La petite navette civile laissa Amanda sur le parvis du centre de naissance, une aile de l'immense complexe médical de la ville. Haut et pâle, il avait quelque chose tout à la fois de rigide et accueillant. La terrienne eut un petit élan de nostalgie en se souvenant du moment où on l'avait elle-même transporté ici des années plus tôt.

- Madame Sarek ?

Une femme en tunique blanche avait ouvert la porte pour l'interpeller.

- Oui.

- Veuillez me suivre.

Amanda regarda l'infirmière étonnée. Lorsqu'on l'avait contacté pour lui demander de se rendre auprès de sa belle-fille en train d'accoucher, elle n'aurait pas cru qu'elle serait attendue à ce point. Mais cela lui avait fait grand plaisir. Sarek étant parti à l'audience, où la présence des mères était considérée un peu trop sentimentale pour qu'on les y invite, elle n'avait pas été informée que Johann accouchait sur Vulcain. C'était une merveilleuse surprise que de savoir que son petit-fils allait naître et elle se trouvait enchantée de pouvoir assister à l'événement. Elle gravit les quelques marches de l'entrée et passa la porte pour se trouver dans le grand hall.

Elle n'eut pas le temps d'admirer les fresques de roches ocre qui garnissaient les murs car son guide la mena immédiatement à l'ascenseur. Tant d'empressement lui sembla suspect.

- Y a-t-il un problème ? demanda-t-elle en suivant la vulcaine dans le petit habitacle de métal rouge

- Je ne saurais dire, lui répondit-elle.

- Que se passe-t-il ?

- Il est difficile d'en être certain.

Intriguée, Amanda en fut quitte pour se tenir coïte mais lorsque les portes s'ouvrirent et que des hurlements enragés résonnèrent dans le couloir, une partie du mystère fut résolu. La vulcaine lui jeta un regard entendu et elle passa devant pour lui montrer le chemin. Elles passèrent dans un couloir de pierres brutes jusqu'à une porte d'où provenait un raffut de tous les diables. L'infirmière ouvrit la porte et Amanda eut presque peur tellement les cris étaient intenses. Avec quelques circonspections, elle entra dans petite pièce appelée la chambre des pères puis passa dans la salle d'accouchement proprement dite. Elle se trouva devant telle vision d'apocalypse qu'elle se figea incrédule.

Tous les luminaires de la salle avaient été renversés et jonchaient le sol comme des débris chaotiques. Le divan semblait avoir prit feu et on venait sans doute de l'éteindre car il était retourné dans un coin et fumait encore. Les luminaires étant hors d'usage, on avait allumé des plafonniers dissimulés dans la pierre brute et la lumière crue donnait un air surréaliste à ce décor cataclysmique. En tout, six infirmières se tenaient en renfort avec un air impassible mais visiblement elles n'avaient aucune idée sur la façon de gérer la situation ou du moins, elles n'avaient pas encore osées lui faire une prise vulcaine.

Johann qui se tenait dans un coin en criant des blasphèmes plus ou moins intelligibles, lança un pied de luminaire qui se fracassa à un mètre au dessus des gardes qui durent lever les bras pour se protéger d'une pluie de céramique cassée. La jeune femme s'écrasa par terre en pleurant et se mit à se balancer, les bras autour d'elle.

- Johann ?!

Elle releva la tête subitement.

- Amanda ?

- Mais enfin que se passe-t-il ? dit la terrienne interloquée.

- Amanda ! cria Jo en se relevant péniblement. Mon Dieu, c'est vrai !? C'est bien vous !?

La terrienne s'avança vers la jeune femme en tendant les bras et Jo s'y jeta comme si on lui tendait une bouée. Elle se serra contre elle et éclata en sanglots.

- Allons, allons, dit Amanda en lui caressant le dos. Que vous arrive-t-il ?

Jo se recula pour la fixer d'un regard halluciné.

- Ce qui m'arrive ?! Ils n'ont rien contre la douleur. Rien du tout ! Ils ne veulent même pas en faire venir de l'Enterprise ! Je me tords par terre tellement j'ai mal et ils s'en foutent complètement !

Amanda fit un air désolé.

