Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Merci à Mes fidèles rewieveuses, enregistrées ou non… Je vous aime !
Merci aussi aux de plus en plus nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


L'ange gardien

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Hermione se réveilla en sursaut, le tympan encore douloureux du miaulement retentissant de Pattenrond, qui avait cru utile de prendre le relai de l'alarme de l'infirmerie, en venant directement faire une assez bonne imitation une sirène d'alerte moldue, dans son oreille gauche. Après quelques secondes de flottement passées à se frotter les yeux et à vérifier que le demi-Fléreur allait bien, elle jeta un coup d'œil au réveil posé sur son chevet. Quatre heures ! Il y avait moins de deux heures qu'elle avait enfin pu rejoindre son lit, sur lequel elle s'était d'ailleurs allongée toute habillée, juste recouverte d'un plaid dûment agrémenté d'un sort de réchauffement : les alertes avaient commencé à s'espacer, maintenant, mais on ne savait jamais. La nuit d'Halloween était traditionnellement celle ou les élèves semblaient penser que l'infirmerie était le dernier endroit à la mode. Dans une unité impressionnante entre les Maisons, ils y restituaient, entre deux gémissements, toutes les friandises ingérées en excès pendant le banquet (comme disaient les grecs anciens, 'la punition suit la faute de près'.), et la jeune Médicomage n'était pas loin de penser que cette année, ils avaient sûrement établi un record ! Ou peut-être était-ce parce que cette année, elle était celle qui devait gérer ça ! Les bonbons comme armes de destruction massive… Merlin, elle était sûre qu'elle allait en faire des cauchemars. Plus jamais elle ne regarderait une Patacitrouille de la même manière !

—Pattenrond ? Mais qu'est ce qui te prend, bon sang ? Grogna-t-elle d'une voix ensommeillée en se ré-enfouissant sous sa couverture.

Le chat sauta par terre et trottina jusqu'à la porte, puis il se retourna avec un miaulement péremptoire, attendit un petit moment, avant de revenir sur le lit et de tenter de tirer la couverture à lui avec ses griffes. Il miaula de nouveau et recommença son manège sous l'œil perplexe de sa maîtresse, qui avait manifestement le cerveau engourdi ! Les humains, même aussi brillants que pouvait l'être la sienne, étaient vraiment des êtres assez limités, parfois ! Au bout de la troisième fois de ce manège, résignée, elle finit tout de même par s'assoir.

—Tu veux que je te suive, c'est ça ?

Pattenrond souffla légèrement, et elle eut l'impression dérangeante que l'animal émettait un soupir d'exaspération. « Évidemment, que je veux que tu me suives ! Est-ce que j'ai pour habitude de te réveiller en pleine nuit, juste pour le plaisir de te voir râler ? »

Elle tâtonna des pieds pour trouver ses chaussons qu'elle enfila en maugréant et attrapa sa robe de chambre au passage. Il faisait un froid de canard, le feu était éteint dans la cheminée et elle grommela quelque chose en rapport avec les vieilles bâtisses magiques à la conscience soi-disant autonome, qui, au vingt-et-unième siècle, n'étaient même pas capables d'auto-activer un sort de chauffage central !

Dès qu'elle eut mis un pied dans le couloir, une chape glaciale tomba sur ses épaules, au point qu'elle se demanda un instant si le château n'exerçait pas des représailles pour ce qu'elle venait de dire. Elle resserra encore plus les pans de la robe de chambre contre elle en pestant de plus belle, jusqu'à ce qu'elle se retrouve à l'embranchement qui menait aux cachots. Elle comprit alors où Pattenrond la conduisait, et une sourde angoisse lui serra soudain la poitrine. Elle se souvenait des paroles de Severus, lui avouant que son demi-Fléreur était parfois allé prévenir Dumbledore lorsqu'il était quelquefois revenu trop gravement blessé, et trop faible pour se soigner lui-même après le retour du Seigneur des Ténèbres.

Il lui avait donné son mot de passe, quelques semaines auparavant, avant qu'ils n'arrêtent provisoirement leurs recherches sur le cas de Harry, afin qu'elle puisse le rejoindre dans son laboratoire personnel ou dans ce qu'ils avaient appelé 'l'espace Moldu', sans qu'il ait à se déranger pour venir lui ouvrir à chaque fois. Elle poussa un soupir de soulagement en constatant qu'il ne l'avait pas changé. Pattenrond avait disparu. Elle émit un hoquet de stupéfaction lorsqu'elle le trouva à l'attendre à l'intérieur, la regardant d'un air supérieur et… impatient ? « Enfin tu es là, tu en as mis du temps ! ». Severus avait-il installé une chatière magique pour lui permettre de circuler librement, ou avait-il plus prosaïquement découvert un passage par où se faufiler ?

