Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

De retour sur 'Vulnera', après le petit hommage du 2 mai à Severus !
Et à ce propos, merci à Zeugma, LycorisSnape, Octavia Blacks et Kahouete qui ont eu la curiosité d'aller jeter un œil et de commenter ce petit OS « Entre ses bras ».
Et bien évidemment merci à LycoriSnape, Kyradelacour, Zeugma, jeanneo patronum,Juliana, Manon, mamy 83, Kahouete, Daidaiiro et arwende pour vos reviews sur le précédent chapitre.

Bonne lecture !


La promesse de l'aube

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A l'approche des vacances de Pâques, le redoux sembla s'installer pour de bon, et élèves et professeurs passaient plus de temps à l'extérieur, profitant d'un soleil encore pâlichon mais bien présent malgré l'air encore vif. Cette période marquait aussi le début des révisions intensives en vue des examens de fin d'année, pour les cinquième et septième années. L'état de Harry restait stationnaire, et depuis sa dernière manifestation, qui avait conduit Hermione à faire des recherches sur la magie du sang, sa deuxième personnalité ne s'était plus manifestée. Lui et Ginny se préparaient à retourner à Londres pour les vacances. Un détail avait turlupiné Hermione depuis quelques temps, sans qu'elle arrive à mettre la main dessus, et soudain, ça lui revint. Elle avait entamé des recherches sur les sorts d'animation des images, mais elle n'était pas encore parvenue, jusqu'alors à mettre le doigt sur les éventuels contre-sorts. Il fallait bien avouer que l'art pictural sorcier n'avait apparemment pas suscité une littérature bien importante, et encore moins détaillée. Elle n'avait trouvé qu'un seul ouvrage dans la bibliothèque de Poudlard, si l'on pouvait qualifier d'ouvrage le maigre opuscule qu'elle avait fini par dénicher dans un coin de la bibliothèque où personne n'allait jamais, si ce n'étaient les amoureux en quête de tranquillité. Hermione les rattrapa au moment où ils s'apprêtaient à passer les Grandes Portes.

—Harry ! Je n'ai jamais pensé à te demander : qu'avez-vous fait du portrait de la mère de Sirius ?

—Bill a réussi à briser le sort de glue perpétuelle qui le maintenait sur le mur du l'entrée. Comme il n'y avait plus de descendants directs, nous avons demandé aux membres restant de la famille s'ils voulaient le conserver, mais ni Andromeda, ni Narcissa n'en ont voulu, pas plus que Tonks ou Draco. Finalement, nous l'avons brûlé… ce n'est pas comme si elle nous avait laissé des souvenirs agréables… et après tout, elle avait bien elle-même brûlé le portrait de Sirius dans l'arbre généalogique de la famille !

—Ce n'est pas la peine de chercher à te justifier, je n'ai aucune intention de te juger. À mon avis, la vieille bique n'a eu que ce qu'elle méritait. Mais comment… enfin, je veux dire… a-t-elle semblé… souffrir ?

—Oh non ! Absolument pas, elle n'a même pas paru s'en rendre compte, elle a juste continué à nous insulter, ni plus ni moins que d'habitude, jusqu'à ce que son image soit complètement effacée. Pas parce que son portrait était en train de brûler, mais toujours en vociférant contre les sang-mêlé et traitres-à-leur-sang qui souillaient sa vue et sa maison. Vois-tu, j'avais posé la même question à Bill. Mais ce ne sont que des images, même si elles sont animées. Au départ, je lui avais juste demandé s'il ne pouvait pas briser l'enchantement sur le tableau mais…

—En fait, d'après ce que j'en ai compris, le sort fonctionne un peu comme… la programmation d'un robot, ou d'un assistant virtuel, si tu préfères. Si le tableau est souvent exposé à la présence de son modèle vivant, il peut en acquérir certains comportements, mais c'est tout… ils sont juste comme… un reflet sans âme. C'est pourquoi personne ne s'est jamais donné la peine d'inventer un contre-enchantement pour supprimer leur animation. Peut-être aussi parce que la plupart des portraits sont originaires de familles de sang-pur, qui auraient estimé indigne d'eux d'avoir une image inanimée dans leur galerie, à l'instar des Moldus. Lorsqu'on ne veut plus d'un tableau, on le relègue généralement au grenier ou à la cave, ou au pire, on le détruit, en général par le feu, c'est tout.
En ce qui concerne les portraits des directeurs, c'est un peu différent. D'après « l'Histoire de Poudlard », le château les génère dès leur nomination, et pour la partie comportementale, ils fonctionnent exactement comme les portraits ordinaires, à cette différence qu'ils restent invisibles tant que leur modèle est en vie. À leur mort, par contre, un fragment de leur esprit est conservé par le château, et se retrouve concentré dans leur portrait, ainsi que leurs souvenirs, et leur capacité à raisonner. Ils n'ont plus aucun pouvoir magique direct, pas plus que de sensations physiques, mais ils peuvent interagir consciemment avec les vivants, ou entre eux.