- Ils ne peuvent offrir aucune aide aux terriennes en travail. Je le sais. J'ai mis Spock au monde ici.

- Spock ! …. Lui ! Ce …, Jo se contint juste à temps devant sa belle-mère. Il a osé … Il a … Hargh ! Jo se crispa en serrant les dents. Contraction…, grogna-t-elle.

- Respirez, respirez profondément. Appuyez-vous sur moi. Comme ça voilà. Ça va passer. C'est bien, dit Amanda rassurante.

Elle jeta un regard aux gardes pour leur indiquer qu'elle prenait les choses en main et bien que cela semble impossible, Amanda aurait pu jurer voir du soulagement dans leurs yeux. Aussitôt, elles profitèrent du calme relatif pour sortir les luminaires en miettes ainsi que le divan à moitié flambé et en apporter un autre.

- Voilà c'est presque fini. Voulez-vous vous asseoir ?

Jo la suivit en gémissant et en reniflant. Amanda la fit asseoir avec précaution et prit place près d'elle.

- Je … je peux pas croire que je vais devoir endurer ça. Bordel on est en 2275 ! C'est insupportable ! pleura Jo.

- Johann ! dit sévèrement Amanda.

Jamais Amanda ne s'était montrée sévère à son endroit et la jeune femme leva vers elle un regard stupéfait.

- Des milliards et des milliards de terriennes ont déjà accouché dans ces conditions et elles sont passées au travers ! Je suis passé au travers et vous allez passer au travers vous aussi. Vous devez vous ressaisir immédiatement. Votre enfant a besoin de vous !

Comme si le bon sens terrien arrivait enfin à se frayer un chemin au travers sa terreur, Jo réalisa que sa compatriote avait parfaitement raison. Elle devait se calmer. Il fallait qu'elle pense à son fils, c'était lui le plus important.

- D'accord. Oui ... Je vais …. Je vais me ressaisir. Mais vous allez rester hein ?

Amanda lui sourit.

- Oui. Je vous le promets. Je resterai avec vous jusqu'à la fin. Rien ne pourrait me rendre plus heureuse que d'être présente pour la naissance de mon petit-fils.

Jo hocha la tête.

- Avec vous sûrement que je peux … que je peux le faire.

- Bien sûr que vous pouvez le faire ! dit Amanda en pressant sa main avec chaleur.

Jo baissa la tête et sembla quelque peu honteuse.

- Écoutez, je suis désolé pour tout ça, dit-elle en indiquant la pièce. Je sais bien que j'aurais pas dû me fâcher mais j'étais … comme sous le choc. J'ai même mis le feu au divan, ajouta-t-elle d'un air contrit.

- Je peux très bien comprendre Johann. Pour une terrienne c'est une situation intolérable. Sans compter que vous étiez seule et terrifiée.

- Vous vous comprenez mais les vulcaines comprennent rien à rien. Et elles sont furieuses contre moi c'est certain.

Amanda pouffa de rire en entendant quelque chose d'aussi naïf.

- Johann, je vous assure que personne n'a été furieux sur vulcain depuis des lustres. Pour les gardes vous êtes montrée irrationnelle et illogique. Elles vous trouvent sans doute déplacée mais elles ne vous en voudront pas. Personne ne vous reprochera jamais rien de ce qui aura pu se passez ici. C'est le cénacle des mères. Et vous êtes une mère. Vous êtes en parfaite sécurité.

Dans les yeux de sa belle-mère il y avait une telle certitude que Jo approuva sans se poser de question.

- Bien. Maintenant le plus important, c'est de vous apprendre à respirer. Écoutez-moi bien. Quand les contractions arrivent, vous devez haleter, par petit coup très rapide. Comme ceci.

Tandis qu'Amanda apprenait à sa belle-fille les rudiments d'un accouchement à l'ancienne, le temple où se tenait l'audition se trouvait toujours plongé dans le silence. Les membres du conseil méditaient depuis presque une heure.