On n'entrait pas dans les appartements du Maître des potions, comme dans les siens, directement dans le salon. Severus n'admettait pas n'importe qui dans son intimité. La porte d'entrée s'ouvrait sur un minuscule hall, à peine un peu plus large qu'un couloir, sur lequel s'ouvraient quatre portes. Elle savait, pour avoir quelques fois été invitée à y entrer, afin d'y consulter l'un ou l'autre des nombreux ouvrages qui recouvraient presque tous les murs jusqu'au plafond, que celle de droite donnait sur un grand et confortable salon, à l'extrémité duquel se trouvait, comme chez elle, un petit coin cuisine. Celles de gauche, qu'elle avait toujours vues fermées, devaient être celles de la chambre et de la salle de bains, et enfin, face à l'entrée, la dernière porte ouvrait sur un étroit corridor qui conduisait, à travers les entrailles du château, au laboratoire personnel du maître des lieux, seule pièce de ses quartiers privés avec laquelle elle soit vraiment familière. L'entrée ne comprenait qu'un meuble bas, qu'elle soupçonnait principalement destiné à accueillir des chaussures, une chaise, et quelques patères fixées au mur, auxquelles étaient accrochées des robes de travail, et la lourde cape dont il se couvrait pour sortir par temps très froid. Une paire de gants noirs et une écharpe de la même couleur avaient été jetées sur le placard, où ils étaient tombés en vrac, sans qu'on se donne la peine de les ranger.

Une des deux portes de gauche était très légèrement entrebâillée, et laissait sourdre un léger halo de lumière, semblable à celui qu'aurait pu émettre une veilleuse. Elle se sentit soudain très inconfortable et ridicule. Il devait dormir, et s'il venait à se réveiller, comment allait-elle justifier sa présence à cette heure dans ses appartements ? Pattenrond n'avait pas ses scrupules et se dressa, pour pousser le battant de la porte de ses deux pattes avant.

Il était étendu sur son lit. Comme elle, il s'était couché tout habillé. Il avait juste enlevé sa redingote et sa cravate, qui étaient posées sur une chaise. Il semblait profondément endormi. Quelque chose, pourtant, dérangeait le médecin en elle, et ce n'était pas seulement la vague lueur qui ne semblait provenir d'aucun point précis dans la pièce. Non, c'était autre chose, quelque chose qu'elle n'arrivait pas à définir. Peut-être dans l'immobilité anormale de l'homme, allongé tel un gisant. Elle s'approcha du lit en prenant soin de ne pas faire de bruit, notant au passage la fiole vide sur le chevet. Il devait avoir pris une potion de Sommeil. Mais maintenant qu'elle était plus près, elle pouvait distinguer son visage, ses yeux seulement à demi fermés dans un masque figé, et soudain elle sut ce qui n'allait pas. Le silence ! Un silence absolu. Un silence de… Non ! Ce n'était pas possible ! Elle se précipita, sans plus se soucier de discrétion, tout en sortant sa baguette pour lancer un Lumos Maxima qui illumina la chambre. Elle posa deux doigts sur sa carotide et poussa un soupir de soulagement en sentant, au bout d'un moment définitivement trop long, un frémissement. Aussi léger qu'il soit, c'était un pouls. Très lent, presque indiscernable, mais il était là, et un souffle quasi imperceptible effleura à peine la joue qu'elle avait approchée de la bouche de l'homme.

