Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A: Merci à tous mes reviewers, followers et à ceux qui ont mis cette histoire en favori. Et merci aussi aux nombreux lecteurs (hélas) anonymes.

Encore des retrouvailles, et... Severus n'est pas au bout de ses surprises !


Rélexions

.

La soirée était bien avancée lorsqu'il avait quitté le bureau de Minerva… ou plutôt, si l'on tenait compte des réactions du château, son bureau. Il leur avait demandé de garder son retour secret jusqu'à la sortie. Cela leur donnerait à tous le temps de se retourner et d'inventer une belle fable pour expliquer sa soudaine réapparition.

C'était l'heure du repas, et il ne risquait pas de croiser grand monde dans les couloirs qui menaient aux cachots, qui n'étaient, avait-il appris, plus utilisés que pour les cours de potions, pour lesquels un environnement froid et un taux d'humidité élevé permettaient de limiter les accidents de chaudrons propres aux novices en cet art, et pour le stockage des ingrédients. Les quartiers de la Maison de Serpentard avaient en effet été déménagés.

Après la guerre, les Serpents s'était vue attribuer, à défaut de beaucoup plus de considération, de nouveaux locaux, plus salubres, dans une des tours jusqu'alors inoccupées, Minerva répondant ainsi à une demande qu'il avait réitérée d'année en année et à laquelle Albus avait toujours opposé la sacro-sainte tradition pour ne pas y accéder. La directrice avait voulu, par ce geste, rattraper un peu de la partialité dont elle avait toujours fait preuve envers les membres de la Maison de Salazar, en particulier pendant l'année qui avait précédé la grande bataille. C'était aussi peut-être une façon d'exprimer les remords qu'elle avait pu avoir vis à vis de lui, après avoir été mise en face de la vérité sur son rôle, une fois Voldemort vaincu.

Ses quartiers étaient déserts, et pour cause, personne en dix ans, pas même Filius Flitwick, qui ne dédaignait pas, parfois, de flirter avec les Arts Sombres, n'avait jamais pu désamorcer les sortilèges de garde de son invention qu'il y avait apposés. Il y serait donc tranquille, et les Elfes de Maison tiendraient leur langue. Malgré leur propension aux commérages, ils n'oseraient jamais désobéir à un ordre direct du véritable directeur de Poudlard.
Il avait retrouvé ses appartements exactement comme il les avait laissés. Personne, à part l'Elfe chargé de l'entretien, auquel il avait expressément interdit d'aider les humains à y pénétrer, n'avait réussi à franchir les protections qu'il avait mises en place lorsqu'il y vivait encore. Si, pendant la dernière année de la guerre, il n'avait pas pu échapper au bureau directorial, il n'avait, en effet, jamais pu se résoudre à occuper les appartements de Dumbledore.

La magie qu'il sentait toujours crépiter tout autour de lui, lui confirmait une fois de plus que Poudlard le reconnaissait toujours comme son directeur en exercice. On aurait même dit qu'il était… heureux de le retrouver. Le château n'avait jamais vraiment reconnu la légitimité de Minerva, comme s'il avait toujours su, malgré les années écoulées, qu'il était toujours vivant et qu'il allait revenir un jour, mais il lui avait laissé une certaine marge de manœuvre. L'entité de pierre devait considérer que l'ancienne sous-directrice était la plus apte à assurer l'intérim, et avait, en quelque sorte, si l'on pouvait s'exprimer ainsi en parlant d'un bâtiment, 'joué le jeu'. Maintenant qu'il était de retour, Minerva avait reconnu, tout à l'heure, qu'elle ne contrôlait presque plus rien. Ils avaient convenu que la cérémonie de passation officielle des pouvoirs aurait lieu le dimanche suivant. Le rituel en était assez long, et ils auraient moins de risques d'être dérangés pendant le week-end.

C'était une sensation étrange, de se dire que le monde sorcier avait lavé son nom et reconnu ses mérites, et qu'il le devait en grande partie au témoignage de Potter. Il avait même appris qu'étant présumé mort, il avait reçu un Ordre de Merlin à titre posthume… Sous les regards ébahis de Minerva et Granger, il avait éclaté d'un rire amer, à cette nouvelle. La mort arrangeait bien des choses, aplanissait bien des différends, les cimetières ne sont-ils pas pleins de gens exceptionnels ? Comment ceux qui louaient sa mémoire accueilleraient-ils sa soudaine résurrection ?

« Bah ! A chaque jour suffit sa peine », conclu-t-il en entrant dans sa salle de bains, dont les appliques lumineuses réagirent instantanément à sa présence.