Jim commençait à trouver le temps long mais faisait de son mieux pour ne pas paraître trop ennuyé tandis que Spock vivait un intense soulagement. Johann s'était calmée et il pouvait penser normalement à nouveau. Pendant toute l'heure, son esprit avait été tellement agressé par des vagues de haine bestiale qu'il avait presque failli couper le lien qui l'unissait à son épouse. Sauf que bien sûr il ne pouvait pas l'abandonner dans ces circonstances. Elle donnait naissance à leur fils, elle était seule, effrayée et surtout, il lui avait forcé la main. Il allait de soi qu'il devait en assumer les conséquences. De toute façon, il avait des mois d'entraînement et arrivait le plus souvent à ignorer les débauches émotives de sa terrienne. À tout prendre il avait plus de chance que le chancelier sans méfiance pour qui le choc avait semblé particulièrement violent.

- Il est temps de passer à la réflexion constitutive, annonça T'Pau.

Jim soupira de soulagement tandis que les membres du conseil se levaient et que les prêtresses faisaient disparaître leurs chaises.

- Monsieur Polluk, en tant que philosophe spécialiste de l'IDIC veuillez vous prononcer sur la logique de l'action, dit T'Pau.

Jim fronça les sourcils à cette mention.

- IDIC ? Il me semble avoir déjà entendu ce terme, dit-il.

- Oui. L'IDIC est l'un des fondements de la philosophie vulcaine. L'infinie diversité dans l'infinité des combinaisons. Ces principes ont évidemment leur importance dans cette situation.

Jim approuva de la tête alors que le philosophe s'avançait de quelques pas devant les autres.

- J'affirme que l'IDIC n'est pas concerné par cette problématique.

- Veuillez expliquer.

- D'une part, humains et vulcains sont génétiquement trop éloignés pour procréer naturellement. Considérant que le métissage échoue de lui-même, ce n'est pas une combinaison positive et il n'a pas sa place dans la diversité des formes. Il est par conséquent illogique de créer artificiellement une telle forme de vie et l'interdire n'entre pas en conflit avec la philosophie de l'IDIC.

Les membres du conseil approuvèrent gravement.

- D'autre part et selon les informations apportées par le docteur Sillur, les époux Spock ont la capacité de procréer sans recourir à une aide extérieur. Par conséquent l'hybride qui a été conçu est actuellement sous la protection de l'IDIC. Par contre, en l'absence de ces informations, l'acte de Spock fils de Sarek impliquait de concevoir un hybride illégal au détriment du bien commun et du bien de l'enfant lui-même. Par conséquent l'IDIC ne peut être invoqué comme raison morale pour commettre l'action. Je déclare donc, en toute logique, que cette action était illogique.

Jim pinça les lèvres, désappointé. Il jeta un regard à son ami qui ne semblait pas troublé outre mesure et observait calmement ses juges.

- T'Lar, grande prêtresse de Mont Seleya, veuillez vous prononcer sur la logique de l'action, dit T'Pau.

T'Lar s'avança sur l'estrade et regarda Spock sévèrement.

- Il apparaît évident que l'action de Spock fils de Sarek a été motivé par des pulsions émotives irrationnelles. En premier lieu ses choix ont procédés de la logique. Il a conséquemment refusé de commettre l'action malgré les pressions de son épouse, du capitaine Kirk ici présent et du docteur Leonard Mccoy, tous terriens. Il s'y est néanmoins résolu sur une impulsion irrationnelle provoquée principalement par deux émotions. La pitié et … l'amour.

À l'air embarrassé que firent à cette mention toutes les personnes présentes, on pouvait en déduire que l'amour n'avait pas du tout la cote sur Vulcain. La grande prêtresse s'éclaircit la gorge comme pour se remettre d'avoir dû prononcer un mot aussi inconvenant.

- Je déclare donc en toute logique que cette action était illogique.

Le conseil approuva.

- Ça ne semble pas tourner en votre faveur, dit Jim avec quelque inquiétude.

- La logique est la logique capitaine. Il n'est pas question de faveurs.

Jim soupira gravement. Tout ça lui plaisait de moins en moins.

- Monsieur Dor, en tant que spécialiste des terriens veuillez vous prononcer sur la logique de l'action.

Tandis que Dor s'avançait d'un pas devant les autres juges, Jim songea qu'il y avait peut-être encore de l'espoir. Après tout, Spock avait agi de la seule façon acceptable d'un point de vue terrien.