Tout à coup, un spasme arqua son corps, et il se mit à convulser. Elle n'eut que le temps de littéralement se jeter sur lui, pour tenter de contenir ses mouvements erratiques et l'empêcher de se blesser en tombant du lit. Après quelques secondes, il retomba sur sa couche, aussi livide et inerte qu'un cadavre, et cette fois-ci, malgré son insistance, elle ne put trouver de pouls. Elle braqua sa baguette sur sa poitrine. « Enervate ! » sans obtenir de réaction. Au troisième essai infructueux, elle jeta la baguette inutile sur les draps, et commença un massage cardiaque énergique. « Réveillez-vous, Severus Snape ! Revenez ou je vous jure que je trouverai un moyen de vous ressusciter pour pouvoir vous tuer moi-même ! » La sueur coulait dans ses yeux, irritant ses paupières…

… Pour la troisième fois, elle colla ses lèvres aux siennes pour essayer de lui insuffler un souffle de vie. Elle se releva, échevelée et en larmes, et envoya un grand coup de poing dans la poitrine de l'homme. « Severus ! Espèce d'abruti ! Reviens ! Ne me laisse pas… Sever…» A bout de forces, elle sanglotait maintenant sans retenue, mais elle refusait de renoncer. Et soudain, le miracle se produisit. Il inspira brusquement, et se mit à tousser en roulant sur le côté.

Elle mit le long moment qu'il lui fallut pour récupérer à profit pour retrouver sa baguette, descendre du lit, et essayer de mettre un peu d'ordre, autant que possible, dans le débraillé de ses vêtements et de ses cheveux.

—Qu-que s'est-il passé ? La voix de l'homme était un peu pâteuse.

—Ca, ce serait plutôt à moi de vous le demander ! Répondit-elle d'un ton aigre. L'angoisse avait cédé le pas à une colère à la mesure de la peur qu'elle avait éprouvée.

Il tenta maladroitement de se redresser, avec un succès mitigé.

—J'ai rêvé, ou vous m'avez traité d'abruti ?

—De toute évidence, vous avez rêvé, jamais je n'aurais employé un terme aussi léger ! Mais qu'est-ce qui ne va pas chez vous, Severus ? Qu'est-ce vous avez fait ? Qu'est-ce que vous avez pris pour vous retrouver dans un état pareil ? Et n'essayez pas de prétendre que vous avez fait une réaction allergique à la potion de sommeil !

Sa voix menaçait de déraper dans les aigus. Elle se connaissait assez pour savoir qu'elle risquait sous peu, de perdre le peu de contrôle qu'elle avait encore sur elle-même. Elle ferma les yeux et prit plusieurs respirations profondes pour se calmer.

Maintenant qu'il avait repris pied dans la réalité, Severus aurait donné beaucoup pour être ailleurs.

—Qu'est-ce que vous faites ici ? Tenta-t-il d'éluder.

—Pattenrond a trouvé judicieux de s'autoproclamer votre ange-gardien. Mais n'essayez pas de noyer le poisson, vous allez me dire ce que vous avez fait pour vous retrouver dans cet état. Seigneur ! J'ai bien cru que vous alliez y passer !

—Croyez-vous que ce soit le moment de…

Severus ! Je vous avertis que je suis sur le point de craquer ! Si vous ne me répondez pas immédiatement, j'envoie un Patronus à Minerva et un autre à Flitwick ! En tant que sous directeurs, ils sont en droit de savoir…

Il finit de s'assoir, balançant ses longues jambes hors du lit.

—Vous ne ferez rien ! Je vais très bien ! Aidez-moi à me lever, nous serons mieux dans le salon pour parler.

Il n'allait pas bien. Il marchait d'un pas mal assuré en s'appuyant lourdement aux meubles, comme un homme ivre. Pourtant, il n'avait pas l'air d'avoir bu… pour ce que ça valait. Après tout, il était Maître des potions et elle avait eu la preuve, quelques heures plus tôt, de la spectaculaire efficacité de sa potion de dégrisement. Mais passés les premiers mots, son élocution avait retrouvé toute sa netteté, et son regard son acuité habituelle.

Lorsqu'elle l'eut installé dans un fauteuil, un plaid sur les genoux et un autre sur les épaules malgré ses grommellements exagérément exaspérés, et qu'elle eut ranimé les braises d'un Incendio rageur qui faillit mettre le feu à la cheminée, elle agita sa baguette et de légers cliquetis de vaisselle se firent entendre en provenance de la cuisine. Quelques minutes plus tard, un plateau chargé d'une théière fumante et de deux tasses, venait se poser sur un guéridon. Une fois qu'elle lui eut mis d'office une tasse de thé brûlant et copieusement sucré dans les mains, elle s'installa sur l'autre fauteuil. Pattenrond, quant à lui, avait sauté sur les genoux de Severus où il s'installa en boule en ronronnant, non sans les avoir auparavant consciencieusement piétinés, indifférent aux grimaces de l'homme à chaque fois qu'il enfonçait ses griffes dans sa chair, au travers du tissu de son pantalon.

