Avant toute chose, j'aimerais préciser un peu les modifications du canon que j'ai choisi de faire pour écrire L'Autre Moitié.

Il faut d'abord admettre que la fête de Paris dont il est question dans le jeu n'est autre que la fête nationale française, le quatorze juillet. J'ai personnellement pris cette idée comme headcanon. Ensuite, j'ignore complètement la fin du jeu ; Raphaël ne part pas à la recherche de son père en laissant tout derrière lui comme on peut l'entendre, mais plutôt prend le cours d'une vie normale, et tente toujours de le retrouver. Ainsi il revoit souvent Marie, empêchant donc le chapitre bonus L'épreuve de Marie d'avoir lieu. Et puisque tout ceci se passe trois mois après la fin du jeu, le chapitre bonus Liens de famille n'existe pas non plus.

J'ajouterais que tout ce que je dis concernant la mythologie mésopotamienne n'est pas forcément vrai, j'ai dû beaucoup broder car, comme vous le savez bien, on n'a que très peu d'informations dessus.

En espérant que vous apprécierez cette fanfic ! :D


Chapitre I —

« Ainsi je vous demande pour le lundi quinze, dernier délai, de me rendre votre exposé sur l'histoire et la mythologie antique. Tout retard sera sanctionné. Vous pouvez disposer. »

Le maître de conférence coupa son micro, et deux voire trois centaines d'élèves se levèrent, faisant claquer les sièges rétractables des bancs de l'amphithéâtre, avant de sortir. Tous étaient pressés de rentrer chez eux, épuisés par la longue journée de cours qui venait de s'achever. C'était un vendredi, il était dix-neuf heures, le week-end débutait enfin pour la promotion de première année de licence d'histoire de l'art et d'archéologie.

« Tu comptes choisir quoi comme sujet Raph' ? »

Le concerné haussa les épaules, et remit en place la paire de lunettes rondes qui glissait de son nez, dévoilant quelque peu mieux ses yeux à la teinte de noisette.

« Mythologie mésopotamienne, quelle question, répondit-il avec son sourire espiègle. Et toi, Émile ? »

Le jeune homme glissa la lanière de son sac sur son épaule, et passa fièrement sa main dans sa tignasse brune, se recoiffant aisément avec assurance.

« L'Égypte, évidemment ! Et je ne compte pas parler de ce qu'on sait déjà avec Osiris, Isis et tout ce petit monde ! Je vais trouver du concret, de l'inédit !

— Et t'as des pistes par où commencer ? » soupira son ami, presque désolé de voir à quel point il était enthousiasmé par son projet.

Émile fit la grimace, et avoua qu'il craignait de voir les livres de la bibliothèque universitaire répéter encore et toujours les mêmes histoires. Il lui fallait de nouvelles informations, peut-être qu'internet pouvait aider, mais il devait admettre qu'il n'appréciait pas trop de devoir quitter le format papier pour le numérique.

« Ça va être la même chose pour toi, mon vieux, fit-il à son ami alors qu'ils sortaient de l'enceinte de la faculté où ils étudiaient. Peut-être même pire, on a quasiment rien sur l'histoire mésopotamienne...

— Émile ! Raphaël ! »

Une voix mit fin à leur échange, et détourna leur attention. Parmi la foule, un individu, de leur âge, courrait dans leur direction. Ils ne purent ignorer leur ami, qui était apparemment très heureux de les voir, et qui semblait ne plus pouvoir tenir sur place tant son excitation était grande.

« Les gars vous êtes dispos ce soir ?

— Salut à toi aussi, Michel, grogna Raphaël en tentant de faire abstraction des regards qui pesaient sur eux tout autour.

— Je fais une soirée à mon appart, vous venez ? »

S'il y avait bien quelqu'un qui pouvait être encore plus excité par quelque chose qu'Émile pouvait l'être par l'histoire, c'était bien Michel. Tous deux se connaissaient depuis plusieurs années, Raphaël ne les avait rencontrés qu'en arrivant au lycée. Et bien qu'il préférât la compagnie du fana d'histoire, le jeune homme appréciait grandement le caractère fêtard et un peu décalé de leur ami. Ce dernier écarquillait grand les yeux, et souriait à s'en froisser les muscles, tout en guettant la moindre réponse à son invitation.

