Jusqu'ici nous nous sommes intéressés à quelques aspects de la culture vulcaine.

Au métissage, assez mal vu en raison des différences (physiques, biologiques, psychologiques, émotives, etc ...) pouvant être perçues comme trop radicales entre humain et vulcain. Différences qui culminent dans une certaine méfiance vulcaine envers le bon sens humain.

Au romantisme vulcain, essentiellement inexistant.

Au patriarcat vulcain, assez extrême pour être qualifié d'incroyablement sexiste.

Et au mariage vulcain, dont les modalité de divorce en rajoutent une couche niveau phallocratie.

Cependant en ce qui concerne ce dernier élément, les mâles n'useraient pas de leur privilèges sans un certain discernement car leur pouvoir absolu sur les femelles semble balancé par des considérations morales. D'ailleurs les vulcaines ne sont pas méprisées et objectivées comme peuvent l'être les terriennes qui vivent sous des régimes semblables.

Tous ces éléments pris en compte, comment pourrait bien se passer le premier jour des noces de notre vulcain préféré et de sa fort peu charmante épouse ? C'est ce que nous allons découvrir dans ce chapitre.


Jo reprit connaissance dans le petit lit de l'infirmerie. Elle sentait qu'on lui brossait les cheveux et perçut qu'une femme blonde était au dessus d'elle. Elle plissa les yeux pour tenter de faire le focus et reconnu l'infirmière qui lui avait déjà passé l'examen médical de routine, miss Chapel. Celle-ci remarqua que sa patiente se réveillait et cessa son brossage pour la dévisager.

– Comment vous sentez-vous madame Spock ? dit-elle d'un air tout sauf aimable.

L'épine dorsale de Jo se hérissa en se rappelant soudain ce qu'elle foutait là et elle grogna de façon inintelligible.

– Pardon? dit l'infirmière qui n'avait rien compris.

La jeune femme se racla la gorge en toussant et en crachant

– Je m'appelle Kot! Pas Spock!

Malgré qu'elle se sente encore étourdie, elle ne put manquer le regard assassin de l'infirmière. Bordel qu'est-ce qu'elle lui voulait celle-là avec sa tête de dinde frustrée ?

En fait le problème c'était que le vulcain dont Christine Chapel était amoureuse depuis des années venait tout juste de se marier. Christine était une femme intelligente, douce et raisonnable mais cette situation la perturbait grandement malgré tout.

Pas besoin de lunette pour voir que l'épouse en question était une véritable ratée. Elle était frustre, banale, une vraie brute. Elle n'était même pas belle, n'avait rien de brillant, de spirituel ou même d'attirant. N'importe qui aurait pu voir que ce n'était pas le genre d'épouse qui convenait à son bien-aimé vulcain. Il lui aurait fallu une femme belle et intelligente. Une femme avec de la classe et du savoir vivre. En fait, il lui aurait fallu une femme comme elle. Cette fille bas de gamme était indigne d'être sa rivale et avoir perdu son cher amour pour une pareille gourde lui crevait le cœur.

Christine ne put s'empêcher de songer que la coiffure vulcaine sophistiquée qu'elle avait enlevée à grand peine et qui sur Kot avait l'air ridicule, lui aurait été à merveille et en plus elle aurait rêvé de la porter. Elle aurait aussi rêvé de se retrouver au bras de cet homme d'exception, être la seule à avoir une relation profonde, unique avec lui, compter pour lui, être aimée par lui…

Et il mariait cette stupide troisième classe. Une roture qui ne voulait même pas porter son nom. Et pire que tout, elle était enceinte de lui. Comment avait-il pu … aller avec elle? Christine retint une moue de dégoût et se fit violence pour garder une attitude professionnelle.

- Madame Kot, je vais chercher le docteur Mccoy, dit-elle froidement.

Elle sortit sous le regard intrigué de Jo qui ne voyait pas trop pourquoi l'infirmière avait l'air de vouloir lui arracher les yeux. Mccoy entra dans le dortoir presque aussitôt et se dirigea vers elle avec un air presque aussi bizarre que celui de l'infirmière.

