Hérauts du Fléau

Cette fiction est la propriété de Toady16/Princess Toady. Elle ne doit en aucun cas être copiée, partiellement ou entièrement sans son autorisation. Soyez libres de vous en inspirer si toutefois vous le désirez. En ce qui concerne les personnages originaux, veuillez me demander avant de les utiliser. J'espère que vous l'apprécierez.

1 : Cirque Excentrique

POV : Martin Tamarre

"Welcome to the Star Carnival !" s'époumona un homme tout de bleu vêtu. L'allure guillerette, le curieux personnage faisait signe aux milliers de spectateurs qui déferlaient dans l'enceinte du cirque dont il était le meneur. D'une autre main, il tentait de retenir son chapeau haut de forme avec une certaine difficulté.

Martin Tamarre était un homme d'affaires extrêmement connu au Royaume Champignon. Entrepreneur de renom, il avait fait la promotion de son cirque seul. Cet homme aussi rusé que joueur s'était fait connaître en proposant à la princesse du royaume ainsi qu'à une pléthore de personnalités connues d'organiser la huitième Mario Party dans son chapiteau. Suite au succès de son opération, les aficionados du cirque affluaient en masse et l'homme au couvre-chef ostentatoire s'était fait un nom.

Il resta quelques minutes en dehors du chapiteau, utilisant toute la puissance de ses cordes vocales afin de dominer le vrombissement de la toile rouge qui gonflait et retombait comme un soufflet provoqué par le vent cinglant. Malgré la fraîcheur de cette matinée d'été, Martin Tamarre ne se laissait pas décourager : il était de son devoir d'accueillir les visiteurs. Certains venaient même spécialement pour entendre sa voix tonitruante et lui demander un autographe à la fin de la présentation journalière. Il ne pouvait tout de même pas les décevoir !

Il continua sa ritournelle habituelle jusqu'à ce que le flot de spectateurs s'amoindrît, suite à quoi, d'un geste ample de la main, il écarta deux parcelles de toiles et se réfugia à l'intérieur du chapiteau principal. Il marcha quelques minutes tout en se frottant les mains pour se réchauffer, puis partit en direction de son bureau la paperasse avait tendance à s'accumuler ces derniers temps, et il savait qu'il ne pourrait pas échapper éternellement à ses responsabilités.

Poussant un soupire de lassitude, le gérant du Carnaval de l'Étoile fit claquer sa langue. Il regrettait amèrement l'absence d'une secrétaire à ses côtés dans ces moments-là, mais c'était un homme qui désapprouvait fortement la délégation des tâches. Préférant rester maître de son destin, Martin désirait avoir toutes les cartes en main et prendre ses propres décisions. S'il faisait une erreur, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même.

Il passa devant l'un de ses employés et le salua en retirant son chapeau. Le personnage en question ne put s'empêcher d'avoir un hoquet de surprise et fit tomber les cinq balles avec lesquelles il jonglait sur le sol. Penaud, Bloups s'empressa de rattraper ses balles avant qu'elles ne roulent trop loin tout en murmurant un bref 'B'jour M'sieur' à peine audible. Bien que le spectacle fût amusant pour Martin, il ne put s'empêcher de lever un sourcil en guise de surprise. Il était normal pour la pieuvre d'être distraite, mais l'être tentaculaire semblait tracassé par un tout autre mal. Le gérant au chapeau haut de forme haussa les épaules de manière désinvolte, mettant ceci sur le coup de l'anxiété.

Il pénétra dans son bureau et accrocha sa veste violette sur un porte-manteau avant de s'atteler à la tâche qui lui incombait. Les yeux à demi-ouverts, Martin Tamarre commença à éplucher le courrier, ouvrant les lettres les unes après les autres. Il poussa un grognement guttural lorsqu'il tomba nez à nez avec la douloureuse, sa renommée internationale ne l'exonérait pas des impôts locaux. Il mit de côté une petite dizaine de lettres qui lui étaient destinées, provenant d'admiratrices n'étant pas en pleine possession de leurs moyens et écrivit sur un post-it qu'il lui faudrait demander à sa dompteuse comment se débarrasser des groupies, avant d'être soudainement pris d'un instant de lucidité.

"Bah, t'as qu'à déclarer à la presse que t'es homo, ça calmera leurs ardeurs."

