Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : De retour sur cette fic cette semaine, après un petit détour, dimanche dernier, par une nouvelle annexe du « veilleur dans l'ombre ».


L'ennemi intérieur

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Le repas du soir venait de se terminer, et les participants avaient déjà commencé à se retirer. Hermione arrivait à la porte de la Grande Salle, lorsque la voix de la directrice, juste derrière elle, l'arrêta avant qu'elle ait eu le temps d'en franchir le seuil.

—Hermione ! Pouvez-vous m'accorder quelques instants en privé, s'il vous plait ?

—Bien sûr Minerva, bien que je doive vous avouer que je retrouverais mon lit avec un immense plaisir.

—Je ne vous retiendrai pas longtemps, rassurez-vous, mais nous n'avons pas eu le temps d'échanger plus de trois mots, ces derniers jours, avec les préparatifs des examens, et... hum… elle jeta un regard au groupe d'étudiants qui venaient de les dépasser « … et tout le reste... Je voulais vous demander si… Avez-vous eu des nouvelles de Monsieur Potter, récemment ? Ne pensez-vous pas que nous devrions le mettre au courant, pour... »

—J'étais à Londres, hier, j'ai déjeuné avec Ginny. Je... je ne pense pas qu'il soit opportun de lui annoncer la nouvelle en ce moment !

—Oh ! Donc, il est...

—Dans une de ses 'mauvaises périodes', oui ! Le Psychomage a abandonné le diagnostic de bipolarité, il penche de plus en plus pour... une deuxième personnalité, qui disputerait sa place au 'vrai' Harry et y réussirait, hélas, de plus en plus fréquemment.

—Merlin ! Et pensez-vous que cela puisse avoir un rapport avec...

—Personne ne peut le dire, Minerva, il semblerait que cette deuxième personnalité ait commencé à se manifester à peu près à l'époque de leur mariage. Pendant trois ans, elle ne s'est traduite que par des sautes d'humeur passagères, et des comportements un peu bizarres, mais depuis ces deux dernières années, les choses ont progressivement empiré. Ce qui est étrange, c'est que cette autre personnalité ne semble pas vraiment savoir qui elle est. Lorsqu'on l'appelle Harry alors qu'il est sous son emprise, il prétend que ce n'est pas son nom, mais il ne peut pas dire qui il est. La seule chose qui est sure c'est qu'elle est extrêmement instable et sujette à des accès de violence, et par là même très dangereuse. Pour le moment, seule Ginny arrive à la contrôler. Dans ses périodes de crises, on dirait qu'elle est la seule qu'il reconnaisse, la seule aussi qui soit capable de l'apaiser.

—Croyez-vous que ça pourrait être... après tout, Ginny avait noué un lien étroit avec Tom Jedusor au travers de son journal… Mais c'est impossible, n'est-ce pas ? Potter lui-même l'a tué, et son corps a été détruit... et puis, dans la pire des hypothèses, pourquoi ne se serait-il manifesté que cinq ans après la fin de la guerre ?

—Les choses sont complexes. Nous n'avons que le témoignage d'Harry sur ce qui s'est passé dans les limbes, comme 'preuves' qu'il ait bien été débarrassé du parasite qui était en lui. Même le portrait du professeur Dumbledore n'a pas pu confirmer son récit. Pour autant que nous en sachions, Harry a aussi bien pu tout imaginer. Lorsqu'il a disparu la première fois, Voldemort a mis dix ans avant de réapparaitre, puis encore trois avant de retrouver un corps bien à lui. Il avait séparé son âme en sept, ce qui est pratiquement inimaginable. Six Horcruxes ont effectivement été détruits, soit par nous, soit par le professeur Dumbledore. Nous pouvons donc raisonnablement imaginer que le seul morceau qui reste, s'il est hélas toujours en Harry, contrairement à ce que nous pensions jusque-là, soit tellement dégénéré qu'il ne sache effectivement plus qui il est. D'autant qu'il est le seul à ne pas avoir été créé volontairement par Voldemort. Lui-même d'ailleurs n'a jamais été conscient de son existence. Et si c'est réellement cela, personne ne peut savoir ce que contient exactement ce morceau d'âme, quels souvenirs, quelle part de lui. Bien entendu, les suppositions sur l'identité de cette personnalité ne sont connues que de vous, moi et Ginny, nous n'en avons parlé à personne d'autre.

