Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Merci à Zeugma, Manon et Dadaiiro pour votre fidélité. Je vous dédie ce chapitre.
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


"—Asseyez-vous, Severus ! Maintenant que vous êtes là, autant le prendre, ce café. J'en ai pour une minute.
Termina-t-elle en entrant dans la petite cuisine attenante au salon."

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Halloween night

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Lorsqu'elle revint, il était assis dans son fauteuil habituel, l'air sombre, la mâchoire contractée et le dos raide, son regard vide fixé sur les flammes qui dansaient dans la cheminée. Seigneur qu'elle haïssait ce regard sans vie, lorsqu'il se barricadait à l'intérieur de son propre esprit ! Il était si profondément perdu dans ses pensées, qu'il ne parût pas se rendre compte de sa présence. Elle déposa le plateau qu'elle tenait dans les mains sur la table basse, mais au lieu de s'assoir, elle contourna la table pour venir se planter en face de lui. La colère se lisait sur son visage.

—Arrêtez-ça tout de suite !

Sans réfléchir, elle avait posé les mains sur ses épaules pour le secouer rudement. Sa passivité l'effraya plus que s'il l'avait giflée en retour.

« Pour l'amour du ciel, Severus ! Vous ne pouvez donc pas admettre, pour une fois dans votre vie, que vous êtes un être humain, avec des émotions humaines ? Je sais ce que cette date représente pour vous. Je sais aussi que Dumbledore vous a forcé, chaque année, à assister au spectacle des réjouissances organisées à cette occasion. Pourquoi vous êtes-vous encore senti obligé de vous infliger ça ce soir, dépasse mon entendement ! Etes-vous masochiste ? Vous êtes le directeur, vous n'avez plus à vous plier aux exigences de ce vieux fou. Les Elfes vous auraient aussi bien servi, ou pas, si j'en juge d'après ce que vous avez avalé au repas, dans vos appartements. Certes la solitude n'est peut-être pas une bien meilleure option, mais regarder tout le monde se réjouir et s'amuser alors qu'on a le cœur en berne, c'est une torture que vous n'avez plus à vous infliger ! »

Les yeux de l'homme, qui s'étaient pendant un instant détournés de la cheminée, pour la regarder d'un air éteint, s'étaient de nouveau noyés dans les flammes. Il semblait être parti très loin, enferré dans ses souvenirs. Lorsqu'il parla enfin, ce fut d'une voix atone et morne. Tant de résignation dans son ton, creusa un vide glacé dans la poitrine de la jeune femme.

—Lorsque la Marque a commencé à brûler, ce soir-là, j'étais en plein milieu d'un cours. Mon double statut d'espion et de professeur me donnait le privilège de ne pas répondre immédiatement, afin de préserver ma couverture, lorsque cela se produisait dans ces circonstances. J'étais aussi, pour les mêmes raisons, exempté de missions 'sur le terrain' afin de ne risquer ni d'être pris ni d'être reconnu… ce qui n'empêchait pas le Seigneur des Ténèbres de me punir invariablement pour ça, à la convocation suivante d'ailleurs. Lorsque je suis arrivé au manoir Jedusor, un peu plus tard, tous les autres étaient déjà repartis. Ils avaient été affectés à différentes missions, pour faire diversion pendant que Voldemort se chargeait de Godric's Hollow. Il n'avait emmené que Nagini avec lui. Au manoir, il ne restait que les Lestrange et Croupton Jr, qui étaient sur le point de partir. Je n'ai appris que plus tard qu'ils avaient été chargés d'éliminer le fils des Londubat. Même si le Seigneur des Ténèbres pensait que Potter était l'enfant de la prophétie, il ne voulait rien laisser au hasard. Tout le monde savait que Voldemort affectionnait particulièrement cette date, et que s'il devait accomplir une action d'éclat, il y avait de grandes chances pour que ce soit à cette nuit-là… Neville n'a dû la vie qu'à l'insistance d'Augusta pour que l'enfant lui soit confié, ce soir-là.

Son visage se contracta douloureusement, il luttait visiblement pour ne pas se laisser envahir par ses émotions.

« Le sort des Potter a finalement été plus clément que celui d'Alice et Franck !

