Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Me revoilà avec un nouveau chapitre de 'Vulnera', après le petit break de la semaine dernière! Et à ce propos, merci à Zeugma, jeanneo patronum, lucie1411, Kyradelacour, Daidaiiro, Kahouete, Juliana, Loaw et Yllsnyae, qui ont eu la curiosité d'aller jeter un œil et de commenter le petit OS publié pour me faire pardonner : « In noctem ».


Les dernières chaînes

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—Je ne vous cacherai rien, Potter. Prenez le temps de bien peser le pour et le contre. Indépendamment du fait que cela pourrait ne pas marcher, c'est dangereux, extrêmement dangereux. Et ceci d'autant plus que je n'ai pas eu la possibilité de tester la potion sous sa nouvelle forme. Cette préparation est en effet excessivement délicate à préparer et nécessite des ingrédients très rares. J'en ai déjà développé deux versions, que j'ai expérimentées sur moi…

—Et la deuxième a bien failli le tuer ! Intervint Hermione. « Vous en avez assez fait Severus ! Nous avons fait des recherches chacun de notre côté, Harry, reprit-elle en se tournant vers son ami. « Ce qui te hante n'est dangereux que dans la mesure où tu lui accordes du crédit, et une place qu'il ne doit pas occuper. Voldemort est M.O.R.T, et il ne reviendra jamais plus ! Tu dois t'enfoncer ça dans le crâne une bonne fois pour toutes ! Ce qui te perturbe n'est, au pire, que l'ombre d'un fantôme. Nous ne sommes même pas absolument certains que tu aies vraiment été un Horcruxe au vrai sens du terme, tout compte fait.

—Hermione…

—S'il vous plait, laissez-moi parler Severus ! Si Harry n'a pas la force de caractère pour se débarrasser de ses obsessions, même avec toute l'aide qui lui a été apportée jusqu'ici, pourquoi risqueriez-vous, vous, encore une fois votre vie pour l'aider ? Vous ne lui devez plus rien ! Ni à lui ni à Lily. Vous avez déjà payé assez cher pour vos erreurs !

Les yeux un peu trop brillants des larmes qu'elle avait de la peine à contenir, Hermione fusillait son ami du regard.
Elle ressentait de la compassion pour Harry, bien sûr, et elle avait fait tout ce qu'elle avait pu pour l'aider jusque-là. Mais ce que lui proposait Severus maintenant était tellement risqué, non seulement pour lui. Après tout, s'il acceptait ce serait en toute connaissance de cause. Mais aussi pour l'homme qu'elle aimait, qu'elle aurait encore préféré abandonner. Toutes leurs recherches pointaient dans le même sens. Voldemort était bien réellement mort et il y avait fort peu de chances pour que Harry ait vraiment été un Horcruxe au plein sens du terme. Et quand bien même, le fragment d'âme du mage noir avait été anéanti dans la Forêt Interdite. Voldemort était le seul à avoir eu le pouvoir de le détruire d'un simple Avada Kedavra, sans avoir recours au venin de Basilic ou au Feudeymon. Et le sang de Lily, passé en lui lorsqu'il l'avait volé au jeune homme afin de pouvoir récupérer un corps physique, couplé au fait que la baguette de sureau appartenait en fait à Harry, avaient protégé l'intégrité de son ami, n'autorisant que la destruction du corps étranger qui était en lui.

Voldemort ne reviendrait pas, et Harry n'était victime que des fantômes générés par son propre esprit. Un syndrome post-traumatique profond, lié à son sentiment de culpabilité pour la mort de tant de personnes pendant la guerre, dont son meilleur ami, alors que lui-même avait survécu à trois Avada Kedavra. Elle avait fini par se persuader que le cas du jeune homme ne relevait, au bout du compte que de la psychiatrie.
Severus n'était pas loin de partager son opinion… n'aurait-ce été cette ultime appréhension, liée aux quelques manifestations de 'Harry/Voldemort' à sa présence. C'est pourquoi il avait désespérément continué à chercher une solution qui pourrait définitivement clarifier les choses pour tous les deux. Lui-même, après la confession de Dumbledore, avait pu entamer un processus de résilience, qui certes, n'en était qu'à ses débuts, et promettait d'être long et difficile, mais qui lui permettait, peu à peu de se reconstruire. Même si elle savait qu'il ne se pardonnerait jamais certaines choses. Il pensait que confronter Harry aux origines de son problème, le forcer à reconnaitre qu'il n'était pas responsable de tout ce qui était arrivé, pourrait avoir un effet similaire sur lui

