Et voila, le deuxième chapitre (ou, techniquement, le troisième, puisque le site considère mon introduction comme un chapitre en lui-même. Je n'ai pas fini de m'embrouiller avec ça !) J'avais dit que je posterais toutes les trois semaines, mais en fait, ça fait vachement long, alors je vais plutôt tabler sur tous les 15 jours finalement... J'espère que ça vous fera plaisir ! Et puis, après tout, avec le nanowrimo qui approche, l'histoire devrait pas mal avancer prochainement !

Dans ce chapitre, un autre personnage narrateur fait son apparition, et vous allez pouvoir en savoir un peu plus sur ce qui s'est passé avant le voyage d'Edward... mais je n'en dis pas plus !

Si, en fait, j'en dis plus : j'ai commencé à faire une illu par chapitre pour cette fanfiction, elles sont visibles sur mon compte deviantart (Atelierdereve), hésitez pas à aller les voir ! ;)


Chapitre 2 : Un mauvais souvenir (Roy)

J'étais calé au fond de mon fauteuil de cuir quand le téléphone sonna, couvrant le son de la radio qui diffusait un vieil air de guitare. A minuit passé, il n'était pas difficile de deviner qui pouvait m'appeler. Je me levai sans trop de hâte, seuls quelques pas me séparaient du téléphone. En arrivant à sa hauteur, je le décrochai et entendis une voix familière, rendue plus nasillarde que d'habitude par la ligne de mauvaise qualité.

- Colonel, je vous déteste du fond du cœur.

Je faillis rire en entendant la voix dépitée de l'adolescent. Il n'y avait que lui pour commencer une conversation téléphonique par ça.

- Tu ne fais pas un bon voyage, Fullmetal ? commentai-je d'un ton poliment narquois. Pourtant il doit faire un temps superbe dans le sud !

- Le voyage se passe bien, marmonna-t-il, mais C'EST QUOI CETTE MISSION DE MERDE ? !

J'écartai le combiné de mon oreille à ce cri en songeant qu'Edward était encore plus spontané au téléphone que dans mon bureau. A moins que ce soient les derniers événements qui lui aient donné l'aplomb d'oublier totalement la hiérarchie. Je pouvais difficilement lui en vouloir. Et pour être tout à fait honnête, quand il se comportait de cette manière, ça m'amusait plus qu'autre chose.

- Quand je pense que vous m'avez filé ça par-dessus la jambe, pendant l'enterrement de Hugues, en plus !

- Je n'avais pas vraiment d'autres occasions de te le transmettre, et tu sais bien pourquoi j'ai choisi ce moment. On m'a expressément demandé de te confier cette mission tant que tu dépendais encore de East City.

- Mais pourquoi moiiii ? geignit l'adolescent, visiblement sur les dents. Je suis même pas majeur, et vous m'envoyez seul au pays des putes et des casinos ? Vous pouviez pas envoyer quelqu'un qui a de la carrure, comme Havoc, ou Breda ?

- Tu n'as peut-être pas la carrure, mais tu as le talent.

Il y eut un instant de silence, ma réponse l'avait pris au dépourvu. En vérité, je me sentais un peu coupable de lui avoir confié une mission aussi complexe. Mais Grumman m'avait donné une entrevue pour me remettre son dossier, me faisant comprendre qu'il tenait à ce que cette mission soit entre ses bonnes mains et qu'il avait un nom précis en tête.

Il devait se douter que seul un idéaliste chaotique comme le Fullmetal serait prêt à secouer le guêpier qu'était devenu Lacosta. La ville était à la frontière d'Aruego, plus proche de South City que d'East City dont elle dépendait pourtant. La ligne East-city-Resembool aurait dû être prolongée pour la désenclaver et faciliter le commerce, mais la guerre d'Ishbal avait désorganisé durablement la région et coupé court au travaux. Malgré ce handicap, son emplacement stratégique, à la croisée d'Aruego et du désert possédé par l'empire de Xing en faisait une plaque tournante de commerces variés. Certains d'entre eux étaient illégaux, mais l'argent brassé rayonnait dans toute la région et poussait les dirigeants à regarder ailleurs. Il y avait une douzaine d'années, on surnommait Lacosta la ville lumière, mais depuis la révolte Ishbal, et les combats qui avaient eu lieu à la frontière, la ville avait sûrement perdu beaucoup de sa superbe. C'était sans doute la cause des dérèglements d'aujourd'hui.