- Monsieur Spock fils de Sarek a posé ces gestes parce qu'il lui semblait plus moral de « briser la loi que de briser son épouse » selon ses propres termes. Son raisonnement était juste en considération du fait que de par leur émotivité incontrôlée, les humains sont des êtres fragiles. Cette faiblesse est d'autant plus notoire en ce qui concerne le lien mère-enfant. Autrement dit, ne pas poser l'action aurait en effet causé des préjudices psychologiques à la mère et sans doute mis un terme à l'attachement qu'elle entretient envers son époux.

Des sourcils étonnés se levèrent devant d'aussi étranges dispositions.

- Par contre l'action impliquait de créer un hybride qui n'aurait pas pu bénéficier de la protection de l'IDIC, d'introduire une génétique illégale dans la diversité des formes et de créer un imbroglio juridique inextricable. Les conséquences infligées à l'ensemble étaient plus importantes que les conséquences infligées à madame Spock qui par conséquent, aurait dû être sacrifiée pour le bien commun. Je déclare donc, en toute logique, que cette action était illogique.

Les membres du conseil approuvèrent mais Jim releva la tête insulté.

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Il ne comprend rien du tout aux terriens !

- Il serait sage de ne pas vous montrer émotif devant les juges capitaine, souligna Spock.

Jim serra les mâchoires mais ses yeux jetaient des éclairs, ce à quoi Spock supposa que son conseil avait plus ou moins porté.

- Le conseil extraordinaire a parlé, conclu T'Pau en s'avançant. En tant que juge décisionnel je déclare que selon les informations dont nous disposons il apparaît que Spock fils de Sarek peut agir de façon irrationnelle et être motivé par des émotions néfastes. Ce faisant, il est capable de poser des actions illogiques et dommageables pour la communauté.

N'y tenant plus, Jim se leva.

- En tant que représentant terrien de la fédération, je demande à prendre la parole devant le conseil, dit-il d'une voix forte.

Le son fut étrangement décuplé par l'espace mais Jim n'y fit même pas attention. Il était maintenant investi d'une mission et à moins qu'on le pousse en bas de la rotonde de pierre, il allait l'accomplir quoi qu'il advienne.

Après l'avoir fixé un instant, les membres du conseil se rapprochèrent pour parler entre eux.

- Nous acceptons votre demande, annonça T'Pau. Vous avez la parole.

Jim se leva pour s'avancer devant l'autel du haut duquel les juges le dévisagèrent.

- Il m'apparaît important de souligner que le conseil n'a pas pris en compte que monsieur Spock est à demi-humain et qu'il travaille avec un équipage composé exclusivement de terriens, dit-il.

Le conseil ne sembla pas des plus impressionnés par son argumentaire.

- Il a été démontré que Spock fils de Sarek peut agir de façon irrationnelle et poser de son plein gré des actions illogiques, dit T'Pau. C'est ce qui est en cause. Aucun métissage ne permet d'ignorer la loi représentant Kirk.

Jim baissa la tête comme s'il réfléchissait à toute vitesse.

- Puis-je … Puis-je demander combien d'hybrides vulcains sont nés jusqu'à maintenant ? demanda-t-il à tout hasard.

- Trois, répondit Dor. Spock fils de Sarek ici présent, son enfant qui est en cours de naissance et un clone décédé en bas âge.

- De l'histoire entière de Vulcain ? demanda le terrien étonné.

- C'est exact ; à notre connaissance.

Jim qui ne s'était pas attendu à de tels chiffres se redressa et Spock comprit qu'il venait de trouver l'angle d'attaque idéal.

- Avec tout le respect, ne serait-il pas logique d'affirmer que les vulcains n'ont pas beaucoup d'expériences avec le métissage et les défis qu'il représente ?

Le conseil se tint coï, silence que Jim interpréta à son avantage.

- Je me permets de porter à votre connaissance que les humains se sont métissés avec de nombreuses races et ont une vaste expérience de ces défis. Monsieur Dor pourra confirmer mes dires.

- Jusqu'à maintenant les terriens se sont métissés avec dix-sept nations extraterrestres, dit le spécialiste.

