Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Bonsoir !
Ce soir, la deuxième partie (sur trois) du « voyage » de Severus et Harry.

Merci à LycorisSnape, Kyradelacour, Juliana, Zeugma, Amandine Valentine , Anthony Angelina295 (bienvenue !) Manon, Kahouete, et mamy 83 pour vos gentils commentaires sur le dernier chapitre.


Libérez-nous du mal (2ème partie)

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Il était à la fois acteur et spectateur, libéré de son corps, son esprit était libre de se déplacer à sa guise dans les moindres détails des souvenirs qu'il avait cru oubliés. C'était une sensation étrange que de regarder la scène qui se déroulait devant lui comme s'il avait été debout dans un coin de la chambre, et d'avoir la possibilité de ressentir, dans le même temps, tout ce que pouvaient éprouver ceux qui l'avaient vécue. Il pouvait ressentir la frustration et la colère du bébé, mais aussi la vague d'amour qui émanait de Lily. Le seul souvenir qu'il ait jamais eu de sa mère se résumait à un cri. Un hurlement stoppé net, noyé dans un éclair vert. Il avait vu des photos de ses parents, bien sûr, mais il n'en avait aucun souvenir conscient. Il avait aussi conscience de la présence de l'esprit de Snape près de lui, semblable à ces vibrations de l'air aux contours imprécis, provoqués par la chaleur. Bien qu'ils soient tous les deux dépourvus de corps, il savait très exactement où se trouvait le professeur. Ils étaient tout simplement passés à un autre niveau de perception. Tout à sa découverte des effets de la potion, il n'eut pas le réflexe de 'suivre' sa mère, lorsqu'il entendit les éclats de voix et le remue-ménage dans l'escalier, pour voir ce qui se passait à l'extérieur de la pièce. Aurait-il pu voir le visage de son père ? Il fut tenté de revenir en arrière. Instinctivement, il savait qu'il aurait pu le faire, mais soudain, la voix de son ancien professeur qui le rappelait à la raison résonna directement en lui, comme s'il avait lu dans ses pensées. Ce qui était plus que probablement le cas, d'ailleurs.

« Ne faites pas ça Potter, regarder votre père se faire tuer ne vous apporterait rien de plus que des cauchemars supplémentaires ! Si vous voulez voir James, choisissez un autre moment au cours de la première année de votre vie. Cependant, je vous rappelle que nous ne sommes pas ici pour cela, et que l'effet de la potion est limité dans le temps ! »

Il avait promis d'obéir à Severus, et même si celui-ci lui laissait en quelque sorte ce choix, malgré la tentation, il se résolut, pour une fois, à écouter la voix de la raison. Peut-être pourrait-il… plus tard… mais Lily était revenue, Lily lui parlait, la voix emplie d'angoisse.

Et la porte explosa…

… La douleur dans sa tête était abominable, le sang dégoulinait sur son visage. Il n'arrivait plus à se dissocier du bébé qui pleurait dans son parc en appelant sa mère. Il aurait voulu partir, mais il était piégé. Il avait vaguement conscience d'une voix familière, qui prononçait son nom, quelque part, mais il ne pouvait rien faire d'autre que de contempler, au travers des barreaux du parc, le corps sans vie de Lily, allongé sur le sol. C'est alors qu'il entendit un bruit de pas dans le couloir.

L'entrée de Severus dans la pièce, et sa réaction face à la scène qui se présentait à lui le tirèrent de sa transe. Et lorsque leurs yeux se croisèrent par-delà le temps, le désespoir sans fond de l'homme réussit à l'arracher à sa propre détresse. Regarder les souvenirs de Snape dans une Pensine et les vivre, ici et maintenant, en ayant la possibilité de ressentir tout ce qu'avait éprouvé le Maître des potions. Voir qu'il l'avait soigné aussi, qu'il avait, même si cela n'avait été que l'espace d'un instant, songé à l'arracher à ce cauchemar, à le mettre à l'abri, à le protéger… déjà ! Tout cela avait fait que lorsque Dumbledore était arrivé à son tour, et avait pris bébé Harry dans ses bras pour le confier à Hagrid, il s'était attaché à se dissocier de son propre souvenir pour rester dans celui du professeur. Si lui, se sentait responsable de la mort de ses parents, il n'aurait jamais pu imaginer l'abîme de culpabilité qui avait anéanti cet homme. Qui l'anéantissait encore aujourd'hui. Il avait senti sa vie littéralement s'effondrer. Severus avait voulu mourir, il avait voulu attendre les Aurors, il avait voulu être arrêté, livré aux Détraqueurs. Dumbledore l'avait condamné à pire : il l'avait obligé à vivre un enfer sur terre, et pour la première fois, Harry s'était presque senti honteux d'étaler ses états d'âme à tout venant, alors qu'un homme aussi dévasté que Snape trouvait encore le moyen de dépasser une détresse mille fois pire que la sienne pour tenter de l'aider à les surmonter.

