Jo resta un moment seule au milieu de l'infirmerie à se tordre les mains. Pour une seconde fois en deux semaines son monde s'écroulait à cause de son époux cinglé mais cette fois il n'était pas question de faire son deuil et d'en prendre son parti. La vie de son fils était en jeu. Du moment où elle avait choisi de le garder, il était devenu le centre du monde et qu'il soit né ou pas ne faisait aucune différence.

Et puis c'était rien ! Il avait besoin de presque rien pour être sauvé. Mais l'autre débile il était complètement ...

Putain de MERDE ! C'était une saleté de barbare!

Elle prit une grande respiration en caressant son ventre. Calme. Il fallait rester calme. Et ce n'était pas vraiment dans ses corde. Mais il le fallait. Pour son enfant …

– Johann ? Où est monsieur Spock ?

Elle se retourna vers Mccoy qui revenait accompagné de Chapel.

– Il s'est tiré. Il dit que son fils peut bien crever, dit-elle incapable de rester vraiment calme.

Bones et Chapel la fixèrent incrédule.

– Quoi ?

– Vous délirez! dit Christine avec mépris.

Putain … Calme. Il fallait rester calme.

– Je délire pas. Il dit que c'est contre la loi vulcaine d'aider son fils et donc qu'il peut rien y foutre.

– C'est impossible, dit Christine sûre d'elle.

– Ah ouais ? Ben allez lui demander !

– Johann, je suis sûr que …

– Puisque je vous dis qu'il refuse de faire quoi que ce soit ! J'ai tout essayé. Il dit que c'est CONTRE LA LOI ! Putain vous le connaissez oui ou merde ! Il est cinglé !

Christine avait encore des doutes mais Mccoy qui connaissait beaucoup mieux Spock pouvait imaginer que le vulcain se braque si la loi était en jeu. La jeune femme semblait certaine de ce qu'elle avançait mais il ne pouvait pas croire que …

– Peut-être que vous avez mal compris ? tenta t-il.

– J'ai pas mal compris ! C'était clair comme de l'eau de roche ! La loi pour les hybrides, c'est qu'il doivent se développer sans aide extérieure alors il dit qu'il peut pas être une aide extérieure peu importe les conséquences.

Le visage de Mccoy se durcit et ses yeux lancèrent des éclairs. Ça c'était du Spock tout craché!

– Je vais tuer ce vulcain de mes propres mains, gronda t-il.

– Allons docteur il ne ferait jamais …

– Miss Chapel, dit-il d'une voix blanche. Si vous ne savez pas de quoi vous parlez, taisez-vous !

– Mais pourtant …

– Les vulcains n'ont pas de cœur ! Il serait temps de vous en rendre compte ! l'apostropha Bones.

Jo incapable de se retenir d'avantage cacha son visage dans ses mains et éclata en pleurs.

On ne pleurait pas comme ça pour des riens et Christine réalisa soudain que tout cela était bien réel. L'horreur se peignit soudainement sur son visage. Jamais elle n'aurait cru que monsieur Spock, toujours si posé, si courtois pouvait … Il allait vraiment laisser mourir son fils ?! À cause d'une loi ? Ça n'avait aucun sens ! Si son propre époux avait osé signer l'arrêt de mort de leur enfant à naître ... elle … Elle serait devenue folle instantanément. Elle serait morte sur place. En regardant sa rivale dévastée, elle ne pu s'empêcher de songer fugitivement qu'elle l'avait échappé belle. Ça aurait pu être elle qui s'effondrait sur le plancher en sanglotant.

– Johann … Allons, dit Bones en se précipitant pour la relever. Ne vous en faites pas. Nous allons trouver une solution.

– Docteur … il faut avertir le capitaine, dit Jo en hoquetant. Il y a que lui qui pourra le convaincre.

Bones approuva.

– Oui. Nous allons aller le voir.

– Combien … combien il reste de temps avant que … ? demanda Jo en tentant de prendre sur elle.

