Pour le dernier chapitre de cette histoire intéressons-nous au tout début de notre héro favori, sa venue au monde. En tout et pour tout, nous avons deux exemples d'accouchements vulcains dans Star trek et tous deux mettent Spock en scène.

Dans The final frontier écrit et réalisé par William Shatner en personne, Sybok souhaite faire souffrir son demi-frère. Pour y arriver, il lui fait revivre sa naissance. La scène se passe dans une grotte très sombre. Nous voyons Amanda couchée sur le dos en plein travail. Une vulcaine qui semble être une prêtresse délivre le nouveau-né et immédiatement, l'apporte à Sarek. Celui-ci le prend jette un regard sur lui et dit : « Tellement humain … » puis le redonne à la prêtresse d'un air désappointé. On se demande bien à quoi Sarek pouvait s'attendre d'autre mais la stratégie porte ses fruits, Spock semble dévasté.

Nous avons aussi une scène coupée de 2009. Peut-être J.J. Abraham pensait-il pouvoir faire mieux que Shatner car il propose une version qui n'a rien à voir avec la scène canonique.

La jeune Amanda vient de donner naissance sur un genre de balcon. Elle fond en larme en regardant son bébé et une infirmière ne comprend pas pourquoi elle pleure alors que l'enfant se porte bien. Une autre lui apprend que c'est parce que la mère est humaine. Sarek viens retrouver son épouse, s'assoit près d'elle et propose que l'enfant se nomme Spock. Amanda reste silencieuse et il s'inquiète de son manque d'enthousiasme mais Amanda prononce le nom en souriant.

Personnellement, je vois plusieurs problèmes avec cette scène.

De un, les vulcains font accoucher une terrienne sur un balcon extérieur surplombant les montagnes, le genre d'endroit où le son porte loin. D'accord, c'est joli à l'écran et ça fait exotique. Sauf que franchement, même sur Terre c'est le genre de chose à éviter. Fermer les portes et fenêtres ce n'est pas un luxe. Parce que s'ils ont vraiment osé faire accoucher Amanda sur ce balcon, on peut parier qu'à des kilomètres à la ronde, il y a tout plein de vulcains traumatisés qui ont eu droit un concert qu'ils ne sont pas près d'oublier.

De deux, l'endroit est aride et désertique. Sur terre, la température estivale moyenne des déserts oscille entre 35 et 50 degré. Ajoutons un petit 10 degré vulcain et nous pouvons supposer qu'il fait entre 45 et 60 degré. Malgré tout, Amanda et son nouveau-né sont installés dehors en plein soleil. Que dire sinon qu'il faut espérer que Sarek aime sa petite famille bien cuite.

De trois, l'infirmière qui assiste Amanda ignore qu'elle est humaine. Sans blague… Spock est le premier hybride vulcain à voir le jour. Dans un tel cas, il faut prévoir des complications éventuelles et être prêt à tout. Sauf qu'entre vous et moi, pour cela, il faut au moins savoir que la mère est d'une autre espèce.

Cette ignorance est encore plus incroyable quand on sait qu'il s'agit tout à la fois du premier hybride, de l'accouchement d'une extravulcaine et que le père est un personnage public qui vient d'une famille connue et haut placée. Non mais on parle d'un moment carrément historique. Imaginez un peu si ça se passait sur Terre. Si un ambassadeur portant le nom de Bonaparte s'était tapé une extraterrestre et que la toute première brioche hybride s'apprêtait à sortir du four qu'est-ce qui arriverait ? Clairement, ce serait l'apocalypse.

Les médias deviendraient fous. Autour de l'hôpital, les journalistes du monde entier s'entasseraient comme des sardines en se battant comme plâtre pour être aux premières loges et les plus motivés tenteraient sans doute d'enfoncer la porte de l'hôpital à coup de bélier. Des manifestants surexcités de tous les partis pro- et anti- imaginables augmentés d'illuminés de tout acabit se lanceraient dans la mêlée avec des pancartes pleines de fautes. Les casseurs habituels ne manqueraient pas une si belle occasion de mettre le feu aux poubelles. Les autorités fonceraient en distribuant du poivre en spray et des coups de matraque. Un bataillon d'hélicoptères se déchainerait en tourbillonnant pour filmer tous ces connards et ce navrant spectacle serait diffusé en direct sur quatorze mille chaînes en même temps. Il y aurait un tel bordel qu'Amanda aurait beau hurler sur son balcon, elle n'arriverait même pas à s'entendre elle-même. Et on veut nous faire avaler que l'infirmière ignore qu'elle assiste à la naissance du tout premier hybride vulcain ? Je ne sais pas mais je dirais que c'est pousser le bouchon un peu loin.

Et finalement, Sarek s'inquiète qu'Amanda ne s'enthousiasme pas du nom qu'il suggère. Il semble étrangement émotif ce qui colle plus ou moins au personnage. Nous pourrions toujours supposer que la naissance de son fils le bouleverse mais on ne bouleverse pas aisément un vulcain de sa trempe et le Sarek de Final frontier est à mon sens beaucoup canon que celui de 2009.

Bref, il faut quand même vouloir pour cumuler autant d'aberrations en une seule minute de film. Si on se fie à cet exploit, nous pouvons nous estimer heureux que personne d'autre ne se soit lancé dans les accouchements vulcains et encore d'avantage qu'Enterprise n'ait pas pensé à donner son opinion sur la question.

Mais ne soyons pas injustes. Abraham et Enterprise ne sont pas les seuls à avoir canonisé des contresens. C'est un petit travers qu'on trouve disséminé un peu partout. Il faut même se rendre à l'évidence et avouer que malgré sa quasi-perfection à tout plein de niveaux, il est aussi arrivé à TOS de déraper sérieusement.

Par exemple, l'accouchement de Friday's child.

Dans cet épisode, Jim, Spock et Bones se rendent sur Capella IV pour négocier l'extraction de minerais. Tout ne se passe pas comme prévu et le chef des tribus locales est tué dans une bataille. Son remplaçant veut tuer la femme enceinte du chef vaincu mais celle-ci est sauvée par notre trio qui arrive à s'échapper.

Tandis que Spock et Jim cherchent une issue, McCoy soucieux de s'assurer que le bébé va bien pose la main sur le ventre de la capelliene. La jeune femme que nul n'est autorisé à toucher lui donne une gifle. McCoy repose la main sur elle et elle le frappe à nouveau. C'est alors que l'impensable se produit. Bones perd patience et lui balance une baffe en pleine gueule à son tour.

