Dans cette étude nous nous sommes déjà intéressés à la manière dont les vulcains pouvaient comprendre le principe de justice. N'est-ce pour eux qu'un ensemble de règles à appliquer aveuglément ? Question à laquelle nous avions répondu non. Si on se fie sur l'évolution de Spock, le jugement personnel a droit de citer jusqu'à un certain point. Ceci étant il semble évident que tous les vulcains croient dans un idéal de justice parfaite voire extrême ; idéal auquel ils se conforment en tout point et en tout temps autant que faire se peut.

Si les indices que l'on trouve dans les séries et les films nous permettent de faire de telles suppositions, nous savons par contre très peu de choses sur la manière dont les vulcains appliquent concrètement la justice.

La seule certitude que nous ayons est que Sybok le demi-frère de Spock a été banni de la planète parce qu'il a refusé d'intégrer les enseignements de Surak et s'est mis en tête de faire des adeptes.

Il est possible que j'ai manqué quelque chose mais il ne me semble pas qu'il y ait d'autres exemples de procès ou de châtiment vulcain dans Star trek … ; à l'exception comme d'habitude de la série Enterprise. Problème récurrent sur lequel nous devons nous pencher encore une fois.

On doit à Enterprise l'invention du ministère vulcain de la sécurité qui appliquerait une certaine forme de justice. De ce qu'on en sait, ce ministère s'occupe entre autre de pourchasser les agents vulcains qui quittent le droit chemin afin de les réhabiliter (The Seventh) et enquête sur des fuites de documents classifiés (Home)

Mais surtout, Enterprise nous apprend que les vulcains appliquent la peine de mort pour le crime de trahison (Kir'Shara). Une décision que l'on peut qualifier de troublante.

La peine capitale, surtout pour traîtrise, convient à des régimes totalitaires, paranoïaques et guerriers. Ça ne colle pas très bien à ce qu'on connaît des vulcains. De ce qu'on sait de cette culture, seul le pon farr implique des violences mortelles et on peut supposer qu'elles sont tolérées parce qu'elles sont l'unique action - outre l'accouplement - capable de mettre fin au rut avant que l'individu en meure.

Soyons sérieux. Si chez les terriens, une race relativement violente et cinglée, la peine de mort est considérée assez immorale pour que les deux tiers des pays actuels l'aient abolie, comment pourrait-elle sévir chez les vulcains qui eux sont l'une des races les plus pacifiques et réfléchies qui soit ?

Mais laissons là ces considérations car avec les vulcains la seule question pertinente à se poser est toujours la même : est-ce cela pourrait être logique ?

Voyons voir.

Les grands arguments pour la peine capitale sont 1- dissuader le criminel avant qu'il commette le crime, 2- La menace de mort permet de négocier avec le criminel pour qu'il dénonce ses complices. 3- la mort du criminel soulagerait les victimes, 4- la société est débarrassée du criminel.

1- Les vulcains n'éprouvent pas la peur, même pas celle de la mort qu'il considèrent comme étant la conclusion d'une aventure. La peine capitale ne saurait donc être dissuasive sous aucune condition.

2- Pour cette même raison, aucun vulcain ne se mettrait à dénoncer ses ami-es par crainte d'être tué.

3- Les victimes touchées ne vivant aucune émotion, elles ne sauraient éprouver du soulagement ni quelle qu'autre émotion que ce soit relativement à la mort du criminel.

4- Techniquement oui, la société serait débarrassée d'un traître. Ce serait ici la seule raison logique pour l'occire. Mais si on considère qu'enfermer le criminel revient au même résultat, le tuer pour la seule et unique raison de s'en débarrasser n'a plus aucune logique. D'ailleurs une nation qui tue ses citoyens simplement pour s'en débarrasser ne pourrait sous aucune considération être qualifiée pacifique.

Autrement dit, pour des vulcains suivants de Surak la peine capitale ne peut être qu'illogique. Cette idée est donc fort peu crédible voire, saugrenue. Par conséquent nous oublierons une fois de plus les élucubrations d'Enterprise sur les vulcains.

Ceci fait, nous nous trouvons devant un relatif néant justicier.

Une hypothèse intéressante serait que les vulcains, n'ont pas vraiment besoin d'un système de justice tel que celui des terriens. En effet, il est illogique d'aller à l'encontre des lois lorsque celles-ci sont conçues pour le bien de tous, surtout sur une planète où personne d'émotif ne vient jamais mettre le bordel. Et si par malheur il se trouve quelque trouble fête, comme Sybok par exemple, on les met sur un vaisseau et on les envoie au loin qu'ils aillent vivre leur émotivité ailleurs.

Cela semble simple et logique mais ce serait oublier que la logique peut s'avérer parfois complexe. La vulcaine Valeris en est un exemple fameux. Dans The undiscovered country les klingons engagent des pourparlers de paix avec la Fédération. Pour Valeris, les klingons sont indigne de confiance ce qui fait que toute alliance avec eux est illogique et doit donc être évitée. Suite à cette réflexion, elle conspirera afin de saboter le projet et ira même jusqu'à commettre plusieurs meurtres. Démasquée par Spock, elle sera remise aux autorités de la Fédération et emprisonnée.

Malheureusement, nous ne saurons jamais ce que les autorités vulcaines ont pensé de cette croisade meurtrière mais la question me semble digne d'intérêt.

Auraient-elles pris en considération le raisonnement de Valeris ? Auraient-elles pu considérer que ces meurtres étaient logiques et donc justifiés ? Ne disons pas non trop vite car avec les vulcains nous n'en serions pas à notre premier choc culturel.

