Salut à tous !

ça fait un bail, comment allez vous? Moi c'est la pleine forme ! Mais le temps me manque pour m'adonner a mon passe temps préféré, donc...sorry^^

Je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre, que j'ai eu du mal à écrire pour plusieurs raisons (dont le manque de temps)

J'espère qu'il vous plaira.

Comme toujours, un grand merci à tous ceux qui me suivent et me laisse des reviews, c'est toujours plaisant de partager ça avec vous.

Bonne lecture

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Démenti : Les personnages de The100 ne m'appartiennent pas.

Xxx

Chapitre 19 : Bodyguard of lies

Xxx

La silhouette familière s'avance vers moi, et une fois sortie de l'ombre, renverse son capuchon pour découvrir son visage.

En réalité, il s'agit d'une sorte de grand manteau marron, d'un style médiéval, qui recouvre presque toute sa personne. Sur son crâne chauve, je distingue un tatouage, et il affiche un air mortellement sérieux. Je n'avais que cinq ans quand il est parti, comment ai-je fait pour le reconnaitre en une seconde ? Je n'en ai aucune idée.

Il acquiesce, on dirait qu'il va nous annoncer la fin du monde. Quelque part, j'ai peur que ce soit le cas.

- Je t'ai retrouvée. Tu dois venir avec moi.

Mes yeux s'écarquillent. C'est bien lui. Un frisson glacial me parcourt l'échine, et ça n'a rien à voir avec la température extérieure. Je sens Clarke passer devant moi, et interpeller l'homme qui semble ne même pas avoir conscience de sa présence.

- Elle n'ira nul part. En se tournant vers moi, elle me demande doucement en posant sa main sur ma joue. Lexa ? C'est ton père ?

Malgré le froid de sa main, le contact me fait du bien et je ferme les yeux brièvement en acquiesçant. L'homme s'avance encore, il est presque à portée de bras maintenant.

- Je ne sais pas qui vous êtes mademoiselle mais cela ne vous concerne pas. Dit-il d'un ton sec tentant d'évincer Clarke.

Outrée, celle-ci se plante complétement devant moi, croisant les bras d'un air de défi.

- C'est moi qui ne sais pas qui vous êtes, et vous pouvez courir si vous pensez que Lexa va vous suivre où que ce soit.

Je pose ma main sur l'épaule de Clarke, je sens qu'elle s'énerve, et malgré le fait qu'il fait deux fois sa taille, elle risquerait de lui sauter à la gorge s'il poussait un peu trop.

- C'est...je commence en m'interrompant.

Comment je pourrais expliquer à cet homme que je n'ai pas vu depuis plus de quinze ans, ce que représente Clarke pour moi.

- Ma petite amie, Clarke. Je termine en choisissant la facilité.

Après tout, c'est la vérité. Même si c'est loin d'être suffisant pour décrire ce que je ressens pour elle.

- Clarke, voici mon père. Titus.

Sans réellement le faire exprès, j'ai craché son prénom sur un ton dégouté qui ne me ressemble pas. La rancune n'est pas spécialement un de mes traits de caractère. Mais concernant l'homme qui nous a abandonnés à la naissance de mon petit frère, laissant ma mère seule pour s'occuper de nous, je n'ai vraiment aucun respect pour lui.

- Oui je suis son père, c'est une affaire de famille. J'ai besoin de parler à ma fille seul à seul.

Et voilà, elle est vraiment très énervée maintenant. Merci papa. Je la repousse en arrière pour la protéger d'elle-même.

- C'est elle ma famille à présent. Tu as perdu le droit de te prétendre comme tel le jour où tu es parti. Si tu comptes avoir une chance de me parler de quoi que ce soit, il faudrait déjà que tu commences par respecter les gens que j'aime.

Je l'examine de la tête au pied. Quoi qu'il n'y a pas grand-chose de plus à voir que ce qui m'a sauté aux yeux. Il a vieilli, mais il n'a pas changé. Il à cet air grave qu'il affichait le soir en rentrant du travail, et que seules mes pitreries semblaient réussir à éloigner. Il se tient les bras croisés, les mains dans les manches larges de son manteau.

- Et honnêtement, je ne suis pas certaine de vouloir parler avec toi. J'ajoute durement.