—C'est en effet plus prudent. Je parlerai à Albus ce soir, quant à...

—Je suis d'avis de ne rien lui dire, il a assez de problèmes avec sa propre mémoire pour le moment... A supposer que ce soit vraiment lui. Comment expliquez-vous qu'en dix ans, il n'ait absolument pas changé. Il doit avoir... voyons, il avait l'âge des parents de Harry ce qui lui ferait... quarante-huit ans, maintenant, et pourtant il paraît presque plus jeune qu'à l'époque, et il prétend n'avoir passé qu'un mois à... Avalon ! Avalon, Minerva ! A supposer que la légende soit vrai et qu'Avalon ait survécu, comment aurait-il...

—Je n'ai personnellement aucun doute qu'il s'agisse bien de Severus. Je le connais depuis qu'il a onze ans ! D'autre part, si même Filius n'est jamais parvenu à en lever les défenses, personne d'autre que lui n'aurait pu pénétrer dans ses quartiers. Quant à Avalon, eh bien, j'en ai discuté avec Albus après son retour, et il se trouve que la légende en question n'en est pas vraiment une… Mais il est nécessaire de l'entretenir afin que de jeunes idiots ne se mettent pas dans un danger mortel en essayant de la découvrir. Avalon est situé dans un espace-temps différent du nôtre, une dimension parallèle si vous préférez, c'est ainsi qu'elle demeure cachée aux yeux des humains, alors que Glastonbury est, elle, bien visible. De plus, dans certains lieux de Haute Magie, le temps ne s'écoule pas de la même manière qu'ici. Si l'on tient compte de cela, son histoire est crédible, et il a toujours trente-huit ans. Son récit, aussi incroyable qu'il soit, est parfaitement lucide, et Severus a toujours été quelqu'un d'extrêmement sensé...

—Qui a été mordu presque mortellement par un serpent magique dont le venin a pu avoir n'importe quel effet que nous ignorons sur lui... Ne vous emballez-pas Minerva. Je sais que vous vous en voulez pour la manière dont vous l'avez traité, la dernière année qu'il a passée ici, et que votre plus cher désir est qu'il ait effectivement survécu. Cela expliquerait évidemment beaucoup de choses, comme l'impossibilité que vous avez à maîtriser totalement la magie du château. Au vu de ce que nous savons maintenant de ses actions pendant la bataille, il n'a jamais vraiment abandonné son poste. Et en étant vivant, il en était toujours effectivement le directeur. Vous serez vite fixée sur ce point-là, puisque vous avez décidé que la passation des pouvoirs aurait lieu après-demain. Mais vous devez regarder les choses en face. Comprenez-moi, je n'exclue pas qu'il soit bien celui qu'il prétend être et il y a plus de 99% de chances qu'il dise la vérité, mais nous devons rester très prudents.

