Veuillez noter que toutes les réflexions en intro sont facultatives alors si vous ne goûtez pas trop les délires de fans épris de canon, il suffit de les ignorer car elles ne sont pas du tout essentielles à l'histoire. D'ailleurs elles sont en gras afin qu'on puisse les sauter facilement. ;)


L'idée que Spock puisse être père me donne l'occasion de m'intéresser au phénomène du métissage, aspect dont il sera question à quelques reprises au fil de l'histoire. Je me permet donc d'en toucher un mot ici afin d'expliciter ma position tout en supposant ne pas être la seule à trouver le sujet digne d'intérêt.

Personnellement, l'aspect que je trouve le plus intrigant est le point de vue des vulcains sur le croisement vulcain/humains. Bien que la question ne soit pas abordée de front dans les séries ou les films on trouve plusieurs indices intéressants qui peuvent porter à réflexion.

Premièrement, nous savons que malgré les dispositions pacifiques des vulcains, Spock a eu la vie dure et s'est fait malmener tout au long de sa jeunesse en raison de sa différence. Si on en croit le film Star trek de 2009, l'académie scientifique vulcaine ne s'est pas non plus gênée pour souligner que son humanité était un handicap.

Encore plus marquant, selon les dires de T'Pring celle-ci rejette Spock non pas parce qu'elle est tombée sous le charme d'un autre mais sous prétexte qu'il est une légende et qu'elle ne veut pas être mariée à une légende. On peut bien sûr supposer que Spock est très célèbre en tant que commandant mais tout bien considéré, on ne voit pas très bien pourquoi il le serait à ce point. Par contre, Spock est incontestablement une légende en tant que premier vulcain-humain a avoir vu le jour. Si c'est bien à cette célébrité que réfère T'Pring, elle l'a donc rejeté pour son humanité. Vu la haute position de la famille de Spock, les parents ont pu voir un avantage à marier leur fille à un hybride mais visiblement, elle-même n'est pas intéressée à introduire de l'ADN humain dans sa lignée. Et c'est logique. Toutes les mères veulent le meilleur pour leurs enfants et avoir du sang terrien n'est clairement pas un avantage.

D'autre part, Spock a désobéi à son père en entrant à l'académie Star fleet. Chez les humains une telle chose est courante mais si on considère que Sarek a refusé de parler à son fils les dix-huit années qui ont suivies, on imagine que la chose est inacceptable pour les vulcains. Surtout que Sarek, n'est pas motivé par la colère. Il a agit logiquement. Si la désobéissance de Spock est grave au point où il est logique pour le père de renier son fils, on imagine qu'il ne peut s'agir que d'un comportement intolérable pour les vulcains. Comportement qui a certainement été considéré comme un déplorable résultat du métissage humain. (surtout si J.J. Abraham a raison lorsqu'il assure que Spock est la seule et unique personne qui après avoir été acceptée à l'académie, a refusé d'y entrer). Métissage d'autant plus regrettable lorsqu'on se souvient que selon les prêtres, c'est en raison de son «sang humain» que le demi-vulcain a échoué le Kolinahr au dernier moment.

Qui plus est, Spock est tellement insulté lorsqu'on suggère qu'il agit ou pense comme un humain qu'il est difficile d'imaginer que cet aspect de lui ait jamais été respecté ou encouragé par quiconque et de quelque façon que ce soit.

Outre Spock, deux autres métis apparaissent dans le canon (Ent). Il s'agit de Lorien, fils de T'pol et Tucker, que nous rencontrerons brièvement dans une réalité alternative qui ne concerne pas TOS et qui n'apporte rien de notable à notre sujet. Il y a aussi Elisabeth, clonée à partir de l'ADN de T'Pol et Tucker encore une fois. Elle sera créée par Terra Prime, un groupe d'extrémistes xénophobes humains qui entend se servir de la pauvre enfant pour dénoncer la pollution génétique résultant de la coexistence des humains avec les extra-terrestres. Comme quoi chez certains humains, le métissage avec les vulcains ne semble pas non plus très bien vu.

Nous pouvons ajouter à cela divers commentaires des plus indélicats à notre endroits de la part de presque tous les vulcains importants de Star trek, ce qui indique que malgré des relation amicales et même affectueuses entre certains individus, les vulcains ont des réserves certaines en ce qui concerne la race humaine.

Donc, selon les indices dont nous disposons, tout indique que les vulcains ne sont pas très chauds à l'idée de se métisser avec nous. Et on peut avancer que c'est probablement en bonne partie parce qu'ils considèrent les humains imbuvables en raison de leur nature émotive, un aspect évidemment insupportable pour tout vulcain qui se respecte.