Oui, sans aucun doute, c'était exactement le genre de conseil qu'elle lui donnerait. Finalement il se ravisa et mit le post-it à la poubelle avant de s'atteler aux demandes de ses employés. Les acrobates, Diddy et Dixie Kong, souhaitaient prendre des vacances dans quelques mois afin d'assister leur ami, et oncle en ce qui concernait le premier, qui avait récemment monté une affaire avec un rupin que Martin connaissait très bien. Bloups quant à lui, demandait une très légère augmentation de salaire. Martin Tamarre allait accepter la requête, mais se souvint que la créature marine avait déjà passé une requête presque identique la semaine passée...et celle d'avant encore...ainsi que celle qui précédait l'avant-dernière...

Un sourire presque imperceptible se dessina sur ses lèvres, et il finit par accepter. Le cirque se portait bien et la demande de Bloups était envisageable. "Mmmh... Il faudra que je lui en touche deux mots," fit le gérant en secouant la tête de gauche à droite.

Finalement, Martin Tamarre consulta la montre qu'il portait au poignet et remarqua qu'il s'occupait des papiers depuis plus d'une heure déjà. Il allait s'arrêter pour un moment lorsqu'une enveloppe rose pâle attira son attention. La couleur annonçait presque l'émetteur – ou plutôt l'émettrice – de la lettre. Il écarquilla les yeux, pris par surprise par le contenu de la missive.

Cher Martin Tamarre,

Comment vous portez-vous ? Cela fait des lunes que nous n'avons pas pris de vos nouvelles, mais tout le monde continue de penser à vous.

Quelques amis proches et moi-même avons décidé de vous rendre visite le 13 juillet. Nous assisterons tout d'abord au spectacle, puis nous espérons pouvoir discuter avec vous et nous retrouver autour d'un repas.

Dans un soucis de logistique, nous avons décidé de dîner au restaurant appelé l'Anneau Tigré, nous espérons que vous vous joindrez à nous.

Sincères salutations,

Princesse Peach Toadstool.

Martin Tamarre fut soudainement pris d'un doute à la lecture de cette lettre... Il jeta un rapide coup d'œil à sa montre puis s'empara de l'enveloppe fébrilement. "Date d'expédition... Le 8 juillet. Et aujourd'hui on est... Oh-ho..."

Branle-bas de combat au chapiteau ! La Princesse et ses amis assistaient en ce moment même au spectacle de sa troupe, et il n'était en rien préparé à les recevoir ! Ni une, ni deux, Martin Tamarre se hâta de remettre sa tunique violette et allait franchir la porte de son bureau afin de donner l'ordre à ses cuisiniers de préparer un repas digne de ses invités surprise, quand une seconde enveloppe attira son attention. Il se posa la question de savoir s'il fallait qu'il remît la lecture de cette dernière à plus tard, mais ne voulant pas d'autre surprise, le leader du cirque s'empara de l'enveloppe noire marquée d'une seule lettre : un X argenté.

Les enveloppes colorées n'étaient quasiment jamais utilisées au Royaume Champignon, il était commun pour la princesse d'en utiliser des roses pâles, mais la couleur noire de cette dernière attisait la curiosité de son détenteur. Il ouvrit délicatement l'enveloppe puis déplia la lettre dans le but de la lire.

Salutations,

Si vous recevez ceci, cela signifie que vous avez été tiré au sort pour participer à un jeu des plus exaltants, des plus excitants ! En effet, vous êtes l'un des heureux concurrents de notre nouveau show ! Au programme ? Rien d'autre que du pur amusement ! Et oui ! Après tout, qui ne s'amuserait pas en vous voyant vous débattre contre une nuisance invisible ? Votre douleur sera notre euphorie, votre souffrance notre aphrodisiaque, votre agonie notre firmament.

A partir de demain, et ce jusqu'à l'anéantissement total de votre camp ou du nôtre, une personne trépassera chaque nuit ! Comment, vous nous demandez ? Nous nous réservons le droit de ne pas répondre à cette question. Pourquoi, vous vous questionnez ? Il vous faudrait peut-être passer plus souvent par la case introspection !

Mais vous vous enquérez sûrement de notre identité ? Nous allons vous la donner... Nous sommes les Xhampi, une organisation ayant pour but de réparer les erreurs que vous avez commises... Mais nous sommes beaux joueurs ! Nous vous laissons une chance de prouver votre valeur et de nous défier : nous participerons aussi à cette activité macabre, et chaque jour vous aurez la possibilité de mettre fin aux jours de l'un d'entre nous... Si tenté que vous parveniez à nous identifier !

