous a disposé sur son échiquier dès votre naissance, ou presque, en sachant pertinemment quel rôle il allait vous faire jouer des années plus tard, et tout ce que cela impliquerait pour vous ? Il n'a rien à envier à Grindelwald ou à Voldemort, je me demande même s'il n'est pas pire qu'eux ! Cracha-t-elle.
« Harry a été, en quelque sorte, une victime collatérale, une opportunité qu'il a su saisir au vol, au cœur de la tragédie, et sur lequel il a reproduit un schéma qui avait déjà fait ses preuves. Le priver d'une enfance normale, en laissant emprisonner Sirius, qu'il savait certainement innocent, pour le confier aux Dursley qui allaient le maltraiter… il connaissait parfaitement l'aversion son oncle et de sa tante pour la magie ! Là où le scénario a changé, c'est à son arrivée à Poudlard. Là où vous aviez été rejeté, il a été accueilli à bras ouverts, et il a trouvé en Dumbledore la figure paternelle et protectrice qui lui avait manqué durant son enfance. En se l'attachant, il le préparait à être prêt à se sacrifier pour ceux qui lui avaient montré de la bienveillance, tout comme en vous rejetant, il vous a poussé dans les bras du Seigneur des Ténèbres.
Harry lui a été servi sur un plateau par Voldemort lui-même, ce qui n'excuse en rien ce qu'il lui a fait, mais vous… Vous, il vous a sciemment volé votre vie, il l'a piétinée, il l'a réduite en cendres. Il avait tout planifié, tout prémédité. Et même si vous êtes toujours vivant, ce qu'il a fait continue de vous détruire encore aujourd'hui ! Réveillez-vous Severus ! Croyez-vous vraiment que s'il n'avait pas dissuadé votre mère de vous confier à ses parents, si vous aviez été élevé dans une famille aimante, si vous n'aviez eu à faire face à aucun rejet, à commencer par celui de votre père, vous…

—Il ne sert à rien de faire des spéculations, Hermione. J'aurais quand même eu de bonnes chances d'être réparti à Serpentard, à la même époque, et dans le même contexte, et j'aurais peut-être fait les mêmes choix. Mais ce n'est pas cela qui importe, cela n'a jamais existé. Ce qui importe, c'est ce que j'ai fait !

Severus !

Recroquevillé sur son fauteuil, le portrait de Dumbledore avait l'air d'avoir vieilli de cent ans, même la peinture semblait s'être rétractée.

« Miss Granger a raison, Severus… je ne vous ai jamais laissé le choix, vous étiez si jeune… Depuis votre enfance, que ce soit ici ou dans votre famille, vous avez subi des choses que personne ne devrait avoir à subir. Je le savais, mais j'ai toujours laissé faire, je ne suis jamais intervenu. Je n'ai jamais rien dit, rien fait pour vous, même lorsque Sirius vous a envoyé dans un piège mortel, ou lorsque James vous a fait subir la pire des humiliations devant la moitié de l'école. Par mon inertie, j'ai laissé croire à vos tourmenteurs qu'ils avaient tous les droits en ce qui vous concernait. J'ai laissé la haine et le ressentiment s'installer, et grandir en vous, je les ai cultivés bien au-delà de ce vous pouviez supporter, il aurait fallu la force d'âme d'un homme de beaucoup plus d'expérience pour résister. Vous avez certes choisi tout seul votre voie, mais c'est moi qui en suis le principal responsable, sinon le seul. C'est moi qui vous y ai poussé, qui vous ai fermé tous les autres chemins, les uns après les autres. Vous devez vous autoriser à tourner la page, mon garçon, vous autoriser à vivre pour vous, maintenant ! La Déesse vous a pardonné, vous en avez la preuve sur votre bras, n'est-ce pas ? »

La jeune Médicomage sursauta à ces mots. De quoi parlait Dumbledore ? Y'avait-il un rapport avec la Marque des ténèbres ?

—Peu m'importe le pardon d'une hypothétique Déesse ! MOI, je ne me pardonne pas. Cracha Snape. « C'est moi qui tenais la baguette, moi qui lançait les impardonnables, c'est moi qui préparais les poisons. Elle peut peut-être effacer un dessin, mais même une déesse ne peut pas effacer cela ! Son masque d'impassibilité s'était fissuré, et on pouvait lire un désespoir sans fin au fond de ses yeux.

Hermione s'était levée et s'était placée face à lui, lui cachant le portrait de Dumbledore. Elle posa une main sur son bras sans qu'il cherche à le retirer.

