Comme nous le savons, la cérémonie de mariage vulcaine, le koon-ut-kal-if-fee, n'a pas évoluée depuis les temps barbares. Nous savons aussi que beaucoup de mariages se déroulent alors qu'un des partenaires est en pon farr, ce qui rend la cérémonie forcément expéditive, le partenaire en question n'ayant qu'un seul objectif et des plus urgents.

Nous n'avons en tout que deux exemples de mariage vulcain. Celui de Spock et T'Pring et celui de T'Pol et Koss (ENT Home). Les deux sont quelque peu différents mais le mariage de T'pol me semble un peu plus «terrien» que celui de Spock, ne serais-ce que parce que les parents des mariés y sont conviés et qu'il a lieu dans un jardin plutôt que dans une étrange arène de pierre au sommet d'un pic rocheux.

La version Enterprise du mariage vulcain retiendra donc peu mon attention à l'exception peut-être des modalités de divorce dont il ne sera pas directement question dans ce chapitre mais qui éclaire néanmoins un aspect intéressant de la culture vulcaine.

Après le Kal-if-fee, Spock demande des explications à T'Pring et celle-ci répond : «By the law of our people, I could only divorce you by the kal-if-fee» (En vertu de nos lois, je pouvais divorcer de toi uniquement par le kal-if-fee). Donc selon TOS, le seul moment où il est possible pour une femme de briser l'engagement pris par ses parents, est juste avant d'être mariée. Qui plus est, un autre mari potentiel doit prendre la place du premier et se battre pour l'emporter.

Dans Enterprise, T'Pol n'est pas trop enthousiaste à l'idée de marier Koss son promis. Ce dernier refuse de la forcer même s'il en a le droit. Il réussi néanmoins à la convaincre et à l'épouser mais voyant qu'elle ne l'aime pas, il lui dit qu'il la libère du mariage et de fait, ils ne sont plus mariés.

Autrement dit, un mâle peut répudier sa femme n'importe quand et d'un seul mot mais une femelle est coincé avec son mari à jamais et n'a aucune moyen de divorcer (excepté lors du mariage et à condition d'avoir un champion prêt à mourir pour elle). Et c'est logique car la femme est la propriété du mari. En tant que propriétaire, un mâles peut bien se débarrasser de sa possession s'il n'en veut plus alors qu'une possession n'a bien sûr aucun droit.

En foi de quoi, on peut grandement plaindre les pauvres vulcaines qui au niveau des lois, ne semblent pas beaucoup mieux loties que les terriennes des cultures les plus misogynes. Mais heureusement pour elles, les mâles vulcains semblent se montrer beaucoup plus sensés et respectueux que nos traditionnels époux patriarches. Un peu comme si malgré le fait que les lois soient restées barbares, les mâles eux avaient évolués et ne profitaient pas nécessairement qu'il soit permis de se comporter en babouin pour le faire. D'ailleurs Star trek nous présente des vulcaines qui sont bien plus libres que les humaines qui sur terre, vivent sous la tutelle de lois similaires. Et à cet effet, on souhaite certainement que nos mâles les plus attardés finissent par prendre la même tangente.

Il n'empêche que les règles qui encadrent le divorce indiquent sans l'ombre d'un doute que les mâles sont dominants dans cette culture, ce qui d'ailleurs est conforme avec le machisme canonique vulcain ; et cette fanfic se fera un devoir d'en tenir compte.


Assise sur la chaise à porteur entourée de gardes, Jo vit se profiler au loin un cercle de pierre juché sur le pic de roche le plus acéré de la montagne vers laquelle son escorte avançait. Les gardes se mirent à gravir le sentier qui serpentait au travers les pierres et elle comprit qu'ils étaient presque arrivés à destination. Elle en éprouva autant de crainte que de soulagement. Elle n'en pouvait plus de cuire sous le soleil de plomb et n'avait qu'une seule hâte, qu'on en finisse. Mais en même temps, qu'est-ce qui allait se passer là-bas? Elle n'en savait foutre rien. Et il était certain que si ça continuait comme ça avait commencé, il y avait de quoi s'inquiéter.