Severus avait dormi presque toute la journée et la nuit qui avaient suivi son retour nocturne, et si elle ne l'avait pas attaché au lit, Hermione avait obtenu qu'il se repose encore pendant toute la fin de la semaine, avec interdiction d'ouvrir un livre de magie, où de sortir de son appartement pour autre chose qu'une promenade dans le parc, en sa compagnie. Malgré ses protestations pour la forme, il avait bien dû reconnaitre qu'il était réellement épuisé, et il ne s'était pas trop fait prier.

La potion sur laquelle il travaillait était une troisième variante de celle qu'il avait expérimentée durant l'été pour tenter de retrouver ses souvenirs d'Avalon. La différence fondamentale était que si deux personnes la prenaient simultanément, et à condition qu'un peu du sang de chacune soit ajouté à la potion, les deux pouvaient revivre, comme dans une Pensine, les souvenirs de l'autre. Revivre, et non pas seulement visionner, en ce sens que chacun d'eux pourrait ressentir exactement non seulement ce qu'il avait pensé ou ressenti à l'époque, mais également ce que l'autre avait vécu au plus profond de lui. La deuxième différence avec la Pensine étant bien entendu, comme l'avait expliqué Severus à Hermione à Halloween, qu'ils pouvaient aussi voir les différentes options qui auraient pu s'offrir à eux, et même peut-être les explorer, voire les modifier… Le plus grand risque était que Harry se laisse aller à cette tentation, à laquelle le maître des potions avait alors réussi à résister. En effet, cette possibilité de 'voyager' dans le passé n'était offerte qu'à l'esprit, le corps restant 'bloqué' dans le présent. C'était beaucoup trop dangereux et conduirait immanquablement à la folie celui qui s'y aventurerait et réussirait tout de même à y survivre et à retourner dans un corps qui ne reconnaîtrait plus 'son' esprit ainsi modifié. Et où vice-versa, l'esprit ne reconnaitrait plus son environnement qui lui, serait resté le même.

Severus avait finalisé la potion, dont le résultat tenait maintenant dans deux flacons, ne contenant guère plus d'une gorgée chacun. Il ne restait qu'à ajouter l'ultime ingrédient. Il avait décidé que Potter choisirait lui-même les souvenirs qu'il voulait explorer, après bien entendu une analyse approfondie avec lui-même et Hermione de ses symptômes et de leurs origines probables. Connaissant les effets et les dangers de sa préparation, il avait exigé d'être celui qui l'accompagnerait, ainsi qu'une obéissance absolue et sans discussion de son 'patient', à tout ordre qu'il pourrait alors lui donner. Hermione et Madame Pomfresh seraient présentes pendant toute la durée de l'expérience, qui se déroulerait dans la salle aménagée pour les appareils Moldus, révélée pour la circonstance à Harry et Poppy, sous le sceau du secret. Du matériel de réanimation moldu pouvait en effet ne pas s'avérer inutile, au vu de la difficulté qu'avait eue Hermione à ramener Severus à Halloween.

Malgré toutes ces précautions, la jeune Médicomage était plus que réticente à tenter l'expérience. L'état de Harry était stable, il n'avait fait aucune crise importante depuis plusieurs semaines et il paraissait reprendre goût à la vie. Ginny avait même confié à Hermione qu'ils envisageaient l'éventualité d'avoir un enfant… si seulement le jeune homme n'avait pas vécu dans l'angoisse permanente d'une rechute.