« Désolé, commença Émile en tirant sur sa veste. Je dois rentrer rapidement, ma mère a besoin de moi pour régler quelques trucs...

— Et je suis un peu crevé » ajouta Raphaël, confondu en excuses.

La mine de leur ancien camarade de classe s'affaissa. Ce n'était pas qu'ils ne supportaient pas Michel, au contraire, ils l'adoraient. Il avait juste simplement mal choisi son moment pour organiser sa soirée.

« J'espérais qu'on puisse enfin traîner ensemble, depuis le temps. Tant pis. »

Il les salua brièvement et repartit dans le sens opposé de sa venue. Raphaël se sentit désolé pour lui ; il avait postulé pour la même licence qu'eux, mais au bout de deux jours intensifs de cours, il avait décidé que c'était trop pour lui, et avait choisi de poursuivre son contrat dans la boutique où il travaillait déjà depuis quelques temps, en attendant de réellement trouver sa voie. Cela faisait deux semaines que l'année avait commencé, et la présence de leur ami leur manquait déjà beaucoup.

« Bon, je dois y aller, moi aussi, lança finalement Émile en enlevant ses lunettes rectangulaires afin d'en essuyer les verres. On se revoit lundi en méthodo ! »

Raphaël lui fit un signe de la main, et prit lui aussi la direction de son appartement. Il n'attendit pas longtemps pour glisser ses écouteurs dans ses oreilles, et lancer une lecture aléatoire des pistes de son téléphone. Sa chanson préférée se lança presque immédiatement. Il sifflota tranquillement l'air alors qu'il avançait à travers le marché, encore animé malgré l'heure tardive. Il passa sans trop s'attarder sur les étalages, regrettant de ne pas pouvoir acheter quelques produits qui lui mettaient pourtant l'eau à la bouche.

Il tourna vers la place Henri-Mondor, où quelques cafés restaient animés en terrasse. C'était la fin du mois de septembre, et pourtant le temps était doux et agréable. Des rires retentissaient au-delà de la musique. Raphaël monta encore un peu plus le volume, l'isolant encore plus du monde qui l'entourait.

L'étudiant retint soupir amusé ; il ne comprenait vraiment pas pourquoi il appréciait autant cette chanson, qui n'était ni entraînante, ni très poussée dans le sens des paroles. Pourtant quelque chose l'attirait, peut-être la voix indescriptible du chanteur, et lui faisait remettre la chanson depuis le début, pour la troisième fois déjà.

Il pressa le pas, manquant de percuter un passant aux yeux rivés sur son téléphone qui ne l'avait pas vu en plein milieu de la rue des Saints-Pères. Il ne se renfrogna pas pour autant ; tout ce qu'il souhaitait était d'enfin rentrer chez lui et se reposer.

La clé tourna dans la serrure, déverrouillant la porte, qui grinça à son ouverture. Un chien surexcité vint bruyamment l'accueillir à son retour. Il eut à peine le temps de poser son sac que l'animal aboya de plus belle, et se dressa sur ses pattes arrières, tendant ses membres antérieurs vers lui. Son maître caressa gentiment son poil court et blanc, et s'assit en tailleur à la hauteur de son compagnon, avant de jouer avec lui.

« Fondue, va chercher ! » ordonna-t-il en faisant rouler une balle de tennis usagée sur le linoléum.

Le chien se précipita après la balle, manquant de se prendre un meuble ou deux dans sa course, et ramena fièrement le jouet, sa queue battant l'air à toute vitesse.

« Tu veux peut-être sortir, non ? T'as passé ta journée enfermé » soupira-t-il avec fatigue.

Il n'avait pas réellement envie de retourner dehors, mais c'était nécessaire que Fondue sortît un peu. Raphaël se releva, et ouvrit la porte d'entrée, pour voir son petit compagnon se ruer dans le hall d'entrée commun à tous les résidents de l'immeuble. Il le suivit, et ensemble ils se dirigèrent tranquillement jusqu'au musée Rodin, dans des rues seulement éclairées par les lampadaires et par le soleil rougeâtre qui déclinait au loin dans le ciel. Les mains dans les poches, Raphaël restait pensif. Il songea longuement à la routine qui s'installait depuis deux semaines. Il se levait, allait en cours, revenait, promenait Fondue, et rentrait finalement pour la soirée. Mais il devait aussi travailler ses cours, il comptait bien réussir ses études, aussi avait-il tendance à ne se coucher que tardivement. Sans oublier certaines sorties nocturnes...

