Jim assis à son bureau, terminait de signer les formulaires pour le transfert de matériel. Impossible de passer par Vulcain sans faire le plein de quelques denrées typiques comme le sel de sable ou la laque assouplissante, très prisée par les terriennes de l'équipage.

– JIM !

Il leva les yeux de sa tablette pour dévisager le nouvel arrivant. À la façon dont Mccoy avait dit son nom, il n'y avait aucun doute sur ce qui l'emmenait dans le coin.

– Bones? Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de cette intrusion, dit-il déjà sûr de la réponse.

– Spock! dit-il d'une voix blanche.

– Vraiment ? dit-il en se reculant dans sa chaise guère surpris.

Il était tellement habitué à ce ton de voix qu'il lui avait même trouvé un nom : le ton spécial vulcain. Juste à voir la tête de son capitaine, Mccoy s'aperçut aussitôt qu'il ignorait tout des derniers développements.

– Spock ne vous a rien dit ? se surprit-il.

– Et bien à ce que je sache, il est descendu en ville avec Kot pour faire ce dont nous avons parlé et ils sont revenu, dit Jim qui ne voyait pas trop de quoi il parlait.

– Pas du tout ! Il s'est marié ! dit Mccoy scandalisé. Avec Kot !

Jim le regarda incrédule.

– Spock est marié …, dit-il stupéfait. Et avec Kot ? ajouta t-il comme si c'était encore plus incroyable.

– Oui. Il me l'a dit lui-même !

Sur le coup, Jim ressentit un choc. Il se leva pensivement et croisa les bras en s'appuyant sur le bureau. Jamais il n'aurait pu imaginer que Spock se marierait à nouveau. Avoir un enfant d'accord mais une femme ?

Non mais parce que l'idée que son meilleur ami soit père lui plaisait beaucoup. Il se voyait déjà avec ce gamin dans les bras en train de lui apprendre des choses ou de jouer avec lui. Oncle Jim le lancerait au plafond en le faisant hurler de rire et ils s'amuseraient ensemble comme des petits fous. Il lui obtiendrai une autorisation, le ferait monter à bord et le laisserait grimper sur la chaise de capitaine où il se tiendrait fier comme un pape. Il avait même déjà prévu lui faire faire un petit uniforme d'officier scientifique et tout l'équipage fondraient en voyant ce minuscule Spock gambader dans les couloirs mais il n'avait jamais été question d'une épouse. Une épouse, c'était une toute autre paire de manche. Et cette fois, ce n'était pas qu'une vulcaine qui restait au loin sur sa planète.

Surtout qu'une femme viserait forcément la place que lui-même avait toujours tenue, celle de la personne la plus appréciée du vulcain. À cette idée, il ressentit un fantastique élan de jalousie qui le surprit lui-même. Il se reprit aussitôt en se disant que c'était tout de même normal. Devoir disputer sa place à une fille aussi … paumée que Kot semblait presque inconvenant. En fait même avec la meilleure volonté du monde, c'était sérieusement vexant.

– Jim! Réalisez-vous!

– Hein? Heu, oui. Mais pourquoi ce mariage? L'enfant n'a pas besoin de mère et de toute façon elle n'en voulait pas.

– Ce plan a dû échouer parce que la première chose qu'elle a demandé c'est d'avoir un avortement. Et Spock le lui a refusé ! Il en a le droit si vous pouvez croire une telle chose. Il m'a pratiquement menacé de poursuite !

– Vraiment? dit Jim incrédule. C'est … très surprenant.

– Surprenant? C'est bien pire que ça! dit Mccoy scandalisé. C'est de la barbarie !

Kirk secoua la tête abasourdi. Mccoy exagérait forcément. D'ailleurs, il s'emportait toujours pour des riens.

– Jim, ce mariage ne peut finir que d'une seule façon ! Par un drame ! Ces deux là vont s'entre tuer !

Il savait d'expérience que Kot avait le coup de poing facile mais de là à commettre un meurtre, il y avait une marge.