- … N'essayez pas de me flatter, ça ne marchera pas. Je vous hais toujours.

Sa remarque me fit sourire de nouveau. Il n'y avait rien à faire, je ne pouvais pas m'empêcher de le trouver divertissant. Et pourtant, je ne l'avais même pas taquiné sur sa taille.

- Allons, essaye de prendre de la hauteur sur les événements...

- QUI VOUS TRAITEZ DE NABOT BEAUCOUP TROP PETIT POUR VOIR PLUS LOIN QUE LE BOUT DE SON NEZ ? NE M'ENERVEZ PAS TROP APRES M'AVOIR FILE UNE MISSION AUSSI POURRIE, SINON JE DETRUIRAI VOTRE REPUTATION ! APRES TOUT, IL Y A SUREMENT DES FILLES QUI VOUS CONNAISSENT BIEN DANS LES QUARTIERS CHAUDS DE LACOSTA !

- Je n'ai jamais mis les pieds dans cette ville, répondis-je sans crier, d'un ton glacial.

Il m'avait vexé. Autant sa colère – somme toute légitime – ne me faisait ni chaud ni froid, autant sa dernière phrase m'avait blessé plus qu'il ne pourrait le deviner. Je perdais tout sens de l'humour quand on abordait ce sujet. Le silence s'appesantit, sans doute avait-il senti qu'il avait fait une erreur en prononçant cette dernière phrase car il sembla ne pas oser reprendre la parole.

- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, ajoutai-je sèchement. J'ai peut-être l'air immoral, mais j'ai des principes.

- Ça me rassure un peu, fit-il d'une voix à peine audible, avant de reprendre sans attendre en changeant de sujet, retrouvant une voix claire. La personne qui m'a attribué cette mission, elle sait que je ne respecte pas toujours l'armée ?

- Oui, d'ailleurs je crois que c'est pour ça qu'elle te l'a donnée. Apparemment, un petit peu de chaos chez les dirigeants de la ville ne leur ferait pas de mal.

Je l'avais entendu prendre une inspiration au mot « petit », prêt à répliquer. C'était vraiment maladif chez lui. Maladif et drôle.

- Vous me couvrez si j'explose le QG de Lacosta, alors ? explicita l'adolescent.

- Dans la limite de ce que ton salaire peut couvrir, répondis-je du tac au tac.

- Marché conclu.

- Bon, je te laisse, tu as intérêt à dormir si tu veux avoir assez d'énergie pour faire ta petite révolution.

- HE ! ARRÊTEZ D'UTILISER CE MOT ! s'indigna Edward, piqué au vif.

- Quel mot ? Petit ? répétai-je d'un ton narquois.

- VOUS LE FAITES EXPRES !

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- COLONEL, JE VOUS HAIS !

Le cri fut suivi par une tonalité, il avait manifestement raccroché, finissant la conversation exactement comme elle avait commencé. Je restai un instant immobile, avant de reposer le téléphone sur son socle, pensif. Edward était toujours pareil. Il arrivait, parlait fort, s'indignait, et occupait tout l'espace, puis repartait aussi brutalement qu'il était venu. Et avec son départ prenaient fin mes récréations.

Je retournai me rasseoir dans mon siège, et repris mon verre entamé. Après avoir siroté quelques gorgées d'alcool, je laissai ma tête retomber en arrière sur le siège, en poussant un soupir, écrasé par la triste situation qui était la mienne. Les choses s'étaient passées tellement vite... Depuis l'appel de samedi dernier, le temps avait filé à une vitesse folle. L'enterrement de Maes avait eu lieu la veille seulement, mais j'avais été tellement occupé depuis que le temps me paraissait distordu. A l'idée de ne plus revoir mon meilleur ami, mes entrailles se tordaient, et les larmes me montèrent aux yeux. Je pris une grand inspiration pour chasser cette faiblesse, même si personne ne pouvait me voir à ce moment-là. Il ne fallait pas que je me laisse déborder par mes émotions, je devais utiliser ma tristesse et ma colère à bon escient. Je fermai les yeux tandis que la scène fatidique me revenait en mémoire...


