Ce chapitre entend s'intéresser à la perception que les vulcains peuvent avoir de l'amour et des passions humaines.

Un épisode est particulièrement éclairant pour aborder ce sujet.

Dans Metamosphosis, notre trio favori s'échoue sur une planète où demeure Cochrane, un scientifique célèbre qui s'est lui aussi échoué là mais qui est disparu depuis 150 ans. Cochrane doit cette longévité à son «Compagnon», une entité immatérielle avec laquelle il communique. Les voyant interagir ensemble, les trois visiteurs en viennent à se dire que leur compagnonnage ressemble plutôt à une relation amoureuse et finissent par le lui faire remarquer.

«Mccoy – Vous n'êtes pas son animal de compagnie, vous êtes son amant.

Cochrane – Je suis quoi?

Spock – Elle adopte une attitude différente avec vous. Son apparence est plus douce, sa voix plus agréable, plus mélodique. Je ne comprend pas entièrement cette émotion mais elle existe. Le Compagnon vous aime.

Cochrane – C'est répugnant!

Spock – Votre réaction est hautement illogique. Votre relation avec le Compagnon dure depuis 150 ans, est émotionnellement satisfaisante, tout à fait pratique et inoffensive. N'a t-elle pas été bénéfique ?

Cochrane – Est-ce là ce qu'est devenu le futur ? Des hommes sans aucun sens moral et sans décence ? Je suis peut-être vieux de 150 ans mais je refuse de servir d'amant à un monstre totalement inhumain !

Il sort en laissant Spock étonné.

Spock – Fascinant. Une réaction totalement intolérante.»

Ce passage met en lumière plusieurs points intéressants.

Premièrement, Spock est capable de reconnaître une émotion amoureuse même si selon ses dires, il ne la comprend pas entièrement (I do not totally understand the emotion). D'autre part, il ne reconnaît pas l'amour de façon intuitive comme Kirk et Mccoy mais à certains signes typiques de l'état amoureux. Posture, intonation, etc ...

Lorsque Cochrane s'insurge, il n'en voit pas la logique et lui fait remarquer les points positifs de cette relation qu'il qualifie «d'émotionnellement satisfaisante». Spock comprend donc que la satisfaction émotionnelle est importante pour les humains et il est capable de faire la différence entre une relation satisfaisante, d'une autre qui ne le serait pas.

En résumé, Spock reconnaît les relations amoureuse humaine à certains signes et les considère bénéfiques entre autre parce qu'elles permettent une satisfaction émotionnelle.

Autre aspect intéressant, il perçoit la réaction de Cochrane comme étant de l'intolérance. Je ne crois pas qu'un humain userait de ce terme. Nous regarderions la situation d'un point de vue plus sensible. On supposerait que Cochrane se ment à lui-même et refuse de voir la réalité parce qu'il a peur de ses sentiments. Spock lui, ignore l'aspect sentimental et ne perçoit que la suite de causes et d'effets : Malgré que la relation soit bénéfique, Cochrane n'a aucunement l'intention de la tolérer et ce, même s'il est plongé dedans depuis 150 ans. Vu comme ça, il est vrai que c'est tout de même fascinant.

Ici, nous voyons donc que Spock a une compréhension principalement rationnelle des relations amoureuses. Il en saisit les tenants et aboutissants et peut remarquer qu'une telle relation se révèle pratique et même bénéfique. Il la voit sous un aspect de cause à effet ce qui rend plutôt surprenant sa compréhension du principe de satisfaction émotionnelle. Un aspect subtilement humain qu'un vulcain normal pourrait avoir quelque difficulté à saisir. Nous pouvons évidemment supposer que cette clairvoyance lui vient de son héritage humain.

Un dernier passage a retenu mon attention. Suite à cette discussion, le Compagnon prendra un corps de jeune femme et Cochrane perdra aussitôt ses réserves amoureuses. Alors qu'ils sont prêts à partir, il annoncera qu'il préfère rester avec elle.

«Cochrane : Je ne peux pas la quitter, je l'aime. Est-ce surprenant?

Spock : Non. Pas de la part d'un être humain. Après tout, vous êtes essentiellement irrationnels.»

Ici, Spock parle de la décision de Cochrane de ne pas repartir avec eux. Cochrane est un scientifique exceptionnel. Il pourrait reprendre ses recherches en faisant un bond de 150 ans, voir de ses yeux l'évolution de sa découverte cruciale et apporter encore beaucoup à la science. Pourtant il choisit de rester avec le Compagnon qui n'a que lui-même à offrir. Pour un vulcain, difficile d'agir de façon plus illogique.

À mon avis, ce commentaire indique que si Spock est capable de reconnaître l'amour et peut même le considérer bénéfique, il ne comprend absolument pas l'intérêt que les humain lui accordent. S'il faut choisir entre la science et l'amour, choisir l'amour n'a pour lui aucun sens.

Quoi qu'il en soit et aussi irrationnelles puissent être les relations amoureuses, il n'en reste pas moins que notre cher Spock devra s'intéresser sérieusement à ce mystère s'il souhaite survivre à son mariage.


«Journal de bord du docteur Léonard Mccoy. Première rencontre de la thérapie prescrite à madame Johann Kot et Monsieur Spock. J'ai décidé de faire les rencontres dans le bureau attenant l'infirmerie afin d'éviter toute interruption et créer un milieu qui encouragera les confidences.»

– J'aimerais que nous revenions sur les événements qui nous ont menés ici, dit Mccoy en croisant la jambe d'un air très professionnel.

Assis côte à côte devant lui, Spock et Johann ne semblaient pas des plus à l'aise.

– Qu'est-ce que vous voulez savoir? dit Jo qui n'avait jamais trop eu affaire à un psychologue.

– J'ai cru comprendre qu'au départ, le désaccord qui a mené à l'agression tenait au fait que vous laissiez la chambre en désordre Johann.

– C'était ça la dispute mais j'ai toujours été bordélique alors ...

