Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

A celles qui m'offrent de si gentilles reviews ! MERCI ! Vous mettez du soleil dans mon cœur !
Manon : trop tard, déjà fait ! :)
Juliana : Peut-être pas tout de suite tout de suite, mais ça devrait bientôt "aller mieux" ;)
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.

La confession de Dumbledore aurait-elle été un mal pour un (futur) bien ? En tout cas, elle aura permis certaines prises de conscience…


Un goût de cendres

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Severus ne se montra pas au repas, ce soir-là, pas plus qu'à ceux du lendemain. Le lundi, Hermione, qui commençait à s'inquiéter, envisagea sérieusement d'aller frapper à la porte de ses appartements. Elle se retint de céder à la tentation en pensant qu'elle le verrait certainement le lendemain. Il n'avait en effet jamais raté aucune des visites médicales, qu'ils avaient programmées tous les mardis et jeudis du premier trimestre.

Mais les heures semblaient tourner au ralenti, et plus le temps passait, et plus son anxiété augmentait. Soudain, une idée lui traversa l'esprit.

—Dina ! Appela-t-elle à voix haute.

Avec un 'pop' caractéristique, une petite Elfe de maison se matérialisa, la regardant d'un air méfiant.

—Maîtr… Miss Hermione désire quelque chose ? Elle avait au moins pu obtenir des petites créatures qu'elles ne l'appellent pas 'maîtresse'. Dina était l'Elfe qui lui avait été attribuée, comme à tous les autres professeurs, lorsqu'elle avait aménagé au château. Elle n'avait eu aucune possibilité de refuser, sous peine de vexer mortellement la petite créature, mais faisait le moins souvent possible appel à ses services.

—Juste te demander quelque chose, Dina. Un… un service. Mais tu dois me promettre de n'en parler à personne, pas même au directeur. Tu as compris ?

—Dina ne peut pas mentir au directeur, Dina doit sa loyauté au château et au professeur Prince.

—Ne t'inquiètes pas Dina, ce que je vais te demander ne nuira en rien au professeur, bien au contraire, c'est pour lui que je fais ça.

L'Elfe semblait ébranlée, elle lui jeta un regard suspicieux.

—Miss Hermione ne donnera pas de vêtement à Dina ?

—Non, je te le promets. Pas si tu fais ce que je te demande. Rassure-toi, je ne ferais jamais rien contre les intérêts de Poudlard ou de ses habitants, et encore moins du professeur Prince. Ni contre aucun règlement, mais tu dois me le jurer.

—Dina peut seulement jurer qu'elle ne dira rien, si elle estime que ce que miss Hermione lui demandera ne fera enfreindre aucune loi à Dina.

—C'est un marché acceptable. Je veux juste savoir si le professeur Prince est dans ses appartements et s'il va bien, mais je ne veux pas qu'il sache que je te l'ai demandé, c'est tout.

Le visage de l'Elfe s'illumina d'un immense sourire.

—Dina peut répondre à ça, oui, oui ! Le professeur est bon avec les Elfes, et Dina est amie avec Missy, l'Elfe du professeur. Dina est heureuse que Miss Hermione se soucie de lui. Le professeur refuse tous ses repas depuis presque trois jours. Il s'est enfermé chez lui et il a interdit aux Elfes de le déranger. Missy est très, très inquiète pour lui.

—Merci Dina. Est-ce que tu crois que tu pourrais apporter quelque chose au professeur sans qu'il s'en aperçoive, ou demander à Missy de le faire ? Juste le poser discrètement à sa portée, sans te montrer…

—Dina peut, oui, oui, miss Hermione.

Hermione détacha de son bras le bracelet offert par Luna, sur lequel elle pointa sa baguette en murmurant un sort, et jeta fébrilement quelques mots sur un morceau de parchemin, dont elle fit un petit rouleau, autour duquel elle referma le bijou, avant de tendre le tout à Dina.

—Tiens, et prend bien soin qu'il ne te voie pas !

L'Elfe disparut dans un nouveau 'pop', et Hermione, un peu calmée d'avoir pu faire quelque chose, put enfin s'assoir. Ce n'était pas grand-chose, rien de plus qu'un signe de la main, mais il saurait au moins que cette fois, il n'était pas seul, et que s'il l'acceptait, elle serait à ses côtés pour affronter cette épreuve.

