Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Merci à Mes fidèles rewieveuses, enregistrées ou non, anciennes ou nouvelles… surtout, continuez, pour moi, c'est le plus beau des cadeaux, et bien meilleur que tous les chocolats de fêtes !
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.

De retour après une légère infidélité à « Vulnera » pour cause d'update du « Veilleur II » )

JE VOUS SOUHAITE A TOU(TE)S UNE MERVEILLEUSE ANNEE 2017 !


Apprivoiser le passé

...

La journée du premier novembre commença plus calmement que la précédente n'avait fini. Une fois qu'Hermione eut renvoyé ses patients de la nuit dans leurs quartiers, elle s'installa pour réfléchir, devant une bonne tasse de café odorante. Elle partageait le goût de Severus pour le café noir, très fort et sans sucre. Elle se leva d'un bond en entendant frapper doucement à sa porte, mais il était dit que sa conversation avec le Maître des potions n'aurait pas lieu tout de suite. Elle essaya de masquer sa déception derrière un sourire un peu forcé, lorsqu'elle découvrit Harry debout sur son paillasson.

—Bonjour Mione ! Je te dérange ?

—Non, pas du tout, entre. J'étais en train de boire un café, je t'en offre un ?

—Avec plaisir, oui. Répondit-il en pénétrant dans le salon, et en s'approchant de la cheminée. « Brrr, il caille ! J'avais oublié à quel point il pouvait faire froid ici, fit-il en frottant ses mains l'une contre l'autre, « Tu as vu la couche de neige qu'il est tombé cette nuit ? »

—Je n'ai pas encore eu le temps de mettre le nez dehors ce matin… les joies de la nuit d'Halloween ! Mais d'un autre côté, nous sommes en Ecosse, la neige est une denrée moins rare ici qu'à Londres.

—Je ne sais pas comment j'ai pu me laisser convaincre de revenir ici.

—Tu aurais préféré rester seul au Square Grimmaurd et ne voir Ginny qu'au mieux une fois par semaine ?

—Non, bien sûr. Mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi Snape lui a proposé ce poste.

—A vrai dire, j'avoue que je le lui ai un tout petit peu suggéré.

—Mais pourquoi ?

—Vous êtes mariés depuis cinq ans, vous n'avez pas d'enfants, et jusqu'à il y a peu, tu étais presque toujours en déplacement. Tu ne t'es jamais demandé si elle n'en avait pas assez, de passer la plupart de son temps seule à t'attendre, enfermée dans cette maison ? Si elle n'avait pas envie d'avoir une activité professionnelle, de voir du monde ? Et puis Ginny est une Weasley, elle sait s'y prendre avec les enfants, il n'y a qu'à la regarder faire avec Teddy et Victoire. Et dernier point et pas le moindre, elle ne te le dira jamais, mais elle s'inquiète pour toi, et étant donné que tu ne veux plus voir ton Psychomage et que je ne peux pas me permettre de quitter mon poste à tout moment pour me rendre à Londres, la proposition de Snape est tombée à pic, et elle a sauté sur l'occasion.

—Personne ne s'est demandé si moi, j'avais envie de revenir ici !

—Ne sois pas aussi égoïste Harry ! J'ai vu qu'elle était vraiment heureuse de cette opportunité, lorsque je lui en ai parlé, si ce n'avait pas été le cas, je n'aurais pas insisté ! Elle a toujours été là pour toi, même au début, lorsque tu avais baissé les bras. Tu peux bien faire ça pour elle en retour ! Et puis c'est un projet pilote. Pour l'instant, elle ne s'est engagée que jusqu'en juin. Et je croyais que Poudlard avait été toujours ce qui se rapprochait le plus d'une maison, pour toi !

—Oui, c'est vrai, mais c'était avant… et puis, il y a Snape. Il me déteste, il va recommencer à me pourrir la vie !

—D'un, il n'a aucune raison de te pourrir la vie, comme tu dis. Vous êtes ici depuis près de deux semaines, et je ne pense pas que tu aies eu à te plaindre de lui, non ? De plus, tu n'es plus un élève, tu es le conjoint d'un professeur, et en tant que tel, tu n'es pas obligé d'avoir des contacts avec lui si tu ne le souhaites pas. Et de deux, il ne te déteste pas. Et si tu veux bien être honnête avec toi-même, tu dois reconnaitre que si l'un des deux a détesté l'autre au premier regard, c'est toi. Et que tu as vraiment tout fait, en six ans, pour qu'il ne te voie pas de manière très positive !

