Un aspect de la culture vulcaine qui m'a toujours semblé intéressant c'est le revers de la médaille du contrôle émotionnel : la perte de contrôle extrême.

Dans Amok time, Mccoy fait la remarque que les vulcains deviennent fous en période de pon farr et ajoute que c'est peut-être bien le prix qu'ils doivent payer pour ne pas avoir d'émotion le reste du temps. Ce n'est qu'un commentaire sans fondement concret mais comme il n'a jamais été démontré que les romuliens aient à subir le pon farr, on peut supposer qu'il est probable que la violence du pon farr fasse partie des conséquences de supprimer ses émotions.

Autre exemple, le syndrome de Bendii qui affectera Sarek à 200 ans a comme conséquence d'empêcher le contrôle des émotions qui peuvent s'extérioriser de façon très violentes. Un autre revers possible de la discipline mentale vulcaine.

Et ce sans parler des revers que doit surmonter le sentiment amoureux lorsqu'il rencontre de plein fouet un stoïque vulcain.


Jo rêvait qu'elle tentait de déboulonner un écrou AC-23 avec une clef immense. Elle n'y arrivait pas et jurait tous les noms de Dieu quand soudain, des fils électriques jaillirent du panneau pour s'enrouler autour de son cou. Elle étouffait en tentant en vain de se déprendre quand elle s'éveilla en sursaut dans le noir. Elle étouffait réellement et la pression se resserrait sur sa gorge. Tandis que sa respiration se faisait sifflante, elle perçut une forme noire au dessus d'elle et réalisa que c'était Spock. Elle se figea stupéfaite.

La première chose qu'elle vit fut l'éclat dément de ses yeux, éclat qu'elle reconnu aussitôt. C'était le même que celui qu'il avait eu lorsqu'elle lui avait demandé de ne plus se contrôler. Ça faisait déjà quelques semaines de ça mais elle n'était pas prête de d'oublier son regard de meurtrier psychopathe complètement cinglé.

Elle réalisa qu'il était agenouillé au dessus d'elle. Sa main tenait sa gorge et ses jambes l'enserraient souplement. Elle ressentait sa force de fauve et le lien … le lien avait changé. Il était plus fort, plus présent, plus dominant. Très dominant. Il approcha son visage du sien et la regarda d'un air aussi sauvage que redoutable. Pour ça, pas de doute, elle était dans une putain de merde.

Comme si l'instinct de survie ou encore son bon ange l'avait soudainement inspiré, Jo fit le contraire de ce qu'elle avait toujours fait. Elle ne résista pas. Il pétait les plombs sérieusement et dans un pareil cas, elle était prête à mettre sa main au feu qu'il fallait rester calme. Et même dans le genre vulcaine imperturbable.

La stratégie eut l'air de fonctionner. Lentement sa main desserra sa prise sur sa gorge et elle le sentit se dresser contre son ventre.

Heu ...Il bandait ? Sans blague.

Il essayait sûrement un nouveau truc érotique. Jusqu'ici, elle n'avait jamais eu à se plaindre de sa créativité mais bordel de merde s'il s'imaginait que c'était sexy de l'attaquer comme un maniaque en plein milieu de la nuit, il allait le sentir passer! Elle le repoussa brusquement.

Aussitôt, il resserra cruellement sa prise et juste à son air de brute, Jo comprit qu'elle avait tout faux. Non. Finalement, il était sérieux. Foutrement sérieux. Respirant de peine et de misère, elle revint à sa première stratégie et n'offrit aucune résistance.

Il la fixa un instant puis de façon parfaitement absurde, il l'embrassa. Il l'embrassa comme il ne l'avait jamais embrassé. Il l'embrassa comme un humain. Avec de la concupiscence. Sa langue s'enfonça dans sa bouche en lui donnant l'impression qu'il était vraiment excité par ce baiser.

Non mais bordel, c'était quoi ce délire?

Comme s'il était soudainement fou de désir, il écarta ses jambes avec ses genoux, se coucha sur elle puis la pénétra en grognant. Il la prit comme l'aurait pris un homme. Jouissant de chaque coup de rein, gémissant dans son oreille, s'abandonnant à la chair comme si sa vie en dépendait avec un entrain animal puis il cracha son amour dans son ventre et assommé de plaisir, il roula sur le côté pour s'endormir aussitôt sans autre forme de procès.