Il avait passé les deux derniers jours et s'apprêtait à passer sa troisième nuit sur ce fauteuil. Il n'avait pas voulu espionner, mais lorsqu'il était revenu dans le bureau, après un rapide aller-retour à son laboratoire après s'être aperçu que son stock de potion anti-migraine était aussi épuisé que lui (il avait recommencé à travailler sur sa potion de mémoire, à laquelle il souhaitait apporter quelques modifications), il n'avait pu s'empêcher de s'arrêter sur le seuil pour écouter, après avoir entendu son nom. Après tout, c'était de lui qu'ils parlaient !

Il avait toujours su qu'il n'était qu'une marionnette, entre les mains de Dumbledore, un jouet destiné à être jeté aussitôt qu'il n'aurait plus besoin de lui. Il l'avait accepté, comme une punition encore trop douce pour tous ses péchés. Mais apprendre que toute son existence avait été manipulée, que sa chute avait été prévue, programmée, provoquée, dans l'unique but de servir les desseins du vieux mage… Il avait l'impression d'avoir reçu le plafond sur la tête. Un vide sidéral s'était creusé dans sa poitrine. Pris de vertige, il s'était accroché au montant de la porte, et il serait peut-être tombé s'il n'avait entendu la voix d'Hermione s'élever, glaciale, méprisante, fustigeant celui que tous révéraient comme peut-être le plus grand sorcier depuis Merlin, pour le défendre, lui ! Lui qui ne méritait que mépris et dégoût !

La scène qui avait suivi demeurait, encore maintenant, assez confuse dans sa tête, le traumatisme avait été trop fort. Et lorsqu'il avait retrouvé un semblant de lucidité, il était agenouillé sur les pierres froides du palier, et Hermione le tenait entre ses bras. Lorsqu'il avait enfin osé la regarder, il n'avait pas vu, dans son regard, la moquerie à laquelle il s'attendait après s'être laissé ainsi aller. Il n'avait pas non plus vu de la pitié. Il avait vu… Non, il ne pouvait pas avoir vu une chose pareille !

Il avait déjà passé la nuit précédente dans ce fauteuil, après son retour de Pré-au-Lard. Il n'était pas ivre, il avait toujours refusé de ressembler à son père, et il ne se souvenait d'avoir bu jusqu'à l'ivresse qu'à deux occasions, dans sa jeunesse. Lorsqu'il avait appris le mariage de Lily et James, ce qui l'avait conduit à prendre la Marque, et lors du premier anniversaire de la mort de son amie, qui avait été la conséquence de l'incommensurable bêtise de cette funeste décision.

Ce soir-là, il n'avait bu qu'un whisky et l'hydromel de bienvenue de Rosmerta, et pourtant, il n'arrivait plus à être vraiment cohérent, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Pourquoi ne pouvait-il pas se débarrasser de l'écho du rire d'Hermione, alors que Weasley se penchait sur elle pour lui murmurer quelque chose à l'oreille en enlaçant sa taille ? Pourquoi ce vide intérieur ? Cette douleur sourde qui le vrillait ? Il lui semblait avoir déjà ressenti quelque chose qui s'en rapprochait, il y avait bien longtemps de ça, dans une autre vie. Mais il n'était plus un adolescent, et il avait appris à barricader son cœur et son esprit, depuis cette époque…

Les révélations de Dumbledore l'avaient anéanti. Même si en y réfléchissant bien, il n'en était pas entièrement surpris. L'homme aurait… avait été capable de tout pour son satané 'Plus Grand Bien'. Peut-être devrait-il aller s'allonger. Quel était ce proverbe moldu déjà ? 'La nuit porte conseil', et il avait une fiole de sa nouvelle potion sur son chevet. Dormir… Oublier, au moins jusqu'au matin. Trois nuits… n'était-ce pas assez se punir pour les fautes d'un autre ? Au moment où il allait se lever, quelque chose attira son regard, sur le guéridon placé près de l'accoudoir de son fauteuil. Il plissa les yeux en attrapant le parchemin roulé, qu'il était bien certain de ne pas y avoir vu la dernière fois qu'il avait regardé dans cette direction, et faisait délicatement glisser l'objet qui le maintenait. Les mots étaient un peu flous, devant ses yeux fatigués.