Premièrement, elle n'avait pas réussi à dormir une seule minute. Elle avait passé la nuit dans la petite pièce d'Amanda à se repasser tous les événements qui l'avaient menée jusque là et une conclusion s'imposait : elle aurait clairement dû laisser crever le commandant. Pour se consoler, elle s'était imaginé sa mort de toutes les façons possibles. Sa favorite était sans conteste la version où sa bite explosait comme une bombe à neutron et il se retrouvait en morceaux gluants collés au plafond et glissants le long des murs.

Amanda était venu la réveiller à l'aube et en feignant d'être joyeuse, elle l'avait accompagné pour les préparatifs. Jo avait refusé qu'on lui foute une robe de mariées sur le dos mais sa belle-mère lui avait fait comprendre que vu le rang de la famille, il était impensable qu'elle se marie en combinaison de mécano. Ça aurait été une injure irréparable à la prêtresse qui allait officier. Sur vulcain, les filles de la haute se baladaient avec des coiffures compliquées assorties de postiches débiles qui tenaient dieu sait comment. Une coiffeuse impassible était venue lui arranger le truc et ça avait pris au moins deux heures où elle avait failli devenir folle assise à se faire tirer les cheveux dans tous les sens. Ensuite Amanda lui avait donné sa propre tenue de mariée, une robe à paillette trop courte avec des souliers trop petits.

En se regardant dans le miroir elle avait dû en venir à une conclusion radicale : elle n'avait jamais eu l'air aussi conne de toute sa vie. On aurait dit une bouseuse parée pour un concours de miss univers version crado. Amanda avait eu beau lui assurer qu'elle était ravissante, ce n'était que pour la forme. Elle avait des yeux pour voir. Elle n'avait ni le maintient ni la classe pour se balader sapée en bourgeoise vulcaine. Elle n'avait pas non plus eu le choix de se tartiner de maquillage. Comme elle n'en mettait jamais, elle se sentait la figure toute figée et les yeux bien croustillants, une impression horrible.

Ensuite Amanda avait voulu lui expliquer ce qui allait se passer mais vraiment, elle n'avait pas envie d'entendre ça.

– Écoutez, vous allez être là de toute façon non?

La terrienne lui avait fait un sourire désolé.

– Malheureusement non. Les parents des mariés ne peuvent pas assister à la cérémonie.

– Comment ça ! avait-elle demandé paniquée.

– Le marié peut-être tué si la mariée choisit le kal-if-fee, le combat à mort. C'est le genre de spectacle qu'il vaut mieux éviter aux parents.

Elle avait regardé sa compatriote en se disant que si elle avait encore une seule mauvaise nouvelle comme ça, elle allait se mettre à hurler.

– Tout va bien se passer, ne vous en faites pas, avait dit Amanda avec son sourire le plus rassurant.

Mais à vrai dire, ça ne l'avait pas rassurée du tout. C'est à ce moment que la délégation était arrivée. Amanda l'avait accompagnée et l'avait aidé à grimper sur une chaise à porteur tenue par quatre soldats.

– Ne vous en faites pas, la cérémonie est rapide. Il y a seulement qu'à la fin ...

– Vous ne pouvez pas venir ? C'est sûr ? l'avait-elle coupé effrayée.

– C'est impossible, je suis désolé, avait-elle dit en lui tenant la main. Mais Spock vous attend là bas.

Jo avait pincé les lèvres en se disant que ça ne lui donnait pas trop envie de faire le voyage.

– Prenez ceci, cela vous portera chance.

Elle lui avait donné un joli bracelet garni de pierres bleues et l'avait attaché à son poignet. Jo avait avalé sa salive en ayant l'impression de se faire mettre une menotte mais avait sourit à Amanda, la seule et unique personne qu'elle aurait voulu avoir près d'elle et la seule qui ne le pouvait pas. La terrienne l'avait embrassé et le garde qui ouvrait la marche s'était mis à faire sonner des clochettes débiles puis elle avait été conduite sur les lieux du drame.