Constata-t-il d'un ton amer.

« Bellatrix avait assisté, comme tous les autres, à mon humiliation lorsque j'avais supplié à genoux le Seigneur des Ténèbres, devant tous les Mangemorts, pour qu'il épargne Lily, et elle s'est fait un plaisir de me révéler que le Fidelitas des Potter était tombé et que son maître était allé à Godric's Hollow pour s'occuper d'eux en personne, avant d'éclater de rire. Je savais depuis peu qu'il y avait un traitre au sein de l'Ordre, mais j'ignorais qui il était, et je n'ai même pas eu le réflexe de le lui demander… j'avais essayé d'en avertir Dumbledore, mais il ne m'avait pas cru… la confiance qu'il leur accordait, contrairement à celle dont je bénéficiais à la même époque, n'étaient pas soumise à caution. Il pensait que c'était une fausse information que Voldemort avait laissé trainer afin de tester ma loyauté. Pendant des années, j'ai cru, comme tout le monde, qu'il s'agissait de Black. L'aurais-je de toute façon aidé à échapper à Azkaban si j'avais su la vérité ? Je n'en suis pas sûr… il avait été mon pire tourmenteur, pendant sept ans, encore plus que Potter, et je n'étais pas un saint !

Sa respiration était maintenant oppressée.

« Je ne sais pas ce que j'avais en tête, je n'arrivais plus à penser rationnellement. Au fond de moi, je savais qu'il était plus que probablement déjà trop tard, mais j'étais prêt à tout. A supplier Potter de me laisser les aider. A affronter le Seigneur des Ténèbres en face, tout en sachant pertinemment que je n'avais aucune chance contre lui. Au moins je serais mort en la défendant ! Lorsque je suis arrivé à Godric's Hollow… »

Sa voix s'était brisée sur les derniers mots.

Elle avait envie de hurler, elle aurait voulu se boucher les oreilles. Elle savait ce qui s'était passé à Godric's Hollow. Personne n'était au courant, mais elle était la seule, avec Shaklebolt, à qui Harry avait montré, sous le sceau du secret concernant leur contenu, l'intégralité des souvenirs que Snape lui avait offerts en mourant. Elle n'avait jamais pu effacer de sa mémoire la vision de cet homme dévasté, berçant désespérément contre lui le corps sans vie de la femme qu'il avait aimée plus que tout.

Assez ! Arrêtez de vous faire du mal, Severus, je vous en supplie ! Vous n'avez pas à me raconter ça ! Vous n'avez pas à revivre ça encore une fois ! Vous n'êtes pas le monstre que vous croyez être. Vous êtes juste un être humain, qui a été confronté à quelque chose qui le dépassait. Oui, vous avez fait des mauvais choix, qui n'en fait pas ? Vous avez été entraîné dans un engrenage qui vous a fait faire des choses atroces, mais je doute que vous y ayez jamais pris du plaisir. Vous vous êtes repris à temps, et vous vous êtes très largement racheté, et pas seulement aux yeux d'une hypothétique déesse, comme vous dites, mais aux yeux de tous !

Il tourna vers elle un regard las.

—Ne m'idéalisez pas, Hermione, ne me mettez pas sur un piédestal. Je ne suis pas un héros, et encore moins un saint, ou un ange. J'ai très amplement mérité tout ce qui m'est arrivé. Je mérite l'enfer. Et je ne mérite sûrement pas tout ce que vous faites pour moi.

—Je me garderais bien de vous mettre sur un piédestal, ne serait-ce que pour votre manière d'agir envers nous lorsque nous étions vos élèves. Je suis parfaitement consciente de ce que vous avez été et de ce que vous avez fait. Je sais tout ça, et je ne l'oublie pas. Mais je sais aussi ce que vous êtes maintenant. Depuis votre retour, j'ai appris à voir, et à connaître, l'homme que vous êtes vraiment. Celui que vous cachez, celui que vous ne vous pensez pas le droit de montrer, parce que vous voulez encore, et encore, vous punir. Parce que vous refusez d'écouter lorsque j'essaye de vous faire comprendre…

Il se leva, et fit quelques pas nerveux dans la pièce.

