Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : De retour après quelques trop courts jours de vacances )
Petite énigme : qu'est-ce qui peut se montrer pire manipulateur qu'un Serpentard… ?


Ce que femme veut…

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—Entrez, Severus, asseyez-vous. Vous prendrez bien une tasse de thé ?

Une ébauche de sourire amusé – depuis quand Severus Snape souriait-il ? – alluma une étincelle fugitive dans les yeux de l'homme en noir.

—Pendant un moment j'ai cru que vous alliez me proposer un bonbon au citron…

Minerva sourit en retour, en invoquant théière, tasses et tout ce qui était nécessaire. Elle lui désigna un des deux confortables fauteuils disposés devant la cheminée, de part et d'autre d'une table basse sur laquelle un plateau supportant le thé mais également une grande assiette de shortbread et autres biscuits au gingembre, vint docilement se poser, et prit place dans l'autre. Pendant les minutes qui suivirent, ils dégustèrent leur thé en silence, puis la directrice reposa tasse et sous-tasse sur le plateau, en le regardant d'un air soucieux.

—Comment allez-vous, Severus ? Commença-t-elle. Vous avez l'air fatigué.

Il balaya la question d'un geste désinvolte de la main.

—Un peu d'insomnie, rien de grave, je vous assure. Mais nous ne sommes pas là pour parler de ma santé, éluda-t-il. « Si vous désirez commencer tout de suite, je suis prêt à vous transmettre dès maintenant tous… »

—J'aimerais vous soumettre d'abord une proposition. Ensuite, vous déciderez de ce qu'il convient de faire.

—Je vous écoute, Minerva. Répondit-il en fronçant les sourcils. Il pressentait que cette entrée en matière n'augurerait rien d'agréable pour lui.

—Voilà maintenant dix ans que je dirige tant bien que mal cette école, mais je ne suis pas Albus Dumbledore, et le poids des ans commence à se faire sentir. D'autre part, je n'ai pas trouvé de professeur de Métamorphose pour la prochaine rentrée, et je vais donc devoir reprendre cette classe. Pour tout dire, j'ai peur de ne pas arriver à assumer les deux fonctions en parallèle… De plus, depuis votre retour, j'ai bien senti que le peu de contrôle que j'avais sur le château m'avait complètement abandonnée, il a reporté sur vous seul son allégeance pleine et entière... Et n'essayez pas de prétendre que vous ne l'avez pas remarqué. Vous savez sûrement que le conseil d'administration propose un nom, mais que c'est à lui que revient la décision finale, même si jusqu'à présent, cela n'avait jamais donné lieu à aucun conflit…

—Et donc… vous allez me demander de…

—Garder votre charge de directeur, oui, du moins pour une année. En l'état des choses, c'est que qu'il y aurait de plus simple. Bien entendu, je vous seconderai ainsi que je le faisais avec Albus, et je sais que Filius sera ravi d'être déchargé d'une partie de ses obligations !

Severus soupira en pinçant l'arête de son nez – était-il un peu moins crochu qu'avant ? – entre ses doigts.

—Je veux tourner la page, Minerva, et reprendre ce rôle, avec tous les souvenirs qui s'y attachent en ce qui me concerne, n'est peut-être pas la chose la plus appropriée pour ça… Sans compter la réaction que pourraient avoir les élèves et leurs parents, et bien entendu les autres professeurs !

—Les élèves qui étaient à Poudlard pendant la guerre ont tous terminé leurs études, et aucun n'a d'enfants en âge d'y être scolarisés. Le coupa-t-elle. « Quant aux parents… tout le monde connait maintenant la vérité en ce qui vous concerne, tous savent que vous avez été obligé de jouer un rôle cette année-là, et que sans vous, nous n'aurions eu aucune chance de l'emporter. Et je n'ose penser à ce qui aurait pu arriver aux enfants s'ils avaient été livrés à la seule autorité de monstres comme les Carrow sans personne pour les brider. Elle baissa les yeux. « Je m'en veux tellement de la manière dont je vous ai traité à l'époque... Devant l'air embarrassé de Severus, elle reprit son discours où elle l'avait laissé. « La décision finale sera bien entendu liée à leur approbation, mais je pense que les professeurs ne seront pas trop difficiles à convaincre, quant au conseil d'administration et au ministère, ils ne peuvent aller contre la volonté du château, et il vous a très clairement choisi. D'autre part… Elle hésitait visiblement à poursuivre. « Sans vouloir vous vexer, reprit-elle après un léger silence, « où irez-vous, Severus. Votre maison a été détruite par les derniers partisans de Voldemort, lorsqu'ils ont réalisé votre trahison. Et je ne connais pas l'état de votre fortune, à supposer que le Ministère n'y ait pas mis la main dessus en votre absence, mais si vous n'aviez que votre salaire de professeur… »

