Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Merci à tou(te)s pour vos gentilles reviews, et en particulier à Manon et Juliana à qui je ne peux pas répondre directement ;)


Summertime

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Après les examens, et l'agitation qui précédait toujours le départ des élèves pour les vacances d'été, un calme proche de l'inertie s'était abattu sur le château. La plupart professeurs se préparaient eux-aussi à quitter les lieux, et dans quelques jours, Hermione s'envolerait pour l'Australie (elle détestait encore plus le Transplanage longue distance que les longues heures d'avion). Ses bagages étaient terminés, et elle avait prévu de faire un saut au Square Grimmaurd le lendemain afin de confier Pattenrond à Ginny, comme chaque année. Miss Teigne avait toujours catégoriquement refusé de mettre une patte hors de Poudlard, mais Hermione savait qu'elle pouvait compter sur Hagrid ou les Elfes de Maison afin qu'elle ne manque de rien en son absence.

Le lendemain de la sortie, Minerva, Hermione et Severus avaient passé un après-midi agité enfermés dans le bureau du Ministre de la Magie. Kingsley Shacklebolt, qui occupait le poste depuis la fin de la guerre, avait été mis au courant de la vérité, sous le sceau du secret, et ils avaient élaboré ensemble les détails de l'histoire qui serait servie au grand public. La révélation du retour de Severus Snape, qui était maintenant officiellement Lord Prince, avait fait l'objet d'un article dans le Chicaneur, écrit par Luna Lovegood, qui précisait bien que le Maître des potions n'accepterait aucune autre interview et qu'il était la seule source d'informations valable concernant le sujet. La Gazette du Sorcier avait bien entendu pondu ses habituelles élucubrations romantiques auxquelles plus personne ne faisait vraiment attention, et au bout de quelques jours, la tension médiatique avait fini par retomber. Le principal intéressé restant à l'écart du public, comme il l'avait toujours fait, les langues finirent par se calmer elles-aussi.

La réapparition du Maître des potions avait déclenché des réactions mitigées chez le personnel. Ceux qui avaient été sous ses ordres pendant l'année de son directorat, même s'ils avaient depuis appris, et admis, les motivations de ses actes étaient les plus réservés. Chez les plus jeunes, Draco l'avait accueilli avec un enthousiasme qui n'avait été égalé que par la méfiance de Neville qui gardait un souvenir épouvanté de ses années d'études avec lui. La fable de l'amnésie post-traumatique, après un Transplanage approximatif dû à son état, qui l'aurait fait atterrir dans le monde Moldu, malgré quelques incohérences et approximations, sur la manière dont il avait été soigné par exemple, et du choc de sa rencontre avec l'une de ses anciennes élèves, Hermione en l'occurrence, au détour d'une rue londonienne, qui lui avait rendu la mémoire, était relativement bien passée. De toute façon, il refusait catégoriquement de parler de cette période de sa vie, et personne n'aurait osé aborder la question avec lui, au vu de l'air qu'il affichait dès qu'on approchait ne serait-ce un tant soit peu du sujet.

Lorsque Minerva les avait réunis pour leur annoncer sa décision de se retirer en sa faveur pour l'année suivante, révélant par la même occasion que depuis toutes ces années il n'avait jamais cessé d'être de fait le véritable directeur de Poudlard, un long silence pesant s'était abattu sur la salle des professeurs, avant que Filius Flitwick ne prenne enfin la parole pour lui présenter ses félicitations. Le professeur de sortilèges avait été un de ses principaux opposants pendant la guerre, et son approbation entraîna celle des autres. Dix ans plus tôt, le portrait de Dumbledore avait demandé à ce qu'ils soient tous réunis, en présence du nouveau Ministre de la Magie, dans le bureau directorial et leur avait lui-même exposé, flacon de souvenirs à l'appui (les siens, pas ceux que Severus avait confiés à Harry), le rôle du professeur, le lavant de toute accusation, et confirmant ainsi les dires de Harry Potter. A la suite de quoi, aucune accusation par contumace n'avait été lancée contre lui, et il avait reçu le statut de héros de guerre, au même titre que tous les autres membres de l'Ordre du Phénix.

Severus avait surpris tout le monde en leur présentant de brèves excuses pour son comportement d'alors. Elles auraient paru assez froides, à vrai dire, venant de tout autre que lui, mais tous le connaissaient assez bien pour savoir que de sa part, c'était déjà énorme. Minerva leur avait aussi annoncé que Nymphadora Tonks-Lupin avait accepté le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal, et aménagerait elle-aussi à Poudlard, avec son fils, bien que celui-ci ne doive y entamer sa scolarité que l'année suivante. Harry, qui était le parrain du petit Ted, avait pris son rôle très à cœur après la mort de Remus, et Tonks et son fils faisaient de fréquentes visites au Square Grimmaurd. Hermione appréciait la jeune femme, qu'elle n'avait pas vraiment connue avant la guerre, mais avec qui elle avait sympathisé au cours des dix dernières années, et elle était heureuse de savoir qu'elle aurait au moins une collègue féminine qui ne serait pas beaucoup plus âgée qu'elle.

