Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Bonjour, et encore un immense MERCI à tous ceux/celles, enregistrés ou non, qui ont envoyé un petit LUMOS à ma muse (qui en a bien besoin en ce moment) !
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Une douce vengeance

.

C'est avec une certaine appréhension que Severus frappa à la porte de l'appartement de la jeune Médicomage, cet après-midi-là. Dès que le battant s'entrouvrit sur l'enfant, il regretta de ne pas avoir attendu un peu plus tard pour lui rendre la visite promise. Il aurait pu se douter qu'un dimanche à l'heure du thé, il y avait de bonnes chances pour qu'Hermione ne soit pas seule.

—Monsieur! Le salua Teddy avec l'extrême politesse dont il faisait toujours preuve, mais avec un sourire enjoué… et cette lueur admirative qui éclairait son regard lorsqu'il le posait sur le directeur, ce qui ne laissait d'étonner ce dernier à chaque fois. « C'est le professeur Prince, tante Hermione ! » Fit-il en se tournant vers l'intérieur de la pièce.

—Severus ! Entrez, je vous en prie.

Un coup d'œil par-dessus la tête à la chevelure turquoise du gamin qui était venu lui ouvrir révéla les trois jeunes femmes installées sur le canapé, et Potter, qui semblait plutôt mal-à-l'aise, assis sur l'un des deux fauteuils. Une fillette blonde jouait sur le tapis, où la rejoignit aussitôt le jeune Teddy. Sûrement la première Weasley non rouquine de toute l'histoire de cette famille. Quel était ce prénom français ridicule déjà… Victoire ?

—Je… non. Vous avez de la visite, je ne veux pas vous déranger. Je repasserai plus tard.

Hermione était arrivée près de lui et posa une main sur son bras en refermant la porte derrière lui.

—Cessez de jouer les sociopathes de service et venez prendre une tasse de thé avec nous. D'autant que vous rendrez service à Harry. Charlie vient juste de partir (les cheveux rose pâle de Tonks foncèrent légèrement), il a dû aller donner un coup de main à Hagrid en urgence… je ne tiens surtout pas à savoir pourquoi. Imaginez son supplice! Etre obligé de prendre le thé coincé entre quatre insupportables femelles cancaneuses, sans excuse valable pour nous planter là. Sans compter les enfants... Bien que je le soupçonne très fortement d'être tenté d'aller jouer avec eux, afin de nous échapper ! Allez, ne vous faites pas prier, Ginny nous a concocté un fondant au chocolat. Recette secrète de Molly, transmise uniquement de mère en fille. Vous ne pouvez pas rater ça !

Luna s'était levée, et souriait gentiment à Severus.

—Oui, venez professeur, je n'étais pas non plus prévue au programme, vous savez. J'étais juste passée dire bonjour, mais je peux vous assurer que le fondant de Ginny est un argument de poids.

—Et puis Hermione à raison prof-Severus, je commençais à me sentir un peu seul. Renchérit Harry, en se levant à son tour pour lui laisser le fauteuil, avant de se rassoir sur la chaise qui avait manifestement été occupée par Charlie Weasley un peu plus tôt. Hermione avait agité sa baguette en direction de la cuisine, et une tasse, une assiette, et des couverts supplémentaires flottaient déjà vers eux.

A court d'arguments, le Maître des potions prit place sur le siège vacant, et pendant un moment, le silence ne fut rompu que par le tintement des couverts contre la porcelaine.

Au bout de quelques minutes, Hermione leva la tête, et son regard rencontra celui de l'homme assis en face d'elle. Soudain, un sourire malicieux étira les commissures des lèvres de la jeune femme. Severus fronça les sourcils, il connaissait cette expression. Elle manigançait quelque chose, et il se doutait que ça n'allait pas forcément être de son goût. Sans le quitter des yeux, elle porta à sa bouche la cuillère qui était déjà à mi-chemin de son assiette, avec une expression de béatitude gourmande.

—Hmmm ! Qui se douterait de cela rien qu'à le regarder ! Ce mélange parfaitement équilibré d'amertume…

Ses yeux étaient vrillés dans ceux de Severus, lui interdisant de détourner le regard.