- Je crois que vous exagérez un peu Bones.

- Je suis sûr que tout ça va très mal finir. Vous devez intervenir avant qu'un malheur arrive, dit-il sévèrement.

Jim aurait bien aimé pouvoir y faire quelque chose mais il était parfaitement impuissant.

- Qu'est-ce que vous voulez que je fasse Bones ? Ils sont déjà mariés.

Mccoy haussa les épaules, pris au dépourvu.

- Je sais mais ... Vous pourriez au moins lui parler.

– Bones, sur ce vaisseau je suis capitaine et vous êtes psychologue. Devinez un peu à qui il revient de faire le conseiller matrimonial, dit Jim qui n'avait aucune envie de se retrouver collé à cette tâche ingrate.

Le docteur soupira gravement.

– Moi il ne m'écoutera pas, dit-il inquiet. Je ne sais pas … J'ai un mauvais pressentiment Jim.

– Ils ont tout de même survécus à la mission, lui rappela t-il.

– Peu importe, on ne peut pas être plus mal assorti que ces deux là !

Jim hocha la tête, ne pouvant qu'approuver l'évidence.

– Peut-être serait-il possible de les séparer ? songea Mccoy. Par exemple Kot pourrait être muté pour … je ne sais pas, pour une raison quelconque, suggéra t-il.

Malgré qu'une certaine partie de lui approuvât ce plan sans réserve, Jim l'observa dubitatif.

- Bones, y a-t-il quelque chose que je devrais savoir? dit-il avec un regard appuyé.

- Quelque chose comme quoi?

- Et bien, considérant que Spock s'est marié ce matin, il me semble un peu précipité de nous mettre à conspirer pour le débarrasser de sa femme.

Mccoy le fixa un instant puis soupira en réalisant qu'il était peut-être un poil hystérique.

– Oui, je sais. C'est un peu extrême mais vous ne l'avez pas entendu, dit-il comme si ça expliquait son inquiétude. Il est vraiment …

– Et bien, il a toujours été un peu …, dit Jim. Mais il est néanmoins le meilleur commandant de Star fleet et je suis certain qu'il sera aussi le meilleur des époux, dit-il décidé à se montrer optimiste.

Le docteur haussa les épaules, peu convaincu.

– Allons Bones, il a droit à sa chance! dit Jim en lui tapant amicalement l'épaule.

– J'imagine que vous avez raison, dit-il à contre cœur.

La porte s'ouvrit et tous deux levèrent les yeux sur le principal intéressé qui s'avança dans la pièce.

– Tiens, justement, quand on parle du loup, dit Bones caustique.

– Capitaine, docteur.

Le regard étrange que ses deux ami lui lancèrent ne lui échappa pas.

– J'imagine que le docteur Mccoy vous a mis au courant des derniers événements capitaine.

– Heu… Oui et si j'ai bien compris vous vous êtes marié, dit Jim en faisant de son mieux pour feindre l'enthousiasme.

– C'est exact.

– Félicitation Spock. Tous mes vœux de bonheur.

Spock le dévisagea comme s'il trouvait étrange qu'on lui souhaite une chose pareille.

– Merci capitaine.

– Vous veniez me l'annoncer j'imagine.

– Non. Je venais pour vous informer que j'ai mis Johann Kot aux arrêts.

Jim et Bones se figèrent de concert en affichant des airs presque comiques.

– Heu … Vous avez fait quoi ? demanda Jim incrédule.

– J'ai mit Johann Kot aux arrêts. Elle a désobéi à mes ordres.

Mccoy en resta bouchebé tandis que Jim stupéfait regardait son ami sans pouvoir y croire.

– Spock, vous n'avez pas vraiment fait ça …?

Le vulcain haussa un sourcil étonné.

- Oui. Elle a désobéi à mes ordres, a mis en question mon autorité et m'a insulté devant douze membres d'équipages. Elle devrait passer en jugement, mais je ne crois pas que ce soit approprié. Elle a eut une insolation ce qui peut expliquer son comportement. Une contention de quelques jours me semble suffisant.