La voix le fit presque sursauter. Tiens, il l'avait oublié, celui-là !

—Bonsoir, Severus, il était temps que tu reviennes, mon tain commençait à se piquer, dans l'obscurité. L'humidité ne vaut rien aux miroirs et les elfes n'ont apparemment pas jugé bon de m'entretenir à ma juste valeur !

—Tiens, tu es toujours là, toi ? Pas encore cassé ? Quant à ton tain, il était déjà irrécupérable lorsque j'ai hérité de toi, ça ne peut pas être bien pire que ça l'était alors. Et pour ce qui est de ta valeur… je préfère ne pas faire de commentaire.

—Ne sois pas si malgracieux, Severus, d'autant qu'avec toi, le temps s'est montré plutôt clément ! Montre un peu, pour voir… on dirait même que tu es un peu moins laid qu'avant !

—Tu ne m'avais pas habitué à autant de compliments ! Je t'ai manqué à ce point ?

Severus avait répondu machinalement au miroir magique, vieil ennemi intime qui ne manquait jamais de lui faire remarquer sa laideur, tous les matins, lorsqu'il était bien obligé de le regarder pour se raser. Il avait développé depuis des années, l'art de ne plus vraiment se voir dans une glace. Joues, menton, lèvres… jamais ses yeux ne s'aventuraient à détailler autre chose d'un visage qu'il savait ingrat depuis toujours, et qui ne s'était pas amélioré au fil des diverses blessures infligées par les uns ou par les autres au fil des ans. Son nez, en particulier, avait été cassé tellement de fois qu'il avait depuis longtemps cessé d'en tenir le compte, et ses cheveux, saturés de vapeurs de potions étaient depuis longtemps irrécupérables.

—Putain, Severus, pour une fois que je te dis une chose un peu gentille, tu pourrais au moins me regarder vraiment, merde !

—Mais qu'est-ce que j'ai fait à Merlin pour, en plus de tout le reste, avoir hérité du miroir le plus mal embouché de Poudlard ?

Ses lèvres tressautaient malgré lui. Ses joutes verbales matinales avec le miroir avaient été, pendant la dernière année qu'il avait passée dans ses appartements, presque la seule occasion qu'il ait de parler 'normalement' de la journée, sans avoir à se surveiller en permanence. Et on aurait presque dit que l'artefact s'amusait autant que lui de ce petit rituel. Sans même y penser, il leva les yeux, et son regard rencontra son reflet dans la glace.

—Ah, ben v'la que tu as l'air d'un idiot, maintenant ! Ferme la bouche, on dirait que tu cherches à gober les mouches !

Stupéfait, il contemplait l'image d'un homme encore jeune, qui ne paraissait pas avoir dépassé la quarantaine, et dont les cheveux noirs retombaient souplement sur les épaules, débarrassés de cet aspect graisseux qu'ils trainaient depuis qu'il avait mis son premier chaudron sur le feu. Les rides de souffrance et d'inquiétude qui avaient naguère creusé ses traits, le faisant paraitre bien plus vieux que son âge avaient disparu, ainsi que les cernes noirâtres autour de ses yeux, et son nez, bien que toujours crochu, semblait avoir été arrangé au mieux. Il n'était toujours pas beau, mais à sa grande stupéfaction, il se trouvait presque… acceptable ! Et surtout, il comprenait les réactions de tous ceux qu'il avait rencontrés jusqu'ici. Tous avaient vieilli, avec plus ou moins de bonheur, lui était resté le même, pas un seul cheveu blanc ne déflorait sa chevelure de jais, et son visage était reposé, moins cadavérique. Si l'on tenait compte de la réflexion (le mot était ici doublement approprié) du miroir, il paraissait même beaucoup plus jeune qu'il ne l'avait paru depuis bien longtemps… et il en restait bouche-bée.

—Si je puis me permettre, je te l'avais bien dit ! reprit le miroir.

Severus détourna le regard de son reflet, en haussant les épaules.

—Y'a-t-il quelque chose que tu ne te sois pas permis avec moi ?

—Oh, allez, Sev ! Bon OK, c'est vrai, tu m'as manqué, là, c'est dit ! Tu as été le seul à ne pas refuser d'utiliser un vieux machin piqueté comme moi, les autres avaient tôt fait de me remplacer dès qu'ils le pouvaient. Et puis… j'aimais bien nos petits accrochages du matin, au moins toi, tu n'étais pas comme ces chochottes qui éclataient en sanglots dès que je leur disais qu'elles avaient un teint de cadavre faisandé !

