Nous avons déjà vu dans les chapitres précédents que le principe de devoir est fondamental dans la culture vulcaine. Nous allons maintenant nous intéresser plus en détail à un aspect précis de cette thématique : le principe de loyauté et de respect des règles établies. Ce respect des règles et des lois à tout prix n'est pas anodin car il a donné lieu à des épisodes proprement stupéfiants et le plus stupéfiant de tous est certes The doomsday machine.

Dans cet épisode, l'équipage répond à l'appel de détresse de l'USS Constellation. Le vaisseau s'est trouvé confronté à une gigantesque machine de guerre inconnue qui avale et détruit les planètes. En tentant de l'arrêter le commodore Matt Decker a endommagé son vaisseau et l'équipage a été tué. Après s'être rendu compte de la situation, Kirk fait téléporter Decker sur l'Enterprise tandis que lui, Scott et une petite équipe tentent de remettre le Constellation en état de marche pour pouvoir le remorquer.

Cependant, la perte de son équipage a rendu Decker fou et il décide qu'il doit à tout prix mettre l'indestructible machine hors d'état de nuire. Il prend alors le commandement de l'Enterprise pour mener une nouvelle attaque. L'équipage est sidéré et Mccoy s'y oppose farouchement mais à notre grande surprise, le fou furieux recevra une aide inattendue de Spock. Celui-ci décrète que les règles de Star fleet donnent plein pouvoir au commodore Decker qui pourra ainsi accomplir son entreprise suicidaire qui passera à un cheveu de tous les mener à la mort.

Ce passage est très intéressant. Même si Mccoy et les autres terriens voient bien que cela n'a aucun sens, Spock se soumet aux lois de Starfleet alors que tout indique que c'est la dernière chose à faire. Le vulcain a parfaitement conscience d'aller à l'encontre du bon sens mais il suivra tout de même les règles. Autrement dit, pour Spock le règlement a préséance sur le vaisseau, la vie de l'équipage et même sa propre vie. Un moment parfaitement traumatisant où l'obéissance de Spock au règlement nous semble à nous humains, pure folie.

Cet épisode à lui seul montre à quel point les vulcains sont attachés aux règles et jusqu'où ils sont prêt à aller pour les suivre. Mais sont-ils aussi extrêmes dans leur vie personnelle que dans leur vie professionnelle ? C'est cette question que ce chapitre se propose d'explorer.


Spock entra dans ses quartiers et les trouva vides. Satisfait, il s'assit à son bureau et travailla aux derniers dossiers contenant les relevés du sixième système planétaire non solaire que contenait la nébuleuse 14-D-25.

Trois heures plus tard, Jo franchit la porte, le salua avec indifférence et fila sous la douche. Depuis l'accouplement vulcain, elle rentrait tard et parlait peu ce qui lui permettait de se consacrer exclusivement à son travail ; une occupation autrement plus importante que de lui tenir compagnie, la divertir ou entretenir des discussions émotives et stériles.

En fait, dans l'ensemble, le comportement de son épouse s'était beaucoup amélioré. Elle ne traînait plus dans leurs quartiers sans but, ne lui parlait plus pour ne rien dire et surtout, ne tentait plus d'attirer son attention à tout propos.

Elle était plus détachée et moins émotive. Autrement dit, elle agissait enfin comme une épouse normale. Évidemment, c'était encore loin d'une attitude vulcaine mais le quotidien était devenu beaucoup plus supportable et considérant à quel point elle s'était montrée pénible depuis qu'elle l'aimait, ces améliorations étaient des plus appréciables.

Bien sûr, il avait tout fait pour provoquer ses sentiments mais il avait vite dû se rendre à l'évidence : rien n'était plus agressant qu'un humain amoureux. Du moment qu'elle avait eu des sentiments pour lui, des dizaines de détails ayant trait à cette débauche émotive avaient aussitôt empoisonné son existence.

Un exemple parmi tant d'autres, Johann tentait d'accrocher son regard avec le sien à intervalle régulier. Il avait d'abord cru qu'il s'agissait d'une forme de communication mais il avait dû se rendre à l'évidence, cette approche n'avait aucun sens. Lorsqu'il la regardait en retour, elle baissait les yeux puis faisait comme si de rien n'était.

– Oui ? avait-il dit les premières fois.

– Non, rien, avait-elle répondu invariablement.

Il avait donc tenté d'ignorer ces coups d'œils qui à toute fin pratique, le déconcentrait. Ceux-ci continuant, il avait déduit qu'il s'agissait d'une forme de contact spécifiquement humain. À la suite de quelques recherches comportementales, il avait conclu qu'il s'agissait d'une manifestation d'intérêt.

