Amanda : Pouvons-nous poursuivre la visite? C'est le souhait de Sarek.

Kirk : Il me semble que cela ressemblait d'avantage à un ordre.

Amanda (souriant) : Bien sûr. Il est vulcain et je suis son épouse.


Ce petit passage de Journey to Babel porte à une réflexion d'envergure. Nous avons Amanda qui est visiblement ravie de se retrouver avec des compatriotes terriens. On s'attendrait à ce que son époux la laisse prendre du bon temps et faire ce qui lui plaît. Mais pas du tout. Il ordonne à sa femme de poursuivre seule la visite que Kirk avait entreprise pour lui puisqu'il est féru d'informatique. Pourtant, rien n'indique qu'Amanda se soit jamais intéressée à l'informatique ou même ait quelque compétence que ce soit dans ce domaine.

Plus étonnant encore, c'est elle qui insiste pour continuer cette visite pour laquelle elle n'a probablement aucun intérêt. Un peu comme si elle remplaçait son époux en son absence ou était en quelque sorte sa représentante. On peut même imaginer qu'après cette visite, Sarek pourrait faire une fusion mentale et refaire la visite par procuration en lisant la mémoire de son épouse.

Dans cette situation, Amanda se retrouverait donc à être en quelque sorte l'outil de son mari. Jim est visiblement troublé par cet arrangement mais devant son malaise, elle répond qu'il est parfaitement normal pour une épouse de recevoir des ordres de la part de son époux.

Que pouvons nous déduire de cet échange édifiant ?

Personnellement je crois que ce passage indique que les épouses vulcaines sont tenues à certains devoirs envers leur mari et qu'elles se font un point d'honneur d'y obéir.

En effet, demander quelque chose à quelqu'un indique que cette personne est libre de refuser mais donner un ordre sous-entend que l'autre est tenu d'obéir. En général, on peut obtenir l'obéissance de quelqu'un de trois façons (qui sont d'ailleurs plus ou moins complémentaires). Sous la menace comme dans la relation maître-esclave, par des avantages le plus souvent financiers tel patron-employé ou encore lorsque la personne qui obéit le fait par devoir.

Selon les éléments dont nous disposons, l'indéfectible loyauté des vulcains laisse à penser que l'aspect du devoir est le plus important. C'est d'ailleurs ce qui expliquerait le mieux le comportement et l'attitude d'Amanda. Par conséquent, il est légitime de supposer que le devoir est une composante essentielle de la culture vulcaine. C'est cet aspect que nous allons maintenant explorer.


Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur l'étage des officiers et Jo crottée comme jamais, sortit dans le couloir en portant son plateau-repas. En cette heure de roulement de personnel, il y avait foule et elle baissa la tête afin d'ignorer de son mieux les regards hautains que les gradés laissaient tomber sur elle. Pas besoin d'être un génie pour capter qu'ils désapprouvaient la présence d'un mécano d'entretien 3em classe parmi eux. Et encore plus depuis qu'elle avait démoli la chambre du premier officier du vaisseau. Un truc qui aurait fait se marrer tout l'étage des techs mais qui semblait être un crime impardonnable dans la bonne société bourgeoise.

Comme à chaque fois où elle passait dans ce foutu couloir, elle eut envie de crier à tous ces cons que non seulement elle n'avait rien à foutre de leurs sales gueules de patrons qui chiaient plus haut que le trou mais qu'en plus, elle s'en serait bien passé. Sauf qu'évidemment, elle n'avait rien à dire vu que c'était elle l'intrus. Le mieux qu'elle pouvait faire, c'était de rentrer la tête dans les épaules et disparaître au plus vite dans les foutus quartiers du commandant.

D'ailleurs avec un peu de chance, il ne serait pas là. Depuis une dizaine de jours, elle ne l'avait pas vu une seule fois. Au début il avait bien tenté de s'incruster mais après avoir reçu un nombre impressionnant d'objets divers à la figure, il s'arrangeait pour être absent quand elle-même était là. Un sacré bon point pour lui.

Aussi quelle ne ne fut pas sa déception lorsqu'en ouvrant la porte elle l'aperçut travaillant à son bureau. Elle fit une tête d'enterrement en soupirant tandis qu'il levait les yeux sur elle.

– Bonjour Johann, dit-il posément.