Rien que la façon qu'il a de regarder Clarke, comme si elle était un obstacle, un ennemi à abattre, ça ne me plait pas. Mais alors pas du tout. Maman ne m'a que peu parlé de mon père, mais jamais elle ne l'a décrit comme un homme dangereux. C'est pourtant le sentiment qui prédomine quand je le regarde. Une immense alarme rouge clignote dans ma tête, juste au-dessus du panneau indiquant ENFUIS TOI !

Pour une raison inconnue, je suis toujours là, sans savoir vraiment quoi faire. Et si je comptais sur Clarke pour me faire entendre raison et me trainer loin d'ici, c'est peine perdue. Malgré l'animosité qui règne entre eux, aucun des deux ne semble décidé à partir.

Il soupire profondément, et semble se détendre imperceptiblement. On dirait qu'il se résigne, et qu'il vient de perdre une bataille.

- C'est elle n'est-ce pas ? Fait-il en désignant Clarke.

Elle se cache un peu plus derrière moi, elle n'est soudain plus une inconnue ou une intruse pour lui. Elle est « elle ». Qui que « elle » soit sensée être. Je crois que la situation vient de prendre un autre tournant, elle est passée de flippante, à super flippante.

- Elle ?

Je ne peux pas m'empêcher de demander. Mentalement, je me mets une claque. On devrait dégager d'ici. Pas rester à discuter avec cet homme inquiétant au comportement étrange, même s'il s'agit de mon père. Après tout, je ne le connais pas.

- Tu ne sais pas.

Bon, là ça commence à m'énerver aussi. Je sers les poings, et tends mes muscles. Cette façon qu'il a de cacher ses mains dans ses manches me tape sur les nerfs.

- Mais de quoi tu parles ? Et qu'est-ce que tu fabriques ici ?

Il me contourne, enfin il essaye, car je bouge en même temps que lui, restant toujours entre lui et Clarke.

Il sort enfin une main de sa manche, et pointe un doigt accusateur vers Clarke, tout en me regardant.

- C'est à cause d'elle.

Ça y'est, j'en ai marre des énigmes, et des sous-entendus. J'en suis rendu à l'évidence que mon père est devenu fou. J'attrape la main de Clarke, et l'entraine plus loin, m'apprêtant à rentrer à la maison. Mais j'ai à peine fait quelques pas, qu'il tente de me retenir. Il parle d'une voix plus forte maintenant, parce qu'il a besoin que je l'entende.

- Dis-moi Lexa, comment dors-tu en ce moment ?

C'est Clarke qui a stoppé la première et qui me retient. Je l'interroge du regard, elle se retourne vers Titus.

- Si vous voulez qu'elle vous écoute, arrêtez de tourner autour du pot. Qu'est-ce que vous faites ici, pourquoi vous cherchiez Lexa ?

- C'est ma fille, je la cherche depuis des années. Quand sa mère est partie...

Je me retourne à mon tour, et crache avec violence.

- Quoi ? C'est toi qui es parti. Je m'en souviens.

Aucuns mots ne semblent l'atteindre, il garde depuis le début de notre échange son air grave. Son visage passant de solennel, à légèrement ennuyé sans montrer plus d'émotions que ça.

- Oui. En voyage. Je suis parti un mois pour mes recherches, et quand je suis rentré, vous aviez disparu.

Le déménagement, c'était juste après son départ. Mais c'est impossible, son histoire ne tient pas debout, on était à peine à quelques minutes en voiture de notre ancienne école. S'il nous avait vraiment cherchés, il nous aurait trouvés.

- On était dans le village d'à côté. Tu as vraiment dû chercher activement pour ne pas nous retrouver. Je lâche d'un ton amer.

- Tu ne connais pas beaucoup ta mère Lexa. Elle a toujours été la plus intelligente. Elle a su brouiller les pistes. Je vous ai cherchés dans quatre pays avant de réaliser que vous n'aviez pas quitté la France.

Je ne peux pas croire que maman ait fait ça. Surtout, je ne veux pas y croire.

- Pourquoi maman aurait fait ça ?

- Becca a toujours pensé à vous en premier, elle voulait vous protéger. Elle le voulait tellement, qu'elle tentait même de vous protéger de moi, de la vérité. Elle a dû sentir que je touchais au but, c'est pour ça qu'elle est partie.

Une sourde colère monte en moi. Comment ose-t-il dénigrer ma mère de la sorte.

- Arrête ! Je ne te crois pas. Et maman n'est plus là pour se défendre.

Il secoue la tête de gauche à droite en soupirant.