Un frisson glacé parcouru l'échine de Bones. Il passa le tricordeur devant elle en ne pouvant pas croire qu'il procédait à un compte à rebours aussi affreux. Les données indiquaient que les composés chimiques étaient loin en deçà des niveaux qu'il avait enregistré lors des autres examens.

– Miss Chapel, ma tablette !

Elle se précipita et la lui tendit. Il calcula en pianotant sur l'appareil puis observa les résultats consterné.

– J'estime qu'il doit s'agir de ... quelques heures. Mais je peux me tromper.

– Alors ça peut être moins, dit Jo d'une petite voix.

– Ou plus, dit Christine avec un air encourageant.

– Il n'y a pas de temps à perdre. Allons voir Jim. Immédiatement.

Jo le suivit en essuyant ses larmes et Christine resta seule au milieu de l'infirmerie. Elle s'était toujours vu avec Spock. Elle avait toujours été certaines qu'ils auraient été vraiment très heureux ensemble mais bien qu'elle n'ait jamais imaginé qu'un jour viendrait où elle penserait une chose pareille, elle se surprit à remercier le ciel que le beau vulcain l'ait repoussé.

Mccoy sortit de l'ascenseur comme un boulet de canon et marcha d'un pas furieux jusqu'au fauteuil du capitaine. Jo en sortit, beaucoup plus suspicieuse. Elle n'avait jamais mis les pieds sur la passerelle et elle sentit immédiatement qu'elle n'avait rien à y foutre. Il n'y avait que des patrons là-dedans et les seuls mécanos à avoir mis les pieds dans le coin, devaient être ceux qui avaient construit l'Enterprise il y avait des années. L'ascenseur se referma derrière elle et ne pouvant se résoudre à suivre Mccoy, elle se recula dans le coin en espérant se faire oublier.

Jim se tourna vers son visiteur et voyant le visage convulsé de Bones, il réalisa qu'il allait encore recevoir une tuile.

– Jim, je dois vous parler, dit-il en se contenant difficilement.

– Je vous en prie, dit-il toute ouïe.

– Seul à seul, dit-il en adressant un regard noir à Spock qui leva les yeux du scope pour le dévisager.

– Est-ce bien nécessaire Bones ? demanda Jim qui suivait passionnément les relevés. Nous approchons de la planète H-18 et …

– C'est très urgent ! le coupa Bones.

– Permettez capitaine, dit Spock qui s'était approché de l'autre côté du fauteuil. Je crois deviner de quoi il est question et il est tout à fait inapproprié de vous déranger en ce moment. Il s'agit d'un incident mineur.

– Mineur? dit Bones avec des yeux exorbités. Votre …

Il se reprit et baissa le ton afin qu'on ne puisse pas l'entendre.

– Votre fils se meurt par votre faute ! C'est loin d'être mineur !

– Quoi ? dit Jim qui n'y comprenait rien.

Spock croisa les mains derrière son dos d'un air ennuyé.

– C'est une situation domestique qui relève de la juridiction vulcaine.

– Nous avons vu nous-même jusqu'où peuvent vous mener les situation domestiques sous juridictions vulcaines Spock !

– Cette situation ne concerne en rien le capitaine de l'Enterprise, insista t-il.

– En fait, peut-être bien qu'il pourrait arriver à mettre un peu de plomb dans votre cervelle détraquée !

Jo n'avait aucune idée de ce qui se disait et à vrai dire, elle aurait surtout apprécié de rentrer dans le plancher. Il fallait vraiment que la vie de son enfant soit en jeu pour résister à l'envie de s'enfuir. Elle jeta un coup d'œil au personnel de bord. Quelques uns l'avait remarqué. Certains la regardait d'un air étonnés d'autre d'un air clairement choqué. Elle réalisa soudain qu'elle portait toujours sa combinaison attachée à la taille. Bordel, déjà qu'elle avait pas trop le droit d'être là, en plus elle avait l'air d'une folle. Elle s'empressa de remettre l'uniforme de façon réglementaire en essayant de ne pas trop attirer l'attention.