La salle des professeurs se vidait peu à peu, mais contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, Severus s'attardait sur son fauteuil. Il avait les yeux perdus dans le vague, et ne paraissait pas s'être aperçu que presque tout le monde avait quitté la pièce. Après une légère hésitation, Hermione s'approcha de lui, sans pour autant qu'il réagisse à sa présence.

En s'approchant du fauteuil, elle s'était surprise en passer en mode professionnel. Elle s'attarda sur les cernes sombres qui soulignaient de nouveau ses yeux, la pâleur inquiétante, même pour lui, les cheveux collés, pendant mollement le long d'un visage plus émacié à chaque fois qu'elle le voyait. Elle fronça les sourcils en constatant l'état de ses vêtements, lui, toujours si soigné, si méticuleux, sous sa robe de sorcier passée à la hâte pour la réunion. Le Récurvite qu'il s'était manifestement jeté à la hâte, ne dissimulait ni les faux-plis, ni les poches que formaient son pantalon aux genoux. Depuis combien de temps ne s'était-il pas changé, n'avait-il pas dormi… mangé correctement ? Elle savait qu'il passait presque tout son temps enfermé dans son laboratoire, depuis l'après-midi de repos qu'elle l'avait obligé à prendre quelques semaines plus tôt. Depuis sa réapparition officielle, les rares fois où elle l'avait rencontré, avaient été lors de ses très rares apparitions aux repas, et elle n'avait pas réussi à renouveler son 'exploit'.

Mais il y avait pire que son état physique. Il avait l'air étrangement absent. Ailleurs. Il se dégageait de lui une telle impression de tristesse et de résignation, qu'elle en eut mal pour lui, et elle comprit qu'il était perdu dans le souvenir de la dernière année de la guerre, et à quel point accepter de réendosser la fonction qui avait alors été la sienne devait lui avoir coûté. Elle ressentit une brusque bouffée de colère contre Minerva. Pourquoi cet homme devait-il encore et toujours se sacrifier au bien-être des autres ? Pourquoi acceptait-il cela ?

Elle n'avait pas passé cette année-là à Poudlard, mais elle en avait beaucoup parlé avec Luna, Ginny et Neville. Etrangement, au fur et à mesure des discussions, leur opinion sur le professeur, presqu'unanimement (Luna avait toujours été relativement mesurée dans son jugement sur lui) vilipendé au début, avait évolué d'elle-même au fil du temps. Peu à peu, avec le recul, ils avaient pris conscience de ce que l'homme avait dû faire dans l'ombre pour les protéger. Ils avaient fini par admettre qu'il avait toujours interdit tout châtiment corporel et tout impardonnable sur les élèves, et que lorsque les Carrow étaient parfois passé outre, il s'était, dans la mesure du possible, toujours arrangé pour intervenir avant que les choses n'aillent trop loin.

Bien sûr, la discipline qu'il avait instaurée alors, avait été d'une rigidité de fer, digne d'un camp disciplinaire, afin de limiter au maximum tout débordement, et donc, avaient-ils maintenant compris, toute velléité de punitions par les Carrow. Cela rendait les conditions de vie et de travail très dures, surtout pour les plus jeunes. Mais, en partie grâce à ça, tous les élèves en étaient sortis indemnes, et finalement sans traumatisme majeur. La plupart avaient été évacués avant la bataille et n'avaient éprouvé aucunes réticences à revenir à Poudlard.

Elle se détourna, ne voulant pas le déranger, mais le cœur étrangement serré. Ce qu'elle avait surpris était à la fois tellement semblable tout en étant certainement tellement bien pire, à ce qu'elle-même vivait qu'elle en avait presque envie…

Envie de quoi ? Lui parler, lui exprimer sa compréhension ? Sa compassion ? 'Réveille-toi, Hermione, c'est de Severus Snape dont il est question, là ! Même si tu essayais, il ne te laisserait pas dire plus de trois mots !' Elle s'apprêtait à quitter elle-aussi la pièce, lorsqu'une voix grave aux accents traînants la retint.

—Vous désirez me parler, miss Granger ?

Elle se retourna vers lui, évitant de croiser son regard inquisiteur.

—N-non, pas vraiment. En fait… je pars demain, et je voulais juste vous dire au-revoir, mais… vous étiez plongé dans vos pensées… Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger.

—Eh bien, au-revoir, j'espère que vous passerez de bonnes vacances.

—Merci professeur, je…

—Severus !

—Je vous demande pardon ?

—Je ne suis plus votre professeur, miss Granger, nous sommes collègues de travail maintenant, vous pouvez m'appeler par mon nom.

—Oh ! Oui. Oui, bien sûr… Merci, prof-Severus, et… vous connaissez mon prénom. Et… et je vous souhaite aussi de bonnes vacances.

—Eh bien… elles ne pourront pas être pires que les dernières, je suppose… Autre chose ? Ajouta-t-il en voyant qu'elle ne bougeait pas.