Il fut tiré de ses pensées par une discussion entre plusieurs personnes qui se promenaient dans les environs. Ils parlaient de l'incident "d'il y a trois mois", selon eux trop rapidement oublié par les médias. Il frissonna, il ne partageait pas réellement leur avis. Il avait été au cœur des événements, et pouvait affirmer qu'il y avait une nette différence entre ce que disaient les journaux et ce qui s'était vraiment passé. Ils avaient remis la faute sur un individu mentalement instable qui était parvenu à construire une forteresse volante sous la ville, avec l'aide d'organisations étrangères secrètes. Autrement dit, c'était bien trop gros et bien trop faux comme explication. Dire la vérité, qu'un homme avide de pouvoir avait déterré un trésor ancien dans le but de renverser le gouvernement, aurait de loin été la meilleure solution. Mais le monde avait gobé cette version officielle et fausse, et ceux qui connaissaient la vérité étaient forcés de se taire. C'était même assez incroyable que tous crussent à de tels mensonges.

Fondue aboya, manifestant son désir de faire demi-tour et de rentrer. Il avait certainement dû ressentir la fatigue de son maître, et souhaitait qu'il se reposât au plus vite.

Et Raphaël devait admettre qu'il n'en était pas mécontent. Aussi, dès qu'il fut arrivé, il prit à peine le temps de manger quelques restes de pâtes, et fila directement se coucher, son compagnon à quatre pattes roulé en boule au pied du lit.

Ce fut le lendemain, alors qu'il faisait activement des recherches à la bibliothèque universitaire de sa fac aux côtés d'Émile, que Raphaël eut un déclic. Le sujet stipulait de lier l'histoire d'une civilisation antique à sa mythologie, rien de plus facile. Mais son choix sur la Mésopotamie était d'autant plus dur que les sources dont il disposait étaient très limitées. Or, il venait de se remémorer l'existence d'artefacts liés de très près aux gouvernements des royaumes babyloniens.

« Pourquoi tu souris bêtement ? lui glissa son ami, consterné par le soudain changement d'expression du jeune homme.

— J'ai trouvé exactement le sujet qu'il fallait pour me dégoter une bonne note ! sourit-il à pleine dents. Et je sais où trouver mes sources ! »

Il se dirigea vers les ordinateurs mis à la disposition des étudiants, afin de procéder à leurs recherches. Il lança une recherche dans la base de données, et obtint une courte liste des ouvrages concernant les trésors qui s'étaient passés entre les mains des rois de Babylone. Cela ne faisait aucun doute, il était sur la bonne voie.

Il éplucha scrupuleusement les quelques ouvrages sur le sujet, et s'étonna de constater que l'un d'eux faisait mention du bracelet de Tiamat, un bijou que portaient les rois babyloniens jusqu'à l'arrivée de Nabuchodonosor, le premier du nom, au pouvoir vers 1125 avant Jésus-Christ, où il fut banni et remplacé par le sceptre de Marduk, le dieu suprême babylonien. La tradition se serait perpétuée, et les rois qui suivirent prenaient tous au début de leur règne possession du sceptre, qui affirmait leur pouvoir.

La raison d'un tel changement d'idole s'expliquait par le fait qu'un texte relatant les origines du monde, l'Enuma Elish, parut sous le règne de Nabuchodonosor Ier, et démontrait que Tiamat, mère de tous les dieux, avait désiré mettre fin aux jours de ceux-ci, et que Marduk s'était opposé à elle, mettant fin à son règne. Le peuple du royaume de Babylonie avait alors pris conscience qu'il était impossible d'être dirigé sous l'image de la déesse du chaos, et avait donc, sous la directive du roi, voué un culte au dieu Marduk, laissant Tiamat tomber dans l'oubli.

Raphaël remplit plusieurs pages de prise de notes sur le sujet, convaincu que cela aiderait grandement à illustrer le lien entre la mythologie et l'histoire de la civilisation babylonienne pour son devoir. Il n'en doutait vraiment pas.