– Madame Spock, comment vous sentez vous?

– C'est Kot, dit Jo excédé. Mon nom est Kot.

– Ah. Excusez-moi, dit Mccoy avec un air surpris. Alors comment vous sentez-vous?

– Ça va, ça va, grogna t-elle.

Elle le regarda avec le plus grand sérieux.

– Docteur, je veux un avortement. Tout de suite.

Mccoy fit un sourire crispé comme si ce qu'il redoutait était en train de se produire.

– Oui … hum. Et bien, malheureusement il y a un petit problème.

– Quoi? Je l'ai perdu? dit-elle pleine d'espoir.

– Non. L'enfant se porte bien.

– Bha qu'est-ce qu'il y a alors ? dit-elle déçue.

Bones la regarda gravement ne sachant pas trop comment lui annoncer la nouvelle.

Lorsque trente minute plus tôt il s'était précipité dans la salle de transport avec l'infirmière Chapel et l'avait vu inconsciente dans les bras de Spock, il avait tout d'abord eu l'impression qu'il s'agissait d'une créature inconnue et particulièrement repoussante. Un genre d'alien dégoulinant avec un sapin de noël sur la tête. Puis à sa grande surprise il avait reconnu la jeune femme.

– Mais c'est Kot ! Qu'est-ce qui s'est passé?! avait-il crié en se précipitant vers la jeune femme.

– Je soupçonne une insolation, l'avait informé le vulcain en posant Jo dans la chaise.

Une supposition que le tricordeur avait confirmé.

– Elle est déshydratée. Mettez-là sous la couverture à ion, avait-il dit à Christine qui s'était empressée d'emporter la jeune femme.

Mccoy incrédule avait regardé son collègue impassible.

– Qu'est-ce que c'est que cet accoutrement ?

– C'est une tenue de mariage.

Bones l'avait dévisagé sans savoir trop quoi en penser sinon que c'était sûrement la plus affreuse mariée qu'on ait jamais vu.

– Mariée ? Avec qui ?

– Avec moi.

Les yeux de Bones avaient faillit jaillir de leurs orbites.

– Quoi ?! Mariés ?! Vous deux ?!

– Oui, avait dit Spock en relevant un sourcil comme s'il ne voyait pas très bien de qui d'autre il aurait pu s'agir.

Mccoy n'arrivait même pas encore à y croire. Ces deux là ensemble ? Impossible.

– Ah oui … et bien … toutes mes félicitations, avait-il dit troublé.

– Merci docteur.

– Dans ce cas j'imagine que vous voudrez m'accompagner pour voir votre … hum … et bien, votre épouse, avait-il dit en désignant la porte.

– C'est inutile.

Il l'avait dévisagé stupéfait.

– Vous ne voulez pas vous assurer qu'elle va bien ?

– Je ne vois pas en quoi ma présence serait nécessaire. L'équipe médicale est tout à fait compétente, avait-il dit comme s'il trouvait étrange de devoir le rappeler. Par contre, il me faut vous aviser que Johann pourrait demander un avortement.

– Ah, avait-il dit de plus en plus stupéfait.

– Si c'est le cas, je vous informe qu'une interruption de grossesse est désormais illégale sans mon consentement.

Bones avait rarement entendu quelque chose d'aussi choquant.

– Vous n'avez aucun droit sur cette opération Spock !

– Les lois terriennes ne s'appliquent plus à Johann. Elle est désormais soumise aux lois vulcaines et en vertu de ces lois, mon épouse se trouve sous mon autorité. Si une telle démarche était entreprise sans me consulter, celle-ci pourrait être suivie de sanctions légales.

– Qu'est-ce que vous racontez !? s'était indigné Mccoy.

– Cela signifie que vous pourriez être poursuivi en vertu du code civil vulcain devant un tribunal de la fédération, avait-il dit posément.

Les yeux du médecin avaient lancé des éclairs.

– Peut-être avez-vous oublié que selon les lois en vigueur sur ce vaisseau, je suis le seul juge des interventions médicales appropriées à l'état de mes patients ! avait-il tonné furieux.