C'est pourquoi ils se retrouvaient encore une fois dans le salon d'Hermione, à discuter des possibilités offertes par la potion élaborée par Severus. Elle pourrait peut-être lui offrir la possibilité de découvrir l'origine de son mal, en lui faisant revivre des moments ou des expériences occultés par sa mémoire. En effet, dans certains cas extrêmes de traumatisme, même la Legilimencie s'avérait inefficace. Mais d'un autre côté, elle pouvait, s'il n'arrivait pas à contrôler les choses, le conduire à la folie ou à la mort... Sans compter que si quelque chose tournait mal, Severus pourrait subir le même sort, en tentant de l'aider, ou bien, et c'était peut-être pire pour lui, passerait sa vie à se tenir pour responsable d'une autre tragédie !

Hermione s'était une fois de plus réfugiée dans la cuisine, sous le prétexte de préparer du thé. Figée face à un placard ouvert qu'elle ne voyait même plus, elle laissait les larmes dégouliner sur ses joues sans même songer à les essuyer. Elle ne se retourna pas lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir, mais lorsque les mains de Severus se posèrent doucement sur ses épaules, elle laissa échapper la tasse qu'elle tenait entre les mains, en se retournant brusquement pour s'agripper à sa veste en hoquetant. Il la serra contre lui en caressant ses cheveux de ce geste toujours un peu maladroit qu'elle trouvait tellement attendrissant.

—J-je ne v-veux pas t-te perdre Severus ! Ce-c'est trop dangereux. T-tu n'as pas à f-faire ça. Tu… Je… S-Severus !

—Shttt ! Calme-toi. Murmura-t-il contre son oreille. Tu ne vas pas me perdre. Tu seras là pour me récupérer. Poppy sera là, et mon ange-gardien aussi, et même Fumseck maintenant, ajouta-t-il avec une feinte légèreté. Et quand tout sera fini, nous retournerons ensemble à la maison de la mer. Nous dormirons sur la terrasse, face à l'océan. Tu n'as pas encore connu la douceur des soirs d'été, lorsque la brise qui vient de la mer apaise la chaleur du jour. Il s'écarta un peu pour la regarder dans les yeux. Je ne te laisserai pas, Hermione. Jamais. Nos âmes sont liées, c'est la seule explication pour que la magie du château te reconnaisse comme à moi-même. Même si le pire devait se produire… et il ne se produira pas, s'empressa-t-il d'ajouter en la sentant recommencer à trembler entre ses bras, « je serai toujours avec toi. Il lui releva le menton de la main, pour la forcer à le regarder. « Toujours !

—C'est de la folie ! Tu le sais !

—Je le sais. Mais je dois le faire. Et tu le sais aussi ! Si je ne le fais pas…

—Tu auras l'impression de ne pas avoir accompli la totalité de ton serment envers Lily. Je sais... Termina-t-elle sa phrase, vaincue. « Reviens-moi, Severus. Reviens-moi ! Je ne suis pas aussi forte que toi. Je ne pourrai pas vivre sans toi ! Je ne peux plus arriver à imaginer un monde dans lequel tu ne serais pas !

Il la serra de nouveau dans ses bras, plus ému qu'il ne l'aurait voulu par les paroles de la jeune femme. Elle était sa force et sa faiblesse. Il serait mort sans une hésitation pour elle, mais pour elle, il était aussi prêt à renoncer. Il ne supportait pas de la savoir malheureuse à cause de lui.

—Tu es la femme la plus forte que j'ai jamais connue Hermione ! Laisse-moi le faire, laisse-moi me libérer de mes dernières chaînes. Je dois le faire. Pas pour Potter, pas pour Lily, mais pour toi, pour nous. Pour avoir le droit de te mériter enfin ! Tant que cette ombre planera au-dessus de nous, aucun d'entre nous ne sera jamais vraiment libre.

Elle leva les bras, et prit son visage entre ses mains, rivant leurs regards, lui ouvrant en grand son esprit.