« Wow, on dirait que l'inspiration te possède, fit Émile en écarquillant les yeux, ébahi par les feuilles qu'il noircissait à vue d'œil.

— Et t'as juste pas idée de ce que j'ai trouvé » sourit-il en remettant une mèche rousse à sa place dans sa crinière rouge écarlate.

Son ami l'observa longuement, le coude gauche posé sur la table, et la tête appuyée sur son poing. Il n'avait jamais vu Raphaël autant passionné que par la Mésopotamie ces derniers mois. Il était vrai qu'il lui avait posé quelques questions concernant quelques objets antiques, mais l'histoire n'avait jamais été sa grande passion. Jusqu'à ce déclic, aux environs de la fête de Paris, suite auquel il lui avait souvent demandé diverses anecdotes historiques, surtout au sujet de Babylone. Il avait beau être son ami, il n'était pas certain de réellement le connaître...

Raphaël jeta un coup d'œil à sa montre, et s'affola en constatant l'heure. Il avait pris beaucoup trop de retard, et il avait promis à Simon qu'il tiendrait le salon de thé ce jour-là. Il rangea avec hâte les livres, en ne gardant que celui qu'il n'avait pu éplucher, faute de temps, en prévoyant de le travailler une fois chez lui. Il salua rapidement Émile, et fila, le laissant seul avec quelques ouvrages sur l'Égypte.

Son patron l'accueillit à bras ouverts, alors qu'il arrivait pile à temps. L'homme, d'une soixantaine d'années, avait dû gérer seul les clients et la réorganisation des stocks, puisque Michel n'avait même pas prévenu de son absence. Évidemment, puisqu'il avait fait une soirée la veille, et que son caractère fêtard et flemmard l'avait sûrement incité à ne pas se réveiller. Mais Raphaël resta silencieux sur la raison de l'absence de son ami, il valait mieux lui éviter des ennuis. Il enfila tablier et gants, et commença à réapprovisionner les stocks de pâtisseries dans le comptoir réfrigéré, tandis que le patron retournait s'assurer qu'il ne manquait rien dans l'arrière boutique, et vaquer à ses occupations de patron.

L'après-midi passa lentement, puisque peu de clients ne souhaitaient s'arrêter et siroter un café. Aux alentours de seize heures pourtant, il y eut un afflux de clients assez important, souvent des parents achetant un goûter à leurs enfants. Puis il n'y eut plus beaucoup de monde, et l'ennui revint.

Pour tuer le temps, Raphaël avait sorti le livre emprunté à la bibliothèque, et continuait de chercher d'autres informations pour son exposé. L'histoire du sceptre de Marduk était très récurrente, et piquait décidément grandement sa curiosité. Il connaissait déjà très bien le bracelet de Tiamat, cela aurait été parfait s'il pouvait étudier le sceptre de très près.

Une idée, quelque peu malhonnête, lui passa par la tête. Il se permit d'utiliser l'ordinateur de la boutique, dont Simon se servait pour vérifier les dates de livraisons et autres détails nécessaires à la survie de sa boutique. Il fit une rapide recherche, et constata que le fameux sceptre était en exposition au Louvre, dans le même décor que celui où se reposait, avant son vol, le bracelet de Tiamat. Quelle ironie.

La porte s'ouvrit, faisant tinter la clochette sur son chemin. Le nouveau client entra discrètement, et vint s'approcher du comptoir, pour passer sa commande.

Il leva le nez, et fut agréablement surpris de voir une jeune fille blonde se tenir devant lui. Il la salua, et afficha un large sourire.

« Bonjour Raphaël, répondit-elle de sa voix douce, ses yeux bleus pétillants de joie. Est-ce qu'on peut prendre un café ensemble ? »

Il parut hésiter quelques instants.

« Simon est là, alors je ne pense pas, fit-il en grimaçant. Mais tu peux toujours t'installer là ! »

Il lui montra une table assez près du comptoir, où elle s'assit. Elle lui commanda une boisson, un thé vert chinois, qu'il prépara rapidement avant de lui servir.

« Alors, Marie, qu'est-ce qui t'amène là, demanda-t-il en s'accoudant au muret qui les séparait, par cette belle journée ?

— Ça faisait longtemps qu'on n'était pas sorti en ville ensemble, fit-elle en sirotant la boisson brûlante. Entre les cours, ton travail et mes cours de soutien, on n'a jamais d'horaires en commun. »

Elle reposa la tasse dans sa coupelle, et le fixa du regard.