Il n'y avait cependant aucune indication claires sur les réactions attendues de la part sujet visé. Il avait donc dû se tourner vers l'unique autre source dont il disposait, les romans d'amour. Ceux-ci décrivaient ce type de regard lorsque les protagonistes n'avaient pas encore établi de relations ou bien lorsque l'un d'entre eux était admiratif de l'autre. Dans ces cas, rendre le regard admiratif était le plus souvent un signal indiquant que l'admiré souhaitait un rapprochement.

Il avait testé cette théorie qui s'était avérée juste. En rendant un regard admiratif, Johann ne baissait plus les yeux en niant mais soutenait son regard. En général, elle souriait, faisait des mines, des poses qui se voulaient probablement aguichantes et lui parlait de sujet sans aucun intérêt voire même niais. S'il soutenait toujours son regard, elle s'approchait de lui et engageait des touchers préparatifs à l'accouplement.

La première fois, ne s'attendant pas à ce que cette stratégie fonctionne, il avait fait un essai alors qu'il travaillait à son bureau. Conséquemment, il avait dû délaisser son rapport pour engager une saillie. Une suite d'actions parfaitement illogique. Par la suite, il avait pris soin de lui rendre son regard précopulatoire uniquement lors que son travail était entièrement terminé puisqu'elle ne semblait pas saisir le principe d'horaire établi.

D'ailleurs, plus elle avait démontré d'affection à son endroit, moins elle avait semblé sensible à cet aspect. Elle l'avait même déjà entraîné dans un coin de la salle des machines pour réclamer une forme de coït qu'elle avait appelé «une petite rapide». Bien qu'il ne soit pas très chaud à l'idée, il s'était exécuté en considérant que cela pourrait augmenter son attachement à son endroit et l'encourager à garder l'enfant. Cependant, l'arrivé de monsieur Scott avait coupé court à l'exercice. L'expression d'incrédulité extrême qu'il avait affiché tandis qu'il rattachait ses pantalons indiquait probablement qu'il croyait lui aussi que pratiquer le coït sur un lieu de travail était inapproprié. Johann avait pour sa part pouffé de rire, indiquant qu'elle trouvait cette situation amusante. Une réaction qui n'avait aucun sens.

Et ce n'était qu'un exemple parmi tant d'autre. Encore plus difficile à gérer était son besoin incessant de toucher physique, son non-verbal affectueux manifesté à tout propos et sans raisons valables, ses discussions sur des aspects sentimentaux bas et honteux, son insistance pour qu'ils mangent ensemble, se douchent ensemble, dorment ensemble, qu'ils soient présents physiquement au même moment dans les même lieux ou bien sa soif inextinguible d'attentions personnalisées … Tout cela avait grandement diminué sa qualité de vie et mis sa patience à rude épreuve.

Bien sûr, il comprenait que ces exigences procédaient de la nature humaine et qu'elles étaient normales dans un couple terrien. Il ne lui en tenait pas rigueur car cela aurait été illogique mais il n'en restait pas moins qu'à ses yeux Johann avait les mêmes besoins qu'un enfant de cinq ans … voire quatre. Même dans ses estimations les plus pessimistes, il n'aurait pas cru que les humains puissent se montrer aussi puérils. Probablement parce que jusque là ses contacts avec eux avaient été essentiellement professionnels mais suite à ce contact personnel, il avait dû revoir son jugement à la baisse.

Cette relation éprouvante le menait souvent à se demander comment son père avait pu réussir à supporter sa mère. Elle était plus posée, plus douce et plus fine que Johann mais il lui arrivait de se montrer émotive. D'ailleurs, toutes son adolescence, il s'était souvent senti honteux de ses élans d'affection, de ses emportements ou de la fierté qu'elle semblait trouver normal de laisser paraître.

N'empêche, le bon côté des choses, c'est que maintenant il pouvait apprécier la retenue de sa mère en la comparant au laisser-aller de son épouse.

Mais enfin, il y avait un peu d'espoir. Il semblait que Johann avait enfin réussi à s'adapter. Probablement que l'accouplement vulcain auquel elle avait répondu favorablement pour la première fois lui avait ouvert les yeux ou peut-être encore l'avait-il fait évoluer à son insu. Bien sûr, elle s'était montrée colérique, l'accusant de la mépriser mais elle avait aussi dit qu'elle «comprenait» et s'il se fiait sur son comportement, c'est bien ce qu'il semblait.

Devant tant de bon sens, il s'était même permis d'agir de façon plus vulcaine et elle avait très bien réagi. Au lieu de tout faire pour attirer son attention, elle conservait un calme surprenant et faisait son travail sans s'occuper de lui. On aurait dit une toute autre personne. Et dans ces conditions, une personne beaucoup plus attachante.