En effet les vulcains n'évitent pas la violence par principe ou par grandeur d'âme mais parce que pour eux elle est illogique. Elle est presque toujours la conséquence néfaste d'émotions tout aussi néfastes.

Spock l'explique clairement dans Where no man has gone before.

Spock – Intéressant. Vous le peuple de la terre, vous glorifiez les actes de violence depuis plus de quarante siècles mais vous enfermez ceux qui l'utilisent individuellement.

Mccoy- Et, naturellement, votre peuple a trouvé la bonne réponse.

Spock- Il suffit de se débarrasser de l'émotion docteur. Là où il n'y a aucune émotion il n'y a aucun motif pour la violence.

Et en effet, il faut concéder que chez les terriens les manifestations de violence tant individuelles que collectives sont quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent le résultat de peurs, de colères, de désir, de ressentiments et autres émotions mal gérées.

Mais si par exemple dans un cas particulier il s'avérait logique d'user objectivement de violence, serait-elle condamnable d'un point de vue vulcain ?

Certains éléments semblent indiquer que non.

Premièrement, il s'en est fallu de peu pour que ce soit le personnage de Saavik qui se lance dans cette croisade meurtrière en lieu et place de Valeris. Le fait que ce personnage sympathique, aimé des fans et considéré « bon » ait pu être envisagé pour commettre des meurtres en série indique que chez les vulcains, des violences de ce genre peuvent être commise par des gens « bons ».

Nous avons déjà vu que Spock n'aurait pas hésité à occire lui-même des enfants possédés. Tout aussi étonnantes sont ses conclusions à l'endroit de son père dans Journey to Babel. Kirk, Spock et McCoy sont appelés auprès du cadavre de l'ambassadeur Gav qu'on vient de trouver mort et Jim est quelque peu mal à l'aise de devoir faire à Spock des révélations troublantes.

Kirk- Tout à l'heure, j'ai interrompu une altercation entre Gav et votre père.

Spock- Vraiment capitaine ? Intéressant.

McCoy- Intéressant ? Cela fait de votre père le principal suspect.

Spock imperturbable.

S- Les vulcains ne cautionnent pas la violence.

K- Vous dites que ça ne peut pas être lui ?

S- Non capitaine. Je dis simplement qu'il serait illogique de tuer sans raison.

K- Mais s'il avait eu une raison aurait-il pu tuer ?

S- S'il a une raison mon père est parfaitement capable de tuer. Avec logique et efficacité.

Autrement dit Sarek, qui est un vulcain irréprochable selon tout ce qu'on en sait, pourrait tuer sans hésitation s'il avait une raison. Tout comme Spock d'ailleurs.

Je trouve très intéressante cette vision proactive du bien et du mal. Ce n'est pas que tuer soit absolument mal, ce n'est pas que ne pas tuer soit absolument bien non plus. En vérité, c'est la façon dont nous percevons les choses qui détermine si elles sont bien ou mal.

Pour les vulcains, les émotions sont « mal » en tout temps et la violence qui en est la conséquence est tout aussi négative et condamnable. Par contre une violence dénuée d'émotion qui procède de déductions logiques peut s'avérer positive et acceptable. En fois de quoi le plus pacifique des vulcains peut se transformer soudainement en tueur en série sans que personne ne trouve rien à y redire.

N'est-ce pas extraordinaire ? Il me semble qu'il y aurait des débats passionnants à faire sur la morale vulcaine d'un point de vue terrien.

Mais pour l'instant intéressons-nous à ce qui pourrait attendre Spock qui pour sa part a transgressé la loi en toute connaissance de cause. Une situation particulièrement illogique qu'il est certes exceptionnel de pouvoir observer sur Vulcain.

ooOOOoo

Le sas du vaisseau s'ouvrit pour laisser entrer les visiteurs et la navette vulcaine se posa comme une fleur sur le train d'atterrissage de l'Enterprise. Derrière la porte vitrée, Jo prit une grande respiration et tira nerveusement la foutu robe rouge sur son gros ventre. Saleté de robe …

Évidemment, elle n'avait pas eu le droit de mettre sa combinaison de mécano pour accueillir la délégation vulcaine parce que ce n'était pas assez chic. Sauf que personne n'avait pensé à embarquer des uniformes de maternité Starfleet et donc, restait que les putains de robes de pinup. La grande classe. L'uniforme était si court qu'il n'arrivait pas à lui cacher le derrière vu son parechoc de baleine. Même si ce n'était pas réglementaire, Spock avait été d'accord pour qu'au moins elle mette un pantalon de survet dessous alors elle était sapée comme une folle. À son avis, une combinaison aurait été beaucoup plus nickel que ce raboutage d'uniforme crado mais bon, c'était quand même mieux que de se balader le cul à l'air.

Mccoy qui se tenait à côté d'elle lui sourit comme pour lui donner du courage. Elle fit de son mieux pour grimacer un sourire en retour mais elle n'en menait pas large. Si une seule chose était certaine c'est que les foutus vulcains ne pouvaient pas la sacquer alors les possibilités que ça tourne au vinaigre étaient substantielles.

Devant eux, Spock se tenait bien droit plus inexpressif que jamais tandis qu'à ses côtés, Jim avait l'air sérieux d'un capitaine se préparant à accueillir des invités de marque. Comme Spock allait être jugé pour un crime, la procédure exigeait qu'ils soient escortés par les autorités vulcaines pour se rendre sur la planète, d'où tout ce foutoir officiel.