« Est-ce que tu es libre, après ? Mère m'a autorisée à sortir ce soir. J'avais pensé à aller au cinéma...

— J'ai une meilleure idée, souffla-t-il en se penchant vers elle afin que son patron ne l'entendît. Ça te dirait d'aller apprécier un peu d'art ensemble ce soir, juste toi et moi ? »

Elle parut surprise par cette invitation, avant de se souvenir que son ami préférait visiter les musées en douce la nuit, lorsqu'il n'y avait personne d'autre que lui. Elle se demanda depuis combien de temps elle ne l'avait pas accompagné dans une telle sortie, peut-être un mois ou même deux. Ils avaient beau avoir passé quelques temps ensemble depuis leur rencontre vers mi-juillet, sa mère l'avait souvent gardée confinée au manoir afin de rattraper le temps perdu ; on ne devenait pas aussi facilement apte à succéder à la duchesse, il lui fallait suivre de nombreux cours. C'était en partie pour cette raison qu'elle n'hésitait pas à aller le voir dès qu'elle avait un peu de temps libre, ce qui s'était extrêmement raréfié depuis le début de l'année scolaire.

« À quelle heure veux-tu qu'on y aille ?

— J'avais pensé à minuit et demi, peut-être une heure.

— C'est tout de même tard, soupira la jeune fille. Il ferme à quelle heure ?

— Dix-huit heures. Tu veux qu'on y aille pour neuf heures ?

— Si ça ne te dérange pas. Je suis un peu fatiguée, et j'ai peur que mère ne veuille pas que je sorte jusqu'aussi tard. »

Il acquiesça, il comprenait parfaitement. Il devait avouer que lui aussi ne se sentait pas au meilleur de sa forme, même si cela ne l'empêcherait en rien de faire sa promenade nocturne.

Elle resta avec lui jusqu'à la fermeture de la boutique ; Simon lui avait demandé de s'en charger. Ils discutèrent longuement, pendant qu'il rangeait la caisse et passait un rapide coup de balai entre les tables, sans oublier de laver celles-ci. Ils abordèrent de nombreux sujets, tels que la vie au manoir qu'elle menait, et les études, entre autres. Il fut plutôt étonné lorsqu'elle lui avoua être plutôt à l'aise dans sa classe préparatoire scientifique, puisqu'il ne s'était jamais imaginé qu'elle irait suivre un tel cursus. Lorsqu'elle lui demanda comment se passait sa licence, il ne put lui mentir.

« Je dois faire un exposé, dès le début de l'année. Une sorte de test, pour évaluer nos aptitudes à chercher et organiser des infos historiques. Évidemment, j'ai choisi la Mésopotamie comme sujet. »

Elle esquissa un léger sourire, amusée. Il était tellement prévisible.

« Et j'ai découvert un objet avant appartenu aux rois babyloniens, fit-il avec enthousiasme en remettant à sa place le chiffon qui servait à essuyer les tables. D'où la sortie de ce soir, je compte le voler pour l'étudier de moi-même.

— Je ne sais pas si c'est juste, murmura Marie d'un air mal à l'aise. Il a une grande valeur, tu ne peux pas le prendre comme ça et le rendre après, juste pour t'amuser...

— Ne t'inquiète pas, répondit-il, je le rendrai rapidement, ils ne verront même pas que je l'aurais pris ! »

Lorsque Raphaël eut terminé la fermeture du salon de thé, ils prirent tranquillement la direction de l'appartement du rouquin. Il devait déposer quelques affaires, et surtout, il devait à tout prix se changer. Fondue les accueillit chaleureusement, ravi de revoir la jeune fille.

Il troqua son cardigan et sa chemise contre une tenue plus habillée ; une veste et un pantalon de costume bleu marine, accompagnés d'une chemise immaculée et d'une cravate de couleur bordeaux. Il ôta ses lunettes rondes, et se mit ses lentilles de contact ; il ne souhaitait pas être dérangé par sa monture qui avait tendance à glisser facilement. Il parfit le tout en se coiffant d'un chapeau aux mêmes couleurs que son costume. Il se regarda fièrement dans son miroir. C'était parfait.