Johann sortit de la douche, passa devant lui comme s'il n'existait pas et traversa dans la chambre pour s'habiller. Comme il l'avait prévu, elle en ressortit aussitôt et le regarda étonnée.

– C'est quoi ces bouteilles?

– Un cadeau d'anniversaire.

Jo regarda à nouveau les trois bouteilles restantes d'odo'itel cardassien qui trônaient sur la commode sans oser vraiment y croire. Elle avait sifflé la première et depuis, tentait en vain de trouver une façon d'obtenir les autres sans avoir l'air d'une alcoolique finie. Elle sourit incrédule.

– Tu m'as fait un cadeau d'anniversaire?

– Oui. C'est une tradition à laquelle se soumettent les époux terrien.

– Et bien heu … merci, dit-elle impressionnée que non seulement il souligne son anniversaire mais qu'en plus, il lui offre quelque chose de potable. Hum ... Alors les trois bouteilles sont toutes pour moi?

– Oui. Tu aimes l'alcool. Tu as toujours atteint la limite permise de dix onces par semaine avant le mercredi. J'estime même probable que tu aies réussi à t'en procurer d'avantage. Tu as installé des modules dans trente-deux cabines occupées par des membres d'équipage qui ne boivent pas ou peu et qui ont pu échanger leur ration d'alcool contre tes services.

Jo grimaça un sourire. Bordel qu'il était chiant quand il l'espionnait comme ça. … Surtout qu'il avait raison. Mais ce genre d'échange était monnaie courante parmi les techs et c'était pas de ses foutus oignons.

– Bha ouais, c'est sûr que boire ça me manque un peu.

– C'est pourquoi j'ai estimé que ce présent était susceptible de te plaire.

– Ben c'est un succès. Ça me plaît vraiment, dit-elle ravie.

Normalement, lorsqu'un époux offrait un cadeau d'anniversaire apprécié, l'échange était suivi d'un accouplement. Cependant, Johann repoussait désormais toutes ses avances et refusait même qu'il pratique le toucher du père sur elle. Un phénomène assez courant chez les femelles gestantes. De toute manière, considérant sa frénésie sexuelle préalable, ils avaient dépassé les fréquences moyennes d'accouplement de façon spectaculaire et un répit était non seulement logique mais appréciable. Il s'était tout de même fait à l'idée de subir une embrassade ou un enlacement mais à sa grande satisfaction elle n'en éprouva pas le besoin et retourna dans la chambre pour s'habiller sans faire aucun cas de lui.

Jo enfila une combinaison rouge en laissant le haut détaché et noua les manches à la taille. Évidemment, Spock détestait qu'on porte l'uniforme de façon aussi peu conventionnelle mais ce qu'il en pensait, elle n'en avait rien à foutre. Impeccable ou à l'arrache, elle ne l'attirait pas donc … Pourquoi se forcer ? Et puis, elle ne l'aimait même plus alors ...

En fait, au début ça avait été un peu crève-coeur de mettre fin à tout ça parce qu'elle l'avait vraiment aimé un temps mais maintenant, elle se félicitait de sa décision. Tout était vraiment plus simple qu'avant. D'ailleurs, il semblait plus à l'aise depuis qu'elle l'ignorait. Ça lui avait fait réaliser à quel point au fond il avait dû trouver tout ça pénible. D'un côté il avait tenté de se montrer humain, réceptif, affectueux mais d'un autre côté, tout ça le troublait vraiment. Il n'aimait pas agir comme un humain. Alors évidemment, depuis qu'elle se fichait de lui, il était beaucoup plus détendu.

De toute façon, tant qu'à elle, ils n'étaient plus mariés. Elle le considérait plutôt comme une espèce de co-chambreur taciturne et obsédé par son travail qui ne disait jamais rien et qui n'était pas intéressé à développer de relation. De toute manière, c'était parfait comme ça. Elle ne lui en voulait pas. Ce n'était pas de sa faute. Il était naturellement con et il ne pouvait rien y faire. Et puis avec cette pure merveille à boire, elle était prête à lui pardonner pas mal de trucs barges, songea t-elle en souriant par devers elle.

Elle attrapa une bouteille et se dirigea vers la sortie.

– Les copains font une soirée. Je reviens plus tard.

Spock hocha la tête, conscient que rien ne servirait de s'opposer à ces amusements irresponsables.

– Je me permet de te rappeler que tu ne dois pas prendre plus de dix onces par semaine, dit-il avec un regard de reproche à son uniforme.

– C'est sûr, dit Jo qui avait déjà un plan pour contourner le règlement en remplissant la première bouteille vide avec de l'eau mine de rien.

– Et il serait judicieux de ne pas boire toutes les dix onces ce soir, insista t-il encore.

– C'est noté, dit Jo en s'en foutant sérieusement.