Elle lui adressa un regard méprisant en jetant négligemment sa ceinture de travail par dessus un tas d'outils et de vêtements qui traînaient par terre. D'ailleurs, il y avait le choix. Des îlots semblables s'étaient multipliés en un temps record, mettant la chambre dans un état bordélique qui rivalisait avec le désordre qui avait toujours régné dans sa minuscule cabine.

– Qu'est-ce que vous foutez là? grogna t-elle.

– Je suis venu pour avoir une discussion avec vous, dit-il en croisant les mains devant lui.

– Wow, ça c'est trop excitant ! dit-elle narquoise en posant le plateau sur la petite table qu'elle s'était réservée dans le coin le plus éloigné du sien.

– Il s'avère que …

– Je vais prendre une douche alors ça va attendre, le coupa t-elle parfaitement impolie.

Sans même le regarder, elle enfila dans la salle de bain et se doucha. Elle sortit aussi nue que dégoulinante en mettant de l'eau partout. En se foutant complètement de sa présence, elle jeta sa combinaison crottée dans un coin et s'en fut dans la chambre pour se rhabiller. Elle en sortit en l'ignorant totalement et s'assit à sa table pour manger. Spock attendit qu'elle lui accorde son attention mais en vain. Il dû se lever et s'approcher de sa table pour avoir droit à un minimum de considération.

– Johann permettez, nous devons discuter, insista t-il.

– Qu'est-ce que vous me voulez ? dit-elle de mauvais poil.

– Vos possessions personnelles ne peuvent pas rester par terre. Vous devez les ranger. Cela diminue l'espace disponible, dit-il en toute logique.

Elle haussa les épaules avec indifférence.

– Si ça ne vous plaît pas, vous n'avez qu'à les ranger vous-même. Moi je m'en fous, dit-elle en mâchonnant un cube orange.

- J'insiste pour que vous rangiez tout de même vos outils dans le lieu prévu à cet effet.

- Non, ça ne me dit rien, trancha t-elle en piquant un cube vert qu'elle enfourna dans une bouche déjà remplie.

- Ce sont vos affaires, souligna t-il.

- C'est aussi ma chambre et moi j'aime bien le bordel. Vous aviez qu'à y penser avant de me forcer à habiter avec vous, dit-elle la bouche pleine.

Il fronça les sourcils, l'air sévère.

- Rangez vos outils immédiatement, ordonna t-il.

- Putain vous vous prenez pour qui pour me donner des ordres comme ça? dit-elle en postillonnant des miettes multicolores.

- Pour votre époux. Nous sommes mariés et votre devoir est de m'obéir.

Putain de merde. Ça c'est ce qui s'appelait avoir le don de persuasion. Elle cessa de mâcher pour le regarder avec de grands yeux.

- Vous obéir ? Parce qu'on est marié ? … Vous déconnez là. Pas vrai ? dit-elle avec les joues de hamster.

- En aucun cas.

Elle se figea et le fixa avec une expression qu'il reconnu immédiatement. Elle allait l'attaquer. Il estima que le plus probable était qu'elle lui lance son verre de minerais et vitamines. Les dommages causés par le projectile seraient infimes mais l'intérêt viendrait des propriétés liquide du contenu. Qui plus est, la teinte rouge de la substance resterait visible sur son uniforme, une satisfaction supplémentaire.

Mais après l'avoir dévisagé un instant, Jo éclata plutôt d'un grand rire qui lui vrilla les tympans. Laissant voir ses cubes à moitié-mâchés, elle rit assez longtemps pour que ses yeux deviennent humides.

- Parce qu'on est mariés je dois vous obéir? Sans blague, dit-elle réjouie. Je crois qu'on vient de trouver votre fantasme ultime. Vous savez quoi? Avec ça, vous allez avoir de quoi vous branler tout le temps qu'on sera coincé ensemble. C'est super non?

- L'obéissance fait partie des vœux de mariage, lui rappela t-il.

- C'est quoi ces conneries? Vous me sortez ça soudainement comme ça. Moi j'en ai jamais entendu parler, dit-elle en avalant enfin sa dernière bouchée.

- L'ordre dans lequel on présente les éléments a de l'importance pour les terriens. J'ai cru préférable d'introduire certains aspects en second lieu.

- Bonne idée, attendez-donc encore un ou deux siècle. On en reparlera à ce moment, dit-elle en s'essuyant avec sa manche.

