Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Merci à Mes fidèles rewieveuses, enregistrées (Zeugma, Daidaiiro, paceyas, lyka Opale) ou non (Manon, mamy83, Juliana, Leslie), anciennes ou nouvelles… surtout, continuez ! Vos petits mots sont comme des lumières dans l'obscurité… et Dieu sait que j'en ai besoin en ce moment !
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Nos choix…

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—Alors pour résumer, si je comprends bien, cette potion permet de… en quelque sorte d'avoir une vision globale de sa vie, de se déplacer dans le temps, de pouvoir revivre les choses, même celles dont on n'a pas de souvenirs conscients… c'est extraordinaire, bien sûr, mais on peut faire la même chose, et sans danger, avec l'hypnose, pourquoi avoir pris un tel risque ?

—Vous avez raison, mais je ne suis pas un sujet ordinaire. Outre le fait que mon esprit est conditionné pour y résister, je ne pense pas que l'hypnose régressive aurait été suffisante pour retrouver des souvenirs effacés par le philtre de Léthé. Vous savez, je suis immunisé contre la plupart des potions d'oubli, je peux résister à l'Imperium et au Veritaserum. Il m'aurait tout simplement été impossible d'oublier des souvenirs récupérables par une simple séance d'hypnose… Ce philtre est d'une puissance qui dépasse tout ce que nous connaissons, et je suis pratiquement certain que si je n'avais pas développé ces capacités avant, même la potion que j'ai créée, aussi forte soit-elle, n'aurait pas suffi, seule, à retrouver ne serait-ce que les quelques bribes de souvenirs que j'ai réussi à glaner.
Dès le départ, je savais que je ne pourrais pas trouver un véritable antidote au philtre de Léthé. Tout au plus, et avec beaucoup de chance, une solution pour retrouver au moins une partie de ma mémoire effacée par Morgane. Et les effets que vous venez de lister n'en étaient en quelque sorte, au début, que des effets secondaires, ce n'étaient pas eux, que je recherchais lorsque j'ai élaboré la première version.

—La… première version ?

Il détourna le regard.

—Je… Depuis la rentrée, j'ai recommencé à travailler sur cette composition, mais cette fois, en me concentrant sur ses effets secondaires, et le résultat a dépassé tout ce que j'espérais …

—Que voulez-vous dire ?

—Les effets de cette potion... C'est… comment dire… c'est comme si le temps, votre temps, s'étalait devant vous, dans toutes les directions. Vous pourriez en explorer toutes les dimensions, toutes les ramifications. Les chemins que vous avez pris, comme vous pourriez le faire avec l'hypnose, mais aussi tous ceux que vous auriez pu prendre… et peut-être même ceux que vous pourriez prendre dans l'avenir. C'est… c'est un peu comme un Miroir du RISED multiplié à l'infini, sauf qu'elle ne montre pas vos désirs, mais des possibilités à jamais enfuies… ce qui est peut être pire. Celui qui s'aventurerait à y succomber, aurait aussi de bonnes chances de finir dans la folie ! C'est… effrayant, mais en même temps terriblement… attirant.

Son regard s'était animé, il parlait maintenant avec la passion et l'excitation du chercheur, qui vient de faire une découverte capitale. Et elle comprit soudain à quel point toutes ces années de frustrations, à gâcher son talent à essayer d'enseigner son art à des élèves qui pour la plupart n'en avaient rien à faire, avaient pu le rendre amer.

—Comme les Arts Noirs, n'est-ce pas ? Avez-vous…

—Non ! Non, j'ai résisté ! Quel bien pourrait me faire la vision d'une version jeune de moi élevé par des grands-parents chaleureux, peut-être réparti à Serdaigle… savez-vous que le Choixpeau voulait m'y envoyer ? C'était la Maison de ma grand-mère, et dans d'autres circonstances, je ne me serais sûrement pas autant battu pour aller à Serpentard. Ayant d'autres amis… Ayant des amis tout court. Je n'aurais pas eu Lily, bien sûr, mais les Maraudeurs m'auraient peut-être fichu la paix… A quoi bon savoir ? On ne peut pas changer le passé. À explorer ce que l'on aurait pu faire ou vivre, on ne peut gagner que des regrets, et à vouloir manipuler le futur, on ferait certainement plus de mal que de bien… ne dit-on pas que l'enfer est pavé de bonne intentions ? C'est un pouvoir dont je ne veux pas ! C'est un pouvoir auquel personne ne doit jamais avoir accès ! Non… J'ai juste voulu retourner voir … à la lumière des affirmations de Black et Dumbledore... si… si je n'avais pas rapporté la prophétie...