Elle sortit dans le couloir désert. Pas de doute, ils restaient dans le trou de cul du vaisseau. Non mais c'était toujours un peu flippant de marcher dans les couloirs déserts et glauques mais n'empêche que ça valait cent fois mieux que l'étage des gradés. Elle songea que deux semaines plus tôt, ces couloirs lui avaient semblé beaucoup plus chaleureux. Probablement parce que quand elle revenait, c'était pour voir son mec et que cette idée lui réchauffait le cœur. Elle soupira en chassant cet élan de nostalgie. Putain, qu'est-ce qu'elle en avait à foutre? Et de toute façon, elle avait une jolie bouteille qui allait arranger ça en un tournemain.

Elle se rendit dans ses anciens dortoirs et éprouva à nouveau un élan de nostalgie parce que sans blague, elle s'ennuyait tout de même de cet étage de ploucs. Les vilains tours de Yann, les éclats de rire de Nath, les cris de White qui tentait en vain de rétablir l'ordre. En bref, le joyeux chaos des mécanos lui manquait sérieusement. Elle se rendit dans la chambre de Phil qui recevait les potes, ouvrit la porte et sourit ravie.

Ils étaient cinq à s'empiler dans la minuscule cabine et la soirée poker battait déjà son plein. Phil, Yann et Hilda assis sur le lit rigolaient en blaguant tandis que Nath coincée entre le lavabo et la table distribuait joyeusement les carte et que Greg assis sur la chaise râlait en découvrant sa main. Ils levèrent la tête à son entrée et le silence se fit.

– Heu … Putain Jo. Qu'est-ce que tu fous merde ? Tu vas quand même pas boire ça ?! dit Nath scandalisé.

Jo sourit très contente de son petit effet.

– Nan. Ça c'est de l'odo'itel cardassien donc, je peux boire cette putain de bouteille au complet si je veux alors basta !

– Tu veux rire? dit Yann impressionné.

– Non, cadeau d'anniversaire de mon cher mari, dit-elle tandis que Phil se levait pour lui laisser sa place et qu'elle faisait passer la bouteille à la ronde.

– Bordel, juste pour ça, ça vaut la peine de se taper le commandant, dit Hidel en admirant la gracieuse bouteille orangée.

Jo pinça les lèvres plus ou moins certaine d'être d'accord.

– Si tu me demande mon avis, moi je me le taperais gratos, dit Nath que rien ne pouvait refroidir.

Jo sourit en se disant qu'elle n'aurait aucune objection à ce que Nath l'en débarrasse.

– Bon alors? Je peux jouer ou c'est aussi contre indiqué dans mon état, demanda t-elle de fort bonne humeur.

– Ooooh, come on birtday girl! Tu crois pas que ça va te porter chance. Ce soir c'est moi qui vous lave jusqu'au dernier boulon! assura Greg beaucoup trop optimiste.

– C'est ce qu'on va voir, dit Phil nullement impressionné.

Jo fit sauter le bouchon et avec délice, avala une bonne rasade au goulot. Ça c'était la vie! Et avant que cette dernière ne bascule irrémédiablement dans un pur cauchemar, elle eut le temps de boire un quart de la bouteille, de jouer cinq parties et de remporter la dernière à la suite de quoi, elle s'effondra par terre, en proie à d'abominables douleurs.

Pris de panique alors qu'elle se tordait par terre en gémissant, ses collègues firent venir une civière d'urgence et Nath folle d'inquiétude l'accompagna avec la bouteille, cause évidente de ce drame.

Christine Chapel les accueillit froidement en réalisant que Kot était encore plus cinglée qu'elle l'avait d'abord cru. Comment on pouvait oser boire, même de l'odo'itel', quand on attendait un enfant ! Pourquoi prendre un tel risque ! En tentant de rester professionnelle malgré sa colère, elle installa Kot sur la table d'examen puis indignée, elle emporta la bouteille au labo pour analyse tandis que Mccoy se précipitait au chevet de la patiente.

– Qu'est-ce qui s'est passé? demanda t-il en faisant une analyse au tricordeur.

– Elle a bu de l'odo'itel cardassien et elle s'est trouvé mal, dit Nath des larmes plein les yeux.

Mccoy fronça les sourcils en regardant Jo qui se tordait de douleur sur la table. Pourtant cette boisson était réputée inoffensive pour les femmes enceinte. Il consulta les données. Celles-ci indiquaient que l'embryon était en difficulté mais il n'arrivait pas à en comprendre la raison. Évidemment, la composition chimique de l'environnement foetal différait sensiblement d'une grossesse humaine. Difficile de savoir ce qui était normal ou pas dans ces conditions. Cependant, il semblait évident qu'elle faisait une fausse couche.