Le sas se rempli d'oxygène et le voyant passa du rouge au vert. La porte s'ouvrit et ils s'avancèrent vers la navette lisse et gracieuse. Un vulcain en uniforme sobre et noir en sortit par le sas de côté et se tint immobile les laissant venir à lui.

- Capitaine James T. Kirk. Je suis l'officier Vess chargé de la mission 23*k*77.

- Bienvenue sur l'Enterprise officier Vess, dit Jim solennel.

- Capitaine Kirk, je vous informe que la permission d'assister à l'audience de monsieur Spock vous a été accordée. Vous y assisterez en tant que représentant terrien de la Fédération.

- Je vous remercie officier.

- Capitaine Kirk. Monsieur et madame Spock. Prenez place

McCoy laissé pour compte, leva la main pour attirer l'attention.

- Excusez-moi. J'avais moi aussi présenté une demande, lui rappela t-il.

- Votre demande a été rejetée pour motif d'incompétence, l'informa Vess.

McCoy releva la tête et ses yeux jetèrent des éclairs.

- Incompétence ?! Quelle incompétence ? C'est une erreur évidemment !

- Nous avons un rapport qui stipule que vous avez assuré devant témoins et en qualité de médecin que le capitaine James T. Kirk ici présent était décédé.

Le vulcain regarda Jim dont la bonne mine prouvait hors de tout doute possible que McCoy avait totalement dérapé sur le diagnostic.

- Ce statut implique que vous ne pouvez ni pratiquer, ni témoigner en qualité de médecin sur Vulcain. Les données des appareils nous ont été transmises, cela nous suffira, ajouta Vess.

McCoy et Jim se jetèrent un coup d'œil. À tout prendre être considéré incompétent était peu cher payé pour avoir réussi à sauver la vie de Jim lors du combat à mort dans lequel l'avait entraîné le Pon farr de son second. Et puis les vulcains se seraient-ils doutés qu'il avait menti sur le trépas de son capitaine, et ce devant T'Pau en personne, il eut pu avoir des problèmes autrement plus sérieux.

- Hum … oui, dit McCoy en se raclant la gorge. Je comprends. C'était une terrible erreur.

Le vulcain ne sembla pas des plus ému.

- Capitaine Kirk. Monsieur et madame Spock. Prenez place, dit-il en désignant la porte une fois de plus.

Spock et Jim grimpèrent sur la passerelle tandis que Jo hésitait effrayée.

- Courage Johann, je suis sûr que tout se passera bien, dit McCoy pour l'encourager.

- J'aurais vraiment aimé que vous puissiez venir, dit-elle d'un air effrayé.

- Moi aussi mais vous les avez entendu. D'ailleurs à ce propos …, McCoy se pencha à son oreille. Je savais parfaitement qu'il était vivant, dit-il avec un clin d'œil.

Jo lui sourit, amusée malgré tout à l'idée que quelqu'un ait réussi à berner ces fichus vulcains. Elle respira profondément, prit son courage à deux mains et grimpa la passerelle à son tour. L'intérieur de la navette était clair et étrangement nu. Dans l'habitacle blanc où ne se voyait aucune aspérité, se trouvaient six sièges pivotants impeccables placés en cercle et tout aussi blancs et nus que le reste. Elle s'assit près de Jim et Vess s'approcha afin de régler sa ceinture puis le vulcain disparut par la porte qui devait donner sur la cabine de pilotage.

Ils restèrent cinq bonnes minutes en silence puis Jo n'y tint plus.

- Qu'est-ce qu'ils fichent ? Pourquoi on ne décolle pas ?

Spock haussa un sourcil.

- Nous sommes présentement en route pour Vulcain.

- Mais … on ne sent rien, dit Jo incrédule.

- C'est que vous n'êtes pas familière avec l'efficacité des vulcains, dit Kirk avec un sourire en coin.

Spock releva la tête.

- La technologie vulcaine est plus avancée que celle des terriens. Par exemple ce vaisseau, est équipé de …

- PUTAIN DE MERDE !

Spock releva la tête, choqué.

- Tu sais que les jurons sont à éviter lorsque nous sommes en présence de vulcains. Je me permets de …

- Désolé ! Je suis désolée d'accord mais c'est juste que …. Je perd les eaux ! dit-elle en leur jetant un regard paniqué.

Tandis que Jim lui rendait son regard inquiet et que Spock restait de marbre, le liquide amniotique se mit à dégouliner par terre, transformant le siège immaculé en petite fontaine.

- J'ai sentit comme si ça faisait comme une sorte de « pop » bizarre dans mon ventre, dit-elle d'une voix tremblante.

- Ne vous en faites pas Johann. Nous sommes entre bonne main, dit Jim rassurant. Cabine de pilotage, dit-il en appuyant sur la touche du bras de son fauteuil.

- J'écoute.

- Je vous informe que Johann Kot vient de perdre ses eaux.

- Je ne comprends pas. Veuillez reformuler.

- L'épouse de monsieur Spock va accoucher … Donner naissance de façon imminente.

- Bien reçu. Nous nous dirigeons vers la maison de naissance. Nous les informons de notre arrivée.

- NON ! Pas ça ! cria Jo qui réalisa soudain le cauchemar. Je veux retourner sur le vaisseau !

- C'est impossible, dit Spock calmement.

- Tu délire ?! Pas question que j'accouche sur Vulcain ! Pour eux n'importe quelle émotion est OBSCÈNE ! Obscène tu te souviens ? Et je vais accoucher merde ! Tu peux être sûr qu'ils vont me balancer par la fenêtre après cinq minutes !

- En aucun cas. Le personnel est très professionnel.