Kirk les regarda aussi fixement que lorsqu'il s'apprêtait à faire feu sur l'ennemi, si bien que par habitude Spock s'attendit presque à ce qu'il en donne l'ordre.

- En tant que représentant terrien j'affirme que ce jugement doit tenir compte de la part humaine de monsieur Spock. Dans le cas contraire, les conclusions du conseil ne peuvent être que spéculatives ou plus précisément, vulcano-centristes.

Pour faire feu, il avait fait feu et Spock ne pu s'empêcher de craindre que son ami ait dépassé les bornes.

- Prenez garde à vos paroles représentant Kirk, dit sévèrement la grande prêtresse.

- Je ne veux en aucune manière insulter le conseil, dit Jim en inclinant humblement la tête. J'affirme tout simplement que des éléments cruciaux n'ont pas été soulevés dans cette affaire et qu'il serait approprié de les présenter ici. Dans un idéal d'impartialité.

Les membres du conseil se regardèrent et T'Pau hocha la tête.

- Très bien. Procédez.

Spock soupira, soulagé tandis que Jim mettait ses mains derrière son dos.

- Comme vous le savez, les terriens ont eux aussi connus des temps barbares. Les vulcains ont transcendé ce passé en soumettant leurs émotion à un contrôle mais malheureusement, nous ne pouvons pas faire de même. Nous avons dû évoluer tout en restant soumis aux émotions et nous avons réussi à changer grâce à certaines d'entre elles. La compassion, l'empathie, la pitié, l'amour…

L'air embarrassé des vulcains à cette liste malséante n'arrêta pas Kirk pour autant. Tel un avocat en plaidoirie, il pointa Spock d'un doigt théâtral.

- Rien n'a pu faire flancher monsieur Spock dans sa résolution de respecter la loi vulcaine. Pourtant s'il avait laissé mourir son fils jamais plus je n'aurais travaillé avec lui. C'est mon meilleur ami, mon t'hyl'a, mais je ne lui aurais plus adressé la parole de ma vie entière. Il aurait été un père meurtrier et plus aucun terrien n'aurait voulu avoir affaire à lui. Jamais. Sa carrière avec Starfleet aurait prit fin immédiatement.

Il dévisagea le conseil immobile qui le fixait avec attention.

- Mais Spock était prêt à se sacrifier. Il était prêt à sacrifier sa carrière, me sacrifier moi, sacrifier ses amis terriens, sacrifier son mariage, sa femme et sacrifier son fils. Il était prêt à tout sacrifier pour respecter la loi. C'est ce que vous attendiez de lui et il l'a fait.

Kirk reprit sa posture droite et fière pour parler avec plus d'autorité.

- Par contre lorsqu'il a vu la souffrance de son épouse et a comprit qu'elle serait anéantie par sa faute, c'est un instinct terrien inné qui a prit la relève. Oui, il a éprouvé de la pitié. Il est intervenu par amour pour sa femme et son fils, c'est exact. Et il l'a fait parce que si la discipline vulcaine a sauvé votre planète de la barbarie, c'est la compassion, la pitié, l'amour qui ont sauvé la nôtre. Ces émotions sont inscrites en chaque être humain. Peut-on reprocher à Spock qu'elles soient inscrites en lui ? Et que dans cette situation elles aient jouées le rôle qu'elles doivent jouer pour nous terriens ? Celui de nous empêcher de détruire les autres !

Le conseil l'observait attentivement et Jim tendit la main comme pour en appeler au bon sens.

- Pour vous ces émotions sont inacceptables. C'est ce qui fait problème dans cette affaire. Vous jugez que Spock représente un danger parce qu'il a obéi à des émotions qui sont néfastes pour les vulcains. Par contre, vous devez également considérer que pour nous ces émotions sont notre sauvegarde et notre salut. Sans elles, nous ne ferions pas partie de la Fédération. Nous ne serions pas dignes de votre enseignement et encore moins de votre confiance. Nous serions des barbares !

Jim remit les mains derrière son dos et retrouva sa posture de capitaine.

- Le métissage ouvre des voies nouvelles – notamment scientifique comme on vient de le voir- mais il provoque aussi des situations imprévues et des difficultés inédites. Dans ce cas les deux appartenances doivent être prises en compte. C'est à ce titre que les actions de Spock doivent être jugées. Il doit être jugé en tant qu'hybride, non en tant que vulcain.