– Je vais faire appeler monsieur Spock, dit Mccoy en essayant de se montrer rassurant.

Mais il n'eut pas besoin de faire quoi que ce soit car le vulcain passa la porte à ce moment et avec un air sérieux, s'avança jusqu'à la table. Il observa Jo un moment sans rien dire puis il posa la main sur son ventre et écouta attentivement. Mccoy et Nath se regardèrent étonnés mais devinant qu'il valait mieux ne pas le déranger, ils restèrent cois. Aussitôt, Jo cessa de gémir et se calma. Elle regarda Spock comme si elle n'arrivait pas à y croire.

- Ça a arrêté. J'ai plus du tout mal.

Mccoy passa aussitôt le moniteur au dessus d'elle.

– Je détecte une augmentation notable de cuivre, de menocytine et d'hormones antidiurétique. On dirait que … que l'embryon s'est mis à produire lui-même ces composés chimiques.

Spock le regarda gravement et enleva sa main. Le docteur suivi attentivement l'évolution des composés quelques minutes.

- Je mesure une très lente diminution des composés en question. Spock, vous voulez bien …? dit-il en indiquant l'abdomen de la patiente.

Le vulcain haussa un sourcil et remis sa main. Mccoy eut l'air stupéfait.

- La remontée est indéniable !

Ils refirent l'exercice plusieurs fois avec les mêmes résultats.

- Je n'arrive pas à le croire, dit Mccoy épaté. L'embryon réagit lorsque vous touchez sa mère. Il produit des composé qui lui semblent vitaux.

– Vraiment? dit Spock étonné.

– Oui. Est-ce que par hasard il y avait un moment que vous n'aviez pas pratiqué ce toucher?

– Il y a seize jours et cinq heures, dit Spock.

– Incroyable! dit-il médusé. Je ne peux pas l'expliquer mais il semble que ce toucher soit essentiel à votre enfant. Il est très possible que tout rentre dans l'ordre, dit-il avec un sourire de soulagement.

Spock fixa le médecin puis il prit un air songeur. On l'avait lui-même mit en éprouvette pour pouvoir créer cet environnement chimique de façon artificielle. Par contre dans le cas présent, l'embryon était plus humain que vulcain et le toucher du père semblait suffisant pour déclencher la production des éléments chimiques nécessaires. Autrement dit, il permettait à la gestation d'avoir lieu. Sans cet apport extérieur celle-ci ne pouvait pas se dérouler de façon naturelle.

Il retira lentement sa main, étrangement sérieux.

– Merci mademoiselle Jamil. Vous pouvez disposer. Docteur, puis-je m'entretenir un instant seul avec mon épouse?

– Heu, oui. Bien sûr. Je vous laisse un instant. Je vais avertir le labo que des tests sur l'odo'itel sont inutiles. Mademoiselle Jamil, dit Mccoy en l'invitant à l'accompagner.

Nath tapa sur l'épaule de sa collègue avec un sourire encourageant, jeta un coup d'oeil enflammé à son fantasme ultime qui était foutrement sexy avec son air sérieux et ses touchers vulcains puis sortit avec le docteur, heureuse que tout s'arrange au mieux pour son amie.

Cette dernière caressa son ventre en ayant peine à croire que tout allait vraiment s'arranger.

– C'est fou non? Tu peux faire des trucs vraiment pas possible avec tes touchers de dingue.

Elle soupira, étrangement émue.

– Sans blague, j'ai eu vraiment peur de le perdre.

– Nous ne pourrons pas procéder de cette façon, dit Spock avec un air d'outre-tombe.

– Quoi ?!

– C'est malheureusement illégal.

– Qu'est-ce que tu racontes !? dit-elle en se relevant sur ses coudes.

– Le règlement vulcain 22*6987*297*23*34b01 interdit d'assister la procréation d'espèces différentes lorsque celles-ci sont dans l'impossibilité de procréer de façon naturelle.

– Et alors ? C'est toi son père, c'est pas du bidouillage technologique ou je sais pas trop.

– Le toucher du père agit sur cet enfant comme une assistance extérieure. Selon la loi il doit pouvoir se développer de façon naturelle, c'est à dire sans aide.

Jo le regarda comme s'il délirait sérieusement.

– Non mais c'est naturel le toucher du père. Tous les bébés vulcains ont ça.

– Non, pas tous. Il arrive que le géniteur soit absent et la gestation ne pose pas de problème pour autant. Ce toucher n'est pas vital pour les embryons vulcains.

Jo le dévisagea en réalisant qu'il ne pouvait qu'être sérieux. Horriblement sérieux.

– Heu … Non. Tu ne vas pas me faire ça. Hein ? Tu es son père, c'est ton enfant. Dans un cas comme ça, les lois on s'en fout. C'est évident.