– Qu'est-ce que je vous avais dit Jim! trancha Mccoy furieux.

Kirk se racla la gorge en dévisageant son meilleur ami.

- Spock … vous ne pouvez pas faire arrêter votre épouse le jour de votre mariage, tenta Jim.

- Les règles de Star fleet ne prévoient aucune exception les jours de mariage capitaine.

Kirk le regarda incrédule. Il commençait à comprendre pourquoi Bones était certain que tout ça allait finir en drame.

- Monsieur Spock, je crois que le mieux serait d'oublier cette histoire et de libérer votre épouse, dit-il avec un sourire crispé.

- Je suis en désaccord capitaine.

- Nous allons tout de même la laisser sortir, insista Jim.

Il marcha jusqu'au moniteur et appuya sur la touche de l'intercom.

- Kirk à la salle de contention. Libérez … mademois … heu, madame … heu, Spock.

- La prisonnière est inscrite sous le nom de Johann Kot capitaine, grésilla l'interphone.

- Oui. Laissez là sortir.

- Bien monsieur.

- Terminé.

Spock le regarda étonné.

- Puis-je demander pourquoi vous l'avez libérée capitaine ?

Kirk pinça les lèvres en ne sachant pas trop comment lui faire comprendre qu'emprisonner sa femme ne se faisait pas et encore moins le jour des noces.

– Parce que votre rôle est de la protéger espèce de gobelin au sang froid ! tonna Mccoy furieux. Pas de la traiter en criminelle !

– Johann est membre d'équipage et elle est soumise aux même règlement que tous les membres d'équipage, lui rappela t-il.

– Bon sang Spock ! C'est votre épouse !

– Elle est 3em classe et je suis commandant. Je ne peux pas tolérer qu'elle me manque publiquement de respect, dit le vulcain en relevant la tête. Sa conduite était inadmissible.

– Et pourriez-vous nous dire pourquoi elle vous a manqué de respect Spock? demanda Mccoy en relevant la tête à son tour.

– Je ne crois pas avoir de compte à vous rendre sur cette situation docteur, dit le vulcain en le toisant.

Mccoy ouvrit la bouche pour lui lancer une réplique bien sentie mais il fut prit de vitesse par le moniteur.

Salle de contention au capitaine, grésilla l'interphone

Jim s'approcha et appuya sur la touche de communication.

– Kirk.

Johann Kot refuse de sortir capitaine.

Jim haussa les sourcils avec étonnement.

– Je m'en occupe, dit Spock en se dirigeant vers la porte.

– Jim! dit Mccoy d'un air qui signifiait qu'il avait intérêt à faire quelque chose.

Il approuva d'un signe de tête. S'il voulait éviter que ce premier jour de mariage ne dégénère encore plus, il valait mieux superviser les opérations.

- Monsieur Spock, je vous accompagne, dit-il en lui emboîtant le pas.

Spock ne sembla pas des plus ravi de ce chaperonnage mais il ne s'opposa pas et ils descendirent à la salle de contention où le garde les accueillit

- J'ai coupé le champ de force capitaine, dit-il en leur indiquant la cellule du fond. La prisonnière est libre de sortir.

Ils s'approchèrent et aperçurent Johann allongée sur la couchette, les mains croisée derrière la tête. Tandis qu'ils restaient devant la porte, elle leur jeta un coup d'oeil et voyant le capitaine, elle se leva pour se mettre au garde à vous.

- Capitaine, le salua t-elle en ignorant superbement son époux.

– Repos. Premièrement permettez-moi de vous féliciter pour votre mariage. Tous mes vœux de bonheur.

Jo grimaça un sourire fort peu sincère.

- Pourquoi refusez-vous de sortir ? demanda t-il en gentlemen.

- Parce que monsieur, le commandant Spock m'a retiré ma chambre et qu'il est hors de question que je reste avec lui, dit-elle en relevant la tête. Avec votre permission, je préfère rester emprisonnée.