- Je m'en contrefous ! Tu peux comprendre ça ?! Je veux être avec le docteur McCoy !

- Il ne peut pas pratiquer sur Vulcain. Tu l'as entendu toi-même.

- Non-non-non, dit-elle terrifiée. Il faut qu'il y ait une solution ! Trouve un moyen ! ordonna-t-elle. Je veux retourner sur le vaisseau ! Tout de suite !

- Johann, je vous en prie, dit Kirk pour la calmer.

- Capitaine faites quelque chose ! dit-elle en criant presque. C'est un cauchemar. Je veux pas accoucher là bas !

- Monsieur Spock y a-t-il moyen de regagner l'Enterprise ?

- Non capitaine. Les règles qui encadrent le transport des suspects ne le permettent pas.

- Demande tout même. Demande-le. Maintenant !

Spock soupira et pressa le commutateur intégré dans son siège.

- Cabine de pilotage.

-J'écoute.

- Mon épouse demande à regagner l'Enterprise immédiatement.

- Négatif. En cas d'urgence médicale les passagers qui sont sous une juridiction 43-12-04 sont conduits sur vulcain dans un complexe appropriés à l'urgence en question. Elle sera conduite au centre de naissance en vertu du règlement 23*432*81*07.

Spock haussa un sourcil impuissant tandis que Jo cachait son visage dans ses mains en gémissant.

- Bien. Veuillez les informer que la mère est terrienne et le père un hybride. Le dossier du père est le 12*64*B*11.

- Nous transmettons.

- Johann, je suis certain que tout se passera bien, dit Kirk pour la rassurer.

- NON ! Ça ne se passera pas bien du tout ! cria-t-elle en larme.

- C'est irrationnel, dit Spock. L'équipement et le personnel du centre des naissances vulcain sont infiniment supérieurs à ceux de l'Enterprise. C'est le lieu idéal. Tu ne pourrais pas être plus en sécurité.

Jo cessa subitement de pleurer pour le fixer stupéfaite.

- Putain de merde …

Le vulcain lui adressa un nouveau regard de reproche tandis qu'elle le fixait d'un air halluciné.

- Tu savais que ça allait se produire, dit-elle d'une voix blanche. Pas vrai ?

Spock fit mine d'ignorer la question.

- Tu le savais oui ou non !? cria-t-elle.

- Oui. Le changement de pression de l'atmosphère de Vulcain est susceptible de causer la rupture de la poche amniotique dans 82 % des cas chez les vulcaines ; sûrement d'avantage pour les terriennes. C'était logiquement la meilleure conjecture possible.

Elle le fixa immobile plusieurs secondes.

- C'est sans danger pour un enfant presque à terme, dit-il.

Jo le dévisageait toujours, figée.

- Il n'y aura aucun problème juridique. J'ai signé une décharge, cru-t-il bon d'ajouter.

Jo battit des cils et sembla se réveiller.

- Capitaine ? dit-elle.

Jim la regarda quelque peu dépassé par les évènements.

- Vous avez une arme avec vous ? demanda-t-elle en fixant toujours son époux.

- Pardon ? Heu … non. On ne peut pas embarquer avec …

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Johann grogna un « dommage », détacha sa ceinture et se précipita sur le vulcain qu'elle se mit à frapper à coups de poing furieux.

- Johann arrêtez ! cria Jim en se précipitant.

- JE VAIS LE TUER ! Je vais tuer ce salopard d'enfant de pute ! LÂCHEZ-MOI ! hurla-t-elle enragée.

- Ça suffit ! C'est un ordre ! tenta Kirk qui avait toutes la misère du monde à la tenir.

Spock se leva à son tour et posa la main sur l'épaule de son épouse qui s'effondra aussitôt contre Jim. Spock la lui prit des bras, la rassit doucement dans sa chaise et boucla sa ceinture.

- Quel est le problème ?

Vess se tenait devant la porte en les observant.

- Saute d'humeur en raison d'un déséquilibre hormonal, expliqua Spock.

L'officier eut un hochement de tête vaguement méprisant et referma la porte.

Spock se rassit comme si de rien n'était et Kirk incrédule se dit que cette fois il fallait avouer qu'il avait mérité ses bosses.

- Je dirais que ce n'était pas très … courtois comme stratégie monsieur Spock, dit-il en reprenant sa place.

- Non en effet, convint Spock. Mais rien n'aurait pu la convaincre de mettre bas sur Vulcain même si c'est le lieu le plus approprié pour donner naissance à un hybride. Devoir composer avec une épouse aussi irrationnelle force parfois à se montrer fin stratège.

- Je ne parlerais peut-être pas de finesse dans ce cas précis, dit Jim avec un regard appuyé.

- Les terriens ont un dicton pour décrire ce type de situation capitaine.

- Vraiment ? Lequel ?

- La fin justifie les moyens.

Jim impressionné hocha la tête en bouclant sa ceinture.

- Vous seriez sûrement un redoutable terrien monsieur Spock.

Le vulcain haussa un sourcil philosophe tandis que le vaisseau filait au dessus de la ville pour le plus grand malheur de Jo.

Celle-ci reprit connaissance une heure plus tard, allongée sur une sorte de divan d'osier plus ou moins confortable. Il faisait noir comme dans un four et elle plissa les yeux pour tenter d'y voir clair. De ce qu'elle pouvait en deviner elle était dans une grotte éclairée par quatre ou cinq coupoles de pierres un peu semblables à des abreuvoirs d'oiseaux. Au centre de chacune d'entre elle un petit feu flambait en faisant jouer les ombres sur les murs. Le tout était parfaitement glauque. Inquiète, elle se leva de la couche en tentant de ne pas céder à la panique.

