Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

Coucou !
Et voici la troisième partie du « voyage thérapeutique » de Severus et Harry.

Notez que je ne suis pas sûre de pouvoir publier un nouveau chapitre la semaine prochaine… SI c'est le cas, je ne vous laisserai tout de même pas tomber, et que je tacherai de trouver le temps de vous publier un des petits textes que j'ai encore sur mon DD (soit un chapitre bonus du « Veilleur » soit un petit OS).

Merci à Zeugma, Juliana, Manon, LycorisSnape, Daidaiiro, Cassandra Rogue (bienvenue et merci !), Quetsche, Kyradelacour, mamy83, Amandine Valentine , Kahouete, et KeanaB (bienvenue à toi aussi, et merci pour tes commentaires) pour vos super commentaires sur le dernier chapitre.


Libérez-nous du mal (3ème partie)

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Ils revécurent la dernière année de la guerre au travers des souvenirs du jeune homme. Étonnamment, Harry passa assez rapidement sur les péripéties de la recherche des Horcruxes, au cours de laquelle, pourtant, ses amis et lui avaient plus d'une fois risqué leurs vies, et Severus comprit que revoir Ron lui faisait trop mal. Ils arrivèrent assez rapidement à la réunion dans la Grande Salle, à la veille de la bataille. Et lorsque le jeune homme sortit des rangs des Gryffondors pour lui cracher insultes et accusations au visage, il perçut nettement le malaise de son esprit à ses côtés.

—Votre réaction était normale, Potter, il ne sert à rien de se sentir mal rétrospectivement. Vous ne m'avez rien dit qui n'ait été la stricte vérité ce soir-là. Et j'avais tout fait pour mériter vos paroles. J'ai tué Dumbledore, j'ai laissé maltraiter les élèves pendant toute cette dernière année. Ce que j'étais pendant vos six années de scolarité était une vision de paradis à côté de ce que vos camarades ont eu à subir alors ! Et peu importent les raisons, et peu importe ce que je pouvais ressentir, ou pourquoi je l'ai fait, je méritais vraiment tout cela ! Je refuse que vous vous sentiez coupable à mon égard. Tout ce que j'ai fait, j'ai choisi de le faire, en toute connaissance de cause. Je savais parfaitement quelles en seraient les conséquences, et où cela allait me mener…

Il y eut un instant de flottement avant qu'il ne poursuive, d'une voix légèrement altérée.

« … Lorsque je vous ai donné mes souvenirs, c'était… ce n'était pas… Je voulais vous donner uniquement ce qui concernait votre mission, et puis… Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Je n'arrivais plus à rien contrôler. Je… je suppose que quelque part, je ne supportais pas l'idée de mourir sans que personne ne sache... Je… Je ne supportais plus d'être… haï à ce point. Je suis désolé si vous vous êtes senti coupable de quoi que ce soit. Ce n'était pas le but. Vraiment.

La scène s'était figée. Comme si Harry n'arrivait pas à se décider sur la suite.

—Montrez-moi ! Demanda-t-il après un long silence.

—Je vous demande pardon ?

—Montrez-moi… la dernière année… s'il vous plait, professeur !

Dire que Severus était surpris était un euphémisme. Il hésita. Jamais il n'avait été question de cela. Ils devaient visiter les souvenirs de Harry, afin de lui faire prendre conscience qu'il n'était en aucune façon le responsable, mais au contraire une des victimes, de tout ce qui était arrivé du fait de Voldemort. Severus avait exigé de l'accompagner afin d'éviter qu'il ne se perde où ne soit tenté de prendre des chemins dangereux, mais il n'avait jamais été question d'impliquer Harry dans ce que lui, avait vécu. Ils avaient été tous les deux présents, à Godric's Hollow, et il avait été facile pour Potter de s'incruster dans son souvenir, mais pour ce qu'il lui demandait maintenant, il devait obtenir la permission, ainsi que la participation active du Maître des potions. La pression se fit plus forte sur son esprit.

La supplique.

Revivre cette dernière année était un calvaire qu'il aurait souhaité ne plus jamais avoir à gravir. D'un autre côté, voir tout ce qu'il avait fait subir à ses amis durant cette période pourrait peut-être aider le jeune homme à minimiser sa propre culpabilité. Il était lui-même tellement englué dans la sienne, qu'il en avait oublié de tenir compte du fait que Harry savait désormais qu'il n'avait agi ainsi que sous la contrainte, pour ne pas que les choses aillent trop loin. Et que s'il avait obligé de laisser les Carrow faire certaine choses, il avait évité bien pire aux élèves en intervenant systématiquement avant que la situation ne dégénère, au risque de déplaire à Voldemort. Plus, qu'il n'avait jamais effectué aucunes représailles contre ceux, y compris les professeurs, qui avaient essayé de lui nuire personnellement, voire de le tuer.