Oh et, nous avons bien peur que l'abandon ne soit pas une option. Que serait un jeu sans des participants alertes et investis ? Ce serait un ennui profond, voilà tout ! Nous avons pris nos dispositions pour nous assurer que vous viendrez de toute manière ! Cela commence par 'O' et se finit par 'Tage'. Une idée de ce que ça peut être, mmh ?

Bref, nous vous attendrons le vendredi 13 juillet à 22 heures pile sur la piste du chapiteau central du Carnaval de l'Étoile. Ne nous faites pas attendre, nos petits Toad ! Vous n'aimeriez pas être punis par un gage, n'est-ce pas ? Ce pourrait être assez...inconvénient !

-Les Xhampi

Abasourdi, Martin Tamarre jaugea l'authenticité et la crédibilité de la lettre. Rien ne lui prouvait que cette dernière n'était pas qu'une blague faite par l'un de ses employés. Mais rien ne lui prouvait non plus que les menaces n'étaient pas réelles. Troublé par cette lettre, il décida de la plier en quatre et de la fourrer dans son veston pourpre : il avait encore le temps de réfléchir à ce qu'il ferait en préparant les festivités du soir.

...

A vingt heures, Martin Tamarre fit irruption dans le restaurant où il était attendu. Saluant les clients qui dégustaient leurs mets tranquillement, il foula la moquette rouge ornée de motifs dorés et se mit en route vers la loge VIP, guidé par la lumière des nombreux chandeliers suspendus au plafond. Il en profita pour inspecter l'établissement et hocha la tête positivement en remarquant qu'aucune table n'avait pour revêtement qu'une nappe d'un blanc cristallin.

Le meneur du cirque traversa la salle à grandes enjambées puis posa la main sur la poignée de la loge réservée aux invités de renom. Éclaircissant la gorge bruyamment, il dévoila l'ampleur de ses cordes vocales à la petite troupe située à l'intérieur. "Hello ! Heureux de vous retrouver !"

"Oh ! Regardez qui voilà !" s'exclama une voix d'une douceur incomparable. Tournant la tête, le gérant du cirque remarqua la ravissante princesse Peach, vêtue de sa sempiternelle robe rose.

"Mes hommages, votre majesté !" répondit Martin Tamarre en faisant une révérence. Son chapeau tomba presque au sol, mais il le rattrapa habilement.

"Voyons, nous sommes entre amis. Nous pouvons laisser les formalités de côté," sourit la belle demoiselle en esquissant un sourire angélique. "Ravie de vous revoir, Martin."

A ses côtés, le leader du cirque remarqua la présence du héros du Royaume Champignon, le seul et l'unique Mario. Le moustachu se leva et alla serrer la main de Martin. Il avait une forte poigne ! "Hé Martin, c'est bon de te revoir !"

Les uns après les autres, les invités saluèrent l'homme au couvre-chef. Luigi, le petit frère de Mario les accompagnait, tout comme Daisy, princesse du Sarasaland. Yoshi et Birdo étaient assis l'un à côté de l'autre et acclamèrent Martin lorsqu'il les accueillit, tout comme Toad et Toadette qui avaient eux aussi eu l'opportunité de discuter avec lui lors de Mario Party 8. Il ne connaissait pas la dernière femme à l'allure mystérieuse, dont la frange masquait une partie de son visage.

"Je me prénomme Harmonie," se présenta la beauté en posant la main sur sa poitrine, "c'est un plaisir de vous rencontrer, Martin. J'ai entendu beaucoup de choses sur vous, et je me dois de vous féliciter. C'est un formidable cirque que vous tenez là."

La princesse à la robe jaune ne put s'empêcher d'ajouter son grain de sel dans la conversation. "C'est la première fois qu'Harmonie vient au cirque! C'est tout nouveau pour elle!"

"Vraiment? J'espère bien que toute la troupe s'est montrée à la hauteur de vos espérances dans ce cas!" s'enthousiasma l'homme au chapeau avant qu'un moment de silence ne s'installe. "Mmmh... Nous parlons, nous parlons... Mais nos ventres restent vides ! Laissez-moi m'occuper de ça."