- Les époux vulcains doivent demeurer ensemble la première année de leur mariage, confirma Spock. Il est impensable que mon épouse et moi ne restions pas dans les mêmes quartiers.

Jo soupira d'un air découragé.

- Vous n'avez pas le choix, les vulcains font ci, il faut faire ça, vous êtes obligée. Vous voyez capitaine, depuis qu'on est revenu j'ai plein de charmantes surprises comme ça et je n'ai rien à dire. Je n'ai même pas eu le choix de marier le commandant qui se f …, balance totalement de me consulter en quoi que ce soit. Comme je n'ai aucune idée de ce qu'il va encore me faire subir, l'emprisonnement me semble vraiment plus sécuritaire.

- Vous n'avez pas eu le choix de vous marier? dit Kirk la regardant avec surprise.

- C'est inexact. Nous pouvions nous marier ou passer en jugement, intervint Spock.

Jim le dévisagea stupéfait.

- J'ignorais que cette mission était illégale selon les lois vulcaines, expliqua t-il.

- Bha oui mais en frais de choix, je n'en ai pas trop eu. Toute sa famille m'a garanti que ces sales vulcains allaient me jeter en taule à vie si je me trouvais devant le conseil, dit Johann en croisant les bras. C'était un mariage forcé.

Le regard incrédule de Jim passa de l'un à l'autre.

- Un mariage forcé …, répéta t-il mal à l'aise devant cette révélation troublante.

- Vous semblez indisposé capitaine. Aurais-je dû vous en informer ? demanda Spock.

Jim le dévisagea pris au dépourvu.

- Heu … je dirais que … en fait, j'imagine que non, dit Jim qui devait convenir que même si c'était absolument amoral d'un point de vue terrien, cela ne le concernait pas vraiment en tant que capitaine. Écoutez, je suis certain que Kot … Je veux dire madame Spock

- Kot!

- Ah… Je suis certain que madame Kot pourrait ravoir sa chambre le temps que … et bien le temps que les choses se tassent, reprit-il en tentant de se montrer conciliant.

- C'est hors de question, dit Spock. Nous devons demeurer ensemble.

- Vous voyez, dit Jo en faisant de grands yeux.

- Monsieur Spock, je suis certain qu'un compromis est possible, insista Kirk qui réalisait soudain à quel point son ami manquait de galanterie dans les circonstances.

- La tradition doit être respectée.

Jim lui fit un sourire insistant.

- Et bien la tradition terrienne veut aussi que l'on respecte les souhaits d'une jeune mariée, s'opposa t-il.

- Vraiment? demanda Spock étonné.

- Oui, répondirent Jo et Kirk en chœur.

Spock les regarda curieux.

- Je ne suis pas certain de comprendre les tenants et aboutissants de cette tradition, dit-il en mettant les mains derrière son dos. Combien de temps reste t-elle en vigueur et sous quelles conditions.

Il y eut un moment de silence quelque peu stupéfait que Jo brisa avec un rire dépité.

- Ce que je veux dire, tenta Jim, c'est que dans les premier temps, le marié doit se montrer conciliant envers son épouse. Le temps que tout le monde s'adapte. Vous comprenez ?

- Cette règle m'apparaît imprécise.

Jo pouffa à nouveau tandis que Jim se raclait la gorge.

- Et bien par exemple, votre épouse préfère rester dans ses quartier donc vous pourriez vous montrer conciliant et la laisser faire.

- Ce serait inapproprié, assura Spock.

Jo en avait sa claque et ses yeux lancèrent des éclairs. Il voulait sa putain de tradition? Et bien il allait l'avoir.

- Vous voulez me forcer ? Parfait! cracha t-elle. Mais vous allez le regretter, laissez-moi vous le dire.

- Kot, vous devriez peut-être …, commença Kirk qui juste à voir la tête de son mécano fut certain que Spock allait finir en pièces détachées.