- Madame Spock.

Jo cria de surprise et tenta de distinguer qui lui avait parlé. Une femme s'avança dans la lumière et à voir sa tête pétrifiée on pouvait en déduire que c'était une vulcaine même sans vérifier ses oreilles.

- Où est-ce que je suis ?

- Vous êtes au centre de naissance d'Ejhdfbf.

Bordel, on aurait dit que cette bonne femme venait de lui roter à la figure tellement la prononciation était bizarre.

- On est dans un centre de naissance ?

- C'est exact.

Jo regarda autour d'elle. Elle se serait attendue au nec le plus ultra des cliniques mais c'était tout le contraire. Il n'y avait aucun appareil, aucun matériel médical ou quoi que ce soit du genre. C'était juste un fond de grotte mal éclairée. … C'était quoi ce bordel ?

- Ça n'a pas tellement l'air d'un centre de naissance, sauf votre respect, dit Jo en faisant de son mieux pour se montrer le plus inexpressive possible.

La vulcaine haussa un sourcil comme si elle trouvait cette affirmation particulièrement illogique.

- C'est bien un centre de naissance, assura-t-elle terre à terre.

Jo ferma les yeux, prit une grande respiration et tenta de se raisonner. Okay. Spock l'avait couillonné, elle était sur vulcain, reléguée dans un fond de grotte merdique, coincé avec Miss bloc de glace ici présente et elle allait devoir faire avec.

Une douleur puissante lui saisi soudainement les reins. Elle étouffa un grognement et s'appuya sur le dossier du divan d'osier. De toute façon, la seule chose de certaine c'était que peu importe les circonstances, son bébé allait naître quoi qu'elle en pense. Elle soupira de soulagement lorsque la douleur s'estompa tandis que la vulcaine l'observait curieusement. Jo jeta un coup d'œil à l'expression figée de son infirmière et se dit qu'il fallait voir le bon côté des choses. Au moins dans un trou pareil, ils ne pourraient pas la jeter par une fenêtre. C'était toujours ça de gagné.

C'est exactement à ce moment que Spock et Jim escorté par Vess qui officiait comme guide, débarquèrent du petit véhicule qui les avait mené au travers les montagnes rougeâtres. Ils se trouvaient devant une vaste fontaine. Au-delà, deux grandes stèles couronnées de flammes gardaient un escalier à flanc de montagne. Il menait à un édifice imposant qui se découpait au loin dans la brume ocre.

- Les palais de justice vulcains sont très impressionnants, dit Jim admiratif.

- C'est le temple Mount Seleya, le corrigea Spock.

- Un temple ? Mais ne s'agit-il pas d'un procès ?

- Procès est le terme le plus approchant en langue terrienne mais il est inexact à toute fin pratique. Vous assisterez au yeht-gav'ektilahr, une action de justice visant à restaurer l'équilibre social.

- Je vois, dit Jim qui en fait n'en était pas vraiment sûr.

- Capitaine, dit Spock en l'invitant à le suivre.

Ils gravirent les escaliers - interminables selon Jim qui peinait à respirer l'air extraterrestre - puis solennels passèrent le grand portail du temple pour se retrouver à l'intérieur de ce qui avait tout l'air d'un volcan éteint.

Au dessus de leur tête, les parois de pierre s'élevaient sur une centaine de mètre jusqu'à l'ouverture du volcan qui laissait voir le ciel orangé tandis qu'à leurs pieds, un immense trou s'enfonçait dans la pierre si profondément qu'on n'arrivait pas à voir le fond perdu dans l'ombre. Une passerelle courait au dessus du vide afin d'atteindre le temple proprement dit, une assiette de pierre d'une cinquantaine de mètre de diamètre suspendue au dessus du néant. Elle trônait magistrale, comme flottant dans l'immensité mystérieuse de ce cénacle rocheux et Jim hésita un instant devant la passerelle tant cette architecture impressionnante imposait le respect. Vess s'avança d'un pas sûr ainsi que Spock et Jim suivit son ami le long de la mince passerelle pour atteindre l'imposante plateforme de roche.

Tout le tour du cercle était gardé par des cubes pierre blanches qui accueillaient deux spectateurs, Sarek le père de Spock et un autre vulcain. Sur le bord le plus éloigné de la plateforme s'élevait une grande estrade qui pouvait faire penser à une scène. L'autel entouré de volées de marches était flanqué d'étranges obélisques et d'énormes brûloirs qui lui donnaient une impression de grâce intemporelle. Derrière, une dizaine de femme, des prêtresses sûrement, restaient debout comme si elles montaient la garde tandis que sur le devant de la scène quatre hauts personnages très sérieux et en grands habits d'apparat attendaient immobiles.

Vess conduisit Jim et Spock près de Sarek qui s'était levé à leur approche.

- Capitaine Kirk, dit le vulcain en guise de salutation.

- Ambassadeur Sarek.

Le père et le fils se regardèrent un moment silencieux comme si aucun des deux ne souhaitait saluer l'autre. Finalement, ils ne se saluèrent pas et se contentèrent de regarder l'estrade.

- Je vois que T'Pau fera partie de vos juges, dit Jim pour changer l'ambiance.

- Oui. Ainsi que T'Lar la grande prêtresse de Mount Seleya, Polluk philosophe, Stalom chancelier de la ville et Dor, spécialiste des terriens.

- J'imagine que c'est une cohorte très impressionnante.

- Ils sont présents parce que ce sont les personnes les plus à même de juger objectivement de la situation et de la rectifier le cas échéant.