D'un geste vif, Martin tira la chaise de son emplacement puis sortit en dehors de la salle insonorisée. Immédiatement, ses oreilles furent assaillies par une cacophonie sans précédente. A la table seize, deux individus à l'apparence particulière semblaient hacher menu l'un de ses pauvres serveurs.

L'individu féminin, portant une robe bleue à carreau se plaignit du service. "C'est vraiment intolérable ! Je dois déjà supporter les blagues vaseuses de Célestin, mais en plus le service de cette gargote de pacotille laisse à désirer !"

"Parce que maintenant c'est ma faute ?!" s'enquit un être rayonnant, vêtus d'une toge aux couleurs chaudes. "Dois-je rappeler à madame qu'elle a pris une heure pour se préparer et qu'à cause de ça nous avons raté nos retrouvailles avec Mario et compagnie ? Et puis je ne blague pas, pas ma faute si tu es incapable d'apprécier les bienfaits du soleil !"

A côté d'eux, un Koopa se protégeait à l'aide d'un plateau. Son visage s'illumina à la vue de son patron. "Boss ! Vous devez m'aider, ils sont intenables !" chuchota t-il à l'adresse de l'intéressé.

"Excusez-moi," Martin commença en s'approchant de la table, "je suis le tenant de cette 'gargote de pacotille', y aurait-il un problème ? J'ai cru comprendre que vous connaissiez Mario."

"Ha! Qui ne le connaît pas?" rétorqua la lunatique.

"Séléna, si tu pouvais arrêter de faire une scène..."

"Parce que JE fais une scène ? Ah, c'est vraiment beau ! Tu as toujours aimé te dédouaner de toute responsabilité."

"Ah-hem !" les interrompit Martin. "Si vous voulez bien me suivre, Mario dîne en ce moment même ici." Puis il se tourna vers son employé. "Koopa, retourne t'occuper du service, et dis à Shimi de mettre les bouchées doubles. Profites-en aussi pour bousculer les autres serveurs, ce n'est vraiment pas le moment de tirer au flanc."

"Bien monsieur !" Koopa le salua comme à l'armée avant de filer en cuisine. Martin Tamarre essuya son front avec son avant-bras ; une autre crise évitée !

...

Bientôt, le repas se finit sans autre éclat de voix, et Koopa fut même félicité par Séléna pour son service impeccable, cette dernière ayant tout oublié de l'altercation qui avait eu lieu un peu plus tôt dans la soirée. Peu à peu, la petite troupe se dispersa tout en se souhaitant une bonne nuit, laissant le maître des lieux seul avec ses réflexions. Consultant sa montre, Martin Tamarre s'aperçut qu'il n'était pas loin de 21h30, et machinalement il posa la main sur la poche de sa veste qui contenait la lettre qui lui avait été adressée par les Xhampi.

Étant le gérant du cirque, aucun de ses mouvements n'étaient entravés. C'est ainsi qu'il choisit de se rendre sur la piste du chapiteau central, afin d'assurer ses arrières. Si tout ceci n'était qu'une blague, il n'avait absolument rien à perdre à remplir les conditions émises dans la lettre. Et si au contraire, cette plaisanterie s'avérait cacher de sombres intentions, il ne ferait pas les frais du gage dont il était question en cas d'absentéisme.

Une voix fluette le tira de ses pensées, suivie d'une autre plus affirmée. "Tu penses qu'on devrait vraiment faire ça ?" demanda la première. "Ce n'est pas très prudent..."

"Qu'est-ce que tu baragouines ?" questionna la seconde, une once d'exaspération se faisant ressentir. "Tu préférerais ignorer l'avertissement ? Parce que si la lettre dit vrai, je ne préfère même pas imaginer de quel genre de gage il est question. Après, si tu veux expérimenter, libre à toi de sécher cette petite réunion."

Martin Tamarre devint blême. Il avait tout saisi de la conversation, et plus d'une personne avait reçu la même lettre que lui, il semblerait. Se tournant vers les deux femmes qu'il connaissait, il les héla de loin. "Par ici !"

La première trépigna de joie, visiblement contente et rassurée de se trouver aux côtés de son employeur. "Boss ! Qu'est-ce que vous faites ici ?" s'enquit la personne de petite stature. Elle était vêtue d'une petite robe verte aux ourlets blancs. Sa chevelure verte rebondissait en même temps que ses ailes la propulsaient vers le patron du cirque.