—Et comme ils sont générés par la magie du château, ils ne peuvent pas être détruits tant que le château ne l'est pas… Ce qui rappelle un peu les termes de la prophétie de Trelawney, sauf que Voldemort est mort et que Harry est toujours… 'possédé'.

—J'aurais plutôt de plus en plus tendance à dire 'obsédé', et à penser que tu avais raison lorsque tu disais que c'était lui-même qui générait inconsciemment ces phénomènes. Depuis votre discussion sur la notion de culpabilité, il faut bien avouer qu'il va beaucoup mieux.

—Que fais-tu de la question du 'souvenir' du sang ?

—Il avait un fragment de l'esprit de Voldemort en lui, mais la mémoire était malgré tout la sienne. Il a toujours été capable de se souvenir de ses 'visions'.

—De toute façon, comme tu l'as dit, dans les deux cas, du moins en ce qui concerne les tableaux, ils n'ont aucun pouvoir d'intervenir sur les humains.

—Pas physiquement, non, mais ils peuvent toujours manipuler un esprit faible !

—Oui. Je suis pratiquement arrivé à la même conclusion de mon côté. J'ai fait des recherches sur la possession. Un esprit n'entre pas dans un corps comme on entre dans une maison, il peut s'assimiler avec un esprit incarné pour agir conjointement avec lui, mais c'est toujours l'esprit de la personne qui agit comme il le veut. Un esprit ne peut se substituer à celui qui est incarné, car l'esprit et le corps sont liés jusqu'à la mort. Cela, je te l'avais déjà expliqué.

—L'histoire du colocataire.

—Voilà ! Et lorsqu'il y a 'domination', et note bien que je mets le mot entre guillemets, cela ne se fait jamais sans la participation de celui qui la subit, soit par sa faiblesse, soit par son désir inconscient. Ils se nourrissent de la peur et de l'énergie de la personne, mais ils ne peuvent la faire agir contre sa volonté, ils n'ont aucune prise sur la matière.

—Mais peut-on éloigner les 'mauvais' esprits et s'affranchir de leur domination ?

—On peut toujours secouer un joug quand on en a la ferme volonté… Et je pense que c'est de cela qu'il faut faire prendre conscience à Potter.

Severus avait recommencé à passer la majorité de son temps dans son laboratoire, au point qu'Hermione ne le voyait presque plus qu'entre deux portes, ou lors de ses quelques rares apparitions aux repas, dans la Grande Salle. Il lui avait expliqué qu'il travaillait sur le cas de Potter, et que non, elle ne pouvait pas l'aider, du moins pas pour l'instant. Tout ce qu'elle avait pu obtenir, était sa promesse qu'il ne tenterait rien de dangereux sur lui, et que si essais il devait y avoir, alors, il la préviendrait avant, afin qu'ils puissent se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Il passait désormais toutes ses nuits dans ses quartiers, arguant une préparation particulièrement minutieuse qui ne lui laissait que quelques courtes plages de repos. Il valait mieux, disait-il qu'il reste à proximité, afin d'être toujours prêt à intervenir en cas de problème. Elle avait également compris, aux regards affamés qu'il lui lançait lorsque personne ne pouvait les voir, qu'il avait délibérément décidé de rester éloigné d'elle, afin de ne pas être tenté de profiter desdites plages pour faire autre chose que récupérer. Et Merlin savait qu'il en avait besoin ! À son grand désarroi, à chaque rencontre, elle ne pouvait que constater la dégradation de son état, et elle appréhendait de le voir un jour s'effondrer d'épuisement. Il lui rappelait un peu trop celui dans lequel il avait été à la fin de l'année scolaire précédente, lorsqu'il travaillait sur la potion qui avait fini par le conduire à la fameuse nuit d'Halloween, où il n'avait dû la vie qu'à la vigilance de Pattenrond.