Le chancelier regarda ses collègues, hocha la tête puis dit d'une voix forte.

- La séance 62*11*7 du conseil extraordinaire est ouverte.

La voix du chancelier se répercuta contre les parois du volcan mais le son n'avait rien d'un écho tel que celui qu'on peut entendre sur terre. Plutôt qu'une réverbération, l'air particulier de Vulcain faisait enfler les sons et la voix du chancelier prenait un aspect si formidable qu'elle avait quelque chose de presque divin qui frappait les esprits. Le son était si étrange que le traducteur de Jim se mit à grincher et le terrien dû l'ajuster pour entendre à nouveau ce qui se disait.

- Nous sommes ici pour juger de la situation suivante, reprit le chancelier. Spock fils de Sarek soutient avoir de son propre chef et en toute connaissance de cause, contrevenu au règlement 22*6987*297*23*34b01 qui interdit d'assister la procréation d'espèces différentes lorsque celles-ci sont dans l'impossibilité de procréer de façon naturelle

Le vulcain garda le silence un moment comme pour bien faire comprendre la gravité de l'évènement.

- Nous débuterons la séance par la présentation des faits objectifs. Les données des appareils qui ont enregistrés l'événement ont été étudiées par le docteur Sillur. Veuillez vous avancer devant le conseil extraordinaire.

Le vulcain assis près de Sarek se leva et s'avança devant l'estrade où les quatre juges se tenaient toujours debout. Il s'arrêta à un mètre de l'escalier.

- Veuillez nous transmettre ce dont vous avez pris connaissance docteur Sillur, dit le chancelier.

- Suite à l'étude des données transmise par le vaisseau Enterprise, j'ai conclu que le fœtus a survécu en raison de l'intervention de Spock fils de Sarek. Sa survie n'aurait pas été possible sans l'intervention en question. Spock fils de Sarek a donc en effet désobéi au règlement 22*6987*297*23*34b01.

- Bien.

- Un autre aspect mérite d'être rapporté au conseil, dit le scientifique. Les données qui nous ont été transmise indiquent que le toucher vulcain est essentiel à la croissance de tous les fœtus vulcains.

Visiblement, le conseil ne s'était pas attendu à une telle révélation et les distingués personnages fixèrent le docteur Sillur avec quelque étonnement.

- Cela semble illogique considérant que les embryons se développent même en l'absence de leur père, souligna T'Pau.

- Ces données indiquent que contrairement à ce que l'on croyait, il y a aussi un « toucher de la mère ».

Le conseil observa le docteur gravement. Depuis toujours la mère passive portait le corps physique des enfants tandis que le père actif permettait le développement de leur esprit entre autre grâce au toucher vulcain. Jamais on avait entendu parler d'un « toucher de la mère ».

- En êtes-vous certain ?

- De nouvelles études devront être menées mais les données sont claires. Le fœtus était en danger parce que sa mère ne pouvait pas accomplir le toucher vulcain ce qui indique que les mères pratiquent un tel toucher.

- La mère de Spock fils de Sarek est humaine. Pourquoi ces données ne sont-elles pas apparues lors de sa gestation ?

- Dans le cas de madame Sarek, le toucher du père accompli par monsieur Sarek et le suivi chimique artificiel ont permis de remplacer le toucher maternel. Dans le cas de madame Spock qui a été privée de tout support vulcain de ce type, il est apparu évident qu'un élément était absent. Selon les données, cet élément absent ne peut être qu'un toucher maternel.

- Fascinant, dit la grande prêtresse.

- En effet. Cette situation unique a mis au jour de nouvelles données et ouvre des voies de recherches inédites, confirma le scientifique.

- Bien. Vous pouvez vous retirer docteur Sillur.

Ayant accompli son devoir, le vulcain revint à sa place et se rassit.

- Suite à l'apport de ces nouvelles données, il apparaît que cette situation ne concerne pas spécifiquement l'hybridation, dit T'Pau. Par conséquent, le toucher du père ne doit pas être considéré comme une aide extérieure dans les cas de métissage entre vulcain et extravulcain.

- C'est logique, dit la grande prêtresse.

Tous les membres du conseil hochèrent la tête d'un commun accord.

- Le règlement 22*6987*297*23*34b01 sera ajusté en conséquence, conclu le chancelier.

Jim satisfait, regarda son ami.

- Spock, je crois que vous êtes tiré d'affaire, dit-il radieux.

- Non. Ce ne sont que des faits objectifs.

Jim le regarda incrédule.

- Mais vous n'avez rien fait de mal selon …

- Nous ne sommes pas sur terre Jim, le coupa Spock. Ici, ce ne sont pas les agissements qui importent mais la logique dont ils procèdent.

- La logique dont ils procèdent c'est que vous avez agi pour le bien de Johann et pour celui de votre fils, assura Jim.

- Le bien et le mal sont des données relatives. Elles n'ont rien d'objectif. Un jugement doit être objectif et par conséquent le bien et le mal n'entrent pas en considération.

Probablement parce que sur Terre le bien et le mal étaient le fondement même du principe de justice, Jim le regarda sans comprendre.

- Je ne suis pas sûr de …

- Spock fils de Sarek, avancez-vous devant le conseil, dit le chancelier.

Spock se leva, marcha jusqu'à l'estrade et s'arrêta devant ses juges.

- Nous lirons à tour de rôle les événements dans votre esprit afin de pouvoir juger objectivement de vos motivations. Nous permettez-vous de procéder à cette lecture ? demanda la grande prêtresse T'Lar.