Il prit un temps d'arrêt pour s'assurer que tout le monde avait bien compris son point et reprit.

- Spock a suivi les règles vulcaines jusqu'au bout, jusqu'à commettre un acte de barbarie odieux pour des terrien. Mais des réflexes humains innés qui nous protègent justement de la barbarie sont intervenus et l'ont empêché de commettre l'irréparable. Son action était par conséquent justifiée. En raison du contexte et en fonction de ses gènes humains.

Jim releva la tête et fixa les juges d'un air entendu.

- C'est pourquoi j'affirme que Spock ne représente aucun danger pour la communauté vulcaine. Il a agi conformément à ses deux natures et s'est montré un vulcain loyal tout autant qu'un humain décent. Il n'a été irrationnel en aucune façon et c'est pourquoi je soutiens ici devant vous que son action était parfaitement logique.

Spock ne pu faire autrement que se sentir ému en regardant Jim qui se tenait fièrement devant le conseil silencieux.

- Je n'approuve pas tes choix en matière d'épouse mais je dois dire que tu sais choisir tes t'hyl'as, dit Sarek en haussant un sourcil impressionné.

T'Pau regarda le spécialiste des terriens.

- Monsieur Dor.

- Ce que dit le représentant Kirk est en corrélation avec ce que nous savons des terriens. Il est logique de prendre en compte sa position.

- Monsieur Polluk.

- La philosophie de l'IDIC sur la diversité permet que des perspectives inédites propres aux formes de vies provenant de métissage soient considérées et incluses en tant que logiques spécifiques à ces formes de vie, dit Polluk. C'est ce que je recommande ici

- T'Lar.

- En tant qu'instinct spécifique aux terriens et considérant qu'il n'entre pas en conflit avec la philosophie de l'IDIC, les éléments présentés redéfinissent la logique de l'action.

T'Pau baissa la tête un instant comme si elle réfléchissait.

- Les informations apportées par le représentant Kirk seront prises en compte. Le métissage modifie les perspectives de la situation que nous devons juger. Il apparaît que les éléments émotifs en cause sont rationnels dans le contexte en question. Par conséquent je déclare en toute logique que l'action posée par Spock fils de Sarek était logique.

Le conseil approuva.

- La séance 62*11*7 du conseil extraordinaire est levée.

Tandis que les distingués personnages descendaient de l'autel pour se diriger vers la sortie, Jim revint à sa place en adressant un sourire victorieux à son second qui le regardait avec l'œil brillant. Le remarquant, Sarek se dit qu'il aurait peut-être dû informer Spock que dans les cas où trouver une partenaire appropriée faisait problème, une relation de commodité entre t'hyl'as étaient considérée tout à fait acceptable. Malheureusement, la créature de son fils était en train de mettre bas et il était un peu tard pour parler de cette alternative.

- Capitaine, je crois qu'il est approprié de vous remercier pour votre intervention.

- Ce n'est rien Spock. Il était évident que vous n'étiez pas en tors. Le conseil ne pouvait que s'en rendre compte.

- Votre logique était imparable capitaine, le félicita Sarek.

- Merci ambassadeur, dit Jim flatté.

Le vulcain se dirigea vers la sortie sans plus de façon, bientôt suivi des deux amis qui entreprirent la descente de l'escaliers à flanc de montagne.

- Capitaine, je dois me rendre au centre de naissance dans les meilleurs délais, annonça Spock. Je vous informerai lorsque la mise-bas sera terminée. À ce moment il vous sera possible de faire une visite de courtoisie si vous le souhaitez.

- Ce sera avec plaisir, assura Jim. Mais si je peux me permettre… Johann est dans des dispositions plutôt négatives avez-vous dit.

- C'est exact.

En fait, selon ce qu'il avait pu voir (et si on se fiait à la quasi-explosion du chancelier), la jeune femme devait être dans une telle fureur que la moitié vulcaine de ce couple-catastrophe allait forcément être réduite en miette. S'il voulait conserver son second en bon état, il avait tout intérêt à lui soumettre un plan. Il s'éclaircit la gorge.