« Et de… douceur » poursuivit-elle en sortant lentement la cuillère de sa bouche, la faisant ostensiblement glisser entre ses lèvres, la léchant avec une sensualité délibérée, savourant sa bouchée avec un plaisir manifeste, sans relâcher une seconde le poids de son regard.

Figé sur son fauteuil, son vis-à-vis déglutit avec, semblait-il, une certaine difficulté, en reposant sa cuillère dans son assiette.

Luna leva les yeux à son tour, les posant à tour de rôle sur chacun d'eux, avec une curiosité amusée. Les trois autres ne s'étaient aperçus de rien, et étaient toujours accaparés par leurs assiettes. Feignant d'ignorer sa réaction, elle piocha délicatement une nouvelle cuillerée.

« Et cette texture ! Qui pourrait imaginer autant de… tendresse, sous la rudesse de son enveloppe. Et ce fondant sur la langue, aussi doux qu'une… caresse. » Cette fois, les orbes ambrés étaient fixés sur sa bouche, et Severus eut soudain l'impression que la température était subitement montée de plusieurs degrés dans la pièce. Il remercia mentalement Merlin pour n'avoir jamais eu tendance à rougir.

Les cheveux de Tonks étaient en train de virer rapidement à un ton fuchsia qu'on ne lui avait pas vu depuis longtemps. Elle se tourna vers les enfants, soudain fascinée par leur jeu. Luna se leva brusquement, balbutiant une excuse que personne ne comprit avant de se précipiter vers la salle de bains. Ginny s'était à son tour arrêtée de manger, et portait précipitamment sa serviette à sa bouche, soudain prise d'une quinte de toux irrépressible, pendant qu'Harry la regardait d'un air interloqué et que Severus fusillait Hermione d'un regard noir qui promettait mille représailles, auquel elle répondit par un sourire rayonnant de pure innocence.

Quelques minutes plus tard, Luna reprit sa place près de Ginny, et les deux jeunes femmes récupérèrent leurs assiettes comme si de rien n'était, pendant que Tonks, qui était allée resservir du gâteau à Teddy et Victoire, les rejoignait. Les minutes qui suivirent s'étirèrent en conversations futiles, ainsi qu'il est d'usage entre convives de bonne compagnie. Luna fut la première à prendre congé. Elle disparut par la cheminée avec un sourire complice et un clin d'œil appuyé à Hermione, après s'être assurée que son ancien professeur ne la voyait pas. Harry et Ginny s'éclipsèrent peu après, suivis par Tonks et les enfants. Severus ne semblait toutefois pas pressé de s'en aller, maintenant.

Lorsqu'elle revint après avoir raccompagné ses amis à la porte, elle le trouva debout, l'attendant de pied ferme, un air peu engageant plaqué sur le visage.

—Quelque chose qui ne va pas, Severus ? Vous avez trouvé le gâteau un peu lourd, peut-être ? Je peux vous donner une potion si vous… Fit-elle sur le ton de la conversation en faisant mine d'aller débarrasser.

Il l'attrapa par un bras et la fit rudement pivoter vers lui, l'air furieux.

—Bon sang, qu'est-ce qui vous a pris, vous pouvez me dire à quoi vous jouez, Hermione ?

Elle se dégagea, moins assurée qu'elle voulait en avoir l'air, et fit un pas en arrière, mais le canapé derrière elle l'empêcha de reculer plus.

—Jouer ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parler…

—Vous m'avez ridiculisé devant vos amis ! Si c'est là votre vengeance parce que je ne vous ai pas réveillée la nuit dernière, pour travailler sur le sang de Potter, permettez-moi de vous dire que c'est… petit !

—Ridiculisé ? C'est maintenant que vous êtes ridicule Severus… en quoi au juste ai-je pu vous ridiculiser ?

—Vos allusions…

—Considérations innocentes sur le fondant au chocolat de Ginny. Parfaitement justifiées au demeurant ! Si quelqu'un y a vu autre chose que ça, ce n'est pas de ma faute. D'ailleurs, je ne pense pas que Harry ait remarqué quoi que ce soit d'anormal dans mes paroles. Les filles… bah, vous savez ce que c'est, les filles gloussent pour un rien…

Malgré son appréhension, elle soutint son regard sans ciller.

« Il y a bien cet homme, qui détient mon cœur, mais qui refuse de me confier le sien… »

Termina-t-elle doucement après un minuscule instant d'hésitation.