Il posa sur elle un regard où se reflétait maintenant un désarroi sans fin.

« Pouvez-vous imaginer ce que cela peut signifier pour moi, de savoir que je ne suis peut-être pas tout à fait responsable de tout ? Pas une absolution, bien sûr, rien n'effacera jamais ce que j'ai fait, mais…

Il reporta les yeux sur les flammes qui dansaient dans la cheminée, et laissa s'installer un long silence, qu'elle ne tenta pas de rompre.

« Vous aviez raison, vous savez, rien n'aurait pu sauver les Potter… prophétie ou pas, Marque ou pas. Rien

—Je comprends pourquoi vous l'avez fait, Severus, mais je veux que vous me promettiez de ne jamais retenter une chose pareille tout seul.

Ils n'avaient pas reparlé de ce qui s'était passé dans ses appartements, un peu plus tôt, mais ils savaient tous les deux que cela restait entre eux, comme une ombre, comme un fantôme.

—Je ne crois pas que je recommencerai. J'ai vu ce que je désirais voir, et je n'ai pas envie d'être tenté d'aller en voir plus. De savoir… ce qui aurait pu arriver si je n'avais pas insulté Lily… Le passé n'existe plus, Hermione, et quelqu'un m'a dit, il n'y a pas si longtemps, de ne pas gâcher ce qui m'est offert aujourd'hui… »

—Assurément quelqu'un de bon sens !

—Je ne dirais pas ça. Plutôt quelqu'un d'insupportablement obstiné ! … Et avec le temps, je pourrai certainement me faire à l'idée de ne pas savoir tout ce qui s'est passé à Avalon.

—En ce qui concerne cette partie, et même s'il n'y a pratiquement aucun espoir, croyez-vous que si vous arriviez à faire assez confiance à une personne, vous pourriez… comment exprimer cela… déverrouiller votre esprit pour qu'il accepte d'être hypnotisé ? Je… j'ai fait une formation dans cette branche, et…

—Je l'ignore. J'ai conditionné mon esprit pour qu'il rejette toute intrusion ou tentative de suggestion, même dans le cas où je serais inconscient. C'était une mesure de prudence élémentaire, nécessaire à ma survie, face au Seigneur des Ténèbres. Conscient, je savais que je pourrais lui résister, mais dans le cas contraire, il me fallait mettre en place une sorte de 'verrouillage automatique', et au fil du temps, c'est devenu comme une seconde nature. La plupart du temps, je n'avais même plus à me préoccuper de dresser mes boucliers… même lorsque je n'étais plus en présence de Voldemort d'ailleurs.

—C'est pour ça que vous aviez l'air si froid, si impersonnel ?

—Et encore vous ne m'avez pas vu pendant la dernière année…

—Non, mais je peux imaginer ! Les autres… ils m'ont raconté. Et je me souviens, lorsque l'Ordre est entré dans la Grande Salle, à quel point j'ai été… choquée. Vous aviez l'air… Vide. Mort.

—C'est ce que j'étais, c'est ce qu'ils avaient fait de moi. Voldemort. Dumbledore. Mon père… Les Mar… tous les autres. Je pouvais respirer, marcher, raisonner, mais au fond de moi, je n'étais déjà plus là depuis longtemps. Albus n'est pas le seul à être mort le soir où… où je l'ai tué.

—Dans la Cabane Hurlante… vous n'avez même pas tiré votre baguette… est-ce que… est-ce parce que vous vouliez…