– Je ne l'ai pas oublié docteur. Mais même dans le cas où la vie de Johann serait en jeu, vous devez me consulter avant de procéder à un avortement. C'est mon droit.

Tous deux s'étaient toisés un moment.

– Très bien. Vous serez consulté, avait dit Mccoy glacial. Puisque c'est votre «droit».

– Merci docteur. Si vous avez besoin de moi, je serai dans mes quartiers. Je dois procéder à des aménagements.

Mccoy l'avait regardé sortir de la salle de transport avec la certitude que tout ça allait très mal finir. Il avait toujours su que Spock avait de sérieux problèmes mais il n'aurait jamais pensé qu'il pouvait perdre tout bon sens au point de marier quelqu'un comme Kot.

D'ailleurs, en regardant la jeune femme à l'air peu amène couchée dans le lit d'infirmerie, il se dit qu'il allait sûrement finir par se faire hacher menu par sa douce moitiée.

– Madame Kot, reprit-il, il s'agit d'une situation quelque peu délicate. Alors … hum. Je vais appeler monsieur Spock. Il vous expliquera.

– Non! Je veux pas le voir. Je veux un avortement docteur. Tout de suite !

– En fait, c'est plus compliqué que cela, dit-il en maudissant intérieurement le vulcain.

– Putain de merde, qu'est-ce qui se passe! cria t-elle furieuse.

Mccoy la fixa stupéfait, peu habitué à ce qu'on lui jure à la figure. Il se racla la gorge pour reprendre contenance mais il pouvait tout de même comprendre que dans ce cas, les jurons s'appliquaient.

– Il s'agit d'une situation exceptionnelle sur laquelle je n'ai malheureusement aucun pouvoir, dit Bones qui n'arrivait pas à se décider à lui annoncer quelque chose d'aussi scandaleux.

– Quelle situation?

– Johann, dit Spock en s'avançant dans le dortoir comme s'il avait été averti de son réveil. Y a t-il un problème ?

– Ah. Justement, dit Mccoy incroyablement soulagé.

Spock s'approcha imperturbable.

– Madame Kot a demandé un avortement, dit Mccoy en regardant Spock sévèrement. Donc je vous laisse lui expliquer vous-même de quoi il retourne.

Il s'enfuit presque de la pièce, laissant le vulcain se débrouiller seul avec ses privilèges de primate. Ce dernier s'avança près du lit de son épouse qui le dévisagea hargneuse.

– C'est quoi cette histoire !? Qu'est-ce qui se passe ?!

– J'ai interdit au docteur de pratiquer un avortement sur vous.

– Comment ça interdit ? Allez vous branler merde ! Je n'en veux pas de votre putain de Kir-Kan commandant ! Me faites pas chier ou je vous jure que vous allez le regretter. C'est mon droit !

– Non. Vous n'avez plus ce droit. Cette opération nécessite désormais mon consentement.

– J'en ai rien à foutre ! Je suis terrienne.

– Selon les lois vulcaines les deux époux sont également responsables des enfants à naître, dit-il en mettant les mains derrière son dos. La fédération respecte les lois relatives aux nations des membres de l'équipage et il ne fait aucun doute que dans ce cas précis la loi vulcaine s'applique. J'estime qu'en cas de litige, il y a 96% de chance pour qu'un tribunal fédéral en vienne aux mêmes conclusions.

Si les yeux de Jo avaient été des poignards, Spock serait mort aussitôt.

– Monsieur, vous avez dit que c'était mon choix. Vous avez dit que c'était ma décision de garder le mioche ou pas. Vous vous souvenez?

– J'ai aussi dit que si je le pouvais j'empêcherais cet avortement dans la mesure du possible.

Jo ferma les yeux en se disant qu'elle allait arracher sa bon dieu de tête de connard fini.

– MAIS PUTAIN! Pourquoi vous me faites ça!? cria t-elle à bout. Merde, je vous ai sauvé la vie et j'ai aussi sauvé votre famille, c'est même votre mère qui le dit! Je me suis sacrifié pour vous bordel ! Vous me devez de respecter mon choix !