- Non. Il est temps que vous compreniez quels sont vos devoirs d'épouse.

- Ouais ben ça va pas le faire. Je suis terriblement désolé, dit-elle sans une once de sincérité.

- Vous vous êtes engagée, spécifia t-il.

- De un j'ai pas eu le choix de m'engager et de deux, vous allez faire quoi? Appeler la sécurité qu'ils embarquent votre vilaine femelle ?

- Non mais vous vous montrerez une mauvaise épouse.

Elle le regarda d'un air ébloui.

- Commandant, est-ce que vous avez vraiment cru que moi, Johann Kot, je pourrais être une bonne épouse? Vous n'êtes quand même pas idiot à ce point là.

Il la regarda gravement.

- C'est votre devoir.

- Et bien je crois qu'on vient de vous trouver un deuxième fantasme : que je devienne un jour une bonne épouse. Vous allez pouvoir vous astiquer terrible. Prenez garde de ne pas vous mettre à vif, dit-elle avec un aimable sourire.

- Ce langage est inapproprié, dit-il en haussant un sourcil blasé.

Le verre de minéraux et vitamines l'atteignit au milieu de la poitrine et le liquide éclaboussa tout le côté gauche de son uniforme. Bien sûr il aurait pu tenter d'éviter le projectile mais il commençait à comprendre que lorsqu'elle réussissait à l'atteindre ses dispositions étaient moins agressives par la suite. Comme de fait, Jo sourit .

- Voilà quelque chose de vraiment inapproprié. Avez-vous d'autres commentaires?

- Ceci est enfantin, dit-il tandis que le liquide gouttait par terre.

- Exact. C'est un test surprise pour voir comment vous vous en sortiriez avec un gamin. D'ailleurs, je tiens à vous féliciter commandant. Votre réaction est excellente.

Ils se toisèrent et Jo haussa les épaules.

- De toute manière vous êtes forcé de m'aimer alors...

- Non. Je ne suis pas «forcé», dit-il en enlevant son chandail.

- Hého, c'était ça votre pub. Après le mariage vous vous transformiez en Casanova. D'ailleurs, c'est faux. Vous êtes un vrai connard et même pire qu'avant.

Il s'essuya calmement avec le vêtement qu'il mit dans la trappe des items à nettoyer.

- Pour l'instant, l'attachement que j'ai pu vous manifester a été repoussé tandis que 67% des rapprochements que nous avons pu avoir se sont soldés par une agression verbale ou physique de votre part, dit-il en retirant son pantalon. Vous insistez même pour me vouvoyer alors que c'est inconvenant, ajouta t-il d'un ton qui sous-entendait clairement à quel point c'était impertinent.

Jo le regarda d'un air moqueur.

- Très bien, je vais faire un effort. Tentons de communiquer. Expliquez-moi à quoi vous vous attendez quand vous exigez que je vous obéisse ? À ce que je me pâme devant vos délires de vulcain des cavernes?

- Je m'attend à ce que vous preniez vos devoirs d'épouse avec un minimum de sérieux, dit-il en choisissant un chandail dans la penderie.

- Et vous, vous devez m'obéir?

- Non. Vous m'appartenez, dit-il en enfilant l'uniforme.

- Putain de bordel de merde, dit-elle comme pour elle-même. Désolé de vous décevoir mais l'esclavage est interdit chez les terriens alors je crois que vous êtes dans la merde avec vos idées de grandeur.

- L'esclavage n'existe pas chez les vulcains. Vous n'êtes pas mon esclave, vous êtes mon épouse, dit-il en choisissant un pantalon.

- Non. Pas du tout. Si je vous appartient et que je dois vous obéir mais que vous vous n'avez pas à m'obéir, par définition je suis une putain d'esclave.

- En aucun cas, nia t-il en mettant son pantalon.

- Et bien éclairez-moi parce que je ne vois aucune différence, dit-elle d'un ton narquois

- C'est votre devoir, répéta t-il comme si c'était là toute les explications nécessaires.

- Mais putain de merde! cria t-elle, c'est aussi le devoir d'un esclave d'obéir à son maître alors elle est où votre saleté de différence ?

- Votre obéissance est volontaire, dit-il en reprenant sa place devant elle.

- Wow. Ça c'est drôlement profond. Et j'ai l'air volontaire pour vous obéir moi vous trouvez ?

- Non, avoua t-il.

