T'Pau : T'Pring, vous avez choisi le kal-if-fee. Le défi. Êtes-vous prête à devenir la propriété du vainqueur?

T'Pring : Je suis prête.

Amok Time


Si une seule chose ne fait aucun sens dans TOS au sujet de la culture vulcaine, c'est son incroyable sexisme. Selon Amok time, c'est au point où la femme est carrément une propriété du mari. Difficile de faire plus crade.

Mais est-ce bien logique ? Nous savons d'expérience que la domination par les mâles implique de ne prendre en compte que les apports masculins dans une société. Le résultat de cet arrangement est que la nation se retrouve privée de la moitié de ses forces. La moitié des génies, scientifiques, artistes, savants, penseurs, stratèges et autres ne feront jamais profiter la société de leur talent car le seul débouché acceptable pour les femmes est celui de servante docile. C'est un gaspillage tout à fait illogique et donc une stratégie fort peu crédible pour une société aussi éclairée que celle des vulcains.

Évidemment, certaines femmes comme T'Pau ou T'Pol ont des carrières intéressantes et sont respectées mais on devine que les épouses vulcaines sont le plus souvent des mères au foyer. Par exemple, la façon autoritaire dont Sarek s'adresse à son épouse dans Journey to Babel semble tout droit sorti du moyen-âge. D'ailleurs, alors qu'on lui demandait où était Amanda dans le film Marc Lenard répondit : «"In the kitchen! Where else would a good Vulcan wife be ?» (Dans la cuisine! À quel autre endroit pourrait être une bonne épouse vulcaine?)

Bien sûr TOS a été créé au milieu des années 60 mais on peut se demander par quelle magie au XXe siècle nous pouvons rester fidèle au canon qui dépeint les vulcains comme d'indécrottables machos. La seule pirouette mentale qui me semble possible pour expliquer cette situation est qu'au niveau des relations hommes/femmes, les vulcains n'ont pas encore réussi à transcender leur passé barbare. Les vieux clichés ont suivi et sont toujours d'actualité.

Et les vulcains ne seraient pas les premiers. D'autre civilisations évoluées ont tout autant de difficulté à s'en sortir. Il n'y a qu'à remarquer que dans le Star trek de 2009, on voit encore moins de femmes dans l'équipage que dans la série originale. Un choix scénaristique plutôt inattendu. Seule amélioration à ce niveau, Uruha a un rôle plus important mais considérant que son importance tient surtout au fait que Kirk veut la sauter mais qu'elle finit plutôt par se taper Spock, je ne sais pas si c'est une promotion très impressionnante. Il faut voir qu'en 1969, après trois saisons complètes, Uruha ne devait sa notoriété à rien d'autre qu'elle-même mais en 2009, elle la doit exclusivement aux moments où l'un ou l'autre des deux mâles dominants de la série veulent se la faire. Un retournement qui se passe de commentaire.

Si sous certains aspects l'incomparable Star trek a réussi à faire autant sinon plus sexiste cinquante ans d'évolution plus tard, nous pouvons supposer qu'il n'est pas impossible que les vulcains aient été prit dans le même genre de trappe à con. Et c'est pourquoi nous les ferons ici bien canon.


Sur la terre rouge et sablonneuse du parterre de la villa, deux silhouettes se matérialisèrent.

- Bordel! Il fait cent-quarante-mille degré sur votre foutue planète, dit la jeune femme en combinaison rouge d'ingénieur.

- Je vous suggère d'éviter d'utiliser les expressions populaires que vous affectionnez d'ordinaire. De tels écarts de langage seront mal vu sur Vulcain.

- Ouais bon mais p… fichtre, on arrive à peine à respirer.

Spock soupira imperceptiblement et Jo jeta un coup d'œil sur la jolie maison blanche et circulaire aux fenêtres toutes rondes.

- C'est votre maison?

- Celle de mes parents.

La porte s'ouvrit et une femme d'un certain âge impeccablement coiffée et vêtue s'avança sur le perron

- Spock? C'est toi? dit-elle en plissant les yeux.

- Oui mère.

La femme eut un sourire radieux et s'avança calmement à leur rencontre.

- Je suis heureuse de te voir mon fils, dit-elle en se tenant devant eux.

- Je te présente Johann Kot.

- Madame Sarek.

Amanda la regarda curieusement. Jo lui sourit en tentant de faire bonne figure mais il y avait fort à parier que Spock ne lui avait jamais ramené un mécano dans son genre.

- Johann, je suis ravie de vous rencontrer. Appelez-moi Amanda.

- Le plaisir est pour moi, dit Jo poliment.