« Ce bracelet m'a été offert par une amie très chère. Le crin de Licorne est censé porter bonheur et celui de Sombral apaiser les tourments de l'esprit, m'a-t-elle dit. Je ne sais pas si c'est vrai, mais malgré sa réputation farfelue, c'est une personne de bon sens et de bon conseil, et dont les connaissances ne sont pas toutes à prendre à la légère. Quoi qu'il en soit, je pense qu'en ce moment, vous en avez plus besoin que moi. Je l'ai enchanté pour qu'il s'adapte à la taille de votre poignet. S'il vous plait, acceptez-le comme un gage de mon amitié sincère. Hermione »

Il tenait le fin bracelet tressé entre ses doigts, touché plus qu'il ne l'aurait jamais avoué par le geste de la jeune femme. Il connaissait les propriétés des crins employés. Pour une fois, la fantasque amie d'Hermione, il ne doutait pas un instant qu'il s'agisse de Luna Lovegood, avait raison. Et il connaissait la difficulté qu'il y avait à se procurer du crin de Sombral ! Le cœur de sa baguette était un crin de Sombral, et il n'avait jamais douté que cela l'ait souvent aidé à réussir à produire un Patronus dans certaines circonstances extrêmes, où il n'était même presque plus capable de penser. C'était un cadeau très rare et très précieux, et elle n'hésitait pas à s'en défaire pour lui ! Il ferma les yeux, se repassant pour la centième fois depuis qu'il avait surpris les révélations de Dumbledore, le film de sa vie.

Il était né dans une famille mixte. Rejeté par les Moldus qui trouvaient 'bizarre' ce garçon renfermé au prénom étrange, qui dès son entrée à l'école élémentaire semblait déjà n'avoir plus rien à apprendre, et ignoré, du moins l'avait-il cru à cette époque, par la famille de Sang-pur qui avait renié sa mère. Il avait espéré le moment où il pourrait enfin rejoindre Poudlard pendant toute son enfance. Il avait pensé qu'il y trouverait, enfin, la reconnaissance de ses semblables. Mais, Sang-mêlé réparti à Serpentard pendant la montée en puissance du Seigneur des ténèbres, il s'était très vite heurté à l'hostilité sous-jacente de ses pairs. Seules l'autorité de préfet de Lucius Malfoy, qui avait eu l'intelligence de déceler très rapidement ses dons exceptionnels et l'exploitation qu'il pourrait en faire auprès de Voldemort, et plus tard l'amitié affichée de Regulus Black, lui avaient permis de ne pas être traité en paria.

Son amitié avec une Gryffondor, née-moldu de surcroît, ne jouait pas non plus en sa faveur. Il avait plus d'une fois regretté de s'être opposé à l'avis du Choixpeau, qui voulait l'envoyer à Serdaigle. La Maison de sa grand-mère paternelle, avait-il appris plus tard. Afin de pouvoir se retrouver dans la même Maison que sa mère. Cela avait été le premier d'une longue série de mauvais choix.

Le second fut de n'avoir pas su résister à la tentation de se lier avec les rejetons des familles de Mangemorts avérés. Mais comment trouver, à douze ans, la force de caractère de repousser les offres d'amitié, fussent-elles intéressées, lorsqu'on a été rejeté durant la plus grande partie de sa jeune vie, en premier chef par son propre père ? Le bourrage de crâne de ses nouveaux camarades, couplé au harcèlement des Maraudeurs et à l'indifférence du corps enseignant, l'avaient peu à éloigné de la seule personne qui aurait pu le sauver de ce cercle infernal. Sa faiblesse de caractère lui avait coûté l'amitié de Lily. C'est alors qu'il avait commencé à forger sa carapace.

Le pire fut évidemment de se lier à Voldemort.

La Maîtrise n'avait été qu'une formalité pour lui, qu'il avait expédiée en deux ans là où il en fallait au moins quatre à n'importe qui. Il n'avait pas encore vingt ans lorsqu'il était devenu le plus jeune Maître des potions que le Royaume-Uni ait jamais connu, et à peine vingt et un lorsqu'il avait commencé à enseigner à des élèves à peine plus jeunes que lui. Qui sait quels sommets il aurait pu atteindre s'il n'avait pas commis la pire stupidité de sa vie en prenant la Marque pour de mauvaises raisons. Il n'était pas un Sang-pur, ce combat n'était pas le sien. Il s'était laissé séduire par des chimères, pensant qu'il pourrait impressionner celle qui l'avait rejeté.

Une fois la Marque gravée dans sa chair, il n'était plus de retour en arrière possible.
Le réveil avait été brutal, il avait très vite réalisé ce qu'il était devenu : rien de plus que du bétail, marqué à jamais du sceau de son Maître. Un esclave qui n'avait aucun autre choix que d'accepter le pire ou de mourir.