- Elle n'a pas à se défendre, elle a fait ce qu'elle croyait être le mieux pour vous. Elle l'a toujours fait. Je suis certain que tu es pareille.

- Et de quoi voulait-elle tant nous protéger ? De toi ?

- En quelque sorte. De la vérité, elle voulait que vous ayez une enfance normale.

- De quoi tu parles ?

- Tes rêves Lexa. Ce ne sont pas des rêves.

Xxx

Etendue sur le lit de Clarke, je fixe le plafond. Je crois que ni elle ni moi n'avons réussi à vraiment dormir cette nuit. L'arrivée impromptue d'un groupe d'adolescents bruyants a fini par interrompre notre rencontre, et Titus s'est éclipsé juste après m'avoir glissé une carte avec une adresse en me donnant rendez-vous ce soir. Je n'ai pas encore décidé si j'y allais ou pas.

Les lèvres chaudes de Clarke se posent sur mon épaule, elle me fait savoir qu'elle est réveillée.

- Tu n'as pas dormi ? Demande-t-elle d'une voix claire.

- Parce que toi oui ? Je rétorque un peu amusée.

Elle bascule et vient s'allonger de tout son long sur moi. J'aime sentir son poids, j'aime la sentir tout proche de moi comme ça. Mes bras viennent instinctivement s'enrouler autour de son dos, mais mes mains continuent de triturer la fameuse carte.

- Tu appréhendes ce soir ?

- Je me demande si je vais y aller.

Clarke relève la tête, et me regarde avec un franc étonnement.

- Il sait visiblement quelque chose que tu ignores Lexa. Tu pourrais vivre en continuant d'ignorer cette partie de toi ? Moi pas. Si tu n'y va pas, c'est moi qui y vais. Lâche-t-elle en tendant une main, faisant mine d'attraper la carte d'entre mes doigts.

J'emporte rapidement l'objet de son attention hors de sa portée. Si je ne le fais pas pour moi, je peux le faire pour Clarke, et pour Aden.

- J'irai. Mais jusqu'à ce que j'en sache plus, on parle d'autre chose, d'accord ?

Je roule sur le côté, entrainant la blonde dans mon mouvement pour me retrouver sur elle à mon tour. Sa main vient caresser ma nuque, et elle m'attire doucement plus près d'elle.

- On n'a pas besoin de parler du tout. Chuchote-t-elle un instant avant de m'embrasser.

Xxx

Le bruit de mes pas résonne sur le bitume dans le silence de la nuit. Pas un chat à l'horizon. L'immense parking est désert, et je lève les yeux vers les seules lumières qui éclairent les lieux, celles de la grande roue qui tourne encore malgré la fermeture du parc qui a eu lieu plusieurs heures plus tôt.

Il n'y a rien de plus flippant qu'un parc d'attraction désert. Je m'attarde un instant devant la grille cadenassée, et jette un coup d'œil à l'intérieur. Personne. Je m'attends presque à voir apparaitre un clown zombie prêt à me bouffer. Des frissons me parcourent l'échine tandis que je continue mon chemin, et tourne à l'angle du muret en direction du parc des caravanes.

Tout est calme ici aussi, mais après quelques pas, je distingue la lumière vacillante et l'odeur de fumée du feu de camp devant lequel est assis Titus. J'avance sans me presser jusqu'à lui, et m'installe sur le tronc coupé qui sert de banc. C'est tellement cliché que je m'empêche de lever les yeux au ciel.

Une rafale de vent s'engouffre sous ma veste, et fait s'envoler quelques braises qui vont mourir un peu plus loin. Je croise les bras en les resserrant pour tenter de me réchauffer.

Il n'a même pas levé les yeux quand je me suis assise. Son attitude m'énerve et me rend nerveuse. C'est bien pour Clarke que je suis là, parce que s'il ne s'agissait que de moi, je l'aurais envoyé au diable.

- Je suis là. Et je n'ai pas beaucoup de temps. Alors fait vite, je t'écoute.

L'homme relève enfin les yeux vers moi. Il se penche pour attraper une buche et tisonne le feu, avant de la jeter dedans.

- Hum...par quoi commencer ?

- Et bien commence par m'expliquer pourquoi tu es parti. Et pourquoi tu prétends que maman a tout fait pour que tu ne nous retrouves pas.

J'ai toujours du mal à croire que ma mère ait pu faire quelque chose comme ça. Si son explication ne me convainc pas, il n'est pas nécessaire que j'écoute ce qu'il aura à me dire d'autre.