– Nous approchons de la planète H-18, rappela Spock. Entreprendre cette discussion stérile est une perte de temps illogique qui de plus, comporte des risques au niveau de la sécurité. L'absence du capitaine n'est pas à conseiller lors d'une manoeuvre d'approche en terrain inconnu.

– Votre fils sera peut-être mort dans une heure Spock ! C'est une urgence, rétorqua Mccoy avec des poignards dans les yeux.

Coincé entre les deux, Jim se massa le front en réalisant pour la centième fois à quel point permettre la mission de Spock avait été une terrible erreur. Il n'en restait pas moins que les accusations de Bones étaient beaucoup trop graves pour être ignorées.

– Bien. Messieurs, suivez-moi, dit Jim en se levant.

Il se retournèrent et se figèrent en voyant Jo tassée dans le coin de mur comme si elle voulait disparaître. Jim ne put manquer qu'elle avait vraiment une sale mine. Ils s'avancèrent à sa rencontre et dès que l'ascenseur s'ouvrit, elle se jeta dedans comme si elle fuyait le 7em enfer. Les trois autres suivirent et les portes se fermèrent.

– La passerelle n'est pas accessible aux troisième classes, ne put s'empêcher de souligner Spock.

Pour ça, Jo avait pu s'en rendre compte elle-même.

– Je lui ai demandé de venir! cria Mccoy furieux. Non seulement elle est concernée mais elle peut à tout moment avoir besoin de soins urgents ! … Vous ne voudriez tout de même pas tuer votre femme en plus de tuer votre fils Spock, dit-il bravache.

– Il n'était pas nécessaire de la faire sortir de l'ascenseur, insista Spock.

– Messieurs, dit Jim pour les calmer.

Les portes s'ouvrirent et ils se rendirent à la salle de réunion. Dès que la porte se ferma, Mccoy cessa de se contenir et explosa.

– SPOCK! VOUS N'ÊTES QU'UN DÉBRIS D'HUMANITÉ…! COMMENT OSEZ-VOUS!

– BONES!

– Jim, il a décidé de tuer leur fils ! dit-il avec un doigt accusateur.

– Cessez de hurler et expliquez-vous! dit Jim autoritaire.

– Madame Kot s'est présenté à l'infirmerie car elle faisait une fausse couche, expliqua Mccoy. Monsieur Spock s'est présenté à l'infirmerie à son tour et a posé la main sur elle.

– C'est ce qu'on appelle le toucher du père, spécifia Spock.

– Oui bon. Les symptômes sont disparus et les instruments ont confirmés que ce toucher est vital pour l'enfant. Sauf que voilà, Spock dit que c'est contre la loi vulcaine et il refuse de pratiquer le toucher vulcain. S'il ne fait rien, il condamne son fils à une mort certaine. !

– La loi 22*6987*297*23*34b01, interdit d'assister la procréation d'espèces différentes lorsque celles-ci sont dans l'impossibilité de procréer de façon naturelle en raison d'une distance génétique trop importante, expliqua Spock.

Jim regarda son ami stupéfait puis observa Johann qui le fixait d'un air suppliant.

Il remarqua à nouveau sa mine affreuse. Elle avait pleuré. En fait, elle semblait tellement désespérée et sous le choc que Jim éprouva un élan de pitié à son endroit. Juste à la voir, on comprenait que cette loi vulcaine n'aurait jamais dû exister.

– Spock, il ne s'agit que de poser votre main sur Johann. Vous ne pouvez pas laisser votre fils mourir pour ça …, dit Kirk qui n'en revenait pas.

– J'obéi à la loi qui est on ne peut plus claire dans cette situation. Situation qui ne relève pas de mes devoir envers Starfleet et ne met pas la vie de Johann en danger. Par conséquent, mes agissements ne regarde en rien le docteur Mccoy ni vous-même capitaine.

– Vous ne pouvez pas faire ça Spock ! vociféra Mccoy.

