Jo sortit de l'ascenseur sur l'étage des officiers et malgré qu'elle ait mangé à la cafétéria et perdu le temps qu'elle pouvait pour éviter la cohue, elle sentit que l'ambiance devenait soudain glaciale. Les cinq personnes qui passaient dans le couloir lui jetèrent des coups d'œil méprisants en levant le nez sur elle. Bordel, pourtant elle faisait des efforts. Elle tentait même de se débarbouiller avant de se pointer quand elle était trop salopée mais rien n'y faisait. Ces connards la détestaient toujours autant. C'était quand même embêtant vu qu'elle était sous leurs ordres.

Même Rick était devenu bizarre avec elle. Il la regardait par en dessous et ne lui faisait plus de blague ni rien. Tant qu'à ça, ses copains aussi étaient devenus étranges. Ils ne l'invitaient plus au fêtes, ils ne lui disait plus de conneries et la traitait un peu comme si elles étaient soudain devenue une étrangère. On aurait dit que selon eux, elle ne faisait plus partie de la bande.

Trop près des bouseux pour les patrons, trop près des patrons pour les bouseux ... pour sûr, ça lui faisait une belle jambe.

Elle ouvrit la porte de la chambre … vide. Elle entra déçue. Évidemment, Spock était encore sur la passerelle. Elle s'en assura en suivant le ruban d'énergie jusqu'à lui. Il était bien sur la passerelle. Elle détacha sa ceinture de mécano qu'elle suspendit dans l'armoire prévu à cet effet puis jeta sa combinaison sale dans la trappe. Les bottes par contre, elle les lança dans la chambre au petit bonheur la chance. Tout de même, il ne faudrait quand même pas qu'il croit qu'il avait réussi à la dresser.

Elle entra dans la douche et tout en se savonnant, elle songea que lorsque Spock arriverait, il rangerait les bottes qu'elle avait lancées puis irait à son bureau pour terminer des dossiers ou allez savoir quoi. Parfois c'était vraiment long et elle s'ennuyait un peu mais elle jouait sur sa tablette ou lisait un truc en l'observant à la dérobé. Bordel qu'il était beau. Il était juste assis mais il émanait de lui quelque chose de magnétique. Elle l'interrompait parfois pour lui poser une question bidon juste pour entendre sa voix. Bordel, sa voix … ça aussi ça la rendait dingue. Il avait un timbre grave et soyeux foutrement sexy.

Puis quand il aurait fini, il la regarderait et lui demanderait si elle voulait s'accoupler. Ça par contre, c'était nul. On avait déjà vu mieux comme approche mais bon, il resterait sûrement toujours con par certains côtés. Quand il aurait fait sa grande demande, elle le ferait marcher, ferait semblant d'hésiter. Elle ferait mine de flirter et il pigerait plus ou moins en se demandant si ça voulait dire oui ou non. Elle se foutrait un peu de sa gueule puis elle finirait par dire oui et là … ce serait le meilleur moment de la soirée.

Putain, son foutu mari c'était un dieu du sexe. Bien sûr ça manquait d'émotion mais question physique ... Bordel. Ça avait beau être un peu mécanique, c'était quelque chose. De ce qu'elle en comprenait, pour lui tout ça procédait d'un calcul. L'objectif était de lui faire avoir le plus de plaisir possible afin que ses dispositions envers lui soit le plus positives possible. Et c'était quand même bien calculé parce que sans blague, il lui était devenu beaucoup plus sympathique.

Et tout ça c'était que pour elle parce que lui, il s'en foutait totalement. Il se laisserait faire si elle voulait lui faire des trucs mais à tout prendre, ça aussi c'était que pour elle. C'était bizarre mais dans les faits, il prenait son pied en l'analysant. Elle lui avait demandé ce qu'il aimait là dedans et il lui avait dit qu'il appréciait la température élevée du corps humain, les détails physiologiques internes de l'accouplement et surtout qu'il s'agissait de la seule et unique activité où elle n'offrait aucune résistance voire, lui obéissait. Jo sourit en se disant qu'au vu des avantages, elle ne voyait absolument aucun problème à lui obéir dans ce domaine.

Surtout qu'il agissait presque normalement et ne faisait rien de taré pour une fois. Enfin à part le truc du «toucher du père». Un soir qu'ils étaient couchés, il avait mis la main sur son ventre et elle avait sentit une énergie qui était passée au travers elle jusqu'à l'embryon. Bordel, elle avait drôlement sursauté. Il avait dit que ça s'appelait le toucher du père et que tous les pères faisaient ça. Sauf que comme elle ne savait toujours pas si elle le garderait ou non, elle ne voulait rien savoir de son foutu toucher et il n'avait pas recommencé. Mais bon, elle ne lui en voulait pas trop non plus. C'était un vulcain et les vulcains faisaient toujours des trucs bizarre.

Jo sortit de la douche, s'essuya et enfila un survêtement. Elle sourit par devers elle en songeant qu'elle devait se rendre à l'évidence, elle commençait à l'aimer. Rien de moins. Qui aurait cru que ça en arriverait là mais finalement, contre toute attente, on en était là.

La porte s'ouvrit avec un son de glissement et Jo leva la tête pour accueillir son vulcain mais elle vit plutôt Albert Stevenson, lieutenant officier à la sécurité qui la dévisageait.

– Le commandant n'est pas là, dit-elle en le dévisageant à son tour.

– Garde à vous 3em classe Kot ! ordonna t-il sévèrement.