—Non, je… Et puis si ! se lança-t-elle après une légère hésitation, en plantant cette fois son regard dans les orbes d'onyx de l'homme. « Je ne sais pas ce que vous fabriquez, mais il est évident que vous êtes épuisé. Je sais que vous allez me dire que ça ne me regarde pas, mais… »

—Manifestement… vous me connaissez bien, aussi je vous demanderai de ne pas insister.

—Je suis Médicomage, je refuse de voir quelqu'un se suicider sous mon nez sans réagir ! Même si pour cela je dois renoncer à mes vacances !

—Comme c'est touchant ! Railla-t-il, « Mais vous n'aurez pas à en arriver là, rassurez-vous. La phase délicate de la préparation sur laquelle je travaille touche à sa fin. Je peux vous assurer que les seules choses que je vais faire en sortant de cette pièce, sont prendre une longue douche et retrouver mon lit, et cela pour autant de temps qu'il le faudra… Vous pouvez partir tranquille, selon toute vraisemblance, je serai toujours vivant à votre retour. Cela vous satisfait-il… docteur ? »

—Vous… Je suis désolée de m'être emportée, mais vous avez l'air tellement… Merde, Severus, ce n'était pas la peine de survivre à l'autre psychopathe pour recommencer à vous tuer à la tâche à peine rétabli ! Contrairement à ce que vous pouvez penser, il y a des personnes qui se soucient de vous ici !

A la grande surprise de la jeune femme, il ne répliqua pas par une de ses réparties acerbes, mais se contenta de la regarder avec une nuance d'étonnement au fond de ses prunelles sombres.

—C'est ce que j'avais cru remarquer, même si je continue à me demander pourquoi. Mais comme vous l'avez si bien dit vous-même, ce que je fais de ma vie ne vous regarde pas. Répondit-il calmement. « Au revoir… Hermione. » Mit-il fin à la conversation.

Les poings serrés, c'est à grand peine qu'elle se retint de taper du pied de frustration, avant de se retourner et de sortir d'un pas rageur, sous le regard songeur du Maître des potions.

Une fois tout le monde parti, Severus s'autorisa à pousser un long soupir de soulagement. Ca s'était mieux passé qu'il ne l'aurait pensé. Les années écoulées avaient permis à chacun de faire la part des choses et de remiser les ressentiments. Ses collègues étaient des personnes sensées et intelligentes, restait à savoir comment l'annonce de son nouveau directorat serait reçue auprès du public. Il avait été convenu avec Shacklebolt qu'elle serait faite par voie de presse dans le courant du mois d'août par un simple entrefilet en page intérieure, sous son nouveau nom, sans photo ni commentaire. Il se demandait encore comment il avait pu se laisser aussi facilement piéger par Minerva, et bien qu'il se soit toujours senti plus chez lui à Poudlard que n'importe où ailleurs, il avait bien l'intention de 'rendre son tablier' à la fin de l'année scolaire.

Avant de regagner ses quartiers, il fit un détour par son laboratoire, où trois chaudrons bouillonnaient depuis plusieurs jours sans discontinuer. Après avoir vérifié que les différentes mixtures qui allaient bientôt fusionner en une unique potion, étaient parvenues à leur niveau optimal. Il éteignit le feu sous les trois récipients et les plaça sous stase, avant d'emprunter le passage qui menait directement à ses appartements.

Il était épuisé, Il avait passé les derniers jours debout au pied de ses fourneaux, s'occupant des trois chaudrons simultanément, coupant, broyant, mélangeant, surveillant sans répit température et durée d'ébullition, en ne s'accordant quelques minutes de sommeil qu'a de très rares intervalles. Il n'avait pas menti à Hermione, il allait devoir s'accorder plusieurs heures de sommeil réparateur avant d'entamer la dernière partie de la préparation. Il était indispensable qu'il aborde cette phase, la plus minutieuse, qui nécessitait une précision et une attention de tous les moments, avec un esprit clair et parfaitement reposé. A ce stade-là, la moindre minuscule erreur, la moindre maladresse, pouvait au mieux tout faire louper, au pire… il préférait ne pas y penser.

Au moins, il serait tranquille, seuls resteraient au château Hagrid et le couple de concierges, qui avaient reçu pour consigne de ne le déranger sous aucun prétexte.

Il commanda un en-cas aux Elfes de Maison, et entra dans la salle de bains où sans daigner répondre aux réflexions sarcastiques de son miroir sur son aspect lamentable, il s'attarda pendant longtemps sous la douche, avant de regagner le salon où il se força à grignoter quelques bouchées avant de sentir ses yeux se fermer tous seuls. Granger n'avait peut-être pas tout à fait tort, après tout, il avait survécu à Voldemort, risquer sa vie uniquement pour avoir la satisfaction de savoir de quelle manière n'était peut-être pas la chose la plus intelligente qu'il ait entreprise… mais maintenant qu'il avait commencé, autant aller jusqu'au bout. Il n'eut pas le courage de se lever pour rejoindre sa chambre A moitié endormi, il eut juste le temps de marmonner un sort pour transformer le sofa en lit avant de sombrer dans les bras de Morphée.

TBC