Et le dernier fut de rapporter la prophétie de Trelawney à Voldemort. Que n'était-il arrivé dix minutes plus tard à la Tête de sanglier, ce jour-là ! Tout aurait été différent, il n'aurait pas causé, même involontairement, la perte de la seule femme qu'il ait jamais aimée. Il n'aurait pas cultivé, pendant des années, cette culpabilité qui l'avait rongé de l'intérieur jusqu'à le détruire. Il aurait peut-être réussi à tourner la page sur cette affection à sens unique qui s'était peu à peu transformée en obsession maladive après la mort de Lily…

Mais si Lily n'était pas morte, aurait-il, malgré ce que pouvait en dire Dumbledore, trouvé le courage de revenir vers la Lumière ?

Il avait vendu son âme au vieux mage pour essayer de réparer sa faute involontaire. Pourtant, en cela aussi, il avait été dupé. Dumbledore l'avait ouvertement méprisé, rabaissé pendant des années, tout en proclamant hypocritement haut et fort sa confiance en lui à qui voulait l'entendre. Il lui avait certes épargné de subir le sort des autres Mangemorts à la chute du Seigneur des Ténèbres, mais il s'était avéré un Maître plus impitoyable que ne l'avait été le mage noir, n'hésitant jamais à l'humilier, à lui rappeler ce qu'il avait fait, à maintenir ouvertes ses blessures les plus douloureuses.
Lui qui n'avait pourtant pas su tenir sa part du marché.
Lui dont l'excès de confiance dans ses maudits Gryffondors avait causé la mort des Potter.
Lui qui avait sans l'ombre d'une hésitation condamné un enfant innocent à mort pour servir ses intérêts.

Jusqu'au bout il avait été son esclave obéissant, jusqu'à accepter l'inacceptable, tant le vieil homme avait su manipuler ses remords et sa culpabilité de main de maître, allant, il s'en rendait compte maintenant, jusqu'à lui faire endosser ses propres manquements. Il avait tout accepté, sans même l'espoir d'une rédemption, pour la mémoire de la seule personne qui avait été là pour lui pendant quelques années.
Ce choix-là, le bon choix, il l'avait fait pour son malheur, et en toute connaissance de cause. Il avait toujours su qu'il le conduirait à la mort, et pour son expiation, il avait accepté de boire la coupe jusqu'à la lie.

Il avait vécu toute sa vie d'adulte en fonction de sa mission, il n'avait jamais envisagé de pouvoir survivre à la guerre. Maintenant que tout était terminé, maintenant qu'il était libre, il ne lui restait plus rien, et après les révélations de Dumbledore, même la liberté avait un goût de cendres amères. Il ne savait pas comment reconstruire cette vie qui s'ouvrait devant lui. Il en avait le vertige… s'il allait tout gâcher encore une fois ?

Il ferma les yeux, laissant aller sa tête sur le dossier du fauteuil. N'avait-il pas seulement imaginé la flamme qui avait illuminé le regard d'ambre qui avait capturé le sien, lorsqu'elle l'avait obligé à la regarder ? N'avait-il pas seulement imaginé le frisson qui avait parcouru le corps d'Hermione sous la caresse, aussi légère qu'elle ait été, de ses lèvres sur sa tempe ? Il était fatigué de lutter, il n'avait plus envie de faire taire la petite voix dans sa tête, cette petite voix qui depuis qu'il avait lâché son poignet, lui susurrait comme un mantra 'N'ait pas peur de l'aimer, imbécile. Aime-la car elle pourra peut-être enfin te donner goût à la vie.'

Il n'avait pas peur, il était terrifié ! Plus il retournait la scène dans sa tête, et plus il se persuadait qu'il avait imaginé tout ça, et pourtant… et pourtant il avait envie d'y croire, il avait besoin d'y croire. Il s'accrochait à ses sourires, à ses regards, à ses colères lorsqu'elle pensait qu'il se mettait inutilement en danger, à la fougue qu'elle mettait à le défendre. Contre lui-même, contre Dumbledore. Aux souvenirs des moments qu'ils avaient partagés depuis son retour.

Pouvait-il prendre ce risque ? Supporterait-il d'être une fois de plus rejeté ? Il ne voulait plus souffrir, mais n'était-il pas déjà trop tard ? Il referma le bracelet autour de son poignet, et se dirigea vers sa chambre.

Demain… demain serait un autre jour.

TBC