– Oui et je le ferai. Cependant vous êtes impulsive et vous vous laissez dominer par vos émotions. J'estime que vous demandez un avortement pour des raisons illogiques. De la colère, de l'exaspération ou même une envie de vengeance suite à ce mariage forcé, dit-il avec un air qui laissait entendre qu'il n'était pas dupe.

– Alors quoi? Si je demande un avortement avec la bonne attitude vous allez la fermer et me foutre la paix?

– Je respecterai votre choix à condition qu'il soit motivé par la raison.

– Ha oui? Et comment je fais pour vous convaincre de ça ?

– Je me réserve le droit d'estimer vos motivations dans cette affaire.

– Putain vous vous prenez pas pour de la merde … Vous êtes devenu psychiatre peut-être ?

Spock haussa un sourcils blasé devant tant d'obscénités.

– En général, vos motivations sont assez spontanées et expressives pour être évidentes.

– Alors au bout du compte, c'est vous qui décidez de ce que j'ai le droit de faire, dit-elle en le prenant de haut.

– Non. Ce choix vous appartient et je vous donne ma parole de rester objectif. Je ne vous forcerai pas à garder l'enfant dans la mesure où vous n'en voulez pas pour des raisons logiques.

– Et ne pas en vouloir parce que je vous déteste c'est une raison logique?

Il haussa les sourcils comme s'il n'avait jamais pensé à cette possibilité

– J'imagine que oui. Dans la mesure où ce n'est pas une émotion mais une antipathie intrinsèque qui vous motive. Cependant à ce titre, je crois que vous-même conviendrez que vous n'êtes pas actuellement dans les meilleures dispositions.

Jo pinça les lèvres.

– Pour ça …. Probablement pas.

Spock sembla étonné par sa réponse lucide et approuva de la tête.

– Cela vous laisse un délai de 73 jours selon les lois terriennes qui s'appliquent aux interruptions de grossesses.

– Alors quoi? Maintenant la loi terrienne s'applique?

– Oui. Sur vulcain les grossesses non désirées n'existent pas et il n'y a aucun règlement qui encadre la pratique.

– Vous voulez me faire croire qu'il n'y a jamais eu une vulcaine qui a voulu avorter?

– Bien sûr que non. Toutes les mères et leurs enfants ont droit au soutient collectif qui leur est nécessaire quelle que soit leur situation. Dans ces conditions l'avortement n'a pas lieu d'être.

– Peut-être qu'un jour il arrivera un vulcain tellement con qu'une bonne femme préférera crever que de se retrouver collée avec le mioche de ce sale type, dit-elle d'un air suggestif.

– Cela ne s'est jamais produit sinon il y aurait une législation en ce sens.

– Il y a une première fois à tout, dit-elle avec un sourire quelque peu méchant.

Spock la fixa un moment et Jo soutint son regard d'un air effronté.

– Oui. Vous pourriez créer un précédent mais je considère que ce ne serait pas une motivation raisonnable

Bordel qu'elle détestait sa foutu logique de merde. Il avait un putain de balais dans le cul et n'était pas près de danser la macarena l'anus au vent.

– Je vous hais, gronda t-elle. Sérieusement. Vous êtes encore pire que ces putains de pro-vie.

- Cette comparaison est erronée. Je ne suis pas contre l'interruption de grossesse.

Jo plissa des yeux en l'observant.

- C'est parce que c'est un Kircanne ? C'est ça ?

Pris par surprise, il sembla plus ou moins à l'aise.

– Kir'kan, ne put-il s'empêcher de corriger.

– Ouais ça. La saleté de bâtard que vous me forcez à porter.

- Oui. C'est pour cette raison, dit-il gravement.

- Alors quoi ? Si c'était un môme normal vous diriez rien ?

- Probablement pas, avoua t-il.

Elle le regarda incrédule.

- Et vous auriez voulu me marier ?

Il la dévisagea en silence.

- Non.

- Putain de merde c'est quoi ce môme ? Pourquoi il est si important hein ?

– Il n'est pas utile que vous le sachiez.