—J'en ai bien conscience, Hermione, mais si vous saviez à quel point je me sens coupable pour tout ce qui est arrivé ! Et pas seulement la dernière année… J'y ai souvent pensé au cours de ces dix ans, lorsque je le croyais mort. J'étais son professeur, j'aurais dû remarquer, Albus aurait dû remarquer, et Horace qui était son directeur de Maison. Seule Poppy a essayé de nous alerter à l'époque sur les conditions de vie qui étaient les siennes chez ses parents, puis les premières années à Serpentard, avant que Voldemort ne commence à s'intéresser à lui… Si seulement nous n'avions pas autant été aussi aveuglés par nos préjugés, si nous n'avions pas choisi de ne pas bousculer nos petites certitudes confortables, si nous avions été plus attentifs, nous aurions pu voir qu'il n'était pas comme les autres, nous aurions pu l'aider, mais nous l'avons tous abandonné à son sort… J'ai tellement honte maintenant, quand je repense aux injustices que nous avons commises à son égard ! Personne ne mérite la vie qu'a vécue Severus Snape, et les erreurs qu'il a commises, nous en sommes autant responsables qu'il a pu l'être. Personne n'a plus que lui mérité une seconde chance, et si Avalon lui a donné cette chance, alors je ne remercierai jamais assez Morgane de l'avoir sauvé.

—Le professeur Dumbledore aussi a mentionné Morgane, mais pourquoi Morgane ? Avalon n'est-elle pas sous la protection de la Dame du Lac ?

—Si Viviane est la Gardienne du Secret de l'île, celle qui peut permettre ou interdire l'ouverture des Brumes à ceux qui connaissent le rituel, Morgane est la Dame Souveraine d'Avalon, et la plus grande guérisseuse qui ait jamais existé. Si Severus était bien dans l'état que vous nous avez décrit à l'époque, alors Albus a raison, nul autre qu'elle n'aurait effectivement pu le sauver.

...

C'était sa mère qui lui avait transmis sa passion pour les potions. Avant même son entrée à Poudlard, il connaissait par cœur tous ses anciens manuels scolaires, et pouvait en préparer une grande partie de mémoire. Il avait commencé à en créer de nouvelles lorsqu'il était encore étudiant. Il avait d'abord amélioré les recettes existantes, puis, petit à petit, il avait inventé ses propres mélanges, qu'il expérimentait dans une salle abandonnée, qu'il avait peu à peu transformée en laboratoire de fortune en 'empruntant' des fournitures à Slughorn, qui se souciait de l'exactitude de ses stocks comme de son premier chaudron d'écolier, et rendue Incartable à l'insu de tous... Qui aurait pu se douter qu'un élève de cinquième année puisse être capable de maîtriser un tel sortilège ?

Lors des épreuves finales de Maîtrise, après un apprentissage éclair de seulement deux ans, il avait laissé les examinateurs, qui ricanaient déjà de la prétention de ce gamin à se présenter devant eux sans plus de préparation, pantois, époustouflés devant les connaissances et le savoir-faire de ce tout jeune homme qui, à tout juste vingt ans était devenu non seulement le plus jeune Maître des potions de l'histoire, mais qu'ils reconnaissaient déjà comme l'un des meilleurs. La rage éprouvée, quelques mois plus tard, à l'annonce du mariage des Potter, l'avait précipité aveuglément dans les bras du démon qui allait faire un enfer du reste de sa vie. En prenant la Marque sur un stupide coup de tête, lui qui avait pourtant résisté pendant ses deux dernières années à Poudlard, aux approches des adeptes du Mage Noir, espérant pouvoir retrouver ainsi l'amitié de Lily, il avait définitivement tiré un trait sur un avenir qui s'annonçait brillant.

Les potions… c'était évidemment son emploi principal, au service de Voldemort, et de celles-là il n'était pas fier… c'était pour la grande majorité des poisons, certains destinés à tuer lentement, dans d'atroces souffrances. Même s'il était allé à l'encontre des ordres du Seigneur des Ténèbres, en créant secrètement les antidotes, qu'il fournissait à l'Ordre avant de présenter ses 'créations' au mage noir. Même s'il avait essayé de limiter les dégâts au maximum, en couplant ses préparations de sortilèges qui donnaient aux personnes qui les ingurgitaient l'apparence d'une souffrance bien plus grande que celle qu'ils éprouvaient réellement, et les tuaient bien plus rapidement qu'escompté par son Maître, abrégeant ainsi des agonies terrifiantes… ce qui lui avait valu de nombreuses punitions en retour, pour n'avoir pas su ménager un spectacle assez long aux yeux du psychopathe. Mais il savait qu'il ne pouvait pas toujours tricher, et malgré la mission dont il était investi par Dumbledore, le poids de ses remords augmentait à chaque nouveau philtre aux effets néfastes ordonné par le Mage noir.

