Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Merci à tou(te)s pour vos gentilles reviews. Merci à Manon et Juliana à qui je ne peux pas répondre directement. Merci aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Bad trip

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Après un brassage long, délicat et minutieux, et de nombreuses concentrations et décantations, la potion était enfin prête. Des trois chaudrons initiaux, il ne restait plus qu'un tout petit flacon, rempli d'un liquide d'un bleu opalescent. Il hésita un instant, contemplant les reflets nacrés de son œuvre, presqu'étonné d'avoir réussi à obtenir un résultat aussi parfait. Il réalisait maintenant que s'être lancé dans une telle entreprise tout seul relevait de la pure inconscience.

Ce qu'il s'apprêtait à faire maintenant était peut-être encore plus dangereux, peut-être aurait-il mieux valu que quelqu'un soit avec lui, au cas où… Il haussa les épaules, au fil des années, il avait habitué son organisme à un nombre incalculable de drogues et de poisons… de toute façon, le château était pratiquement désert en cette fin de mois de juillet, et ce n'étaient certainement pas ceux qui y restaient qui auraient pu lui prêter la moindre assistance en cas de problème. Ce n'était pas la première potion dangereuse qu'il expérimentait sur lui, et à moins qu'elle ne lui soit fatale, ce ne serait certainement pas la dernière non plus, et il l'avait toujours fait seul. Il ignora délibérément la petite voix dans sa tête qui lui susurrait 'oui mais tu n'avais pas le choix, alors ! Maintenant c'est différent', et s'allongea sur son lit, avant de porter la fiole à sa bouche et d'en avaler d'un trait le contenu…

… Il avait la sensation d'un étrange dédoublement, il avait toujours la vague sensation de son corps, allongé sur le lit, mais dans le même temps, son esprit, affranchi de son enveloppe charnelle, flottait librement dans la chambre. Il pouvait se voir, ou plutôt se ressentir, tout en ayant conscience qu'ils étaient encore rattachés l'un à l'autre, mais qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que son esprit se libère complètement. Tous ses sens étaient exacerbés, il pouvait ressentir la moindre particule d'air autour de lui, le crissement des pattes d'une araignée tissant sa toile dans un coin, le goût légèrement terreux de la potion, imprégnant chaque parcelle de son palais et même l'odeur des algues qui tapissaient le fond du lac, de l'autre côté des murailles. C'était comme de toucher du doigt l'essence même de l'infini.

Maintenant qu'il était délivré des limites de son corps, il s'aperçut qu'il pouvait 'voir', avec une clarté stupéfiante, dans toutes les directions. Sa vie entière s'étalait sous ses 'yeux', avec une acuité douloureuse. Il pressentit que s'il l'avait voulu, il aurait pu en appréhender toutes les 'dimensions', voir toutes les possibilités, et toutes les conséquences de chaque choix qu'il avait pu ou qu'il pourrait faire. Le passé, le présent, et peut-être même l'avenir… tout était là, à portée de main, c'était atrocement tentant, c'était incommensurablement effrayant, c'était terriblement grisant... Au prix d'un énorme effort de volonté, il eut cependant la sagesse de s'arracher à la fascination qui menaçait de l'engloutir et d'écouter la voix de sa raison qui criait au danger. Plonger dans de tels méandres ne pouvait que conduire inévitablement celui qui s'y aventurerait à la folie.

Il se concentra sur ses derniers souvenirs de la bataille. Il hurla en sentant à nouveau les crocs de Nagini s'enfoncer dans sa gorge, il eut de la peine à reconnaitre les trois adolescents qui se penchaient sur lui au travers d'un brouillard de souffrance indicible, il se vit, couvert de boue et de sang, à bout de résistance, en train de se traîner sous un buisson, indifférent aux épines qui déchiraient sa peau et ses vêtements, il plongea de nouveau dans le regard de la licorne, il revécut le sentiment d'abandon, la peur, le froid, puis il ne sentit plus rien, Le sol avait disparu, il se sentait tomber dans un gouffre sans fond...