- Entrez, entrez je vous en prie! dit-elle en les précédant.

Spock la suivit et ils entrèrent dans la maison qui se révéla heureusement plus fraîche de quelques degrés qu'à l'extérieur.

- Quelle belle surprise! Installez-vous au salon. Je reviens.

Spock indiqua une porte et Jo passa devant lui. Ils entrèrent dans le joli salon blanc.

Elle choisi le divan crème et Spock se racla la gorge en lui indiquant une chaise du regard. Jo se leva et changea de place sans en saisir très bien la raison.

- Voilà, voilà, dit joyeusement Amanda en arrivant avec un plateau. Elle le posa sur la petite table de pierre basse et circulaire.

Amanda servit les boisson et s'assit dans le divan crème en souriant. Jo se dit que malgré un âge certain, c'était vraiment une femme magnifique.

- Comment se fait-il que nous n'ayons pas été avertis de votre arrivé? demanda t-elle posément.

- Ce détour était imprévu.

- Et à quel titre?

- Je souhaitais que tu puisses t'entretenir avec mademoiselle Kot, dit-il sans détour.

Amanda adressa à la jeune femme un regard surpris tandis que cette dernière embarrassée prenait une gorgée afin de se donner contenance.

- J'ai demandé mademoiselle Kot en mariage et elle souhaite avoir la preuve que je pourrais être un bon époux.

Amanda se figea dans son siège et Jo regarda par terre, ne sachant plus trop où se mettre. Bordel, les vulcains savaient comment introduire un sujet.

- Il est certain que tu es la mieux placée pour l'éclairer, expliqua t-il.

Amanda sourit étrangement en dévisageant Jo qui mal à l'aise, gardait les yeux baissés.

- Et bien … j'avoue que je suis surprise, dit-elle enfin. J'aurais cru que … et bien, que tu choisirais une épouse vulcaine.

- Oui, en toute logique. Mais les circonstances désignent mademoiselle Kot.

- Quelle circonstance? demanda Amanda.

- Je l'ai fécondée, dit-il posément.

Amanda posa la main sur son cœur en dévisageant son fils d'un air incrédule. Jo se dit que la pauvre allait faire une attaque. Elle sembla réussir à reprendre sur elle et lança un regard à la jeune femme comme pour qu'elle confirme la stupéfiante nouvelle. Jo baissa la tête en pinçant les lèvres pour acquiescer, impressionnée une fois de plus par le manque de tact des vulcains.

Amanda se racla la gorge et regarda son fils.

- Et bien ... pour une nouvelle … dit-elle sous le choc.

- Je vous comprend. Moi aussi j'ai eu un peu la même impression quand je l'ai appris, dit Jo avec un sourire désolé.

- Mais, hum, je ne comprend pas très bien …, dit-elle stupéfaite.

C'est à ce moment que Jo réalisa à quel point l'idée de débarquer sur cette planète était merdique. Bordel, qu'est-ce qu'elle allait pouvoir lui dire? Qu'elle était venu juste pour pouvoir se vanter d'avoir mis les pieds sur Vulcain mais qu'elle n'avait rien à foutre de son fils et encore moins de son petit-fils ? C'était vraiment con parce que cette femme était charmante et c'était trop nul de lui faire un coup pareil. Putain de merde, elle avait vraiment le don pour se fourrer dans des histoires débiles.

- Mademoiselle Kot accepte de considérer ma demande en mariage à condition que je puisse lui prouver que je serais un bon époux.

- Ah, dit Amanda comme si elle trouvait tout ça vraiment bizarre.

- Ben en fait je crois que vous comprendrez mieux si je vous dis que le commandant m'a choisi pour faire une mission et que …

- Mademoiselle Kot, cette mission tombe sous la réglementation de Star fleet et il n'est pas permis d'en faire mention.

- Ben comment vous voulez que votre mère comprenne si je lui parle pas de ça ?

- Laissez Johann, je devine de quoi il est question, dit Amanda d'un air entendu. Si je comprend bien, c'était une situation ... «d'urgence» mais vous êtes tombée enceinte d'où cette demande en mariage.

- Bha ouais. C'est ça, approuva Jo. Mais c'est aussi parce que le môme c'est un kircanne.

- Un quoi? demanda Amanda.

- Un enfant sacré ou je sais pas trop …

Spock se râcla la gorge.

- Je n'aurais pas dû vous parler de ce détail. J'apprécierais que vous n'en fassiez pas mention.

Jo ouvrit de grands yeux en se disant qu'ils n'étaient pas sortis de l'auberge s'ils ne pouvaient parler de rien.