– C'est la loi docteur.

Juste à voir sa tête de vulcain taré, Jo compris que tout était perdu. Mccoy avait voulu bien faire mais il ne l'avait rendu que plus intraitable. Tout espoir s'envola, son cœur se brisa une dernière fois et sans demander son reste, elle s'enfuit de la salle en courant.

– Johann! cria Mccoy.

Il fit mine de la poursuivre mais se retourna pour jeter un regard meurtrier au vulcain.

– J'ai toujours su que vous n'aviez pas de coeur Spock mais jamais je n'aurais cru que vous étiez un monstre ! cracha t-il.

Mccoy se précipita à la poursuite de la jeune femme et Spock releva dignement la tête, plus ennuyé qu'insulté.

– Capitaine, je crois qu'il serait approprié de retourner à nos postes.

Jim prenait maintenant toute la mesure du drame qui se jouait. Il ne pouvait pas laisser se commettre une abomination pareille sans intervenir.

– Spock, j'aimerais en discuter un moment si vous voulez bien. C'est une situation qui me semble très … compliqué, dit Jim conscient qu'il marchait sur des œufs.

– Ce n'est pas le cas. La situation est très claire. Je ne peux pas aller à l'encontre de la loi.

– Je vous avoue que je suis assez surpris, dit Jim comme si de rien n'était. J'aurais cru que les vulcains étaient des parents consciencieux.

– C'est bien le cas.

– Mais vous refusez tout de même d'intervenir.

– En fait, je ne peux pas intervenir.

Jim hocha la tête comme s'il comprenait.

– C'est bien sûr étrange pour des terriens. N'importe quel père serait prêt à tout pour sauver son enfant ...

– Oui. Les membres de votre espèce sont très soucieux à l'idée de reproduire leurs gènes particuliers. Cela d'ailleurs a causé de nombreux massacres dans le passé. Les membres des familles royales par exemple ont souvent été décimés pour cette raison sans parler des femmes soupçonnées d'adultère, tuées par millions.

Jim pinça les lèvres en réalisant que grâce aux bons soins de Mccoy, Spock était sur le pied de guerre et qu'il faudrait jouer serré. Il le connaissait assez pour savoir que rien ne servirait de tourner autour du pot.

– Spock, parlons franchement. Je comprend votre souci de la loi et je le respecte. Vous le savez. Mais cela m'apparaît vraiment extrême. N'y a-t-il aucune autre solution ? Il s'agit de votre fils. Vous avez tout sacrifié pour que Johann le garde.

– Il n'y a aucune autre solution que de briser la loi.

– Et bien, dans ce cas exceptionnel ne pourriez-vous pas … briser la loi ?

Spock baissa la tête troublé.

– J'imagine que cela doit vous sembler terrible mais n'est-ce pas encore plus terrible de laisser mourir votre fils ?

Spock soupira gravement.

– Vous ne comprenez pas. Vous n'êtes pas vulcain.

– Ce que je comprend, c'est qu'aux yeux d'un vulcain, la loi est plus importante que la vie de son propre enfant, dit Jim choqué.

– Ce n'est pas un enfant. C'est une anomalie non-viable. Dans ce cas, il n'a droit à aucune protection juridique et je ne peux donc pas intervenir.

– Spock, soyons sérieux. À ce que j'ai pu comprendre, il ne s'agit que d'un toucher très commun. Ne peut-on pas considérer que vous appliquez la loi avec trop de rigueur? Après tout, vous auriez pu ne pas vous en rendre compte.

– Je m'en suis rendu compte et par conséquent, je suis dans l'obligation de respecter la loi.

Jim soupira brusquement. Il avait toujours apprécié la façon de penser de Spock. Contrairement à bien des terriens, sa manière étrange de voir de voir le monde ne l'indisposait pas. Il la trouvait rafraîchissante et il se plaisait en sa compagnie. Mais ça … c'était vraiment trop.