– Je suis désolé, dit-il gravement. Je ne peux pas ne pas en tenir compte.

– Bordel tient en compte mais fait quand même ton devoir de père et sauve ton fils !

– C'est impossible.

– Mais putain de merde! C'est juste mettre ta main sur moi ! On te demande pas de faire un truc immoral !

– Ça ne change rien, dit-il aussi triste qu'un vulcain pouvait l'être.

Bordel, jamais elle ne lui avait vu une tronche pareille et la peur se mit à lui vriller les entrailles.

– Non mais, regarde. Il y a des lois importante et des lois moins importante on est d'accord ? Ça c'est pas une loi méga-importante non ? C'est pas la fin du monde si tu la contourne un peu. C'est pas comme faire des clones en éprouvette. C'est juste de faire le toucher vulcain normal.

– Je suis désolé. Je ne m'attend pas à ce que tu comprennes. Mais je suis vulcain et tout vulcain agirait comme je le fais.

S'il lui faisait le coup du «je suis vulcain», ça voulait dire que leur gamin était vraiment dans la merde. La respiration de Jo s'accéléra et les larmes lui montèrent aux yeux.

– Tu veux dire que tu vas laisser mourir notre enfant ? C'est ça ?

– Je ne peux pas agir en tant qu'assistance extérieure, dit-il avec regret.

Jo le regarda de haut.

– Non mais assume au moins. Tu vas laisser mourir notre fils alors dis-le !

– Il doit poursuivre sa croissance sans aide.

– Non ! Dis-le si tu l'ose. Vas-y, dit-elle incrédule. Tu vas laisser mourir notre enfant ?

Il la regarda gravement en silence.

– Dans ces conditions, oui.

Jo fut parcourut d'un frisson glacé.

– Mais bordel ! Comment une loi pourrait forcer un père a laisser son enfant crever !

– Techniquement, s'il ne peut pas survivre seul, ce n'est pas un enfant. Il s'agit d'une anomalie.

– Putain de merde, comment ça une anomalie ! J'hallucine ou c'est bien toi qui est moitié vulcain, moitié humain.

– Ma croissance a été provoquée. D'ailleurs cette loi a été créée à cause de moi.

– Quoi ?!

– Le conseil a déterminé qu'il était préférable que cette situation ne se reproduise pas.

Jo battit des cils stupéfaite.

– Mais putain, qu'est-ce que tu racontes !

– En plus des défis inhérents à l'existence, j'ai dû faire face à des difficultés que ni les humains ni les vulcains ne connaissent. Dans de telles conditions trouver sa place est extrêmement hasardeux. Il est logique de d'éviter de tels problèmes à mon fils.

– Alors quoi ? Tu crois que tu n'aurais pas dû exister ?

– Cette supposition n'a aucun sens puisque j'existe. Mais cette hybridation comporte des désavantages qu'il est logique de ne pas faire subir à d'autres.

– Mais bordel, ça ne prouve rien du tout ! Peut-être qu'il sera parfaitement heureux.

– Il faut néanmoins tracer une limite. Se fier sur ce que la nature permet ou ne permet pas en terme d'hybridation est parfaitement logique.

– Alors tu y crois vraiment ? Tu crois que cette foutu loi de merde est juste ?

– Oui. Elle l'est.

C'est à ce moment qu'elle sentit monter en elle une panique terrible. Elle ne voulait pas qu'il meure, en aucun cas. Elle l'aimait déjà plus qu'elle-même. Elle le sentait à chaque seconde et le percevait si clairement que c'était presque comme s'il était déjà né. C'était impossible. Ça ne pouvait pas finir comme ça !

– Mais bordel! Tu t'es marié avec quelqu'un dont tu n'as rien à foutre pour le sauver ! Tu as sacrifié ton avenir pour qu'il ait une chance de vivre. Comment tu pourrais le laisser crever après tout ça ?!

– Il était logique de tout faire pour le sauver mais il est aussi logique de le laisser disparaître s'il n'est pas apte à survivre.

– Oui il est apte à survivre! Il a juste besoin de toi.

– Pour être apte à survivre, il ne doit avoir besoin de personne.

Jo ne voyait plus quoi invoquer pour le faire changer d'idée.

– Tu vas oser tuer un kir'kan?

– Ce n'est pas le cas.

– Non. C'est vrai. Tu fais bien pire que ça, tu le sacrifies. Tu le sacrifies à cette putain de loi ! C'est toi qui va sacrifier le premier kir'kan en deux mille ans !

Il la fixa troublé.

– La loi a malheureusement préséance sur les tabous culturels.

Jo avala sa salive terrifiée et réfléchit à toute vitesse.