Jo était si stupéfaite qu'elle en resta comme deux rond de flan. Elle sortit du lit brusquement et resta debout à regarder son époux comme si ça pouvait expliquer quoi que ce soit. Sans blague, ce connard dormait comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Reprenant ses esprits, elle grimpa sur le matelas et lui ficha un solide coup de pied qui l'envoya s'écraser en bas du lit.

– C'est quoi ton putain de problème !? cria t-elle.

Confus, il s'assit en secouant la tête et la regarda sans comprendre.

– Moi aussi je peux t'en faire des surprises comme ça pauvre con! Ça te dis de te faire casser le nez pendant que tu dors? cria t-elle toujours juchée sur le lit.

Il n'y avait rien à lui lancer à portée de main mais pour la forme, elle attrapa un oreiller pour lui en foutre quelques bons coups sur la gueule.

Il leva le bras pour se protéger et la regarda comme s'il n'y comprenait rien.

– Qu'est-ce qui se passe ? demanda t-il calmement.

Jo lui lança son arme par la tête.

– Qu'est-ce qui se passe ? C'est bien toi qui vient de me baiser comme un foutu crétin? Oui?

Il haussa un sourcil surpris puis se releva comme si de rien n'était.

– Non. Tu as dû rêver, supposa t-il.

Jo le regarda incrédule.

– Tu t'en souviens pas?

– Me souvenir de quoi? dit-il en ramassant les couvertures.

– Tu m'as étranglé et tu m'as baisé d'une façon... enfin c'était vraiment pas toi, dit-elle encore plus stupéfaite.

Il leva les yeux sur elle.

– Tu es sûre?

– Putain de merde ! OUI ! J'en suis sûre !

Il leva un sourcil incrédule.

– Quoi? Tu crois que j'inventerais une connerie pareille?

Son regard indiquait clairement qu'il considérait difficile de savoir jusqu'où elle pouvait aller en frais d'illogisme.

– Tu as tellement joui que tu criais comme un con de terrien. Ça te va comme ça?

Il observa ses jambes d'un air dubitatif.

– D'habitude la quantité de sperme est plus importante, dit-il comme s'il avait encore un doute.

– J'en sais foutre rien moi! T'as joui comme un terrien et pas des meilleurs laisse-moi te le dire !

Furieuse, Jo passa sa main entre ses jambes et lui mit le résultat sous le nez.

– Satisfait?

Ne pouvant plus guère douter, il s'étonna.

– C'est très surprenant.

– Tu trouves? Imagine un peu ma surprise à moi.

Il la fixa en fronçant les sourcils.

– Je t'ai fait mal ?

Elle le dévisagea un moment puis elle hocha la tête.

– Bha … non … mais c'était vraiment flippant. Putain, tu m'as étranglé merde! T'avais une tronche de psychopathe!

– Ce que tu décris s'apparente à une agression. Dans un tel cas les dommages peuvent aussi être psychologiques.

Jo le regarda troublée.

– Ben, ça va. En fait … c'est plus que tu m'as pris par surprise. Et puis ça a duré trente seconde. J'ai à peine eu le temps de réaliser ce qui se passait.

Elle le fixa un moment puis redescendit du lit pour se rapprocher de lui.

– Tu t'en souviens pas? Pas du tout?

– Non, dit-il d'un air sérieux.

Il regarda les couvertures qu'il tenait toujours et les replaça comme pour se donner contenance.

– Tu as aucune idée de ce qui s'est passé?

Il regarda le lit pensivement et fronça les sourcils.

– En fait, le plus probable selon ta description est qu'il s'agisse de run'hishel-tor. Une forme de rêve éveillé qui peut ressembler au somnambulisme terrien. Le run'hishel-tor peut se produire lorsque les vulcains sont confrontés à un stress extrême.

– Tu veux rire? T'es stressé ? Toi?

– Non. C'est d'ailleurs pourquoi un épisode de run'hishel-tor me semble peu probable même si je ne vois rien d'autre qui puisse expliquer ce phénomène.

– Tu veux que je te dise de quoi t'avais l'air comme phénomène ? dit-elle en le poussant du doigt. T'avais l'air d'un putain de connard en manque.