Ceci dit, j'ai bien conscience que certain-es pourront trouver étrange de faire tout un tas de déductions très sérieuses à partir d'histoires parfaitement imaginaires. Mais bien sûr, tel est le plaisir des fans et j'espère que ce petit aparté vous aura semblé intéressant. Surtout, n'hésitez pas à me faire part de vos propres idées sur la question car il va de soi que plus on est de fous, plus on s'amuse ;)


Roulée en boule sur le lit de sa minuscule cabine en bordel, Jo réfléchissait. Elle avait fait le tour de la question mille fois mais elle n'arrivait pas à se décider sur ce qu'elle allait faire. Avorter ou donner l'embryon ? Il semblait y avoir autant de pour que de contre de chaque côté et elle en avait vraiment marre de se casser les neurones sur ce problème.

Elle soupira en songeant au lien vulcain qu'elle sentait vrillé à elle. D'un côté, il fallait avouer que c'était agréable de retrouver cette impression d'être relié à quelqu'un mais vu que c'était le commandant, c'était surtout cauchemardesque. Le pire c'est que ce lien débile lui faisait ressentir cette saleté d'ovule fécondée. Ça donnait un peu l'impression d'une petite bille très chaude qui à la façon d'un aimant créait son propre champ d'énergie autour d'elle. Un putain de truc bizarre.

Elle soupira et se retourna sur le dos. Dans les idées qui lui tournaient sans cesse dans la tête, il y avait cette histoire d'enfant sacré. C'était quoi cette histoire de Kircanne ? Est-ce que ça voulait dire que les autres marmots vulcains étaient des sous-gosses? Et puis qu'est-ce que ces moutards avaient de spécial ? Ils développaient des super-pouvoirs mutants ? Ils étaient capable de chier dans le pot avant les autres? Tant qu'à elle, elle supposait qu'au mieux ils devaient juste être encore plus tarés que la moyenne.

Merde! Peu importe, elle n'en voulait pas de ce mioche ! Et aller se faire extraire le truc qui irait barboter dans un bocal, ça ne lui disait rien non plus. Si ce gamin vivait quelque part, elle y penserait tout le reste de sa vie … Mais évidemment, elle y penserait de toute façon. Toutes les femmes qui avaient avorté disaient qu'on pensait à tout un tas de truc même des années plus tard. Quel âge il aurait, ce qu'il ferait. Tout ça … Alors d'une façon ou d'une autre, elle allait rester collée avec un foutu fantôme.

Sauf qu'avorter était la meilleure façon d'être sûre que le commandant lui foute la paix. Non mais sinon, on ne pouvait pas savoir. À cause de ce môme, un jour ou l'autre ce connard de vulcain pourrait bien se pointer en surprise. Et puis forcément, il allait y avoir pour toujours quelque chose entre eux et ça c'était la dernière chose quelle voulait … Non. Pour sûr, il valait mieux en finir. Clairement.

Elle se leva décidée et appuya sur la touche d'ouverture de la porte mais pour une énième fois, elle ne sortit pas. Elle percevait cette putain d'ovule au milieu d'elle. … Bordel ! Les portes se refermèrent devant son air indécis et elle se frotta les yeux comme pour l'aider à y voir plus clair.

Parce qu'elle sentait cette ovule comme si c'était une partie d'elle, ce n'était vraiment pas pareil. C'était toute la différence entre se faire enlever une dent et se faire enlever un orteil. Une dent, on ne la sent pas alors il n'y pas grand monde pour pleurer une molaire pourrie. Mais un orteil, on le sent alors s'il disparaît, c'est troublant au point où plein de monde braillent comme des veaux quand ils perdent un doigt de pied. Dans ce cas, c'était un peu pareil. Ça faisait vraiment trop bizarre de jeter cette connasse d'ovule maintenant qu'elle la ressentait aussi clairement qu'un putain d'orteil.

Excédée, elle se mit à faire les cent pas (en fait trois pas sur la longueur de la minuscule cabine où s'empilaient des outils un peu partout). Il ne lui restait plus beaucoup de temps pour y penser et il fallait se décider.