– J'ai pu visiter les lieux et même pour une personne «bordélique» cela m'a semblé un peu excessif, dit gentiment le psy. Vous ne croyez pas ?

Jo soupira en croisant les bras.

– Bha ouais. Peut-être un peu …, avoua t-elle.

– Pourquoi d'après vous ? demanda t-il.

Jo se gratta le cou comme si elle réfléchissait.

– Ben j'étais vraiment enragé. Parce qu'on était marié, il pensait qu'il pouvait tout décider, j'avais trop rien à dire et en plus vu qu'il est commandant, il pouvait me donner des ordres mais le pire c'est qu'il m'avait enlevé ma chambre. C'était la seule façon que j'avais de le faire ch …, je veux dire, la seule façon pour qu'il voit que j'étais furax. Parce que même si je lui disais, il s'en foutait. Alors c'est pour ça.

– Diriez-vous que de mettre la chambre en désordre vous donnait l'impression de reprendre du pouvoir sur la situation?

– Bha ouais. C'est sûr, convint Jo.

Bones hocha la tête comme pour approuver.

– Qu'en pensez-vous Spock ?

Le vulcain roula imperceptiblement des yeux, comme s'il trouvait cette comédie parfaitement ridicule.

– Il s'agissait d'une problématique territoriale. Le désordre servait de marqueur visuel. Les hyènes urinent sur leur territoire selon le même procédé.

Jo le regarda insultée.

– Des hyènes qui pissent ? Sans blague. Tant qu'à sortir des comparaison merdiq…, des comparaisons aussi nulles, vous pourriez au moins me comparer à quelque chose de joli. Je ne sais pas si vous le saviez mais les chats font ça aussi.

– L'agressivité spontanée des hyènes me semble rendre la comparaison plus exacte, indiqua Spock.

– Elles mangent des cadavres pourris et sentent la charogne aussi. Ça compte dans votre exemple ?

Il sembla réfléchir sérieusement à la question et Jo soupira excédée.

– Adorable …, dit-elle en grimaçant un sourire.

Mccoy croisa les mains devant lui.

– Johann, diriez-vous que Spock a choisit cet exemple pour vous ennuyer ?

– Sûrement vu qu'il fait tout le temps ça, dit-elle d'un ton accusateur.

Spock afficha un air blasé. Évidemment, quand on se retrouvait coincé entre deux humains, c'était le genre d'illogisme auquel il fallait s'attendre.

– Si c'est vraiment ce que vous croyez, c'est que vous ne comprenez pas encore les vulcains, reprit Mccoy. Spock est parfaitement incapable d'ennuyer quelqu'un à dessein. Je l'ai moi-même ennuyé plus souvent qu'à mon tour même s'il peut se montrer irritant à sa façon, il n'a jamais été en mesure de me rendre la pareille.

– Vous êtes sérieux ? dit Jo en souriant en coin.

– Tout ce qu'il y a de plus sérieux, assura Bones. Qu'en dites-vous Spock ?

– Je ne vois pas en quoi il serait logique d'ennuyer quelqu'un à dessein, confirma t-il.

Jo fit la moue puis regarda ses bottines pensivement comme si elle remettait en question sa vision des choses tandis que Spock regardait Bones d'un air nettement moins revêche. Regard auquel celui-ci répondit par un clin d'œil des plus professionnel.

«J'estime que les besoins sont criants et qu'un point de vu extérieur ne sera pas un luxe tant il est vrai qu'interagir avec un vulcain peut s'avérer déstabilisant. Et j'imagine que se retrouver avec une épouse comme madame Kot, l'est encore d'avantage si la chose est possible

ooOOOoo

- Johann.

Couchée sur le dos sous l'arrivée des tuyaux du bloc trois, Jo releva la tête des tuyaux d'eau thermique dont elle tentait de localiser la fuite. Spock était au-dessus d'elle et la regardait une fleur argent à la main.

- C'est pour vous.

Jo se dépêtra de son inconfortable position et se releva sans trop rien comprendre. Il lui tendit la fleur qu'elle prit dans sa main sale. Ça ressemblait un peu à une marguerite bricolée en pliant des feuilles d'aluminium. Elle regarda l'item bizarre d'un air dubitatif puis elle jeta un coup d'œil derrière Spock. Yann, Nath et Vince glandaient mine de rien en espérant visiblement de nouveaux développements croustillants. Voyant qu'ils étaient repérés ils regardèrent soudain ailleurs mine de rien.

- Heu … je suis supposé faire quoi avec ça?

Il haussa un sourcil comme si la question le prenait par surprise.

- Je croyais que les terriennes apprécient ce genre d'attention.

- Ah ouais? dit-elle d'un drôle d'air.

Une fleur. Bordel, ça c'était un vieux truc ringard. Et ça allait être quoi ensuite? Un poulet à plumer? Mais bon, même si c'était totalement nul il fallait lui accorder qu'il tentait de se montrer aimable.

- Et bien merci. C'est très gentil, dit-elle en cachant la fleur derrière son dos afin que les autres n'ait pas de nouvelles raisons de se foutre de sa gueule.

- Puis-je ? dit-il en lui tendant deux doigt.

- Heu …

- Donnez-moi votre main.

Putain de merde, s'il commençaient à lui tenir la main en public, elle aurait droit à toutes les conneries imaginables. Des insinuations des jalouses aux blagues de cul des connards.

- Enfin, je suis en service. Qu'est-ce qui vous prend? dit-elle en le regardant comme s'il était timbré.

- Ce n'est pas interdit à proprement parler et braver les conventions peut-être excitant, dit-il comme pour le lui rappeler.

Jo le dévisagea avec inquiétude.

- Braver les conventions peut-être excitant, répéta Jo troublée. Vous pétez un câble ou quoi ?

