Qu'en est-il de la sincérité chez les vulcains? La question m'apparaît digne d'intérêt car toujours dire la vérité et être sincère sont deux choses tout à fait différentes. La vérité, ce sont les faits tandis que la sincérité est «l'expression fidèle des sentiments réels». Les vulcains ont-ils seulement un mot pour ce qui serait une expression fidèle des sentiments réels ? Cela m'apparaît impossible. Tout ce qui a trait à l'expression de sentiments fussent-ils fidèles et réels (et peut-être même particulièrement dans ce cas) est terriblement grossier.

L'épisode The Enterprise incident, est probablement un des plus fouillé sur le sujet. Dans cet épisode, Spock est capturé par un vaisseau romulien et la capitaine se met à lui faire des avances. Faignant d'être lui-aussi sous le charme, Spock jouera la comédie afin de sauver Kirk et l'Enterprise. D'ailleurs il se montre plutôt crédible.

La capitaine – Les femmes romuliennes sont différentes des vulcaines. Nous ne nous consacrons pas à la pure logique et à la stérilité du manque d'émotion. Notre peuple est composé de guerrier souvent cruels mais nous connaissons également bien des plaisirs

Spock – Je ne connaissais pas cet aspect de la société romulienne.

En tant que vulcain vous pourriez l'étudier. En tant qu'humain, vous pourriez l'apprécier.

Spock se penche vers elle.

Croyez moi. Je l'apprécie déjà beaucoup.

J'en suis vraiment ravie

C'est alors que le capitaine lui propose de prouver sa loyauté en ramenant l'Enterprise sur Romulus. Lui faisant des avances à peine voilée, Spock lui propose d'attendre une heure, question que tous les deux aient un moment en privé… Visiblement sous le charme, elle accepte.

Comme on le voit ici, Spock se montre crédible. Mais jusqu'où est-il prêt feindre ? Ira t-il jusqu'à livrer la marchandise ? Oui. Chères amies, il semble vraiment prêt à tout.

Alors qu'elle sort de sa chambre vêtue de façon charmante (étrangement, en 1960, on considère les robes longues plus excitante que les micro-uniformes qui laissent voir la culotte en diaporama) la capitaine lui demande s'il trouve sa tenue plus appropriée.

Commandant, votre tenue n'est pas seulement appropriée, elle devrait attiser nos conversations, dit-il avec un regard de braise.

(Alors ici, on remarquera un certain manque de finesse. Imaginez mesdames que votre jules vous sorte un truc pareil … Franchement ce n'est pas le genre de réplique qui fait compter des points. Mais qu'à cela ne tienne, Spock se lance dans un irrésistible baiser vulcain. Il lève la main et lui pardonnant sans doute sa maladresse, la capitaine y joindra la sienne.)

Je n'arrive pas à croire que je puisse être aussi troublée par le toucher d'une main étrangère, dit-elle alors que Spock pousse l'audace jusqu'à caresser ses lèvres des doigts.

Je dois avouer que je suis moi aussi très … troublé. Je sais que c'est illogique …, dit-il en ayant l'air en effet vraiment troublé.

Monsieur Spock … Nous ne devons pas nous interroger sur ce que nous sentons vraiment. Acceptez ce qui se passe entre nous comme je le fais.

Sur ce, ils seront interrompus par l'alarme d'urgence car Kirk a profité de ces instants pour dérober le module d'invisibilité du vaisseau romulien. La capitaine réalise la duperie et après s'être ramassé une baffe bien méritée, Spock sera téléporté avec la capitaine sur l'Enterprise qui a réussi à le localiser in extremis. Ce dernier est chargé de conduire la prisonnière en réclusion et seuls dans l'ascenseur, ils auront une conversation très intéressante.

Spock – Je regrette que vous vous trouviez dans cette position. Ce n'était pas mon intention. La Fédération ne voulait que votre appareil d'invisibilité.

La Fédération? Et vous que vouliez-vous?

C'était mon seul intérêt en me rendant sur votre vaisseau.

Et c'est tout ce que vous avez obtenu.

Vous vous sous-estimez commandant.