Il la regarda d'un air intéressé.

– Vraiment?

– Oui. Vraiment !

Il garda le silence un moment comme s'il réfléchissait.

– Très intéressant.

– Intéressant ... Que t'aies tout d'un pauvre connard en manque ?

– Je parlais de la signification, pas de la formulation, souligna t-il.

– Comment tu pourrais être en manque bordel ?

– Nous avons pratiqué cent-vingt-trois coïts jusqu'ici.

– Justement. Tu devrais avoir eu ton compte.

– Une telle quantité d'accouplement a pu m'occasionner un stress physique qui expliquerait le run'hishel-tor que tu as décrit.

– Putain de merde, il faut vraiment être vulcain pour se plaindre d'être stressé à force de trop baiser, dit-elle en se foutant de sa gueule.

– Je suis à moitié humain, lui rappela t-il.

– Justement, c'est pas ta moitié humaine qui devrait se plaindre.

– Je ne conduis pas le coït jusqu'à sa finalité, dit-il en la fixant.

Jo le regarda en comprenant enfin. Évidemment, si on baisait cent fois sans jamais envoyer la sauce, il y avait de quoi péter un câble.

– C'est sûr qu'un mâle humain pourrait même pas baiser une seule fois sans jouir, dit-elle songeuse. Ça le rendrait dingue. Alors … Tu veux dire que ça t'as rendu dingue toi aussi? C'est comme si … c'est arrivé parce que tes couilles allaient exploser ?

Il haussa un sourcil blasé.

– M'accoupler sans éjaculer a causé un stress physique qui a mené le run'hishel-tor à se manifester, expliqua t-il à nouveau.

– C'est exactement ce que je viens de dire.

Il sembla plus ou moins d'accord et Jo hocha la tête, incrédule.

– Bordel, tu peux pas faire des rêves érotiques comme tout le monde ?

– C'est impossible. Les vulcains contrôlent leurs rêves.

– Bordel tu contrôles tout. C'est ça qui te rend dingue à la fin.

– Tu ne comprend pas les vulcains.

– Ha oui? Ce que je comprend c'est que c'est pas toi qui s'est fait étrangler et baiser au milieu de la nuit!

Spock la fixa un instant puis baissa la tête comme s'il était embarrassé.

– Je suis désolé. Cela ne se reproduira plus.

– Et comment tu peux en être sûr? demanda t-elle en croisant les bras.

– Je devrai … me soumettre à des orgasmes humains, dit-il en réalisant qu'à partir de maintenant il n'aurait pas le choix d'assumer ce déplorable besoin.

À le voir, on aurait dit qu'il s'agissait d'une sentence de mort et Jo souffla un rire.

– Entre toi et moi, il y a quand même pire que ça dans la vie.

– Chez les vulcains, seuls les très jeunes enfants recherchent le plaisir physique. Dominer ce désir fait partit des tout premiers apprentissages. Pour moi, il est parfaitement honteux de devoir m'y soumettre. C'est l'équivalent humain de ne plus pouvoir contrôler ses sphincters.

Jo tiqua. Évidemment, quand on en était réduit à se chier dessus … c'était craignos. Et puis déjà qu'il était obligé de faire plein de trucs qui ne lui plaisaient pas trop à cause d'elle… Un jour où l'autre ça allait finir par lui taper sur les nerfs. Et puis à tout prendre, si elle pouvait lui éviter ça ...

– Ben dans ce cas … Écoute, on pourrait s'y prendre autrement. T'as qu'à rien faire et tu me réveilleras de temps à autre. Là j'ai pas trop apprécié parce que je m'y attendait pas mais bon, c'est quand même quelque chose de te voir comme ça. Presque humain quoi. Même que ça pourrait me plaire à la longue. C'est un moment plutôt unique.

– C'est exclu. Je n'ai aucun contrôle. Je pourrais te faire du mal.

Jo dû convenir qu'il l'avait quand même étranglé.

– Bha qu'est-ce qu'on peut faire alors ?

– Il n'y a rien d'autre à faire que d'éjaculer.

Jo le regarda incrédule puis elle éclata de rire.