—Naître a-t-il fait de vous un coupable ?

Il tressaillit. La voix du Severus de 2008 l'arracha à l'esprit de celui de 1981.

—Pas plus que d'avoir rapporté une partie de la prophétie n'a fait de vous le responsable de tout ceci.

—Je n'étais Mangemort que depuis peu, mais je connaissais déjà assez le caractère du Seigneur des ténèbres pour savoir qu'il voudrait éliminer celui dont il pensait qu'il aurait le pouvoir de le vaincre. Je n'aurais jamais dû rapporter ce que j'avais entendu ce soir-là. J'ai agi comme un imbécile, sans réfléchir. Et en faisant cela, j'ai condamné un enfant à mort. Et peu importe que cela ait été vous ou un autre ! Alors, qui est le plus coupable ?

—De nous deux ? Sûrement vous. Mais vous mettez de côté beaucoup trop de paramètres, Snape. Trelawney a proféré une prophétie. Si elle ne l'avait pas fait, rien de tout ça ne serait arrivé. Vous l'avez rapportée, c'est vrai, mais vous avez aussi essayé de corriger votre erreur. Dumbledore a mis la maison de mes parents sous Fidelitas, mais il n'a pas exigé d'en être lui-même le Gardien du Secret, s'il l'avait fait, il n'y aurait pas eu de trahison possible. Mon père et Sirius ont décidé d'en changer, s'ils avaient fait confiance à Remus, personne ne serait mort. Pettigrew a trahi ses amis, et Voldemort a prononcé la malédiction… Il y a beaucoup de coupables dans ce drame, mais seuls deux en sont les vrais responsables…

« … Vous, vous leur avez donné la possibilité de se mettre à l'abri, de se défendre, de rester en vie. Et ce sont finalement leurs propres décisions, qui ont causé leur perte… Si je devais établir un degré de culpabilité, je dirais que le plus fautif dans cette affaire, c'est encore Queudvert ! Alors oui, vous avez raison. Je ne suis pas coupable de la mort de mes parents. Mais vous ne l'êtes pas non plus, du moins pas plus que Dumbledore, mon père ou Sirius, ou même cette illuminée de Trelawney. Les seuls véritables coupables sont Queudvert et Voldemort.

La tirade de Harry l'avait, pour une fois, laissé sans voix. Au moins, avait-il admis qu'il n'était pour rien dans la mort de ses parents. Merlin en soit remercié, il n'aurait pas été obligé de revivre ce moment en vain ! Mais comment pouvait-il penser que lui… ? Avant qu'il ait eu le temps de terminer son monologue intérieur, les contours de la pièce s'estompèrent, et Severus se sentit aspiré dans un autre souvenir.

Il lui suffit d'un coup d'œil autour de lui, pour reconnaitre le labyrinthe de verdure qui avait été conjuré sur le terrain de Quidditch. Celui-là même où s'était déroulée la dernière épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. Il assista avec horreur au déroulement des évènements qui avaient aboutis à la mort inutile de Diggory et à la renaissance de Voldemort. Il dut accomplir un effort surhumain pour surmonter le dégoût et le malaise provoqué par l'innommable rituel de Nécromancie, et la 'nausée' (même s'il était dépourvu de corps, il n'y avait pas d'autre terme), qui l'avait submergé lorsqu'il avait vu Voldemort surgir de ce chaudron de l'enfer, et 'secouer' comme il le pouvait l'esprit de Potter qui semblait s'être pétrifié à ses côtés.