—Je ne vois pas ce que tu veux d…

—Oh s'il te plait Harry, assez d'hypocrisie, regarde les choses en face pour une fois ! En première année, tu l'as pris en grippe dès le premier soir, sous prétexte que sa tête ne te revenait pas et que ta cicatrice t'avait fait mal au moment où il t'avait regardé. Pendant toute l'année, tu as tout fait pour nous persuader, à Ron et moi, qu'il te voulait du mal, et lorsque tu as eu la preuve qu'en fait c'était tout le contraire, qu'il avait passé l'année à te protéger, et qu'il t'avait même sauvé la vie, es-tu seulement allé le remercier ? Non qu'il aurait apprécié d'ailleurs, mais ça, c'est une autre histoire. Et le jour de la rentrée, en deuxième année ? Lorsque vous êtes arrivés avec la voiture volante d'Arthur ? Est-ce-que tu t'imaginais qu'il allait vous accueillir à bras ouverts alors que vous aviez sciemment violé un nombre incalculable de lois sorcières et de règlements de l'école ? Et ça a continué les années suivantes, sans que tu ne t'aperçoives jamais de rien. Je plaide d'ailleurs coupable aussi, vous réussissiez toujours à tourner les choses de manière à ce que je ne voie rien non plus. Pourtant, comme par hasard, il était toujours là au bon moment pour te tirer des pires situations. Une fois, cela aurait pu être une coïncidence, mais étant donné le nombre de fois, ça aurait dû nous mettre la puce à l'oreille.

—Avoue qu'il ne faisait rien pour…

—Rien pour quoi ? A la lumière de ce que tu sais maintenant, est-ce que tu peux un instant t'imaginer quelle était sa vie alors ? Aux dires de tous ceux qui l'avaient connu, tu étais le portrait de ton père au même âge, et Dumbledore et McGonagall avaient envers toi la même indulgence qu'ils avaient à l'époque pour James. Ils te passaient tout, et s'était lui qui devait à chaque fois arranger au mieux les choses. Il avait juré de te protéger au risque de sa propre vie, et avec toutes les fois où tu te mettais inutilement en danger en te mêlant de ce qui ne te regardait pas, il avait de quoi être en colère contre toi… contre nous! Je ne te dirai pas comment je le sais, mais de source sure, il a d'ailleurs souvent payé le prix fort, pour nos imprudences. En particulier après le retour de Voldemort.

—On était des gamins !

—Des gamins frondeurs et indisciplinés qui se croyaient meilleurs et plus futés que les adultes et se pensaient au-dessus des lois ordinaires, oui ! Lorsque tu es arrivé à Poudlard, l'histoire a recommencé, pour lui. Comme au temps des Maraudeurs. Albus et Minerva te passaient tout… Plus : à la fin de notre première année, Dumbledore a même récompensé nos 'exploits', qui n'étaient, avec le recul, rien moins que de l'insubordination caractérisée, en enlevant la coupe à Serpentard pour la donner à Gryffondor, sans même le prévenir afin qu'il puisse y préparer sa Maison… Est-ce que tu peux t'imaginer comment ils ont réagi face à cette injustice ? Et c'est encore lui qui a dû supporter l'onde de choc. Au-delà de la rivalité Gyffondor-Serpentard, crois-tu vraiment qu'il y avait là de quoi te faire apprécier, de lui, tout comme de sa Maison ?
Avec le recul je reconnais que oui, c'est vrai, j'étais une gamine arrogante et orgueilleuse, qui cherchait par tous les moyens à se faire remarquer, et que l'appellation d''insupportable miss-je-sais-tout' m'allait comme un gant. J'en ai pris conscience et j'en ai honte, maintenant, mais j'ai toujours respecté la fonction professorale. As-tu jamais reconnu un seul de tes propres défauts ? Tu lui as répondu avec arrogance dès le premier cours, tu lui tenais tête en permanence, faisais-tu de même avec les autres professeurs ? Avec ceux qui étaient en admiration devant l'Élu ? Et même si ça doit blesser ton amour-propre, c'est aussi vrai, que tu étais paresseux. J'ai assez souvent fait tes devoirs et ceux de Ron à votre place pour le savoir ! Je me demande même comment vous avez fait pour obtenir les résultats que vous avez eus à vos BUSEs ! Et si tu ne t'étais pas appelé Harry Potter, le Sauveur du monde sorcier, je ne suis pas certaine que tu aurais pu accéder à la formation d'Auror… sans avoir passé tes ASPICs, en plus !