- Donc … logiquement, vous en déduisez quoi ? dit elle en le dévisageant comme s'il était un débile profond.

- Que vous ne comprenez pas quels sont vos devoirs, dit-il en mettant les bras derrière le dos

Jo hocha la tête comme si elle l'approuvait.

- Et vous, vous comprenez que vous êtes un putain de barbare ?

- Je suis logique.

- Logique hein? Et en quoi ce serait logique de vous obéir ? Parce que vous êtes un mâle et que vous avez une bite ? C'est une putain de bonne raison ça.

- C'est simplement ainsi que les choses doivent fonctionner.

- Vous savez quoi? Les vulcains ne sont pas de bons époux. Les vulcains sont des putains de bouses et vous pouvez vous branler pour l'éternité avec vos fantasmes de débile profond. Bordel, on se croirait au moyen-âge ! Commandant … sérieusement, je crois que le mieux serait qu'on se sépare tout de suite. Genre avant que je vous casse la gueule.

- Nous pourrons nous séparer suite à cinq années de mariage, dit-il indifférent à ses menaces.

- Comment ça cinq ans ?!

- Vous êtes humaine et les autorités vulcaines ont établi un délai minimum.

Jo hocha la tête excédée.

- Putains de vulcains de merde ... Bon alors voilà ce qu'on va faire. Vous allez me déposer sur une base quelque part et me laisser là bas. Dans cinq ans, on se séparera et voilà tout.

- Oui, c'est une possibilité.

Jo lui sourit lumineuse.

- Vous voyez, quand vous voulez! dit-elle en se reculant dans sa chaise.

- Ce sera possible dans trois-cent-douze jours terriens. Traditionnellement, les nouveaux époux vulcains doivent habiter une année complète ensemble.

Jo soupira en levant les yeux au ciel.

- C'est quoi ça? Une loi?

- C'est la tradition.

- Mais ce n'est pas une loi pas vrai ?

- Non mais nous devons respecter la tradition.

- Vous vous faites ce que vous voulez mais moi j'en ai rien à branler de vos saletés de traditions. Vous allez me déposer quelque part et on en reste là.

- Non. C'est exclu, trancha t-il.

- Putain de merde. Je vais vous tuer. Sérieusement, dit-elle en le menaçant du doigt.

Spock la regarda nullement impressionné.

- Le problème est que vous ne comprenez pas quels sont vos devoirs, assura t-il à nouveau.

- Moi je dis que c'est plutôt parce que vous ne comprenez pas quels sont VOS devoirs à vous. Vous avez des devoirs humains envers moi. HUMAINS! dit-elle en s'avançant au bout de son siège.

Spock releva la tête comme si pour la première fois, une injure avait porté. Mal à l'aise, il détourna les yeux comme s'il réalisait enfin qu'il s'était fourré dans de beaux draps

- Et vous savez quels sont ces devoirs ?

Il releva la tête et garda le silence comme s'il lui déplaisait d'avouer son ignorance sur ce point.

- C'est de développer une relation avec moi. Une relation émotive. «Émotive» vous comprenez ?

Spock garda le silence comme s'il était troublé et comprenant qu'elle avait enfin trouvé une fissure dans la façade, Jo prit un ton plus calme.

- Pour développer cette relation, il faut que les émotions que j'ai pour vous soient positives. Vous êtes d'accord? Mais c'est le contraire qui se produit. Comme vous êtes un vrai connard, prenons un exemple facile : vous avez sûrement remarqué que votre devoir d'obéissance me provoque des émotions très négatives qui rendent la relation impossible. Par conséquent, vous allez devoir abandonner cette putain d'idée tarée, dit-elle en croisant les bras.

On ne pouvait pas être plus logique et Spock resta impassible la tête légèrement baissée comme s'il réfléchissait.

- Peut-être un accouplement vous mettrait-il dans des disposition plus positives.

- Putain … vous êtes débile ou quoi ? cracha Jo qui ne voyait pas le rapport.

- Au début d'une relation entre humains, la moyenne est entre 1,2 et 0,9 accouplements par quarante-huit heures sur une année terrienne. Nous ne nous sommes pas accouplés depuis le mariage et nous sommes donc au dessous de la moyenne.

Jo battit des cils en le dévisageant puis ferma les yeux et se frotta les paupières d'un air découragé.