Elle revoyait le commandant qui avait tenté à toute force de la faire changer d'avis. Même s'il était tout coincé dans le plus pur style mister freeze, il lui avait paru salement désespéré. Ça avait vraiment l'air important pour lui parce que se retrouver monoparental, il fallait vraiment vouloir. Non mais se ramasser avec un chiard qui vous colle aux basques, ça vous change une vie. Surtout qu'il avait pas trop l'air d'avoir ce qu'il fallait pour devenir père de l'année.

Juste l'idée de ce type tout crispé avec un môme dans les bras … ça ne collait pas. Elle l'imaginait avec ses grands airs en train de déballer une couche remplie de merde … Pffft. Hahaha! Bordel, elle donnerait cher pour voir ça.

Jo se figea au milieu de la pièce alors que cette nouvelle pensée lui trottait dans la tête. Non mais à bien y penser, si elle voulait lui faire un sale coup c'était l'occasion idéale. Jusque là, elle n'avait pas songé à voir le problème sous cet angle mais vu l'incapacité où elle était de se décider, cet élément apportait un éclairage nouveau. Il courait après les pires problèmes possibles ? Pourquoi ne pas le satisfaire?

Vu comme ça, ça avait quand même du sens. Tout le reste de sa vie, elle pourrait l'imaginer en train de se faire pisser dessus ou essayer de faire rentrer sa foutu logique dans la tête d'un moutard de cinq ans ou encore se ramasser une crise d'adolescence en pleine gueule. C'était quand même le genre de pensée qui vous mettait de bonne humeur de façon quotidienne. Jo pouffa de rire. Bordel, ça valait vraiment la peine de le faire juste pour pouvoir se marrer. Sans blague, rien de plus certain qu'il allait chier des briques.

Cette réjouissante pensée fit enfin pencher la balance de façon substantielle. Très bien. Puisque c'était ce qu'il voulait il l'aurait. Elle lui laisserait son foutu têtard, il aurait une vie de merde et grand bien lui fasse. Bien sûr, il aurait aussi de bons moment et elle lui en souhaitait tout plein mais pour sûr, il allait en baver et elle pouffa de rire en l'imaginant en train de courir comme un con derrière un morveux survolté. Décidée, elle ouvrit la porte pour la dixième fois et sortit enfin à la recherche de ce connard de vulcain débile pour lui annoncer sa décision.

Spock leva les yeux de la console en percevant un changement dans le fil d'énergie qui les reliait. Il se leva et s'approcha du siège de son chef.

- Capitaine, puis-je m'absenter un instant ?

- Allez-y, dit Jim qui consultait les données de navigation sur une tablette.

Kirk releva la tête en songeant que le délai était presque expiré.

- Monsieur Spock?

- Capitaine, dit le vulcain en revenant vers lui.

- Allez-vous voir mademoiselle Kot ?

- En effet.

Jim lui adressa un sourire quelque peu inquiet.

- Dans ce cas, permettez que je vous accompagne, dit-il en posant sa tablette.

- Pour quelle raison capitaine? dit Spock en haussant un sourcil.

- Ce serait plus approprié, éluda Jim.

Déjà que Kot l'avait bien arrangé mieux valait surveiller cet entretiens de près. Et puis même s'il avait un infini respect pour l'intelligence de Spock, on ne pouvait nier que ce dernier ne comprenait pas grand chose aux femmes et qu'il avait parfois tendance à les froisser. Ceci étant, il apparaissait que la présence de quelqu'un pouvant jouer les entremetteurs ne serait pas un luxe.

- Sans vouloir vous contredire capitaine, ...

- J'insiste monsieur Spock, coupa Jim en se levant.

Le vulcain acquiesça d'un hochement de tête et ils prirent l'ascenseur jusqu'à l'étage des techs. Ils en sortirent juste comme Jo arrivait dans le couloir. Elle sursauta en les voyant puis elle réalisa que Spock avait sûrement senti quelque chose au travers le lien. Bordel de merde, avec tout ça elle avait en permanence un putain d'espion collé aux basques. Vivement qu'on en finisse.

- Capitaine, dit-elle en se mettant au garde à vous.

- Mademoiselle Kot, la salua t-il.

- Avez-vous pris votre décision? demanda Spock avec une délicatesse toute vulcaine.

Jo lui jeta un regard indéfinissable et grimaça un sourire.

- Puisque vous êtes si pressé, la réponse est oui, j'ai pris ma décision.

- Avant que vous ne m'en informiez, j'aimerais m'entretenir avec vous un instant si le capitaine n'y voit pas d'objection.

Ce dernier hocha la tête à contre cœur.

- Permettez, dit Spock en désignant le couloir.