Il fronça les sourcils et se figea, toute trace de colère avait disparu de son visage. Le temps se suspendit, aucun des deux n'aurait su dire si cela avait duré quelques secondes, ou une éternité. Et soudain, une main se posa sur la taille de la jeune femme, et il se rapprocha encore plus, l'emprisonnant entre son corps et le canapé. Il saisit sa nuque entre ses deux mains, et se pencha sur elle. Ses lèvres effleurèrent les siennes une première fois, avant de capturer sa bouche dans un baiser d'une violence et d'une exigence presque désespérées. Au bout d'un trop court moment à son goût, il se recula pour la libérer, sans toutefois la quitter des yeux.

—Je suis désolé, Hermione. La guerre est encore tellement présente, pour moi, et je me suis enfermé pendant si longtemps dans...

Elle n'avait aucun besoin de Legilimencie pour déchiffrer parfaitement le silence qui suivit 'désillusion, culpabilité, solitude…'

« Je te dois tellement… Ma vie ne serait qu'un terrible naufrage sans toi. Tu me maintiens à la surface. Par ton… amitié, par ton sourire. Ta simple présence m'empêche chaque jour de sombrer.

Avoua-t-il, et elle mesurait pleinement combien ces paroles pouvaient être difficiles à prononcer pour lui.

« Laisse-moi encore un peu de temps. Laisse-moi le temps de croire que tout peut changer, que tout ne peut pas être forcément mauvais. Laisse-moi le temps de croire que… t'aimer ne rime pas avec danger…. S'il te plait ! »

Hermione resta un instant tétanisée. Avait-elle bien entendu ? Avait-il bien prononcé ces mots... 't'aimer' ? Elle avala difficilement sa salive, la gorge bloquée par l'émotion.

—Je ne t'abandonnerai pas, Severus. Jamais. Nous sommes tous les deux des naufragés, et nous avons tous les deux besoin de croire en quelque chose à quoi nous raccrocher. Mais tout va changer, je te le jure, tout a déjà commencé à changer, et… aimer ne nous mettra ni l'un ni l'autre en danger. Je sais que c'est difficile pour toi, mais tu dois apprendre à me faire confiance.

—Tu sais tout de moi. En tout cas, tu en sais plus que quiconque. Peut-être même plus qu'Albus... si je ne faisais pas confiance, crois-moi, je n'aurais pas hésité un instant à t'Oublietter, après la scène dans le bureau !

Il la regardait d'un air à la fois affamé et désespéré.

« J'ai… j'ai envie de toi, Hermione. Moi non plus, je ne veux pas te perdre. reprit-il après un silence. « Mais il s'est passé tellement de choses en quelques semaines, sans compter le… 'décalage horaire' induit par mon séjour à Avalon, que j'ai vraiment besoin de remettre tout ça en ordre, avant de pouvoir aller plus loin.

Elle se força à sourire pour dissiper la gêne qui s'était instaurée entre eux, avant de se retourner, pour débarrasser la table, d'un coup de baguette, envoyant les couverts se laver tout seuls dans la cuisine.

—Parlez-moi de ce que vous avez trouvé. Poursuivit-elle d'un ton qu'elle s'efforçait de rendre habituel en se réinstallant dans son fauteuil et en lui faisant signe de prendre place dans l'autre.

—Eh bien… entra-t-il dans le jeu, « il se pourrait très bien que le rêve de Ginevra ait des fondements solides. Le sang de Potter réagit effectivement au venin de Basilic. Reste à savoir si cela est exploitable, et comment. Mais j'ai moi aussi pensé à quelque chose…
Nous nous sommes tous focalisés sur le fait que Potter était devenu un Horcruxe, parce que Dumbledore l'affirmait, mais nous avons négligé quelque chose. Par deux fois, au lieu d'aider Voldemort à revenir à la vie, il a annihilé son enveloppe charnelle. La première fois lorsqu'il avait un an, et aucun témoin n'était là pour témoigner de comment cela s'est passé, et la seconde lorsque Quirell a tenté de le tuer. Son simple contact a détruit le corps dans lequel il avait trouvé asile. Les deux autres fois où il a été confronté au Seigneur des Ténèbres, dans le cimetière et la forêt interdite, celui-ci s'est bien gardé du moindre contact physique avec lui. Cela pourrait expliquer pourquoi il n'a jamais tenté de se servir de son corps pour se réincarner. Je me demande… plutôt que de fonctionner comme un éventuel Horcruxe, si ce que Potter abritait, ou abrite, en lui, n'agirait pas comme un… vaccin moldu. Je sais, l'image peut sembler idiote, mais c'est la meilleure que j'ai pu trouver. Voldemort, selon toute logique, et les dires même de Morgane, est mort, et Potter a toujours survécu à ses tentatives pour le tuer. »