Entre vous et moi, un médecin qui se met à frapper une femme enceinte pour l'obliger à se laisser toucher, c'est assez … percutant. Je ne sais pas si dans les années 60 ce type de comportement pouvait paraître acceptable (ce qui est troublant en soi) mais au XXIem siècle disons que c'est une scène qui frappe au propre et au figuré. Du moins, c'est une forme d'intervention médicale plutôt inattendue, surtout dans une série de science-fiction suivie par un jeune public.

Mais n'en voulons pas trop à notre cher McCoy qui dans les faits, n'est que la victime d'une stratégie scénaristique incroyablement douteuse. Pour vous consoler si besoin est, je vous invite à lire le touchant hommage à DeForest Kelley qu'a suggéré Kty Konneko dans sa superbe fiction Ha'ge Ohasu L'être lumière ; et que je remercie pour m'avoir décrit les difficultés de l'accouchement qui m'ont inspirés pour ce chapitre.

Mots clef pour trouver le texte : DeForest Kelley \ hommage \ Star trek sans frontière.


La force de la contraction diminua enfin et Jo regarda le plafond de la grotte en se disant que jamais elle n'arriverait à passer au travers cet accouchement infernal. Il lui semblait qu'il y avait des heures maintenant qu'elle vivait un véritable cauchemar. Évidemment, le pire était de savoir que moyennant une petite téléportation de rien du tout, elle pouvait être délivrée instantanément de cette douleur effroyable. Mais il était dit qu'elle devait souffrir le martyr pour absolument rien.

- Voilà, c'est fini, dit Amanda en replaçant les cheveux mouillés de la jeune femme.

- Oui… pour trois minutes.

Amanda fit un sourire navré.

- Reposez-vous entre les contractions. Vous avez besoin de toute votre énergie.

Jo acquiesça en reprenant son souffle. Elle posa la tête sur le divan et ferma les yeux. Amanda la couvrit d'un regard tendre, se souvenant de ce qu'elle même avait subi. De sa résolution à se montrer digne des vulcains et de se faire violence pour ne rien laisser paraître de sa souffrance (bien qu'elle y ait plus ou moins réussi). Aujourd'hui tout cela lui semblait grandement naïf. Avoir su, elle aurait hurlé elle aussi. Mais à ce moment, elle n'avait pas encore compris que l'accouchement était un non-lieu aussi tabou que pouvait l'être le pon farr. Les mères pouvaient parfois se montrer émotives lors d'accouchement difficiles et par conséquent, rien de ce qui se passait dans la grotte maternelle n'en sortait jamais. Mais Amanda avait quelque scrupule à en informer sa belle-fille au vu de son caractère plutôt explosif.

Probablement parce que Jo était calme depuis un moment, un petit troupeau de gardes vulcaines entra avec des luminaires qu'elles disposèrent dans la grotte et firent flamber. Les lampes du plafond s'éteignirent et alors que Jo criait en se faisant de nouveau malmener, elles sortirent en vitesse comme pour fuir loin de cette débauche émotive d'une rare indécence.

La pièce était maintenant replongée dans le noir et les ombres dansaient sur les murs, donnant l'impression d'un rituel bizarre. Jo se laissa retomber dans la chaise d'osier en gémissant. Bordel, on se serait cru dans un film d'horreur.

- Pourquoi ils nous font accoucher dans un fond de grotte comme ça ? grogna-t-elle. Ils n'ont pas d'hôpital sur Vulcain ?

- C'est un complexe dernier cri, assura Amanda, mais les vulcains ont toujours apprécié la fraîcheur des grottes, ainsi que les traditions. Ils ont construit la maison des naissances autour de ces chambres anciennes qui ont vu naître des enfants depuis des temps … pfff, qui sait depuis quand.

Jo attendit que les douleurs la reprennent mais il semblait qu'elle avait droit à un bref répit. Elle resta un moment à regarder les flammes danser pensivement. Remettrait-elle jamais les pieds sur Vulcain ? Si elle voulait parler à sa belle-mère c'était peut-être la dernière occasion qu'elle aurait jamais.

- Amanda … Je peux vous demander quelque chose ?

- Bien sûr.

- Comment vous pouvez supporter votre ép…, enfin je veux dire. Vous savez, Spock est tellement froid. Il n'a même pas d'émotions. Comment vous faites pour supporter ça ?

- Oui, j'imagine que cela peut sembler difficile à comprendre, dit Amanda avec un sourire.

La future grand-mère s'assit plus confortablement dans sa chaise d'osier.

- Pour moi cela va de soi. J'ai été élevée de cette façon, expliqua-t-elle.

Jo lui renvoya un regard d'incompréhension.

- J'ai grandi dans une petite ville où se trouve une communauté de traditionnaux. La mentalité y était plutôt conservatrice en fait, assez semblable à celle des vulcains. Les rôles des hommes et des femmes y étaient très définis. Les hommes travaillaient et régnaient sur la famille tandis que les femmes s'occupaient du foyer et des enfants. Vous voyez le genre.

Un peu comme tout le monde, Jo avait déjà entendu parler des traditionnaux. De ce qu'elle en savait, ils avaient repoussés la majorité des technologies avancées et vivaient à l'ancienne. Très refermés sur eux-mêmes. On racontait même qu'ils se promenaient encore en voitures électriques.

- C'est vrai que là bas les gens roulent en voiture ?

- Oui, dit-elle avec une petite pointe de nostalgie. Et ils font bien d'autres choses qui peuvent paraître bizarres pour les gens de l'extérieur,

Jo serra les dents en grognant et Amanda attendit que la contraction prenne fin.

- Bordel …

- Excusez-moi, je ne devrais pas vous parler de ça alors que vous êtes ...

- Non, murmura la jeune femme le souffle court. Ça me fait penser à autre chose qu'à ce put... Qu'est-ce que vous disiez ?

- Et bien que c'est un monde à part.

- C'est comment vivre là bas ? demanda Jo en essayant en vain de se détendre.

Amanda fixa les flammes d'un air rêveur.

- Les gens de cette communauté sont très réservés. Très sérieux. Mais ma mère était une femme merveilleuse. Toujours joyeuse et prête à aider alors que mon père était tout le contraire. Il était taciturne, même pour un traditionniste. Il ne parlait jamais. Personne ne savait ce qu'il pensait et personne n'aurait osé non plus le lui demander. Comment dire … Il était plutôt intimidant.