—Alors ?

—Vous ne lâcherez pas le morceau, hein ?

—Aucun espoir !

Il émit un soupir résigné et se mit à parler.

—Lorsque je suis revenu, et que je me suis rappelé d'Avalon, j'avoue que j'étais frustré de ne pas arriver à me souvenir de plus. J'ai testé mon sang. Il contenait encore assez de résidus pour que je détermine ce qui avait été utilisé pour effacer ma mémoire.

—Qu'était-ce ?

—Un philtre très ancien, dont la formule s'est perdue dans la nuit des temps, appelé philtre de Léthé.

—Le phil... ! J'ai lu des choses sur ce philtre, c'était celui utilisé par Circé. Mais son secret est perdu depuis des millénaires, et il n'a apparemment jamais existé aucun antidote connu, permettant de le contrer !

— Je sais, mais je… j'ai fait des recherches, et j'ai réussi mettre au point une potion…

—Quand ? Quand était-ce Severus ?

—L'été dernier.

—Lorsque vous passiez tout votre temps dans votre laboratoire ? C'est pour ça que vous aviez l'air tellement épuisé ! Mais vous m'aviez dit que la phase… elle écarquilla les yeux, alors qu'une brusque compréhension illuminait son cerveau. « Elle n'était pas terminée, n'est-ce pas ? Vous m'avez menti, vous l'avez achevée après mon départ, et vous… »

—Je ne vous ai pas menti, la coupa-t-il. La première phase était bien terminée, et j'ai effectivement passé plusieurs jours à me reposer après votre départ.

Elle ricana, et reprit, sur un ton nettement sarcastique.

—Et après ces 'plusieurs jours' ?

—Je l'ai terminée. Cette phase demandait de la minutie et une extrême précision, mais ce n'était pas particulièrement dangereux. En tout cas pas pour moi. Termina-t-il d'un ton légèrement suffisant, ce qui fit lever les yeux au ciel à Hermione.

—Et ensuite ? Elle le vit se fermer. « Répondez-moi ! »

—Je… je l'ai testée. Avoua-t-il dans un souffle, le regard fixé sur un point du plancher qui semblait soudain le fasciner.

—Sur vous ? Sans personne pour…

Il releva lentement la tête, et répondit d'un ton fatigué.

—Évidemment sur moi ! Vous ne pensez tout de même pas que j'aurais pu… quoi qu'il en soit, il n'y en avait pas assez pour effectuer des essais préliminaires, et je devais en évaluer personnellement les effets... Il soupira avec lassitude en haussant les épaules, avant de reprendre. « Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de choses que j'ai testées sur moi depuis des années, Hermione. »

—Oh je crois que si ! Mais en l'occurrence, vous n'aviez pas le choix… Ce qui n'était pas le cas cet été ! Vous auriez au moins du vous assurer d'avoir quelqu'un près de vous en cas d'accident !

'Je te l'avais bien dit !' Le nargua la petite voix devenue familière dans la tête de Severus.

« Pourquoi n'avez-vous pas attendu mon retour ? Et ne me dites pas que c'est parce que cette potion était sans aucun danger. Je vous connais trop bien pour vous croire un seul instant. Un produit capable de contrer le philtre de Léthé ne pouvait être qu'extrêmement puissant et dangereux à utiliser. C'était de la folie ! De la pure inconscience ! C'était…

—Stop ! On se calme ! Je suis là, devant vous, et je ne suis pas un fantôme.

—Pas grâce à votre prudence en tout cas ! Vous avez eu de la chance… d'abord cet été, et encore plus ce soir ! Sans Pattenrond… Qu'est-ce qui vous a pris de vous lancer seul dans cette aventure ?

—J'ai toujours été seul, Hermione, je n'ai même pas pensé que…

Il détourna le regard.

—Vous n'avez même pas pensé… Vous n'avez même pas pensé !

Elle fit un tour sur elle-même, les mains levées, comme pour prendre le ciel à témoin.

« Il n'a même pas pensé ! Pensé quoi ? Que j… quelqu'un pourrait être affecté s'il vous arrivait quelque chose… Ne serait-ce que Minerva ?

—Ma vie ne regarde personne d'autre que moi !