Il avait essayé de compenser son sentiment de culpabilité en créant le plus de potions de soins possible, et en améliorant considérablement les effets de celles qui existaient déjà. D'innombrables victimes du Doloris lui devaient de ne pas avoir fini comme le couple Londubat, il avait créé pour Lupin une version de la Tue-Loup qui en décuplait les effets, et il ne désespérait pas de trouver un jour un remède à la contamination de la morsure…

Mais ce qu'il avait entrepris ces derniers jours n'avait rien à voir avec ce qu'il avait déjà pu expérimenter. Morgane n'ignorait sûrement pas ses facultés d'Occlumens, même si elle n'avait aucun moyen d'en connaitre la réelle étendue. Sans elles, il n'aurait jamais pu tromper Voldemort aussi longtemps. Elle devait savoir qu'il pourrait, du moins en partie, contrer un sort d'Oubli, et pourtant elle l'avait averti. Il en avait conclu qu'il devait y avoir autre chose, quelque chose qu'elle lui avait administré d'une autre manière, dans sa nourriture, sa boisson ou même dans l'air qu'il respirait, et dont l'administration avait certainement précédé l'avertissement. Une potion d'amnésie couplée à un Obliviate rendait habituellement le sort irréversible, mais il avait conditionné son esprit à résister au sort d'Oubli, à l'Imperium et autres sorts de Confusion, et il pouvait résister à un philtre d'amnésie ordinaire, et même au Veritaserum, auquel il était parvenu, des années auparavant, à secrètement fabriquer un antidote préventif, sur le même principe que les vaccins moldus. Même Dumbledore n'était pas au courant. S'il n'y avait ne serait-ce qu'une minuscule chance, il devait la saisir.

Il avait d'abord du déterminer la composition de la potion employée, il se doutait bien que ce n'était pas la recette de base, relativement inoffensive et totalement réversible qu'il enseignait naguère à ses étudiants. Par chance, les potions d'oubli étaient parmi celles qui mettaient le plus de temps à s'éliminer de l'organisme. Il avait donc commencé par prélever un peu de son sang, le soir-même de son retour, pour tenter de lister tous les composants de la substance qui circulait peut-être encore en lui. Cette étape avait été la plus facile, mais le résultat avait amené une grimace sur son visage, il ne souffrait aucun doute. Le philtre de Léthé était la plus puissante des potions d'amnésie, et son antidote, qui approchait de très près certaines substances moldues hautement prohibées, était extrêmement délicat à préparer et tout aussi extrêmement dangereux à administrer. Il allait devoir procéder prudemment, étape par étape, ce serait sûrement très long et il n'était même pas certain d'aboutir à un résultat satisfaisant.

Revenu dans son salon, il s'approcha de la bibliothèque d'où il tira plusieurs grimoires, avant d'aller s'assoir à son bureau. Il avait l'impression d'être revenue un m… dix ans en arrière, lorsqu'il avait entrepris ses recherches sur les Horcruxes, dans l'espoir d'essayer de débarrasser Potter du fragment d'âme que Voldemort avait abandonné en lui. A l'époque, les évènements s'étaient précipités et il n'avait pas eu le temps de terminer ses recherches. Dieu merci, on ne savait par quel miracle, le jeune homme avait survécu une deuxième fois au maléfice de Mort du Seigneur des Ténèbres et avait ainsi pu mettre fin à son 'règne'… Il n'avait aucune envie de se pencher à nouveau sur ce problème. Avec un soupir, il ouvrit le premier livre, trempa sa plume dans l'encrier et commença à prendre des notes.

TBC