- Merci capitaine, dit-elle d'une voix blanche. Ce sont les traditions vulcaines. Alors on va respecter «les tradition vulcaines» de mon «mari vulcain». Pas vrai chéri ?

Jo sortit de la cellule et marcha d'un pas décidé jusqu'à l'ascenseur. Elle se retourna avec un air de psychopathe.

- C'est toujours la même chambre ? demanda t-elle aux deux amis immobiles.

Ils hochèrent la tête d'un commun accord. Elle leur sourit d'un vilain sourire puis elle saisit la poignée et les portes se refermèrent sur son air furibond.

- Ça me semble …. un peu mal parti, dit Jim en fixant l'ascenseur.

- Je ne dirais pas cela. Les humains sont inutilement émotifs et elle est très spontanée, dit Spock philosophe.

Le capitaine pinça les lèvres comme s'il doutait qu'on puisse se montrer optimistes sur les dispositions de la mariée.

- N'empêche, elle semblait vraiment en colère, dit Jim vaguement inquiet.

- Elle m'a appelé «chéri», un mot qui chez les humains sous-entend de l'attachement pour un conjoint, fit remarquer Spock.

Kirk le fixa gravement en se demandant par où commencer.

- En fait, je crois que ce n'était pas vraiment positif …

Jim se racla la gorge en songeant à quel point Mccoy avait raison.

- Spock …. Écoutez, en tant qu'ami je dois … Enfin, vous voyez, pour ce qui a trait à ce genre de situation…

- Capitaine, si vous le permettez, je préférerais éviter ce genre de conversation embarrassante, le coupa Spock d'un air professionnel.

- Tout de même, il serait important de ...

- Capitaine ? dit le vulcain avec un regard ennuyé.

Jim soupira. Spock était son meilleur ami et il le connaissait mieux que personne mais les épanchements sentimentaux n'avait jamais été leur fort. Et puis en ce qui le concernait, les complications romanesques n'étaient pas sa tasse thé. Pour sa part, lorsqu'elles survenaient il appliquait la solution classique : se débarrasser illico de l'embarrassante conquête.

- Commandant Spock, grésilla l'interphone.

Ce dernier s'avança vers l'appareil.

- Spock j'écoute.

Janice Rand. Je vous informe qu'une technicienne vient d'entrer dans vos quartier et que depuis on y entend des bruits inquiétants. Dois-je faire venir la sécurité monsieur.

– Non. Merci mademoiselle Rand. J'arrive.

Spock se tourna vers Jim qui se sentait quelque peu dépassé par la situation.

– Capitaine, si vous voulez bien m'excuser.

– Spock, je crois qu'il serait préférable que je vienne avec vous.

– Si vous permettez, je préférerais régler ce problème moi-même.

Jim le regarda dubitatif.

– Il s'agit d'un problème domestique, souligna Spock. Une intervention du capitaine me semble démesurée.

Jim pinça les lèvres. Il venait tout de même de marquer un point.

– Bien comme vous voulez mais n'oubliez pas que je ne suis pas que le capitaine Spock. Je suis aussi votre ami. … Surtout votre ami.

– Capitaine.

Spock hocha la tête, sortit, monta à l'étage et suivi le couloir pour se retrouver devant un petit attroupement qui guettait la porte derrière laquelle s'élevait un sacré boucan. Il en ressenti une puissante exaspération qu'il maîtrisa aussitôt et s'avança vers l'équipage qui lui lança des regards effarés.

- Circulez, dit-il, tout est sous contrôle.

- Vous êtes sûr monsieur? demanda Janice troublée.

- Oui. Merci mademoiselle Rand.

Ils se dispersèrent à contre cœur, mais ne s'en furent pas très loin, tous curieux de connaître la suite des événements. Les rumeurs qui allaient bon train, assuraient que le commandant s'était marié à une mécano 3em classe mais bien sûr personne ne l'avait cru. … Du moins jusqu'à maintenant.

Spock ouvrit la porte et entra dans la pièce dévastée. Une grosse masse à la main, Jo lui sourit.