Putain de merde pour qui il se prenait ce trou du cul ?! Malheureusement, même si elle était chez-elle, un officier avait tous les droits sur ses subordonnés. Elle se leva et se mit au garde à vous même si elle avait plutôt envie de lui éclater le nez comme une pastèque. Il entra sans y être invité et la porte se ferma derrière lui. Il s'avança dans la chambre et s'arrêta à trois pouces d'elle pour la dévisager avec des yeux bleus perçants. C'est à ce moment que Jo compris qu'elle était dans la merde.

– Vous vous croyez maligne 3em classe Kot ? dit-il en la surplombant de tous ses grades.

– Je ne comprend pas monsieur, dit-elle en regardant droit devant elle ainsi qu'il convenait lorsqu'on se faisait rabrouer par un supérieur.

– Vous croyez que je ne vois pas votre petit jeu Kot ? Vous nous prenez pour des imbéciles? dit-il avec un éclat de haine dans l'œil.

Elle se tint bien droite en attendant la suite, incertaine de ce que tout ça voulais dire.

– Des salope qui se font foutre en cloque pour grimper les échelons, on en a vu d'autres avant ça, lança t-il comme un crachat.

Alors c'était ça que ces connards pensaient … putain de merde. C'était foutrement injuste!

– Je suis toujours troisième classe monsieur, fit-elle remarquer.

– Je ne vous ai pas posé de question ! lui cria t-il dessus.

Jo serra les poings, ayant toutes les misères du monde à garder son sang froid. Elle y parvint pourtant tandis que Stevenson la dévisageait avec dégoût.

– Peu importe ce que vous ferez, vous n'aurez jamais votre place ici Kot, gronda t-il.

Il la dévisagea longuement.

– Qu'est-ce que vous foutez encore là Kot ?

– J'attends vos ordres monsieur.

Ce trou du cul voulait la faire sentir comme de la merde ? Parfait. Si elle avait réussi l'académie c'était justement parce qu'elle était capable de jouer à ce jeu de con. Il avait beau être dans les quartiers du commandant, elle était 3em classe et Stevenson avait tous les droits de l'engueuler … même s'il dépassait sérieusement les bornes.

– Je sais très bien ce que vous pensez Kot, dit-il menaçant. Je lis dans votre tête de petite connasse bas de gamme comme dans un livre.

Il s'approcha si près que sa respiration fit frémir des cheveux autour de son visage.

– Vous vous pensez sortie d'affaire ?! lui hurla t-il à deux pouces du nez.

Jo avala sa salive en se disant que tout ça dérapait sérieusement. N'ayant aucun droit de réponse, elle resta aussi impassible que son bouillant caractère le lui permettait.

– Tu crois que tu as remporté le gros lot mais c'est loin d'être le cas. Je vais te pourrir la vie et tu peux être sûre d'une chose, tu ne l'emporteras pas au paradis, gronda t-il comme une bête prête à mordre.

Il plongea ses yeux exorbités dans les siens alors qu'elle regardait droit devant elle.

– Sors d'ici. Je ne veux plus te voir, ordonna t-il.

Écrasée comme un insecte sous sa botte, elle releva la tête et n'ayant aucun autre choix, elle sortit de la pièce pour se buter à Spock qui la regarda étrangement. Putain de merde, manquait plus que ça ! Il leva les yeux et aperçut Stevenson qui se mit au garde à vous. Jo pensa à toutes vitesse. C'était une putain de situation délicate. Si elle restait, elle désobéissait à Stevenson. Techniquement, elle pouvait le faire parce que son mari était là et avait encore plus de grades que ce connard. Elle pouvait même brailler que l'autre taré l'avait menacé mais ce faisant, elle serait d'autant plus la salope de service aux yeux des officiers alors tout bien compté, le plus sûr c'était d'obéir aux ordres comme si de rien n'était.

– Je reviens plus tard, dit-elle comme si tout était normal.

Spock la laissa passer et regarda le lieutenant immobile au milieu de ses quartiers. Il s'avança vers lui en mettant les mains derrière son dos et lui fit face. Il avait parfaitement senti le trouble de Johann. Il n'ignorait pas que sa présence n'était pas appréciée des officiers et l'air buté du lieutenant laissait peu de doute sur ce qui venait de se passer. Il sentit monter en lui une impression étrange. Le besoin de défendre son épouse. Il y avait très longtemps qu'il n'avait pas eu cette impression. Des années, alors que ses camarades se moquaient de sa mère et de son sang humain.

– Manquer de respect au conjoint d'un supérieur est considéré comme un crime d'éthique de premier ordre et peut impliquer d'être rétrogradé monsieur Stevenson, l'informa t-il.

Stevenson releva la tête sans répondre et Spock le dévisagea un long moment en silence.

– Quelle est la raison de votre présence lieutenant ? demanda t-il avec tout le sérieux qui s'imposait.

– Je suis chargé de vous remettre ceci, dit-il en lui tendant une disquette bleue. C'est une pétition. La majorité des officiers demande à ce que Johann Kot quitte l'étage monsieur.

Il prit la disquette impassible.

– Je donnerai suite, dit-il.

Stevenson resta de marbre. Visiblement sa mission était terminée.

– Vous pouvez disposer lieutenant.

– Commandant.

Stevenson sortit la tête haute tandis que Spock regardait gravement la porte en se disant que les humain étaient des créatures incroyablement enfantines.

ooOOOoo

– Putain de merde, une pétition des officiers pour que je dégage! Tu imagines comment je me sens? dit-elle en se levant de son siège furieuse.

Spock la regarda peu ému.

– Non. Toi tu t'en fous. Tu t'en fous complètement!

– Johann, vous savez que cette attitude n'apportera rien de positif, dit Mccoy d'un air compréhensif.