Elle le toise, l'air incertaine de ce qu'il veut dire.

Capitaine– Vous savez que bientôt, nous arriverons à infiltrer le dispositif que vous nous avez volé.

Spock – C'est évident. Les secrets militaires sont les plus éphémères. (Il la regarde d'un drôle d'air.) Mais j'espère que vous et moi avons échangés quelque chose de plus permanent.

Bien qu'assez sibylline, cette dernière phrase laisse sous-entendre que finalement pour Spock, tout ça n'était pas uniquement que du bluff. Il considère qu'ils ont réellement échangés quelque chose lors de ces moments et donc, que lui-même a été sincère jusqu'à un certain point.

Mais jusqu'à quel point? Ça nous ne le sauront pas.

Cependant, nous pouvons déduire que la capitaine étant d'une espèce cousine, Spock a peut-être été pris par surprise par le trouble qu'il a éprouvé lors du baiser vulcain (ce que le jeu de Léonard Nimoy laisse deviner). Mais pourrait-il en être de même avec un humain? De ce que nous en savons, cela ne s'est jamais produit lorsque Spock était dans son état normal.

Par contre, d'autres vulcains se sont trouvés dans des situations quelque peu similaires pouvant nous éclairer. Dans Blood fever, (VOY) Vorik en plein pon farr feindra devant le docteur-hologramme que sa fièvre est terminée pour réussir à rejoindre B'Elenna (demi-klingon) dans l'espoir de s'accoupler à elle. Plus intéressant est l'univers miroir dans lequel T'Pol feindra de vouloir coucher avec le terrien Tucker mais le pauvre n'aura droit qu'à un minimum de préliminaires car une fois seule avec lui, la vulcaine lui implantera plutôt un projet de sabotage par fusion mentale.

Fait intéressant, dans Star trek toutes les duperies vulcaines ont pour théâtre des situations à caractère sexuel. Vorik qui feint ne plus avoir de désir pour réussir à s'accoupler tandis que Spock et T'pol, feignent de vouloir s'accoupler pour prendre quelqu'un au piège. Seul Spock semblera troublé par l'expérience mais bien sûr, il s'agissait de sa première rencontre avec une romulienne entreprenante.

Je dirais donc que les vulcains accordent beaucoup plus d'importance à la vérité qu'à la sincérité, aspect très secondaire puisqu'il relève de l'expression de sentiments. J'en déduis que les vulcains éprouvent assez peu de scrupules à feindre lorsqu'ils ont affaire à des terriens, surtout s'il est question de faire croire à un attrait sexuel. Cependant, comme Tucker, le docteur et la capitaine, il y a fort à parier que le dupé ne voit pas quant à lui, les choses aussi sereinement.


Spock rangea le stylus, ferma l'appareil et se leva de son bureau pour passer dans la chambre. Ses tâches étant terminées, il était temps de s'occuper de son épouse. Jo qui lisait sur le lit leva les yeux de sa tablette en le voyant enfin entrer. Avec des gestes lents et mesurés, il retira son chandail qu'il glissa dans la trappe et Jo sourit en coin. Il apprenait drôlement vite. Depuis quelques temps, plutôt que lui demander si elle voulait s'accoupler, il lui faisait un strip-tease l'air de rien. Sans blague, c'était beaucoup plus intéressant. Il enleva ses pantalons et Jo admira ses mouvements félins tandis que les muscles souples jouaient sous la peau. Il retira son caleçon qui subit le même sort que le reste et s'approcha du lit. Jo le regarda non sans jeter un œil intéressé au modeste équipement qui, s'il n'en jetait pas tellement question taille, se révélait néanmoins d'une redoutable efficacité.

– Puis-je? demanda t-il en parfait gentilhomme.

Très dame du monde, Jo lui indiqua la place près d'elle d'un gracieux mouvement du poignet et feignit de se replonger dans la lecture de mécanique. Il s'assit près d'elle, allongea les jambes devant lui et laissa courir ses yeux sur son corps. Il avança la main et effleura sa cuisse du bout des doigts comme pour en vérifier le velouté. Jo le regarda en coin et il haussa un sourcil interrogateur. Elle lui sourit des plus intéressée et Spock reprit sa caresse furtive.