– Dit comme ça … Bordel, avec toi on est toujours coincé dans des drames de cinglés. Et comment tu comptes t'y prendre ? Tu vas te branler en cachette ?

À son air scandalisé, il était évident que ça ne risquait pas de se passer comme ça.

– Ou alors de façon plus technique et détachée ? Avec un tire-lait ou un truc du genre, supposa t-elle narquoise.

Il lui adressa un regard de reproche.

– Le run'hishel-tor est l'une des seules causes d'agressions violentes entre vulcains. Il n'y a pas lieu de plaisanter.

Jo soupira. Bordel avec lui il n'y avait jamais lieu de plaisanter de toute façon.

– Okay mais si c'est tellement inconcevable de sortir la mayonnaise comme un terrien, pourquoi on fait pas ça à la vulcaine ? Ça marcherait non ? Bordel avec tout ce que tu balances on serait tranquille pour un bail.

– Tu n'apprécies pas l'accouplement vulcain, dit-il en ouvrant le lit pour se recoucher.

Il se glissa sous les draps et Jo le regarda tout de même attendrie. Il n'avais même pas envisagé de lui demander un accouplement vulcain. Il considérait que c'était à lui de morfler. Tout de même, c'était galant de sa part. … (Même si sûrement que dans les faits, il n'avait fait qu'une déduction mathématico-logique qui indiquait que le plus avantageux pour son couple serait de prendre cette merde à son compte.)

Elle s'avança sur le lit et s'agenouilla près de lui.

– Écoute, sans blague, j'apprécie ce que tu fais pour moi. Je sais bien que ce doit pas être facile d'agir en terrien et que tu te forces vraiment pour que je sois bien. Alors moi je veux bien me la jouer vulcaine. Ça me ferait plaisir de le faire pour toi.

Il resta aussi immobile que s'il n'avait rien entendu.

– Ce serait juste logique tu crois pas ?

Il resta pensif et ne répondit pas. Ça c'était tout lui. Tellement communicatif…

Jo soupira, ouvrit les couvertures et se coucha en se disant que mieux valait oublier ça. Elle ferma les yeux et ressentit une sorte de tremblement étrange. Elle rouvrit les yeux en écoutant attentivement. Elle reconnaissait ça … c'était le ruban d'énergie qui vibrait un peu comme un tambour. Elle se tourna vers Spock. Il la regardait fixement. Un regard doux et intense qui signifiait que sa proposition était acceptée.

Elle sentit ses doigts se joindre aux siens sous les couvertures et la bulle du koon-ut-so'lik les entoura de son énergie feutrée.

À sa grande surprise, Jo lu en lui qu'il éprouvait du désir. Sans blague. Lui ? Du désir ? Même en plein pon farr elle n'était pas certaine qu'il avait vraiment éprouvé du désir. Ça avait plutôt ressemblé à une urgence de baiser. Il n'était pas du tout du genre à se laisser aller à un truc pareil. Étonnée, elle se tourna sur le côté, face à lui pour mieux le voir, essayant de lire ses pensées.

Les yeux plongés dans les siens, Jo ressentit une impression incroyablement intime. Ce qu'il éprouvait c'était bien du désir mais un désir comme elle n'en avait jamais perçu. Ça n'avait rien de sexuel, ni même de physique. C'était d'un tout autre ordre.

Le plus étrange c'était qu'il n'y avait pas d'objectif à ce désir. Il ne se tendait pas dans l'expectative de ressentir quelque chose ou de posséder quoi que ce soit. Il ne se tendait même pas vers elle. Il ne la désirait même pas elle. C'était un désir qui se désirait lui-même. Un désir pur.

Elle se sentit aussitôt complètement larguée. Bordel. Ça, ça n'avait vraiment rien d'humain.

Percevant son trouble, Spock caressa le dos de sa main comme s'il voulait la rassurer. Jo reconnut le baiser vulcain qu'elle avait déjà expérimenté dans une autre vie. Une vie où elle aurait préféré crever que de l'épouser. Comme la première fois, la chair de poule se souleva sous la caresse mais cette fois elle eut l'impression que le baiser montait le long de son son poignet puis de son bras et traversait son épaule pour atteindre son coeur.

Aussitôt, le désir vulcain s'empara d'elle également. Alors elle en fut certaine … ce truc n'avait absolument rien d'humain.