– Mais bordel ça me rend dingue ! dit-elle en se rassoyant. Docteur, je lui ai dit mille fois que j'avais pas ma place dans ce trou ! Il s'en est foutu et voilà le beau résultat. Vous imaginez un peu ! Tout le monde parle que de ça. Une pétition des officiers contre moi ! Ça fait dix fois que je suis le super potin de la semaine parce qu'il comprend rien à rien ! MERDE !

– Je comprend la situation, assura Spock.

– Et tu comprends comment je me sens? demanda t-elle avec un ravissant sourire.

Il haussa un sourcil comme si c'était un aspect des plus secondaires et Jo regarda Bones comme quoi on était pas sorti de l'auberge.

– Spock d'après vous, comment se sent Johann ? tenta Bones.

– Irritée.

– Non, dit-elle en le regardant sérieuse. Merdique, je me sens merdique.

– En général, et particulièrement dans ton cas, l'usage de vulgarité indique de l'irritation.

– Pour info, se sentir merdique est pire qu'être irrité ! De l'irritation c'est comme avoir envie de se gratter. Se sentir merdique c'est comme une grosse puanteur émotive dégueulasse qui vous colle aux basques ! expliqua t-elle comme à un enfant de six ans.

– Votre colère est parfaitement normale Johann, assura Bones. Mais je vois aussi certaines améliorations très positives dans votre relation. Par exemple, j'ai remarqué que vous vous tutoyez.

– C'est en effet une amélioration notable, approuva Spock.

– Bha ouais …, dit Jo toujours grognon, on s'est un peu rapprochés.

– Nous avons eu douze accouplements depuis la dernière rencontres, indiqua Spock. Quatorze si on compte les deux fois où Johann a eu assez d'orgasmes préalables pour ne pas demander de pénétration subséquente.

Jo prit un air embarrassée.

– Le docteur Mccoy n'a pas besoin de tant de détails, assura t-elle en lui lança un regard de reproche.

– Ne vous en faites pas. J'ai été marié, dit Bones pour la mettre à l'aise

Jo fit une mine renfrognée, tout de même peu enthousiaste devant un tel déballage d'intimité.

– Tes cris de jouissance lors de l'accouplement étaient le sixième point mentionné dans la pétition, souligna Spock en frais de preuve.

Jo le regarda l'air de ne pas y croire puis se cacha la figure dans les mains et éclata de rire.

– Putain, t'es trop con! dit-elle hilare. C'est pas croyable.

Mccoy eut beaucoup de mal à garder son sérieux professionnel.

– Merci monsieur Spock. C'est noté, dit-il en se mordant la lèvre.

– Le noter est inutile. La pétition est enregistrée officiellement et peut-être consultée sur l'ordinateur de bord.

Jo cessa de rire soudainement.

– Merci de me le rappeler, dit-elle en réalisant que l'équipage au grand complet allait savoir qu'il la faisait bêler comme une putain de chèvre.

Bones se racla la gorge.

– Alors si je comprend bien, vous allez emménager ailleurs ? dit-il pour changer de sujet.

– Oui, confirma Spock.

– Moi je dis qu'on devrait reprendre la chambre qui a servi pour la mission. On aurait la paix. Mais lui il préfère l'étage des techs. Sauf qu'évidemment, je lui donne pas deux semaines avant de se ramasser une pétition dans le même genre que la mienne.

– Pourquoi dites vous cela ? demanda Bones.

– Vous imaginez un peu si les pauvres mécanos se retrouvent coincés avec ce manche à balais chez-eux ? Il applique chaque demi-règle à la lettre. Plus le droit de rien faire ! Plus de déconnage, plus de jurons, plus de biberons, plus de soirée poker ni rien ! Bordel, il y a de quoi se taper un dépression spatiale en moins de deux.

– Le code de vie de Starfleet désapprouve les jeux de hasard, rappela Spock.

– C'était juste un exemple pour illustrer, mentit-elle. T'inquiète, Scotty gère total. Sans blague docteur, c'est juste parce que les mécanos le connaissent pas sinon je vous jure, la pétition serait déjà envoyée.

Mcoy approuva. Évidemment, si Spock se retrouvait chez les techs, le moral des troupes allait en prendre un coup.

«Journal de bord du docteur Leonard Mccoy. Malgré des désaccords et des mésententes compréhensibles, Johann et Spock se sont rapprochés et leur relation semble repartie sur des bases plus positive. Je recommande qu'ils emménagent dans les quartiers du niveau vingt-quatre peu importe ce que Spock en dit. Je suggère également qu'à la fin de la semaine, le capitaine fasse une visite de courtoisie afin de s'assurer discrètement que la cohabitation se passe toujours bien

ooOOOoo

Kirk suivi le couloir du vingt-huitième en se disant que c'était vraiment le fond de cale du vaisseau. Il n'y avait pas un chat et c'était un peu glauque. Malgré tout c'était mieux que d'essuyer les plaintes et doléances des officiers ou des mécanos. Là dessus d'ailleurs, il l'avait échappés belle et il pouvait remercier Bones de lui avoir évité le pire. Il arriva enfin devant la porte qui s'ouvrit devant lui. Jo assise à la table se leva et Spock sortit de derrière son bureau pour l'accueillir.

– Capitaine, nous vous attendions, dit Spock posément.

– Monsieur Spock. Madame Kot, salua t-il.

– Capitaine, dit-elle intimidée.

Il jeta un coup d'oeil à la chambre. Elle était presque plus grande que les anciens quartier de Spock mais était disposée de façon semblable. Il manquait les décorations vulcaines que Spock appréciait mais comme nul ne l'ignorait sur le vaisseau, Kot avait tout mis en pièce alors c'était plutôt normal.

– C'est charmant. Vous allez être très bien ici.

– Ben c'est pas encore fini d'arranger, dit Jo en se mordant la lèvre nerveusement.