—Non ! Oh, ne vous méprenez pas, il y avait longtemps que je n'avais plus aucun intérêt à la vie, mais je savais que je n'avais pas le droit de mourir. Pas encore. Lorsque Lucius est venu me dire que le Seigneur des Ténèbres me demandait de le rejoindre dans la Cabane Hurlante, je ne savais pas du tout ce qui m'y attendait. J'aurais pu ne pas y aller, bien sûr, et j'ai bien failli, d'ailleurs. Mais alors il aurait tout compris, et il était encore trop tôt. Potter avait besoin de temps pour mener sa mission à bien, et je n'avais pas encore réussi à lui transmettre les dernières clés… je ne savais pas vraiment comment j'allais m'y prendre d'ailleurs, Dumbledore m'avait mis dans une situation impossible… A vrai dire, à ce moment-là, j'en étais réduit à improviser ! Peut-être aurais-je tenté de le convaincre d'aller interroger son tableau… il n'aurait jamais cru à ma parole et l'Imperium était l'option du dernier recours. Trop de traces résiduelles. Non pas que cela aurait changé quelque chose à mon sort, d'être aussi accusé d'avoir été la cause de sa mort, remarquez…

« Dès les premières minutes, dès qu'il a commencé à parler de la baguette de sureau, j'ai compris que j'allais mourir. Et il n'y avait rien que je puisse faire, sinon essayer de gagner le plus de temps possible. Je savais que ne pouvais rien contre Voldemort tant que Nagini était vivante et je n'avais à ma disposition aucune arme qui m'aurait permis de détruire cette abomination de l'enfer ! Il était parfaitement inutile que je sorte ma baguette. Sauf à vouloir mourir comme un brave petit Gryffondor, debout et l'arme à la main ! Mais surtout, beaucoup trop rapidement… et chaque minute gagnée était une minute de plus pour Potter.

Il secoua la tête avec un rictus d'amertume.

« La suite, vous la connaissez, Je l'ai supplié de me laisser trouver le garçon, que je pourrais le lui ramener. Encore une fois, j'ai rampé. Encore une fois, j'ai joué les lâches. Joué à celui qui se sait condamné, mais qui veut glaner encore quelques instants supplémentaires, alors qu'à ce moment-là, mon seul désir était de lui cracher au visage tout ce que je pensais de lui, avant qu'il ne m'achève… Je regretterai toujours de ne pas avoir pu le faire. »

—Harry l'a fait pour vous. Pendant leur duel, il lui a tout révélé. Avant de mourir, il a su tout ce que vous aviez fait.

—Eh bien… je suppose qu'étant donné les circonstances c'est plus que j'aurais jamais pu oser espérer…

—A propos de Harry, il est venu me voir ce matin, il voudrait vous rencontrer, vous parler. Il m'a demandé s'il pouvait le faire ici, en terrain pour ainsi dire… neutre, selon sa propre expression.

—Saint Potter serait-il soudain devenu timide ?

—Arrêtez de l'appeler comme ça ! Et pensez à vos dernières rencontres, après la mort de Dumbledore, et le jour de la Bataille. A tout ce qu'il vous a dit… Il a de très sérieuses raisons de se sentir mal-à-l'aise, vous ne croyez pas ? Avouez qu'il y a un assez lourd passif entre vous, et que tous les torts n'ont pas toujours été de son côté.

Severus soupira lourdement.

—Il… je m'étais préparé à le rencontrer, je m'y préparais depuis dix ans. J'avais promis de le protéger et je comptais bien le faire. De loin, sans le traiter autrement que les autres élèves. Mais lorsque je l'ai vu… c'était comme si les vingt dernières années s'étaient envolées d'un coup. James Potter était revenu, il était là, devant moi, assis à la table de Gryffondor. Tout le monde l'adulait déjà. Le Survivant, l'Elu ! L'histoire semblait vouloir se répéter. Mais cette fois, j'étais à la table des professeurs. C'était moi qui avais le pouvoir. Alors oui, j'avoue que parfois, lorsqu'il poussait trop loin le bouchon, parce que c'était vrai, même si, il ne faut pas lui enlever ça, il ne s'en prenait pas aux plus faibles, comme son père, il était réellement arrogant et paresseux… Je ne pouvais pas m'empêcher de le punir, peut-être… sûrement, plus durement qu'il le méritait. Et que vous me croyiez ou non, j'étais le premier à en souffrir. La haine dans ses yeux… dans ces yeux ! La haine avec laquelle il me regardait…

—Je comprends.

—Je ne sais pas… je ne sais pas si je me comprends moi-même. Je me demande si je ne recherchais pas cette souffrance. Pour me…

—Punir !

—Oui. J'avais tué ses parents… ou c'était tout comme, c'était à cause de moi qu'ils étaient morts !