Ne comprenant pas pourquoi cette fois l'approche classique n'avait pas le succès escompté, Spock battit en retraite. Il la salua et regagna la passerelle songeur. Selon les données dont il disposait sur les couples humains, il était plus que temps d'engager un rapprochement. Normalement, des accouplements avait lieu avant le mariage, ce qui avait été fait. Mais après le mariage, la fréquence de l'activité sexuelle augmentait de façon conséquente. En moyenne on comptait entre 20% et 40% d'accouplements supplémentaires sur six mois terriens.

C'était d'ailleurs une augmentation logique puisque le coït assorti de divers échanges de fluides était une activité biologique essentielle pour développer l'affection dans un couple terrien. Plusieurs études faisaient même un lien direct entre le niveau d'attachement et la fréquence d'accouplement. Le désintérêt de son épouse pour ce type d'activité devenait donc problématique.

N'ayant rien de plus important à faire, il révisa ses notes, bien décidé à retenter sa chance un peu plus tard. Avec la permission de Jim, il abandonna son poste trente minute avant la fin de son service afin d'être présent lorsqu'elle rentrerait. Elle rentra à l'heure prévue et sembla étonnée de le voir déjà là. Elle se contenta de le saluer avant d'enfiler dans la douche. Lorsqu'elle en sortit enroulée dans une serviette, il estima que l'occasion de tenter un rapprochement était idéale.

S'il se fiait aux romans qu'il avait consultés et aux précédents conseils de Mccoy, il fallait miser sur une approche sentimentale. Le plus pertinent dans les circonstances était sûrement de la complimenter sur son physique et sous-entendre que ce dernier provoquait chez lui une excitation.

- Vous êtes très belle, dit-il en tentant d'avoir l'air admiratif.

La serviette tout de travers sur la tête, elle lui jeta un regard étonné.

- Il me semblait que les vulcains n'accordaient pas d'importance à la beauté.

C'était bien le cas mais il n'avait pas menti d'un point de vue humain. Si on calculait la masse musculaire et adipeuse en fonction de la taille et des mensurations, elle n'était pas assez éloignée de la moyenne terrienne pour être repoussante donc, techniquement, elle pouvait être belle.

- Vous êtes belle à mes yeux, tenta t-il habilement

Encore une fois ce n'était pas faux puisque, étant son épouse, elle était unique pour lui. Ce phénomène appelé wudin-adun'a en vulcain pouvait sûrement être traduit par «belle» en langage terrien.

- Ben dites donc, dit Jo peu impressionnée.

Les compliments ayant été faits, Spock estima qu'il devait être temps de manifester une excitation sexuelle. Il attendit qu'elle passe dans la chambre pour s'approcher. Dos à lui, elle fouillait dans la penderie à la recherche d'un survêtement. Ressentant une présence elle se tourna et sursauta en le voyant.

– Bordel, vous m'avez fait peur, dit elle en le regardant bizarrement.

Il était temps de manifester de l'excitation et il laissa «courir les yeux sur son corps».

– Commandant ? Qu'est-ce qui vous prend ? dit Jo sans trop comprendre pourquoi il l'analysait bizarrement comme ça. Vous allez bien ?

– J'ai très envie de vous embrasser, dit-il en choisissant une phrase d'introduction tout ce qu'il y avait de plus normatif.

Jo sourit embarrassée.

– Heu … Écoutez, je suis pas sûre, dit-elle gentiment. Ça me dit trop rien.

– Pourquoi cela? demanda t-il en tentant de prendre l'air sombre qu'elle aimait.

– Vous savez pas vraiment comment embrasser alors …, dit-elle en haussant les épaules.

- Dans ce cas montrez-moi.

- Écoutez c'est rien contre vous mais vous n'avez pas trop les qualités requises, dit-elle d'un air navré.

- À quelles qualités pensez-vous ?

- Être capable d'éprouver des émotions, dit Jo fataliste.

- Je peux feindre, assura t-il.

Jo pouffa de rire.

- Wow, ça c'est trop tentant, dit-elle en retournant à sa recherche d'un survêtement.

- Je suis capable être crédible, dit-il sûr de lui.

Jo ne put s'empêcher de rigoler en entendant une connerie pareille. Bordel ce vulcain était vraiment débile.

- Vous m'avez déjà servi un baiser de Shrek, ça va être quoi cette fois? Un baiser du dragon vert? Non attendez, je crois que je préfère Mashmallow-man, dit-elle en trouvant enfin un chandail.

- Non. Puisque nous sommes mariés, il importe que cela vienne de moi.

- Et ben ça promet, dit-elle d'un ton quelque peu exaspéré.

- Oui. Je le crois également.

Jo soupira en attrapant le chandail et le regardant comme s'il commençait à l'énerver sérieusement.

- Vous captez rien du tout. S'embrasser c'est des émotion qu'on partage et là-dessus vous êtes totalement largué.

- Vous n'avez qu'une hypothèse. Toute hypothèse doit être testée avant de pouvoir être validée.

- Okay, vous voulez tester à quel point vous êtes nul ? Parfait. Allez-y puisqu'il vous faut vraiment une preuve, dit-elle en jetant le chandail sur une chaise.

Elle se tournant pour lui faire face et il l'observa avec attention.

- Malheureusement, vous n'êtes pas dans des dispositions favorables.

Jo soupira gravement. Bordel, il allait la rendre dingue …

- D'accord, dit-elle avec un sourire forcé. Je suis dans des dispositions favorables. Ça vous va comme ça? Maintenant accouchez qu'on en finisse.

Il fronça les sourcils dubitatif.

- Ça veut dire, «allez-y», dit-elle faussement aimable. Je suis prête à recevoir votre merveilleux baiser.

- Bien.

Il s'approcha d'elle et entoura sa taille en la pressant contre lui.

- Vous devez m'enlacer également, lui rappela t-il.

- Ah oui, c'est vrai, dit-elle comme si elle avait oublié.

De mauvaise grâce, elle posa mollement les mains sur ses épaules.