Samedi soir. J'étais en train de quitter les bureaux, alors que la nuit était tombée. Les dossiers sur Scar, cet Ishbal qui sillonnait le pays pour se venger des Alchimistes d'État m'avaient retenu bien trop longtemps à mon goût et je pensais au confort que j'allais retrouver une fois chez moi, quand quelqu'un m'attrapa le bras.

- Colonel Mustang, on vous demande au téléphone, fit la standardiste, visiblement essoufflée de m'avoir couru après.

- Qui m'appelle à une heure pareille ?

- C'est Maes Hugues, Colonel. Il m'a dit qu'il avait des choses urgentes à vous dire.

- J'espère que ce n'est pas encore à propos de sa fille, pestai-je en faisant demi-tour. Sinon il va se prendre un savon !

Je remontai le couloir à pas rapides, et une fois au niveau du cabinet téléphonique, je sentis que quelque chose clochait. Hugues n'appelait jamais sur la ligne principale de l'armée, il avait le numéro de mon bureau – malheureusement, comme je me le disais quelquefois quand il m'appelait pour me parler de sa fille. Je pris le combiné posé sur la tablette tandis que la standardiste ressortit, puis m'éclaircis la gorge, prêt à le couvrir d'insultes s'il n'avait pas d'excuse valable. Et étrangement inquiet, aussi.

- Allô Maes ? fis-je d'une voix claire et un peu plus forte que nécessaire. C'est moi, et si tu n'as pas une raison valable de m'appeler, je te promets que...

- Colonel ? souffla une voix étranglée à l'autre bout du fil que je reconnus instantanément.

La réponse du Fullmetal me coupa dans mon discours, et plomba mes entrailles. Quelque chose n'allait pas. J'entendais sa respiration chaotique à l'autre bout du fil, un bruit de chute. Comme s'il était blessé. Je me mordis la lèvre.

- Colonel, ne m'interrompez pas, reprit-t-il d'une voix précipitée, plus aiguë qu'à l'ordinaire. je n'ai pas le temps de vous expliquer. Venez. Venez à Central le plus vite possible, quelqu'un viendra vous retrouver à la gare. Habillez-vous en civil, soyez discret, et faites comme si rien ne s'était passé.

- Allô ? fis-je, déguisant ma panique en perplexité tandis que j'entendais des cris s'approcher derrière son flot de parole et l'interrompre.

J'entendis vaguement une voix féminine s'indigner, comme si elle criait sur Edward, mais elle était trop loin pour que je distingue le moindre mot. Il avait dû lâcher le combiné car j'entendais encore sa voix, mais de manière plus distante, et j'étais incapable d'entendre ce qui se disait, à mon grand désarroi. Il y avait d'autres personnes, deux ou trois peut-être, mais je n'arrivais pas à les reconnaître. J'entendais vaguement leur voix, précipitées, inquiètes. Puis quelqu'un raccrocha maladroitement le combiné, et je me retrouvai seul dans la cabine téléphonique, blême, tandis que la tonalité sonnait douloureusement à mes oreilles, comme un appel au secours particulièrement désespéré.

Faites comme si rien ne s'était passé.

Je raccrochai avant de prendre trois grandes inspirations, en fermant les yeux pour me concentrer sur mon souffle, tâchant de chasser mon angoisse et faire taire le tremblement qui se profilait au bout de mes doigts, puis je sortis en pestant. Comme je le craignais, la standardiste s'approcha de moi pour en savoir plus.

- Alors ?

- Alors, je ne l'ai pas eu, il n'y avait personne au bout du fil, grognai-je en serrant le point, grimant mon angoisse en colère. Tout ça pour ça !

- C'est bizarre, il avait l'air de vraiment tenir à vous parler, fit-elle avec une petite voix inquiète.