—J'ai disons, une… certaine aisance. Après la mort de ma mère, mon grand-père avait émis publiquement la volonté de me rétablir dans mes droits à son héritage, à la condition que je reprenne son nom. Il est mort avant que l'acte n'ait été officialisé, mais après plus de vingt ans d'imbroglios juridiques, j'ai enfin officiellement hérité des biens des Prince. Quelques jours avant la bataille, en fait. Selon la loi sorcière, les biens abandonnés ne tombent dans le domaine public qu'après cinquante ans sans revendication, et je n'ai 'disparu' que pendant dix ans… ce qui fait que j'ai un toit confortable, et assez d'argent pour ouvrir un laboratoire indépendant.

—Oh Severus ! Je suis tellement heureuse pour vous d'apprendre cette nouvelle ! Vous méritez plus que tout autre de pouvoir enfin profiter de la vie. Je sais que votre plus grand regret était de ne pas avoir pu vous consacrer à la recherche ! Mais comprenez bien, je ne vous demande pas de redevenir professeur, mais de garder votre charge directoriale pendant un an encore. Le temps que nous trouvions un autre professeur de métamorphose. Je vous demande ce service en tant qu'amie. Vous pourrez disposer de votre ancien laboratoire et de toutes les réserves de l'école, vous pourrez commander tous les ingrédients que vous désirerez et commencer ici votre activité… Je me doute que votre expérience à ce poste ne vous a pas laissé de bons souvenirs, mais cela pourrait vous aider à en construire de nouveaux… Nous avons tous besoin d'oublier, de nous reconstruire, et même si vous ne nieriez jusqu'à votre dernier souffle, je sais que vous en particulier, ne faites pas exception à la règle, professeur… Prince !

—Vous êtes une odieuse manipulatrice, Minerva, la digne élève d'Albus… Je croirais presque l'entendre ! Mais au fait, où est-il passé ce vieux fou ? J'aurais juré qu'il aurait voulu être là pour entendre cette belle tirade !

—Depuis la fin de la guerre, Albus passe ses dimanches en famille. Il est allé rendre visite à Ariana, dans son tableau chez Abelforth. Il n'est pas au courant de ma démarche, et… je ne suis pas certaine qu'il l'approuverait. Il a développé un tel sentiment de culpabilité à votre égard que je pense que sa seule préoccupation depuis votre retour est de vous protéger. Pendant toutes ces années, il s'est accroché à cette histoire de portrait comme à une bouée. 'Il n'est pas mort', me disait-il, 'il n'est pas mort ! Oh Minerva, je n'aurai pas assez de toute l'éternité pour regretter ce que je l'ai obligé à subir ! Si seulement j'étais sûr qu'il a réussi à survivre…'. Et il pleurait. Il essayait de le cacher, mais je pouvais voir les larmes au bord de ses paupières, alors je regardais ailleurs. Croyez-moi Severus, il vous aime comme un fils, et vous êtes son plus grand remords. Alors non, je ne pense pas qu'il approuverait ce que je suis en train de faire.

Il était encore en train de se traiter mentalement d'idiot en arrivant devant la porte de ses quartiers. Elle l'avait bien manipulé, elle l'avait eu aux… sentiments ! Lui ! A croire qu'ils avaient échangé leurs Maisons respectives ! Il marmonna le mot de passe, agita machinalement la main, sans même se rendre compte qu'il n'avait pas sorti sa baguette, pour lever les protections, et se figea sur place en entendant des pas pressés claquer sur les dalles du couloir derrière lui. Il se retourna, les sourcils froncés, prêt à se défouler de sa frustration sur l'intrus : aucun étudiant n'avait rien à faire dans les cachots un dimanche !