- Ce devait être glauque quand même.

Amanda sourit d'une façon charmante.

- Cela dépend des points de vue … J'y ai été vraiment très heureuse enfant mais oui, en grandissant je m'y suis sentie à l'étroit et j'ai eu envie de voir le monde. Alors j'ai quitté ma communauté même si je savais que je ne pourrais plus jamais y revenir.

- Bon sang, ça a dû faire un choc …

- Pour ça, il n'y a aucun doute, dit Amanda en riant. Il m'a fallu des années pour vaincre ma peur des téléporteurs et des vaisseaux.

Jo souffla un rire parce qu'avoir peur de ça, c'était vraiment peu commun.

- Et puis un jour, j'ai rencontré Sarek… J'étais professeur à cette époque. C'était lors d'une conférence sur l'éducation des enfants.

Amanda afficha un air de tendresse si convainquant que Jo n'eut pas le moindre doute pour le fait qu'elle adorait réellement son époux mais sur ce, la conversation fut une fois de plus interrompue par des cris de souffrances déchirants.

- Je vais crever …. C'est sûr … Putain. Je vais pas m'en sortir, croassa Jo.

- Oui. Vous allez réussir. Forcément, l'encouragea Amanda.

Jo prit un instant pour se redresser un peu dans son divan en gémissant.

- Vous me parliez de quand vous avez rencontré votre mari …

- Oh, Johann. Si vous l'aviez vu … Il était magistral. Irrésistible. Et même si j'étais humaine, lui aussi m'a trouvé … comment dire … Je lui ai déjà demandé de me montrer ce souvenir et je me suis vu si belle que j'étais entourée d'une sorte d'étrange luminescence. C'est ainsi qu'il me voyait. Alors je crois bien qu'on peut parler de coup de foudre ; même si le concept s'applique plus ou moins aux vulcains.

- Mais … ça ne vous dérange pas qu'il soit aussi, ben … macho quoi. Non mais Spock a fait un sacré foin parce qu'il voulait que je lui obéisse. Vous réalisez !?

Amanda sourit en coin.

- En fait, non. Pas vraiment. Comme je vous ai dit je viens d'un milieu fermé très conservateur. Les devoirs des épouses vulcaines m'ont semblé aller de soi. Je n'y ai jamais vu aucun problème. Et même que … Pour tout vous dire, je crois que je me sentais perdue dans toute cette liberté du monde extérieur. En fait, je me sens presque plus à mon aise sur Vulcain que sur Terre si vous pouvez imaginer une telle chose.

Jo se retint de dire qu'elle ne pouvait rien imaginer de tel, même pas de loin. Amanda caressa son pendentif vulcain avec tendresse.

- Savez-vous ce que je trouve le plus irrésistible chez Sarek ?

- Franchement ? Non, dit Jo sincère.

- J'ai le meilleur de deux mondes, dit Amanda en levant sur elle des yeux brillants. Il ressemble aux hommes avec lesquels j'ai grandi mais contrairement à eux, il partage tout avec moi. J'ai accès à ce qu'il pense. À ce qu'il est. Il n'y a aucune distance entre nous.

- Ouais mais … il ne vous aime pas alors …

- Il m'aime. Ça je peux vous le jurer.

- Spock dit que les vulcains ne s'aiment pas. Qu'ils s'attachent les uns aux autres.

Amanda lui sourit d'un air complice.

- Spock se ment souvent à lui-même parce qu'il craint sa nature humaine. Il est en quelque sorte, plus vulcain que vulcain. Il n'arrive pas à se faire confiance. Mais je suis certaine qu'avec le temps, il s'acceptera d'avantage et deviendra plus confiant, plus humain aussi.

Jo se renfrogna, assez peu encline à considérer les futures qualités potentielles de ce salopard de vulcain. Elle le fut encore moins lorsqu'une nouvelle contraction lui scia le ventre, la faisant se tordre de douleur dans sa chaise en hurlant. Alors qu'elle reprenait ses sens et haletait en suppliant qu'on la tue, une garde entra dans la grotte.

- Madame Spock, je vous informe que votre époux est arrivé et attend dans la chambre des pères.

Jo se redressa avec peine sur son divan de misère.

- Vous pouvez lui dire d'aller se faire FOUTRE ! Je veux pas le voir ! cracha-t-elle. Qu'il aille se faire enfermer et qu'il y crève, grogna-t-elle en se laissant retomber dans l'osier dur.

- Je vais aller le voir, dit Amanda sans faire cas des commentaires désobligeants à l'endroit de son rejeton.

- Non ! Partez pas, dit Jo en la retenant paniquée. Je m'excuse. J'aurais pas dû dire ça. Je suis désolée ! Ne me laissez pas toute seule !

Amanda se rassit près d'elle en posant une main rassurante sur la sienne.

- Je vais revenir très vite. Vous me faites confiance ?

Jo la fixa un moment puis hocha la tête.

- Bien, reposez-vous. Je ne serai pas longue, dit-elle en lui caressant gentiment la joue.

Amanda passa dans la chambre du père où Spock assis sur un renflement de pierre terminait de signer les formulaires sur tablette. Il se leva à son approche et rendit la tablette à l'infirmière.

- Mère.

- Spock, comment le jugement s'est-il passé ? demanda-t-elle.

- Je suis classifié sain d'esprit.

- Tant mieux, dit-elle soulagée.

- Comment se porte Johann ? demanda-t-il.

- Pas très bien comme tu dois t'en douter. Tu dois venir auprès d'elle. Tu peux l'aider.

Spock leva un sourcil étonné.

- Le père ne doit pas entrer dans la chambre de mise bas avant la naissance, rappela la garde.

- Les traditions terriennes le permettent, indiqua Amanda.

La garde n'eut pas l'air convaincue.

- Cela pourrait l'empêcher de hurler, ajouta la grand-mère.

La garde la dévisagea un moment puis hocha brièvement la tête pour donner son accord et sortit.

- Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, dit Spock.

- Oui. Ça l'est. Viens.

Spock hésita un instant puis suivi sa mère dans la grotte où nul mâle n'avait jamais mis les pieds lors de l'accouchement de sa femelle de toute l'histoire de la planète Vulcain. Tant par prudence que parce qu'il avait l'impression d'être un intrus, il s'arrêta à l'entrée tandis qu'Amanda s'approchait du divan où Jo gémissait dans l'attente de nouvelles tortures.

- Johann, Spock est ici, dit Amanda doucement.