– Ça me concerne je vous signale ! Même que la prêtresse voulait rien savoir de nous marier jusqu'à ce que je lui dise pour le kir-canne et là, magie, elle a acceptée. Alors c'est quoi ce putain de truc ?!

– Cette information n'a aucune utilité pour vous, répéta t-il.

– Je veux savoir, c'est tout.

– Je regrette. Le docteur Mccoy vous gardera sous observation jusqu'à ce soir. Avez-vous besoin de quelque chose ? demanda t-il d'un air détaché.

Jo se dit que oui. Elle avait vraiment besoin qu'il crève du choléra ou d'une autre maladie bien dégueulasse.

Il la salua d'un signe de tête puis se retourna et sortit laissant Jo avec l'envie de le trucider jusqu'à l'obtention d'une bouillie verte et bien gluante. Elle ragea un moment dans ses couvertures puis réalisa qu'elle était foutrement sale. Une combinaison propre était pliée près d'elle et elle la saisit pour se rendre dans la petite douche attenante au dortoir. Elle abandonna la robe de mariée par terre en se disant qu'elle ne voulait plus jamais voir ce truc et enfila sa combinaison en ayant l'impression d'être au moins redevenue elle-même.

– Madame Kot, dit l'infirmière Chapel en entrant dans la pièce. Que faites-vous ?

– Je me casse, répondit Jo en zippant l'habit de mécano.

– Le docteur Mccoy a ordonné qu'on vous garde sous observation.

– Rien à foutre. Refus de traitement, dit-elle en lui jetant à peine un coup d'œil.

Elle sortit sans que Christine tente de la retenir. En ce qui la concernait, cette folle pouvait bien avoir des complications jusqu'à plus soif, elle ne pleurerait sûrement pas pour elle. Elle remarqua la délicate robe vulcaine que Kot avait laissé tomber par terre comme un torchon. Elle s'approcha pour la ramasser avec déférence. Elle la teint contre elle juste pour voir et dû convenir que si c'était elle qui l'avait porté, elle aurait fait une magnifique épouse ; … contrairement à Kot.

Jo quant à elle, descendit à sa cabine question d'être un peu seule pour décompresser après toute cette merde. Elle ouvrit la porte pour se retrouver devant un électricien en sous-vêtement qui la regarda avec surprise.

– Karim? Qu'est-ce que tu fous dans ma chambre?

– Heu … c'est ma chambre.

Elle se recula pour regarder le numéro mais c'était bien le F-112.

– Comment ta chambre?

– Ben on m'a transféré ici hier. J'étais le premier sur la liste pour avoir une chambre à l'étage. Y'a un problème ?

– Putain de bordel ! cracha t-elle. C'est quoi cette merde encore.

Elle tourna les talons et descendit à la salle des machines où elle trouva White en train de glander dans la petite cafétéria des techs d'entretien. Il leva la tête à son approche.

– Rick, je peux savoir pourquoi t'as refilé ma chambre à Karim? dit-elle furieuse.

– Hého. On se calme.

– Désolé, c'est juste … j'ai ouvert la porte et y avait un type en caleçon dans ma chambre t'imagines? Et puis j'ai eu une sale journée, je te jure.

Rick lui adressa un regard froid et soupira. Il consulta sa tablette.

– Bordel …, dit-il en faisant de grands yeux.

– Quoi?

– T'es déplacée sur l'étage des officiers, dit-il en la regardant sans y croire.

– Nan ! T'es pas sérieux …, dit-elle catastrophée.

Il n'y avait qu'une seule raison possible : elle allait se ramasser dans la même chambre que ce connard de vulcain. En plein sur l'étage des patrons … C'était de pire en pire. Rick la regarda en plissant les yeux.

– Dis donc Kot. C'est rien contre toi mais si t'es passé officier moi je veux bien bouffer le tricordeur.

Jo ferma les yeux découragée.

– Putain de merde …

– Allez, crache le morceau. Ça veut dire quoi ce bordel?

Jo soupira. De toute manière ça allait se savoir alors mieux valait éviter les ragots bien juteux inventés de toutes pièces.