- Bien. Tu avais cinq ans, quand Aden est né. Entame-t-il d'une voix caverneuse, me replongeant immédiatement dans mes souvenirs flous d'enfant. Je savais déjà que tu étais spéciale, je ne savais pas encore à quel point. C'est à cette époque qu'un de mes contacts aux Etats Unis m'a envoyé un message énigmatique, sous entendant qu'il pourrait avoir des réponses à mes questions. Ta mère ne voulait pas que je parte. Elle voulait que je laisse tomber, que je ne creuse pas, que j'ignore ce qui faisait de toi...cet être particulier. Nous nous sommes disputés à ce sujet. Je suis parti quand même. Mais quand je suis rentré, vous n'étiez plus là.

Je lève la main pour l'interrompre.

-Attend, de quoi tu parles ? Quelles questions ?

- Je parle de tes rêves Lexa, enfin, tes...souvenirs. Faute d'un mot plus approprié.

- Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi tu dis que je suis « spéciale » ?

- Tu crois que beaucoup de gens sont capable de voyager à travers le temps et l'espace ?

Ce qu'il me raconte là parait complétement fou, et pourtant, je n'ai aucun mal à le croire. Comme si au fond de moi, je l'avais toujours su.

- Tu parles de cette fille ? Cette guerrière que je vois dans mes rêves. Celle que Clarke dessine sans cesse

- C'est toi Lexa, ou une version de toi. Dans un autre temps.

Je fronce les sourcils, cherchant à comprendre.

- Une vie passée ? C'est ça ? Tu veux dire que je me souviens de mes vies antérieures ?

- Pas nécessairement. Non. Passée, future, monde parallèle...le temps et l'espace, je ne vais pas m'étendre sur un sujet que je maitrise encore mal. Pour faire simple, le temps n'est pas linéaire, c'est une spirale et les plus infimes variations peuvent créer des mondes parallèles à l'infini. Seules les âmes les plus fortes peuvent voyager d'un temps à l'autre, d'un monde à l'autre.

- Les âmes les plus fortes ?

« Death is not the end »

La voix, MA voix se fait entendre avec force dans ma tête. La voix de Lexa, la guerrière. Forte, autoritaire, pleine de sagesse.

- La mort n'est pas la fin. Je prononce dans un souffle, les yeux s'agrandissant de compréhension alors que je réalise la portée de ce que mon père est en train de me dire.

Les pièces du puzzle s'imbriquent dans mon esprit, ces visions, ces impressions de déjà vu, de connaitre des lieux, des situations que je n'ai jamais vécues. Tout ça, viendrait de l'accès, plus ou moins conscient aux autres vies de mon âme.

- Tu dis être parti aux états unis pour trouver des réponses. Qu'as-tu appris ?

Un rictus déforme ses traits, il sait qu'il a toute mon attention maintenant. Je ne ressens même plus le froid tant mon cœur bat fort dans ma poitrine. Je ne peux plus ignorer cet aspect de ma vie. Pas après ça. Pas après ces révélations. Et j'en veux plus. Je suis à sa merci.

- Tu faisais des rêves quand tu étais enfant. Des rêves qu'une enfant de cinq ans ne devrait pas faire. Tu savais des choses que tu ne devais pas savoir. J'ai rapidement compris que ce n'était pas des rêves normaux, que tu étais différente. Je t'ai poussée, pour en apprendre plus, mais ta mère n'était plus d'accord. Elle voulait que je te laisse tranquille. Et quand je suis parti, elle en a profité pour disparaitre.

- Où es-tu allé ?

- J'ai fréquenté des chercheurs en sciences occultes, des physiciens, et j'ai appris des techniques d'hypnose, capable de faire remonter les souvenirs les plus profonds. Je voulais aller plus loin, percer les secrets des âmes vagabondes.

L'hypnose, se souvenir. Serait-il capable de faire remonter mes souvenirs enfouis? Mon regard s'est perdu dans les flammes qui dansent en face de moi. Et puis quelque chose me revient soudain en mémoire. Un mot, ou plutôt une phrase qu'il a prononcée hier dans la rue. « C'est elle n'est-ce pas ? »

- Et Clarke ? Elle aussi a des visions.

J'observe attentivement le visage de l'homme de l'autre côté du feu se fermer. Son demi-sourire s'est transformé en une sorte de moue boudeuse. S'il n'avait pas l'air aussi flippant, ça en serait comique. De toute évidence, il a un problème avec Clarke.