– Écoute, il est au trois quart humain non ? Il est plus humain que vulcain et donc, c'est les lois terriennes qui comptent c'est sûr. Alors c'est un cas de … comment on dit déjà … de non-assistance à personne en danger !

Spock leva les yeux sur elle et elle y distingua une brève lueur d'espoir qui lui fit comprendre que lui aussi voulait qu'il vive. Il voulait vraiment intervenir et sauver son fils.

– Tu dois l'aider. Sinon, tu pourrais être poursuivi devant un tribunal terrien ... Hein ? Ça se peut ça non ?

Il baissa les yeux et ses épaules s'affaissèrent imperceptiblement.

– Non. Il n'est pas considéré comme une personne jusqu'à ce qu'il naisse et n'a donc aucun droit.

Jo ferma les yeux comme si elle venait de recevoir un coup de poing. Logique, il fallait rester logique. Et si on restait logique, il n'y avait qu'une seule chose qu'il avait jamais voulu d'elle. Une seule et unique chose.

– Écoute, si tu acceptes de faire une exception - parce que c'est ton fils tout de même - et bien moi en échange j'accepterai de …, Jo avala sa salive, j'accepterai de t'obéir. Hein? Qu'est-ce que tu en dis? Je te le jure. Je t'obéirai comme une vraie vulcaine. Je ferai tout ce que tu me dira de faire. Et … je ne vais même plus jurer et je vais être une bonne épouse. Tu veux bien ? dit-elle alors qu'elle avait toute les peines du monde à retenir ses larmes. Dis oui d'accord? Je t'en prie. Je vais faire tout ce que tu veux.

Spock baissa la tête, troublé par la proposition. Sa mère aussi avait perdu tout bon sens lorsque la vie de son mari s'était trouvée menacée. Elle avait usé de tous les arguments, toutes les menaces et l'avait même giflé. Les humains devenaient hystériques devant la mort et c'est évidemment ce qui expliquait cette offre ridicule ; d'autant plus illogique qu'elle était parfaitement incapable de s'y tenir.

Pour sa part, il trouvait extrêmement regrettable que l'enfant ne puisse pas survivre seul et il trouvait encore plus regrettable que ce soit son propre père qui ait élaboré la loi qui l'empêchait d'intervenir. Sauf que la loi était la loi. Celle-ci avait été analysée avec soin par des autorités compétentes et jugée valide pour l'intérêt tous. L'intérêt de tous avait en tout temps préséance sur l'intérêt d'un seul. Son devoir était donc de s'y soumettre et ce, dans l'intérêt même de son fils.

Jo se leva de la table d'examen pour s'approcher de lui d'un air suppliant. Il leva la tête pour la regarder gravement et elle comprit que son offre était refusée.

– Je ne peux pas intervenir.

Une fraction de seconde, Jo cru qu'elle allait devenir folle. Comme une tigresse qui doit protéger ses petits, elle s'imagina lui sauter dessus pour lui arracher la tête avec la vis qui traînait dans sa poche, une mort extrêmement lente et douloureuse. Heureusement, elle se reprit aussitôt. La seule et unique chose qui importait était de réussir à sauver leur fils et dans cette perspective, le trucider n'était pas la meilleure des idées. Elle lui tourna le dos question de reprendre son calme.

- Laisse-moi. Vas-t'en, dit-elle sans le regarder.

Le temps était compté et de ce qu'elle pouvait en savoir, il n'y avait qu'une seule et dernière chose qui pouvait lui venir en aide.


Note-

On pourra se demander à bon droit s'il n'est pas exagéré que Spock se montre aussi intraitable alors que la vie de son propre enfant est en jeu.

Au delà du fait que nous avons vu à quel point les vulcains sont prêt à tout pour suivre les règles, je crois qu'il agirait bel et bien ainsi pour trois raisons.

Dans l'épisode Innocence (VOY), Tuvok s'échoue sur une planète où trois enfants survivants se sont eux-aussi échoués peu de temps avant. Il leur promet de les secourir et entreprend de réparer le vaisseau. Tâche difficile lorsqu'on est au prise avec trois gamins indisciplinés. Alors que l'imperturbable vulcain tente de les calmer, les enfants veulent savoir s'il a lui-même des enfants. Il leur annonce qu'il en a quatre et une petite fille décrète sentencieuse :

– Si les vulcains ne ressentent rien alors vous ne pouvez pas aimer vos enfants.

– Je ne peux décrire mon attachement à mes enfants par une émotion, répond Tuvok. Ils font partie de mon identité et je me sens incomplet sans eux.