—Je me souviens de ce que vous m'avez dit ! Mais ce n'est pas… vous ne comprenez pas… je n'ai pas essayé de les sauver, j'ai essayé de sauver Lily. Ce n'est pas la même chose ! Si le Seigneur des Ténèbres avait réussi à me convaincre qu'il l'épargnerait quoi qu'il arrive, si cela avait concerné n'importe qui d'autre… sa voix se brisa. « Je n'aurais pas levé le petit doigt ! »

—Non, c'est vrai, vous ne l'auriez pas fait, sûrement pas à ce moment-là ! Mais une fois que tout aurait été fini, vous seriez-vous senti satisfait, heureux du devoir accompli ? C'est vrai, vous n'auriez rien fait… et aujourd'hui encore, vous vous sentez coupable pour ça ! Pour ce que vous n'auriez pas fait autrefois s'il ne s'était pas agi de Lily. Parce qu'au fond de vous, vous savez que même si à l'époque vous n'auriez pas levé le petit doigt, vous en auriez porté le poids pendant toute votre vie. Parce que vous n'êtes pas comme ça. Parce que vous n'êtes pas mauvais. Vous avez été projeté de force…

Elle anticipa sa dénégation.

« Oui de force, même si alors vous pensiez avoir le choix, dans une chose qui n'était pas faite pour vous, dans laquelle vous ne vous retrouviez pas. Et lorsque vous l'avez réalisé, il était trop tard. C'est la menace sur Lily qui vous en fait prendre conscience, mais cela aurait tout aussi bien pu être autre chose, le déclencheur n'a en soi aucune importance. Je suis certaine que même sans ça, vous l'auriez réalisé très vite. Vous l'aviez peut-être même déjà compris, et c'est pourquoi vous vous êtes aussi vite tourné vers Dumbledore. Parce que quoi qu'il ait été, et quoi qu'il ait fait, il était, à ce moment-là, le seul qui pouvait faire quelque chose. Vous avez passé quelques mois au service de Voldemort, et le reste de votre vie à essayer de réparer cette erreur, à tenter de protéger, de sauver, non pas seulement Lily, ou Harry, mais tous ceux que vous pouviez, au prix, finalement, de votre propre vie. Et même si cela ne vous a pas toujours été possible, même si pour accomplir votre mission vous avez dû laisser, regarder s'accomplir, accomplir vous-même, des atrocités sans rien dire…

Tout en parlant, elle s'était rapprochée de lui. Bien plus près que ce qu'il avait l'habitude de tolérer. Elle leva une main hésitante, et devant son absence de réaction, s'enhardit à la poser sur sa joue pour l'obliger à la regarder en face, sans qu'il songe même à bouger.

« Regardez-moi ! Cette culpabilité, qui vous ronge depuis des décennies… croyez-vous qu'il en ait été de même pour les autres ? Ou du moins pour la plupart des autres ? Pour des gens comme les Lestrange, Greyback, Les Carrow, ou les autres acharnés de cet acabit, sans même parler de Voldemort… pour Dumbledore même ? Vous n'avez jamais été comme eux, Severus. Jamais !

Il n'avait pas cherché à se dégager. La main d'Hermione s'enhardit, remonta un peu sur son visage, sa paume retraçant la ligne de sa mâchoire, jusqu'à venir se loger sur sa nuque. Son regard plongeait dans ses yeux sombres et tourmentés. Elle vit s'y succéder, en un éclair, un mélange complexe d'émotions, de la stupeur du début à l'acceptation finale, en passant par la méfiance et l'appréhension.

Lorsqu'elle tenta une légère pression pour l'attirer vers elle, il n'opposa pas de résistance et lorsque leurs lèvres s'effleurèrent, le temps se suspendit l'espace d'un instant, et elle réalisa qu'il avait retenu sa respiration, en sentant son souffle chaud s'exhaler contre sa bouche. Elle ne bougea pas, le laissant libre de faire, ou non, le dernier pas, le cœur déchiré à l'idée qu'il pourrait décider de fuir. Aussi grand que soit son désir, elle devait le laisser libre de ce choix, lui qui ne l'avait jamais été d'aucun autre. Elle faillit défaillir lorsqu'elle sentit ses mains se poser légèrement, presque précautionneusement, sur ses hanches.