Il ouvrit les yeux sur la nuit. Tout était noir autour de lui, l'obscurité l'enveloppait comme un cocon, presque palpable. Il aurait tout aussi bien pu être aveugle… d'ailleurs peut-être l'était-il ? Aucun bruit ne venait troubler le silence qui l'entourait. Il n'était plus dans la forêt, il ne sentait plus l'odeur entêtante de l'humus, la dernière sensation qu'il avait emportée avec lui dans son inconscience. Pendant un instant, il se demanda s'il était mort, mais la douleur qui transperçait son corps le persuada du contraire… cela aurait été vraiment trop injuste que la mort soit aussi douloureuse que la vie !

Laborieusement, comme un puzzle qui s'assemble, les souvenirs se remirent en place.

Nagini.

La brûlure atroce du poison, tel un acide qui se répandait dans ses veines… Potter penché sur lui…

Les yeux de Lily.

Le néant.

Il porta lentement une main à son cou, et ce simple geste lui arracha un gémissement pathétique. Les blessures causées par les crocs du serpent étaient totalement refermées et paraissaient en bonne voie de cicatrisation. Quelqu'un l'avait trouvé. Quelqu'un l'avait soigné, et il gisait très certainement au fond d'un cachot. Si le Seigneur des Ténèbres avait été vainqueur, il serait certainement déjà mort, à moins qu'on ne l'ait gardé en vie pour mieux le torturer, mais personne n'aurait de toute façon pris la peine de le soigner. Potter avait dû réussir à terrasser le monstre. Non pas que ça changerait quelque chose à son destin, mais ça voudrait dire qu'il avait réussi à accomplir sa mission jusqu'au bout, qu'il était parvenu à lui transmettre tout ce dont il avait besoin pour terminer sa tâche. Il se laissa aller sur sa couche, tout était bien, il avait toujours su, de toute façon, que sa destinée…

Il se redressa d'un coup, entrainant la rébellion de son corps, qui lui arracha un nouveau gémissement douloureux. Quelque chose ne cadrait pas. Qui avait déjà vu un cachot équipé de lits douillets et de couvertures moelleuses ? Un cachot qui ne suintait pas le froid et l'humidité ? Un cachot qui ne gardait pas entre ses murs le souvenir de la souffrance et de la terreur de ceux qui y avaient été emprisonnés avant? Un cachot où l'on n'entendait résonner aucun bruit, aucun cri, aucune plainte. Qui ne dégageait nulle odeur de moisissure, de sang, de déjections... de mort ?

Il n'était pas devenu sourd, il avait bien entendu son propre gémissement, tout à l'heure… c'était comme si un sort avait été jeté afin de permettre à l'occupant de la pièce de se reposer sans être dérangé par les bruits extérieurs. Il porta instinctivement sa main à sa manche gauche, constatant au passage qu'il n'était vêtu que d'une chemise, mais sa baguette n'était pas à sa place. L'avait-t-il perdue dans sa fuite ? L'a lui avait-t-on prise ? Soudain un léger bruit retentit dans la pièce, il reconnut le bruit caractéristique d'un Transplanage.

« Lumos ! »

Il cilla, aveuglé par la lumière vive qui trouait soudain l'obscurité. Des papillons noirs dansaient devant ses yeux, mais il était heureux de constater qu'il n'était pas aveugle non plus. La personne qui venait d'arriver, une femme à en croire la voix, avait pu Transplaner, il n'était donc pas à Poudlard. Puisqu'il était toujours vivant, il en était donc toujours officiellement le directeur en exercice, et le pouvoir d'abaisser les protections du château était toujours entre ses mains. Or, il n'avait jamais annulé le périmètre anti-Transplanage. Pendant son court raisonnement, la femme avait levé une main vers le mur. Une fenêtre apparut, et le jour entra à flots dans la pièce... la chambre.

Elle se retourna vers lui.

Elle était d'une beauté au-delà du réel, nimbée par le halo de lumière qui tombait de la croisée. Ses longs cheveux d'un riche châtain foncé frôlaient sa taille ceinte d'une fine ceinture d'argent, elle était vêtue d'une longue robe de velours grenat aux manches évasées, gansée d'un motif de lierre brodé de vert sombre et d'argent. Lorsqu'elle parla, ce fut d'une voix envoutante, au charme dangereux.