Pour elle, désirer signifiait désirer «quelque chose» mais le désir vulcain n'appelait rien de tel. Il était l'expérience en elle-même. On avait envie de rien d'autre que d'éprouver ce désir sans but. … Et c'était magnifique.

C'était un peu comme arriver à la cime d'une montagne et regarder le paysage à couper souffle qui se déploie devant vous. Devant cette immensité grandiose, on éprouve quelque chose de très puissant mais qui se trouve au-delà des sentiments. On ressent une sorte de grâce et la seule réponse possible est l'incroyable silence qui saisit l'âme.

C'était une expérience comme ça. Puissante, vibrante, somptueuse. … Carrément d'un autre monde. Jo frissonna tandis que les neurones de son cerveau homosapien ramaient en essayant de suivre tant bien que mal le majestueux délire des préliminaires vulcains.

Souplement, il se leva à demi, s'appuya sur ses avants-bras, se coucha sur elle et se connecta.

Aussitôt, l'énergie du koon-ut-so'lik se mit à tournoyer autour d'eux. La première fois lors du pon farr, c'était une énergie furieuse, terrifiante. La seconde fois lors du mariage, c'était une énergie sans réelle substance, sûrement parce qu'il l'avait forcé à se manifester. Mais cette fois, c'était complètement transcendant.

Le lien les mena l'un vers l'autre et pour la première fois, elle s'ouvrit à l'expérience de son plein gré. Leurs corps d'énergie se traversèrent et elle perçut avec une intensité troublante l'être de son époux. C'était un peu comme s'ils se trouvaient au milieu d'une étrange allégresse, d'un sublime paysage de silence. C'était magique et Jo conquise, ressentit un amour profond pour lui.

Pris au dépourvu par cet élan émotif aussi puissant qu'irrationnel, Spock en déduit que le cerveau de son épouse était complètement intoxiqué à l'ocytocine. Il ne pu s'empêcher de songer qu'il était quelque peu pathétique que les humains soient des êtres si peu évolués que leur attachement doive être provoqué par des drogues neurologiques.

Jo perçu sa pensée aussi clairement que s'il l'avait dite et se sentit extraordinairement minable. Elle était là, dans son monde de dingue, elle s'ouvrait à lui parfaitement vulnérable, elle l'aimait sincèrement et lui il pensait à quoi? Qu'elle était une foutue droguée ! Un humain minable! Un putain d'animal comparée à lui !

Elle le repoussa de toute la force de son esprit et retrouva la conscience d'elle-même. Percevant qu'elle était furieuse, Spock se releva et s'éloigna du lit avant qu'elle puisse l'attaquer, une stratégie qui s'était déjà révélée efficace pour minimiser la violence de ses réactions.

Elle s'assit pour le regarder fixement avec des yeux brillants et il eut un doute. Ses yeux brillaient. Il était donc possible qu'elle ne soit pas dans des dispositions négatives.

– Pour qui tu te prends? Hein? dit-elle d'une voix blanche. Tu te crois supérieur ?

Non. Finalement elle était dans des dispositions négatives.

– Putain, j'arrive pas à y croire …, dit-elle en cachant son visage dans ses mains. Je rêve ! MERDE ! C'est ça que tu penses de moi ?! cria t-elle en le regardant à nouveau. Que je suis méprisable !

– Je ne pense rien de tel, assura t-il.

Elle se leva comme un ressort et se tint debout à côté du lit.

– Je l'ai SENTI ! J'ai senti ton mépris ! Alors te fous pas de ma gueule! cria t-elle en le menaçant du doigt.

– Tu te trompes.

– C'est toi qui te trompe ! Tu te crois supérieur à moi ! Putain de merde ! Je l'ai vu comme je te vois.

Il releva la tête comme si l'argument avait porté.

– Les vulcains sont une civilisation plus avancée que celle des humains.

– Peut-être mais plus avancé ça veut pas dire SUPÉRIEURE !

– Les vulcains sont supérieurs, affirma t-il comme si c'était une évidence.

– Et ça ça te donne le droit de nous mépriser comme une saleté de connard ?

– Mépriser implique de considérer quelqu'un ou sa conduite comme indigne d'estime ou de considération. Je crois que les humains, du moins certains, sont digne d'estime et de considération même s'ils sont inférieurs.