—Bonjour, professeur, belle matinée, n'est-ce pas ?

Merde ! Il n'aurait même pas la satisfaction de pouvoir enlever quelques dizaines de points, si possible à Gryffondor… Journée pourrie !

—Miss Granger ! Puis-je vous demander ce que vous faites par ici ? Il y a certainement de plus agréables promenades pour un dimanche estival que les souterrains de Poudlard.

—Je suis juste venue chercher quelques ingrédients pour Poppy, dans la réserve… Et je pourrais vous retourner la question !

—Vous pourriez… Mais il se trouve que j'habite ici, au cas où vous l'auriez oublié, ma présence y est donc tout ce qu'il y a de plus légitime.

—Je n'ai rien oublié, mais depuis votre retour, vous n'avez pratiquement pas mis le nez dehors, et à ce que je peux voir, votre état général s'en ressent.

—Taisez-vous, vous ne voyez rien. Cessez de faire votre Médicomage !

Je suis Médicomage ! Et vous avez une mine affreuse. Ecoutez, voilà ce que je vous propose, quoi que vous ayez entrepris, vous allez le laisser de côté et prendre une demi-journée de repos. Sortir prendre l'air, profiter du soleil, faire le vide… L'esprit travaille mieux lorsque le corps est reposé !

—'Mens sana in corpore sano', hein ? Je t'en ficherai, moi, des ingrédients pour Poppy… il ajouta entre ses dents une réflexion sur les Gryffondors même pas capables d'inventer une excuse crédible. « Rentrez chez vous, vous n'avez aucune autorité pour m'obliger… »

Elle posa une main hésitante sur son bras, un peu inquiète de la manière dont il recevrait le contact, elle savait qu'il n'aimait pas être touché. Il se crispa, mais se contenta de la regarder d'un air mécontent. Elle retira sa main, son œil exercé notant le relâchement immédiat, presque imperceptible, de ses épaules. Malgré le temps passé, il était toujours constamment sur la défensive. Puis elle se remémora soudain que pour lui, la guerre s'était terminée seulement un mois plus tôt. Si elle en ressentait encore le traumatisme après dix ans, alors qu'elle n'y avait été vraiment confrontée que pendant un an, que devait-il en être pour lui, qui avait affronté deux guerres et les pires horreurs pendant des années, en ne sachant jamais s'il survivrait à la minute suivante ? D'autre part, elle doutait que même dans son enfance, il ait eu l'occasion d'expérimenter beaucoup de contacts physiques autres que violents.

—Minerva s'inquiète, abdiqua-t-elle, « elle m'a demandé de garder un œil sur vous… Allez, ne faites pas votre mauvaise tête ! »

Il haussa un sourcil.

—Sinon ?

—Sinon je proclame au monde entier que vous êtes de retour, et adieu votre belle tranquillité !

—Vous n'oseriez pas…

—Vous voulez parier ?

Il considéra la jeune femme avec attention. Elle avait l'air sérieuse, et il la pensait capable de mettre sa menace à exécution. Hors, il avait besoin de tranquillité pour mener ses recherches à bien. Et puis un après-midi au soleil ne lui ferait effectivement pas de mal. Depuis son retour, il n'avait presque pas dormi, et son miroir n'avait pas manqué de souligner sans aménité les nouveaux cernes qui commençaient à souligner ses yeux. Il acquiesça finalement d'un hochement de tête, et se retournait pour entrer dans ses appartements, lorsqu'elle reprit la parole.

—Bien, je passe vous prendre après le déjeuner, alors !

Il pivota brusquement, dans un sursaut indigné.

—Comment ça, vous passez me prendre ! Je n'ai pas besoin de chaperon pour aller faire un tour dans le parc, que je sache… A moins que vous ne me fassiez pas confiance.

—En ce qui concerne votre santé... pas vraiment, non !