– Je me suis marié, voilà, marmonna t-elle.

– Quoi?

– Je me suis mariée. Avec le commandant. Il veut sûrement que je reste avec lui, t'es content ?!

Rick eut le même air que si elle lui avait annoncé qu'elle était un ferengi déguisé en bonne femme.

– Tu te fous de ma gueule pas vrai ?

– Non, dit-elle en réalisant soudain que tout le monde allait être sur le cul et qu'elle ne faisait que commencer avec les têtes de connards stupéfaits.

– Attends, tu t'es mariée avec le commandant Spock?

– Bha ouais, dit-elle quelque peu honteuse.

– Toi ça? Avec Spock? demanda t-il sans pouvoir y croire.

– Ouais moi. Qu'est-ce qu'il y a ? Ça te convient pas?

– Non, c'est pas ça mais … hum. Je veux dire tu es un peu … Alors que lui il est plutôt … Aaaah. Tu déconnes. Allez, avoue.

– Bordel si tu me crois pas, t'as qu'à aller te branler, cracha t-elle à bout de patience.

– Non mais te fâche pas. Avoue qu'il y a de quoi être surpris, dit-il en en appelant à son bon sens.

– Pour ça … Ouais. Pas de doute, dû t-elle convenir.

– Alors comme ça je parle à madame Spock, dit-il avec un sourire narquois.

– M'appelle pas comme ça putain. C'est Kot et j'encule le premier connard qui va m'appeler autrement.

Il la regarda surpris par son ton hargneux.

– Je tiens à garder mon nom, éluda t-elle.

Rick leva la tête en voyant passer Scotty entre les réservoirs.

– Monsieur Scott! cria Rick tout joyeux. Vous voulez venir un instant.

– Merde, gronda Jo entre ses dents, qu'est-ce que tu fous?

– Hého, tu crois quand même pas pouvoir garder une telle nouvelle pour toi.

– Qu'est-ce qui se passe? demanda Scotty en les rejoignant.

– Monsieur Scott, saviez-vous que Jo ici présente vient de se marier ?

– Vraiment? Mais pourquoi personne n'a été averti !? dit-il d'un ton de reproche.

– Ben disons que ça s'est décidé plutôt vite, expliqua t-elle.

– Et qui est l'heureux élu?

– C'est monsieur Spock, dit Rick d'un air réjoui.

Scotty les regarda comme si c'était la blague la plus stupide qu'il ait jamais entendu.

– Non … vous me faites marcher, dit-il incrédule.

– Bha non. On s'est marié ce matin, dit Jo en maudissant son chef.

Les yeux de Scotty semblèrent lui sortir de la tête et White croisa les bras sur sa poitrine très fier de son petit effet. L'ingénieur en chef éclata d'un grand rire en se tapant sur les cuisses. Il prit Jo par les épaules et la secoua amicalement.

– Et bien si c'est vrai, je dirais que le commandant va en avoir pour sa peine, dit-il joyeusement.

– Pour ça pas de doute, dit Jo incapable de ne pas sourire tant l'amusement de Scotty était contagieux. Mais je dirais que ça risque d'être réciproque.

Scotty rigola à nouveau parce qu'en effet, imaginer ces deux là ensemble … C'était à mourir de rire.

– Il faut fêter ça! s'exclama Scotty avec son bon sens écossais. White, allez me chercher un bon vieux tord boyaux et ramenez les autres.

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la cafétéria se remplit de collègues aussi incrédules que stupéfaits. Jo à son grand dam eut à confirmer et reconfirmer la nouvelle mais après quelques verres elle finit par rigoler avec les autres de ce mariage de fou. Bordel, ça ça faisait vraiment du bien. Elle avait sérieusement besoin de se saouler la gueule et de se marrer un peu.

Nath qui était à l'entretient de la tuyauterie déboula soudain comme une tornade.

– Où elle est ! KOT ! Bordel dis-moi que c'est pas vrai !

Jo éclata de rire avec les autres. Nath était sans conteste la fan numéro un du commandant et il fallait bien s'attendre à ce qu'elle crève de jalousie.