- Monsieur, écoutez-moi très attentivement. Il n'y a pas de «début de relation» entre nous, dit-elle en le regardant. Nous n'avons pas de relation du tout.

- Croyez-vous ? dit-il surpris.

- Ça je peux vous le jurer, assura t-elle convaincue.

- Nous sommes reliés, mariés et nous vivons ensemble, lui rappela t-il. Nous avons donc une relation de couple.

Jo prit une profonde respiration en essayant de garder son calme.

- Peut-être en théorie mais en réalité, je n'ai pas d'affection pour vous. … Ou si vous préférez, ajouta t-elle devant son air d'abruti, je ne suis pas attachée à vous. Pas du tout.

Spock leva un sourcil incrédule.

- Vraiment?

- Oui. Vraiment, assura t-elle en s'appuyant contre le dossier

- C'est embêtant, dit-il pensif.

- C'est ce que j'essaie de vous expliquer dit Jo étonnée de sa soudaine clairvoyance.

- Que font les mâles terriens en pareil cas ?

- Vous vous foutez de ma gueule pas vrai? dit-elle n'arrivant pas à croire qu'il pouvait être aussi con.

- Évidemment que non.

Bordel de merde elle était mariée à un enfant de maternelle.

- Je viens de vous le dire ! Premièrement, abandonner l'idée que je vais jamais vous obéir et encore moins vous appartenir. Ça c'est vraiment la première étape.

- Dans ce cas, vous ne seriez pas mon épouse.

- Je suis terrienne ! Les terriennes n'ont pas à obéir à un foutu mari et lui appartiennent encore moins, vous captez? dit-elle en croisant les bras.

- Cela s'oppose aux traditions vulcaines.

- Et ben devinez quoi? Si vous vouliez jouer les patriarches nazis, il aurait fallu marier une vulcaine. Moi je suis terrienne et je ne peux pas m'attacher à un tel connard. Mais merde, comment les vulcaines peuvent vous supporter? dit-elle en appuyant ses coudes sur la table pour tenir sa tête entre ses mains.

- Elles sont logiques. Laisser le commandement à un seul des conjoints rend les couples plus stables et évite les conflits, expliqua t-il. Celui qui a cette responsabilité est appelé pudor-tor'adun.

- Et bien sûr, oh surprise, il faut que ce soit le mâle qui mène.

- Pas toujours mais c'est généralement le cas. L'éducation des mâles est pensée en ce sens.

- Attendez un peu … ça veut dire que ça peux être la femme qui commande?

- Oui.

- Et dans ce cas vous auriez à m'obéir?

- Cela va de soi.

- Alors c'est parfait, dit-elle avec un sourire radieux. Je veux commander.

Spock haussa un sourcil étonné.

- Depuis vos débuts chez Star fleet vous n'avez démontré aucun intérêt pour le commandement. Qui plus est, votre profil psychologique ne concorde pas avec celui qu'on observe chez les leaders humains ce qui n'indique pas de réelles prédispositions en ce sens, souligna t-il.

Jo grimaça un sourire.

– Vous comprenez rien du tout aux humains. Je vous garanti que je suis capable de vous donner des ordres.

Spock leva un sourcil blasé.

- C'est vous qui ne comprenez pas les vulcains. Le rôle du pudor-tor'adun n'est pas de donner des ordres mais de veiller à l'harmonie du couple.

- Okay, mais si c'est moi le pudor-machin et que par exemple, …. je sais pas, hum … Je vous demande de ranger mes outils. Vous allez le faire ?

- Bien entendu.

- Et si je préfère plutôt les laisse traîner ?

- Une telle décision nuirait à l'harmonie du couple en minimisant l'espace disponible et c'est pourquoi en toute logique, vous ne la prendriez pas.

- Ok alors finalement, c'est super chiant votre truc. Il faudrait que je pense à votre place.

- En quelque sorte. Tout l'équilibre du couple repose sur le pudor-tor'adun.

- Mais pourquoi il faudrait faire ça? Vous pouvez pas juste vivre votre vie et me foutre la paix ?

- Ce n'est pas ainsi que le mariage fonctionne.

- Pas ainsi que le mariage fonctionne hein ? Et bien je vais vous régler ça en moins de deux moi. Ouvrez bien grand vos oreilles pointues : j'aimerais mieux crever que vous obéir et vous ne pouvez rien y foutre. Fin de la discussion.