Spock avait étudié très exactement six cent douze romans d'amour. C'était sans aucun doute l'étude la plus fastidieuse et déplaisante qu'il ait jamais mené à bien. Mais les documents s'était révélés riches en informations. Tous les romans sans exceptions décrivait de nombreuses situations d'embrassades, les baisers correspondants et les réactions possibles des protagonistes.

Seul à l'infirmerie, il s'était exercé contre le dos de sa main afin de contrôler les différentes possibilités décrites dans les sirupeux romans. Pour convaincre une partenaire rébarbative, un baiser fougueux et quelque peu forcé ou encore un «doux baiser» donnait, semblait-il, de bons résultats. Il calcula avec justesse que la forcer pourrait l'inciter à l'attaquer et choisit donc le doux baiser pour lequel il s'était d'ailleurs beaucoup exercé. Il avança donc un peu ses lèvres afin de leur donner une texture pulpeuse et tenta de les rendre les plus molles possible. Il les appuya contre les siennes très lentement, à intervalle plus ou moins régulier.

Tout d'abord Jo se laissa faire puis elle se laissa prendre au jeu. Évidemment, c'était un peu convenu comme baiser mais à tout prendre ce n'était pas totalement nul. Surtout, ce n'était pas très souvent qu'elle vivait quelque chose de sympa avec lui. Elle en avait marre des disputes et encore plus marre de devoir lui résister sur tous les fronts. Pour une fois, il essayait de communiquer en langage humain et sans blague, c'était incroyablement reposant.

Jo se détendit et ferma les yeux. Spock en déduit que la stratégie s'avérait efficace. Comme pour confirmer l'hypothèse, elle leva imperceptiblement la tête vers lui ce qui indiquait qu'elle «offrait ses lèvres», un signal visant à encourager le mâle dans ses manœuvres.

Il décida de continuer dans la même veine pour le baiser mais ajouta un toucher caressant, un aspect classique de ce type de rapprochement. Il remonta sa main le long de son dos nu et appliqua une pression mesurée dite «sensuelle». C'est à dire ni trop faible, ni trop brusque et assorti de caresses assez lentes. La serviette se défit et tomba par terre. Il en profita pour la caresser plus pleinement et la réaction de sa femelle fut immédiate.

Sans avertissement, ses caresses maladroites l'enflammèrent comme un brasier et Jo fut soudainement balayée par un véritable tsunami de désir débridé. C'était peut-être parce que depuis des semaines elle en avait bavé de toutes les façons possibles, s'était inquiétée comme jamais ou parce qu'elle avait failli devenir dingue de fureur et de frustrations, mais ce fut comme si une écluse s'ouvrait brusquement en libérant tout ce qui l'avait oppressé sous la forme d'un désir furieux.

Spock ne put que remarquer le changement radical d'attitude de son épouse. La respiration de la jeune femme s'accéléra et elle se pressa fermement contre lui en le regardant d'un air sérieux. Elle se mit à l'embrasser d'une façon insistante et ses mains à courir sur lui, particulièrement sur son postérieur qu'elle attira contre elle. Le vulcain s'en trouva parfaitement confus. Selon les signaux qu'elle émettait, elle réclamait un coït immédiat mais c'était parfaitement illogique. Considérant ses dispositions négatives préalables, il avait calculé qu'il y avait encore cinq étapes distinctes avant d'en arriver à ce stade, … si jamais il y arrivait.

Il ne voyait pas ce qui avait pu l'inciter à s'exciter aussi rapidement et en déduit qu'il faisait peut-être erreur. Cette attitude signifiait peut-être autre chose qu'une envie de s'accoupler. Dans ce cas, se montrer entreprenant pourrait être mal reçu et tout gâcher. Dans le doute, il cessa toute manœuvre et l'observa passivement en espérant acquérir plus d'informations.

Jo ne put manquer le désintérêt soudain de son époux et soupira gravement. Allez savoir pourquoi, il faisait encore l'imbécile.

- Bon, qu'est-ce qu'il y a encore ? demanda t-elle en ayant peine à cacher son exaspération.

Spock réalisa aussitôt qu'il avait fait une erreur mais laquelle? Il repassa à toute vitesse les diverses stratégies possible lors de semblable situations. Ne comprenant pas trop ce qui se passait, il opta pour une parade d'évitement classique, celle de Richard folamour dans «Lorsque tu me regardes, je fond». Il plongea ses yeux dans les siens.

- Je crains de vous heurter, dit-il en prenant la voix la plus grave possible.

Jo battit des cils prise au dépourvu.

- Ah ouais? Ben heu ... Pourquoi?

Il réfléchit un instant à la meilleure façon de s'en sortir et choisit de manifester une incertitude de bon aloi comme Acryonis dans «Au creux de tes tentacules soyeux».

- Je viens d'un tout autre monde. Je pourrais me montrer déplacé et vous déplaire.

Bordel, il en faisait vraiment des masses. Mais puisqu'il semblait inquiet pour elle, Jo tenta de le rassurer.

- J'avoue que ça me met sur le cul que vous ayez peur de me déplaire mais arrêtez de penser d'accord. Tout ce que vous avez à faire, c'est de me baiser. C'est vraiment pas compliqué.

Les intentions de son épouse étant enfin claires, le vulcain songea aux répliques de Conrad de Beloeil lorsque la comptesse de Neuilly succombe à ses avance dans «comme un orage sur ton corps».

- Est-ce vraiment ce que vous souhaitez ? Vous donner à moi, dit-il en l'enlaçant d'une façon qui pouvait sembler virile.

- Heu … baiser. Vous vous rappelez? dit Jo étonnée par ses façons bizarres. Vous avez besoin d'un dessin ?

Voyant qu'au lieu de «fondre dans ses bras» comme la comtesse de Neuilly son épouse l'envoyait limite promener, Spock prit le parti de la soumission en singeant Carlos dans «Le Dionysos de Santa-Barbara»

- Non. Vous n'avez rien à faire. C'est moi qui ferai tout ce que vous voulez. Tout, assura t-il en approchant son visage de celui de son épouse ahurie. Vous n'avez qu'un mot à dire et je suis à vous.