– Ah oui? Et pour moi ? Qu'est-ce que tu crois ?

Son regard se fit enveloppant et il la regarda comme s'il l'admirait.

– Tu es mon épouse. Jamais je ne te mépriserais, dit-il doucement.

Jo l'observa avec méfiance. Il fit un pas vers elle comme s'il voulait se rapprocher.

– Je suis attaché à toi, dit-il irrésistible.

– Arrête tes putains de conneries et répond à ma question !

Il haussa un sourcil contrarié et cessa de feindre.

– Je crois que tu es parfois digne d'estime et de considération.

– Juste parfois ? Et le reste du temps ?

– Tu m'apparais très … humaine.

– Donc méprisable.

– Plutôt repoussante … Du moins parfois, ajouta t-il en réalisant qu'elle risquait de mal le prendre.

– Repoussante? Tu veux dire quoi? Que tu n'es pas attiré par moi. C'est ça ?

Il la regarda étonné.

– Je n'ai jamais été attiré par toi.

Elle le dévisagea comme si elle ne pouvait pas y croire. Voyant qu'elle semblait surprise, il l'observa dubitatif.

– Je te l'ai pourtant déjà dit.

Elle le fixa plusieurs secondes en ressentant une impression de vertige. Puis son monde s'écroula et tout devint clair. Il ne l'aimait pas. Il ne l'aimerait jamais. Il était incapable d'aimer. Elle serra les bras autour d'elle en le réalisant avec une douloureuse acuité.

– Ouais, tu me l'as déjà dit approuva t-elle. Je sais pas comment j'ai pu l'oublier.

Sa voix était brisée et il en déduisit qu'elle était au bord de pleurer.

– Dois-je m'excuser ?

Elle hocha la tête sans le regarder.

– Non. T'en fait pas. Je comprend maintenant.

– Bien. Veux-tu reprendre l'accouplement ?

Jo frissonna d'horreur à cette idée.

– Non.

Spock l'observa, surpris de sa réaction. D'habitude après une démonstration de colère elle tentait de communiquer. Elle ne se tenait pas prostrée en regardant obstinément par terre. Il nota que c'était une nouvelle attitude peut-être induite par l'accouplement vulcain ou alors tout simplement moins habituelle. À tout le moins, elle n'était plus agressive et il pouvait s'approcher d'elle sans risquer que la situation se détériore. Il s'avança de l'autre côté du lit et se recoucha sans plus y penser.

Jo resta debout, immobile à côté du lit un long moment, prenant la mesure de ce qu'elle avait enfin compris. C'était un extraterrestre et il ne serait jamais humain. Cette moitié là était disparue et ne reviendrait pas. Si elle l'aimait, ce serait à sens unique. Elle se sentait comme un foutu dindon de la farce d'y avoir cru. Mais bien sûr, il avait tout fait pour ça. Comment elle aurait pu ne pas y croire ?

D'accord, il avait été franc. Elle savait qu'il feignait d'agir en humain mais elle avait cru qu'il faisait tout ça parce qu'il avait un minimum de considération pour elle. Sauf que ce n'était pas le cas. Qui elle était, il s'en foutait complètement. Il s'occupait d'elle comme un fermier s'occupe des animaux. Parce qu'il faut le faire quand on a des animaux. Il lui donnait de l'attention de la même façon qu'il lui aurait donné du foin si elle avait été une vache.

Le fait qu'elle soit son épouse comptait à ses yeux mais elle-même, Johann Kot, ne comptait pas. Elle avait de l'importance parce qu'elle était son épouse. Point. Elle aurait pu être n'importe qui, même un foutu klingon, ça ne lui aurait pas fait un pli.

Et c'était normal. Parce que les vulcains n'avaient pas d'émotions.

Lentement, elle passa sa main sur son ventre à peine arrondi. Et ce gamin, comment il allait tourner ? Est-ce que ça allait être un foutu bloc de granit lui aussi ? Elle se jura bien que non. Elle s'arrangerait pour que son débile de père ne puisse jamais lui dire qu'il était juste un pauvre connard d'humain inférieur. De toute façon, il se foutrait de son fils comme de tout le reste. Et puis au fond, elle s'était toujours douté que ce serait son enfant à elle toute seule. Il n'était vraiment pas fait pour être père.