Jo le suivit en soupirant et ils s'éloignèrent de quelques mètres tandis que Jim les surveillait mine de rien. La jeune femme s'appuya négligemment contre le mur l'air ennuyée.

- Qu'est-ce qu'il y a encore ?

- Mademoiselle Kot, je tiens à ce que vous preniez votre décision finale en toute connaissance de cause et c'est pourquoi je dois vous informer que je vous ai menti.

- Les vulcains ne mentent pas il me semblait, dit-elle d'un air suspicieux.

- À moins de ne pas avoir le choix.

- Et vous m'avez menti sur quoi? dit-elle en croisa les bras.

- Le kon-ut-so'lik. Je pouvait faire disparaître le lien mais je ne l'ai pas fait. Je ne crois pas que vous auriez considéré ma proposition dans le cas contraire. Maintenant que vous y avez réfléchi, ce n'est plus nécessaire.

- Quoi? Vous voulez dire que vous m'avez fait subir ça par choix !?

- Oui. C'était la seule option.

Spock cessa de se forcer pour ressentir de l'intérêt à son endroit et le lien disparut subitement. Aussitôt, il reçut le poing de Jo dans la figure.

- Espèce d'enfant de pute!

Déjà sur le qui-vive, Jim bondit pour se jeter entre eux.

- KOT ! Touchez-lui encore et vous aurez affaire à moi ! cria t-il de sa voix la plus autoritaire.

Jo fixa le vulcain d'un air enragé tandis que les larmes lui montaient aux yeux puis brusquement, elle leur tourna le dos et s'enfuit en courant dans le couloir. Spock la regarda disparaître avec indifférence tandis que Jim en restait comme deux ronds de flan.

- Pourquoi elle a …? Qu'est-ce qui vient de se passer exactement ? demanda t-il troublé.

- Elle avait prit sa décision sans connaître tous les éléments impliqués. J'ai cru bon de l'en informer, expliqua t-il.

- Et bien je dirais que ce n'était pas la meilleure des idées, dit Jim stupéfait par un tel manque de discernement. Vous a t-elle blessé?

Spock le regarda l'air de dire que cette question était parfaitement ridicule.

- Tout de même, cette fille est folle à lier, dit Jim encore choqué.

- Je dirais plutôt qu'elle s'est montrée spontanée et brutale, corrigea Spock.

- Elle est incontrôlable. C'est à se demander comment elle a pu être accréditée pour les voyages interstellaires, dit-il en goûtant peu qu'elle lui ait encore molesté son second.

- Cette remarque est injuste. Cette situation est exceptionnelle. D'ailleurs je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire un rapport sur cet incident capitaine.

Jim lui jeta un regard incrédule.

- Elle a frappé son supérieur, lui rappela t-il.

- Il s'agissait d'une discussion personnelle qui n'avait aucune dimension professionnelle. La hiérarchie ne s'appliquant pas à ce type d'interaction, je considère qu'il n'y a pas de faute.

- Je me permet tout de même de …

Jim ne finit pas sa phrase en voyant Kot revenir vers eux, visiblement furieuse. Il s'avança devant Spock pour prévenir toute nouvelle attaque mais la jeune femme s'arrêta à bonne distance et releva la tête.

- Commandant, j'accepte votre proposition, cracha t-elle en imaginant son chiard lui vomir à la figure.

Jim fit de grands yeux en ayant peine à y croire.

- Bien. Vous pouvez disposer. Je vous tiendrai informé des prochains développements, dit Spock comme si de rien n'était.

Jo lui jeta un regard assassin puis salua le capitaine d'un signe de tête et tourna brusquement les talons pour s'en aller à grands pas.

Évidemment, le commandant avait eu raison. Jamais elle n'aurait réfléchi à sa proposition sans son putain de lien. Mais ce n'était pas pour ça qu'elle avait accepté. Elle avait accepté parce que oui il lui avait menti mais il avait été franc sur ce mensonge. Et il l'avait été alors qu'elle pouvait encore changer d'avis alors qu'il aurait pu se taire et garder toutes ses chances. Ça c'était quand même de la franchise de haut niveau. Et considérant à quel point il espérait qu'elle accepte, ça méritait le respect. Et si ça méritait le respect, elle voulait bien lui pardonner malgré qu'il se soit montré un putain d'enculé.

Stupéfait, Jim suivit la jeunes femme des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse au bout du couloir.

- Et bien … C'est ce qu'on appelle un retournement imprévu, dit-il.

- J'imagine que oui, dit Spock philosophe.