- Comme on va rester ensemble j'ai un peu redécoré. Qu'est-ce que vous en dites? C'est mieux comme ça non? dit-elle en faisant tournoyer la masse.

En un temps record, Jo avait réussi à accomplir un vrai carnage. Tout avait été écrabouillé, réduit en pièce, défoncé ou fracassé. Les rideaux avaient été arrachés et à peu près tout ce que contenait la chambre avait été broyé.

- Le bien que ça m'a fait, je vous dis pas, ajouta t-elle avec satisfaction.

Spock approuva de la tête.

- Tant mieux, dit-il.

Jo battit des cils. Elle avait détruit à peu près tout ce qu'il possédait et il semblait s'en foutre totalement. L'intense satisfaction qu'elle éprouvait relativement à ce saccage s'envola aussitôt en fumée et elle renifla avec mépris.

- Alors même ça ça ne vous fait rien ? Vous n'êtes qu'un putain de bloc de glace, cracha t-elle.

- En fait, votre geste me déconcerte car je ne saisis pas très bien quel est l'objectif de cette action, dit-il posément.

Ce calme olympien l'enragea hors de toute commune proportion. Elle prit son élan et lui lança la masse dans l'idée de l'écrabouiller. Il l'évita facilement d'un mouvement souple et celle-ci rebondit contre le revêtement de polymère en y laissant un creux. Spock en déduisit qu'elle était énervée.

- Voulez-vous vous accoupler ?

Elle avait sûrement mal entendu.

- Quoi ?

- L'accouplement a un effet calmant sur les humains.

- Putain de merde …, dit-elle comme pour elle-même en le regardant effarée. Ça c'est le bout de la connerie. Bon, moi j'en ai assez entendu pour aujourd'hui.

Elle marcha vers le lit qui, peu sensible aux coups de masse, avait été le seul épargné et saisit la literie qu'elle roula en baluchon puis se dirigea vers la porte.

- Où allez-vous ?

- Je dégage le temps que vous rangiez ce bordel, gronda t-elle.

Elle sortit en coup de vent et les portes se refermèrent derrière elle. Spock observa les innombrables œuvres d'art démolies et irrémédiablement perdues. Il mit beaucoup d'efforts à contrôler la peine qu'il en ressentit mais y réussit et parvint même à se convaincre qu'il n'éprouvait pas d'attachement pour les fournitures matérielles. Après cinq bonnes minutes de concentration, il fut persuadé que la destruction de la chambre ne l'incommodait pas outre mesure. La signification de tout cela le laissait cependant dubitatif. Il y réfléchit un moment puis vint à la conclusion que le plus probable était que sous le coup d'une émotion incontrôlée elle s'était tout simplement montrée spontanée et brutale comme à son habitude.

N'éprouvant aucune curiosité pour la nature de l'émotion incontrôlée en question et encore moins pour ses causes, il se trouva satisfait de cette déduction et en toute logique, entreprit de remettre de l'ordre dans la pièce saccagée.


Note

- Selon Enterprise, après leur mariage les jeunes mariés vulcains doivent demeurer ensemble une année complète. Breaking the ice et Home.

- Les réactions de Spock sont inspirées de l'épisode The Galileo seven où le vulcain prend le commandement de la navette Galileo. Celle-ci s'écrase sur une planète et Spock qui agit uniquement en fonction de la logique, ne tiendra pas compte des émotions de l'équipage qui exaspéré, en viendra pratiquement à se mutiner contre lui. Selon cet épisode, Spock est donc incapable de prévoir, comprendre réellement et encore moins de gérer les émotions humaines, particulièrement lorsque celles-ci sont violentes ou exacerbées.

Et lors de cet incident, il s'agissait d'un équipage obéissant, entraîné et discipliné. Dans le cas d'un mariage forcé avec une jeune terrienne fruste et révoltée ... la situation me semble susceptible de dégénérer encore d'avantage si la chose est possible.