Bordel, il pétait les plombs sérieusement.

- Putain de merde! C'est quoi votre problème ?

Spock haussa un sourcil étonné.

- Je m'efforce de communiquer avec vous en langage humain, expliqua t-il.

Comprenant enfin de quoi il retournait, Jo le regarda stupéfaite.

- Bordel, où est-ce que vous avez pris vos infos on peut savoir?

- De nombreuses sources différentes.

- Non mais attendez, vous avez lu des romans d'amour et des conneries du genre ? dit-elle en le dévisageant sans pouvoir y croire.

- Entre autre choses, avoua t-il.

- Vous vous êtes vraiment farci ces daubes? dit-elle en se retenant à grand peine pour ne pas lui éclater de rire au nez.

Comprenant qu'elle se payait sa tête, il se contenta de la fixer d'un air hautain.

- Sans blague… dit-elle en pouffant malgré elle. Putain ...c'est vraiment trop nul … ! HAHAHA!

Voyant qu'il semblait froissé, elle tenta de se contrôler mais se rappelant ses sirupeuses réparties, elle sombra dans un véritable fou rire. Spock releva la tête pris au dépourvu. Rien dans son étude ne l'avait préparé à cette réaction et il lui fallut user de toute son énergie mentale pour ne pas se sentir ridicule.

- Écoutez, je m'excuse, …, dit Jo avec des larmes de rire. C'est juste que dans votre cas le style est vraiment … HAHAHA!

Spock soupira exaspéré.

- Attendez, je vais … hum, reprendre mon calme… Je vais y arriver.

Il croisa les bras, aucunement amusé.

- J'aurais cru que vous préféreriez cette approche aux méthodes précédentes, dit-il quelque peu piqué.

Comprenant qu'il était à bout, Jo fit un effort surhumain pour reprendre le contrôle d'elle-même.

- Je suis désolé. Le prenez pas mal d'accord? Haem.. pff… Je ne me moque pas de vous. Vous pouviez pas savoir que ces romans c'est juste trop nul. C'est ça qui est marrant. Vous comprenez ?

- Ces romans sont très populaires auprès des terriennes, se défendit-il.

- Peut-être mais sûrement pas pour les filles comme moi, dit-elle en faisant une grimace de rire contenu.

- Vous êtes terrienne, dit-il comme si elle l'avait oublié.

- Il y a toute sorte de terriennes, assura t-elle. Vous avez vu une seule fille qui me ressemble dans ces conneries d'histoires ?

Il la dévisagea un instant.

- Non, dût-il convenir.

- C'est pour ça que …hum, je me marre. C'est vraiment pas mon genre vous voyez?

Spock soupira en se disant que comme d'habitude, les humains se révélaient inutilement complexes et sibyllins.

Réalisant qu'il était frustré par sa réaction, Jo s'approcha de lui.

- Mais sans blague, j'apprécie. Je vous jure, dit-elle tout de même touchée. Vous vous êtes vraiment tapé ces merdes juste pour arriver à communiquer avec moi?

- Évidemment, dit-il d'un ton qui sous-entendait qu'il ne se serait sûrement pas farci ces romans par plaisir.

- Alors votre plan c'était de me séduire avec ces merdes?

- Je tentais de comprendre la dynamique de couple terrienne, ses modes de fonctionnement et de communication.

Jo fit un air embêtée.

- Ouais ben sans blague vous êtes pas plus avancé parce que ces romans c'est vraiment n'importe quoi. Ça aurait été plus votre genre de lire des trucs barbants de psycho non?

- Je l'ai fait bien entendu mais ces études s'adressent aux humains et présupposent un lecteur émotif n'ayant pas besoin d'information à ce propos. Par conséquent, très peu de documents s'intéressent aux phénomènes sentimentaux sinon d'un point de vue chimique. Seuls les romans d'amour explicitent cet aspect en détail.

- Alors ça veut dire que maintenant vous êtes capable d'agir comme les crétins qu'on voit là dedans?

- En quelque sorte.

- Bordel, moi qui pensait que ça ne pouvait pas être pire, je me retrouve avec un vulcain à l'eau de rose. Ça c'est ce qu'on appelle deux cauchemars pour le prix d'un, dit-elle en roulant de grands yeux.

Spock la regarda limite insulté.

- Ces paramètres de communication ne me sont pas plus naturels qu'avant si c'est ce qui vous inquiète, spécifia t-il.

Jo le regarda d'un air malin.

- Pour sûr c'est pas du tout votre genre. Mais justement, d'une certaine façon ça veut dire que vous avez essayé de me mentir. Pas vrai? dit-elle pour le narguer.

Spock la fixa un instant.

- Non. J'obéis à des règles comportementales préétablies. Une forme de langage partagée par les terriens à partir de laquelle nous pouvons communiquer. Du moins, c'était ma présupposition.

Jo le regarda avec un sourire en coin.

- Non mais c'est quand même futé comme stratégie. Sans blague, avec une autre fille ça aurait pu marcher, dit-elle comme pour l'approuver.

Spock sembla satisfait par cette réponse qui confirmait tous ses calculs.

- Manque de pot, vous êtes collé avec moi mais tout de même j'apprécie l'effort.

Le vulcain haussa imperceptiblement les épaules comme s'il prenait son échec avec philosophie.

- Mais au fond, vous avez fait tout ça pour développer une «relation émotive» avec moi, pas vrai?

- C'est exact, approuva t-il.

- Et bien essayons plutôt d'avoir une vraie relation émotive qu'est-ce que vous en dites ?

Spock fit une tête embêtée mais Jo ignora sciemment son peu d'enthousiasme, s'assit sur le bord du lit et l'invita à venir la rejoindre en tapotant la place près d'elle.

Spock s'assit, plus ou moins enchanté.