Kirk la regarda avec un sourire amical.

– Johann, si vous le voulez bien, oublions ce qui s'est passé il y a quelques semaine. Tout était plutôt … confus. D'ailleurs pour me faire pardonner, je vous ai apporté ceci, dit-il en mettant une longue bouteille orangée sur la table. Scotty m'a dit que vous appréciez ce genre de breuvage. Vous avez même remporté un concours de beuverie à ce que j'ai pu comprendre.

Jo sourit embêtée. C'était vrai qu'elle savait descendre les verres comme pas un mais Spock allait clairement péter un câble.

– Je crains que ceci soit inapproprié capitaine, dit Spock comme on pouvait s'y attendre.

– Normalement oui mais comme il s'agit d'odo'itel cardassien, je crois que nous pourrons faire une exception, dit-il en souriant en coin.

Jo ouvrit de grands yeux. Tout le monde connaissait cet alcool. Le seul et unique de l'univers qui pouvait être bu sans danger par les femmes enceinte. Sauf que ce truc était si complexe qu'il ne pouvait pas être synthétisé et coûtait la peau des fesses alors pour à peu près toutes les femmes qui avaient une brioche au four, l'odo'itel cardassien était et resterait un fantasme inaccessible.

– Vous êtes sérieux? dit Jo qui n'arrivait pas à croire à sa chance.

– Les capitaines reçoivent souvent des présents diplomatique mais j'avoue que parfois on se demande ce qui leur passe par la tête, dit Jim considérant qu'il ne risquait pas de se retrouver enceinte un jour.

– Dans le cas de cet alcool particulier, je n'ai pas d'objection, dit Spock conciliant.

– Alors allez nous chercher des verres monsieur Spock, dit Jim en s'asseyant avec un clin d'oeil à la jeune femme.

Ravie de cette bonne surprise, elle lui rendit son sourire et s'assit devant lui. Spock apporta les verres que Jim se fit un devoir de servir. Jo prit une bonne gorgée et ses yeux pétillèrent de plaisir.

– Woooh. C'est drôlement fort ! dit-elle enchantée.

– Oui … très fort, croassa Jim avec une grimace.

Jo pouffa l'air de dire qu'il n'était pas trop résistant. Ça ressemblait un peu à de la vodka bien rêche et on le sentait passer.

– Spock m'a dit que ça fait un bail que vous vous connaissez tous les deux, dit-elle d'excellente humeur.

– Disons que nous en avons vu de toutes les couleurs ensemble. Tenez, par exemple, saviez-vous que nous avons déjà été sur une planète qui était une sorte de parc d'amusement. Toutes nos pensées et nos souhaits devenaient réalité.

– Sans blague. Et Spock a fait apparaître quoi ?

– En fait, rien du tout. La seule chose qu'il voulait, c'était de retourner sur l'Enterprise, dit Jim moqueur.

Jo éclata de rire.

– Pourquoi je suis pas surprise, dit-elle en se servant un nouveau verre.

– Le désir de « voir réaliser ses rêves ou ses fantasmes» n'est pas très sérieux d'un point de vue vulcain.

– Non mais sérieusement capitaine, vous l'avez déjà vu se lâcher ? demanda Jo qui tenait enfin une source de renseignements fiables sur son mystérieux époux.

– Hum … Une fois je crois. C'était sur Omicron Ceti III si je ne m'abuse.

– C'est exact capitaine mais je ne crois pas qu'il soit utile de parler des détails de cette affaire.

– Allons, Johann est votre épouse et les épouses sont très friandes de ces détails justement, dit Jim qui remplit son verre à nouveau.

– Bha oui, c'est sûr, dit-elle tandis que Spock semblait plus ou moins enthousiaste.

– Il y avait sur cette planète une fleur qui rendait les gens très ... heureux, raconta Jim. Spock a reçu du pollen et je l'ai vu de mes yeux se balancer à une branche la tête en bas pour impressionner une jolie fille.

– Non, dit Jo incrédule.

Spock haussa un sourcil blasé en croisant les bras.

– Oui. Mais bien sûr, dès que le pollen a cessé de faire effet, nous avons aussitôt retrouvé notre Spock.

Jo mit ses coudes sur la table et posa son menton sur ses mains jointes.

– Et vous avez d'autres histoires comme ça ? dit Jo ravie d'en apprendre un peu plus sur son vulcain.

Jim enhardi par le breuvage cardassien lui raconta quelques unes de leurs aventures rocambolesques. Ce voyage dans le temps où Spock avait réussi à faire un ordinateur avec des globes de radio aussi vieux que des dinosaures. Il en avait tant fallu qu'il ne devait plus rester une seule radio fonctionnelle dans le quartier. D'ailleurs, cette fois là, pour expliquer les oreilles de Spock, il l'avait fait passer pour un chinois qui dans l'enfance s'était coincé les oreilles dans une machine à ramasser le riz. Il lui raconta aussi que sur une planète minière où une créature attaquait les travailleurs, Spock avait réussi à communiquer avec le monstre et l'avait si bien amadoué que la horta était devenue la meilleure alliée de la colonie. Ou encore cette fois où une de ses ancienne maîtresse avait décidée de se venger en échangeant de corps avec lui. Tout le monde le prenait pour une folle mais malgré qu'il soit coincé dans le corps d'une femme, Spock avait fait une fusion mentale et l'avait reconnu.

– Sans lui, j'étais fichu, dit Jim en levant son verre à son ami.

– Dites donc, pour qu'il vous reconnaisse juste en regardant dans votre tête, il faut vraiment que vous soyez des super potes.

– Le mot le plus exact est t'hy'la en vulcain, dit Spock. C'est un terme qu'on peut traduire par ami, frère ou amant.