- Spock, j'apprécierais malgré tout savoir ce que c'est qu'un … kircanne, insista sa mère.

- Kir'kan, corrigea Spock.

- Ouais et moi aussi je voudrai bien savoir, insista Jo.

Spock releva la tête.

- Il est inutile d'insister, trancha t-il.

Amanda soupira et Jo eut un sourire crispé.

- Vous voyez madame, c'est entre autre pour des trucs comme ça que suis pas trop sûre que c'est une bonne idée ce mariage.

Amanda les regarda avec un air qui indiquait clairement qu'elle n'était pas certaine non plus que c'était l'idée du siècle.

- Oui … et bien, commença t-elle.

- Amanda!

En entendant la voix de son époux, une lueur d'inquiétude passa dans le regard d'Amanda qui se reprit aussitôt.

- Ici Sarek !

Un pas vif et pressé traversa le vestibule et le vulcain entra majestueux dans la pièce. Il stoppa net en voyant son fils et dévisagea la jeune femme de piètre mine qui l'accompagnait. Spock se leva et intimidée, elle l'imita même si dans les faits, elle avait plutôt la furieuse envie de disparaître dans sa chaise.

- Que se passe t-il? dit-il abruptement.

- L'Enterprise a fait escale sans avertir, dit Amanda avec un sourire. Spock nous rend visite avec mademoiselle Johann Kot, un membre de l'équipage, dit-elle en guise d'explication.

Jo réalisa soudain qu'eux aussi était liés par Koon-ut-so'lik. Il avait fort à parier qu'il avait perçu la vive émotion de son épouse d'où le fait qu'il se pointait en coup de vent.

- Père, le salua Spock.

Sarek les regarda tous les deux d'un air suspicieux.

- Quelle est la raison de cette visite?

- Mademoiselle Kot a été fécondée de mon fait, dit Spock comme si de rien n'était.

Il fronça les sourcils et observa la jeune femme dénué de toute émotion. Jo avala de travers en osant à peine lever la tête tellement ce vulcain hautain lui semblait intimidant.

- C'est une excellente nouvelle. Nous allons être grands parents, dit Amanda en tentant de voir le bon côté des choses.

Elle lui tendit deux doigts que le fier vulcain ignora pour regarder son fils de haut.

- Vous venez donc pour vous marier, dit-il froidement.

- Je souhaitais que mademoiselle Kot s'entretienne avec mère d'abord.

Sarek le dévisagea.

- Pour quelle raison?

- Elle ne sait pas ce qu'implique être mariée à un vulcain. Mère est à même de l'en informer, dit Spock posément.

Sarek fronça les sourcils.

- Elle n'a pas accepté ta demande, déduisit-il.

- Non. Pas encore.

- Elle n'a pas d'autre choix.

- Pardon? dit Jo en perdant subitement sa gêne.

- Vous n'avez pas le choix, dit Sarek en l'écrasant de son regard.

Jo prit un air buté et se prépara à lui faire savoir ce qu'elle en pensait mais l'intense regard d'avertissement que lui lança Amanda l'informa que c'était une très mauvaise idée et elle se retint à grand peine.

- Mademoiselle Kot est humaine et n'est donc pas soumise aux règles vulcaines, spécifia Spock.

- Elle attend un enfant. Par conséquent vous êtes fiancés. Elle est soumise à nos lois et votre mariage est incontournable.

Jo n'y tiens plus.

- Monsieur, avec tous le respect que je vous dois, je crois que j'ai mon mot à dire.

Il la regarda comme si elle venait de dire l'idiotie du siècle.

- Vous appartenez à mon fils, laissa t-il tomber comme si cela réglait la question.

- Je vous demande pardon monsieur. «J'appartiens» à qui? demanda t-elle sans pouvoir croire ce qu'elle venait d'entendre.

- Elle ne m'appartient pas encore, insista Spock.

- Dans son état, le mariage n'est qu'une formalité.

Amanda s'avança vers Jo avec un regard appuyé et la saisit légèrement par le bras.

- Ne dites rien, chuchota t-elle, vous ne feriez qu'empirer les choses.

Jo la regarda en relevant la tête et Amanda la dévisagea avec un sourire empreint de compassion..

- Faites-moi confiance.

Sarek et Spock se jaugèrent quelques instants sans leur accorder la moindre attention.

- Pourquoi cette terrienne? demanda Sarek.

- Je l'ai choisie dans le cadre d'une mission.

- Une «mission». J'en conclus que l'enfant est un …, dit Sarek qui n'avait aucune envie de prononcer le mot consacré à ces sortes d'enfants.