- Alors dites-moi. Qu'est-ce que vous éprouvez pour moi ?

Il la regarda comme si la réponse allait de soi.

- De l'attachement.

- Non, je parle pas de vos trucs vulcains. Je vous parle de sentiments.

– Êtes-vous en train de pratiquer une forme de thérapie psychologique? demanda t-il en trouvant que son approche ressemblait beaucoup à celle de Mccoy.

– Non. Nous avons juste une discussion de couple normale. Alors? Qu'est-ce que vous éprouvez pour moi?

Malgré l'indécence de la chose, il fit de son mieux et se concentra un instant pour faire l'inventaire des émotions qu'il avait eu à contrôler le plus souvent.

- Frustration, dit-il, exaspération, agacement, mécontentement, colère et impatience.

Jo battit des cils devant une pareille franchise et se racla la gorge.

- Bien. Très bien, approuva t-elle. C'est un début. Et dans un genre plus positif, vous pouvez peut-être trouver quelque chose, dit-elle d'un air suggestif.

Spock sembla réfléchit un moment. Sa recherche de quelque chose de positif s'éternisant, Jo soupira en se disant qu'il n'y avait vraiment pas grand-chose.

- De l'admiration pour votre courage, votre intégrité et aussi je crois, une certaine pitié, dit-il enfin.

- Parce que je suis tellement nulle à chier que je vous fais pitié, dit-elle lassée de ses insultes.

- Non. Parce que vous êtes inconfortable dans cette situation qui vous a été imposée. D'ailleurs, considérant que vous avez de bonnes capacités d'adaptation cela démontre que cette aptitude n'est pas très développée chez l'humain.

Jo souffla un rire moqueur.

- Vous vous gourez. C'est juste que ça ne fait pas assez longtemps que je suis coincée avec vous. Il n'y a qu'à attendre encore un peu et je vais sûrement développer le syndrome de Stockholm, dit-elle avec un sourire optimiste.

Il la dévisagea gravement.

- Est-ce que cela signifie que vous vous considérez comme une prisonnière ?

Jo hocha la tête.

- J'imagine qu'on peut dire ça, approuva t-elle. C'est sûr que je me sens un peu comme … prise au piège, confia t-elle.

- Est-ce que c'est ce qui explique votre comportement rébarbatif ? demanda Spock intéressé.

- Sûrement pour une bonne part. Ouais, dit-elle soulagée qu'il comprenne enfin.

- Donc, lorsque vous développerez le syndrome de Stockholm votre comportement devrait s'améliorer, supposa Spock.

Jo tenta de déceler une trace d'humour dans ses yeux mais n'en trouvant aucune, se passa la main sur le front d'un air découragée.

- Non, dit-elle patiemment. L'idée ce n'est pas de développer des syndromes de tarés. L'idée c'est de parler pour se comprendre vous captez ?

Spock haussa un sourcil en se disant que de développer le syndrome de Stockholm (un instinct qui d'ailleurs n'existait sûrement pas pour rien), serait beaucoup plus simple et efficace.

- Bon, je recommence. Là je viens de vous dire comment je me sens dans cette situation, je me sens prisonnière. À partir de là vous, comment vous vous sentez quand je vous dis ça? demanda Jo décidée à avoir cette conversation.

- Mal à l'aise, dit Spock imperturbable.

- Et pourquoi ça ? dit-elle curieuse.

- Parce que parler d'émotion est indécent, assura t-il.

Jo releva la tête intriguée.

- Ah ouais ?

- Oui. C'est extrêmement grossier.

- Alors vous avez des émotions mais c'est juste que vous les laissez pas sortir c'est ça?

- Nous les contrôlons, corrigea t-il.

Jo le regarda comme si elle comprenait pour la première fois sa maladie mentale.

- Okay … donc si c'est grossier de montrer ses émotions, moi à vos yeux je suis toujours comme … déplacée?

- Le mot obscène me semble plus précis.

- Obscène? dit-elle troublée. Si pire que ça?

Spock approuva l'air de dire que le mot était peut-être même un peu faible.

- Ah oui? Si vous me trouvez obscène, comment vous pouvez vous attacher à moi ?

- C'est mon devoir, dit-il comme si c'était l'évidence.

- Comment on peut s'attacher à quelqu'un qui nous dégoûte? dit-elle déconcertée.

- Le dégoût est une forme de peur et je n'éprouve rien de tel. Je suis attaché à vous car nous sommes mariés. Cela relève de la simple logique.

Putain de merde. C'était complètement débile sa façon de voir les choses. Un vrai robot. Mais il était quand même à moitié humain non? Il ne pouvait quand même pas s'attacher juste parce qu'il fallait le faire. Forcément la bonne femme l'influençait au moins un peu. Jo croisa les bras sur sa poitrine en plissant les yeux.

- D'accord mais si par exemple, j'étais plus votre genre. Que vous me trouviez géniale, vraiment top. La femme de vos rêves. Ça serait plus facile de vous attacher à moi non?

- C'est une hypothèse qui ne peut pas être testée.

- Non mais faites juste imaginer.

- Aucune réponse objective ne peut être donnée à cette question, assura t-il.

- Oui, c'est normal. Je veux juste savoir vos impressions, insista t-elle

- Je ne vois pas quel serait l'objectif d'imaginer des impressions.

- L'objectif, c'est d'essayer de se comprendre vous vous souvenez?

- En quoi une supposition approximative concernant une situation improbable, pourrait-elle permettre de mieux se comprendre? demanda t-il dubitatif.

Jo soupira en essayant de trouver en elle des trésors de patiences.

- Et bien ça me permettrait de comprendre un peu mieux comment vous pensez. Qui vous êtes. Comme ça au lieu d'avoir envie de vous casser la gueule parce que vous agissez comme un crétin, je serais peut-être plus patiente.

- Je ne vois pas de logique à ce raisonnement.