- Elle est l'autre. Lâche-t-il d'un ton neutre avant de se taire à nouveau.

Le regard noir que je lui lance lui fait vite comprendre que sa réponse, qui soulève plus de questions que ce qu'elle n'apporte de réponses, est loin de me suffire. Il le soutient pourtant quelques secondes, avant de baisser les yeux en soupirant d'ennui, et reprend finalement.

- Elle est l'autre. La seconde partie de ton âme. Je n'y croyais pas, jusqu'à ce que je vous voie hier soir. Certains disent que les âmes vagabondes n'existent que parce qu'elles ne sont pas seules. Que c'est l'attachement qui les lient qui leur donne la force de voyager entre les mondes.

- Des âmes sœurs ?

- Quelque chose comme ça. Est-ce que les rêves s'accentuent en sa présence ?

Je repense à toute ces fois, où il m'a semblé être ailleurs, les rêves, les choses que je voyais qui n'étaient pas vraiment là. Et ce vide de cinq ans, l'absence de Clarke. Je me souviens difficilement de moments comme ça durant cette période. Il est évident que la proximité de ma blonde à un effet direct sur la fréquence et la puissance du phénomène.

Je hoche la tête pour confirmer ses dires. Il fait de nouveau une grimace. Ça commence doucement à m'énerver toutes ces simagrées autour de Clarke.

Je me lève soudainement, son comportement m'agace, et je me sens plutôt bizarre tout à coup. Un peu trop vite. La tête me tourne brièvement, et le temps que je retrouve mes esprits, il est à mes côtés.

Sa main est venue saisir mon avant-bras, et je sens la prise ferme sur mes muscles qui se tendent instinctivement en réponse. A-t-il détecté mon vertige, ou a-t-il simplement peur que je m'en aille ? Avant que je n'aie le temps de trouver la réponse à cette question, il se penche légèrement vers moi, et murmure.

- Je peux te montrer Lexa.

XXX

La porte s'ouvre sur un espace confiné, sentant le renfermé, mais étonnamment propre. La caravane est petite, mais fonctionnelle. Il vit de manière spartiate, pas de décoration, pas d'objets personnels visibles, rien de superflu.

Le temps que je m'habitue à cet environnement, l'odeur a déjà changé. Une fumée blanche s'échappe de l'encensoir posé sur la table, et remplit l'espace autour de moi. Un instant, je me demande s'il n'y a pas de la drogue dedans. Si c'est le cas, comment savoir si ce qu'il va se passer est réel ?

Mon côté raisonnable me dit de sortir, de rentrer chez moi, de parler à Clarke. Et surtout, ne pas m'engager sur cette pente glissante sans y avoir réfléchi au moins un peu avant. Qui sait ce que ses souvenirs vont provoquer en moi. C'est une chose d'avoir de fugaces visions qui vont et viennent, et dont je ne me rappelle jamais réellement le contenu. Ça en est une autre de se faire hypnotiser pour se souvenir précisément de cette vie passée, ou future.

Je suis plantée, entre la banquette et la minuscule cuisinière, hésitante. Titus l'a bien senti, et après avoir disposé l'encens et les bougies un peu partout, il retire son inquiétant manteau. Je fixe sa tenue un moment. Un pantalon en toile, une chemise sous un léger pull, une paire de chaussures de ville toute simple. Un peu ringard, mais il semble juste...normal.

Il pose sa main sur mon avant-bras alors que je ne m'y attends pas, me déclenchant un frisson désagréable. Mais après quelques secondes, je m'habitue à son contact, et cela me détend même.

- Si tu n'es pas prête Lexa, ça peut attendre. Dit-il avec un demi-sourire rassurant.

C'est la première fois depuis qu'il est revenu que je vois un semblant de sourire sur son visage. Je ferme brièvement les yeux, des images de mon père, il y a vingt ans, apparaissent sans crier gare sous mes paupières. Au lac, quand il m'encourageait à ce que je saute depuis le plongeoir, tout en me promettant de me rattraper. A la neige, quand il me prenait sur ses skis pour descendre les pistes enneigées. A Noël, quand il portait sa barbe blanche en prétendant se faire passer pour le père Noël, alors que je savais pertinemment qu'il s'agissait de lui. Autant de moments joyeux dont il m'a privée en disparaissant. Dont ma mère m'a privée ?