- Je le permets, dit Spock.

Il grimpa quelques marches de l'autel afin de se trouver à la bonne hauteur. T'Lar s'avança vers lui en premier et elle posa les doigts sur sa joue afin de pouvoir prendre connaissance des détails de l'affaire de la façon la plus objective et complète qui soit.

C'est quelques minutes plus tard que Jo découvrit les joies de l'accouchement. Elle serra les dents et se plia en deux. Jusque là, les contractions lui avaient surtout fait mal aux reins mais cette fois, elle lui avait saisi tout l'abdomen. L'intérieur de son corps lui donnait l'impression de brûler et elle cria de surprise, incrédule. Putain de bordel de merde ! Elle n'avait jamais rien senti de tel … C'était pas humain une douleur pareille !

Deux gardes entrèrent aussitôt dans la chambre.

- Madame Spock ? Y a-t-il un problème ?

Jo pliée en deux tentait de respirer tant bien que mal, incapable de répondre. L'une des gardes s'approcha et posa la main sur son ventre. Elle prit un air perplexe en regardant sa collègue.

- Tout semble normal, annonça-t-elle.

La contraction s'apaisa enfin et Jo réussi à grogner.

- Okay, dit-elle en reprenant son souffle. Là je crois que ce serait le bon moment de me donner quelque chose.

- Qu'entendez-vous par là ? demanda la vulcaine.

- Il me faudrait quelque chose pour la douleur parce que vraiment … , dit-elle en serrant les dents.

Les internes se regardèrent comme si elles ne comprenaient pas.

- Un truc pour enlever la douleur. Une injection ou je sais pas trop comment vous faites … Pour que ça ne fasse plus aussi mal vous comprenez ?, tenta-t-elle

- Nous ne tenons pas ce type de … substance.

Jo la fixa un instant puis hocha la tête.

- Impossible. Vous avez forcément quelque chose pour la douleur quand …., Jo grogna en grimaçant puis souffla comme un phoque paniqué. Pour enlever la FOUTUE douleur. Vous captez ? Oui ?

- Qu'est-ce qu'une « foutue douleur » madame ?

- Ça fait un mal de chien ! C'est ça une foutue douleur !

Les vulcaines haussèrent des sourcils incrédules.

- Si vous parlez bien de douleur physique vous n'avez qu'à vous concentrer pour la maîtriser, dit l'infirmière étonnée.

Jo battit des cils.

- Je suis terrienne. Je peux pas faire ça ! Je contrôle que dalle !

Les infirmières se regardèrent comme si elles n'avaient jamais rien entendu de tel.

- D'accord, dit Jo en faisant un effort surhumain pour garder son calme. Il y a sûrement moyen de faire livrer ici des antidouleurs de l'Enterprise. Pas vrai ? Le docteur ne peut pas venir sur Vulcain mais il a tout ce qu'il faut là bas.

- Nous ne pouvons pas administrer des substances extravulcaines sans une accréditation officielle du ministère, dit la plus grande comme si ça allait de soi.

- Et vous l'avez cette accréditation ? dit la terrienne le plus poliment qu'elle pu.

- Non.

Jo eut soudain sérieusement envie de lui arracher la tête.

- Alors faites venir quelqu'un vous voulez bien ?

- Je n'ai jamais entendu parler que quiconque ait possédé une telle accréditation dans cet établissement. Ce serait illogique. Le volume de parturientes extravulcaines est négligeable. Vous êtes la deuxième terrienne de l'histoire de Vulcain.

Jo la regarda comme si elle allait l'assassiner.

- Ça commence à bien faire avec vos conneries ! Vous êtes capable d'apprendre tout ce qu'on peut savoir sur les foutus antidouleur en moins d'une minute et de les administrer mieux qu'un terrien alors arrêtez de faire chier d'accord ?! C'est une putain d'urgence !

Les vulcaines se composèrent un visage imperturbable mais il était évident qu'elles désapprouvaient absolument de telles obscénités émotives.

- C'est impossible. Ce serait illégal, dit froidement la plus petite.

Jo se sentit tomber dans un trou noir infernal.

- Essayez-vous de me dire que … que je vais … que je vais être forcée d'accoucher comme une putain de vache ?! MAIS MERDE ! J'en peux déjà plus !

- Nous n'avons pas « d'antidouleur », répéta la plus petite sur un ton de conclusion.

Jo les fixa terrifiée, incapable d'y croire. Elle allait devoir souffrir le martyre comme ses putains d'ancêtres d'il y avait vingt foutues générations ?! Sans aucune aide d'aucune sorte ?! Tandis qu'une nouvelle contraction se pointait, un frisson d'horreur la traversa de part en part. Oui c'était exactement ce qui allait se produire et elle savait parfaitement à qui elle devait cette inénarrable atrocité.

- Je vais le tuer bordel. Je vais assassiner ce foutu vulcain je le jure devant Dieu ! SPOCK ESPÉCE D'ENCULÉ JE VAIS TE TUER SALOPARD ! hurla-t-elle en se foutant complètement de traumatiser ses infirmières.

Spock sursauta en recevant les impressions de son épouse mais ce ne fut rien en comparaison du grand chancelier en pleine lecture dans son esprit. L'honorable vulcain poussa un cri et retira précipitamment sa main alors que son visage devenait aussi rouge qu'une tomate cuite. Il semblait complètement sous le choc et les autres le regardèrent étonnés.

Abasourdi, il fixa Spock de ses yeux exorbités

- Qu'est ce que c'était que … ? bafouilla-t-il.