« Ça fait bizarre de te revoir en tant que Fantôme R, rit Marie en le voyant revenir dans le salon.

— Pourtant j'ai jamais arrêté, je me suis juste fait discret pour éviter le plus possible la police. »

Il lui prit la main, et tous trois quittèrent les lieux, se dirigeant vers le musée du Louvre, au nord de son appartement. Ils entrèrent sans grande difficulté dans l'enceinte du bâtiment grâce à un passage secret dissimulé dans l'aile Denon. Une fois à l'intérieur, ils prirent leur temps pour déambuler d'un pas tranquille dans les galeries, en prenant soin de désactiver les caméras de sécurité. Mais puisqu'ils s'étaient rendus là avec un but, il fallut bientôt se rendre à la malle mésopotamienne, où était entreposé le sceptre que convoitait Raphaël. Il le trouva sans difficulté, dans une vitrine mal fermée. Décidément, s'ils s'étonnaient des capacités de Fantôme R à dérober aussi bien des œuvres d'art, il fallait d'abord s'interroger sur la sécurité et la protection de celles-ci.

Le contact de ses doigts sur le métal froid le fit frissonner. Il ignorait exactement quel type de matériau avait été utilisé pour forger cet artefact, mais il était certain que c'était le même que celui du bracelet de Tiamat, ou encore de la couronne du dragon. Le sceptre devait faire un mètre d'envergure, peut-être un peu plus, toutefois trop court pour s'en servir comme d'une canne, et trop long pour être dissimulé sous la veste de costume qu'il portait. Raphaël le garda à la main alors qu'ils reprenaient leur promenade nocturne.

Ils se séparèrent finalement peu de temps après, devant l'entrée de l'immeuble où vivait Raphaël. Marie retourna chez elle, au manoir de la duchesse, pendant que le jeune homme et son chien retrouvaient la douce chaleur de leur appartement au rez-de-chaussée.

Assis à son bureau, dans sa chambre, le rouquin étudiait sous tous les angles sa trouvaille. Il avait le sentiment que c'était bien plus qu'un exemple pour un simple exposé qu'il avait entre les mains. Le long manche avait été travaillé sous la forme d'une spirale, gravée de symboles cunéiformes racontant très certainement l'histoire de Marduk. Il discerna un serpent —ou était-ce un dragon ?— enroulé sur le haut du bâton, et s'en détachant progressivement, le haut de son corps ainsi que sa tête, à la gueule ouverte dévoilant des crocs acérés. Il n'y avait rien d'autre, pas le moindre diamant brillant ou quoi que ce fût.

C'était tout de même étrange, pensa Raphaël en repositionnant ses lunettes sur son nez avant de le retourner une énième fois, qu'un objet ayant apparemment tranché des corps n'eût pour autant aucune lame.

Et comme par hasard, il trouva un mécanisme dissimulé dans le pommeau du sceptre, qui révéla son identité seconde, en le séparant en deux morceaux. La partie inférieure de détacha, révélant une lame aiguisée et polie tel un miroir, qui n'avait pas été affectée par le temps. Des mots étaient écrits, bien qu'il était impossible de les lire. Il fallait bien l'admettre que c'était épatant, et le métal froid était étonnamment lisse. Si lisse que Raphaël fit glisser ses doigts sur sa surface, ce qui lui valut de s'entailler la dernière phalange de son majeur gauche par manque d'attention. Il remarqua que la blessure n'était pas superficielle, et avait laissé quelques gouttes sur le sceptre, qu'il s'empressa d'essuyer.

C'en était assez pour ce soir-là, la fatigue l'avait mené à se blesser. Il cala un mouchoir entre des doigts afin de stopper le saignement, et remit la lame dans son fourreau, avant de poser le sceptre sur son bureau, près du bracelet de Tiamat qu'il avait malgré tout gardé. Il fallait peut-être songer à le rendre depuis le temps.

Il fut pris de vertiges alors qu'il se leva de sa chaise. La gorge sèche, il se dirigea lentement vers la cuisine, à la recherche d'eau à boire pour faire passer son malaise. Il avala cul sec plusieurs verres, en prenant le temps de respirer profondément. Et lorsqu'il voulut retrouver le chemin vers sa chambre, il tituba et s'effondra sur son canapé, exténué.