Il avait bien fallu une heure pour se rendre et elle avait faillit défaillir tellement il faisait chaud. Pire que tout, le long du trajet les gens sortaient de leur maison attirés par les foutus clochettes pour la regarder passer et ils restaient là avec leur tronche de tarés à l'observer. Le pire ça avait été quand ils avaient traversés un genre de grande place de marché où il y avait plein de monde et qu'ils s'étaient tous arrêtés pour la dévisager. Ils ne lançaient pas des grains de riz, ils ne disaient pas «vive la mariée», ne criaient pas des souhaits et encore moins des saloperies grivoises. Ils restaient juste là, immobiles et silencieux à la regarder passer comme dans un film d'horreur. C'était peut-être à cause de la chaleur ou bien parce que tout ça était un réel cauchemar mais bordel, elle avait presque faillit chier dans son froc. Elle avait dû fermer les yeux pour ne pas se mettre à chialer comme un môme en suppliant qu'on la ramène sur son vaisseau.

Tandis que ses porteurs gravissaient le sentier menant au cercle de pierre elle remarqua qu'il n'y avait pas une seule goutte de sueur qui perlait à leur front. Elle n'avait pas la moindre idée comment une telle chose était possible considérant qu'elle sentait que son foutu maquillage lui coulait dans les yeux comme une fontaine. De bien croustillant son maquillage était passé à bien dégoulinant. Bordel, elle devait avoir l'air d'un putain de raton-laveur ou alors d'un clown en train de fondre. Elle aurait donné vraiment cher pour qu'Amanda soit là et puisse au moins l'arranger un peu mais elle en fut quitte pour souhaiter que les dommages ne soient pas trop importants. Malheureusement, ses souhaits furent vains car on avait jamais vu un maquillage aussi épouvantablement gâché sur la surface de Vulcain de toute l'histoire de cette planète.

Avant d'arriver au sommet, se trouvait une petit sentier où les porteurs bifurquèrent. Ils longèrent la falaise et débouchèrent rapidement sur une sorte de petite terrasse. Au bout, se trouvait une estrade qui s'enfonçait un peu dans la pierre. La falaise avait été creusée et dans le renfoncement, on avait sculpté des frises et des personnages. Des combattants armés de manches avec une lame en demi-lune au bout. Sur l'estrade se tenait une femme toute menue avec des cheveux relevés et tressés. Majestueuse et sévère, elle tenait un long bâton et attendait son arrivée entourée de trois gardes de chaque côtés.

Alors qu'ils approchaient Jo remarqua qu'un des gardes avait un masque sur le nez et tenait une longue lame brillante. Putain de merde, ce type avait une tête terrifiante. Elle eut aussitôt envie de se sauver en courant mais elle était écrasée de chaleur et de toute façon, elle n'irait pas bien loin. Les porteurs s'avancèrent vers la petite femme à l'air sévère devant laquelle ils déposèrent la chaise. Cette dernière la regarda froidement en silence et Jo grimaça un sourire qui ne lui fut pas rendu.

- Joh'ânn Kot, dit-elle avec un drôle d'accent.

- Bha ouais, c'est moi, confirma t-elle.

La vulcaine âgée releva la tête hautaine.

- Levez-vous.

Jo se leva mais elle faillit tomber à la renverse complètement étourdie. Bordel, elle allait se taper une insolation si ça continuait. Avec peine, elle s'extrait de la chaise en ayant l'impression qu'elle était aussi trempée que si on l'avait arrosé au boyau.

- Agenouillez-vous, dit T'Pau en désignant la petite marche devant elle.

Bordel, cette bonne femme ne se prenait pas pour de la merde. Jo renifla peu enthousiaste et s'agenouilla de mauvaise grâce devant la prêtresse.