- En fait dans ce cas, vous me forcerez à me montrer plus ferme.

Jo croisa les bras d'un air effronté.

- Ha oui? dit-elle curieuse de voir ça.

- Je préférerais ne pas avoir en venir là. Je vous demande une dernière fois de disposer de vos outils.

- Allez vous faire voir !

- Très bien, vous ne me laissez pas le choix.

Spock releva la tête et fit passer dans le lien, toute sa volonté. Jo eut un brusque mouvement de recul dans sa chaise. Elle sentit que l'esprit du vulcain se superposait au sien pour l'obliger à lui obéir et elle ressentit l'envie pressante de faire ce qu'il lui avait commandé. D'instinct, elle s'arc-bouta de toute ses forces pour lui résister.

L'impression cessa et horrifiée, elle bondit de son siège pour se reculer contre le mur le plus loin possible de lui.

- Putain, c'est quoi ça ? dit-elle en faisant de grand yeux.

- Le nahan-pohkau, dit-il posément.

Le regard halluciné qu'elle lui adressa indiquait clairement que ça ne lui disait rien du tout.

- Au cours de son évolution, notre espèce a développé ce type d'incitatif sans lequel il aurait été impossible d'obtenir des couples stables. La discipline de Surak a rendu ces pratiques marginales mais elles s'avèrent nécessaires dans cette situation.

- Si vous utilisez ça contre moi, ça fait de vous un putain de maniaque ! dit-elle encore sous le choc.

- En aucun cas. Votre comportement menace la stabilité de notre couple. Je suis donc tenu d'agir de façon à rétablir l'équilibre. Si vous acceptez de m'obéir, cela ne sera pas nécessaire.

- ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE! hurla t-elle enragée.

- Veuillez disposer de vos outil, demanda t-il à nouveau.

- Vous pouvez vous branler jusqu'à vous arracher la queue! cracha t-elle.

- Je vous demande encore une fois de disposer de vos outils, insista t-il.

- Vous n'êtes qu'un fils de pute !

- Dans ce cas, vous me forcez à vous y inciter, dit-il résigné.

Elle regarda autour d'elle paniquée, cherchant quelque chose pour se défendre mais Spock ne lui en laissa pas le temps. Comme si le ruban d'énergie qui les unissait lui donnait un accès direct à l'esprit de son épouse, elle perçut qu'il prenait le contrôle de sa volonté avec une facilité déconcertante. Elle ressentit aussitôt le besoin viscéral de se soumettre et d'obéir. Pourtant, quelque chose en elle le lui interdisait et sa nature indocile se souleva, furieuse, pour batailler contre la volonté du vulcain.

Sa résistance désespérée provoqua une sorte de décharge électrique et elle reconnut la même énergie démente qu'elle avait ressenti lors de l'accouplement mal foutu où elle s'était fait à moitié électrocutée. Sauf que cette fois, l'électricité courait le long de sa colonne vertébrale comme si l'esprit de ce méprisable connard tentait de s'introduire jusque dans ses nerfs.

Percevant le phénomène, Spock cessa l'incitation du nahan-pohkau et l'observa gravement. Elle était tassée contre le mur et tremblait de tous ses membres.

Fascinant.

Il n'aurait pas pensé qu'un humain puisse lui résister à ce point mais bien sûr, les capacités de Johann défiaient la moyenne à ce titre.

– Arrêtez …, supplia t-elle avec des sanglots dans la voix. Arrêtez ça!

Spock hésita en la voyant aussi troublée. Un trouble qui lui parut des plus illogiques car lui-même n'avait connu que l'obéissance. Sur vulcain, toutes les femmes obéissaient à leurs époux. Même sa mère terrienne n'y avait jamais vu de problème. À Starfleet, chacun était soumis à un supérieur à qui il obéissait. Même les romuliens ou les klingons se soumettaient à leur chef. Toute sa vie, il avait vécu dans un monde où certains commandaient et où d'autres obéissaient. C'était ainsi que l'univers fonctionnait et lui-même n'y pouvait absolument rien sinon se soumettre à cette règle de son mieux.

Il était évident que son épouse ne comprenait pas cette domination-sujétion naturelle et il ressentit une certaine pitié à la voir aussi effrayée.

- Je suis désolé Johann mais dans votre propre intérêt, je dois malheureusement insister, dit-il en essayant de se montrer compréhensif. Votre inconfort vient de votre résistance. Il vous suffit de cesser.