Je suis heureuse de vous voir enfin réveillé ! Vous avez été inconscient pendant trois jours. J'avais lié la durée sort de Sommeil Profond à celle que prendrait l'élimination du poison par votre corps. Si vous étiez resté conscient, la douleur aurait été insupportable. Vous avez frôlé le Voile de très près, Severus Snape, vous aviez perdu énormément de sang, lorsque nous vous avons enfin retrouvé. Je ne pouvais pas vous donner de potion de régénération sanguine tant que le venin du serpent empoisonnait encore votre organisme, malgré l'antidote qui le jugulait. Je pense que vous irez très rapidement beaucoup mieux, désormais.

Qui… ? Où… ?

La femme émit un petit rire moqueur.

Je suis désolée d'avoir manqué à mes devoirs d'hôtesse, mais lorsque mon serviteur vous a amené à moi, vous n'étiez pas en état pour les mondanités. Je me nomme Morgen, Dame Souveraine d'Avalon, et vous êtes ici en ma demeure.

Aval… ? Morgane ? Je…

C'est en effet ainsi que vous me nommez, 'Magicienne aux pouvoirs inégalés, experte en l'art de guérir des maux partout ailleurs regardés comme incurables'. Et oui, certaines légendes sont vraies, n'en déplaise à votre esprit rationnel ! Une de mes sœurs vous a trouvé, au soir de la grande bataille, et vous a amené à moi afin que je vous guérisse.

La... la licorne.

Vous avez l'esprit vif, mon ami. La licorne, oui. Mes sœurs et moi avons le pouvoir de nous transformer en n'importe quel animal, contrairement aux simples Animagi. Nous avons conservé le secret de pouvoirs ancestraux qui ont depuis longtemps étés oubliés du reste de notre peuple.

Pourquoi m'avoir sauvé? Savez-vous qui je suis, ce que je suis ? Savez-vous de qui je porte la Marque ?

Je sais beaucoup de choses, Severus Snape, des choses que nuls autres ne savent, et même des choses qui ne sont pas encore arrivées. J'ai toujours su ce que vous étiez, et ce que vous faisiez, et le Garçon l'a aussi révélé au monde maintenant. Lorsque vous reviendrez chez vous, vous serez honoré tel un héros.

Il se rembrunit.

Je n'ai jamais voulu être un héros. Je n'ai jamais pensé que je pourrais survivre à cette guerre.

Pourquoi avoir absorbé le contrepoison, alors ?

Je l'avais élaboré pour Arthur Weasley. Je ne savais même pas ce qu'il donnerait à titre préventif, je ne l'ai pris qu'à titre de précaution, pour me donner le temps d'achever ma mission, au cas où... . Mais je savais que j'étais condamné des deux côtés, et j'étais certain que tôt ou tard je recevrais un sort de mort. Je n'ai jamais espéré rien d'autre… Je ne mérite rien d'autre !

Je sais que vous êtes sincère, Severus. Votre bravoure et votre loyauté vous honorent. En d'autres temps, vous auriez eu votre place dans le cercle de Merlin, ou parmi les chevaliers d'Arthur.

Soudain, il réalisa une chose, et un fol espoir envahit son cœur. Ce fantôme-là, il n'aurait pas pu le supporter.

Vous… vous avez parlé du garçon. Harry Potter est vivant ?

Il a survécu, oui, et les Ténèbres ont été vaincues.

Que voulez-vous de moi ?

Le regard de Morgane se voila de compassion. Cet homme ne pouvait concevoir qu'on s'intéresse à lui autrement que pour l'exploiter...