- Mon épouse. Elle met bas présentement. Veuillez l'excuser. Ceci est hors de mon contrôle, dit Spock confus.

Le chancelier n'avait jamais ressenti quoi que ce soit d'aussi obscène et bestial. Il tenta de prendre sur lui mais il se sentait tellement sali et souillé qu'il dû déclarer forfait. Une seule chose importait désormais : méditer. Méditer de toute urgence.

- Je dois me retirer, je ne suis plus objectif. T'Pau, veuillez me remplacer, dit-il en tentant de garder un semblant de dignité.

Il descendit les marches et fit quelque pas mais il tangua comme s'il allait tomber. Vess qui montait la garde près de l'autel l'aida à reprendre son aplomb et l'honorable vulcain s'en fut par la passerelle d'un pas mal assuré.

Spock n'avait pas pensé à la possibilité qu'un évènement semblable puisse se produire en plein témoignage. Un oubli logique puisque rien de tel ne s'était jamais produit sur Vulcain ; du moins pas depuis des temps immémoriaux. Seul le dernier juge avait été touché mais il se dit que les choses auraient pu être pires si Jo s'était enragée plus tôt. Malgré son trouble, il réussi à rester impassible tandis que ce qui restait du conseil l'observait en silence d'un air grave.

- Retournez à votre place, dit T'Pau.

Spock obtempéra et Jim se pencha aussitôt vers lui.

- Que s'est-il passé ?

- Johann n'est pas dans les meilleures dispositions, dit-il comme s'il n'y avait rien là de très surprenant.

- Le témoignage de Spock fils de Sarek implique des composantes émotionnelles dérangeantes. Je propose que nous prenions un temps de méditation afin de rétablir l'impartialité nécessaire à la réflexion objective, dit T'Lar.

Le conseil approuva et les prêtresses qui se tenaient en retrait apportèrent des chaises d'osier sur lesquelles prirent place les juges. Les spectateurs firent de même et le temple fut plongé dans un silence surréaliste afin que la communauté malmenée puisse retrouver ses esprits.

ooOOOoo

Notes –

On trouvera peut-être exagéré de soutenir que les vulcains, tellement avancés technologiquement, aient pu manquer quelque chose d'aussi évident que le « toucher de la mère » tel que je l'imagine ici. En effet si les pères le pratiquent couramment, il va de soi que lorsqu'une mère touche son propre ventre il se passe quelque chose de similaire.

Mais pour ma part je crois qu'il serait parfaitement logique que les vulcains soient passés à côté.

Pendant longtemps (et parfois aujourd'hui encore) on a cru que les femmes étaient incapables d'accomplir la même chose que les hommes même devant l'évidence du contraire. C'est au point où on les croyait incapable de réfléchir, de soutenir une conversation intelligente, de s'instruire ou même de prendre une décision.

Mais bien sûr cette fiction imagine un phénomène physique vulcain et on objectera à bon droit que même chez les terriens on ne peut ignorer sciemment des phénomènes physiques visibles et aisément mesurables ; du moins pas depuis l'avènement de la médecine moderne.

Ce serait formidable si c'était vrai mais malheureusement, ici aussi on a réussi de véritables prouesses.

Par exemple, la première description anatomiquement exacte du clitoris date de 1998. Oui vous avez bien lu. Il y a vingt ans, personne n'avait la moindre idée d'à quoi pouvait ressembler cet organe ; pas même les médecins. « (Avant 1998) nous les gynécologues on savait que (le clitoris) était plus que (la partie visible) mais on ne savait pas vraiment comment c'était fait » -Dr. Buisson.

À la limite, on peut comprendre qu'un domaine comme la religion arrive à ignorer l'existence de certaines parties du corps en invoquant des tabous mais est-ce logique que la médecine se permette la même chose ? Par exemple serait-il acceptable qu'elle n'ait pas étudié l'intestin sous prétexte que c'est de là que vient la crotte ?

Je ne veux rien exagérer mais j'imagine qu'on peut à bon droit parler de prouesse lorsque tous les scientifiques d'une planète ayant accès aux technologies de pointe, ignorent absolument tout d'un organe pourtant difficile à ignorer.

Par conséquent, je dirais qu'il est plus qu'évident que les sociétés machistes sont capables de véritables prodiges dans le domaine du déni lorsqu'il est question des femmes. Il me semble donc logique que les vulcains partage cet aveuglement typique qui apparaît constant et unanime dans toutes les sociétés de ce genre ; aussi irrationnel que cela puisse être.

Ps- Si vous croyez que les choses se sont beaucoup améliorées depuis vous serez peut-être étonné-es d'apprendre que parmi tous les manuels scolaires 2017-2018 de la francophonie, seule les éditions Magnar représentent le clitoris de façon scientifiquement correcte. Toutes les autres sans exception donnent de fausses informations, le passent sous silence ou l'effacent tout simplement des planches anatomiques. Oui. 2018.

Pour plus d'informations sur cette question (qui en devient extraordinaire tellement tout ça est ridicule), l'une des références les plus intéressantes (et drôle!) est la docteur Odile Buisson, pionnière et sommité scientifique, qui a réalisé de nombreuses interview, articles et vidéos sur le sujet.

Pss- Afin d'alléger le texte je n'ai pas pu mettre tous les détails mais soulignons que cet organe a été découvert puis oublié puis redécouvert au fil de l'histoire. Pour ce qui est de la médecine moderne, le dr. Kobelt en a publié un dessin assez exact en 1844. Celui-ci sera ignoré par bienséance et vite oublié. C'est cette recherche qui fut redécouverte et complétée par le dr. Helen O'Connell en 1998.