Mes yeux se rouvrent, une nouvelle détermination m'a envahie. J'avance dans la caravane, me dirigeant vers le fond. Mais une fois-là, je ne sais pas quoi faire.

- Assied toi, il faut que tu sois détendue.

Je tourne la tête des deux côtés. Il n'y a guère d'autre endroit pour s'assoir que le lit. Il passe à côté de moi, et rassemble quelques coussins pour que je m'adosse le plus confortablement possible. J'ai un peu de mal à me sentir complètement à l'aise, mais je vais faire de mon mieux pour faire ce qu'il me demande.

- Ferme les yeux. Me demande-t-il d'une voix plus profonde que celle qu'il prenait l'instant d'avant.

Je sais que ça a commencé, il est dans son rôle. J'obtempère.

- Tu es dans une salle, tu es seule.

J'inspire profondément, et visualise la pièce. C'est une grande pièce, type théâtre. Il y a une scène devant moi. Les sièges vides m'entourent, il n'y a personne d'autre. Et pourtant, je sens une présence.

- Il fait de plus en plus sombre, les lumières s'éteignent au fur et à mesure. Toutes sauf une.

La pièce est plongée dans le noir maintenant, une simple bougie brille encore, au centre de la scène. Toute mon attention est focalisée sur elle. C'est elle, la présence. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, mais c'est elle, ma lumière. L'image d'un sourire que je connais très bien s'impose dans mon esprit. Et puis ce sont ses yeux bleus comme l'azur qui le rejoignent, accompagnés par des boucles blondes et soyeuses.

- Saisis-toi de cette lumière. C'est elle, qui t'accompagnera dans ton voyage.

L'image de Clarke s'est effacée, je suis maintenant complétement détendue et rassurée. Je sais qu'elle est avec moi. La flamme brille à présent dans ma main, diffusant une lueur réconfortante.

- Regarde !

La voix de Titus me parait venir de loin, très loin, comme un rêve. Comme si ma réalité s'était échangée, et que je n'étais plus dans cette caravane, mais ici, dans cette salle, avec cette flamme dans la main.

Je lève soudainement les yeux, et croise un visage que je reconnais immédiatement. Je sais que je ne suis pas devant un miroir. Son regard est aussi vert que le mien. Mais ses cheveux sont différents, coiffés de longues tresses, et son maquillage noir semble avoir été juste peint sur son visage, entourant et faisant ressortir la prunelle de ses yeux.

C'est la première fois que j'ai l'occasion de détailler d'aussi près, et aussi longtemps la guerrière. Elle, ne semblent pas me voir. Je me demande, si je la touchais, ressentirais-t-elle quelque chose ? Un frisson ? Une vision ? Ma main se tend malgré moi vers son visage, mais la flamme vacille dans mon autre main. Un avertissement ?

Un bruit détourne mon attention, et une jeune fille fait son entrée. Elle agit comme si elle possédait le monde, et la prestance qu'elle dégage me fait penser que c'est elle la chef. Tout comme Lexa la guerrière, dont je ressens la soudaine agitation qui s'empare d'elle dès qu'elle aperçoit la jeune blonde. Rien n'y parait, mais je sens ce qu'elle ressent. L'avantage de partager la même âme j'imagine. La jeune fille devant moi, c'est Clarke, enfin, la version de Clarke de cette réalité.

Mon cœur se serre quand je m'approche. Elle semble si fatiguée, tellement brisée, et porte le poids du monde sur ses épaules. C'est bien loin de l'image de MA Clarke, mais c'est pourtant bien elle. Je le sais.

L'échange entre les deux jeunes filles semble tendu, il est question de morts, de trêve, et d'autres choses que je ne comprends pas. Nous sommes ennemis. Avec Clarke. Mon cœur se serre à cette révélation, mais je reste là, à observer.

Et puis la scène prend fin, je les suis à l'extérieur de la tente dans laquelle nous étions. Mais ce n'est plus le même moment. Un jeune homme est attaché à un poteau au milieu du camp, la tension qui règne est insoutenable. Une foule observe la scène depuis le haut d'une colline, derrière de hauts grillages. Un cri retentit dans la nuit. Et je me retourne vers l'agitation qui règne soudain. Clarke se tient debout, le bras en sang. Un instant, je pense que c'est le sien, mais je croise son regard et je comprends. La peine et la douleur se lisent dans ses yeux.