Jo se redressa avec peine sur son divan pour dévisager son connard de mari. Si ses yeux avaient été des poignards le vulcain serait mort sur le champ. Il resta donc dans l'entrée, conscient que non seulement sa position était précaire mais que dans cet état son épouse était capable de se faire du mal à elle-même pour réussir à le frapper.

- Toi … Je te jure que tu vas me payer ça …, siffla-t-elle avec le visage le plus enragé que Spock lui ait jamais vu.

- Johann écoutez-moi, dit Amanda qui se mit aussitôt entre eux. Spock peut vous aider.

- C'est vrai ? Génial. Viens un peu ici chéri, dit-elle en serrant les poings.

- Il peut vous soulager de votre douleur, assura Amanda.

Le regard de la jeune femme vacilla.

- Quoi ?

- Il en est capable, assura Amanda.

- Mais … pourquoi vous l'avez pas dit avant ?

- Nous ne savions pas s'il pourrait venir. Auriez-vous préféré que je vous donne de faux espoirs ?

Évidemment, la réponse était non.

- Il peut réduire votre douleur par fusion mentale. C'est complexe mais faisable. Sarek y est parvenu avec moi et je vous assure que j'aurais tout donné pour le savoir au moment où j'étais à votre place.

- Une fusion mentale ce serait super. Comme ça je pourrais démolir ton PUTAIN DE CERVEAU DE CONNARD !, lui cria-t-elle. … Hargh !

Elle se plia de douleur en haletant.

- Respirez Johann. Calmez-vous et respirez, dit Amanda en s'asseyant près d'elle et en prêchant par l'exemple.

Spock haussa un sourcil embarrassé devant le spectacle troublant de son épouse et de sa mère haletant côte à côte comme des Sehlats. La contraction fini par desserrer son emprise et Jo gémit en tenant son ventre.

- Spock peut mettre fin à tout ça mais je veux votre parole que vous ne l'attaquerez pas, dit Amanda sérieuse.

Jo jeta un regard haineux à son cher et tendre.

- Je sais pas si je peux … J'ai trop envie de le tuer. Je vais lui défoncer le crâne si j'entre dans sa tête.

- Oh Johann, dit Amanda d'un ton de reproche mais tout de même soulagée qu'elle avertisse d'avance.

- Je propose de faire amende honorable, dit Spock en mettant les mains derrière son dos. Une forme de marché que font les humains afin d'obtenir le pardon des autres.

- Tu peux oublier ta saleté de marché ! Je te pardonnerai jamais !

- Il serait logique d'écouter ma proposition avant de la refuser.

Jo soupira avec dégoût.

- En échange de ton pardon pour ce que tu dois présentement subir par ma faute, je m'engage à m'occuper du nourrisson et accomplir des tâches dégradantes.

Amanda le regarda interdite.

- Toi ? T'occuper du bébé ? dit-elle stupéfaite

- Oui, dit Spock en relevant la tête.

Incrédule, elle fixa sa belle-fille.

- Johann, je vous suggère d'accepter sinon je vous assure que vous allez vite regretter d'avoir laissé filer votre chance, dit-elle avec conviction.

En voyant la surprise d'Amanda, Jo eut soudain un doute affreux.

- Vous voulez dire qu'il était sérieux ? Les vulcains ne s'occupent pas des enfants ?

- Non ; du moins rien de ce qui concerne les soins ou les tâches domestiques. En gros, il ne s'occupera de rien et ne vous aidera en rien, résuma Amanda qui parlait d'expérience.

- Ce n'est pas mon rôle, dit Spock sur le ton de l'évidence. La mère s'occupe du corps de l'enfant, le père de son esprit.

- Et bien moi je connais quelqu'un qui n'a pas intérêt à se défiler ! cracha Jo.

- Vous êtes terriblement naïve Johann. Vous n'avez aucune idée. Je vous assure qu'il sera plus facile de tout faire vous-même que de le convaincre de faire quelque tâche que ce soit, assura Amanda. Pour un vulcain, c'est l'équivalent de perdre tout honneur.

Spock approuva comme quoi il n'approcherait jamais de la moindre vomissure sans qu'on l'y porte pieds et poings liés.

- Il est humiliant pour un mâle d'accomplir des tâches qui sont dévolues aux femelles, dit-il. Cette humiliation pourrait tenir lieu de rétribution irrationnelle typiquement humaine, c'est-à-dire de vengeance. Sans compter que je m'occuperais de l'enfant ainsi que tu le souhaites. Mon humiliation contre ton pardon. Je crois que l'échange est équitable ; bien que sa logique soit fondamentalement boiteuse et gratuite.

Il se redressa avec sérieux.

- Par contre, j'insiste pour que cette mortification ait lieu en privé uniquement. Vu mon poste de commandement, je ne peux pas être humilié en public sans que mon autorité soit remise en cause ce qui menacerait la sécurité de l'Enterprise.

- C'est vrai que si jamais l'équipage te voit passer avec ton fils dans les bras ils penseront aussitôt à se mutiner, dit-elle en le regardant comme s'il était le dernier des cons. Tu te rends compte que pour les terriens c'est juste normal ?!

- Je suis vulcain. Il est impensable que j'apparaisse publiquement dans une posture de femelle.

Amanda prit la main de sa belle-fille qu'elle serra fermement.

- Johann, je vous assure que cette offre lui coûte autant que ce que vous endurez. Et si vous refusez, soyez sûre que vous vous taperez tout le boulot, dit-elle avec un regard insistant. Mon éducation m'avait préparé à tout prendre en charge mais je doute que ce soit votre cas. Faites-moi confiance, pardonnez-lui.

- Pardonner c'est facile à dire ...

Sur ce, une nouvelle contraction lui coupa la parole. Tandis que les cris de souffrance de sa belle-fille lui vrillaient les oreilles, les yeux d'Amanda brillèrent de fierté. Son fils était sûrement l'un des seuls vulcains de la planète capable d'envisager faire une telle chose.

- Pourquoi souris-tu ainsi ? demanda Spock.

- Je suis fière de toi, dit-elle avec affection.

Spock regarda ailleurs embarrassé tandis qu'Amanda revenait à sa belle-fille en pleurs.

- Johann, dit-elle comme pour lui rappeler qu'elle devait se décider.

La pauvre haletait les yeux fermés tandis que l'atroce douleur reculait pour un bref instant.

- Okay … Je lui ferai pas de mal. Je le jure. Mais faites juste que ça s'arrête.