- Oui.

- Tu as donc partagé le Koon-ut-so'lik avec elle en dehors de tous nos rites.

- Cette information est classée secrète et tombe sous le règlement de Starfleet.

- Bien entendu. Tu n'as pas le confirmer. De toute façon c'est inutile. Pourquoi cette mission?

- C'était l'action la plus logique considérant les intérêts de l'Enterprise.

- Avais-tu l'intention de marier cette femelle?

- Non.

- Aurais-tu pu revenir sur Vulcain?

- Oui.

- Cette action est donc illégale et elle relève de la traîtrise.

Spock haussa un sourcil étonné.

- Je l'ignorais.

- Tu aurais dû prévoir et t'informer d'avance.

Considérant que le seul vulcain auprès de qui il n'aurait pas été malvenu de s'informer était son père et que cela aurait été encore plus malvenu qu'auprès de quiconque, cette information était dans les faits parfaitement inaccessible.

Sarek toisa son fils.

- Néanmoins, si cette action regrettable est suivi d'un mariage il n'y aura pas de faute. Dans le cas contraire, tu devras être jugé par le conseil. Si cette femelle n'est pas liée à toi, elle pourrait parler de ce qu'elle a vu et c'est un risque que les anciens prendront au sérieux.

- Je ne dirai rien, assura Jo tandis que Sarek l'ignorait totalement.

- Ton devoir est de marier cette femelle, insista t-il. Si tu devais passer devant le conseil pour cette raison, surtout suite à l'échec retentissant de ton premier mariage, le scandale éclabousserait notre famille.

- Elle est humaine. Je ne peux pas la marier sans son consentement.

- Elle est dès à présent soumise à nos lois. Son consentement n'est pas nécessaire.

Jo serra les dents en se retenant à grand peine. Elle commençait à en avoir plein le dos de leurs conneries barbares.

- C'est impossible. Je regrette père.

Sarek le regarda sévèrement.

- Dans ce cas, sache que ta femelle sera jugée avec toi. Elle est indigne de confiance et sera considérée comme une menace. Elle sera sans doute condamnée.

- Vous venez de dire quoi là?

- Johann, taisez-vous, souffla Amanda sur un ton d'urgence.

Sarek lui jeta un regard glacial et regarda à nouveau son fils.

- Ta femelle est incontrôlable.

- Je l'ai sélectionné pour sa résistance et ses aptitudes combatives. Elle est très spontanée.

- Cela lui nuira devant le conseil. Elle n'a aucune chance de s'en sortir.

- Non. Pas la moindre, convint Spock.

- Vous avez fini de parler de moi comme si je n'existait pas! Et je ne suis pas sa «femelle»!

Sarek la regarda comme si elle était plutôt un insecte.

- Taisez-vous.

- Vous savez quoi? Je me tire. Amusez-vous bien, cracha Jo qui en avait plus que sa claque de cette bande de tarés.

Elle s'en alla à grands pas rageurs en se disant que les vulcains étaient la pire engeance qu'une planète ait jamais porté.

- Rattrape là, dit Sarek.

Spock couru derrière elle et heureusement, réussi à lui mettre la main dessus avant qu'elle franchisse la porte d'entrée et se mette à hurler devant les voisins. Elle lui jeta un regard assassin.

- Vous ne pouvez pas partir, l'informa Spock.

- J'ai rien à foutre ici.

- Vous empirez votre cas.

- Ça, c'est pas mon putain de problème monsieur. Moi j'ai rien fait de mal et je fous le camp. Ciao.

Spock la retint par le bras.

- Vous êtes présentement en grand danger. Pouvez-vous comprendre cela? dit-il en plongeant ses yeux dans les siens.

- Alors pourquoi vous m'avez emmené ici au juste? dit-elle en se défaisant brusquement de sa prise.

- J'ignorais que j'avais commis un crime.

- Écoutez, moi j'ai trop rien à y voir. C'est vos trucs vulcains et moi je m'en branle.

- Si vous sortez d'ici, vous serez aussitôt arrêtée.

- Qui appellera la sécurité? Vous?

- Oui. Si vous ne me laissez pas d'autre choix.

Elle plissa les yeux et lui jeta un regard haineux.

- Vous n'êtes qu'un PUTAIN D'ENCULÉ! cria t-elle. Et vous savez quoi?!

Mais il ne le sut jamais car il posa la main sur son épaule et elle s'effondra par terre. Il demeura immobile en mesurant le désastre d'un air grave.