– Amant ? dit Kirk en le dévisageant.

– Cet aspect n'est pas nécessairement présent dans toutes les relations entre t'hy'la, souligna Spock.

– Alors vous n'avez jamais …, dit Jo intéressée.

– Hein? Heu … Non, assura Kirk en insistant sur la négative.

– Dommage, dit-elle pour les taquiner. Vous iriez très bien ensemble.

– Malheureusement je crains que la place ne soit déjà prise, rétorqua Jim blagueur.

– Je suis marié, approuva Spock qui semblait prendre les plaisanteries au sérieux.

– Ouais mais quand même, ça veut dire qu'un bon jour tu pourrais me tromper avec lui, supposa Jo faussement inquiète.

– C'est peu probable.

– Est-ce que cela veut dire que je ne suis pas à votre goût monsieur Spock ? dit Jim en lui tirant la pipe.

– À ma connaissance vous êtes attiré par les femmes capitaine, dit Spock comme pour le lui rappeler. Mais de toute façon, les vulcains sont des époux très fidèles. Nous considérons que les relations extraconjugales sont illogiques.

– Hon, comme c'est dommage, dit Jo en faisant au terrien un air désolé.

– Je devrai donc en prendre mon parti, dit Jim en feignant la déception.

Spock afficha une expression d'incertitude tandis que les deux humains s'amusaient de son air mystifié.

– Nous vous taquinons Spock, l'informa Jim.

Ce dernier leva un sourcil flegmatique qui laissait deviner en quel estime il tenait ce type d'amusement.

– De toute façon, si vous voulez mon avis, je crois pas qu'il s'en sortirait mieux avec les hommes qu'avec les femmes, dit Jo en souriant.

– Monsieur Spock a son petit côté Don Juan, assura Jim.

– Malgré tout, je vous garanti qu'il comprend trop rien aux femmes, dit Jo l'air de savoir de quoi elle parlait.

– Ne vous en faites pas. Ça viendra, dit Jim d'un air encourageant.

– Croyez-vous capitaine ? Il arrive que j'en doute tant les humains sont illogiques, dit Spock en veine de confidence.

– Mais oui ce n'est rien de compliqué. Les femmes sont toutes un peu semblables. Il suffit de savoir sur quel bouton peser, dit-il d'un air connaisseur.

Jo croisa les bras en le fixant. Putain de merde, qu'est-ce qu'il fallait pas entendre. Chez les techs, le mec qui osait sortir un truc pareil avait intérêt à être capable de prouver ses dires. Les femmes n'étaient pas légion en ingénierie et défendre l'honneur féminin en cas d'indélicatesse était considéré comme un devoir quasi-sacré.

– Et j'imagine que vous vous y connaissez capitaine, dit-elle mine de rien.

Il approuva avec un petit sourire faussement humble qui indiquait qu'il avait clairement besoin de se faire remettre les pendules à l'heure.

– Sans blague, je suis pas trop sûre de vous croire, dit-elle ironique.

– Je confirme que Jim a de nombreuses conquêtes à son actif, appuya Spock.

– Et alors. Ça prouve que dalle. Il est capitaine, les femmes adorent ça. Il peut se taper n'importe qui sans aucun effort.

Jim releva la tête, insulté qu'on puisse mettre son sex appeal en doute de façon aussi grossière.

– Je ne crois pas que les femmes m'apprécient parce que je suis capitaine, dit-il quelque peu piqué.

Jo haussa les épaules mine de rien.

– Ah ouais? Pourtant je vous trouve plutôt ordinaire, assura Jo.

Jim se racla la gorge en affichant un sourire crispé.

– Je vous ferai remarquer que je n'ai jamais tenté quoi que ce soit avec vous, dit-il pour sa défense.

– Écoutez je veux pas vous insulter. C'est juste que tous les mecs se croient la quinzième merveille du monde et au final, quand on les essaie, franchement, neuf fois sur dix il y a pas trop de quoi se vanter alors désolé de ne pas vous croire sur parole mais sérieusement … Vous avez tout l'air d'avoir la grosse tête ; … sauf votre respect.

Il la fixa incrédule. Il n'y avait pas à dire, question délicatesse, cette fille pouvait en remontrer aux klingon. Mais James T. Kirk n'était pas du genre à se laisser faire. Amusé malgré lui par ce rixe imprévu, il prit un air narquois.

– Vous croyez que j'ai la grosse tête ?

– D'habitude, quand un gars se vante de faire ce qu'il veut avec les femmes c'est forcément ça. C'est une question de probabilité. Moi j'y peux rien, dit-elle moqueuse.

– Donc selon vous, peu importe ce que je tenterais, ça n'a aucune chance de vous plaire.

– Pas la moindre, assura t-elle.

Il la fixa longuement comme s'il l'évaluait puis il haussa les épaules.

– En fait ce serait presque trop facile, dit Kirk confiant.

Jo pouffa en se foutant de sa gueule.

– Et sur quel bouton vous allez peser pour m'émoustiller monsieur ? demanda t-elle moqueuse.

– J'ai mon idée là dessus, dit-il un rien suffisant.

– Je parie que vous êtes totalement largué.

– Je vous parie que non.

– Et vous pariez quoi ?

Jim haussa les sourcils n'ayant pas pensé à cette possibilité.

– Que diriez-vous du reste de la caisse d'odo'itel. Il reste trois bouteilles.

Jo sourit ravie.

– Ça me va. Et si vous réussissez à me faire changer d'avis, je vous garanti de ne plus jamais douter de votre incroyable charme.

– Ça me semble juste. Mais il reste à savoir ce que votre époux en pense. Spock, avez-vous une objection à ce que je tente de charmer votre femme ? demanda Jim.