– Jim, un hybride tel que moi est extrêmement désavantagé, dit Spock d'un air sérieux. Ce n'est pas sans raison que le conseil a décidé d'interdire de tels croisements.

Jim releva la tête et le regarda insulté.

– Désavantagé ? Savez-vous vraiment qui vous êtes Spock ? Vous êtes la personnes la plus remarquable que j'ai jamais rencontré de ma vie!

– Ce n'est pas l'opinion du conseil.

– Et bien le conseil peut aller se faire frire! cria Jim insulté. C'est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendu !

– J'ai échoué le Kolinar en raison de mon sang humain, lui rappela Spock. J'ai désobéi à mon père parce que je suis humain, ma fiancée m'a défié en raison mon humanité, j'ai été rejeté par mes camarades parce que je suis humain. Ce sont des faits indéniables et ils n'ont pas échappés au conseil, dit-il en relevant la tête.

– Et est-ce que le conseil sait tout ce que vous avez fait ici avec nous en raison de votre humanité Spock ? Ils ont calculé combien de vies vous avez sauvé ? Combien d'affaires vous avez résolu ? De combien de pétrins vous nous avez sorti? Spock … je serais mort depuis longtemps sans vous.

– Je ne crois pas que cela intéresse le conseil.

– Et bien il devrait s'y intéresser!

Spock haussa un sourcil l'air de dire que ce n'était pas de son ressort et Jim baissa la tête en ne pouvant pas y croire.

– Spock, comprenez que cette loi est irrecevable pour des terriens. C'est inacceptable !

– J'estime que le rapport malsain que les humains entretiennent avec la mort est responsable de cette impression irrationnelle capitaine. Dans les faits, encadrer l'hybridation d'espèces incompatibles est non seulement logique mais nécessaire. Les innombrables catastrophes terrestres provoquées par vos organismes génétiquement modifiés devraient pourtant vous l'avoir fait réaliser.

– Il ne s'agit pas de truites croisées avec des fraises Spock. Il s'agit de votre fils !

– En quoi cela fait-il la moindre différence ? demanda le vulcain.

Kirk se figea estomaqué. Spock semblait mettre la vie son enfant au même niveau que des croisements de basse-cours.

– S'il n'y a pas de différence pour vous, il y en a une pour Johann. Perdre son enfant est la pire chose qui puisse arriver à une mère humaine. Surtout qu'elle n'en voulait pas et que vous avez tout fait pour la convaincre. Vous ne pouvez pas lui enlever son enfant après tout ça. Elle sera dévastée.

– Si elle tient à être mère, je n'ai pas d'objection à ce que nous adoptions des enfants.

– S'il n'y a qu'une seule certitude Spock, c'est qu'elle n'aura plus jamais d'enfants avec vous si vous lui enlevez celui-là.

– Je n'ai pas non plus d'objection à ce que nous soyons un couple stérile.

– En fait, que vous restiez un couple est hautement improbable, insista Jim.

– Nous n'avons pas le choix de demeurer un couple. Nous ne pouvons pas nous séparer avant cinq ans soit en 2279.

Probablement parce qu'il n'avait jamais eu à interférer avec la vie privé de son ami, il était rarement arrivé qu'il ait à goûter à la médecine vulcaine de Spock mais Jim compris soudain pourquoi Mccoy avait envie de s'arracher les cheveux dès qu'il avait affaire à lui. Réalisant qu'il n'arriverait à rien en en appelant à ses bons sentiments, il dû choisir un nouvel angle d'attaque.

– Écoutez, je comprend que cette loi est juste en contexte vulcains. Cependant, le conseil n'avait certainement pas prévu qu'un simple toucher pourrait être aussi crucial. S'il l'avait su, une intervention de ce type aurait sûrement pu être permise. Convenez qu'en raison de ces faits, la loi devrait au moins être réexaminée.

– Oui. J'en conviens.

– Alors, dans ce cas, est-ce que votre décision ne devrait pas être revu avant de commettre l'irréparable ? Vous allez tuer votre fils et anéantir votre femme, Spock.