Celle-ci avança la main vers son visage et Jo eut un mouvement de recul.

- Heu … vous voulez faire quoi là au juste ?

T'Pau la foudroya du regard comme si elle ne pouvait pas croire qu'elle venait de lui dire ça.

- Je dois lire dans votre esprit, dit-elle froidement.

- C'est forcé ou …? demanda t-elle assez peu confortable à l'idée que cette bonne femme aucunement sympathique lui investigue le cerveau.

- C'est la tradition et le mariage n'aura pas lieu si la tradition n'est pas respectée.

Jo soupira d'un air embêté et accepta d'un signe de tête. T'Pau avança la main et sembla hésiter à son tour tant la jeune femme ruisselait. Elle posa tout de même la main sur sa joue une seconde et prit aussitôt un air sévère. Elle retira sa main et dévisagea la mariée.

- Vous ne connaissez pas vos devoirs d'épouse, dit-elle d'un ton de reproche.

Jo lui rendit un regard impuissant.

- Bha non mais j'ai pas trop eu le temps. Ça s'est décidé hier soir, expliqua t-elle.

- Vous serez une mauvaise épouse, assura la prêtresse en fronçant les sourcils.

Jo haussa les épaules comme si ce n'était vraiment pas la nouvelle du siècle.

- Sauf votre respect, je dirais que le commandant doit quand même s'en douter un peu.

T'Pau se recula d'un pas et la regarda de haut.

- Ce mariage ne peut pas être célébré. Vous n'êtes pas prête.

Si l'alternative n'avait pas été de se faire foutre en prison pour l'éternité, Jo aurait sauté de joie mais vu la situation elle réalisa qu'elle était dans de beaux draps.

- Écoutez, c'est certain que je suis pas trop sa femme de rêve mais il veut me marier à cause de son kircanne. On se marie obligé quoi.

T'Pau eut un mouvement de recul à cette mention et Jo ne pu rater que même les soldats impassibles semblaient tout à fait mal à l'aise. La prêtresse la dévisagea longuement puis avança sa main à nouveau. Elle posa les doigts sur sa joue et appliqua son esprit tranchant comme le fil d'un rasoir à comprendre de quoi il retournait. Elle investigua tout ce qui concernait cette affaire et scruta chaque détail tandis que Jo frissonnait sous le regard de plomb. Finalement elle la libéra de son emprise et l'observa étrangement.

- Cette situation est particulière, dit-elle alors que la jeune terrienne se retenait de pleurer tellement elle s'était sentie nue et vulnérable devant cette femme dure comme l'acier. Je désapprouve cette union mais je la permettrai en raison de cette conjoncture exceptionnelle. Relevez-vous.

Jo se leva et se trouva étourdie à nouveau. Bordel, elle était en train de frire et allait sérieusement crever de chaud. T'Pau s'avança devant le fauteuil qu'elle regarda avec étonnement. Elle dit quelques mots en vulcain et un soldat s'empressa d'essuyer le siège avec un linge. La prêtresse s'assit et Jo comprit qu'elle allait devoir faire le reste du chemin à pied. Elle ferma les yeux découragée et se dit pour la dixième fois de la journée, qu'elle ne passerait jamais au travers ce putain de mariage de merde.

Un soldat lui indiqua d'un geste la place qu'elle devait tenir dans la file et ils se remirent en marche pour gravir les derniers cent mètres alors que Jo tanguait, tant à cause de la chaleur que parce qu'elle n'avait jamais marché avec des souliers à talons aussi merdiques. Au beau milieu du trajet elle demanda de l'eau mais comme personne n'en avait elle fut quitte pour endurer sa soif. Ils arrivèrent enfin au lieu dit et Jo se figea intimidée par la grande ouverture de pierres sculptées où avait passées toutes les épouses vulcaines de la famille du commandant depuis des temps immémoriaux. Sauf que pour sa part, elle aurait donné cher pour ne jamais voir cette saleté de porte.