Je ne veux rien de vous. Vous êtes désormais libre, mon ami, vous avez assez longtemps été asservi. C'est grâce à vous, que notre monde a pu vaincre les Ténèbres. Je ne voulais simplement pas que vous mourriez, vous ne méritiez pas cette dernière injustice, c'est pourquoi j'ai supplié la Déesse de m'autoriser à vous soigner et envoyé mes sœurs à votre recherche. J'étais la seule à pouvoir vous sauver. Elle laissa passer un instant de silence. « Nous nous ressemblons beaucoup par certains côtés, je connais des sortilèges d'une puissance inégalable, je connais le secret des plantes et des potions, et j'ai moi aussi souvent été mal jugée, autant par mes pairs que par ceux que vous appelez les Moldus. Vous êtes un sorcier puissant et un homme précieux, Severus, la vie ne vous a pas épargné, et vous avez gagné le droit de connaitre une autre chance. Je ne suis pas votre ennemie, je ne vous demanderai rien, et vous pourrez partir aussitôt que vous serez rétabli. En attendant, je serai heureuse de vous offrir l'hospitalité et de vous faire partager certains de mes savoirs. Lorsque vous partirez d'ici, vos pouvoirs surpasseront même ceux de vos anciens maîtres. »

Ma baguette…

Est sur cette table. Mais ici, vous n'en aurez pas besoin.

Elle se retourna vers la petite table, sur laquelle apparurent un verre de cristal finement ciselé, une carafe et plusieurs fioles de potions. Elle versa de l'eau dans le verre, et y ajouta quelques gouttes de chaque fiole.

Vos blessures sont en bonne voie de guérison, affirma-t-elle en lui tendant le verre. « Et votre antidote a réussi à assez retarder l'effet du poison distillé par le venin du serpent, pour que je puisse vous en débarrasser totalement. Ceci finira de régénérer votre sang, apaisera la douleur et vous redonnera des forces. Lorsque vous vous sentirez assez bien, vous pourrez vous lever. Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin derrière cette porte. Si vous voulez autre chose ou si vous désirez me voir, il vous suffit de frapper dans vos mains pour appeler un serviteur. Reposez-vous maintenant, je reviendrai vous voir ce soir.

Avant qu'il ait pu lui poser une seule des questions qui se bousculaient dans sa tête, elle avait disparu. Il n'hésita pas un instant avant d'avaler le contenu du verre, avant de se laisser de nouveau aller sur les coussins. Il ne se souvenait pas d'avoir jamais été aussi reposé de toute sa vie. Peu à peu, la douleur s'estompait, et une douce torpeur l'envahissait. Il ferma les yeux et s'autorisa enfin à lâcher prise…

Il flottait dans une lumière pâle, semblable à une espérance d'aube. Il prit soudain conscience de la faible lueur vacillante qui pulsait aux limites de sa vision, et il comprit que c'étaient les battements de son cœur qu'il percevait. Une part de lui savait qu'il ne devait en aucun cas perdre la connexion avec la réalité de son corps, qui était maintenant en train de convulser sous son regard détaché.

Trop détaché…

Son instinct lui fit comprendre qu'il devait à tout prix se ressaisir. Lentement, laborieusement, il focalisa toute sa volonté sur le mince filament semblable à un filet de fumée diaphane qui le reliait encore à son enveloppe charnelle et commença à progresser vers la forme maintenant parfaitement immobile et pâle comme la mort qui gisait sur les draps. Il ressentit comme une décharge électrique au moment de la connexion.

Il inspira brusquement, inhalant une grande goulée d'air qui lui brûla les poumons. Une douleur sourde vrillait ses tempes, il n'eut que le temps de rouler sur lui-même et vomit sur le plancher. Il eut un instant de flottement avant de reconnaitre la chambre de ses appartements, à Poudlard. La mémoire lui revint avec sa lucidité retrouvée. La potion ! Il se souleva sur un coude avec un gémissement. Ça avait marché ! Oh bien sûr, ce n'était qu'un début, il ne s'était pas souvenu de tout, ce qu'il avait vu n'avait fait que lui confirmer ce dont il se doutait déjà, mais ça avait fonctionné, et bientôt, il retrouverait tous ses souvenirs, il en était certain ! Un vertige l'obligea à se recoucher. Il ferma les yeux, repoussant la nausée et se concentrant sur ses sensations, étudiant les effets secondaires de la potion, analysant déjà les modifications qu'il faudrait y apporter… Il grimaça au souvenir dérangeant de son indifférence face au sort de son corps abandonné… La prochaine fois, si toutefois il se résolvait à retenter l'expérience, il serait peut-être plus sage de ne pas être seul au moment d'entamer le voyage…

TBC