– Bha ouais c'est vrai, confirma Jo qui lui aurait sans problème refilé le marié si elle avait pu.

– NOOON! s'écria la groupie qui lui sauta dessus en faisant mine de l'étrangler. Mais t'as trop de chance! Comment t'as fait!? Mais putain comment t'as réussi ça?

– Mon incroyable charme, dit Jo en souriant.

Nath dû enfiler trois shooter de suite pour se consoler puis elle sembla prendre les choses avec philosophie.

– Écoute Kot, il faut que je sache et bordel tu me dois bien ça. Il est monté comment ? demanda t-elle d'un air de connivence.

– Quoi? Tu veux dire …?

– Ouais, exactement.

– Pourquoi tu veux savoir ça ? pouffa Jo. C'est pas tes foutus oignons.

– Hého. J'ai fantasmé des années sur ce type alors tant qu'à ce que ce soit toi qui te le tape, je veux au moins savoir si …, Nath s'approcha pour chuchoter. Est-ce que c'est vrai qu'il a un double gland?

Jo éclata de rire.

– Bordel, c'est quoi ces conneries.

– Ben c'est ce qu'on dit.

– Bha non il a rien d'extraordinaire.

Nath lui renvoya un regard déçu et Jo leva son verre à sa santé. Elles enfilèrent toutes deux le tord boyaux, chacune pour se consoler de leur désillusion respective.

– Vive le marié! cria Yan soudainement.

Jo tourna la tête. Bien droit entre les transformateurs se tenait son cher mari en personne et elle fit un effort titanesque pour ne pas laisser paraître sa déception.

– Monsieur Spock, toutes nos félicitations au nouveau marié ! dit Scotty en levant son verre.

Spock resta de marbre tandis que l'équipe d'entretien levait les verres à sa santé en le félicitant. Le commandant les regarda attentivement.

– Monsieur Ratzwick, mademoiselle Durand, vous êtes actuellement en service, dit-il sévèrement.

Tous deux firent des mines contrites et disparurent sans demander leur reste.

– C'est un jour spécial monsieur Spock, dit Scotty avec un sourire d'excuse. Nous devons souligner l'événement.

– Johann est enceinte et cette prise d'alcool est inappropriée, dit-il posément.

Scotty fit une mine surprise et regarda Jo qui grimaça un sourire.

– Hey oui …, dit-elle en s'assoyant en même temps qu'elle s'envoyait une nouvelle rasade. Mais pas pour longtemps alors …

Une chose de certain, c'était raté pour la discrétion parce qu'avec cette révélation, les suppositions juteuses allaient dégouliner de l'Enterprise comme d'un melon. Elle se versa un nouveau verre sous l'oeil désapprobateur de Rick.

– Kot tu devrais pas, c'est pas bon pour le gosse.

Elle reposa la bouteille sur la table, s'appuya confortablement sur le dossier et avala le verre d'un coup.

– Puisque je te dis que je n'en ai pas pour longtemps, assura t-elle en souriant.

– Johann, veuillez me suivre je vous prie, dit Spock.

– Non. Plus tard. Pour l'instant je me marre avec mes potes.

– C'est un ordre, insista t-il.

– Rien à foutre.

– Levez-vous et suivez-moi, dit-il à nouveau en fronçant les sourcils.

– Allez vous faire voir, dit-elle en remplissant son verre à nouveau.

Les techs se regardèrent stupéfaits et Scotty se racla la gorge.

– Et bien je crois que nous allons vous laisser discuter entre vous. Je reprend ceci, dit-il en attrapant la bouteille. Commandant, … madame.

Tout le monde se leva et la cafétéria se vida en un clin d'œil.

– Madame ... tsssst. Putain, je sais pas si je vais pouvoir m'y faire. C'est quand même crade, dit Jo en avalant le tord boyaux d'un trait.

– Votre conduite est inadmissible, dit Spock en mettant les mains derrière son dos. Vous ne pouvez pas remettre en question mon autorité devant l'équipage.