Ses lèvres étaient fermes et douces, son baiser d'une tendresse inattendue, qui fit monter des larmes au bord de ses paupières. Qui aurait pu imaginer Severus Snape déployant de tels trésors de délicatesse ? Elle ouvrit les yeux lorsqu'il s'écarta, la laissant orpheline de sa chaleur. Les yeux de jais étaient voilés d'une douceur nouvelle, pendant qu'il saisissait son visage entre ses mains en coupe, comme s'il voulait lui donner une chance de se reprendre avant qu'il ne soit trop tard. « Severus ! » implora-t-elle d'une voix presque inaudible, et il se rapprocha, s'arrêtant à quelques millimètres d'elle, caressant ses lèvres du bout de sa langue, quémandant un peu plus. Elle entrouvrit sa bouche pour lui permettre d'approfondir le baiser. Leurs langues se trouvèrent enfin, d'abord timides et un peu maladroites, avant d'entamer une danse lente et sensuelle qui les amena au bord du vertige. Hermione avait maintenant ses deux bras autour du cou de Severus, les doigts perdus dans ses cheveux, tandis qu'il l'enlaçait, soutenant sa nuque d'une main, alors que l'autre entreprenait une lente exploration de son dos, la serrant plus étroitement contre lui et elle sourit contre sa bouche en sentant son corps lui répondre. Il la désirait au moins autant qu'elle le désirait. Un frisson brûlant la parcourut alors qu'elle savourait la pression de son érection contre elle.

Ils se séparaient pour reprendre leur respiration, lorsque l'alarme de l'infirmerie se déclencha. Elle se détacha de lui à regret, en lissant sa robe, avec un petit sourire d'excuse.

—Désolée, le devoir m'appelle. A tout de suite ! S'excusa-t-elle en effleurant les lèvres de l'homme en noir d'un index léger, avant de se diriger vers la sortie.

Il la suivit du regard jusqu'à ce que la porte se soit refermée, puis il se laissa tomber dans son fauteuil, les coudes sur les genoux et la tête entre les mains…

Trois indigestions et une dose de potion de dégrisement plus tard (Sibill Trelawney n'avait pas supporté la liqueur de courges à la cardamone concoctée par Draco et Neville, et dont ils gardaient jalousement la composition exacte secrète), lorsqu'Hermione put enfin retourner dans ses appartements, Severus n'était plus là.

Sur la petite table, près du plateau où le café avait refroidi, le livre qu'il lui avait offert était ouvert. Deux lignes y étaient soulignées : ' —Savez-vous ce qu'il me demande ? Fit Marguerite. —Il vous demande pardon. '

Sa colère mourut au moment même où elle naissait.

Elle ne comprenait que trop bien le sens de ce message. Il ne s'excusait pas pour être parti, il s'excusait pour ce qui était arrivé. Elle se laissa tomber dans Son fauteuil où elle se pelotonna, laissant ses larmes glisser librement sur ses joues, le cœur déchiré pour lui. Comment aurait-elle pu lui en vouloir plus longtemps ? Elle comprenait pourquoi il était parti. Il avait une si mauvaise opinion de lui-même qu'il ne pouvait pas encore admettre que quelqu'un puisse vraiment vouloir de lui, puisse le regarder avec autre chose que du dégoût ou de la haine. Il voulait lui laisser le temps de se reprendre, de réaliser pleinement ce qui aurait pu arriver, et surtout avec qui… Seulement voilà, contrairement à ce qu'il devait penser en ce moment-même, la seule chose qu'elle regrettait, c'était qu'il ne soit pas resté !

Elle renifla fort peu élégamment, en essuyant ses joues avec ses doigts, et un léger sourire étira ses lèvres : « tu ne t'en tireras pas aussi facilement, Severus Snape ! Je suis au moins aussi obstinée que toi… »

L'alarme se déclencha de nouveau. Et la soirée ne faisait que commencer !

Elle faillit éclater d'un rire nerveux, à l'idée de ce à quoi, finalement, aurait pu ressembler cette nuit si Severus était resté…

TBC