—Potter ? Devant le manque de réaction, il appela plus fort « Potter ! Harry, bon sang, reprenez-vous !

L'emploi de son prénom sembla faire réagir le jeune homme.

—Je… Cédric ! Cédric n'aurait jamais dû… c'est moi qui l'ai amené là ! C'est à cause de moi qu'il est mort !

—Ne soyez pas stupide ! Aviez-vous le moindre indice qui aurait pu vous faire ne serait-ce que soupçonner que la coupe était un Portoloin ? Non ! Si vous l'aviez su, lui auriez-vous proposé de la prendre ? Non ! Vous avez simplement voulu associer votre ami à votre victoire ! Où est le mal ? Nous savions tous qu'une menace pesait. Ma Marque et celle de Karkaroff devenaient chaque jour plus sombres et plus douloureuses, mais Dumbledore a refusé d'annuler la troisième épreuve. Encore une fois, si responsables il y a, en aucun cas vous n'en faites partie. Nous nous sommes tous laissés berner par Croupton. Nous n'avons rien vu venir. Si tous les adultes autour de vous se sont laissé abuser, comment auriez-vous pu soupçonner la moindre chose ? Je peux comprendre que sa mort vous ait choqué, au point que vous vous en sentiez responsable, vous n'aviez que quatorze ans et le traumatisme a été immense. Mais diriez-vous que quelqu'un est coupable parce que son ami est fauché par une voiture alors qu'ils traversent ensemble la rue pour… je ne sais pas, aller acheter une glace ?

—Ca n'a rien…

—C'est exactement la même chose, au contraire. Ce qui est arrivé est tragique, mais vous n'y êtes pour rien. Diggory a malheureusement été ce qu'on appelle une 'victime collatérale'… Ce n'est pas tant de sa mort que vous vous sentez coupable, que d'avoir, vous, survécu !

—Et c'est censé m'aider ?

—À ne pas vous sentir coupable de la mauvaise chose, oui ! Quant au reste… ça sera long, et honnêtement, je ne crois pas qu'on puisse vraiment tout à fait guérir de ce genre de chose, mais en travaillant un peu sur vous-même, vous devriez pouvoir arriver à vivre avec. Cessez de regarder votre nombril Potter, levez la tête, bon sang ! Vous avez une femme qui vous aime, des amis qui vous soutiennent, vous êtes très loin d'être seul, et personne ne vous a jamais rien reproché. C'était la guerre, chacun était parfaitement conscient qu'il allait y avoir des pertes… Vous avez survécu, n'en soyez pas honteux, faites-en une force, au contraire. Vivez ! Pour tous ceux qui vous regardent comme le symbole de la victoire sur les Ténèbres. Faites des enfants aussi horripilants que vous et élevez-les dans le respect des autres et de leurs différences. Vivez pour ceux qui n'ont pas eu cette chance. Vivez pour qu'ils ne soient pas morts en vain… ou suicidez-vous une bonne fois !

« Mais si vous aviez vraiment eu envie de mourir, je pense que vous l'auriez déjà fait. Je ne vous ai jamais considéré comme la lumière du siècle, mais je vous pense honnête, alors soyez-le aussi avec vous-même, et vous verrez que j'ai raison. Parce que si vous continuez sur cette voie, même mort, Voldemort aura finalement gagné !

—Vous êtes un satané bâtard, vous savez !

Severus perçut nettement l'allègement dans sa voix, comme un sourire.

—Je sais. Que voulez-vous on ne cultive pas une image aussi réussie depuis autant d'années pour l'abandonner à la première résurrection venue !

La scène se transforma à nouveau et il fut entraîné, à la suite de Harry, au travers des cauchemars induits par le Seigneur des Ténèbres, et de leurs terribles conséquences. La plus douloureuse pour le jeune homme étant la mort de son parrain.

—Vous ne pouvez pas nier que Sirius ne serait jamais allé au Ministère si je n'y avais pas été ! Si ce n'avait pas été pour moi, il aurait obéi à Dumbledore.