– Facile. Me donnez pas d'ordre et vous n'aurez pas de problème.

– Vous devez obéir aux ordres de vos supérieurs.

Jo fit une mine embêtée puis hocha la tête.

– Nan … Moi je dis que maintenant qu'on est mariés les règles sont floues alors c'est au choix. Si vous me faites chier et bien ça me donne le droit de vous faire chier aussi.

– En aucun cas, dit-il sévèrement.

– Ça ça reste à voir, dit-elle en le défiant du regard.

– Ce n'est pas un lieu approprié pour une telle discussion.

Jo approuva de la tête.

– Probablement pas … mais ça va donner de supers ragots. Et puis je vous signale que c'est vous qui êtes venu foutre la merde.

– Levez-vous immédiatement, dit-il autoritaire. Je vous le demande pour la dernière fois.

Même s'il était évident qu'il n'était pas de très bonne humeur, Jo s'en fichait éperdument. Elle lui en voulait comme elle en avait rarement voulu à quelqu'un. Il venait de gâcher sa vie, il lui avait fait endurer le mariage le plus merdique qu'on ait jamais vu, l'empêchait de se faire avorter et lui avait confisqué sa chambre. Pire, il n'avait même pas la politesse d'avoir l'air contrit ou mal à l'aise de lui infliger cette merde ou ne serais-ce que quelque peu reconnaissant pour son sacrifice. Il lui foutait sa fête en l'air et et se mettait à lui donner des ordres comme un sale con. En fait sa limite à elle aussi était atteinte et elle mit ses bottes sur la table comme si elle le défiait de venir la relever lui-même.

– À votre guise, dit-il.

Il se retourna et interpella le premier tech qui passait.

– Veuillez faire demander deux agents de sécurité immédiatement, ordonna t-il.

Jo le fixa un moment puis éclata de rire.

– Bordel, vous vous savez comment enflammer les rumeurs sur un vaisseau, rigola t-elle.

Il resta impassible jusqu'à ce que les agents se pointent au garde à vous.

– Veuillez conduire Johann Spock en cellule.

– Johann Kot! dit-elle insultée.

Spock lui jeta un regard indéfinissable.

– J'insiste, dit-elle en le regardant d'un air méchant.

Elle se leva avec un sourire moqueur.

– J'arrive pas à croire que vous allez me foutre au trou pour notre nuit de noce, dit-elle narquoise. Non mais sans blague, merci parce que c'est vraiment mieux qu'être coincé avec vous, ajouta t-elle avec une absolue sincérité.

Elle lança un regard lourd de sous-entendu à son tendre époux et se laissa conduire sans résister.

Spock les regarda disparaître sans manifester la moindre émotion. Scotty qui n'en croyait pas ses yeux s'avança prudemment.

– Monsieur Spock? demanda t-il. Tout va bien?

– Oui. Tout est rentré dans l'ordre, dit-il comme si de rien n'était.

– Vous êtes sûr? Vous venez de … et bien, dit-il en agitant la main comme s'il ne savait pas trop comment définir la situation, vous venez de mettre votre épouse aux arrêts.

– Oui. C'est la procédure lors d'un refus d'obtempérer.

– La procédure, oui. Bien sûr …, dit Scotty troublé.

- Monsieur Scott.

Le commandant le salua et s'en fut vaquer à ses occupations en laissant l'ingénieur en chef complètement stupéfait au milieu de la cafétéria. Scotty haussa les sourcil. Il n'avait jamais vu un truc pareil et si une seule chose était sûre, c'est qu'on pouvait parier que tout ça allait très mal finir.


Note

- Dans le fan univers, l'hypothèse pénienne vulcaine la plus populaire est celle d'un membre qui comporterait un double gland. En fait, cette théorie était tellement populaire que l'auteure Laura Goodwin a cru bon de critiquer le phénomène avec son essai : This vulcain penis problem. Un petit texte aussi délectable qu'hilarant pour lequel nous n'avons malheureusement pas de traduction mais pour les lecteurs de la langue de Shakespeare c'est par ici :

w w w . webcitation . o r g (SLASH) 6PmohmkDL