Elle avait juste été trop naïve de croire que ce ne serait pas le cas. Spock aurait sûrement dit que ce n'était pas surprenant venant d'un humains. De pauvres aveugles qui s'imaginaient des trucs débiles et qui y croyaient.

Heureusement pour elle, Jo n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort mais à foutre une raclée à l'univers. Au moins, tout était clair maintenant. De toute façon, dès le début, c'était évident qu'elle et lui ça ne pourrait jamais marcher. Il voulait une épouse obéissante alors qu'elle était plutôt du genre diable de Tasmanie. Et puis lui, il avait tout d'un foutu robot tandis qu'elle avait besoin de quelqu'un de sincère.

Tout ça était couru d'avance depuis longtemps et il n'y avait rien de surprenant. Tout le monde s'était menti mais la vérité éclatait de nouveau : ils n'avaient rien à faire ensemble. On revenait donc simplement au plan numéro un. Elle allait rester avec lui parce qu'elle n'avait pas le choix puis elle foutrait le camp. Elle retournerait sur terre ou s'installerait dans une base spatiale quelque part. Ce connard de vulcain avait plein de contacts alors il lui trouverait un bon plan, c'était logique. Et surtout, elle garderait le gamin. Il n'en avait rien à branler de la vie de famille. Combien on pariait que ça lui ferait ni chaud ni froid de ne plus jamais voir son gosse.

Mais avec les vulcains on ne pouvait pas savoir … Elle songea soudain que peut-être qu'une tradition débile exigeait que le père garde le môme … Mais c'était peu probable. C'était des barbares avec les femmes alors pour sûr, c'était les mères qui se coltinaient les gamins. Et puis il ferait quoi avec un gosse ? Il le laisserait à ses parents ? Ce pauvre enfant allait se faire bouffer sur patte avec son humanité. Si lui-même avait vécu l'enfer sur sa planète de coincés, c'était illogique de faire subir ça à un autre encore plus mal foutu que lui. Sur terre au contraire, il aurait plein de copains parce que pour les terriens les vulcains étaient une race géniale. Alors pour sûr, si elle voulait le garder avec elle, il allait le lui laisser. Et elle voulait le garder donc ...

Avec satisfaction, elle songea qu'elle pourrait même divorcer avant son prochain porn truc et s'éviterait même ça. Bha ouais, ça allait le faire. Total.

Elle se recoucha en songeant que finalement, tout allait s'arranger. Encore mieux, c'est pas lui qui allait se plaindre si elle voulait garder ses distances d'ici-là. Là-dessus, les vulcains assuraient grave. Elle pourrait dormir avec lui des années, il ne risquait même pas de lui faire un putain de câlin sans qu'elle le lui demande. Et c'était logique. Qui irait se faire chier à nourrir une vache quand elle n'a même pas faim ?

Et s'il remettait ça avec ses foutus moyennes d'accouplements, elle aurait qu'à dire que ça lui disait rien parce qu'elle était enceinte et que les terriennes enceintes avaient des lubies comme ça. Il la croirait vu qu'il était sûr que les humains étaient des cons qui faisaient n'importe quoi.

Ouais … ça allait se passer comme ça et il y avait pas lieu de chialer. Au bout du compte, tout redevenait simplement comme tout aurait toujours dû être.

Et sur ce, Jo s'endormit paisiblement.


Notes -

Ce chapitre s'inspire de deux épisodes.

Le premier est Amok time où Spock s'avance vers le trône de T'Pau et tente de la convaincre d'annuler le combat avec Kirk. Vers la fin de sa plaidoirie il dit ceci :

– Vous détenez le pouvoir T'Pau … Au nom de mes ancêtre! Vous devez l'empêcher!

T'Pau plisse les yeux, l'observe attentivement et lâche une bombe qui selon moi, explique en grande partie l'attitude de Spock envers les humains.

– Vous vous enorgueillissez de votre héritage vulcain.