- Il faut croire qu'il tenait encore à me faire une mauvaise blague. Bon, assez de temps perdu, je rentre chez moi. Je le rappellerai lundi pour lui secouer les puces et lui expliquer ma façon de penser.

- Bon dimanche, alors, fit la femme en me lançant un sourire, comme rassurée par ma réponse.

Si elle savait, pensai-je simplement en me dirigeant chez moi à pas vifs sous un vent intense. Malgré l'été, le temps était gris et venteux, et il faisait presque froid ce soir-là. Je levai les yeux sans ralentir, me demandant s'il allait pleuvoir pour parfaire les choses.

Si je prends dix minutes pour me préparer une fois arrivé et que je me dépêche, je serai à la gare dans une heure à peu près. C'est un peu juste, mais je devrais pouvoir avoir le train de 23 heures 19. Attends, c'est 23 h 19 ou 23 heures 13 ? Je ne me souviens plus. Ça risque d'être juste, c'est le seul train de nuit je crois... Et merde !

J'allongeai le pas, le cœur battant plus que ce que l'effort nécessitait réellement. Le froid qui s'insinuait en moi malgré l'uniforme de laine de l'armée n'était pas vraiment dû au vent. Mes projets de me poser tranquillement chez moi devant un bon repas n'étaient plus que de doux rêves, mais il était impensable pour moi de ne pas prendre au sérieux ce coup de téléphone. Je connaissais suffisamment le Fullmetal pour savoir qu'il s'était passé quelque chose de grave pour qu'il réagisse comme ça.

- Maes... murmurai-je en courant presque, plissant les yeux sous le vent.

J'arrivai devant mon immeuble, pétri d'angoisse. Je poussai la porte, montai les marches quatre à quatre, cherchai fébrilement les clés devant ma porte, avant de me précipiter chez moi. Je traversai le salon dans une diagonale parfaite tout en déboutonnant ma veste et m'engouffrai dans ma chambre. Le temps d'ouvrir la penderie, d'en sortir un pantalon et une chemise noire, ainsi qu'un trench et un chapeau, de me changer et d'attraper une paire de chaussures de ville, plusieurs minutes s'étaient écoulées. Les aiguilles de ma montre à gousset bondissaient à chaque fois que je les quittais des yeux. J'enlevai mes gants et les glissai dans ma poche en m'approchant de la cuisine, cherchant n'importe quoi pour caler ma faim pendant le trajet. Une pomme, deux tomates, une demi baguette, un reste de filet mignon fumé et un morceau de fromage atterrirent dans un sac en papier, bientôt rejoint par un laguiole. Je calai sous le bras un journal qui traînait sur la table basse et retournai à l'entrée, ouvrant le placard d'une main pour y retrouver un sac tandis que la porte de l'appartement était largement ouverte sur le couloir plongé dans l'obscurité. Après avoir fouillé un peu, je remis la main sur une serviette de cuir noir un peu défraîchie. Je la pris en me disant qu'elle ferait l'affaire, l'ouvrit, balançai tout ce que j'avais à la main dedans et la refermai à moitié avant de m'apprêter à partir, et fis demi-tour en pestant pour récupérer mes papiers d'identité et mon argent dans les poches de mon uniforme. Enfin, je claquai la porte derrière moi et partis à la hâte, pas tout à fait persuadé de l'avoir fermée à clé.


Je me souvenais précisément de la nuit qui avait suivi, la tête appuyée contre la vitre dans l'obscurité du train, incapable de dormir, ressassant de nombreux scénarios tous plus catastrophiques les uns que les autres. Maes avait parlé à la standardiste, il était donc bien là. Et Edward... qui semblait blessé... Que s'était-il passé ? Pourquoi Hugues ne m'avait pas répondu ? J'avais craint le pire et la suite m'avait montré que j'avais eu raison.

Je poussai un soupir en repensant à cette fin de semaine douloureuse. Dans cette situation, la présence d'Edward m'avait été d'un grand soutien, même si jamais je ne le lui avouerais. Alors voilà, je pouvais bien lui pardonner ses frasques, son franc-parler et ses sautes d'humeur.

Et me garder de lui dire qu'à présent, je m'inquiétais beaucoup pour lui.