Le corps de Severus commença à donner des signes de détresse lorsqu'il se retrouva dans la Cabane Hurlante, et la brusque compréhension de ce qui allait se passer. Face à Voldemort et à Nagini, les mains serrées dans son dos à faire blanchir ses jointures pour s'empêcher de se saisir de sa baguette. La gorge nouée par la terreur.
Il commença à convulser lorsque le serpent géant se jeta sur lui. Lorsqu'il revivait cette scène dans ses cauchemars, il se réveillait généralement à ce moment-là, mais en l'occurrence, il n'était plus dans son corps, et son esprit affolé ne parvenait plus à retrouver le filament qui le reliait à son enveloppe charnelle. Il essayait désespérément de fuir vers une autre probabilité. Il était sur le point de se perdre sur les chemins qu'il avait voulu éviter à Harry.

Étrangement, ce fut une voix familière qui le ramena sur la bonne voie. « Ssseverusss ! » Il prit conscience que l'esprit de Potter essayait de l'appeler.

Sauf que ce n'était pas Potter.

Ce n'était plus Potter.

Le choc lui avait fait l'effet d'une douche froide. Il avait instantanément retrouvé toute sa lucidité, et une idée commençait à germer dans son esprit. Une idée folle, risquée. Pourrait-il… Il prit sa décision en une fraction de seconde, implorant à son tour l'entité de lui montrer ce qui s'était produit dans la forêt interdite… arguant qu'Il devait bien cette faveur au fidèle serviteur qui lui avait volontairement abandonné jusqu'à sa vie. Et contre toute attente, cela fonctionna. La folie mégalomane et l'orgueil illimités de Voldemort prirent définitivement le contrôle du fragment d'esprit fantôme qui hantait encore Potter, et lorsqu'il lança le sort de mort sur le jeune sorcier, Severus concentra tout le pouvoir de son propre esprit, pour tenter de faire dévier le souvenir vers une probabilité où le fragment d'âme aurait été détruit en totalité, réduisant le débris fantôme à néant. Normalement, la différence était tellement minime, que cela ne devrait avoir aucune incidence sur la santé mentale de Potter, sauf, peut-être, bénéfique.

Maintenant que l'entité à laquelle il s'était adressé avait subitement disparu, il se retrouvait dans la Cabane Hurlante. Seul. Il contemplait son corps abandonné sur le sol, apparemment sans vie, et il ne percevait plus aucune trace de l'esprit de Potter. S'était-il perdu, dans cette probabilité ? Cela l'avait-il trop modifié ? Maintenant qu'il n'était plus là, tous les méandres qui lui correspondaient s'étaient effacés, et il était impossible pour Severus de le retrouver.

Réussirait-il à retrouver tout seul le chemin de son corps ? Ils avaient bien évidemment évoqué la possibilité d'être séparés, et dans ce cas, il avait été décidé que chacun tenterait de réintégrer au plus vite son enveloppe corporelle. Chercher à retrouver l'autre serait en effet aussi inutile que dangereux. Connaissant son caractère, il avait même, par précaution, fait jurer au jeune homme de ne pas essayer de jouer les héros. Il ne pouvait plus espérer que sa brusque disparition signifiait qu'il lui avait obéi. Il reporta son regard sur son corps, toujours allongé sur le sol, inerte. Mais dont le sang qui continuait à sourdre de ses plaies, prouvait qu'il n'était pas encore mort. Que se passerait-il s'il prenait maintenant le contrôle de son esprit de 1998, ne serait-ce que pour lui faire reprendre conscience plus tôt ? Éviterait-il la trop grande perte de sang qui de l'aveu de Morgane même, avait failli avoir raison de lui malgré ses soins… Et d'ailleurs, était-ce possible ? Non, pensa-t-il dans un éclair de lucidité ! Il avait un instant failli oublier qu'aucune action menée dans les souvenirs ne pouvait avoir d'incidence sur le corps physique, ou sur le cours des évènements.

Il sentait sa raison vaciller. Il y avait une raison pour laquelle il n'avait jamais voulu explorer les 'chemins parallèles' de ses souvenirs. Tout ce qui aurait pu être, mais ne pouvait désormais être modifié qu'au niveau de l'esprit… et qui à la moindre imprudence, pouvait si facilement conduire à la démence. Même lui avait failli s'y laisser prendre. S'il arrivait à revenir, il détruirait toutes ses notes et ferait en sorte qu'il ne reste plus aucune trace que cette potion ait un jour existé…

S'il revenait…

Mais il avait beau chercher dans toutes les directions, la perception de son corps vivant, qui avait jusque-là subsisté aux frontières de sa conscience, avait disparu. Il commença à paniquer.