- Bha oui c'est logique, dit-elle comme si ça allait de soi. Comme là, maintenant je sais que quand je me fâche vous me trouvez «obscène» alors c'est pas trop surprenant que vous ayez toujours l'air d'un manche à balais. Donc comme je comprend ce qui se passe, la prochaine fois je vais pas me fâcher encore plus à cause de votre tête de déterré.

Spock haussa un sourcil.

- Votre raisonnement est erroné. Vous supposez que votre attitude provoque chez moi une réaction émotionnelle mais ce n'est pas le cas, la détrompa t-il.

Jo ferma les yeux alors qu'une pointe de colère obscurcissait son esprit, colère qui se changea aussitôt en désappointement puis en tristesse. Elle réalisa qu'elle n'arriverait jamais à quoi que ce soit avec lui. C'était un putain d'extraterrestre. Il était d'une autre espèce et cette espèce était composés de parfaits connards.

- C'est bon. Vous avez gagné, moi je démissionne, dit-elle découragée.

- Je ne comprend pas en quoi j'aurais «gagné», dit-il étonné.

- Vous avez gagné que je vous foute la paix, éluda t-elle.

Elle se laissa tomber à la renverse sur le lit et mit son bras devant ses yeux comme pour ne plus rien voir.

- Cette conversation est elle terminée? demanda t-il.

- Tout ce qu'il y a de terminé, assura t-elle.

- Ais-je dit quelque chose d'inapproprié ? s'enquit-il.

Jo soupira exaspérée et releva son bras de sur ses yeux pour le dévisager.

- Bordel! Vous êtes vraiment lourd! Je vois pas pourquoi je devrais me forcer pour avoir des discussions aussi merdiques. Vous comprenez rien aux humains. Donc voilà ce qu'on va faire : je vous fous la paix, vous me foutez la paix et tout le monde est content. Ça vous va comme ça ? dit-elle à bout.

- Je comprend les humains, assura t-il

Jo souffla un rire sarcastique.

- Pffft, c'est ça ouais.

- Par exemple, je sais que je ne vous donne pas ce dont vous avez besoin.

- Ah oui? Et j'ai besoin de quoi ? demanda t-elle curieuse de l'apprendre.

- Vous avez besoin que je partage des émotions avec vous, dit-il avec un regard compréhensif.

Jo sembla quelque peu étonnée. Il avait raison. C'était exactement de ça dont elle avait besoin.

- Je comprend que vous tentez d'entrer en contact avec ce qui est humain en moi. C'est d'ailleurs une stratégie logique. Mais je suis fermé à cette approche. C'est ce qui est le plus irritant pour vous.

Jo pinça les lèvres. Pour ça, c'était sacrément irritant et même que ça la rendait totalement dingue. Spock baissa les yeux un moment, donnant l'impression qu'il hésitait à parler.

- C'est … difficile pour moi, dit-il comme s'il lui coûtait de l'avouer. Dès l'enfance, j'ai dû me détacher de mon humanité. Je n'ai pas eu le choix pour être accepté des autres vulcains. Pour mes camarades cette humanité était indécente, insupportable. À leurs yeux j'étais horriblement grossier et ils me l'ont fait chèrement payer. J'ai dû apprendre à me contrôler encore plus qu'eux pour être respecté.

Jo le fixa, surprise de cette confidence.

- L'humain en moi n'est pas disparu mais il s'est endormi. Depuis longtemps, presque depuis toujours. Et je ne peux pas le laisser se réveiller. Cette part de moi me déséquilibre.

Il la regarda gravement, s'appuya sur son bras pour se rapprocher d'elle et leva la main pour caresser sa joue. Jo frissonna malgré elle.

- J'aimerais communiquer avec toi comme tu le souhaites mais j'en suis incapable, dit-il sincèrement désolé. Ce n'est plus mon langage et je ne sais pas le parler.

Tout ça était tellement imprévu, tellement touchant que Jo fut complètement désarçonnée.

- Mais tu as de l'importance pour moi. … Beaucoup.

Bordel, il était tellement beau quand il la regardait comme ça qu'elle fut près de lui pardonner toutes ses conneries d'un coup.

- Tu fais partie de moi. Je ressens ta présence à chaque seconde. Tu es indécente, illogique, tu parjures même tes serments d'épouse. Mais tu es ce que tu es. Je suis attaché à cela. Pas à ce que tu pourrais devenir, ni à ce que je pourrais imaginer de «plus top» que toi. Rien de cela n'existe. Tout ce qui compte, c'est toi. Johann. La personne réelle.

Il la fixa avec cette attention feutrée qui la faisait craquer.

- Je ne peux pas partager d'émotion avec toi mais je suis une partie de toi. Wani ra yana ro aisha Jo'hânn, dit-il en plongeant les yeux dans les siens. Pourras-tu m'aimer même si je ne suis qu'un foutu vulcain ?

Jo sentit que son coeur se mettait à battre pour lui.

Il la regarda gravement puis approcha son visage du sien et posa sa bouche sur ses lèvres pour l'embrasser doucement. Il glissa sa main dans la sienne et lorsque l'énergie les enveloppa, elle lut en lui qu'il appréciait ce rapprochement. Que cette fois, il avait envie de vraiment communiquer, de lui faire sentir qu'il était attaché à elle.

Jo l'entoura de son bras libre tandis qu'il descendait son autre main le long de son ventre. Lorsqu'il effleura la dernière courbe, elle redécouvrit les délices du toucher vulcain. Mais cette fois c'était complètement différent. Elle n'était plus une mécano 3em classe, ni une collègue en mission ou un rat de laboratoire. Elle était son épouse. L'unique personne à qui il se donnerait jamais et elle ressentit avec surprise la puissance et l'exclusivité de ce lien. Un lien d'une force stupéfiante.

Ce n'était pas de l'amour tel que l'entendait les humains mais c'était aussi de l'amour ; simplement, il n'avait pas la forme du sentiment. C'était un attachement puissant et calme. Un attachement qui vous arrimait profondément à l'existence en vous donnant une incroyable impression de solidité.