L'ombre de Sarek se profila derrière lui. Il jeta un coup d'œil méprisant à l'indécente créature vautrée par terre.

- Dans cette affaire, ton manque de jugement est exceptionnel mon fils. Nous en paierons tous le prix, dit-il sentencieux.

Spock se tourna vers lui pour soutenir son regard et Sarek releva la tête.

- Je prendrai les dispositions nécessaires demain matin. Tu devras m'informer si c'est pour te marier ou pour te juger.

Spock approuva de la tête. Sarek sortit un petit moniteur blanc circulaire de sa poche.

- Père, dit Spock en vulcain.

Sarek le dévisagea.

- Le règlement 22*6987*297*23*34b01, est-ce toi ?

Du moment où il avait remarqué la date de création du règlement, Spock avait eu un doute. Il avait été adopté à peine un mois après son départ de Vulcain et garantissait que plus aucun métis humain/vulcain ne verrait le jour sur cette planète.

Sarek le fixa longuement.

- Oui. J'ai proposé cette réglementation au conseil qui l'a retenue.

Le père et le fils se dévisagèrent en silence.

- Pourquoi? demanda Spock.

- Les défis auxquels un hybride tel que toi doit faire face sont inutilement complexes. Nous en avons déduit que lorsqu'un métissage génétique échoue, ce n'est pas sans raisons. Si on le provoque malgré tout, il n'est pas surprenant que l'enfant doive surmonter de sévères difficultés d'adaptation par la suite. Dans l'intérêt de tous, il est donc préférable de ne pas forcer de tels croisements.

Spock dévisagea longuement son père, réalisant qu'à ses yeux il était un échec qui ne devait pas se reproduire. Et bien entendu, Sarek de Vulcain n'avait rien à voir avec cette déception ou quoi que ce soit à se reprocher. Tout était de la faute d'un malheureux croisement inter-espèce.

- Il est regrettable que tu ne puisses pas invoquer de telles excuses pour expliquer le bannissement de mon frère, laissa tomber Spock.

Sarek releva la tête hautain. Son premier fils, vulcain renégat qui avait bafoué les principes de Surak pour mener une vie émotive et dépravée était un des ses rares points faibles.

- Tu domines mal tes émotions ; d'où ce commentaire absurde, dit-il froidement. C'est d'ailleurs ce que j'entends par «difficultés d'adaptation». N'oublie pas que seule la logique m'a poussée à créer ce règlement. Tu restes mon fils.

- Évidemment, dit Spock tout aussi froidement.

Sarek leva le moniteur, dit quelques mots en vulcain et disparut aussitôt dans un scintillement lumineux. Amanda s'approcha de lui avec un air navré.

- Spock, ça va ? demanda t-elle avec inquiétude.

Il hocha la tête puis se pencha pour prendre la jeune femme inconsciente dans ses bras.

- Emmène là en bas, dit Amanda. Je vais lui parler.

- C'est une mauvaise idée. Dans cet état d'esprit, elle pourrait t'attaquer, dit Spock.

- Je suis sûre que non. Les terriennes se comprennent entre elles, dit-elle avec un sourire rassurant. Emmène là en bas.

Sans attendre sa réponse elle s'en fut à la cuisine. Spock descendit au sous-sol et ouvrit la porte des appartements de sa mère. Il y faisait plus frais que sur l'Enterprise, une température presque désagréable à son goût vulcain. Il étendit la jeune femme sur le divan moelleux bleu et vert tandis que sa mère arrivait avec un plateau qu'elle posa sur la petite table.

- Je ne suis pas certain que tu sois en sécurité avec elle, dit-il en mettant les mains derrière son dos.

- Spock, je ne crois pas que tu réussisses à lui expliquer quoi que ce soit. Elle était très émotive et dans cette situation, la logique ne donnera rien de bon. Sors et laisse-moi faire.

Spock acquiesça.

- Je serai juste derrière la porte.

- Allez, ouste.

Amanda ouvrit une petite bouteille qu'elle passa sous le nez de la jeune femme qui eut un brusque mouvement de recul. Elle ouvrit les yeux et se releva.

- Où est-ce que je suis?

- C'est mon petit coin et c'est unique sur Vulcain, dit Amanda en s'asseyant dans la chaise à côté. C'est ce qu'on pourrait appeler une pièce à la terrienne, ajouta t-elle en posant la bouteille sur le plateau.

- Il m'a vraiment mise hors tension le sal… hum. Pardon.

Amanda lui sourit comme si elle comprenait

- Il n'a pas eu le choix, dit-elle d'un air de regret. C'était pour votre bien. Vous vous mettiez en danger.