—Jamais je ne te retiendrai, jamais je n'essaierai de t'empêcher d'être toi-même ou de faire ce que tu penses être juste, je te l'ai promis. Mais n'oublie pas, Severus : quoi qu'il puisse arriver, où que tu sois, même si tu t'égares, je serai toujours près de toi pour t'aider à retrouver le chemin. Souviens-toi : à jamais !

Ses lèvres avaient le goût salé de ses larmes, il s'y perdit comme on se noie, jusqu'au bout de son souffle.

Lorsqu'ils revinrent dans le salon, Harry n'avait pas bougé. Il était toujours assis sur le sofa, le regard fixé dans le vide.

—Si vous êtes toujours d'accord pour la tenter, nous avons des préparatifs à faire afin que l'expérience se déroule dans les meilleures conditions. Vous devriez rejoindre votre femme maintenant, l'heure de la fin des cours est passée. Dès que nous serons prêts, nous vous préviendrons. Je pense qu'il vaudrait mieux attendre que les examens soient passés. Nous n'en sommes plus à quelques semaines près, et tout le monde sera plus serein. Et puis cela vous donnera un temps de réflexion supplémentaire. Comme je vous l'ai expliqué, ce que nous nous apprêtons à faire est très loin d'être anodin, vous devez vraiment être certain de vouloir prendre le risque… après tout, cela pourrait tout aussi bien faire empirer les choses !

—Je fais confiance à vos talents, professeur. Mais vous avez raison, nous n'en sommes plus à quelques semaines près. Il se leva. « Eh bien je… je vais vous laisser. Avec hésitation, il tendit soudain la main au maître des potions. « Merci… Severus !

—Ne me remerciez pas, Potter. Rien n'est encore fait, et comme je vous l'ai déjà dit, non seulement cela peut ne pas donner de résultat, mais aussi faire empirer les choses.

—J'ai bien compris, professeur. Mais je connais aussi Hermione, et au vu de sa réaction, je sais que ce que vous vous apprêtez à faire pour moi. Ce que vous avez déjà fait en préparant cette potion, aucun d'entre nous n'est aveugle, et nous avons bien vu dans quel état vous étiez ces derniers temps. Est aussi risqué, peut-être plus, pour vous que pour moi… Elle a raison, vous savez. Ajouta-t-il après un moment. « Je- j'ai eu amplement le temps de réfléchir. Je suis désolé de vous avoir demandé… enfin… vous savez quoi, la dernière fois. Considérez que je n'ai rien dit, vous ne me devez absolument rien, vous avez amplement rempli vos engagements vis-à-vis de ma mère et de moi. Rien ne vous oblige à faire ce que vous faites. Après tout, je ne suis rien pour vous, et jusqu'à… la Cabane Hurlante, il n'y avait jamais eu autre chose que de la haine entre nous.

Le Maître des potions le regardait maintenant d'un air songeur.

—Je ne vous ai jamais haï, Harry, répondit-il doucement, « même si, restons francs, je n'irai pas jusqu'à dire que je vous appréciais outre-mesure. Mais je ne vous ai jamais haï. Je devais jouer mon rôle, et je ne pouvais pas me permettre de sembler me soucier de vous. La seule chose que je détestais vraiment chez vous, c'était votre côté 'fils-de-saint-James-Potter-ne-touchez-pas-à-mon-père', basé sur les seuls témoignages, forcément subjectifs, de ses meilleurs amis. Et il faut bien avouer qu'indépendamment de votre physique, votre comportement à mon égard me rappelait plus votre père que votre mère. Quant à ce qui concerne vos résultats scolaires et vos punitions, si vous êtes honnête, vous devez reconnaître que vous mettiez beaucoup du vôtre pour les mériter ! Mais avant tout, vous étiez le fils de Lily. Je ne l'ai jamais oublié. Et même si avec le temps, les choses ont à présent quelque peu évolué, cela comptera toujours pour moi.

TBC


Merci d'avance pour vos petits Lumos qui éclairent mon cœur d'une énorme lumière !