Ça aussi c'était nouveau. Il avait enfin compris que les avances terriennes étaient faites de subtilités non-verbales plutôt que d'une approche du genre «veuillez cocher oui ou non». Elle posa sa tablette et se cambra légèrement, indiquant qu'elle était drôlement réceptive. Elle glissa sa main sur sa peau fraîche en relevant la tête et le vulcain y voyant une invitation, l'embrassa tout en l'entourant de son bras. Il suivit avec application le rythme de la respiration de son épouse, augmentant le sien dans les mêmes proportion jusqu'à ce qu'elle se mette à gémir, l'une des façons les plus classiques de démontrer de l'excitation à l'endroit de son partenaire.

Déterminant que le moment était parfait pour tenter une nouvelle expérience, il la saisit avec une certaine brusquerie et la souleva du lit en l'appuyant contre le mur. Jo sembla surprise mais sa pupille s'agrandit et Spock en déduit que sa réaction était positive. Il appuya son bassin contre elle à intervalle régulier, mimant l'accouplement puis glissa les doigts dans ses cheveux et referma son poing, lui faisant lever la tête comme si elle lui offrait son cou. Il la mordit en prenant garde de ne pas lui occasionner trop de douleur et l'excitation évidente de la jeune femme monta d'un cran.

Il apparaissait évident que Johann appréciait une certaine dose d'agressivité lors de l'accouplement. Une propension assez courante chez les terriennes. Le tout étant par contre de savoir jusqu'à quel degré cette approche s'avérait appropriée puisqu'une agressivité trop importante aurait l'effet opposé à celui recherché. N'empêche qu'il appréciait qu'elle se montre enfin ouvertement soumise surtout qu'il n'était pas exclu que cette attitude lors de la copulation puisse s'étendre graduellement à d'autres domaines.

Avec des gestes brusques, il arracha son survêtement puis sa culotte sans la reposer sur le lit et Jo se sentit follement excitée par sa force. Bordel, on aurait dit qu'elle ne pesait pas plus qu'un sac de plume dans ses bras. Il plongea ses yeux dans les siens et Jo y lut un désir animal qui l'échauffa encore d'avantage. Il la retourna avec une facilité déconcertante pour la placer dos à lui et elle sentit son membre dur s'appuyer contre elle. Il la saisit fermement et appuya sa main à la base de son dos, faisant passer l'énergie du koon-ut-so'lik dans son bassin. La jeune femme tenta de se contrôler mais elle n'y parvint pas et le frisson orgasmique la traversa aussitôt.

Derrière elle, Spock leva un sourcil contrarié. Il n'avait pas prévu qu'il puisse en venir à se montrer trop efficace. En fait, plus elle se montrait réceptive à ses avances, plus il s'avérait difficile de contrôler l'excitation de sa femelle. L'orgasme se manifestait beaucoup trop rapidement considérant qu'une relation sexuelle devait durer un minimum de huit minutes pour que le lien entre les partenaires soit renforcé au niveau psychologique. C'était donc un point à travailler. Heureusement, les femelles humaines étaient multi-orgasmiques et il se rassit sagement sur son côté du lit afin de laisser l'organe clitoridien se rétracter ce qui lui permettrait de reprendre l'accouplement d'ici une vingtaine de minutes, lorsque l'excitation serait moindre.

En ayant un peu l'impression de flotter sur un nuage, Jo se laissa choir à sa place où elle s'étendit langoureusement. Bordel de merde … ça c'était trop génial. Elle le regarda avec des yeux brillants en n'arrivant toujours pas à croire à sa chance. Comment est-ce qu'il avait pu passer du pire crétin imaginable au mari idéal et encore mieux, à l'amant de ses rêves les plus fous.

Elle laissa courir ses doigts sur sa cuisse alors qu'il semblait méditer calmement près d'elle. Il la regarda comme s'il l'évaluait puis il fixa de nouveau le mur devant lui, donnant l'impression que l'évaluation n'était pas concluante. Bon, c'était vrai qu'il avait toujours des façons un peu bizarre de se comporter mais à tout prendre, ce n'était pas si grave. Après tout, c'était un extraterrestre alors quoi de plus normal.