- En fait la question était de savoir si tu considères cette vengeance satisfaisante et si tu acceptes de me pardonner en échange, souligna Spock qui tenait à appliquer les conseils de Jim à la lettre.

- Oui, pleura-t-elle. Tout ce que tu veux … Mais fais que ça s'arrête, fais que ce soit moins pire. Fais ce que tu peux mais FAIS QUELQUE CHOSE !

Spock l'observa avec attention. L'expression de rage qui avait déformé ses traits était remplacée par une expression de désespoir et son regard était suppliant. Il en déduit qu'il y avait peu de chances qu'elle l'attaque. Il s'approcha et il prit place sur la chaise d'Amanda.

- Tu dois prendre le contrôle du cortex cingulaire antérieur, expliqua sa mère.

Spock avança sa main dans la pénombre et posa les doigts sur la joue blême de son épouse tremblante.

Il fut aussitôt envahit par sa détresse et sa peur ; sans compter que malgré ses dires, elle lui en voulait encore et entretenait même des fantasmes d'assassinat à son endroit. Il retira sa main.

- Je ne peux rien faire dans ces conditions. Tu dois te calmer et vider ton esprit, dit-il posément.

- Putain, je voudrais bien t'y voir toi …, grogna-t-elle.

- Vous allez y arriver Johann, courage.

Jo prit une grande respiration. Évidemment, elle devait se calmer. C'était logique. N'importe quoi pour que ça s'arrête. Elle acquiesça et Spock posa à nouveau la main sur sa joue. Elle fantasmait toujours sur sa destruction, c'était plus fort qu'elle, mais plutôt que de se voir en morceaux gluants collés sur les murs, cette fois il était train de se faire écrabouiller par les chenilles d'une pelle mécanique. Alors que sa tête explosait en éclaboussant le bitume, il retira sa main et Jo lui sourit d'un air plus ou moins désolé.

- J'essaie, assura-t-elle.

Il soupira d'un air ennuyé.

- Vous devez lui faire entièrement confiance, conseilla Amanda. Vous devez vous livrez à lui.

- Fais comme si j'étais un prince charmant, suggéra Spock.

Jo et Amanda le dévisagèrent un instant en silence, perplexes.

- Il s'est farci le cerveau avec des romances à l'eau de rose, c'est pour ça, expliqua Jo.

- Ah …

- Les romans d'amour plaisent aux terriennes. Il était logique de …

- On s'en fout okay ? Juste … Fais ton putain de truc !

Elle soupira.

- Désolé, je me calme … Je me calme.

Spock posa à nouveau la main sur sa joue et Jo fit un effort surhumain pour refouler sa rancune en se concentrant sur l'espoir que la douleur diminue. Il cherchait à délimiter le cortex et ses connexions synaptiques lorsqu'une nouvelle contraction saisit le corps de son épouse. Il tenta d'en profiter pour percevoir l'emplacement exact du cortex mais il fut aussitôt happé par la souffrance la plus insupportable qu'il eut jamais ressenti.

Des serres acérées lui broyèrent les entrailles, lui coupèrent le souffle et anéantirent toutes pensées cohérentes en l'aspirant dans un trou noir cauchemardesque. Il n'était plus qu'un ventre compressé sur lui-même, paralysé. Il eut l'impression d'être dévoré par une crampe foudroyante qui le brûlait vivant. Il n'y survivrait pas. Il allait mourir. Mieux valait mourir.

Choqué, il se recula brusquement. Il regarda son épouse se tordre et hurler devant lui en éprouvant un étrange soulagement pour lui, mêlé d'horreur pour elle. Il regarda sa mère qui pinça les lèvres d'un air fataliste tandis que Jo cessait de crier pour gémir, misérable. Il se rassit devant elle et il répondit à son regard suppliant par un air sérieux et décidé. Il remit la main sur sa joue et appliqua toute sa concentration à trouver les connexions à désactiver.

Malgré ses efforts et les conseils d'Amanda, Jo dû subir onze contractions avant qu'il arrive à un quelconque résultat, délai qui lui valut une joue cuisante de baffes. Des dommages surprenamment minimes. Une aubaine qu'il devait sans doute à la présence de sa mère que, pour une raison obscure, Jo craignait d'offenser.

- Ça a fait moins mal …, souffla la jeune femme en larme. Ça veut dire que ça marche, c'est ça ?! Dis-moi que c'est ça.

- Oui. Je crois que j'ai réussi à cerner la zone du cortex cingulaire antérieur.

Amanda assise de l'autre côté du lit soupira de soulagement.

- Comme ça pour pourrez arrêtez de le frapper, dit-elle d'un air suggestif.

- Je suis désolée, c'est parti tout seul, dit-elle penaude.

- Selon notre entente de mariage, Johann est en droit de m'infliger des sévices physiques sous le coup de la colère, assura Spock.

- C'est … original, dit Amanda dubitative.

- C'est surtout irrationnel.

- Bha ouais … Mais vous en faites pas. Ça lui fait rien. Je vous jure, il s'en fout. Il est comme … ben un peu sado-maso quoi.

Amanda regarda la joue verdoyante de son fils et soupira en se disant qu'il était tout de même dommage que les mères n'aient pas voix au chapitre en ce qui concerne les pratiques intimes bizaroïdes de leurs rejetons.

En fusionnant à son esprit à chaque contraction, Spock réussi à diminuer la douleur qui devint de plus en plus supportable. Jo finit par s'apaiser et reprit enfin sur elle-même. Son esprit se mit à divaguer. Le cauchemar était fini. Il l'avait vraiment sauvé cette fois comme … bha oui, comme un foutu prince charmant de merde. Il avait élevé un refuge autour d'elle et l'avait mise à l'abri de ce supplice monstrueux.

Mais malgré sa reconnaissance elle lui en voulait toujours sérieusement. Elle n'arrivait pas à croire qu'il ait pu lui faire un coup aussi pourri. Bordel, comment on pouvait faire ça à quelqu'un à qui on tenait ? Parce qu'il était supposément attaché à elle pas vrai ? Alors putain de merde, pourquoi !?

Parce que Vulcain était le lieu le plus approprié pour donner naissance à un hybride. C'était donc l'option la plus logique.

Mais Jo regarda attentivement en lui et sut qu'il n'y avait pas que ça. Il y avait une autre raison.

Il y avait bien une autre raison mais il lui déconseilla d'en prendre connaissance, cela pourrait la troubler. Intransigeante, elle insista. Après tout ce qu'il lui avait fait endurer il avait intérêt à déballer ses foutues motivations !