—Au risque de me répéter, ils ne sont pas morts à cause de vous. Vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir pour les sauver. Ce n'est pas vous qui leur avez suggéré de changer de Gardien du Secret. Celui qui les a trahis, c'est Pettigrew, et celui qui les a tués, c'est Voldemort !

—Mais c'est moi qui ai rapporté la prophétie au Seigneur des Ténèbres, et même si la nuit dernière j'ai eu la confirmation que le fait que je ne le fasse pas n'aurait eu aucune influence sur leur sort, ça ne change rien à tout ce que j'ai pu ressentir pendant toutes ces années.

—Et maintenant ?

—Maintenant, quoi ?

—Maintenant que vous savez. Comment… comment vous sentez-vous ?

—A vrai dire, je ne sais pas. C'est encore trop frais. C'est une sensation étrange. Ça ne change rien à ce que j'ai fait, de cela je serai toujours coupable. Mais… je suppose que je peux… commencer à envisager de faire la paix avec certaines choses !

—Et certaines personnes ?

—Si c'est de Harry que vous parlez, il y a longtemps que j'ai cessé de le détester. En fait, je crois que malgré mon comportement, je ne l'ai jamais vraiment détesté. Il était le fils de Potter, c'est vrai, mais il était aussi tout ce qui restait de Lily, et il m'étaittout simplement impossible de haïr ne serait-ce qu'une partie de Lily. Seulement… Dumbledore était persuadé que Voldemort reviendrait un jour, et je savais que ce jour-là il faudrait que je reprenne mon rôle auprès de lui. Je ne pouvais pas prendre le risque de montrer au Survivant un quelconque intérêt, autre que malveillant. Cela aurait annihilé toutes mes chances de Le tromper. Potter n'a rien à craindre de moi. Il n'a jamais rien eu à craindre de moi !

—Il le sait maintenant, et je pense que c'est la raison pour laquelle il veut vous rencontrer en privé. La raison pour laquelle il se sent lui-aussi tellement coupable !

—Potter a un peu trop tendance à se croire porteur de tous les malheurs du monde !

—Tiens ! Pourquoi est-ce que cette définition me rappelle étrangement quelqu'un d'autre ?

—Humm… Ceci dit, c'est aussi pour essayer de remédier à ça que nous l'avons fait venir ici, alors puisqu'il est dans de si bonnes résolutions, nous aurions tort de ne pas en profiter. Arrangez donc l'entrevue à votre convenance, nous considèrerons ça comme une première 'consultation'.

—Vous avez l'air d'aller beaucoup mieux, vous recommencez à être sarcastique.

—J'ai toujours eu une excellente capacité de récupération.

Des étincelles vertes jaillirent soudain au milieu des flammes de la cheminée, d'où jaillit une voix enfantine surexcitée.

—Tante Hermione ! Tante Hermione !

—Teddy, qu'est-ce qu'il se passe ?

—Victoire est arrivée ! Tante Ginny demande si tu veux venir prendre le thé avec nous. Oncle Bill et tante Fleur sont là, aussi.

—Je…

Severus s'était levé.

—Je m'en vais, Hermione. Allez saluer vos amis.

—D'accord, dis à Ginny que j'arrive dans quelques minutes, Teddy.

Les étincelles se dispersèrent.

Victoire ?

—La fille de Bill Weasley et Fleur Delacour. Elle est née un 2 mai. Elle a huit ans, et elle et Teddy sont inséparables, ils vont être ravis de pouvoir se voir tous les jours. Cette école… c'est une idée magnifique que vous avez eue Severus. Je pense très sincèrement qu'apprendre à tous ces enfants à se connaître, et à appréhender la culture des autres avant de vraiment intégrer Poudlard et ses Maisons, peut faire faire un immense pas en avant au monde sorcier !

—Compréhension et tolérance n'ont hélas jamais été les qualités dominantes de notre monde. Tant du côté moldu que du côté sorcier d'ailleurs. Si cette expérience peut lui donner une chance, aussi infime soit-elle, de faire évoluer les mentalités, je regretterai moins d'avoir dit oui à Minerva.

Elle posa une main sur son bras, le forçant à la regarder dans les yeux.

—Rien que cela montre que vous êtes quelqu'un de bien, Severus. Vous pouvez dire tout ce que vous voulez, vous ne réussirez pas à me convaincre du contraire.

TBC