- Donc … nous faisons toujours un détour par Vulcain? dit-il en réalisant soudain ce que ça impliquait.

- Oui. Si vous n'y voyez pas d'objection capitaine.

- Bien sûr que non, dit-il avec un étrange sourire.

Jim le regarda d'un air entendu et lui tapa amicalement l'épaule.

- Spock, vous vous rendez compte? Vous allez être père! dit-il comme s'il avait lui-même de la difficulté à y croire.

- C'est bien ce qu'il semble, dit Spock imperturbable.

Jim le connaissait assez bien pour remarquer le soulagement dans sa voix et il lui sourit de nouveau, heureux que cette histoire se règle comme l'espérait son ami. Ce dernier se retourna comme pour signifier qu'il n'y avait pas lieu de se montrer émotif pour autant et demanda l'ascenseur afin de régler les derniers détails de son arrêt sur Vulcain.

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Le grand hall des laboratoires de procréation assisté était un immense espace circulaire aux murs de pierres brutes et blanches. Le vide et la froideur des lieux donnait aux visiteurs une impression d'austérité appropriée au sérieux et au professionnalisme de l'endroit. Deux grandes portes arrondies donnaient sur l'extérieure mais le docteur Njwyegf planté au milieu du hall ne semblait pas attendre que son rendez-vous passe par la porte. Il regardait le centre de la pièce où au bout de quelques minute, une forme scintilla pour se matérialiser devant lui.

- Monsieur Xtmprsqzntwlfb, dit le docteur dans sa langue maternelle.

- Docteur Njwyegf, salua Spock.

Ils s'observèrent un instant sans rien dire.

- Veuillez me suivre.

Ils marchèrent le long d'un couloir arrondi fait lui aussi de pierres brutes et Spock se surprit à ressentir une impression de confort. Il y avait longtemps qu'il ne s'était pas trouvé dans un complexe vulcain. Si l'architecture vulcaine avait souvent quelque chose d'aérien, elle s'inspirait également des grottes et des cavités montagneuses, lieux plus frais et apprécié depuis toujours par les vulcains de toutes les époques.

Ils débouchèrent dans un vaste espace arrondi semblable au hall d'entré mais creusé de gracieuses alvéoles tout le tour. Le généticien se dirigea vers l'une d'elle et fit signe à son invité d'y entrer. Une jolie table lisse et blanche garnie de deux chaises de même facture faisait contraste avec la pierre pâle grossièrement découpée. Spock y prit place, imité par son hôte.

- Quelle est la raison de votre visite monsieur Xtmprsqzntwlfb ? demanda le docteur en allant droit au but.

- Il me faut recourir à une gestation artificielle, dit Spock avec encore moins de façon.

Le docteur hocha la tête.

- S'il s'agit d'un embryon portant votre génétique, je suppose que vous entendez une procédure semblable à celle dont vous avez vous-même bénéficié.

- Je peux pas l'affirmer. Je ne suis pas certain de connaître tous les détails de ma conception.

- Il serait approprié de vous en informer, dit le généticien.

- Je me fie à votre jugement.

Le docteur Njwyegf croisa les mains devant lui comme s'il se préparait à faire un rapport.

- La demande d'assistance de vos parents a été accepté en 2229 date stellaire, en vertu de la réglementation 23*44*b qui encadre les mère éprouvant des difficultés à mener une grossesse à terme. Conformément à la procédure, nous avons procédé à l'extraction d'un embryon en début de gestation. Ce dernier s'est développé en milieu artificiel un semestre complet et a bénéficié d'un suivi chimique complexe. Il a ensuite été réimplanté en milieu naturel pour terminer sa croissance. L'opération a été un succès bien que vous soyez né prématurément et ayez dû terminer votre développement en incubateur.

Spock hocha la tête pour indiquer qu'il comprenait le processus.

- J'entend appliquer pour un procédé différent. L'embryon est bien de ma génétique mais la mère ne prendra aucune part à la gestation. L'enfant doit se développer entièrement en milieu artificiel.

Le docteur le dévisagea avec le plus grand sérieux.

- Je comprend mais malheureusement il ne sera pas possible de procéder de cette façon.

- Pour quelle raison ?

- La loi l'interdit depuis 2250, date stellaire.

Spock haussa un sourcil étonné. La date d'entrée en vigueur de la loi était la même que celle de son départ de Vulcain pour rejoindre Star fleet. Une étrange coïncidence.