—Qu'élégamment ces choses-là sont dites ! Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne pas que personne n'ait voulu te garder ? Et je croyais t'avoir déjà dit de ne pas m'appeler comme ç… les mots s'éteignirent sur ses lèvres.

Il avait commencé à se déshabiller tout en parlant, et son regard était tombé sur son avant-bras gauche, sur lequel s'étalait… Son cœur manqua un battement.

Sur lequel… Il avala difficilement sa salive.

Aurait dû s'étaler…

Il reprit sa respiration un instant bloquée, et s'appuya des deux mains au lavabo, les yeux étroitement fermés, avant de les rouvrir pour constater qu'il n'avait pas la berlue : la Marque avait disparu !

Ses veines bleutées courraient sous la peau diaphane de son avant-bras, mais l'immonde dessin n'était plus là ! Il lui fallut plusieurs minutes pour arriver à intégrer cette nouvelle donnée dans l'avalanche qui lui tombait dessus depuis le matin. Tout ça paraissait tellement fou, tellement irréel ! Il se pinça pour vérifier qu'il était bien éveillé et que tout cela n'était pas une hallucination due à son agonie. Mais il était bel et bien dans sa salle de bains à subir les railleries d'un vieux miroir défraichi, et non pas en train d'agoniser sous un buisson de la Forêt Interdite.

Après une longue douche, il s'installa dans le fauteuil près de la cheminée, dans laquelle il alluma un léger feu malgré le mois de juin bien installé. Il avait presque oublié à quel point les cachots étaient froids et humides tout au long de l'année. Il commanda un léger repas aux elfes et laissa son regard se perdre dans les flammes.

Depuis qu'il s'était réveillé, dans la forêt, à peine quelques heures plus tôt, les choses s'étaient enchaînées à un tel rythme qu'il n'avait pas vraiment eu le loisir d'y réfléchir. D'abord Hagrid, puis Minerva et Hermione… Les quelques élèves en retard pour le dîner qu'il avait croisés dans les couloirs ne pouvaient pas l'avoir connu, mais il se doutait bien que son anonymat ne tiendrait pas bien longtemps. Il ne pouvait pas indéfiniment rester cloîtré dans ses appartements. Tous les professeurs le connaissaient, et n'importe quel visiteur ou parent d'élève de sa génération avait des chances de l'avoir croisé autrefois. Cerise sur le gâteau, sa photo était maintenant en bonne place dans tous les livres d'histoire, lui avait appris Minerva, et l'aura de mystère qui entourait sa disparition avait fait naître les plus folles spéculations.

Il était plus que raisonnable de rendre son retour public, le plus rapidement possible. L'histoire devrait bien entendu en être arrangée, d'autant que pour le moment, il n'en savait lui-même pas beaucoup sur ce qui lui était arrivé… Une amnésie de dix ans dans le monde moldu... un choc, qui lui aurait rendu la mémoire… une rencontre avec un visage du passé, peut-être ? Oui, ça tenait à peu près la route… C'était en tout cas plus crédible que la vérité ! S'il réussissait à ne pas se montrer jusqu'à la sortie, il aurait deux mois pour peaufiner son histoire… et qui sait, peut-être découvrir ce qui lui était vraiment arrivé.

A tête reposée, l'histoire en question paraissait totalement incroyable, et pourtant, il était intimement persuadé qu'elle était vraie, et il était bien décidé à retrouver les souvenirs que Morgane avait effacés de sa mémoire. Il se leva, s'approchant du mur où s'ouvrait la porte de la cuisine, et d'un geste négligent, fit jouer le mécanisme qui ouvrait le passage secret menant directement à son laboratoire personnel, faisant pivoter tout un pan de la bibliothèque sur l'ouverture béante d'un couloir dérobé.

Sa réserve d'ingrédients était intacte, il prenait toujours soin de la placer sous sort de stase, lorsqu'il quittait le laboratoire. Faire des potions l'avait toujours aidé à se calmer. D'un Aguamenti distrait il remplit un chaudron d'eau pure, et le mit à chauffer pendant qu'il réunissait machinalement tout ce dont il pensait qu'il aurait besoin. Ses mains s'activaient presque toutes seules, coupant, broyant, écrasant… Une bouffée de bien-être l'envahit. Il se demandait maintenant comment il avait pu songer à partir, à quitter tout ça. C'était son univers. Il était de retour dans son élément.

Il était de retour à la maison.

TBC