—Ne me fais pas passer pour plus mauvais que je ne suis, Mione. Même si je n'avais pas vraiment réalisé tout ce que tu viens de dire, crois-moi, en dix ans, j'ai souvent retourné tout ça dans ma tête. J'admets volontiers que tous les torts n'étaient pas de son côté, et que les apparences étaient souvent trompeuses… D'ailleurs, je suis prêt à lui faire des excuses. Et c'est d'ailleurs pour ça que je suis venu te voir. Vous… vous avez l'air en bons termes tous les deux. Si je pouvais le rencontrer ici, en terrain neutre…

Hermione laissa son sourire s'épanouir sur son visage. Les choses progressaient mieux que prévu. Harry n'avait pas besoin de le savoir, mais Severus était aussi anxieux que lui. Il avait craint que peut-être, le jeune homme ne veuille pas le rencontrer en tête à tête, mais si Harry lui-même le lui demandait, ça ne pouvait pas être mieux.

—Mais bien entendu ! Ce sera avec plaisir. Je lui en parlerai dès que je le verrai. Maintenant, dis-moi, comment te sens-tu depuis la dernière fois que je t'ai vu en tant que patient, début septembre, à Londres ?

Après avoir quitté les appartements d'Hermione, lorsqu'il s'était retrouvé seul chez lui, il avait commencé à réfléchir à tout ce que lui avait révélé la jeune femme. Elle lui avait dit avoir étudié tous les comptes rendus des procès qui avaient suivi les deux guerres, et il lui faisait confiance pour l'avoir fait consciencieusement. Si ce qu'elle avait dit était vrai, et à la lumière des révélations de Dumbledore, il n'était peut-être pas aussi entièrement responsable de la mort de Lily et du sort de Harry qu'il l'avait pensé pendant toutes ses années, où Albus avait soigneusement entretenu sa culpabilité. Évidemment, il était toujours coupable de tout ce qu'il avait été obligé de faire pour accomplir sa mission, et cela, il ne se le pardonnerait jamais… mais pouvait-il s'autoriser à penser une seconde que sa responsabilité pouvait être… très légèrement atténuée par les circonstances ?

Il avait pris la potion pour essayer de retrouver des scènes, des impressions, pour essayer de regarder les choses sous ce nouvel éclairage. De voir ce qui lui avait échappé à l'époque, avec le stress et la pression des événements. Il avait remonté l'écheveau de sa vie, examinant méthodiquement paroles et expressions. Il avait retrouvé des souvenirs profondément enfouis. Il s'était revu dans le bureau de Dumbledore, minuscule bambin tenant à peine sur ses jambes, tentant de se dissimuler derrière les jupes de sa mère, effrayé par ce vieillard à la longue barbe blanche. Il avait senti l'esprit du vieil homme pénétrer le sien. Il l'avait entendu promettre à sa mère qu'il prendrait soin de lui. Il avait vu son regard froid et calculateur posé sur lui, pendant que sa bouche souriait.

S'il avait encore nourri quelques doutes, maintenant, il avait la confirmation que tout était vrai, la trahison, le mensonge… Le choc avait été immense. Et puis tout s'était brouillé, quelque chose avait mal tourné, et lorsqu'il avait ouvert les yeux, Hermione était près de lui…

Hermione, et la place qu'elle avait réussi à prendre dans sa vie en l'espace de seulement quelques mois… c'était… il ne savait pas ce que c'était, il n'arrivait pas à mettre de mots sur ce qu'il ressentait vraiment.

L'amitié… il avait connu l'amitié avec Lily, mais ce n'était pas la même chose. Avec Hermione, il y avait une étonnante complicité, certes, mais il y avait surtout une sorte de… d'empathie, de symbiose même. Elle savait instinctivement, elle comprenait ! Lily ne s'était jamais donné la peine de le comprendre vraiment. Lily éprouvait de la compassion, bien sûr, lorsque son père dépassait les bornes, mais elle ne se rendait pas vraiment compte de la véritable ampleur des choses, tellement ces considérations étaient éloignées des valeurs de sa famille parfaite.