Mon cœur me fait mal, tellement mal. Les émotions de la guerrière et les miennes s'emmêlent et menacent de me terrasser. Comment fait-elle pour ne montrer aucune émotion, comment fait-elle alors que moi, j'ai même du mal à respirer. Ma poitrine m'oppresse alors que je vois Clarke se diriger vers une tente et disparaitre de ma vue.

Mon cœur semble se remettre à battre normalement, je respire mieux également au bout d'un moment. J'emboite le pas à l'autre Lexa quand elle se dirige également vers la tente. Et quand j'en franchis l'entrée, le cadre change de nouveau.

La pièce est froide de béton et de métal, une grande table où s'étalait un festin est repoussée sur le côté. De nouveau, une tension à couper au couteau règne ici. Tout le monde est sur ses gardes, chacun se tenant prêt pour... je ne sais quoi, la guerre peut être ?

J'arrive juste à temps pour capter la phrase que la guerrière glisse à Clarke juste avant de sortir en fulminant.

« Dis-moi Clarke, quand tu as planté le couteau dans le cœur du garçon que tu aimais, n'aurais tu pas souhaité que ce soit le mien ? »

Le regard blessé de Clarke à cet instant me fait immédiatement me sentir coupable. Ce n'est pourtant pas moi qui lui ai dit ces mots si durs. Mais je n'ai qu'une envie, c'est de la prendre dans mes bras pour la réconforter. En m'approchant, la paume de ma main commence à chauffer, et alors que je vais la toucher, elle me brule soudainement, me faisant me retirer brusquement. Je regarde la petite flamme qui me guide toujours et éclaire mon chemin. Clarke. MA Clarke. Mais cette jeune fille à l'air si triste, juste devant moi, c'est aussi ma Clarke, quelque part. Elle est différente, mais c'est elle. Et je ne peux ignorer sa souffrance.

Ma vue se brouille, Clarke devient flou, comme les autres personnes dans la pièce. Je me retourne, interpellée par le bruit d'une discussion. Plutôt d'une dispute. Juste à temps pour apercevoir deux silhouettes se faufiler par une porte à l'arrière.

Sans réfléchir, je me mets à courir pour les suivre. C'est nous, elles, enfin...nos alter egos. Elles s'enfuient, rapidement, mais pourquoi ? Tout à coup, Clarke semble vouloir faire demi-tour, et Lexa tente de l'en empêcher. La jeune blonde se dirige en courant vers une femme plus âgée, et semble très agitée alors qu'elle tente de l'entrainer dans la forêt. Et puis c'est le chaos, un bruit assourdissant retentit, le souffle de l'explosion, les flammes, les morts...

Elles savaient, elles fuyaient devant la bombe. Elles n'ont prévenu personne. Et c'est encore un bout du cœur de Clarke qui s'arrache avec cette décision. Ma décision ?

Je me retourne vers Lexa la guerrière, mais il n'y a plus personne. Il fait froid tout à coup. La chaleur du feu est remplacée par le vent, au sommet de la colline sur laquelle je me retrouve sans comprendre pourquoi. Une gigantesque porte vient de s'ouvrir, et des hommes et des femmes en sortent, habillés seulement de quelques guenilles. Je suis juste à côté de Lexa cette fois, et je suis donc aux premières loges pour contempler le visage de Clarke se décomposer quand elle réalise que je l'ai trahie. Tout ce que j'ai pu ressentir de négatif jusque-là n'est rien en comparaison de ce regard. Je sens un vide immense m'envahir.

Les larmes emplissent mes yeux, et menacent de couler. Je ne suis pas certaine de pouvoir en supporter plus. Je ne suis pas certaine de vouloir continuer ce voyage. Je veux, j'ai besoin de voir Clarke sourire. Ce sourire que j'aime tant, et qui semble ne jamais avoir existé dans cette vie de douleur. J'ai mal. Pour Clarke, et aussi pour cette Lexa, qui tente de ne rien laisser paraitre, mais qui ne peux empêcher cette seule et unique larme de couler sur son visage.

Malgré tout ça, malgré ce monde dangereux, sauvage, barbare, je l'aime, et elle m'aime. Et c'est cela, qui fait le plus mal. Car malgré cet amour, il nous est impossible d'être heureuses ici.