La vision d'une paire d'yeux ambrés envahit soudain tout l'espace autour de lui. Il se sentit suffoquer, ce qui lui sembla étrange étant donné qu'il n'avait pas de corps. Mais il voulait revoir ces yeux, et il s'accrocha à cette volonté de toutes ses forces.

Il se sentait flotter. Il entendait vaguement une voix de femme, lointaine et angoissée, qui appelait son nom. Il regarda encore une fois autour de lui. Tous ces chemins…

Il était fatigué.

Tellement.

Et Potter avait disparu.

Une vague de découragement s'abattit sur lui. Il avait échoué. Il n'avait pas su protéger le jeune homme, comment pourrait-il retourner affronter cette vie, avec ce nouveau fantôme, ajouté à la longue cohorte de tous ceux qu'il trainait déjà avec lui ?

« Severus ! »

Cette fois-ci, il reconnut la voix. Hermione ! Hermione… Il ne voulait pas la laisser toute seule, il avait promis… promis quoi, déjà ? Revenir… il fallait… mais il n'avait plus la force. Et Hermione n'aurait aucun mal à trouver mieux que lui.

Pourtant, l'idée de la quitter lui était plus douloureuse encore que ne lui avait été celle de se détacher du corps de Lily, à Godric's Hollow. Une douleur fulgurante, qui transperça son âme égarée. Il tenta de s'accrocher à la voix. Sa tête s'agita sur l'oreiller, tandis que son souffle s'accélérait et que le tracé de son électrocardiogramme devenait erratique.

«Hermione. »
Il sentit une douce pulsation naître près de lui.
« Hermione. »
Un cocon de chaleur entoura la brume glacée dans laquelle il commençait à s'enfoncer lentement.
« Hermione ».
La pulsation devint lueur, éclairant les ténèbres autour de lui. Elle scintillait à la croisée d'une des voies. Sa lumière. Son âme sœur. Son guide.

Mais il était déjà si loin !

Il tendit toute sa volonté vers la lumière, mais il se sentait irrésistiblement entrainé vers le fond du marécage sombre de ses souvenirs, par des sables d'ombres mouvantes. Les atrocités auxquelles il avait été contraint d'assister, les horreurs qu'il avait dû commettre, s'enroulaient autour de son âme, telles des langues de brume corrosive. Tous ses regrets, tous ses remords hurlaient autour de lui dans une cacophonie infernale. Il haleta au milieu de ces miasmes, il voulut se débattre, et soudain, il se mit lui aussi à hurler. À hurler pour les faire taire. Il n'avait pas voulu tout ça ! Il avait été manipulé, utilisé. Par son père. Par Dumbledore. Par Voldemort. « Je ne voulais pas… ».« Mais tu l'as accepté », lui soufflait sa conscience. Il se sentait perdre pied, en équilibre instable entre la folie et la mort. C'est au moment où il allait lâcher prise, cesser de lutter qu'il l'entendit.

Une musique. Non. Un chant… une ligne mélodique d'une telle fluidité, d'une telle limpidité, que chaque note se détachait clairement des autres, comme des gouttes de pur cristal. Et chaque note qui tombait sur son âme y tissait un filament d'argent qui s'étira bientôt tel un trait cristallin, la reliant à la lumière qui pulsait toujours à la limite de sa perception, maintenant accompagnée d'un léger bourdonnement.

Il s'accrocha à la mélodie comme à un fil d'Ariane. Au fur et à mesure que le chant se faisait plus présent, une sérénité nouvelle enveloppait son âme d'un cocon de chaleur. Il atteignit enfin la lumière.

Il se fondit en elle…

Harry s'était réveillé sans aucun problème. La dernière chose dont il se souvenait était l'éclair vert qui fonçait sur lui, comme au ralenti, dans la Forêt Interdite. À part une migraine persistance et une bouche pâteuse qui lui donnait l'impression d'un lendemain de cuite, il ne s'était jamais senti aussi bien. Il avait l'esprit léger, il se sentait… libre ! Ginny s'était précipité vers lui dès qu'il avait ouvert les yeux, mais Poppy lui ordonna de rester allongé, pendant qu'elle contrôlait son état, et lui faisait avaler différentes potions.