Sans blague, elle commençait à vraiment l'aimer. C'était au point où elle se voyait même rester avec lui. Rester longtemps. Et même oui, avoir des enfants avec lui … Des petits monstres avec des oreilles marrantes qui la feraient sûrement devenir dingue mais qui seraient trop mignons parce que ce serait des minis-lui. Elle sourit en réalisant que sa décision était prise depuis un bail. Ça s'était produit tout doucement, à mesure qu'elle se mettait à l'apprécier mais maintenant se faire avorter, c'était impossible. Elle le voulait ce gamin.

– Tu sais quoi? chuchota t-elle, Je crois que j'ai pris ma décision.

– Quelle est-elle? demanda t-il aussi indifférent que si elle lui parlait de ce qu'ils allaient manger pour souper.

Elle hocha la tête l'air de ne pas y croire. Non mais parfois, il avait quand même de ces attitudes qui la rendaient dingue.

– On dirait que tu t'en fiches, dit-elle d'un ton de reproche. J'imagine que c'est parce que peu importe ma décision, ça ne changera rien entre nous.

- Non. Ça ne changera rien.

Elle se retourna sur le dos en soupirant.

- Tu sais, y'a des trucs avec toi ... je peux juste pas m'habituer. Ça me fait trop bizarre. Comme là tu vois, pour un terrien ce serait vraiment un moment important.

- Je ne comprend pas ce que tu veux dire.

- Ce que je veux dire c'est que par exemple, si je voulais garder le gamin, un terrien serait vraiment heureux. Il me prendrait dans ses bras et ce serait génial. Tu vois, un moment de joie vraiment spécial entre un homme et une femme. mais là, toi tu ne diras rien ou tu vas garder ton air coincé et tu vas dire «c'est bien» ou alors «tant mieux» parce qu'au fond tu t'en fous ou je sais pas trop, dit-elle déçue d'avance.

- Cet aspect peut être vu comme positif. Si j'étais humain et que tu choisissais d'avorter, je t'en voudrais, j'éprouverais des émotions négatives, je te laisserais ou même je me vengerais. Les conséquences de ton choix auraient des répercussion sur ton partenaire. Ce n'est pas le cas avec moi.

Jo soupira et se redressa pour s'asseoir à côté de lui.

- Bha ouais mais puisque tu en veux tellement de ce mioche, tu n'as pas envie de m'influencer justement?

- Je l'ai fait.

Elle lui renvoya un regard surpris.

– Sans blague?

– Oui. J'ai motivé ton attachement à mon endroit.

La jeune femme le dévisagea en fronçant les sourcils.

- Comment ça?

- J'ai agi de façon humaine afin que tes dispositions soient plus favorables.

– Bha ouais, je sais mais au juste au début.

Il la regarda étonné. Les humains avaient vraiment un don pour s'aveugler volontairement.

– Agir comme un humain ne sera jamais naturel pour moi.

- Tu veux dire quoi exactement ? Que comment tu es avec moi, tout ce qu'il y a entre nous, c'est juste pour m'influencer ? dit-elle sans vraiment y croire.

Il garda le silence un instant comme s'il lui coûtait de se lancer dans cette discussion.

– Oui.

Jo en fut si stupéfaite qu'elle resta figée un instant. Elle se releva sur ses genoux et le regarda comme si elle tombait des nues.

- Non mais attend un peu, dit-elle comme si elle ne pouvait pas le croire. Tu veux dire que tu fais juste semblant de m'aimer?

- Évidemment, dit-il comme si ça allait de soi.

Elle le fixait les yeux agrandis, totalement stupéfaite.

– Cette stratégie me permet de créer des conditions favorables qui ont diminuées ton agressivité à mon endroit, ont motivées ton affection et augmentent les chances que tu garde l'enfant.

- Ha oui? Et c'est quoi ces putains de conditions favorables? cracha t-elle.

Spock la fixa comme si ça allait de soi.