Jo passa le portail et s'avança avec son escorte de soldat dans le cercle de pierre brûlant. Bordel, il faisait au moins cent quarante degré là dessus et elle faillit défaillir. Elle plissa les yeux pour localiser son promis dans la lumière aveuglante et finit par le repérer seul dans un coin avec son gilet bleu. Elle éprouva un incroyable sentiment de jalousie en réalisant que lui, il avait eu le droit de garder sa saleté d'uniforme.

Les soldats déposèrent la prêtresse sur une petite estrade et Spock s'avança pour s'agenouiller devant elle. Elle lut brièvement dans son esprit et hocha la tête tandis que le vulcain se relevait.

- Kah-if-farr! dit T'Pau en levant le bras.

Les clochettes se remirent à carillonner tandis que Spock marchait jusqu'à l'estrade centrale et gravissait les quelques marches. Il regarda Jo fixement mais comme elle ne semblait pas comprendre, il lui fit signe de venir le rejoindre. Elle se secoua et marcha lentement jusqu'à lui en ayant l'impression qu'elle faisait un mauvais rêve. Elle monta les marches et vit que derrière l'estrade se trouvait un cercle de pierre où flambait un grand feu qui faisait encore monter la température de quelques degrés. Jo secoua la tête en ayant l'impression qu'elle se trouvait dans l'enfer des chrétiens. Il ne manquait qu'un diable avec sa fourche et le tableau serait complet.

Ils se tinrent l'un devant l'autre près d'une grande plaque faite d'un étrange métal tandis que Spock la regardait d'un drôle d'air.

- J'imagine que j'ai l'air d'un putain de clown, murmura t-elle.

- Cessez de jurer. Votre maquillage a coulé mais cela cache votre émotivité. C'est une bonne chose.

- Ha ouais? Et vous voulez que je vous dises ce que moi je viens de me taper comme bonne choses ? dit-elle avec l'envie de lui foutre une baffe.

- Non. Et ne jurez pas.

Comme s'il espérait réussir à se marier avant qu'elle fasse un quelconque scandale, Spock leva aussitôt un marteau vert et frappa un grand coup sur le gong.

- Je te prend comme épouse, dit-il alors que la plaque résonnait.

Il lui tendit le marteau qu'elle saisit à contre coeur. Elle le regarda fixement et elle eut l'impression qu'elle le voyait pour la première fois. On aurait dit qu'il avait grandit. Ses cheveux luisaient comme du métal noir sous le soleil et il avait l'air si sérieux … Elle ne l'avait jamais vu aussi froid et détaché. Putain de merde, c'était le pire mariage et le pire mari qu'elle aurait jamais pu s'imaginer. Elle frappa mollement la plaque à son tour.

- Je te prend comme époux, marmonna t-elle en supposant que c'est ce qu'elle devait dire.

Les gardes se mirent à agiter les clochettes et Spock se tourna vers l'assemblée. Elle l'imita et ils restèrent immobiles comme des cons tandis que les foutus clochettes lui cassaient les oreilles et que les gardes vulcains tout secs l'observaient se liquéfier, visiblement intrigués par le phénomène.

- Commandant, je me sens pas trop bien. Je crève de chaud, chuchota t-elle faiblement.

- Vous êtes très rouge.

- Bordel, ça c'est trop gentil.

- Cessez de jurer.

- Je suis au bord de l'insolation je vous signale.

- Oui, c'est bien ce qu'on dirait.

Les clochettes cessèrent leur boucan soudainement.

- Il est temps pour les époux de sceller leur union, dit T'Pau en se levant.

Des gardes sortis de nulle part apportèrent une grande pierre sculptée qu'ils placèrent par dessus le foyer du centre pour le recouvrir entièrement. T'Pau s'avança vers eux et remit à Spock une couverture de soie grise soigneusement pliée. Il se tourna vers Jo et désigna la pierre.

- Couchez-vous, ordonna t-il.

- Me coucher? Pourquoi faire.