"Libella ! Jessica ! Ne me dites pas que vous avez aussi reçu une lettre toutes les deux...?"

Jessica arriva près de Martin Tamarre et s'arrêta devant lui, bras croisés. "Toi aussi alors, hein...?" Elle était la seule membre de l'équipe assez impudente pour tutoyer son employeur, mais celui-ci n'y voyait pas d'inconvénient. C'était une humaine rousse aux formes élancées, dont le décolleté violet, le corset beige et la jupe rouge accentuaient sa taille de guêpe. Malgré sa tenue, c'était une redoutable dompteuse au tempérament de braise.

Martin acquiesça. "Je me demande si d'autres personnes ont reçu cette lettre. J'espère bien que c'est une mauvaise plaisanterie."

Jessica soupira longuement. "Si jamais je trouve le nigaud qui a cru bon de nous faire perdre notre temps, il goûtera aux joies de mon fouet."

"Tu pourras lui en donner un coup de ma part !" badina Libella en tapant des mains.

"Bien sûr. Et j'en donnerai un de la part de Marty aussi," sourit la jolie rousse, un sourire en coin. La réaction qu'elle attendait ne se fit pas attendre et Martin Tamarre lui lança une œillade blasée.

"Eep !" s'écria quelqu'un avec toute la discrétion d'une personne ne voulant pas être vue. Les trois membres du cirque présents se lancèrent un regard entendu.

"Bloups, tu peux sortir de ta cachette. Il n'y a que toi pour faire ce genre de truc," Jessica leva les yeux au ciel. Cependant, à la surprise générale, ce n'est pas Bloups qui montra le bout de son tentacule...

Habillée de rose, Toadette descendit l'estrade, suivie de près par Toad, le regard plein d'incompréhension. Quelques secondes plus tard, Bloups suivit dans leur sillage.

"Qu'est-ce que ça veut dire...?" Martin Tamarre déglutit difficilement. "Toadette, vous avez aussi reçu une invitation ?"

Toad hocha la tête, l'air circonspect. "J'imagine que c'est la même chose pour tout le monde ici ?"

"Oui mais..." Le gérant ne finit pas sa phrase. Son intuition le trompait rarement, et il sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Soit la blague était exceptionnellement bien ficelée, soit...

Il ne préférait même pas y penser.

Peu à peu, les autres participants rejoignirent les six élus. D'abord, la princesse Peach avança d'un pas hésitant, derrière les frères Mario et Daisy, bien plus assurée que sa comparse. Par un jeu du destin, Yoshi et Birdo arrivèrent en même temps, de côtés opposés, tandis que Séléna et Célestin firent une apparition aussi discrète que des feux d'artifice. Finalement, peu après l'heure convenue, Harmonie entra sur scène, guidée par Koopa qui resta aux côtés de la beauté cosmique.

Martin compta rapidement le nombre de têtes. Ils étaient très exactement seize. Seize personnes n'ayant à priori aucun lien les unes avec les autres. Un silence gêné s'installa dans la salle, paix éphémère qui fut brisée par Daisy.

"Bon, qu'est-ce qu'on attend ? Les Xhampi vont se révéler, ou leur plan machiavélique est de nous faire attendre jusqu'à ce qu'on s'enracine ici ?" railla la princesse à la robe jaune.

Yoshi approuva les dires de son amie, la gratifiant d'un lever de pouce. "Daisy a raison, maintenant qu'on est tous réunis, que les coupables se dénoncent. On ne va pas y passer la nuit."

A côté de Mario, Luigi semblait enclin à suivre le mouvement. "Si rien ne se passe, j'imagine qu'on peut partir..." Alors que la motion semblait acceptée par de nombreuses personnes, l'assemblée put entendre des sanglots venir d'une personne.

"Quelqu'un...pleure ?" Libella scanna le groupe afin de savoir qui était en proie aux larmes.

"S'il vous plaît, ne partez pas tout de suite," les implora Toad tout en tenant la main de Toadette. "Restez encore un peu. Quelque chose...va forcément se passer."

"Vraiment ?" Birdo lança un regard méfiant à l'encontre de la paire de Toad. "Comment tu peux savoir ça, à moins d'être responsable ?"

Toadette sécha ses larmes et darda les yeux vers son amie au nœud papillon rouge ostentatoire. "Toad et moi... On a des raisons pour croire que ce que dit la lettre est vrai."