—Votre vie ! Non mais écoutez-le ! Morgane a sauvé votre vie, elle a demandé à la Déesse de vous accorder un mois à Avalon ! Avec le recul il est évident qu'elle vous a volontairement offert ces dix années, afin que vous puissiez enfin en profiter un peu de cette vie, dont vous faites si peu de cas ! Vous n'avez jamais eu le loisir d'être jeune, ni l'opportunité de simplement vivre une existence normale, Severus, ne gâchez pas ce qui vous est offert aujourd'hui !

Elle s'accroupit devant le fauteuil, et posa une main sur la sienne, qui caressait machinalement le chat.

« Ne fuyez pas, Severus… Ne me fuyez pas pour de mauvaises raisons. »

Il leva la tête vers elle, affrontant enfin son regard en face.

—Quelles seraient les bonnes raisons ?

—Je ne vous plais pas. Vous me détestez. Vous n'êtes pas intéressé par les femmes, que sais-je ? Mais en tout cas, pas celles que vous croyez. Il-il y a quelque chose entre nous, au moins une… attirance physique. N'essayez pas de le nier, vous m'en avez donné la preuve concrète il y a seulement quelques heures ! Et peu importe où ça peut nous mener, je suis prête à prendre le risque.

—Je suis désolé, Hermione, je- j'ai agi comme un imbécile, mais… mais tout ça… c'est tellement… j'ai besoin d'un peu de temps… essayez de me comprendre.

—Je peux comprendre ça, mais pas des excuses bidons dans le genre de celles qui tournent dans votre tête en ce moment.

—Seriez-vous subitement devenue Legilimens ? Tenta-t-il d'ironiser.

—Je n'en ai pas besoin… mais vous ne m'avez pas dit pourquoi vous aviez repris de cette potion ce soir.

—Je… ce n'est pas juste un antidote au philtre de Léthé, d'ailleurs, je n'ai pas retrouvé toute ma mémoire, et ce n'est pas pour cela que je l'ai utilisée ce soir. Elle a aussi d'autres propriétés. J'ai voulu voir… essayer de revoir les choses… ce qui s'est passé autrefois… sous un angle différent, avec le recul… Je suis désolé, je n'arrive pas à énoncer les choses clairement, il vaudrait mieux que je vous décrive exactement l'effet de la potion, mais je vous avoue que cette nuit, je ne m'en sens pas la force. Je… j'ai l'esprit un peu confus.

—Je sais que vous refuserez de m'accompagner à l'infirmerie, mais vous devriez retourner dans votre lit. Je vais rester là, cette nuit, au cas où.

—Non, ce n'est pas la peine. Je vous assure que ça va aller, maintenant. Et si ça peut vous rassurer, je vous promets que je ne ferai aucune autre imprudence et que je vous rendrai visite demain, lorsque je serai plus en état.

Elle le considéra un moment d'un œil suspicieux.

—Vous me raconterez tout ?

—Oui.

—Vous me laisserez vous aider ?

—Je vous laisserai m'aider. Accepta-t-il après une légère hésitation.

Elle se sentit un peu puérile et ridicule en posant la dernière question d'une toute petite voix.

—Promis ?

Il émit un petit bruit hybride, entre soupir exaspéré et amorce de rire, mais se fonça à répondre patiemment.

—Promis !

—Je vais vous aider à revenir dans votre ch…

—Je veux bien vous laisser m'aider pour ce qui le nécessite, mais je n'ai pas besoin d'aide pour ça. Retournez chez vous, Hermione. La coupa-t-il. « Je vais bien ! » Il leva les yeux au plafond d'un air exagérément exaspéré lorsqu'elle se saisit de son poignet pour vérifier son pouls, sans pour autant retirer sa main.

Elle se releva, toujours un peu indécise.

—Essayez de dormir, ordre du docteur ! Et gardez Pattenrond avec vous cette nuit, sa présence vous fera du bien, et moi, je serai plus tranquille si je sais que votre ange-gardien veille sur vous.

Puis, s'approchant de l'homme toujours assis dans son fauteuil, elle se pencha rapidement sans lui laisser le temps de se dérober, et déposa un baiser léger sur sa joue, avant de se diriger vers la sortie. Elle arrivait à la porte lorsqu'un grommellement dans son dos, l'arrêta.

—Gryffondor obstinée !

Souffla-t-il alors qu'elle allait poser la main sur la poignée. Elle s'immobilisa un instant, le bras levé, et hocha légèrement la tête,

—De rien !

Elle sortit sans se retourner, partagée entre l'envie de rire, et celle de pleurer toutes les larmes de son corps.

TBC