—Mais il y a l'autre côté, Severus. Pensez à tous ceux que vous avez aidés, à tous ceux que vous avez sauvés… Si vous n'aviez pas été là, le Seigneur des Ténèbres aurait gagné… songez à quoi ressemblerait le monde, aujourd'hui, dirigé par Voldemort ! Combien de morts supplémentaires en dix ans ? Combien de vies brisées ? Regardez-moi Severus ! Il obéit, comme poussé par une force qu'il ne pouvait contrôler. « Venez, quittons ce bureau. Vous avez... Nous avons tous besoin de nous calmer. »

Peu à peu, elle le poussait vers la sortie sans qu'il oppose la moindre résistance, quelque chose semblait s'être cassé en lui. Dès qu'ils eurent franchi le seuil, il s'écroula sans qu'elle puisse le retenir.

A genoux sur le palier, il était secoué de longs frissons et semblait avoir du mal à respirer. Lorsqu'elle s'agenouilla près de lui et entoura ses épaules de ses bras, il se laissa faire sans marquer la moindre réaction. Pendant quelques secondes, le temps se suspendit, puis il s'accrocha à elle comme si sa vie en dépendait, et soudain, comme une vanne qui s'ouvre, les larmes jaillirent, libératrices. Elles coulaient sur ses joues en flot continu, sans un sanglot, sans qu'il songe à les essuyer. Peut-être n'en avait-il même pas conscience.

Elle n'aurait pas su dire combien de temps ils restèrent là, à genoux sur la pierre froide, elle enlaçant le corps frissonnant de cet homme à qui personne, jamais, n'avait accordé une once de compassion ou de réconfort. Qui venait d'avoir, de la manière la plus brutale qui soit, la confirmation que dès sa plus tendre enfance, il n'avait été qu'un pantin, manipulé de bout en bout, puis trahi et sacrifié, par l'homme en qui d'abord sa mère, puis lui, avaient cru pouvoir mettre leur confiance.

Au bout d'une éternité, il sembla se calmer un peu. Il la lâcha, comme étonné de s'être ainsi laissé aller, mais garda la tête baissée, son visage dissimulé par ses cheveux, et elle comprit qu'il n'osait pas la regarder en face, honteux de lui avoir montré sa faiblesse. Alors elle tendit une main pour écarter les mèches sombres, et plongea son regard dans deux puits de ténèbres sans fond. Ce qu'elle y lut lui fit mal. Tant de tourments, tant de souffrances… aucun homme, aucun être vivant ne devrait pouvoir souffrir à ce point. Elle frissonna à son tour, retournée par ce qu'elle percevait, alors elle essaya de mettre dans ses yeux à elle, tout ce qu'elle n'osait pas lui dire, tant les mots lui paraissaient dérisoires après ce qu'il avait vécu, après tous les mensonges qui avaient jalonnés sa vie. Qu'elle était là, qu'elle serait toujours là, et qu'elle ne le trahirait pas. Jamais… Elle eut le temps de distinguer la nuance d'étonnement qui s'afficha fugitivement sur ses traits, avant qu'il ne baisse à nouveau la tête, dissimulant de nouveau son visage derrière le rideau de ses cheveux.

Sans un mot, il l'aida à se relever. Il avait un peu repris contenance, et c'est en silence qu'ils descendirent l'escalier.

« Directeur ! » La gargouille pivota pour les laisser passer.

Une fois le semblant de normalité du couloir retrouvé, elle fut la première à oser parler.

—Voulez-vous que je…

—NON ! Non… reprit-il plus doucement mais fermement. « J'ai besoin d'être seul… Devant son regard perplexe, ses lèvres s'incurvèrent dans un semblant de sourire amer. « Pas de panique, docteur, ça va aller ! Le pire est passé. J'ai juste… j'ai besoin d'un peu de temps pour digérer tout ça, c'est tout…»

Elle hocha simplement la tête, incapable de tout autre mouvement, incapable de se retourner, et de partir comme si rien ne s'était passé. Elle ne voulait pas le laisser, mais elle ne voulait pas non plus lui imposer une présence qu'il ne souhaitait pas. Son regard suppliant accrocha de nouveau celui de l'homme qui lui faisait face. Il avait repris son masque inexpressif habituel, mais une minuscule flamme subsistait au fond des prunelles sombres lorsque leurs yeux se croisèrent. Des doigts nerveux agrippèrent son poignet. Il l'attira contre lui, et pendant un court instant, elle sentit son souffle chaud sur sa tempe.

—Je… Merci ! Murmura-t-il avant de s'enfuir.

Elle était toujours figée sur place alors qu'il arrivait déjà au bout du couloir.

TBC