Elle hésita un moment, sa belle assurance semblait s'être soudainement envolée, elle parut soudain très jeune.

« Vous… vous ne voulez pas de ma présence ? Vous… vous me détestez toujours ? »

Il plissa les yeux, la scrutant un long moment avec une curiosité non feinte.

—Je ne vous ai jamais détestée, miss Granger.

—Oh ! C'était bien imité alors…

—Je suis… désolé de vous avoir donné cette impression… Venait-il… Severus Snape venait-il de lui présenter des excuses ? Stupéfaite, elle faillit louper la fin de la phrase. « Pourquoi pensiez-vous que je vous détestais ? »

—Vous étiez…vous ne m'autorisiez jamais à répondre aux questions… Vous ne m'avez jamais encouragée… vous ne m'avez jamais donné d'Optimal, pourtant j'étais une bonne élève, une des meilleures de votre classe… vous aviez l'air si… méprisant, lorsque vous m'appeliez 'miss-je-sais-tout' !

Il soupira. La pédagogie n'avait jamais été son point fort. Même si à sa décharge, il avait d'autres préoccupations - comme d'essayer d'empêcher 'l'Elu' et ses deux acolytes, de se faire tuer bêtement par des monstres ou des fous psychopathes- pendant la période où elle avait été son élève…

—Je n'avais rien à faire de réponses puisées mot à mot dans les manuels de cours. Je voulais que vous vous serviez de votre tête. Vous étiez une excellente élève, et vos notes étaient toujours très honorables, si je me souviens bien, mais j'attendais plus, de votre part, plus de réflexion personnelle, plus de… créativité. Vous en aviez le potentiel, et j'attendais que vous l'exploitiez de la bonne manière, pas en ânonnant bêtement des formules toutes faites trouvées dans des livres. Je voulais que vous vous éloigniez des sentiers battus, que vous utilisiez votre intelligence à bon escient… Mais je ne vous détestais pas, ni ne vous méprisais.

—Pourquoi ne m'avez-vous jamais expliqué cela à l'époque ?

—Je… je pensais que vous finiriez par comprendre, je suppose.

—Vous favorisiez les Serpentards…

—Je voyais plutôt ça comme… le rétablissement d'un équilibre, et en tout état de cause, je ne le faisais que pour ceux qui le méritaient… Je ne vous savais pas jalouse, Granger.

—Ce n'était pas… Je n'étais pas jalouse, je… je pensais que vous me détestiez parce que j'étais l'amie d'Harry, et je trouvais injuste que Draco ait de meilleures notes que moi.

—Je ne détestais pas Potter, fit-il dans un souffle avant de se reprendre, « et Malfoy méritait ses notes, il l'a d'ailleurs prouvé puisqu'il a pris la relève de Slughorn. Mais je comprends ce que vous essayez de dire. C'est vrai, vos résultats étaient aussi bons que les siens… mais de votre part, j'attendais plus ! »

La jeune femme leva vers lui un regard étonné.

—Serait-ce un compliment, professeur ?

Il hésita l'espace d'une seconde.

—Je suppose… qu'on peut voir les choses comme ça, mais ce n'est pas une raison pour prendre la grosse tête.

—Alors vous… vous voulez bien que je vous tienne compagnie cet après-midi ?

—Est-ce que vous me laissez le choix ?

—Pas vraiment, non, mais je préfèrerais que ce ne soit pas à contrecœur.

—Je ne comprends pas bien cette obstination à vouloir à tout prix vous gâcher une belle journée, mais si vous êtes capable de vous faire oublier, vous pouvez m'accompagner.

Il leva les yeux au ciel lorsque la très sérieuse Hermione Granger, le visage rayonnant, se mit à battre des mains comme une gamine de cinq ans.
Il passa enfin en soupirant le seuil de ses appartements. Il venait de se faire manipuler en beauté deux fois coup sur coup… Les valeurs des Maisons avaient-elles tellement changé que les Lionnes arrivent à battre aussi facilement un Serpent sur son propre domaine ? « Lionnes, peut-être », lui souffla une petite voix intérieure, « mais avant tout, femmes… »

TBC