Une nuit où elle n'arrivait pas à s'endormir, elle était descendue jusqu'au laboratoire. Elle était restée silencieusement sur le seuil, dissimulée par les ombres du couloir, à le regarder travailler pendant un long moment. Il s'occupait de trois chaudrons simultanément. Fascinée, elle l'avait observé pendant un long moment, touiller d'une main une préparation tandis qu'il découpait des ingrédients et les ajoutait dans une seconde de l'autre. Cela tout en réglant la flamme, d'un sort informulé et sans baguette, sous un chaudron plus petit isolé sur une table séparée. Il avait attaché ses cheveux en catogan avec un lacet de cuir, et remonté les manches de sa chemise dont il avait déboutonné le col. L'atmosphère dans la pièce était étouffante, ce qui justifiait certainement qu'il ait laissé la porte ouverte. Régulièrement, il essuyait la sueur qui ruisselait sur son visage d'un revers de manche. Malgré tout, il conservait cette aisance, cette élégance dans ses mouvements, qui transformait la scène en un étrange ballet surréaliste, alors qu'elle aurait pu ressembler à quelque sabbat maléfique. La fatigue dessinait des ombres noires autour de ses yeux, et elle l'avait déjà vu à deux reprises porter à ses lèvres une fiole qu'il conservait dans sa poche, et qu'elle soupçonnait fort d'être une potion de force, hautement addictive à fortes doses. Elle s'était retenue d'intervenir de justesse, et c'est le cœur serré qu'elle était remontée chez elle avant qu'il ne puisse se rendre compte de sa présence. Une fois de plus, il mettait sa santé, sa vie peut-être, en danger pour aider Harry. Elle savait bien que ce n'était pas de sa faute, mais une bouffée de colère contre son ami avait envoyé un coussin fracasser le vase qui se trouvait sur la commode en face de son lit. Elle avait essuyé ses larmes en grommelant un Reparo vengeur, et ce n'est que bien plus tard qu'elle avait enfin réussi à sombrer dans un sommeil agité.

Elle ouvrit brusquement les yeux. Quelque chose l'avait réveillée, un bruit ténu, un frôlement furtif. Depuis plusieurs nuits, elle dormait mal. L'absence de Severus lui pesait, son absence, et surtout l'inquiétude de savoir qu'il s'épuisait à la tâche. Elle était redescendue dans les cachots à maintes reprises, mais la porte de laboratoire avait à chaque fois été fermée, et elle n'avait pas osé se manifester. Le bruit de la douche la fit presque sursauter. Avec un soupir de soulagement, elle remit la baguette qu'elle serrait dans sa main sous son oreiller, là où elle avait pris l'habitude de la glisser chaque nuit, depuis la guerre. Severus était revenu ! L'eau coula pendant longtemps, avant qu'il n'émerge finalement de la salle de bains d'un pas trainant, et ne vienne se glisser entre les draps, précautionneusement, pour ne pas la réveiller. Elle se tourna vers lui dans le noir, pour le prendre entre ses bras, déposant un tendre et chaste baiser sur sa poitrine, avant de se blottir contre lui.

—Fini ? Fit-elle à mi-voix.

—Stase. Marmonna-t-il déjà à moitié endormi.

Elle se lova dans sa chaleur, bien décidée à le séquestrer aussi longtemps qu'il n'aurait pas récupéré à fond.

—Repose-toi. Je ne te laisserai pas quitter ce lit de sitôt. Quitte à t'attacher.

—T'jours d' pr'mess…

Elle sourit contre sa peau, en écoutant sa respiration devenir plus profonde et régulière à mesure qu'il s'enfonçait dans le sommeil.

—Tu m'as manqué, Severus Snape. Soupira-t-elle.

Il ne répondit pas, mais le bras qu'il avait passé autour d'elle se resserra un peu plus, et elle sentit presque physiquement une vague de tendresse émaner de lui.

L'envelopper.

Elle ferma les yeux à son tour. Elle ne savait pas ce que leur réservait l'avenir, mais elle comprit, alors que les premières lueurs de l'aube luttaient pour chasser les ombres de la nuit, que ce qui les liait était plus fort que tout. Ce n'était pas seulement du désir. Ce n'était pas seulement de l'amour. C'était une communion, une complétion profonde de leurs âmes. Deux âmes en une… Severus aurait certainement trouvé l'image ridiculement romantique et typique du sentimentalisme Gryffondor, pourtant… Pourtant le château lui accordait la même reconnaissance et les mêmes privilèges que les siens, sans qu'aucune magie n'ait été activée pour cela. 'L'amour est l'une des formes les plus puissantes de la magie' susurra une petite voix dans son esprit. « Taisez-vous, vieux fou ! » marmonna-t-elle en s'endormant.

TBC


N'oubliez pas de laisser une petite offrande à ma muse, elle vous en sera reconnaissante !