Mccoy avait déjà frappé une femme enceinte.

Un grand silence se fit entre eux. Jo ne pouvait pas le croire. Il se trompait, c'était certain.

Il lui montra la marque de la main du docteur qui rougeoyait sur la joue de la femme de Capella IV. Il l'avait frappé. Il n'y avait aucun doute. McCoy avait aussi des marques et avait dû être frappé d'abord mais le fait n'en était pas moins là.

C'était ce qui l'avait décidé à intriguer en secret pour qu'elle accouche sur vulcain. Il ne voulait pas qu'elle soit seule avec McCoy. L'idée qu'elle puisse être violentée lui était insupportable.

Mais bordel c'était dément ! … Jamais Léonard n'aurait pu la frapper ! C'était impensable !

Pourtant il avait déjà frappé une femme enceinte et par conséquent la possibilité existait. Surtout qu'il n'était pas exclu qu'elle-même use de violence à un moment ou à un autre. Elle en était capable. Et dans ce cas, il était possible que le docteur réponde avec la même irrationalité agressive.

Elle se braqua mais il lui montra à nouveau la marque sur le visage de la capellienne et l'expression convulsé de McCoy. Lorsqu'il sentit que l'image l'avait enfin troublé, il lui montra aussi que lorsque l'enfant était né, le docteur avait tenté de le lui mettre de force dans les bras malgré son refus clair et net. Autrement dit, McCoy était capable de confier leur bébé à peine né à quelqu'un d'incompétent et de rébarbatif contre son gré.

Pour toutes ces raisons il ne pouvait en aucun cas lui confier sa femme et son fils. Ça aurait été parfaitement illogique.

Il avait calculé que le centre de naissance vulcain annulait toute chance de débordements. McCoy n'oserait pas se montrer agressif en public et les gardes veilleraient sur le nourrisson. Mais dans ce calcul, il n'était pas prévu que le docteur soit interdit de pratique et qu'elle soit forcée de se passer de lui.

Il comprenait qu'elle tenait à sa présence pour des raisons sentimentales et il n'avait pas songé à l'en priver ; seulement à l'en protéger.

Johann tourna la tête pour déplacer ses doigts et arrêter la fusion.

- Je peux pas croire que McCoy …

- Les Capelliens sont des guerriers. Il a sûrement cru de bonne foi que c'était une stratégie logique, dit Spock. Il n'empêche que son jugement a été corrompu par son émotivité.

Jo haussa les épaules, incertaine de ce qu'elle devait en penser.

- Préfères-tu oublier ce que tu as vu ? demanda-t-il.

Elle le regarda pensivement.

- Dans ce cas, je risque d'avoir plus de mal à te pardonner. T'es complètement largué avec Leonard mais au moins c'est une meilleure raison que de juste vouloir tout décider à ma place parce que t'es qu'un foutu macho avec une grosse tête enflée.

Spock l'observa un moment, presque tendrement.

- Je suis attaché à toi. Tu sembles l'oublier parfois.

Elle ne pu s'empêcher de lui sourire. Bordel qu'il était beau quand il lui faisait cette tête. Une garde s'avança dans la lumière vacillante des flammes et Spock se leva pour lui laisser la place. Elle posa sa main sur le ventre de la jeune femme.

- L'enfant est engagé, il naîtra sous peu. Je fais venir la prêtresse, dit la garde qui lança à Spock un regard appuyé avant de tourner les talons.

- Hein ? Déjà ?

Jo regarda Amanda mais celle-ci était profondément endormie dans sa chaise d'osier.

- Mais … combien de temps on est resté … ?

- Je ne peux pas le dire avec certitude mais j'estimerais le délai à environ trois heures, dit Spock.

Jo le regarda sans comprendre.

- La fusion peut modifier la perception du temps. Vu les circonstances, il m'a semblé pertinent de t'en faire perdre la notion.

La jeune femme hocha la tête incrédule.

- Tu m'as fait perdre la notion du …Tu sais quoi ? Des fois tu me fais peur.

- Je ne vois pas pourquoi.

Sur ce, le cortex cingulaire antérieur de Jo se rappela qu'il était en plein accouchement et une contraction effroyable la fit se plier en deux en hurlant. Amanda s'éveilla en sursaut, la main sur son cœur.

- Johann, souffla-t-elle en s'empressant à son chevet.

- Elle va bien. La prêtresse est en route, expliqua Spock.

Amanda acquiesça en prenant la main de sa belle-fille qui n'arrivait même plus à haleter. Spock attendit qu'elle retombe sur sa couche.

- Je ne peux pas rester auprès de toi, dit-il. Ce serait une injure envers la prêtresse.

- Je serai avec vous, dit Amanda rassurante. Pensez que dans quelques instants vous tiendrez votre enfant dans vos bras, dit-elle en souriant.

- Ouais … okay, dit Jo en rassemblant son courage. Je peux … Je peux le faire.

Spock approuva et s'empressa de disparaître.

La maison de naissance vulcaine résonna à nouveau de hurlements terriens et Jo eut amplement le temps de mesurer la chance qu'elle avait eu d'échapper à trois heures de torture car les quelques minutes qu'il fallut à la prêtresse pour arriver lui parurent une éternité. Celle-ci s'avança entre ses jambes, mis la main sur son ventre et aussitôt la jeune terrienne se tordit de douleur.

- Putain qu'est-ce qu'elle fait cette conne ! cria Jo.

La prêtresse sursauta et jetant un regard interdit à Amanda qui lui fit signe que tout était sous contrôle.

- Elle vous aide. Concentrez-vous et poussez. Poussez très fort !

Tout en ayant l'impression de rôtir dans les feux de l'enfer, Jo poussa le plus fort qu'elle pu et peu après les hurlements du bébé se firent entendre. La jeune femme épuisée au-delà des mots, se laissa retomber dans son divan. C'était enfin fini. Bordel, elle ne pouvait pas le croire. Elle attendit qu'il se passe quelque chose mais tout semblait calme. Elle ouvrit les yeux et regarda autour d'elle. Elle était seule avec Amanda.

- Mon bébé !?

- Il va bien ! Ne craignez rien. La prêtresse le ramène tout de suite, dit Amanda enchantée.

- Où il est ? souffla-t-elle d'une voix éteinte.

- Juste à côté. Il doit être présenté au père d'abord, dit la grand-mère comme si ça allait de soi.