– Vous êtes une vraie pourriture ! cracha t-elle avec un regard étrangement luisant.

Spock avait quelques scrupule à lui infliger cette discipline puisqu'elle n'en comprenait pas les tenants et aboutissants mais en toute logique, elle en verrait les bénéfices dès qu'elle se serait soumise et comprendrait aussitôt qu'il avait raison.

– Vous percevez vos devoirs de façon négative mais je vous assure que vous éprouverez de la satisfaction et même du plaisir à m'obéir, expliqua t-il pour la rassurer.

– JE VOUS HAIS ! hurla Jo paniquée.

Spock soupira, réalisant qu'il ne pourrait pas la convaincre en discutant. Elle devait d'abord expérimenter ses devoirs pour les comprendre et pour cela, elle devait se soumettre à sa volonté au moins une première fois.

– C'est à regret que je dois vous demander à nouveau de disposer de vos outils.

– Je vous obéirai jamais. JAMAIS! cria t-elle. Je préfère crever !

Spock soupira et sûr d'agir au mieux, il appliqua son esprit à contrôler celui de son épouse. Tassée contre le mur, elle serra les dents en résistant de toutes ses forces mais enfin, il la sentit céder. C'est alors qu'il éprouva une émotion si intense qu'elle traversa les mailles serrées de son esprit. Il eut soudain la conviction que ce qu'il était en train de faire était parfaitement indigne. Il cessa aussitôt, extrêmement troublé.

Jo meurtrie et terrifiée, se tassa contre le mur comme un animal pris au piège. Spock commença par maîtriser l'émotion qui l'avait envahi puis chassa les regrets qu'elle avait laissés dans son sillage. Ceci fait, il déduisit que ce sentiment lui avait été transmit par Jo. Son impression était si négative qu'elle indiquait sans doute possible que le nahan-pohkau ne donnait pas de bons résultats sur les humains. Cette stratégie, bien que parfaitement logique, se révélait donc inappropriée.

Il ressentit soudain un terrible choc dans les côtes. Jo bondit hors de porté en le regardant d'un air halluciné. Un long tournevis pointu dans sa main dégouttait de sang vert. Spock jeta calmement un coup d'œil à la blessure.

- Le cœur n'est pas à cet endroit chez les vulcains, dit-il posément.

La jeune femme avait à peine regardé où elle le frappait mais craignant qu'il soit toujours en état de l'agresser, elle appuya le tournevis sous sa mâchoire d'un geste rapide.

- Et le cerveau lui? Il est à la même place? demanda t-elle avec une expression sauvage.

- Oui mais votre arme n'est pas assez longue pour l'atteindre, dit-il imperturbable.

- Et si je vous l'enfonce dans l'oeil ? gronda t-elle.

- Ce serait un meilleur choix si vous voulez causer des dommages irréversibles.

Jo serra les dents. On aurait dit que se faire trucider ne lui faisait ni chaud ni froid. Il baissa les yeux sur son épouse qui tremblait de de rage.

- J'ai eu tors. Je vous présente mes excuses. Vous n'êtes pas vulcaine et l'usage du nahan-pohkau était cruel. Je n'y aurai plus recours. Cependant, me tuer n'y changera rien et vous vous rendrez coupable de meurtre. D'ailleurs la blessure que vous m'avez infligé me semble assez grave. Si vous préférez éviter la prison, je suggère de faire venir une civière dans les meilleurs délais.

La main de Jo serra le tournevis comme si elle mourait d'envie de s'en servir tout de même puis elle baissa son arme d'un geste brusque en le regardant avec dégoût. Elle marcha jusqu'à l'interphone.

- Une civière dans les quartiers du commandant Spock. C'est une urgence, cracha t-elle.

- Bien reçu.

Elle se retourna vers son époux et lui lança un regard haineux.

- J'espère vraiment que vous allez crever.

- C'est tout à fait possible, dit-il indifférent.

Jo regarda son arme sanglante et la jeta loin d'elle tandis que Spock s'appuyait sur le bureau, prit d'une faiblesse soudaine. Elle l'observa puis soupira et saisit une chaise. Elle s'approcha pour la poser brusquement derrière lui. Il s'assit lentement en lui jetant un regard étonné.

- C'est juste pour aider les infirmiers. Vous pesez une tonne alors c'est chiant de vous soulever si vous êtes par terre.