Stupeur et désarroi se lurent sur la majorité des visages. Bloups tressaillit subitement, redoutant le pire, mais personne n'osa interrompre Toadette. Elle n'eut cependant pas le courage de continuer, et Toad dut faire l'annonce à sa place. Il baissa la tête. "Dans la lettre... Il y a un passage qui parle d'otage."

L'assemblée acquiesça, redoutant le pire. Toad redressa la tête et fixa Peach du regard. "Papy Champi est introuvable depuis hier. Injoignable, même. Je sais qu'on aurait dû te le dire avant, mais on a reçu la lettre aujourd'hui et on espérait qu'elle soit fausse."

Une expression de terreur traversa le visage de Peach. "Papy Champi aussi ? Ce n'est pas le seul à être introuvable. Rien qu'au château, nous n'avons plus de nouvelle de Toadiko, et Merlon qui ne quitte jamais sa maison est apparemment en 'vacances prolongées'. Et..." Elle hésita un instant. "J'ai reçu de plus amples informations ce matin. Voyez vous-mêmes..."

Bonjour Princesse,

Vous êtes connue pour votre sagesse, c'est pourquoi nous vous adressons cette lettre en plus de l'autre ! Nous espérons vivement que vous partagerez son contenu avec les autres concurrents, car elle contient des informations primordiales dans votre noble quête !

Chaque jeu a ses règles. Vous êtes seize participants, pas un de plus, pas un de moins. Chaque jour à partir du 14, vous devrez enquêter pour savoir qui nous sommes. Oh, et avant de vous ridiculiser et de chercher un coupable extérieur, sachez que les Xhampi sont au nombre de 5...et au sein de ce groupe ! Libre à vous de nous croire ou non, mais vous comprendrez la gravité de la situation quand l'un d'entre vous mordra la poussière. Enfin, c'est ce que nous prévoyons en tout cas !

Enfin, après la période d'investigation, vous vous retrouverez dans le chapiteau central et discuterez de votre potentielle culpabilité. Vous aurez exactement un passe pour décider de ne lyncher aucun d'entre vous. Pourquoi un ? Parce que nous sommes très généreux, voilà tout ! Si on vous donnait la possibilité de ne lyncher aucune personne à l'infini, nous gagnerions le jeu haut la main, et nous ne voulons pas de ça ! Ça serait si décevant, vous comprenez ? Hihihi !

La décision se fait par vote suite à la discussion. Nous utiliserons le principe de la majorité, évidemment. C'est votre seule chance de vous débarrasser de nous, toute personne qui en tue une autre en dehors du procès se verra sévèrement réprimandée ! La présence au procès est évidemment obligatoire. Nous préférons que tout se fasse dans le plus grand ordre, vous voyez ? Nous préférons les choses propres !

Ensuite, chaque nuit, nous irons nous débarrasser de l'un d'entre vous ! Nous répéterons le cycle jusqu'à ce que vous terrassiez le dernier d'entre nous, ou que nous nous trouvions en supériorité numérique face à vous !

Oh et, à chaque fois que l'un d'entre nous mourra, si jamais cela arrive bien sûr, nos corps prendront l'apparence des Xhampi que nous adulons tant ! Une jolie teinte violette à pois bleus ! Bonne chance à tous, nos petits Toad, et que les meilleurs gagnent !

- Les Xhampi

Un silence lourd d'explication s'installa au sein du groupe. Parmi ces seize personnes, cinq conspiraient dans l'ombre et ne souhaitaient rien d'autre que malheur et désespoir pour les onze innocents. Martin Tamarre ne comprenait pas ce qu'il se passait, il avait l'impression de rêver éveillé, mais les expressions auxquelles il faisait face étaient réelles. La surprise avait fait place à la crainte et la méfiance, des individus autrefois amis commençaient même à mettre de la distance entre eux pour éviter le pire. Seule une personne ne semblait pas apeurée.

"C'est ridicule. Vous n'allez pas me dire que vous croyez à ces salades ?" Jessica lança avec véhémence, se pinçant le nez.

Harmonie était restée calme et stoïque, mais la défiance qu'exsudait la dompteuse l'intriguait. "Pardonnez-moi cette interruption, mais pourquoi n'y croyez-vous pas ? Les dires de Toad et Toadette concordent avec les faits et les nouvelles informations apportées par Peach abondent dans le sens d'une organisation aux projets néfastes."