- Que tu m'aimes, essentiellement.

Spock reçu une baffe magistrale qui claqua sur sa joue comme un fouet.

- Bordel de merde! Tu réalises que c'est la pire des trahisons ! hurla t-elle en se relevant du lit.

Toujours assit, il la dévisagea d'un air étonné.

- J'ai agi conformément aux codes de communication terriens comme l'aurait fait n'importe quel mâle humain, souligna t-il.

Jo le regarda comme si elle allait le tuer sur place. Un air que Spock n'eut aucun mal à déchiffrer

- En quoi ais-je mal agi ? demanda t-il intrigué.

- Mal agi ?! Bordel! Tu m'as manipulé pour que je t'aime! cria t-elle furieuse.

- C'est la façon terrienne de faire les choses, dit-il comme si c'était l'évidence.

- Ça va pas dans ta putain de tête! Tu crois vraiment qu'on est tous des hypocrites!

- Vos relations sentimentales sont ainsi faites, assura t-il. Les comportements de l'un visent essentiellement à influencer les comportements de l'autre.

- Et d'où tu sors ces putains de conneries?!

- De nombreuses lectures et de mon expérience avec les humains. D'ailleurs après notre mariage j'ai agi en fonction de la seule logique mais ta réponse s'est révélée extrêmement négative. J'ai dû me résoudre à agir de façon humaine et t'influencer pour que tu sois capable de développer un lien émotif avec moi.

- Bordel, tu me prends vraiment pour une conne! Tu m'as MANIPULÉ pour que je développe un lien émotif avec toi !

- Crois-tu qu'un mâle humain ne te manipulerait pas ? C'est ainsi que vous communiquez entre vous, c'est de cette façon que vous réglez vos différents et que vous arrivez à fonctionner en couple. Vous vous influencez les uns les autres.

- Ha oui, parce que les foutus vulcains sont tellement mieux!

- Les vulcains n'ont pas à s'influencer parce que c'est la logique qui détermine quels comportements seront adoptés par les conjoints. Rien d'autre.

- Et nous les humains on est tellement cons à comparer !

- Je ne dirais pas cela mais il est indéniable que dans 82.6% des cas où j'ai agi logiquement tu m'as agressé. Cela ne se produit pas lorsque je feins une approche sentimentale.

Jo tremblait presque de rage et Spock la regarda longuement.

- Tu es beaucoup plus «heureuse» depuis que j'agis conformément aux instincts terriens. C'est d'ailleurs la première fois que tu me frappes depuis que j'ai adopté cette stratégie.

- Putain, qu'est-ce que ça vaut d'être «heureuse» s'il y a rien de sincère dans ce que tu fais! cracha Jo.

– Je t'ai déjà informé que j'ai étudié les relation de couple humaine afin d'agir conformément à celle-ci. Ceci étant, ta surprise m'apparaît illogique.

– Putain, comment j'aurais pu savoir que c'était à ce point ? Que nous deux c'est juste du bluff ?! Que tu me mens! Que tu joues avec moi comme un foutu pion!

Spock la fixa un moment. Visiblement, elle n'avait pas conscience de sa façon de communiquer.

- Tout à l'heure, tu m'as parlé de la façon dont un mâle humain agirait si tu lui annonçais que tu renonces à avorter. Pourquoi m'as tu parlé de cette possibilité? demanda t-il.

- Putain pour parler. C'est ça que les couples font merde!

- Non. C'est ce que les humains font. Tu m'as clairement indiqué la façon dont tu aimerais que je réagisse, dit-il en la regardant fixement. Tu as même mis en parallèle ma réaction la plus probable (qui serait à éviter) et la réaction qui selon toi serait la plus appropriée.

- Tu délires! J'ai jamais dit ça comme ça! se défendit-elle.

- Bien sûr que non. Manipuler exige de se montrer subtil.

- Putain de merde, je rêve ou tu oses m'accuser !

Spock haussa un sourcil étonné.

- Je ne t'accuse pas puisque je ne te reproche rien. C'est simplement de cette façon que les humains communiquent.