– Je comprend votre position mais pour l'instant, la loi est valide et je commettrai un délit même si la loi devait être amendée par la suite.

Jim le regarda sévèrement.

– Vous comprenez que si vous ne faites rien vous commettrez aussi un délit ? Aux yeux des humains. ... Et à mes yeux également.

Spock le dévisagea imperturbable.

– Je comprend.

Jim l'observa gravement.

– Il y a peu de crimes aussi impardonnable chez les terriens que celui d'un père qui tue son enfant en toute connaissance de cause. Spock, je crains … Je crains de ne pas être capable de passer par dessus une telle chose.

– Dans ce cas, je suis désolé de vous décevoir capitaine.

Ils se regardèrent un long moment puis comprenant qu'il n'y avait plus rien à faire, Jim sortit la mort dans l'âme. Spock le suivit en se disant que comme il l'avait prévu, cet entretient stérile ne leur avait à toute fin pratique que fait perdre du temps.

Jim réintégra son siège en ne ressentant plus aucun intérêt pour les nouvelles données du système planétaire sur lequel ils fonçaient. Il se sentait incroyablement démuni. Il connaissait Spock. Aucun argument ne pourrait le faire changer d'avis. Il échoua à s'intéresser de nouveau à la planète H-18 jusqu'à ce que Mccoy reviennent en coup de vent.

– Jim ! Elle a disparu ! Je ne la trouve nulle part ! Il faut lancer des recherches immédiatement. Je crains le pire.

– Parlez-vous de mon épouse? demanda Spock en se retournant.

– En quoi cela pourrait bien vous intéresser, lui balança Mccoy.

– Bones, désapprouva Jim comme pour lui rappeler qu'il y avait des témoins.

– Excusez-moi Jim. Je suis vraiment très inquiet, s'excusa t-il.

Spock s'avança près d'eux.

– Je sais où elle se trouve. Si vous le permettez capitaine, j'irai la chercher et la mènerai à l'infirmerie.

– Non. J'irai, dit Mccoy. Indiquez-moi seulement où elle est.

– Au poste de surveillance 12, rotonde Ouest, secteur 6-39.

Mccoy eut l'air confus.

– Je n'ai aucune idée où ça se trouve.

– Bien. Dans ce cas je devrai y aller, dit Spock.

– Je vais avec vous !

– C'est inutile, assura le vulcain qui n'avait aucune envie de se faire hurler dessus pendant tout le trajet.

– Allez-y seul monsieur Spock, trancha Kirk.

– Allons donc Jim, elle va sûrement le hacher menu.

– Bones, j'avoue que dans les circonstances votre sollicitude me surprend.

– Johann aura besoin de support médical d'ici à quelques heures, dit Spock. Elle doit être conduite à l'infirmerie dans les meilleurs délais.

Les terriens échangèrent un regard de connivence, trouvant tous deux ce commentaire d'un relatif mauvais goût considérant qu'il était directement responsable de cette hospitalisation.

– Jim, vous êtes sûr que …, dit Mccoy en le regardant comme s'il était timbré.

– Sûr et certain docteur.

– Je ferai vite, assura le vulcain.

– Au contraire, prenez tout votre temps monsieur Spock, dit Jim. Surtout, évitez de la brusquer.

– Bien entendu capitaine.

Il sortit pour accomplir sa mission tandis que Kirk prenait soudain l'air grave. Bones regardait son capitaine dubitatif.

– Jim ?

– Pour comprendre, il est parfois nécessaire d'être confronté aux conséquences de nos actes, dit-il sentencieux.

Mccoy l'observa incertain.

– Quitte à le retrouver en morceaux ?

– Il ne se présentera pas d'autres occasions avant qu'il ne soit trop tard. Je crains donc que nous n'ayons pas le choix.

Mccoy le regarda puis approuva.

– Non. Il n'y aura pas d'autres occasions.

Kirk fixa l'écran devant lui avec un air résolu.

– Je prend donc le risque.