—Le fragment de son âme, en se mélangeant à la sienne aurait créé… une espèce de protection qui empêcherait le corps qui l'abrite d'être détruit par un sort émanant de son comment pourrait-on dire… 'âme mère' ?

Severus hocha la tête.

—En quelque sorte. Et plus, qui détruirait les contenants de celle-ci, lorsqu'ils deviennent physiquement menaçants. L'âme ne suffit pas pour tuer, c'est le corps qui accomplit la 'sale besogne'.

—Et ce serait aussi ce qui a permis à un simple Expelliarmus de vaincre un Avada Kedavra… mieux, de le retourner contre son lanceur ! Mais les deux premières fois, le corps de Voldemort avait disparu, mais son âme avait continué à vivre…

—Mais les deux premières fois, Potter avait agi inconsciemment, la dernière fois, il avait la volonté de neutraliser le Seigneur des Ténèbres. A mon avis c'est ce qui a fait la différence. Sans compter que les deux premières fois, les Horcruxes n'avaient pas encore été détruits.

—Cette… chose ne présenterait donc pas de danger pour lui ?

—C'est plus compliqué que ça. Elle le protégeait des sorts directs, et de toute menace physique venant de Voldemort, certes, mais d'un autre côté, je crains que sa noirceur n'envenime peu à peu son âme. Et j'ai bien peur qu'au fil du temps, elle ne prenne de plus en plus d'importance, au fur et à mesure qu'elle prend peut-être plus ou moins conscience, ou qu'elle cherche à se souvenir de ce qu'elle est…

Il ne put empêcher un frisson de parcourir son échine au souvenir de la manière dont Harry avait prononcé son prénom, le jour de son malaise.

« Un peu comme un poison à retardement, si vous voulez, ou comme la malédiction qui tuait Albus à petit feu.

—Nous en revenons donc toujours au même point : il faut essayer de l'en débarrasser.

—Oui, mais nous avons maintenant une bien meilleure idée de ce qu'elle est, et nous savons que le sang de Potter peut dans une certaine mesure résister au venin d'un Basilic. Autrement dit, la base de travail la plus solide que nous ayons jamais eue.

—Il faut fêter ça ! Fit-elle en se levant.

—Que voulez-vous di…

Elle ne lui laissa pas le temps de terminer. Elle vint se poser sur l'accoudoir de son fauteuil et se pencha vers lui, s'emparant de ses lèvres avant qu'il ait pu esquisser le moindre mouvement. Elle se redressa en souriant, respectant son désir de ne pas aller plus loin pour le moment.

—J'ai promis à Minerva de passer la voir dans la soirée. Je la soupçonne de mijoter quelque chose pour Noël, et de compter sur moi pour l'aider à 'attendrir' vos éventuelles réticences.

—Je vous avertis d'avance que je ne cèderai à aucune pression. Le temps d'Albus et de ses bals pour un oui ou pour un non est révolu !

Malgré l'air sévère qu'il s'efforçait d'afficher, un fantôme de sourire subsistait sur ses traits. Hermione était déjà à la porte, qu'elle ouvrit, tout en s'enveloppant dans un long châle.

—Je vous laisse, Severus, je vous vois dans la Grande Salle, au repas !

Après qu'elle eut fermé la porte, il se renversa dans son fauteuil en fermant les yeux. Ceux qui le connaissaient auraient eu de la peine à reconnaitre le directeur froid et hautain dans ce visage apaisé et presque souriant. Au bout d'un moment, il sembla se rendre compte qu'il n'était pas dans ses appartements, et quitta à son tour les lieux, avec un dernier regard nostalgique au salon accueillant et chaleureux de la jeune femme.

TBC


Lumos ? :)