- Il s'agit du règlement 22*6987*297*23*34b01, reprit le généticien. Il interdit d'assister la procréation d'espèces différentes lorsque celles-ci sont dans l'impossibilité de procréer de façon naturelle en raison d'une distance génétique trop importante.

Imperturbable, Spock dévisagea son vis à vis quelques instant.

- L'embryon est au trois quart humain, la distance génétique est donc mineure.

Njwyegf le fixa en relevant la tête.

- Il est impossible d'affirmer hors de tout doute qu'un hybride humain/vulcain tel que vous puisse procréer sans intervention extérieure, souligna le docteur.

Spock le dévisagea froidement.

- C'est néanmoins probable.

- Une probabilité n'est pas suffisant en regard du règlement.

Spock se concentra un instant pour éliminer l'impression d'irritation qu'il sentait monter en lui.

- Il ne s'agit pas de permettre une gestation qui serait impossible autrement mais de laisser l'embryon se développer dans un utérus artificiel, dit-il calmement. Dans le cas où celui-ci ne serait pas apte à survivre, il s'éliminera de lui-même.

- En vertu du règlement 12*71*f, nous sommes tenu de porter assistance à tout embryon viable placé sous notre responsabilité. Si votre enfant présentait les même difficultés de croissance que vous, nos règles internes et la loi civile entreraient en conflit. C'est une situation inextricable qu'il est évidemment logique d'éviter.

- Je comprend, dit Spock pensif. Je me dois toutefois d'insister en regard de la particularité de la situation.

- Qui est ?

- La mère est déterminée à mettre un terme à sa grossesse et l'enfant est un …, dit Spock en regardant fixement le docteur comme s'il n'osait pas prononcer le terme «kir'kan». En vertu des lois terriennes, aucune démarche ne peut être entreprise pour l'en empêcher et c'est pourquoi je suis forcé de recourir à vos services.

Njwyegf croisa les mains devant lui, l'air grave.

- Je vois. Dans ce cas, je vous conseille de soumettre votre cas à un conseil extraordinaire. Peut-être serait-il possible de faire une exception.

Spock hocha la tête en songea que ce type de procédure impliquait des délais considérables.

- C'est bien sûr l'action la plus logique mais la mère ne sera pas disposée à attendre la décision du conseil.

Le docteur le fixa avec le plus grand sérieux.

- Dans ce cas, je ne puis vous être d'aucune aide. Mais je me permet de souligner qu'il est de votre devoir d'empêcher cette situation de se produire. Une telle chose serait … inconcevable, dit-il visiblement troublé à cette idée.

- Évidemment. Je ferai ce qui est en mon pouvoir, assura Spock en se levant. Docteur Njwyegf.

- Monsieur Xtmprsqzntwlfb, salua le docteur en se levant à son tour.

Spock refit seul le chemin inverse, l'hôte n'étant pas tenu d'accompagner le visiteur lors de son départ selon les règles de politesses vulcaines. Il marcha lentement, l'architecture familière des couloirs l'aidant à se concentrer. Il en vint rapidement à la conclusion que les chances que Kot se fasse avorter en apprenant qu'elle devrait porter l'enfant était de 99,9% et ce, en estimant ses chances à la hausse.

Ceci étant, il ne restait qu'une seule option logique et il devait impérativement réussir. Dans le cas contraire, la faute serait impardonnable.


Note –

1- Selon Spock, son nom vulcain est imprononçable pour les humains (TOS This side of paradise). Le canon n'a jamais rien dévoilé d'autre à ce sujet mais dans la fan-tradition, le nom le plus utilisé est Xtmprsqzntwlfb.

2- Dans le vinyl « Inside Star Trek» enregistré en 1976, nous pouvons entendre une étrange entrevue où Roddenberry questionne Sarek (Marc Lenard) au sujet de Spock. Le vulcain nous informe entre autre des détails de la gestation de son fils qui se serait déroulée tel que je l'ai décrit plus haut. Pour une raison qui m'est inconnue, il y a visiblement des incertitudes à savoir si cette entrevue doit être considérée canon ou pas. N'empêche que cette théorie ne semble pas remporter l'unanimité des fans et de ce que j'en comprend, sa légitimité est laissée au bon choix de chacun. Pour ma part, comme elle n'est pas très connue, il m'a semblé intéressant de l'utiliser pour la faire découvrir à ceux et celles qui ignoreraient son existence.

On peut entendre l'entrevue sur Youtube (Extremely Rare Interview with Gene Roddenberry and Mark Lenard) ou trouver facilement la retranscription avec les mots clefs Sarek-Roddenberry-interview