Il leva un sourcil dubitatif.

– Il serait illogique de croire que vous puissiez vous montrer déplacé envers mon épouse capitaine. Par contre, je vous préviens que Johann peut devenir agressive de façon imprévisible et qu'une certaine prudence s'impose.

– Heu … non mais bordel, je suis quand même pas une furie, se défendit Jo.

– Merci monsieur Spock. Je crois que je devrais pouvoir m'en sortir, dit Kirk confiant.

Jo plissa des yeux à l'endroit de son époux puis se recula dans sa chaise avec un air malicieux.

– Très bien. Voyons voir comment vous allez vous y prendre.

N'entretenant visiblement aucun doutes sur sa victoire, il lui fit un sourire de tombeur qui n'eut aucun effet notable.

– Lumière. Quarante volts. Musique. Fancy ship, dit-il en la regardant.

La lumière se tamisa et une musique lente et sexy se diffusa dans la chambre.

– Monsieur Spock. Seriez-vous disposé à m'aider à prouver mon point, demanda Jim.

– Évidemment capitaine, répondit Spock toujours là pour prêter main forte.

– Très bien, levez-vous. Et mettez-vous … hum … ici, dit-il en désignant le milieu de la pièce.

Spock s'en fut au lieu dit et il se tint bien droit attendant la suite des événements. Jim marcha jusqu'à lui.

– Spock, nous sommes t`hy'la avez-vous dit.

– En effet capitaine.

– Alors je crois que vous ne verrez pas de problème à cette petite démonstration.

Jim lui adressa ce bon vieux sourire qui voulait dire : «Je sais ce que je fais, faites-moi confiance» et Spock lui répondit par ce bon vieux regard qui signifiait qu'il n'en doutait pas une seconde.

Fancy ship, la musique qu'avait choisit le capitaine avait un petit quelque chose de tango. Elle était lente et mesurée mais avait aussi des accents virils et un petit quelque chose d'inquiétants. C'était quand même drôle de les voir ensemble comme ça tandis que l'éclairage chaud et tamisé faisait jouer les ombres.

Jim fixa Spock avec un regard profond tandis que ce dernier l'observait imperturbable. Le terrien releva la tête et lentement, au rythme de la musique, il entreprit de tourner autour de son second comme pour l'admirer sous toutes les coutures.

Jo compris qu'il allait lui draguer son mec en plein sous le nez. Pour ça il n'y avait pas à dire, c'était original. Par contre, question efficacité, le pari était risqué. Qui veut voir son mari se faire peloter par son meilleur pote ? Sans blague, elle n'était pas trop sûre de faire partie des amatrices de ce genre de petit jeu bizarre.

Tandis que le capitaine lui tournait autour, Spock restait de marbre et Jo se dit qu'il devait sûrement être confus vu que la drague, ce n'était pas trop sa tasse de thé. Le capitaine ne se laissa pas démonter pour autant et revenant devant lui, il lui lançant un regard de braise. Tandis que le saxophone lancinant prenait des accents graves, Jim fit mine de toucher son épaule et descendit la main le long de son bras mais en prenant soin de garder une distance, comme s'il caressait son aura. Spock leva un sourcil intrigué alors que les yeux plantés dans les siens, Jim le regardait sérieux. Le vulcain perdit son air étonné et impénétrable, observa son capitaine.

Le violon se commit de quelques notes dramatiques et le terrien s'avança dans l'espace privé de son ami jusqu'à ce que le tissus de leur poitrine se frôle presque. Il ferma les yeux, respirant l'odeur subtile du vulcain. Jo savait ce qu'il sentait. Une odeur unique de sable sec avec un zeste de cuivre et une légère pointe fraîche d'agrume. Comme si c'était plus fort que lui, Jim l'entoura de ses bras. Jo s'attendit à ce que Spock se crispe mais il n'en fut rien et elle remarqua que le capitaine gardait ses distances et ne lui touchait pas. Un peu comme s'il faisait semblant. S'il lui avait touché, peut-être qu'elle aurait trouvé ce petit jeu un peu trop bizarre mais considérant cette réserve, elle dû avouer que le spectacle avait quelque chose d'intéressant.

Sensuel, Jim laissa courir ses mains à deux doigts de son dos et s'attarda lentement à descendre le long de ses hanches qu'il fit mine de d'attirer contre lui. Le piano se joignit au violon comme les averses fraîches égaient les soirs d'été.

C'est alors que Spock eut ce regard. Un regard sombre et feutré. Le vulcain leva la main droite qu'il tint dans les airs, le majeur et l'auriculaire séparés en forme de V. On aurait dit qu'il invitait Jim à le toucher. Ce dernier leva la main et la posa légèrement sur la sienne. Ce fut Spock qui le caressa. Une caresse lente, presque furtive. Jo ne put s'empêcher de ressentir un frisson agréable tandis que la chair de poule courait sous la manche du terrien. Juste à la façon dont ils se regardaient, on voyait qu'ils partageaient une grande complicité et une amitié profonde. Deux esprits qui se comprennent, s'aiment et s'admirent.

Ils se dévisagèrent un long moment puis comme s'il était saisi par le désir, Jim laissa sa main et plia les genoux pour descendre son visage le long de sa poitrine. Spock baissa la tête pour le suivre du regard alors que Jim l'effleurait presque de ses lèvres. Jo troublée les regarda en se disant que sans blague, c'était quand même chaud leur truc. Il descendit encore, effleurant son ventre jusqu'à ce qu'il frôle l'ourlet de l'uniforme du menton puis il refit le chemin inverse alors que violon et piano se liaient l'un à l'autre, plus passionnés. La jeune femme se mordit la lèvre. Bordel, il était tellement beau son foutu vulcain quand il faisait cette tête. Et puis l'admirer de loin comme ça, alors qu'un autre lui tournait autour, franchement, ça lui donnait tout plein d'idées.