—Rappelez-moi pourquoi vous êtes vous-même allé au Ministère ce soir-là ?

—Je… j'avais eu une vision, et je croyais que Sirius était prisonnier de Voldemort.

—Exact ! Et si quelqu'un avait tenté de vous en dissuader, lui auriez-vous obéi ?

—Je…

—Potter !

—Il n'y avait personne…

—Il y avait moi ! Vous m'aviez averti, vous pouviez vous douter que j'allais alerter l'Ordre dès que je le pourrais. Mais bien évidemment, vous ne me faisiez pas confiance !

—Vos relations avec Sirius…

—Nos querelles personnelles ne concernaient que nous ! Croyez-vous qu'en temps de guerre ce genre de considérations passe avant l'intérêt général ? Mais il s'agissait de moi. Le bâtard graisseux des cachots, le Mangemort aux allégeances douteuses ! Et l'amertume était perceptible dans sa voix. « Mais là n'est pas la question. Poursuivit-il. « Si les rôles avaient été inversés, pendant la bataille, et que ce soit vous qui soyez passé au travers du Voile, penseriez-vous que votre parrain en aurait été le responsable ?

—Non ! Bien sûr que non ! Mais il est venu parce qu'il me savait en danger…

—Tout comme vous y êtes allé pour la même raison ! Vous êtes tous les deux tombés dans le piège tendu par le Seigneur des ténèbres, et Bellatrix Lestrange a tué le cab-votre parrain. Elle l'a vaincu en duel, point ! Une fois de plus, où voyez-vous dans cela une quelconque responsabilité de votre part ? Pendant des années vous m'avez accusé d'être responsable de cette mort-là, ne pouviez-vous pas continuer ? Au moins pour une fois, vos partis-pris contre moi auraient contribué à votre bonne santé mentale !

—Je ne serais pas tombé dans le piège si j'avais réussi à apprendre l'Occlumencie. Finit par avouer Harry après une légère hésitation. « Et vous n'auriez pas arrêté les cours si je n'avais pas regardé…

—Et je ne serais pas devenu Mangemort si je m'étais intéressé au tricot plutôt qu'à la Magie Noire ! Quelqu'un a dit un jour 'avec des si et des mais on referait le monde'. Je ne pleure pas Black, mais je ne lui dénie pas un certain courage lorsqu'il s'agissait de se battre pour sa cause. Il savait ce qu'il risquait, comme le savaient tous les autres, en se rendant au Ministère ce soir-là. Quant à l'Occlumencie, j'ai toujours sincèrement pensé que même en y mettant de la bonne volonté, vous ne seriez jamais arrivé à grand-chose de concluant. Et l'incident que vous évoquez n'aura été que le prétexte à arrêter une chose qui ne servait à rien d'autre qu'à nous faire perdre notre temps et accroitre encore notre animosité respective. Alors je vous repose la question : sachant que toutes vos visions précédentes s'étaient avérées fondées, être tombé dans le piège tendu par l'ennemi fait-il de vous un coupable ?

—Je… je suppose que… non, finit par admettre Harry, « mais… Il perçut nettement le soupir las du professeur.

—Vous ne pourrez jamais occulter la totalité de ce sentiment, Potter. Jamais. Personne ne le peut, et c'est très bien ainsi. C'est ce qui fait de vous un être humain, et non un monstre comme Voldemort. Mais on peut apprendre à vivre avec, c'est ce que font la plupart de ceux que vous fréquentez au quotidien. Croyez-vous que votre beau-frère ne se reproche pas chaque jour de n'être pas mort à la place de son frère ? Croyez-vous que Shacklebolt ne se reproche pas de ne pas avoir arrêté le sort qui a tué votre ami ? Que Malfoy ne se reproche pas la mort de son père, due à sa désertion ? Et je pourrais continuer pendant longtemps ainsi ! Alors non, vous ne sortirez pas de là plus indemne que les autres, mais vous allez apprendre à relativiser et à gérer ce sentiment. Et ce que nous sommes en train de vivre est le premier pas sur cette voie.

TBC


Un petit Lumos pour éclairer ma muse ?