Je ne sais pas s'il faut que je suive Lexa, ou que je reste aux côtés de Clarke, peut-être, d'une façon ou d'une autre, pourrait-elle ressentir un peu de mon réconfort. Mais la trahison est difficile à digérer, et je ne suis pas aussi forte qu'elles le sont dans ce monde. Les larmes finissent par se frayer un chemin sur mes joues, et je m'écroule sur le sol humide en sanglot.

Je reste là, tentant de me reprendre, et la flamme dans la paume de ma main chauffe d'une manière agréable, presque caressante. Me ramenant doucement à cette réalité horrible.

Il fait chaud tout à coup, et je sens le sable me bruler les fesses. J'ouvre les yeux et me lève prestement. L'arène est bordée d'une foule hétéroclite, tout au bout, une estrade où sont installés plusieurs personnages aussi différents les uns des autres. Celle du milieu me semble vaguement familière. J'ai déjà dû rêver d'elle. Le son du métal s'entrechoquant me ramène à ce qu'il se passe dans l'arène. Mes yeux s'écarquillent quand je vois Lexa à genoux devant un homme imposant, attrapant la lame de son épée à pleine main pour le repousser. Je pousse un petit cri en ressentant la morsure dans ma chair, et examine ma main, m'attendant presque à voir du sang. Mais rien.

La guerrière est à terre, l'homme tiens sa lance prête à frapper. C'est la fin. Je vais assister en direct à ma mort. La panique me gagne, mais en croisant le regard d'une jeune blonde au premier rang dans la foule, je réalise que ma panique n'est rien en comparaison de ce que je lis dans ses yeux. Elle est terrorisée.

Je suis tellement obnubilé par Clarke, que j'en oublie de regarder la fin du combat. Je ne connais le dénouement qu'à travers le soulagement que je peux voir sur les traits fins de son visage, et par la clameur de la foule quand résonne un cri.

« Longue vie au roi ! »

Je n'ai rien compris, mais la guerrière est en vie. Alors je continue mon voyage, brisée par tant de malheur et de souffrance. Je pousse une porte qui est apparue devant moi, plus rien ne m'étonne à présent. Et je retrouve Clarke de dos, penché sur un lit, il y a un homme à ses côtés, et un autre plus à l'écart.

Même de dos, je peux dire que quelque chose ne va pas. Je me décale légèrement pour voir ce qu'il se passe sur le lit. Cette fois-ci, je crois que c'est la fin. Mon cœur se brise devant la scène qui se joue sous mes yeux.

La guerrière est étendue sur les fourrures, et se vide de son sang, noir comme la nuit. Mes yeux refusent de se fermer devant ce spectacle déchirant. Et j'assiste, impuissante, à une tentative désespérée de Clarke, pour sauver l'amour de sa vie. Laissant s'arracher, avec la vie de son amante, la dernière partie de son cœur.

Rien ne pourra jamais combler le vide qui envahit Clarke au moment où Lexa ferme définitivement les yeux. Abandonnant son âme sœur, continuant seule son chemin. La flamme qui brule encore et toujours au creux de ma main me semble une bien piètre consolation sur le moment.

La sensation d'une main sur mon épaule me fait sursauter, et je me retourne pour me retrouver face à Lexa, la guerrière. Cette fois ci, elle me voit c'est certain.

- Elle ira bien. Me dit-elle d'une petite voix, tentant de se convaincre autant elle que moi.

Mais son regard empreint de tristesse ne ment pas. Elle n'ira plus jamais bien. Pas vraiment. Elle survivra. Un dernier regard vers Clarke, et elle se tourne de nouveau vers moi.

- Tu dois partir maintenant. Ton voyage est terminé. May we meet again.

Sur ce, elle porte ma main à hauteur de son visage, et souffle la flamme qui s'éteint tranquillement, me plongeant immédiatement dans le noir.

- LEXA !

Un hurlement lointain. Une odeur d'encens. J'ouvre les yeux brusquement, encore étourdie par ce voyage au-delà du temps, au-delà du réel. Et pourtant, tout est réel. La peine, l'amour, la souffrance de Clarke. Tout ça est ancré en moi, et j'ai beau avoir les yeux ouvert à présent, et être consciente du lieu où je me trouve, consciente de Titus qui semble soulagé de me voir réveillée, je n'ai aucune envie de lui parler. Aucune envie de lui demander combien de temps je suis partie. Je suis bien incapable de parler de toute façon. Les images me reviennent, mais plus fort encore, les sentiments. Et je me roule en boule sur le lit de mon père, et pleure toutes les larmes de mon corps.

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