La petite planète d'or H-18 brillait de mille feux devant leurs yeux mais Jim n'avait pas le cœur à s'extasier. Il ne restait qu'une seule chance d'éviter cette atrocité : qu'un miracle se produise.


Notes –

Au chapitre précédent nous nous sommes intéressé à l'obéissance des vulcains envers les règlements et les lois. Ce chapitre a surfé sur le même thème mais avec un intérêt particulier pour le rapport des vulcains à la mort. Comme on vient de le voir, ce n'est sûrement pas cette crainte qui arrivera à les décoiffer.

Pour nous au contraire, la mort est l'aspect le plus terrifiant de la vie. Devant elle, même les plus courageux tremblent et pleurent. Pratiquement rien de tout ce à quoi nous pourrons être confrontés au cours de notre existence n'arrivera à produire des émotions aussi perturbantes, extrêmes et douloureuses. Chaque fois que la mort passe dans notre vie, nous en gardons des cicatrices.

On oublie parfois à quel point dans ses jeunes années Spock se montre dur, intraitable, voire même détestable lorsqu'il est confronté aux émotions humaines (attitude canonique que je tiens évidemment à respecter). En raison de la détresse qu'elle engendre, la mort est une situation où sa froideur vulcaine devient particulièrement évidente.

The immunity syndrome aborde cet aspect. Dans cet épisode, Spock a un genre d'attaque qui le fait s'effondre au milieu de la passerelle. Kirk et Mccoy se précipitent pour le relever et il leur annonce qu'il vient de ressentir la mort des 400 vulcains qui se trouvaient à bord du vaisseau l'Intrepid. Bones l'emmène à l'infirmerie où ils auront une conversation sur le sujet.

M – Spock, comment pouvez-vous être sûr que l'Intrépid a été détruit?

S – C'est une sensation.

M– Mais je croyais qu'il vous fallait entrer en contact physique avec le sujet pour ...

S– Docteur. Même moi, à demi-vulcain, je suis capable d'entendre les cris d'agonie de 400 congénères mourant par delà les distances qui nous séparent.

M– À mon avis, même un vulcain ne saurait ressentir de semblables présages.

S– Appelez cela une prescience concernant ce qui peuvent arriver aux vulcains mais je sais que personne, pas même l'ordinateur de bord, ne savait ce qui les conduisaient à la mort. Et l'auraient-ils su qu'ils n'auraient pas compris.

M– Mais enfin, voyons … 400 vulcains c'est …

S– J'ai remarqué un trait chez vos semblables docteurs. Vous trouvez plus facile d'admettre la mort d'un seul individu que la mort de millions. Vous dites que les vulcains n'ont pas de cœur cependant notre cœur semble démesurément grand comparé au vôtre.

M– «Accepte sans te plaindre la mort de ton voisin» ... Hein Spock? Vous ne nous souhaitez tout de même pas cela.

S– Ce précepte aurait pu empêcher que votre histoire soit une éternelle boucherie.

Dans ce dialogue, il est question de la façon dont les vulcains et les humains conçoivent la mort. Pour Spock, la mort de 400 vulcain ne crée aucune émotion notable tandis que Mccoy ne peut pas croire à une telle hécatombe. Spock, dans un retournement très malin, lui fait remarquer que le cœur humain ne peut prendre qu'un mort à la fois tandis que le coeur vulcain peut en prendre beaucoup plus.

Suite à cette boutade, Mccoy le nargue avec une expression signifiant qu'il ne faut pas s'en faire avec la mort, qu'il n'y a qu'à l'accepter. Il suggère que Spock ne pourrait tout de même pas souhaiter cela aux humains.

Sur ce, Spock lui assure qu'en fait la difficulté à accepter la mort est l'une des raisons pourquoi les humains se sont entretués tout au long de leur histoire.

Il va de soi que le sujet prête à de longues discussions mais pour ma part, je crois que Spock a raison. Totalement. Si on arrêtait d'être aussi terrifiés par la mort, nul doute qu'on serait beaucoup plus zens. Mais là n'est pas le propos.