Spock haussa un sourcil.

- C'est très délicat de votre part.

- Mmm, la délicatesse, c'est tout moi.

Il la regarda longuement puis une lueur de respect passa dans ses yeux.

- Votre entêtement est irritant mais il force l'admiration, dit-il d'un ton étrangement affectueux.

Jo en resta estomaquée un instant mais reprit bien vite son aplomb.

- Dites donc, vous choisissez bien votre moment pour vous montrer gentil, dit-elle d'un air désolé. Tout juste avant de crever ...

Elle haussa les épaule comme pour dire que c'était vraiment dommage et une infime lueur d'amusement passa dans l'oeil de son époux.

- Dois-je comprendre que dans ces conditions vous pourriez me regretter ?

Jo le regarda gravement. Il pissait le sang et elle réalisa soudain qu'il allait peut-être vraiment y passer. Elle fut aussitôt prise de remords. Bordel, elle n'avait pas vraiment voulu le tuer mais putain, il l'avait tellement agressé avec ses pouvoirs psychiques qu'elle était devenue dingue.

Elle avala sa salive avec inquiétude et marcha d'un pas rapide jusqu'au moniteur.

- Vous l'emmenez cette civière oui ? Magnez-vous!

Elle s'empressa d'aller à la salle de bain d'où elle sortit avec une serviette qu'elle plia puis tendit au vulcain afin qu'il puisse s'en servir comme compresse. Parfaitement calme, il la pressa contre la blessure tandis que Jo nerveuse l'observait en tapant du pied, ne sachant plus trop quoi faire pour l'aider

La porte s'ouvrit enfin sur des infirmiers qui firent de grands yeux en voyant leur commandant qui se vidait de son sang sur une chaise. Ils se précipitèrent et dix secondes plus tard, la chambre était vide à l'exception d'une grande flaque de sang et de Jo qui se rongeait les siens.


Note

Dans l'épisode The omega glory, Spock prend le contrôle de l'esprit d'une étrangère à distance simplement en la regardant et l'oblige à accomplir certaines actions. On imagine facilement que cette aptitude pourrait être décuplée dans le cas d'un couple déjà relié télépathiquement par le koon-ut-so'lik.

Malgré tout, je comprend que certains pourront trouver que ces agissements sont trop extrêmes pour être conforme au canon. À ceci je répondrais que dans le film The undiscover country, Spock pratique une fusion mentale forcée sur la traître vulcaine Valeris, une fusion qui semble assez violente pour la faire hurler de façon proprement terrifiante. Alors à tout prendre, le procédé décrit ici est plus délicat.

D'un point de vue humain, il est connu que dans les sociétés patriarcales terriennes les mâles considèrent qu'il est sain et naturel de battre leurs épouses. Dans les cultures les plus arriérées, la rébellion féminine va même jusqu'à mériter la peine de mort. Dans le même ordre d'idée, il serait évidemment logique que les vulcains des temps barbares aient eux aussi développés des moyens pour s'assurer de la soumission des femelles et il me semble qu'une technique comme celle présentée ici pourrait facilement en être une version édulcorée.

C'est un procédé qui pourrait sembler très acceptable aux vulcains contemporains puisqu'à tout prendre, il ne s'agit que d'inciter sa femelle-possession, déjà loyale et logique, à agir conformément à ses devoirs. Et on imagine bien qu'une vulcaine ne prendrait pas la chose aussi mal qu'une terrienne paumée.

Dans cette perspective, je crois que Spock pourrait trouver normal d'user d'un tel incitatif avec une épouse aussi incompétente que Jo ; surtout s'il est persuadé d'agir dans leur intérêt à tout deux.

D'autre part, peut-être aussi en est-on au moment où on se demande si cette fic s'entêtera encore longtemps à présenter notre bien-aimé Spock sous son jour le plus froidement vulcain. Un jour qui s'avère d'ailleurs assez peu romantique. En fait, comme je le disais au début du premier tome, il m'apparaît évident qu'un vulcain digne de ce nom a tout ce qu'il faut pour faire virer les terriennes en bourrique et jusqu'à maintenant c'est cet aspect que nous avons exploré à fond.

Question fond, je crois bien que ce couple mal assorti vient justement d'y arriver et bonne nouvelle, quand on en est rendu à ce stade on ne peut que remonter la pente ;)