Jo eut l'impression que Spock rayonnait d'une sensualité étrange, attirante, presque charnelle et elle se demanda s'il avait cet air là quand il la regardait elle. Remontant le long de sa poitrine, Jim leva la tête et Spock baissa imperceptiblement la sienne comme une invitation. Ils se rapprochèrent imperceptiblement et elle espéra qu'ils allaient oser. Elle voulait bien voir ce baiser; en fait elle voulait vraiment le voir ce baiser. Leur visage se rapprochèrent et le terrien ferma les yeux. Lorsque leurs bouches furent à un cheveu de se toucher, la musique se tut et Jim afficha un sourire victorieux.

– Comme je le disais, c'était presque trop facile, dit-il en se reculant d'un pas.

Il regarda Jo avec l'air satisfait de celui qui vient d'empocher la mise.

– Hein ? dit la jeune femme qui ne pensait plus du tout aux enjeux.

– C'est un fait. Vous avez remporté le pari capitaine, approuva Spock.

Jo resta interdite une seconde puis réalisa qu'elle s'était drôlement fait avoir.

– Quoi ? Pas du tout!

Spock leva un sourcil étonné.

– C'est indiscutable, dit-il sans comprendre pourquoi elle niait.

Évidemment son sapré mari avait sentit qu'elle s'était troublée. Bordel, ça c'était vraiment pas de chance.

– Ça ne compte pas ! Vous vous êtes servi de lui ! argumenta Jo en songeant à la merveilleuse caisse de breuvage dionysiaque qui lui échappait.

Jim la regarda avec un sourire en coin.

– J'ai dit que je savais sur quel bouton peser pour plaire à une femme. Imaginons une console remplie de touche, Spock en est une. C'est celle que j'ai choisi et avec plein succès. N'est-il pas monsieur Spock ?

– C'est exact capitaine, dit le vulcain d'un air impartial.

– C'est lui qui m'a plu, pas vous, plaida Jo

– C'était par ricochet mais j'ai bel et bien réussi à vous plaire. Par conséquent, j'ai remporté le pari.

– N'empêche que c'est lui qui est sex, dit-elle en désespoir de cause.

– Peut-être mais c'est moi qui ait fait tout le travail, lui rappela t-il.

Jo le fixa un instant puis pouffa de rire. C'était vrai qu'il avait réussi son coup le salaud.

– Okay. D'accord. J'avoue que vous avez gagné.

– Ah! Enfin, dit Jim n'avait jamais douté de sa victoire.

Bonne perdante, elle leva son verre et il attrapa le sien pour trinquer avec elle.

– Alors c'est entendu. Je ne mettrai plus jamais en doute votre incroyable charme, promit-elle au son cristallin des coupes.

– À la bonne heure ! dit-il en avalant le breuvage d'un trait.

Elle l'accompagna et ils tapèrent leurs verres vides sur la table à l'unisson.

– Non mais sans blague, c'était quand même fort. Dites donc, vous êtes sûrs que vous et Spock vous n'avez jamais …, demanda t-elle d'un air intéressée.

– La question est plutôt, qu'est-ce qu'un homme ne ferait pas pour remporter un pari de ce genre, dit Jim moqueur. Comparé à d'autres missions, ce petit spectacle n'était pas très périlleux. Qu'en dites vous Spock?

– Je ne vois pas en quoi cette simulation était périlleuse capitaine.

– Comme vous dites, approuva Jim. Et bien maintenant que cette question est réglée, je crois que je vais vous laisser. J'imagine que vous avez des choses à faire tous les deux, dit Jim en adressant un clin d'œil à la jeune femme.

– Votre petit spectacle ne m'a tout de même pas troublée à ce point capitaine, mentit Jo.

Jim sourit l'air de dire qu'il n'y croyait pas une seconde.

– Que diriez-vous de garder le reste de la bouteille en frais de prix de consolation ? demanda t-il bon joueur.

– C'est très aimable à vous, dit Jo ravie.

– Spock, dit-il en se tournant vers lui, je vous remercie pour votre accueil, c'était charmant.

– De rien capitaine.

– Johann, ce fut un plaisir.

– Pour moi aussi capitaine.

Il sortit en les saluant d'un signe de tête et aussitôt qu'il disparut, Jo lança un regard intéressé à son époux. Elle avala son verre d'un trait et s'avança près de lui avec un sourire en coin.

– Dis donc, tu regardais le capitaine d'une drôle de façon je trouve.

– C'est à dire ?

– Comme si tu l'aimais, dit-elle en badinant.

– Je suis attaché à Jim.

– Ouais, ça se voit. Et tu as ce regard pour moi aussi parfois ?

Jim était son capitaine et son t'hy'la.

– Non.

Elle battit des cils puis pinça les lèvres en se disant que c'était tout lui.

– Alors tu l'aimes plus que moi c'est ça ? demanda t-elle juste pour voir ce qu'il allait dire.

Pris au dépourvu par la question, il eut cette tête qui (elle le comprendrait un jour) indiquait qu'il cherchait parmi les diverses possibilités romantiques laquelle était la plus appropriée. Il baissa les yeux sur elle.

– J'ai un regard uniquement pour toi, dit-il en la serrant plus près de lui.

– Juste pour moi? demanda t-elle avec un sourire en coin.

– Évidemment, dit-il avec son air sombre.

– Alors tu es tout à moi ? murmura t-elle passionnée.

Il haussa un sourcil exaspéré qui signifiait qu' il était plus que temps qu'elle s'en rende compte et Jo éclata de rire en lui lançant un regard plein de désir.