Jo le regarda terriblement troublée. Bordel, est-ce que c'était vrai? Est-ce qu'elle avait vraiment essayé de le manipuler? Elle s'arrêta à y penser. C'est certain qu'en quelque part, elle aurait bien aimé que ce soit un moment spécial entre eux. Alors peut-être qu'au fond, en quelque part, elle avait essayé de l'influencer un peu. Bha ouais mais juste un peu … Elle baissa la tête en réalisant que ce salaud avait tout de même raison.

- Ben je voulais pas te forcer à rien, se défendit-elle.

- Tes indications sur les réactions attendues de la part du mâle étaient très claires et je m'efforcerai d'y souscrire de mon mieux, assura t-il.

- Ça veut dire quoi? Que tu vas faire semblant d'être triste? Ou bien content ?

- Oui. Jusqu'ici, cela s'est révélé efficace comme mode de communication.

Debout devant lui, Jo soupira brusquement d'un air dégoûté.

- Qu'est-ce qui est vrai dans tout ce que tu me dis? Hein? Qu'est-ce qui est réel ?

- L'attachement que j'ai pour toi est réel.

- Et c'est tout ? Le reste c'est du cinéma ?

- Oui. Normalement je n'agirais pas de cette façon.

Elle le regarda alors que ses yeux luisaient étrangement.

– Et quand tu me touches ? Comme là, tout à l'heure tu as fait semblant aussi ?

Il hésita un instant, conscient que non seulement cette information n'allait pas lui plaire mais que cela allait lui compliquer la tâche à l'avenir. N'ayant guère le choix, il approuva de la tête.

– Alors tu me touches, tu me caresses, tu m'embrasses tout ça, juste parce que tu es forcé?

– Oui. Ces rapprochements sont obligatoires.

– Ça te dégoûte mais tu le fait quand même. C'est ça ?

Il la regarda, surpris par l'étrange déduction.

– Je n'éprouve aucun dégoût.

– Ah oui? Et ben explique-moi. Tu éprouves quoi?

Il réfléchit un instant.

– Une sur-stimulation, dit-il enfin.

– Une sur-stimulation? répéta t-elle sans comprendre.

– Oui. Le toucher vulcain est télépathique et c'est pourquoi nous ne nous touchons jamais sans raison. L'accouplement humain exige au contraire une stimulation tactile incessante. Ce qui pour toi n'est qu'une caresse sans importance, éveille en moi tout un réseau de connexions mentales. L'accouplement me met donc dans un état de sur-stimulation psychique.

– Alors finalement tu n'aimes pas du tout baiser, dit-elle bizarrement déçue.

– Aimer est une conception humaine. Je fais mon devoir qui vise l'harmonie du couple. D'une part l'accouplement est essentiel pour les humains et d'autre part, je maîtrise de mieux en mieux cette sur-stimulation.

Jo soupira brusquement.

– Okay. Donc si on résume, on a un sacré tableau, reprit-elle en croisant les bras. En gros, tu agis en faisant semblant, tu me parles en faisant semblant, tu me touches en faisant semblant, tu me baises en faisant semblant… Autrement dit tu fait tout le temps semblant c'est bien ça ?

– Entre soixante et soixante dix pourcent des cas depuis que tu m'as poignardé. Cette approche s'est révélée très performante. Depuis les quatre-vingt-douze dernières heures, j'estime même que cette forme de communication te permet de t'habituer graduellement à mon comportement normal. Un comportement vulcain.

Jo le regarda fixement, en silence.

- Et si je m'habitue jamais ? Tu vas faire quoi? Continuer à jouer les putain de tarés?

Il haussa un sourcil résigné.

- Je suppose que oui.

Jo pinça les lèvres en se demanda comment elle avait pu croire une seule seconde que ce cinglé était soudain devenu normal.

- Et si tu ne contrôlais rien pour une fois ! Juste une fois, hein? Je te dis ce que j'ai décidé et tu agis sincèrement comme tu le sens, sans te contrôler. Tu peux faire ça ?

Il la regarda gravement.

- C'est vraiment ce que tu veux ?

- Oui ! aboya t-elle.