- Mais bordel c'est mon gamin ! murmura Jo épuisée. Je veux le voir !

- C'est la tradition. Cela ne prendra qu'une minute.

Amanda lui caressa l'épaule comme pour l'inviter à se montrer patiente mais c'était peine perdue. Putain de merde ! Comment ça on montrait le bébé au père en premier ?! Ce n'était pas lui qui s'étaient fait déchirer le corps pour le mettre au monde ! Tout en elle exigeait de voir son enfant, de lui toucher et de le reconnaitre pour sien. Tandis que son corps se débarrassait du placenta, Jo se mit à fixer l'entrée avec l'air sauvage d'un chat qui fixe un trou de souris et Amanda se dit que c'était une chance qu'elle ne puisse pas se lever sinon sa famille aurait eu à essuyer un nouveau scandale.

La prêtresse entra dans la chambre du père et leva le nouveau-né gluant devant son géniteur. Celui-ci tendit les bras et le saisit selon la pose traditionnelle qu'il avait étudié. Il l'approcha près de son visage et l'observa un moment. Il ne ressentit rien de spécial et en fut immensément soulagé. Il avait redouté que des émotions incontrôlées se manifestent mais heureusement, rien de tel ne se produisit. Les choses étaient simplement telles qu'elles devaient être. Il avait fait son devoir. Il avait sauvé l'enfant en tant que kir'kan puis en tant qu'hybride. L'IDIC lui avait accordé sa protection et il était né comme prévu. Il était son fils, une partie de lui et Spock s'en trouva satisfait.

Il redonna l'enfant et la prêtresse revint dans la chambre où Jo l'attendait impatiemment. Deux infirmières s'avancèrent avec des linges qui le nettoyèrent comme par magie et l'enveloppèrent dans une couverture aux armes de la famille de Sarek. La garde le lui porta et enfin, Jo pu tenir son bébé contre elle. Elle fut aussitôt traversée par une vague de bonheur d'une rare intensité.

- Salut toi, murmura-t-elle complètement sous le charme.

- Johann, il est magnifique, dit Amanda en caressant la joue de l'enfant.

Pour Jo, c'était la plus belle chose de l'univers mais ça n'empêchait pas d'être réaliste.

- Il a l'air d'un petit vieux, vous ne trouvez pas ? Il est tout fripé.

- Comme un papillon qui sort d'une chrysalide mais on voit déjà qu'il sera beau comme un cœur, dit Amanda aucunement objective.

- Allez, je veux trop voir tes oreilles, dit Jo curieuse.

Elle baissa la couverture qui lui enveloppait la tête.

- Pointues, annonça-t-elle.

- Moins que Spock quand il est né, dit Amanda. Ça devrait lui rendre la vie plus facile.

- Je sais pas, les terriens aiment bien les vulcains, dit Jo qui ne se lassait pas de l'admirer.

- Je peux le prendre ? demanda sa grand-mère déjà gaga.

- Pour ça, vous l'avez bien mérité, dit Jo en souriant. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous.

Tandis que les deux femmes s'extasiaient sur le nouveau-né, Spock contacta l'Enterprise pour informer son capitaine des derniers évènements et l'inviter ainsi que Bones pour la visite de courtoisie traditionnelle des proches. Les deux amis se présentèrent peu après et furent conduits dans la chambre du père.

- Spock, toutes mes félicitations ! dit Jim en lui serrant la main avec chaleur.

- Merci capitaine.

- Félicitation Spock et ceci c'est pour la tradition terrienne, dit Bones en lui présentant un cigare.

Spock regarda le cigare dubitatif.

- C'est illégal docteur.

- Pas s'il est en chocolat.

Spock fronça les sourcils. Un item toxique illégal reproduit sous forme de sucrerie (elle-même néfaste pour la santé) servant à souligner la venue au monde d'un enfant… Renonçant à discuter l'illogisme de l'affaire, il le prit en se disant que cette tradition terrienne était sérieusement irrationnelle.

- Si vous voulez bien me suivre.

- Je vous avais bien dit qu'il apprécierait.

Jim lui lança un regard malin, sûr que Spock n'était pas du genre à apprécier les cigares en chocolat et que non seulement Bones le savait mais que c'était exactement la raison pour laquelle il le lui avait offert.

Aussitôt entré, McCoy se précipita.

- Regardez-moi ça ! dit-il en admirant le bébé dans les bras d'Amanda. Il va bien ?

- Oui il est parfait, dit Jo cernée mais ravie.

- Je peux ? lui demanda-t-il.

- Si la grand-mère veut bien, répondit-elle en souriant.

Amanda le lui tendit et McCoy le prit avec un enthousiasme tout paternel.

- Qui aurait cru que Spock était capable de faire quelque chose d'aussi adorable, dit-il charmé par le bambin.

Le vulcain l'ignora superbement pour regarder Jo qui lui sourit en hochant la tête. Spock se tourna vers Jim l'air solennel.

- Capitaine, nous aimerions nommer notre fils Tyberius en votre honneur et vous demander d'être son parrain.

Son ami le regarda prit de court tandis que McCoy souriait amusé.

- Jim n'oubliez pas que si vous acceptez, vous risquez d'être totalement infatué de vous-même pendant un mois, dit Bones pour agacer le vulcain.

- Cette demande est tout à fait logique, se défendit Spock. Sans l'intervention du capitaine, j'aurais dû être rééduqué. Je n'aurais pas pu être présent pour la naissance de mon fils ni assister aux premières étapes de son développement.

- Il dit ça mais en fait que vous soyez le parrain, c'est la première chose qu'il m'a demandé quand j'ai décidé de le garder, dit Jo pour l'agacer à son tour.

- C'est inexact. La première chose que je t'ai demandée après que tu m'aies dit vouloir garder l'enfant était de me le redire de nouveau. Par la suite nous nous sommes accouplés et c'est seulement ensuite que j'ai proposé que Jim soit parrain.

La jeune femme grimaça un sourire.

- C'est gentil de partager tous ces détails avec ta mère.

- Ne vous en faites pas, j'ai l'habitude, assura Amanda aguerrie à l'honnêteté vulcaine.

Bones le regarda d'un air taquin.

- Tyberius ? Hum … C'est un pensez-y bien parce que son surnom sera Ti.

- Non, ce sera Ty. Comme la bouffe Taï, dit Jo. C'est mignon.

Spock haussa un sourcil dubitatif, ne voyant pas trop le rapport entre la cuisine asiatique et le bébé.