Elle s'abandonna à cet état qui n'avait rien de terrien mais qui lui parut étrangement excitante. Elle lui rendit ses baisers et de nouveau, elle le désira furieusement. Elle repoussa son chandail tandis qu'il se débarrassait de ses pantalons puis elle l'attira contre elle. Son époux se glissa entre ses jambes puis entre ses reins. Il la prit doucement en soutenant ses hanches de ses mains et son corps humain se cabra de plaisir.

Spock perçut que l'esprit de son épouse devenait étrangement léger une sensation qui semblait provoquée par des sentiments positifs à son endroits. Malgré que cet élan lui semblât instable et inconstant, le vulcain l'encouragea en lui faisant ressentir à nouveau tout l'attachement qu'il avait pour elle. Sa femelle gémit d'extase au point où il en ressentit l'émoi. Du bout de son ventre, il caressa l'intérieur de son corps comme l'exigeait l'étrange accouplement humain et rapidement, la vague de plaisir déferla sur elle. Il la laissa se remettre puis de sa main posé sous son bassin, la fit jouir à nouveau presque sans avoir besoin de bouger. Voyant à quel point elle était réceptive, il se retira en l'embrassant d'un «doux baiser» puis il fit tonner une dernière fois le plaisir humain comme si c'était le baiser qui l'avait provoqué à lui seul.

Le vulcain s'étendit près d'elle en l'observant. Il remarqua qu'elle était complètement immobile et silencieuse. Une détente dite post coïtale qui garantissait que l'accouplement avait été un succès. L'orgasme provoquait cette réaction mais tout indiquait que des émotions positives à son endroit concourraient également à cet état. À preuve, lors de la mission, elle n'avait démontré aucune détente de cette sorte malgré des orgasmes répétés.

Il avait réussi au-delà de tout doute raisonnable et en ressentit une fierté certaine qui fut aussitôt contrôlée et délayée en simple contentement. Évidemment, il avait failli échouer dès le départ mais son erreur avait consisté à appliquer des phrases toutes faites ; erreur qu'il avait rectifiée en conservant l'attitude mais remplaçant le texte par des informations personnelles.

Elle respira profondément en le regardant d'un drôle d'air puis se tourna vers lui pour l'entourer de son bras et se pelotonner contre lui. Il se figea un moment, ne goûtant pas du tout ce toucher aussi extrême qu'inutile puis il se détendit en se rappelant que ce type d'enlacement était mentionné dans pratiquement tous les documents et romans qu'il avait consultés. Un classique incontournable qui indiquait que sa femelle éprouvait de l'affection pour lui.

Cela prouvait que malgré ses dénégations et ses moqueries, son épouse répondait aussi bien que n'importe quelle terrienne à l'approche romantique. Un incitatif très efficace. Si tout se déroulait comme prévu, elle se mettrait bientôt à «l'aimer». Dans ce cas, il estimait avoir 60% de chance d'atteindre les moyennes d'accouplement d'ici quelques mois et entre 5% et 10% de chance qu'elle montre une certaine soumission voire de l'obéissance dans certains domaines.

Un résultat des plus satisfaisants.


Note-

Je soutiens dans ce chapitre que les vulcains ne sont pas sensibles à la beauté physique mais cette position est non-canonique. Dans l'épisode The cloud minders de la troisième saison, Spock tombe complètement sous le charme de Droxy. L'entendant dans la pièce à côté, Spock s'avance vers elle avec un regard enflammé tandis que Droxy le dévore des yeux sur fond de musique sirupeuse et ils ont une édifiante conversation dont voici le meilleur passage.

Droxy – Vous ne prenez un partenaire qu'une fois tous les sept ans?

Spock – Le cycle de sept ans fait partie de la biologie vulcaine. À ce moment le désir de s'accoupler est plus fort que tout.

Droxy s'assoie complètement troublé et lève sur lui des yeux de biche.

Ce cycle peut-il être perturbé monsieur Spock?

Spock s'assoit près d'elle tout aussi troublé.

L'extrême beauté féminine … est toujours … perturbante madame.

Kirk étant à ce moment attaqué au couteau par une autre pinup à moitié nue, ils en resteront là.

Pour ma part, je trouve assez peu crédible que Spock ait envie de s'épancher sur les détails honteux du pon farr avec une princesse inconnue et encore moins crédible qu'un personnage aussi stupide puisse arriver à séduire notre brillant vulcain.

D'ailleurs, on remarque que d'autres épisodes vont à l'encontre de Cloud minders. Par exemple, dans l'épisode That which survive, nous voyons que Spock n'accorde aucune importance à la beauté qu'il considère même vain de souligner car il place l'intelligence loin devant.

Kirk – C'était une femme remarquable.

Mccoy – Et très belle.

Spock – La beauté est éphémère docteur. Néanmoins elle était à l'évidence extrêmement intelligente

Les deux épisodes étant de la troisième saison, on pourra s'étonner d'une aussi disgracieuse dichotomie. Dans le premier Spock fait fie de la beauté pour accorder toute son attention à l'intelligence alors que dans le second, il fait fie de l'intelligence pour accorder toute son attention à la beauté. Peu importe comment on retourne le problème, les deux approches sont parfaitement incompatibles. Par conséquent quel épisode doit-on croire et considérer canon ?

De l'aveu de Roddenberry, Cloud Minders visait surtout à attirer le public féminin dans l'espoir de remonter les cotes d'écoute de la série. (Et vu la carotte blondasse à laquelle on doit s'identifier, je dirais que c'est assez peu flatteur pour nous). L'épisode peut donc être compté dans cette catégorie redoutable que nous connaissons tous et qu'on pourrait s'appeler : «Les horribles choses auxquelles j'ai dû m'abaisser au nom de l'argent».

Par conséquent je crois qu'il est permis à quiconque le souhaite de vaporiser cet épisode dans le néant le plus absolu et ce, sans aucun regret.