– Baise-moi, dit-elle en ondulant contre lui.

– Est-ce vraiment ce que tu veux ? murmura t-il en effleurant ses lèvres. Te donner à moi ? dit-il en reprenant la réplique de Conrad de Beloeil.

– Oui, souffla t-elle en l'embrassant.

Elle fondit dans ses bras comme la comtesse de Neuilly et ayant enfin réussi à la faire capituler de la façon exacte dont les romans d'amour le décrivait, Spock ressentit une profonde satisfaction technique.


Note-

J'ai essayé ici de satisfaire tous les partis, tant celui qui ne jurent que par le Spirk que celui qui n'est pas trop amateur. Je me suis cassé la tête un bon moment sur ce problème et en procédant de cette façon, j'espère avoir réussi à plaire à toutes sans avoir pour autant déplu à personne. Cependant, même si on aime pas trop ce genre de classique, on ne peut qu'être impressionné par sa vitalité car le saviez-vous, le Spirk (Spock + Kirk) ne compte pas pour des prunes dans l'histoire de la fanfic.

En effet, si le slash est très populaire aujourd'hui et que peu de personnages masculins y échappent, le Spirk est un cas à part. On pourrait même dire de lui qu'il est le père de tous les slash car le premier slash connu de l'histoire moderne est bel et bien un Spirk. The ring of Soshern par Jennifer Guttridge, une petite nouvelle distribuée dans les cercles d'initiés qui date de 1968. Six ans plus tard, un slash Spirk sera publié officiellement pour la première fois dans le fanzine Grup. Une première dont le succès culmina rapidement dans la publication de fanzines uniquement dédiés au Spirk. Le premier fut publié en 1976 et dix ans plus tard, on comptait pas moins de trente magasines à la gloire des amours de nos héros. Par la suite, Internet prendra la relève, accueillant par milliers tous les Spirks que les fans veulent bien écrire.

En aparté, soulignons que Star trek n'a pas eu seulement l'honneur de donner naissance à la première fic slash. Il a accouché d'un autre rejeton tout aussi subversif. Croyez-le ou non, c'est d'une fiction Star Trek que le fameux personnage «Mary-Sue» tient son nom. Rien de moins. Pour info, les fics «Mary-Sue» mettent en scène une femme d'une beauté exceptionnelle, adulée de tous et plus que parfaite dans tous les domaines. C'est un profil récurrent qui dit-on, permettrait aux écrivaines de vivre par procuration une version fantasmée d'elles-mêmes. Bien entendu, Mary-Sue s'est faufilée dans la littérature longtemps avant l'avènement de Star trek mais il n'en reste pas moins que ce sont les trekkies qui en la nommant, ont officialisé son existence. (D'ailleurs, je souligne que Jo ne fait pas partie de cette catégorie … parce que sinon c'est que j'ai de vraiment drôles de fantasmes.)

Mais qu'en pensent les principaux intéressés ? Ce n'est quand même pas rien de se retrouver pour les siècles des siècles, le tout premier couple homosexuel a avoir conquis le cœur des fans de science fiction; fans qui d'ailleurs, seraient des femmes hétérosexuelles dans plus de 90% des cas. (Un coup du sort certes aussi inattendu et stupéfiant que le couronnement de Spock comme sex-symbol incontesté du XXe siècle).

Leonard Nimoy a été très réservé sur le sujet et le plus souvent a esquivé la question. Par exemple, lorsqu'on lui demande si quelque chose de plus aurait pu se passer entre Kirk et Spock il répond : «Ce que vous avez vu, c'est ce que nous avons fait. C'est la meilleure réponse que je puisse vous donner» (what you saw was what we did. That's the best answer I can give you.)

William Shatner est quant à lui beaucoup plus taquin lorsqu'on aborde le sujet. Il assure qu'il n'est pas stupide au point de sortir avec quelqu'un qui baise une fois au sept ans mais interviewé par James Jackson qui lui demande quel est à son avis la conquête favorite de Kirk il aurait répondu : «Spock, actually». Encore plus effronté, lors d'une entrevue télévisée de 1979 où on lui aurait demandé ce qu'il pensait du fait que dans le fandom lui et Spock étaient considérés comme plus que des amis, il aurait répondu : «Ils sont gays qu'est-ce que vous croyez» (Well, they're gay, what do you think?)

Si la Paramount, des assistants et des scénaristes ont totalement nié qu'il y ait quoi que ce soit de plus que de l'amitié à la tête de l'Enterprise, Rodenberry (qui a certes le dernier mot) semble plus ouvert sur la question.

« Oui, il y a certainement de cela, certainement une connotation amoureuse. Un amour profond. La seule différence avec l'idéal grec (c'est que) nous n'avons jamais suggéré dans la série un amour physique entre les deux. Mais c'est que ... Nous avons certainement eu le sentiment que l'affection était suffisante pour cela, si tel était le style particulier du 23ème siècle. (Il a l'air pensif.)« C'est très intéressant. Je n'y avais jamais pensé auparavant.»

(«Yes, there's certainly some of that, certainly with love overtones. Deep love. The only difference being, the Greek ideal... we never suggested in the series... physical love between the two. But it's the... we certainly had the feeling that the affection was sufficient for that, if that were the particular style of the 23rd century." (He looks thoughtful.) "That's very interesting. I never thought of that before.»)

Certaines pourront se désoler que Rodenberry n'y ait jamais pensé auparavant tandis que d'autres en seront fort aise mais si vous êtes de celles que cette question fascine, je vous invite à consulter l'article en anglais Kirk/Spock (TOS) ainsi que ses liens très intéressants sur le site fanlore)