Jessica posa les mains sur ses hanches et gonfla la poitrine. "C'est super simple. Tu me connais ?"

Harmonie leva un sourcil inquisiteur. "Non ? Mais je ne comprends pas en quoi c'est un problème."

"Si cinq personnes ici souhaitent la mort d'onze autres... On pourrait penser qu'elles sont organisées et qu'elles ont un but commun. Alors pourquoi un tel rassemblement ? Ça me paraît pas logique du tout."

Luigi en profita pour ajouter son point de vue. "Il y a une personne ici qui connaît tout le monde..."

Tous les regards se tournèrent vers le meneur du cirque. Choqué par la tournure que prenaient les événements, il se mit à balbutier. "A-Ah... A-allons bon ! Je n'ai aucune raison d'en vouloir à qui que ce soit ici !"

Koopa intervint promptement pour défendre son supérieur. "Le boss tient trop à son affaire pour monter un coup tordu comme ça !"

"D'un autre côté... C'est son cirque, ça pourrait lui faciliter la tâche," murmura Bloups, pensif. "Mais... Ça n'a pas trop de sens."

Célestin se gratta le menton. "La seule chose qu'il pourrait avoir contre moi, c'est le fait que sa Mario Party était un flop comparé à la mienne..."

"La NÔTRE !" rugit Séléna, brandissant le poing.

"...ou alors il voudrait vouloir m'éliminer parce que je suis associé à la lunatique d'à côté," songea l'astre diurne sans prêter attention à sa voisine.

"Arrêtons-nous là pour aujourd'hui," conclut Mario avec finalité. Peach fut rapide à rejoindre le héros vêtu de rouge dans ses propos.

"Je suis d'accord avec Mario. Inutile de nous mettre à nous accuser sur le champ. Je suggère de procéder avec prudence, nous nous rassemblerons ici-même demain matin afin de mettre au point un plan d'action, puis nous nous retrouverons aussi le soir afin de débattre. Qu'en dites-vous ?"

Scrutant les quinze autres joueurs, Martin Tamarre remarqua qu'ils semblaient tous convaincus par les propos de la princesse. L'une des personnes les plus vocales, Birdo, fut la première à donner son aval. "Avec de la chance, c'est une simple blague. Les disparitions pourraient n'être que des coïncidences."

"Vous pouvez bien fuir la réalité autant que vous le voulez, elle vous rattrapera bien assez tôt," lança Toadette avec amertume, ce qui eut tôt fait d'alarmer ses amis les plus proches. Sans rien ajouter de plus, la fanatique de rose partit, suivie rapidement par Toad qui s'excusa maladroitement pour sa sœur.

"Vous pensez qu'elle va s'en remettre ?" s'enquit la prestidigitatrice vêtue de vert.

Daisy croisa les bras, la bouche en cul-de-poule. "Papy Champi est un peu une figure paternelle pour elle, ça ne m'étonnerait pas que le stress le fasse réagir de cette manière. Laissons Toad s'occuper d'elle. On a d'autres priorités pour le moment de toute façon." La majorité acquiesça.

Suite à cela, les gens du spectacle souhaitèrent une bonne nuit à leurs invités qui quittèrent les locaux les uns après les autres. Koopa, Bloups, Martin Tamarre, Libella et Jessica restèrent derrière, et un moment de flottement s'installa au sein de la compagnie.

Finalement, ce fut meneur de la troupe qui le rompit. "J'espère honnêtement que toute cette histoire n'est qu'une fausse alerte. Et par dessus tout, j'ose espérer qu'aucun d'entre vous n'est affilié à ces Xhampi. Je me suis dévoué corps et âme à la création de ce cirque, c'est toute ma vie... Qu'on utilise le fruit de mon dur labeur comme théâtre d'une telle tragédie... Ça me morfondrait presque autant que cette dernière elle-même," énonça t-il clairement en fixant un point devant lui, la voix grave et les mots lourds de sens.

N'attendant pas de réponse, l'homme au chapeau haut-de-forme s'éloigna regagner ses quartiers, tourmenté par les paroles de Toadette. Malheureusement pour Martin, et il l'apprendrait dans les jours à venir, ses désirs et aspirations ne feraient pas le poids face aux cinq abominables Xhampi.