Jo se leva.

- Écoutez, merci pour votre accueil mais je dois partir.

- Vous souvenez-vous de ce que Spock vous a dit? C'est malheureusement impossible. Johann, asseyez-vous. Nous devons parler. C'est très important, dit-elle en tapotant le divan.

Jo soupira. Difficile de refuser quoi que ce soit à cette femme qui non seulement semblait avoir un peu de bon sens mais qui par miracle était chaleureuse et humaine. Elle se rassit sur le divan et Amanda lui offrit une boisson fraîche qu'elle accepta.

- Vous ne connaissez pas les habitudes de Vulcain aussi rien de plus normal à ce que tout ça vous semble un foutu cauchemar.

Jo fit de grands yeux en entendant le gros mot et Amanda eut un sourire malicieux.

- J'avoue que pouvoir jurer de temps à autre me manque parfois.

Jo lui sourit en retour et avala une gorgée de jus de fruit. Amanda redevint sérieuse.

- Vous devez comprendre que vous êtes présentement en grand danger Johann. Vous ne devez pas vous retrouver devant le conseil. Ce serait votre perte.

- Mais je n'ai rien fait. Je voulais simplement aider votre fils. Il m'a fait pitié. C'est mon seul crime, je vous assure.

- Je n'en doute pas une seconde. Mais parfois ce qui est anodin dans une culture est un crime dans une autre. C'est ce qui arrive ici. Les rites vulcains sont considérés très privés et le pon farr est un sujet particulièrement délicat.

- Le pon farr?

- C'est la raison pour laquelle vous attendez un enfant, si je ne m'abuse.

- Ça a un nom? Je ne savais pas.

- Ce n'est guère surprenant que Spock ne vous ait rien dit, éluda t-elle. Ils n'en parlent jamais et sont incroyablement embarrassés s'ils doivent le faire. Même le mot est tabou. Probablement parce que c'est le seul aspect d'eux-même qu'ils n'arrivent pas à contrôler. Et c'est pourquoi tout ce qui concerne le pon farr de près ou de loin est extrêmement sensible.

Jo se remémora à quel point il avait toujours l'air de vouloir disparaître sous le plancher à chaque fois qu'il avait dû en parler et elle approuva d'un hochement de tête.

- Spock a commis une grave erreur. Vous n'auriez jamais dû avoir connaissance du pon farr et encore moins du Koon-ut-so'lik

- Mais enfin, comment il pouvait ignorer un truc aussi important ?

Amanda eut un air impuissant.

- Son père n'est pas très … communicatif avec lui et Spock n'a jamais eu beaucoup de fréquentations. Je ne suis pas surprise que certains détails aient pu lui échapper puisque personne n'en parle jamais.

- Mais enfin, Le capitaine Kirk et le docteur Mccoy sont au courant eux aussi et personne ne veut les enfermer.

- Ils ne connaissent que vaguement le principe. Ils ignorent tout du koon-ut-so'lik et des détails qui entourent le pon farr tandis que vous, vous en savez beaucoup trop.

- Mais enfin qu'est-ce que ça peut bien faire?

- Pour les vulcains Spock a gravement manqué à ses devoirs et s'est montré déloyal en introduisant un humain à ce savoir hautement secret et c'est pourquoi vous devenez une menace. Vous leur semblerez beaucoup trop émotive et ils n'accepteront pas de vous laisser partir de crainte que vous parliez. À moins bien sûr, que vous soyez mariée car dans ce cas, vous devez connaître vos devoirs d'épouse et on supposera que vous serez loyale à votre mari.

- Donc … soit je me marie au commandant, soit je reste ici à jamais. C'est ça?

Amanda sourit avec regret.

- Vous savez être mariée à un vulcain n'est pas si terrible.

Jo haussa un sourcil incrédule. Juste à voir la tête de son vulcain pur sang, il était sûrement préférable de se suicider en boucle pour l'éternité que se retrouver à la merci ce débile.

- Qui plus est si vous le souhaitez, dans quelques années, vous pourrez briser vos vœux sans problème. Ce n'est qu'un court moment à passer.

- Même pour quelques années… On ne s'entend pas le commandant et moi. Je ne suis pas du tout son genre. Je n'ai rien de convenable, vous avez bien vu. Je n'ai rien d'une dame. Même pas de loin. Il m'a choisi pour ça, parce que j'étais assez résistante pour supporter son porn truc mais on a rien d'autre en commun.

- Pon farr, la corrigea Amanda.

Jo haussa les épaules.