- Nous devons nous accoupler.

- Quoi? Devant tout le monde?!

- Oui.

Les yeux lui sortirent presque de la tête.

- Vous êtes dingue ou quoi !? avait-elle dit en criant presque.

Un murmure de désapprobation parcourut l'assemblée des soldats choqués.

- Johann, je vous en prie, dit Spock en fronçant les sourcils. Nous n'avons pas le choix.

- Vous savez quoi? J'en ai marre de ne pas avoir le choix, lui dit-elle encore plus choquée que les gardes.

- Si vous refusez, vous ferez injure à l'ensemble des vulcain, l'avertit t-il tout bas.

- Y a-t-il un problème,? demanda l'officiante qui était restée plantée là.

Spock regarda T'Pau.

- Sur terre, l'accouplement est une activité très privée et il est impensable de s'unir publiquement. C'est pourquoi la réaction de Johann est aussi négative. Je vous prie de l'excuser.

T'Pau la regarda sévèrement.

- Nous comprenons. Mais si elle souhaite épouser un vulcain, elle doit se soumettre à nos coutumes.

- Bha oui mais on pourrait pas faire une exception parce que c'est vraiment crade. Sérieusement, dit la jeune femme étourdie par la chaleur et le manque d'oxygène.

La façon dont Spock lui agrippa le bras lui fit comprendre qu'elle avait intérêt à la fermer d'urgence. Un silence pesant de désapprobation tomba sur les vulcains rassemblés et le visage de T'Pau devint de marbre.

- J'ai parlé. Que l'épousée fasse son choix, dit-elle dit froidement.

Elle était restée debout sur l'estrade, incapable de croire qu'elle allait devoir baiser devant tout le monde par six cent degré Celsius et habillée en clown.

- N'oubliez pas que c'est un accouplement vulcain, dit Spock tout bas.

- Putain de merde, je suis en plein cauchemar, gronda t-elle entre ses dents.

- Non. Tout ceci est réel, assura Spock.

Jo lui lança un regard assassin puis soupira dégoûtée, sachant bien qu'elle n'y échapperait pas. Elle se coucha à contre cœur alors que les larmes lui montaient aux yeux. Spock déploya la couverture sur ses épaules et se coucha sur elle en les recouvrant entièrement de la soie. … Comme s'il ne faisait pas déjà assez chaud comme ça … mais à tout le moins, ces pervers de vulcains ne pouvaient plus les voir.

- Essayez de vous calmer. Vous êtes beaucoup trop émotive.

- Oh … je suis terriblement désolé, cracha t-elle tandis qu'il se plaçait entre ses jambes.

Avec quelques difficultés, il s'unit à elle mais heureusement, il n'eut pas à trop s'avancer et se contenta de faire le minimum pour établir une connexion. Alors que les foutus clochettes lui cassaient les oreilles, elle attendit que quelque chose de psychotique se passe mais rien ne se produit.

- Bordel qu'est-ce que vous attendez? chuchota t-elle.

Il semblait encore plus embarrassé qu'elle et Jo eut un sourire narquois.

- Ne me dites pas que vous allez manquer de carburant devant tout ce beau monde.

Spock lui avait accordé un regard étrange et il avait fermé les yeux pour se concentrer. Après une minute, elle avait senti que le lien devenait plus dynamique et il les avait enfin entouré en tourbillonnant, pressant leur corps d'énergie l'un contre l'autre. Elle perçut immédiatement qu'il s'inquiétait pour elle et qu'il n'arrivait pas à contrôler tout à fait cette émotion. Réalisant qu'il avait au moins un peu de pitié, elle se sentit quelque peu rassurée. Il mit la main sur sa joue et comme la première fois, ils se retrouvèrent dans un incroyable néant où ils n'éprouvèrent ni ne ressentirent plus rien.

Lorsqu'ils revinrent à eux, ils étaient seuls. Spock se tourna sur le côté et prit un instant pour retrouver ses esprits à la suite de quoi, il se releva et entreprit de plier la couverture qu'il lui tendit. Elle s'assit étourdie et le regarda d'un air inintelligent.