PAF! Ça, ça a dû faire mal. Pris en flagrant délit d'orgueil humain alors qu'on en appelle à son sang vulcain. À ma connaissance, c'est le seul moment où Spock se fera remettre à sa place par un compatriote. (Et à voir à quel point T'Pau est cinglante, j'ose à peine imaginer ce qui a pu en être des camarades de classe du pauvre demi-vulcain)

Considérant que les choses ne s'amélioreront pas question orgueil (du moins pas jusqu'à Search for Spock), on peut convenir que dans le timeline de cette fanfic Spock n'a pas encore beaucoup travaillé cet aspect de lui-même. Il me semble donc évident qu'avec une épouse très humaine envers laquelle il n'a aucune attirance ni rien en commun, son sentiment de supériorité finisse par devenir évident et faire problème.

L'autre inspiration est l'un de mes épisodes favoris : Requiem for Methuselah.

Dans cet épisode, Spock, Kirk et Mccoy se retrouvent sur une planète habité par Flint, un ancien terrien qui s'est retiré là tout seul avec Rayna, une jeune femme. En arrivant chez lui, Spock s'étonne que le terrien possède des originaux jamais vu de Léonard de Vinci et des partition jamais entendues écrites de la main de Brahms. Kirk pour sa part s'en fiche car il n'a de yeux que pour Rayna. Il en tombe désespérément amoureux puis ils découvrent qu'elle est en fait un androïde créée par Flint.

Flint leur avoue alors qu'il est un immortel. Il a été de Vinci, Brahms et de nombreux autres terriens illustres au fil du temps mais finalement il en a eu marre et ne veux plus que vivre tranquille avec Rayna sur cette planète isolée. Aucunement refroidi, Kirk veut tout de même repartir avec Rayna qui, déchirée entre Flint et Kirk, surchauffe au point où elle est victime d'un court-circuit mortel.

Revenu sur le vaisseau, Kirk se désespère de ce grand amour perdu qu'il ne peut pas oublier (et on conviendra qu'une femme créée par de Vinci/Brahms a tout de même de quoi faire tourner la tête). Alors qu'il s'est endormi sur son bureau à force de pleurer, Mccoy arrive dans la chambre et discute avec Spock des derniers événements. Après avoir fait un commentaire sur «l'éternel triangle amoureux» auquel ils viennent d'assister, Mccoy se tourne vers le vulcain et lui dit :

– Mais vous ne pouvez pas comprendre Spock. Pas vrai ? Je vous plains plus que je plains Jim. Parce que vous ne saurez jamais à quoi peut pousser l'amour. L'extase, la douleur, les transgressions, les occasions désespérées, les échecs et les victoires éclatantes. Vous ne les connaîtrez jamais car l'amour n'est pas inscrit en vous.

Mccoy lui lance un regard de pitié.

– Bonsoir Spock.

– Bonsoir docteur.

Sur ce, Spock s'approche de Jim endormi, se penche sur lui, pose sa main sur sa joue et lui chuchote à l'oreille «Oublie».

Vraiment beau. Trop génial. Comment Nimoy joue cette scène, j'en ai des frissons sans blague. Ce moment où il se penche tout contre Jim et lui met la main sur la joue d'une façon étrangement gracieuse. Ensuite ce silence concentré puis la façon dont il murmure ... Sans blague, il se passe quelque chose de spécial. (Et si il y a des amatrices de Spirk qui ne l'ont pas encore vu, je suggère d'y remédier sans attendre. Facile, c'est la toute dernière scène de l'épisode.)

Or donc, voilà le topo. Selon le canon, Mccoy a raison. L'amour-passion n'est pas inscrit en Spock en tant que vulcain du XXIIIem siècle, surtout qu'il refuse à toute force de vivre son humanité depuis toujours au nom de la discipline mentale vulcaine. C'est d'ailleurs ce dont la pauvre Jo a pu se rendre compte par elle-même dans ce chapitre.

Est-ce donc à dire que toutes les romances avec Spock s'opposent de facto au canon et sont par conséquent hérétiques ? Évidemment pas. Il suffit de soutenir que Mccoy se trompe. En effet, si aucun Star trek ne lui a jamais donné tors, aucun non plus ne lui donne raison de façon absolue. Cependant, il n'en reste pas moins que Mccoy est l'un des seuls amis proches de notre bien-aimé vulcain et que son avis doit être considéré … et ce, même si c'est pour le démolir impitoyablement ;)