- Moi je suis à l'aise dans une caserne avec des crétins alcooliques. Lui il est de la haute et il voit des gens importants. Je vais le mettre dans l'embarras sans cesse et lui il va me rendre dingue. C'est déjà tout écrit d'avance.

Amanda eut un sourire triste.

- Je comprend vos réserves mais malheureusement, il n'y a pas beaucoup d'autres choix. Pensez-y. Il vaut mieux pour vous de devoir composer avec un seul vulcain, à demi humain qui plus est, que de vous retrouver seule au milieu d'une cité vulcaine. Surtout que de ce que j'ai vu, vous serez aussitôt considérée comme un danger public et enfermée.

- Un danger public? Mais enfin, je n'ai rien fait !

Amanda la regarda avec compassion.

- Ici montrer la moindre émotion est considéré pire que grossier. C'est comme enlever tous ses vêtements pour se promener nu en public. Vous êtes très expressive et pour les vulcains, votre façon de vous comporter est inacceptable. À leurs yeux, la colère que vous avez exprimée tout à l'heure est un peu l'équivalent de faire une orgie sadomasochiste dans un parc d'enfant le matin de noël. Ils seront horrifiés.

Jo haussa les sourcils, tout de même troublée par l'exemple.

- C'est certain que vu comme ça …, dit-elle pensive.

- Faites moi confiance, épousez mon fils et partez vite d'ici.

Jo baissa la tête avec une grimace qui indiqua clairement à quel point il lui coûtait de s'y résoudre. Amanda lui prit la main qu'elle tint dans la sienne.

- Johann, je vous le demande pour votre propre sécurité mais aussi en tant que mère de famille. Si vous refusez mon fils sera condamné. Mon mari perdra sa réputation et notre famille sera sûrement rejetée de la communauté.

Jo lui jeta un regard étonné.

- Bordel! Il me semblait que les vulcains étaient pacifiques mais en fait ils sont drôlement sans cœur.

- Il seront plus sévère envers nous car je suis humaine et ce scandale sera la preuve qu'ils ont toujours eu raison de désapprouver Sarek pour m'avoir mariée. À cause de moi, leur jugement sera sans appel.

Les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme qui réalisa avec une douloureuse acuité dans quelle incroyable merdier elle se trouvait. Elle n'avait qu'un choix : se retrouver coincée avec ce débile profond qui allait la rendre complètement folle.

- Mais enfin, on se déteste lui et moi! dit-elle en éclatant en sanglot

Amanda quitta sa chaise pour s'asseoir à côté d'elle et lui offrit un mouchoir en entourant ses épaules de son bras.

- Allons, ce n'est rien …

Amanda la laissa pleurer un moment en lui caressant gentiment le dos d'un geste maternel.

- Spock ne vous déteste pas. Il n'éprouverait jamais une telle émotion. Vous l'indisposez tout au plus.

- Et bien moi je le déteste, dit-elle en pleurant. Pardon c'est votre fils mais … il me fout les nerfs en boule.

- Johann, n'oubliez pas qu'il a tous les droits pour vous contraindre mais qu'il s'y refuse. Il est prêt à tout risquer, jusqu'à notre avenir et le sien, plutôt que d'aller à l'encontre de votre volonté.

- Il fait sûrement ça parce que c'est logique, rien d'autre, dit-elle en reniflant.

- La logique veut que vous vous soumettiez aux lois vulcaines puisque vous êtes fiancés à un vulcain et que vous attendez son enfant. Mais Spock a pris votre humanité en compte. Il respecte qui vous êtes. Peu de vulcains laisseraient un humain décider de leur avenir et de celui de leur famille. Surtout que dans les faits, vous n'avez même pas ce droit. D'ailleurs vous aurez remarqué que pour son père, sa considération pour vous est inadmissible.

Jo leva ses yeux rougis sur Amanda et renifla. Vu comme ça, c'était certain que c'était quand même réglo de sa part surtout que son père avait l'air drôlement furax.

- Vous pouvez voir ce mariage comme une simple formalité. Je connais mon fils, il respectera vos réserves. Et si cela vous inquiète, sachez que chez les vulcains le mariage n'inclut pas de «devoir conjugal» comme c'est le cas pour les humains. Du moins, en dehors du pon farr. Spock n'insistera pas pour obtenir ce genre de chose.

Jo grimaça un sourire.

- Bah ouais mais à tout prendre c'est peut-être le seul avantage d'être coincé avec lui parce que là dessus il est quand même drôlement doué, dit-elle comme pour elle-même.

Amanda eut un sourire entendu.

- Je serais surprise qu'il soit plus doué que son père.