Soudain, il prit conscience de ne pas être la cause principale de l'air inquiet de l'infirmière, qui jetait de fréquents regards vers le lit voisin, tout en s'affairant autour de lui. Le lit voisin, où Fred aidait Hermione à maintenir le corps de Severus, qui se tordait dans d'horribles convulsions. Soudain il retomba sur le lit, inerte, et pendant une atroce seconde, on eut pu le croire mort. Puis Snape se mit à hurler, comme s'il était soumis à mille Doloris. Bientôt des mots et des sanglots se mêlèrent aux cris. 'Non !' 'Taisez-vous !' 'Arrêtez !' 'Je ne voulais pas !' Puis 'Lily', et 'Albus'. 'Pardon !' Encore 'je ne voulais pas !' 'Pardon !' Et plusieurs fois 'Hermione'. De plus en plus indistincts, de plus en plus faibles à mesure que sa voix se cassait et que les battements de son cœur devenaient plus chaotiques. Il suffoquait, maintenant. Pattenrond s'était déplacé sur l'oreiller, et ronronnait contre son oreille, comme pour tenter de l'apaiser. Le phénix pencha sa tête vers l'homme, et une larme tomba sur le front de Severus, où elle scintilla un instant avant de disparaître, comme absorbée de l'intérieur. Fred s'était assis sur une chaise, les mains sur les genoux, il regardait Hermione, effondrée sur la poitrine du professeur, d'un air où se mêlaient compassion et découragement, pendant que Poppy, rassurée sur l'état de Harry, surveillait les moniteurs en marmonnant des sorts de diagnostic sur Severus.

C'est alors que Fumseck se mit à chanter…

Il ouvrit les yeux, prenant dans le même moment conscience du poids qui pesait sur sa poitrine, de l'oiseau écarlate qui chantait, perché à la tête du lit et du coussin de fourrure orange qui vibrait près de son oreille droite. Il déplaça une main hésitante pour la poser délicatement sur la masse de cheveux mordorés, provoquant un haut-le-corps chez leur propriétaire.

L'ambre rencontra l'onyx dans un échange silencieux qui parut durer une éternité, puis les orbes sombres basculèrent, et un sifflement continu se fit entendre, alors que le tracé sur le moniteur devenait linéaire.

« Non ! Non, Severus ! »

« Enervate ! » Mme Pomfresh pointait déjà sa baguette sur la poitrine inerte, aussitôt relayée par Fred. Sans résultat. Hermione s'était reprise, elle avait arraché la couverture, et s'était saisie des palettes du défibrillateur, dont elle réglait maintenant la puissance, s'exhortant mentalement au calme. Il avait réussi à revenir, elle ne le laisserait pas mourir, quitte à aller le chercher au plus profond des enfers !

—Fred, éloigne Patou ! Tout le monde recule !

Au troisième choc, le tracé régulier réapparut enfin sur l'écran du moniteur, et un soupir de soulagement s'échappa de toutes les bouches.

Ses oreilles sifflaient et sa poitrine brûlait, comme transpercée de milliers d'aiguillons. Au travers du brouillard de sensations confuses dans lequel il flottait, il percevait des voix lointaines et une certaine agitation. Il avait la bouche sèche, il aurait voulu demander à boire, mais il se sentait trop faible pour ne serait-ce qu'entrouvrir ses paupières. Il sentit quelque chose atterrir près de lui, et un ronronnement familier résonna bientôt près de son oreille 'Pattenrond', pendant qu'un caquètement satisfait se faisait entendre quelque part au-dessus de sa tête 'Fumseck'. Quelque chose d'humide passa sur son visage, sûrement un linge, s'attardant agréablement sur ses lèvres desséchées, puis une main se referma sur la sienne.

« Je suis là, mon amour. Tout va bien. Repose-toi » chuchota la voix d'Hermione dans son autre oreille. Il fit un effort surhumain pour bouger faiblement les doigts et eut encore le temps de sentir la main serrer légèrement la sienne en retour, avant de sombrer dans un sommeil profond.

—Hermione… Harry s'était approché du lit, incertain.

—Tais-toi ! Ne dis pas un mot de plus ! Fit-elle froidement, sans quitter le Maître des potions du regard. « Va-t'en ! Ajouta-t-elle d'un ton las.

Elle se tourna légèrement vers Ginny. « Emmène-le à l'infirmerie. Poppy, pouvez-vous…

—Bien entendu ma chère petite, je resterai avec lui. Mais vous…

—Ca va aller maintenant.

—Envoyez votre Patronus, si vous avez besoin d'aide.

—Merci Poppy. Merci pour tout, mais je suis sûre que ça ira. S'il vous plait, laissez-nous seuls maintenant.

Une fois que Harry, Ginny, Fred et Poppy furent sortis, elle agrandit le lit d'un coup de baguette, pour pouvoir s'allonger tout contre Severus, l'entourant de ses bras pour lui apporter le réconfort de sa chaleur et de sa présence. Et l'attente commença.

TBC


Ma muse est particulièrement reconnaissante à tous ceux qui lui offrent un petit Lumos pour éclairer son chemin !