- Si Johann trouve mon nom mignon, je ne peux qu'accepter. Ce sera un honneur Spock.

Jim le regarda ému tandis que Spock conservait son air sérieux. Rien ne pouvait sceller plus logiquement leur amitié et leur statut de t'hy'las. Sur ce, Tybérius se mit à pleurer et Léonard jeta à Spock un regard ironique.

- J'imagine que cette fois vous n'aurez pas d'objection à prendre un nouveau-né, dit-il en le lui tendant.

Une telle humiliation étant inimaginable, surtout sur Vulcain, Spock se prépara à lui opposer un refus tout aussi clair et net que la première fois.

- Ça suffit. C'est mon tour. Amenez-le-moi ici, dit Jo en réalisant que son époux allait forcément faire une scène à cause de ses conneries machos.

- Ce que femme veut …, dit Bones obéissant.

Elle reprit Ty et tenta de le calmer en le berçant doucement. Il se mit à crier de plus belle et Spock se sentit étrangement interpellé par ces pleurs. La chose à faire lui sembla évidente. Il s'approcha, se pencha sur Jo et posa la main sur son fils.

En percevant l'énergie de son toucher, l'enfant se calma instantanément et il fixa son père comme pour arriver à le voir. Spock plongea son regard dans les yeux gris et malheureusement pour lui, sa belle tranquillité fut aussitôt réduite à néant. Un élan d'amour fantastique pour son fils le renversa avec la force d'un tsunami. Troublé, il retira sa main, maîtrisant à grand peine ce sentiment absurde.

- Ça va ? demanda Jo qui lui trouvait une drôle de tête.

- Oui. Ce n'est rien, dit-il en haussant un sourcil résigné.

- Monsieur Spock, dit Jim enjoué, comme Ty devra voyager avec nous le temps que nous passions près de la Terre, moi et Bones avons pensé à lui prendre un petit uniforme

- C'est étonnant à quel point il y a de tout sur les bases stellaires, dit McCoy en sortant trois petits sachets de son sac.

- Que préférez-vous. Rouge ou bleu ? Ou voyons grand, or peut-être, dit Jim content de la trouvaille.

- Oh, c'est adorable, dit Amanda en joignant les mains.

Spock s'éclaircit la gorge.

- Cela me semble inapproprié considérant que Tybérius ne fait pas partie de l'équipage.

- Allons donc, ne soyez pas si sérieux, dit McCoy. Tout le monde trouvera cela amusant.

- Oui. En effet. Je suppose que par conséquent, il serait plus approprié de lui trouver des vêtements vulcains afin de rappeler à tous que notre mission n'a rien d'une plaisanterie.

Jim jeta à McCoy un regard de connivence assorti de son célèbre sourire en coin.

- Bones, je crois qu'il essaie de nous faire comprendre que nous nous montrons exceptionnellement irrationnels.

- Avec tout le respect, puéril me semblerait un qualificatif plus approprié.

- Il s'inquiète pour rien Jim. Ses efforts finiront sûrement par porter fruit et il réussira sans doute un jour à nous conduire sur l'ennuyeux chemin de la rationalité.

- Rien ne saurait être plus bénéfique docteur.

- En attendant moi je trouve que c'est une super idée un petit uniforme, dit Jo en couvant son fils du regard. Il sera trop craquant.

Spock soupira d'un air las tandis que ses deux amis ravis d'avoir l'appui de la nouvelle maman, déballaient les vêtements pour les lui montrer. En voyant tous les terriens enchantés par ce cadeau sacrilège, il se dit qu'il n'en avait pas terminé avec les réactions niaises de ce type. Déjà qu'avoir un enfant sur un vaisseau n'était pas simple, ici les choses allaient être particulièrement compliquées. Forcément. Avec les humains, il y avait toujours des complications inutiles.

En regardant son fils dans les bras de sa mère, une nouvelle vague d'affection le traversa sans lui demander son avis et il éprouva le plus grand mal à la faire taire. Il ressentit l'envie aberrante de prendre le bébé pour le tenir contre lui et secoua la tête comme pour se débarrasser de ce désir inexplicable.

Oui, d'un point de vue vulcain tout allait sans doute, … sans aucun doute, être relativement plus compliqué que d'ordinaire.

FIN

Et voilà ! J'espère que vous aurez aimé cette petite étude illustrée sur la culture et la psychologie vulcaine. (Une étude sans prétention cela va sans dire)

J'avais quelques scrupules à terminer cette histoire sans faire de "happy end" ou du moins, sans laisser cette petite famille avec une pirouette joyeuse et festive. Et sans blague, j'ai essayé. Je vous jure. Mais malgré tous mes efforts, tout ce que j'ai pu écrire m'a semblé inapproprié. Le fait est que Spock est Spock et que devant l'une des émotion les plus puissantes et incontrôlable de la vie humaine (l'amour pour son enfant) il ne pouvait que se braquer. Je sais, c'est ennuyeux mais qu'est-ce qu'on peut y faire ? Selon tout ce que nous avons étudié, il apparaît évident que le Spock de 2275 ne se laisserait jamais aller à déraper émotivement en pareil cas.

On pourra objecter avec raison que rien ne m'oblige à suivre le canon avec tant de rigueur. Après tout, on ne m'enverra pas au coin parce que j'ai pris quelques libertés avec notre vulcain bien-aimé. Et puis sans blague, on est sur un site de fanfic alors le canon n'a rien d'obligatoire.

Je le concède de grand coeur mais le problème, c'est que je crains d'avoir moi aussi un vilain petit travers vulcain. Il me semble aussi sacrilège de finir ce tome avec un Spock heureux et détendu qu'il pourrait sembler inconcevable à Spock de grimper sur une table pour danser une gigue. Le canon est le canon et selon moi le plus logique est que ce tome se termine de cette façon. En foi de quoi on peut certainement comprendre Jo qui a soutenu tout au long de cette histoire que l'approche vulcaine est sérieusement barbante. Mais j'espère qu'on me pardonnera cette petite tendance vulcanité qui est corollaire d'un souci de bien faire et que j'aurai malgré tout réussi tout au long de cette histoire à vous divertir et vous amuser.

Pour finir, un immense merci à tous ceux et celles qui m'ont laissé des commentaires, oh combien précieux à mon cœur de terrienne ; et surtout n'hésitez pas car il n'est jamais trop tard pour en laisser un petit en terminant :)

Longue vie et prospérité à toutes et tous !