Les deux terriennes échangèrent un regard de connivences et Jo pouffa de rire malgré le dramatique de la situation. Elle renifla et hocha la tête.

- J'ai pas trop le choix alors … qu'est-ce que je peux faire d'autre. Je vais … je vais le marier, dit-elle la mort dans l'âme.

Amanda ferma les yeux de soulagement. Elle posa ses mains sur les siennes et la regarda dans les yeux.

- Merci Johann, je ne l'oublierai pas.

- Pour ça, il y a pas de chance vue que je serai votre belle-fille, dit-elle d'un air tragique.

- Oui et j'en suis ravie.

Jo la regarda comme si elle avait de la difficulté à le croire.

- Sans blague, vous auriez mérité mieux que moi.

- Non. Je ne crois pas que ce soient toutes les belles-filles qui le deviennent en sauvant leur nouvelle famille, dit-elle avec un air de sincère reconnaissance.

- Je dirais que votre mari ne verra pas ça comme ça, sans vouloir vous offenser.

- Il s'y fera, assura t-elle. Ne vous inquiétez pas. Il est beaucoup moins terrible qu'il en a l'air.

Jo fit une grimace comme si elle en doutait sérieusement.

- Voulez-vous que j'appelle Spock. Vous pourrez le lui annoncer, dit-elle en se levant.

- J'imagine que oui, dit-elle tout en songeant qu'elle aurait préféré être couverte de furoncles malins.

Amanda lui fit un sourire d'encouragement et sortit. Spock se présenta aussitôt.

- À voir l'expression de ma mère je déduis que vous avez dit oui.

- Ouais, c'est ça, dit-elle d'un ton las.

- Bien. Nous nous marieront demain.

Elle le regarda avec un éclat haineux au fond de l'œil.

- Vous devez être drôlement content. Me marier c'est bien ce que vous vouliez ?

Spock l'observa, incertain de ce que ça voulait dire.

- Vous saviez que ça allait se produire pas vrai? Que je serais forcé de vous marier. Avouez que vous m'avez encore menti!

- En aucun cas. J'ignorais que j'avais enfreins la loi, assura t-il.

- Et là, vous me mentez peut-être encore.

- Non. Je ne vous mens pas.

- Alors si vous aviez su que je serais forcée de vous marier, vous ne m'auriez jamais emmené ici c'est ça?

Spock la dévisagea énigmatique.

- Je n'ai pas eu à envisager cette possibilité.

- Okay, donc vous voulez dire que probablement que vous l'auriez fait. Non mais parce qu'après tout, vous n'aviez pas le choix. Hein? Pas vrai?

- Il est incertain de donner une réponse à ce que j'aurais pu faire ou non si j'avais eu cette information. Des considérations morales entrent en jeu. J'aurais dû consulter les interprétations de certains textes de Surak avant de décider d'une marche à suivre.

- J'en ai rien à foutre de votre enculé de Surak, cracha Jo en le fixant.

Spock soutint son regard.

- Souhaitez-vous lire dans mon esprit ?

Elle soupira brusquement et hocha la tête pour refuser son offre.

- Vous savez quoi? Là ce serait un bon moment pour vous excuser.

- Très bien. Je vous présente mes excuses, dit-il avec indifférence.

Jo le regarda visiblement insatisfaite.

- Dégagez de ma vue.

- Auparavant nous devons être à nouveau reliés vous et moi. Puis-je?

Jo prit un air de profond dégoût et haussa les épaules comme pour dire qu'elle ne pouvait pas vraiment s'y opposer. Aussitôt, le lien du koon-ut-so'lik se reforma et elle eut une pensée fugitive pour le fait qu'il était beaucoup plus fort qu'avant. En fait pas plus fort mais plus «présent», comme s'il avait d'avantage de substance. Ça devait être parce que cette fois, il existait pour sceller son malheur. Pire que tout, elle ressentit la saleté d'ovule fécondée qui était la grande responsable de ce cauchemar qui n'en finissait pas.

- Commandant, laissez-moi, dit-elle d'une voix éteinte.

- Il est inconvenant de se vouvoyer désormais.

- Je vous interdit de me tutoyer, cracha t-elle. Allez-vous en !

- C'est inconvenant, insista t-il.

- PUTAIN! Foutez le camp ! Vous avez de la merde dans les oreilles!? Dégagez!

Il lui adressa un regard indéfinissable et sortit en fermant la porte derrière lui. La jeune femme resta immobile un moment sur le divan puis dévastée, elle fondit en larme et se mit à sangloter comme cela lui était rarement arrivé au cours de sa vie d'adulte.