Cette réponse très intéressante indique que les vulcains seraient étrangers à l'amour parental tel que le conçoivent les humains puisque l'amour est essentiellement émotif. Les vulcains «n'aimeraient» pas leurs enfants mais seraient plutôt attachés à eux parce que ceux-ci sont une partie d'eux-même. Cette façon de faire permettrait en effet d'éviter toute émotion mais donnerait aux enfants la stabilité nécessaire à leur épanouissement, une sécurité équivalente à celle qu'induit l'amour humain.

Dans ces dispositions, perdre un enfant équivaut à perdre une partie de soi. Les vulcains n'ayant pas peur pour eux-même, il semble évident qu'une telle perte serait ressenti de façon beaucoup moins dramatique par un vulcain que par un humain. Le fait que Sarek ait coupé tout contact avec ses deux fils sans hésitation semble d'ailleurs confirmer cette hypothèse.

(Par contre, il importe de souligner que la série Enterprise contredit cette théorie. Comme je l'ai déjà rapporté, la vulcaine T'Pol et le terrien Tucker auront une fille, Elisabeth. Celle-ci a été clonée à partir de leur ADN par un groupe d'humains opposés à l'hybridation. Ils réussiront à récupérer leur enfant mais celle-ci ne survivra pas. Même si elle ne l'a pas porté et la connaît à peine, T'Pol sera dévastée par cette mort au point qu'il lui sera impossible de préserver son couple qui sera dissout en raison de ce malheur.

Il va sans dire que la série Enterprise est une excellente production mais on ne peut nier qu'à plusieurs reprise, elle prend d'étranges libertés avec la culture vulcaine. Que ce soit au niveau du mariage vulcain, des émotions amoureuses de T'Pol ou de l'attachement parental, cette série présente les vulcains sous un jour très humains au point où parfois, la distance entre les deux espèces semble inexistante.

Pour ma part, je choisi donc sciemment d'ignorer les vulcains d'Enterprise lorsque ceux-ci s'éloignent trop des vulcains originaux pour m'en tenir aux autres séries beaucoup plus fidèles à TOS. Mais dans ce cas, évidemment, je ferai toujours mention des positions de la série Enterprise, fussent-elles quasi-hérétiques.)

La seconde raison qui me fait croire que Spock agirait tel que je l'ai décrit, c'est son attitude avec les enfants de And the childrens shall lead.

Dans cet épisode, une bande d'enfants possédés par une créature démoniaque prend le contrôle du l'Enterprise et Spock n'a aucun scrupule à faire réaliser à Jim qu'il leur faudra tous les tuer. Bien entendu, ils menacent la vie de l'équipage et même celle des habitants d'une planète qu'ils projettent d'envahir. Selon les principes vulcains, la vie de millions de personnes prime évidemment sur la vie de cinq enfants. Bien sûr, Jim hésite à commettre ce massacre même si Spock pour sa part ne semble y voir aucun problème. On imagine même qu'il les tuerait lui-même sans hésitation. Heureusement pour les téléspectateurs, il respectera les réserves de son capitaine qui arrivera in extremis à sauver les gamins.

Cet épisode laisse à croire que pour les vulcains, les enfants n'éveillent pas les mêmes sentiments protecteurs et attendris que chez les adultes humains. Pour eux, il semble que toutes les formes de vie soient équivalentes peu importe leur âge et si l'une d'elle se révèle être une menace trop importante, il peut s'avérer logique de l'éliminer et ce, sans aucune considération pour le fait qu'elle soit mignonne ou pas.

La troisième raison qui rend logique son comportement se trouve dans Journey to babel. Dans cet épisode, Spock doit donner son sang pour sauver son père. Malgré que l'intervention soit risquée, il n'a aucune hésitation à mettre sa vie en jeu et insiste pour que Mccoy entreprenne l'opération malgré le danger que cela lui fera courir. Le vaisseau rempli d'ambassadeurs est alors attaqué et Spock fait aussitôt volte face. Comme l'exige le règlement, il prend le commandement même si cela implique que son père devra se passer de lui et mourir. Rien ne le fera changer d'idée, même pas les supplications de sa mère. Pourtant, il est à noter qu'un autre aurait pu prendre sa place. Sauf que Spock considère qu'il est le plus compétent pour faire face au danger et que c'est donc lui qui doit commander. Tuer son père ce faisant, ne compte même pas dans la balance.

Dans cette situation, nous voyons donc à quel point Spock peut se montrer extrême. Il considère que le règlement et les principes qu'il supporte ont préséance sur tout, même la vie de son père pour lequel il était pourtant prêt à tout sacrifier cinq minutes plus tôt. ... Que dire sinon que les vulcains ne badinent pas avec le règlement.

Pour toutes ces raisons, je crois que dans une situation où la vie de son enfant entre en conflit avec une loi vulcaine, surtout une loi où «l'intérêt de tous prime sur la vie d'un seul», Spock choisirait la loi.