Le propos c'est que nous voyons ici qu'entre vulcain et humain, le rapport à la mort est totalement différent. Si les humains sont à peine capable de surmonter la mort d'un proche, accepter calmement une terrible tuerie va au contraire de soi pour un vulcain. (mais bon, eux avec leur katra-résurrection, ils peuvent bien nous donner des conseils)

N'empêche que dans ces circonstances, il me semble évident que Spock accepterait la mort de son enfant à naître et passerait simplement à autre chose. Cette attitude est horrible à nos yeux de terriens uniquement parce que nous ne pouvons pas supporter la mort. Nous sommes terrifiés par elle, surtout lorsqu'il est question de nos enfants.

Pourtant il est à noter qu'à de nombreuses reprises, l'équipage trouve normal que Spock pose des gestes extrêmes parce qu'il est vulcain. Mais de là à laisser mourir un enfant désiré et aimé avec une parfaite indifférence alors qu'il n'y a qu'un petit geste à faire pour le sauver … C'est une chose qu'aucun terrien ne peut concevoir.

Ce qui fait ressortir une distinction intéressante entre nos deux espèces : pour les terriens, la mort est dans un catégorie à part tandis que pour les vulcains, elle ne l'est pas. Pour éviter la mort un humain peut faire des choses qu'il ne ferait jamais autrement. Il prendra des risques inconsidéré, brisera des lois et s'il réussi à l'éviter, il considéra qu'il a «sauvé» quelqu'un. Un vulcain lui, n'agira pas différemment pour éviter la mort et ne considérera pas qu'il a sauvé quoi que ce soit mais plutôt qu'il a agi logiquement.

Par exemple dans l'épisode Bread ans circus, nos héros se retrouvent sur une planète où la culture romaine a prospérée. Ils sont capturés et envoyé dans une arène de gladiateurs. Bones fait si piètre figure glaive à la main que Spock doit se charger de son assaillant. De retour dans leur cellule, Mccoy tient à remercier Spock de lui avoir sauvé la vie.

M (embarrassé) – Spock … hum … Je sais que nous avons souvent des différents … ou alors ce ne sont que de simples boutades, qui sait. Enfin, ce que j'essaie de vous dire c'est que …

S – Docteur, j'essaie de trouver un moyen de nous faire évader. Je vous prie d'être bref.

M – Je vous remercie de m'avoir sauvé la vie dans l'arène.

S (indifférent) – Oui. C'est exact.

M (furieux)- J'essaie de vous remercier espèce de gobelin aux oreilles pointues!

Spock le regarde hautain.

S – Ah oui. Les humains ont ce besoin émotif d'exprimer de la gratitude. Je crois que la bonne réponse est : il n'y a pas de quoi.

Spock retourne à son inspection des barreaux.

S- Néanmoins vous devez vous rappeler que je ne suis motivé que par la logique. Si nous perdons notre chirurgien (nonobstant mon scepticisme en ce qui concerne sa valeur) les performances de l'Enterprise s'en trouveraient affectées.

Cette étonnante froideur vulcaine peut nous mener à supposer que Spock n'a pas de cœur mais la réalité c'est plutôt qu'il n'éprouve pas de peur. Sauf que ... est-ce vraiment une bonne chose ? Comme Spock le dit lui-même avec raison, sans cette peur, nous n'aurions pas connu tant de dénouements sanglants.

Faudrait-il donc être capable de vivre la tuerie de 400 personnes comme si on y était sans s'émouvoir pour connaître enfin la paix ?

Voilà une grosse question … Ainsi qu'une nouvelle preuve de l'intelligence de Star trek qui n'a pas son pareil pour nous pousser dans des réflexions philosophiques prenantes ;)

D'ailleurs au cas où vous ne l'auriez pas vu … Sur le sujet sensible de la mort, l'épisode Tuvix (VOY) est l'un des plus troublants et audacieux de l'histoire des séries télé. Un traumatisme ne pas manquer !