- Bien. Puisque cela semble nécessaire, dit-il en se levant du lit à contre cœur.

Jo le regarda suspicieuse.

- Tu vas le faire?

- Oui.

- Tu ne feras pas de cinéma cette fois. Tu seras vraiment toi-même ?

- Je réagirai à ton choix sans me contrôler, promit-il.

Il leva sa main et lui tendit deux doigts. Elle le fixa d'un air méfiant puis lui accorda sa main. La bulle d'énergie du kon-ut-so'lik les entoura en les isolants du reste du monde, renforçant le lien télépathique. Jo sentit qu'il était inconfortable. Un peu comme lorsqu'on se trouve au bord d'un précipice et qu'on regarde le vide.

- Je suppose que tu as pris ta décision, dit-il.

- Je suppose que tu as deviné ce que j'ai décidé.

- J'aimerais te l'entendre dire.

Elle le sentit se tendre et sa respiration s'accéléra étrangement.

- J'ai décidé de le garder, dit-elle d'un air effronté.

Tout d'abord, il ne se passa rien puis une joie sauvage la balaya avec une puissance primitive. Elle sursauta alors qu'elle perçut qu'il avait l'envie étrange de l'immobiliser pour la mordre jusqu'au sang. Il se sentait terriblement possessif. Elle était sa femelle, elle portait son enfant, elle lui appartenait ! Puis une rage incontrôlable s'empara de lui, si dévastatrice qu'elle n'eut aucun mal à la percevoir. Maintenant qu'elle était en son pouvoir, il avait l'envie folle de lui faire payer sa rébellion et tous les caprices auxquels il avait dû se soumettre alors que c'était à lui de commander !

Il grimaça comme s'il éprouvait de la douleur et retira vivement sa main. La bulle fut dissoute et il recula en titubant. Il finit par s'appuyer contre le mur, les yeux et le visage fermés comme s'il tentait de reprendre ses esprits et anéantir ces émotions qui n'auraient jamais dû exister.

Jo quant à elle, comprit aussitôt la vérité du dicton : «Souvent, le pire qui peut arriver, c'est d'avoir ce qu'on veut». Parce qu'après l'avoir eu, sans blague, c'était clairement la dernière chose qu'elle voulait. Putain de merde! C'était le truc le plus sauvage qu'elle ait jamais ressenti!

Il ouvrit les yeux comme s'il revenait à lui et Jo eut un bref moment de panique, craignant qu'il soit resté dans les mêmes dispositions barbares.

- C'est pour cette raison que les vulcains doivent se contrôler en tout temps, dit-il calmement. Nos émotions sont puissantes, extrêmes et c'est pourquoi notre passé est aussi violent. Mais bien sûr, dans le cas des suivants de Surak, les émotions ne s'expriment jamais et sont d'autant plus primitives lorsque cela se produit.

- Écoute, sérieusement, je suis désolé. J'aurais jamais dû te demander … Je savais pas que c'était comme ça.

- Tu avais besoin d'être confronté à cet aspect de moi pour ne plus le trouver désirable, dit-il pratique. J'espère qu'une fois suffira. C'est extrêmement perturbant.

Elle s'approcha avec circonspection et le regarda d'un air sérieux.

- Ouais. Je comprend, dit-elle avec un sourire d'excuse. Et tu sais quoi? Finalement l'approche humaine, ça va le faire.

Spock approuva d'un signe de tête.

- Bien. Dans ce cas veux-tu recommencer.

Jo haussa les sourcils.

- Recommencer quoi?

- M'annoncer ton choix.

Elle le dévisagea dubitative.

- Encore ?

- Oui.

- Ben heu … J'ai décidé de le garder?

Il la fixa avec son air sombre et un imperceptible sourire effleura le coin de sa bouche. Il enlaça sa taille pour l'attirer doucement contre lui puis posa sur ses lèvres un baiser plein de tendresse. Lorsque qu'il y mit fin, il la regarda longuement avec amour.

- C'est bien, dit-il.