Pendant les premières années à Poudlard, elle avait revendiqué et défendu cette amitié, avant que petit à petit, elle ne finisse par trouver pesante cette camaraderie que personne ne comprenait et qui l'empêchait de vraiment complètement s'intégrer à sa Maison. Elle avait alors saisi le premier prétexte qui lui avait permis d'y mettre fin sans en éprouver de culpabilité superflue. C'était pour ça qu'elle lui avait refusé son pardon. Elle avait pourtant été témoin de l'humiliation que les Maraudeurs lui avaient fait subir devant près de la moitié de l'école, et même si elle était partie avant le pire, il avait bien dû se trouver quelques 'bonnes âmes' pour le lui raconter ! Elle aurait pu comprendre qu'il n'était pas dans son état normal lorsqu'il avait prononcé les mots fatidiques ! A vrai dire, il n'avait même pas réalisé ce qu'il avait dit, ni à qui, avant de s'entendre, avec horreur, en prononcer le dernier mot, comme spectateur de lui-même.

Sans tenir compte du contexte familial bien différent, comme lui, Hermione avait été une enfant solitaire et incomprise, bien trop brillante et orgueilleuse de son savoir, pour attirer les sympathies. Il doutait qu'elle ait eu beaucoup d'amis avant Poudlard. Elle avait eu la chance que les circonstances lui permettent de se lier à Potter et à Weasley, en première année, ce qui lui avait évité l'isolement et les brimades qui auraient autrement été inévitablement le lot de la miss-je-sais-tout qu'elle était alors. Et elle était assez intelligente pour avoir maintenant pris conscience que son comportement d'alors avec elle n'avait d'abord eu d'autre but, bien que maladroitement, de corriger ce comportement. Certes, par la suite, le fait qu'elle se soit lié d'amitié avec Potter avait quelque peu modifié ses raisons, il le reconnaissait. Mais dans l'ensemble ils étaient vraiment très semblables sur de nombreux points…

Alors, si ce n'était pas simplement de l'amitié, qu'était-ce ? Dumbledore l'aurait regardé par-dessus ses lunettes, avec son sourire mielleux de grand-papa gâteau et lui aurait ressorti son dada. Mais non, ce ne pouvait pas être de l'amour ! Il n'avait pas droit à l'amour. L'amour, c'était pour les autres !
Il n'était pas prêt pour accepter cela.
Pas de l'amour, mais de la confiance, lui qui n'avait jamais fait confiance à personne.
Pas de l'amour, mais de l'affection, lui qui, en dehors de Lily, n'avait jamais eu de véritable ami.
Pas de l'amour mais de la complicité, lui qui n'avait jamais rien partagé avec personne.
Pas de l'amour mais du désir, et une féroce envie de la protéger, de la garder auprès de lui… pour lui.
Pas de l'amour mais cette boule à l'estomac lorsqu'elle riait et flirtait avec Weasley…
Pas de l'…

« Ouvre les yeux, Severus, cesse de ne voir que ce que tu veux voir, écoute ton cœur, pour une fois » lui soufflait la petite voix dans sa tête.

Il se sentait perdu, il ne savait plus où il en était. Il avait été prêt à céder à la tentation, à céder à ce pardon qu'elle lui accordait, à céder à ce corps qu'elle lui offrait. Et il avait eu peur, il avait été terrifié et il avait fui.

Lâchement !

Il avait fui, et elle ne lui en voulait pas !

Qu'est-ce que c'était… cette sensation qui le rendait triste et heureux à la fois lorsqu'il pensait à elle ? Jamais il n'avait ressenti cela. Même pour Lily. Avec Lily, il avait appris les tourments d'un attachement à sens unique. Au fond de lui, même à cette époque, il n'avait jamais osé espérer que ce sentiment serait un jour partagé, mais il s'était accroché à cette amitié comme on s'accroche à une bouée. Il avait atrocement souffert lorsqu'elle l'avait rejeté, il aurait voulu mourir lorsqu'elle était morte, mais avec le recul, il était avait compris que cette obsession morbide, qu'il avait cultivée après sa perte n'était en grande partie que l'expression de sa culpabilité. Si elle n'était pas morte, avec le temps, il serait arrivé à surmonter sa peine, mais les circonstances avaient transformé un amour d'adolescence en tragédie shakespearienne.

Il avait mis longtemps des années, à le comprendre, mais il avait fini par l'accepter, avant même la seconde guerre. Hermione… Hermione était comme une source vive au milieu du désert aride qu'était son existence. Elle provoquait en lui une soif inextinguible, et même l'Occlumencie ne pouvait plus l'aider !

En refermant la porte de ses appartements, il se rendit compte, avec une ironie certaine, qu'il se sentait plus anxieux au moment d'affronter cette frêle jeune femme, qu'il ne l'avait jamais été lorsqu'il était convoqué par le Seigneur des Ténèbres…

TBC