- Qu'est-ce que vous voulez que je foute de ça?

- C'est l'édredon de mariage.

- Où est-ce que tout le monde est parti ? Bordel, pourquoi ils ne sont pas resté là à nous mâter comme des pervers?

- La noce est terminée et ils nous ont laissé seuls afin que nous puissions nous faire dévorer si tel avait été le destin choisi par les anciens dieux.

- Quoi? Qu'est-ce que vous me chantez là bordel ? dit-elle en se relevant troublée.

- Ce n'est qu'une tradition. Les espèces capable de s'attaquer aux vulcains ne viennent jamais aussi près des villes.

Elle se releva mais sentit aussitôt étourdie et faillit tomber. Spock la retint et la regarda gravement.

- C'est une insolation.

- Ça c'est une surprise! dit-elle comme s'il en était directement responsable.

Elle le repoussa brusquement et il prit le communicateur dans sa poche pour demander qu'on les ramène sur l'Enterprise. Ils disparurent pour se rematérialiser dans le transporteur.

- Putain de merde … Je vois triple.

Malgré cette multiplication visuelle, elle ne put manquer le regard stupéfait de Mike qui opérait la console. Elle avait oublié qu'elle avait l'air d'une vraie connasse déguisée en vulcaine et réalisa soudain que les potes allait grave se foutre de sa gueule.

- Merde, fait chier …, soupira t-elle.

C'est à ce moment qu'elle sentit que ses cuisses étaient trempées. Ah oui. Le fameux jet de pompier vulcain. Elle l'avait oublié celui-là. Elle réalisa que non seulement elle allait en mettre partout mais que sa robe était assez courte pour qu'on voit de quoi il retournait. Elle ferma les yeux en se disant que c'était la merde de trop.

- Sors de là Mike, dit-elle en le regardant comme si elle allait l'assassiner.

– Kot c'est toi …? demanda le contrôleur qui en croyait à peine ses yeux.

- DÉGAGE OU JE TE TUE! cria t-elle.

Spock eut un hochement de tête à l'endroit du contrôleur qui sortit stupéfait.

– Johann tu devrais …

- Et VOUS! Ne vous avisez pas de me tutoyer, gronda t-elle enragée.

- Nous sommes mariés, lui rappela t-il.

- Je sais j'ai votre foutre qui me dégouline dessus pauvre connard !

- Vous êtes souffrante, dit-il comme si ça expliquait sa colère.

Il tenta de la prendre dans ses bras avec l'idée de la transporter à l'infirmerie mais elle lui balança une baffe.

- Ne me touchez pas!

Il la regarda gravement et s'avança vers la console.

- Une chaise d'infirmerie, à la salle de transport, commanda t-il.

Jo fit de son mieux pour s'essuyer avec l'édredon de mariage mais elle s'effondra par terre, complètement étourdie.

- Je veux pas qu'on me voit comme ça, dit-elle d'une voix éteinte. Tout le monde va se foutre de ma gueule.

Spock ne sembla pas des plus ému par ses inquiétudes esthétiques et s'approcha afin de l'aider si besoin était.

- Commandant, je vous déteste plus que j'ai jamais détesté personne, lui avoua t-elle avec un regard étrangement luisant.

- Vous avez une insolation, lui rappela t-il.

- Je vous jure que ça change rien, dit-elle d'un air méchant.

- N'oubliez pas que vous êtes fécondée.

- Putain de merde ce serait dur de l'oublier et j'en veux pas de votre putain de môme! C'est juste un gros tas de MERDE! hurla t-elle.

- Vous vous faites du mal.

- Non, c'est vous qui me faites du mal. C'est juste vous, murmura t-elle en s'appuyant sur le sol. … Juste vous.

C'est alors que la salle de transport se mit à tourner devant ses yeux, que tout devint noir et qu'elle perdit conscience.