La jeune femme ne put s'empêcher de sourire tant l'habileté de son époux forçait l'admiration. Et puis tout de même, si on y pensait bien ce n'était pas que du théâtre. C'était vraiment lui. Qui d'autre aurait pu lui dire ça comme ça.

- Oui, approuva t-elle. C'est bien.

Il se dressa contre elle comme une invitation à sceller de façon humaine cette toute nouvelle entente et elle l'entoura de ses jambes, acceptant le contrat. Il la souleva comme si elle ne pesait rien pour la prendre passionnément contre le mur, la faisant crier et lorsque qu'après très exactement huit minutes vingt-quatre secondes, il la reposa par terre, elle eut envie de lui faire plaisir à lui aussi. Ce n'était pas simple d'arriver à un tel résultat mais il y avait au moins une chose qu'il aimerait forcément faire.

Elle le prit par la main pour l'entraîner sur le lit où elle l'allongea puis se coucha sur le dos près de lui. Elle prit sa main pour la poser sur son ventre et elle lui sourit, lui permettant pour la première fois de toucher leur enfant de son esprit. Il la regarda avec une impassibilité toute vulcaine mais elle devina une lueur tendre au fond de ses yeux, un éclat doux et sincère qui la toucha étrangement.

Elle sursauta lorsqu'elle sentit l'énergie de sa main passer au travers elle pour atteindre l'embryon puis elle se détendit et ferma les yeux.

Sans blague, malgré tout, elle l'aimait ce foutu connard.


Note-

Les réactions émotives de Spock sont inspirées de celles de Tuvok dans l'épisode Meld de Voyager.

Dans cet épisode, un membre d'équipage est assassiné. À la suite d'une enquête, Tuvok opère une fusion mentale avec Suder, le meurtrier. Malheureusement, cette fusion le perturbe totalement et afin de le ramener à son état normal, le médecin décide de supprimer temporairement ses défenses mentales afin d'opérer une sorte de «réinitialisation». En compagnie du capitaine Janeway et de Kes, il enferme Tuvok derrière un champ de force et procède au traitement.

Tuvok se réveille, s'assoit sur la civière et fronce les sourcils

Tuv – Quelque chose a changé.

Doc – Vos capacités de refoulement ont été supprimés. Comment vous sentez-vous?

Tuv – Je … Je ressens les choses.

Cap – Tuvok, savez-vous où vous êtes?

Il rit.

– Ho oui, je sais où je suis. … Mais qui je suis, je ne le sais plus.

Tuvok se mettra à marcher de long en large, s'extasiant sur l'impression de puissance ancestrale qu'il éprouve. À la suite de quoi, il menacera le médecin, lancera une chaise sur le champ de force et ironisera sur le traitement de faveur dont bénéficie Suder, le meurtrier.

Tuv – Capitaine, je vais vous dire quelque chose que l'autre Tuvok ne vous aurait jamais dit. Vous avez tort. Épargner la vie de Suder est un signe de faiblesse. Vous me dégoûtez capitaine. … Tous les humains me dégoûtent.

Il se met à marcher de long en large comme un fauve en cage.

– Admettez que quelque part, vous pensez comme moi. Une partie de vous veut que cet homme meure pour ce qu'il a fait.

Cap – Non. En aucun cas.

Tuv – C'est FAUX! MENTEUSE!

Allant à l'encontre de toute philosophie vulcaine, Tuvok tentera de la convaincre de tuer Suder par respect pour la famille de la victime, allant même jusqu'à lui proposer de le tuer lui-même. Bien entendu, Janeway refusera et il tentera de convaincre Kes de le libérer, hurlant pour qu'on le laisse sortir et qu'il puisse mettre son plan à exécution. Voyant que personne ne lui ouvrira la porte, il se lancera sur le champ de force, se faisant électrocuter jusqu'à en perdre conscience.

On peut bien le dire, les vulcains ne sont vraiment pas commode lorsqu'on leur laisse la bride sur le cou. Mais bien sûr, dans ce chapitre, il s'agissait d'un dérapage contrôlé car contrairement à Tuvok, Spock n'avait pas été privé de ses défenses mentales et c'est d'ailleurs pourquoi Jo s'en sort sans la moindre égratignure.