- Si je peux me permettre, considérant que vous êtes dans votre tors …

Jim fut interrompu par le regard insulté de Spock.

- Tors d'un point de vue humain, souligna-t-il.

Spock haussa un sourcil conciliant en reprenant la descente.

- Bref vu la situation, Johann est furieuse contre vous à bon droit. Vous devez naviguer avec prudence monsieur Spock. Une telle situation est extrêmement délicate pour un époux.

- Je connais la procédure capitaine. Je dois écouter, prendre le blâme et présenter des excuses.

Jim pinça les lèvres d'un air navré.

- Je crains que cela s'avère insuffisant dans le cas qui nous occupe monsieur Spock. Il ne s'agit pas de vous excuser mais de vous faire pardonner.

Le vulcain le regarda intrigué.

- Vous devez absolument obtenir le pardon de votre épouse Spock. Il en va de votre sécurité. Je ne tiens pas à vous retrouver en bouillie.

Spock eut l'air pensif un moment.

- J'ai étudié les romances terriennes mais ces références sont plus ou moins fiables. Considérant votre expérience, puis-je demander quelle stratégie adoptent les mâles terriens pour obtenir un « pardon ».

Jim qui n'avait jamais réellement élaboré de procédure formelle à adopter lorsque ses conquêtes voulaient l'étrangler y songea un instant.

- Premièrement, je dirais qu'éprouver des remords sincères est normalement la chose à faire mais dans votre cas … inutile d'y penser.

- Il serait illogique que j'éprouve des remords pour avoir agi logiquement capitaine.

- C'est ce que je disais. Inutile d'y penser.

Jim soupira embêté.

- En fait, connaissant Johann, il est à peu près certain qu'elle ne sera pas satisfaite tant qu'elle n'obtiendra pas vengeance pour ce que vous lui avez fait. Autrement dit, vous devez souffrir.

Spock le regarda incertain.

- Sous-entendez-vous que je doive m'infliger à moi-même des sévices physiques capitaine ?

Un instant, Jim imagina le vulcain en train de se fouetter avec des lingettes dans la salle d'accouchement.

- Inutile. Je crois que ce qui a le plus de chance de réussir pour vous, c'est de faire amende honorable. Faire quelque chose pour elle qui vous sera pénible à vous. Et vu la situation, quelque chose d'important. Dans votre cas … je ne sais pas, hum ... Prendre des vacances par exemple.

Spock eut l'air horrifié.

- Ah, vous voyez. C'est exactement le genre de sacrifice qui convient. Quelque chose qui vous coûterait à vous mais qui lui ferait plaisir à elle. Elle serait vengée tout en obtenant une forme de dédommagement.

Spock haussa un sourcil pensif.

- Oui. Je vois ce que vous voulez dire, dit-il en descendant les dernières marches de l'escalier. Merci pour ce conseil capitaine.

- Spock, vous devez prendre cette affaire de pardon très au sérieux. Considérez cela comme une mission. Surtout, assurez-vous qu'elle accepte de vous pardonner avant de l'approcher, dit Jim qui se rappelait à quel point il avait craint de le perdre après que cette furie l'ait poignardée.

Spock sembla quelque peu étonné mais il approuva.

- Et surtout soyez prudent.

- Je vous contacterai dès que possible capitaine.

- Bonne chance Spock.

- Capitaine.

Jim le regarda monter dans le petit vaisseau civil qui le mènerait vers son épouse sans pouvoir faire taire l'inquiétude qui lui vrillait les boyaux. Les femmes qui accouchaient étaient réputées pour se montrer agressive, même les plus douces d'entre elles. Rien pour le rassurer. Néanmoins, il ne pouvait pas faire plus que ce qu'il avait déjà fait et désœuvré, il ouvrit le communicateur pour demander qu'on le ramène sur l'Enterprise où il devrait attendre le dénouement des événements, quels qu'ils soient.


Notes –

J'espère que Kty Koneko ne m'en voudra pas trop d'avoir utilisé son joli terme « vulcano-centrisme » qu'elle m'avait laissé en commentaire et que j'ai ici transformé en boulet de canon. Heureusement, c'était pour la bonne cause. Merci Kty !