Après des mois et des mois d'absence (pour la faire courte en mars j'ai commencé un nouveau boulot qui est très fatiguant et assez difficile psychologiquement et je n'arrivais plus à écrire), voici le nouveau chapitre, il est un peu long (j'ai failli le coupé, voyez vous avez de la chance je ne l'ai pas fait) et il a été assez compliqué à écrire. Je me suis remis à écrire quotidiennement, donc à part la mi août où je serais en vacances une semaine, il devrait y avoir des mises à jour des fics toutes le semaines à partir de maintenant (pas toutes en même temps bien sûre, je vais essayé de faire mieux, mais je ne suis pas une machine.)

Avertissement : On a atteint un taux assez exceptionnel d'angoisse ici, donc faites attention, il y a aussi une terreur nocturne et l'évocation d'abus.

L'oeuvre de Stark Trek et ses personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Gene Roddenberry et de la Paramount Picture.

Chapitre 4 : Dans la clarté et dans l'obscurité

Ses membres étaient lourds, engourdis, il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait plus sentirson corps, seulementles battements rapides et forts de son cœur dans soncôté, il essaya de prendre plusieurs inspirations, mais ses poumons restaient désespéramment vides, il ne pouvait pas respirer. Il savait logiquement qu'il allait mourir s'il ne respirait pas, ilessayaitd'appelerà l'aide, mais aucun son ne sortait.

Il entendait vaguementle bruit aiguë d'une sonnerie lointaine et d'une voix étouffée appelant son nom. Il se força à ouvrir les yeux, il était allongé sur le sol, la pièce était plongée dans l'obscurité. Où était-il ? Il ne reconnaissait pas ces murs, il ne reconnaissait pas cette chambre. Il entendit le bruit de l'ouverture de la porte, il essaya de se déplacer, mais son corps refusait de répondre aux impulsions de son cerveau. Il se rendit compte avec un soupçon de terreur qu'il était totalement paralysé.

Il perçut le déplacement d'une ombre dans la périphérie de son champ devision, ses yeux fouillèrent l'obscurité de la chambre, il ne vit rien d'abord, puis il remarqua deux pairs d'yeux, des yeux bleus vifs électriques et des orbes brunes, qui l'observaient de l'autre côté de la pièce, incrustés dans le mur comme des étoiles sur un ciel obscur. Il plissa les yeux pour mieux voir à travers l'obscurité, mais il ne discernait rien d'autre que les deux pairs yeux et les silhouettes vagues qui ondulaient dans les ténèbres.

« Tu ne peux pas t'échapper… » Chuchota une voix familière dans son oreille.

Puis soudain, en un instant la masse sombre était sur lui. Il essaya de crier, en vain, le corps implacable l'écrasait, il essaya de le combattre, de le repousser, mais il ne pouvait pas bouger, il était totalement paralysé. Il sentait sa chair rompre, lacérée par des milliers de griffes qui le touchaient, les mains brûlaient sa peau, il brûlait et il ne pouvait pas respirer, il criait et aucun son ne sortait de sa bouche. Il appelait Jim à l'aide, mais les yeux bleusrestaient immobiles, le fixant,comme deux étoiles épinglées sur un ciel obscur, son regard rempli de haine, de violence, de dégoût, il sentait les yeuxde Jim brûler profondément dans sa chair, comme si son regard avait été un couteau faisant son chemin à traversson cœur.

Il se redressa brutalement, haletant, son cœur tambourinait dans son côté, il tremblait, ses bras étaient jetés devant lui comme pour repousser un assaillant, l'écho de son cri résonnait encore dans sa tête. Lentement il baissa ses mains pour les reposer sur le sol, il cligna des paupières plusieurs fois, ses yeux scrutant l'ombre, reconnaissant peu à peu son environnement. Il était assit dans son alcôve de méditation. Il se rappelait comme dans un brouillard son retour jusqu'à ses quartiers après son quart et sa rencontre avec Armack dans le couloir, il était retourné ensuite dans sa chambre, en proie à une crise de panique très humaine, il avait essayé de méditer pour reprendre son contrôle vulcain, sans succès. Il avait du perdre connaissance alors qu'il méditait, il pouvait facilement identifier les causes de son malaise : le manque de sommeil et de nourriture ces six derniers jours, et les émotions intenses et inhabituelles auxquels il avait été soumis au cours des huit dernières heures, avaient provoqué une réaction physiologique regrettable, mais qui ne constituait pas de réelles raisons d'inquiétudes quant à son état de santé et ne justifiait certainement pas une visite à l'officier médical en chef.

Il avait honte de sa faiblesse, son échec prouvait encore une fois son inaptitude à être vulcain, et le fait que personne n'ait assisté à son effondrement physique et émotionnel ne constituait qu'un maigre réconfort face à la connaissance qu'une nouvelle fois il avait échoué. Il fut tiré de ses réflexions auto-dépréciatives par le son de l'ouverture de la porte de ses quartiers. Il avait été vaguement conscient du bruit strident de la com, mais son esprit était encore assourdi par les émotions violentes du rêve. Les souvenirs et la vision de son cauchemar tournaient dans son esprit comme un vieux disque terrien rayé. Il avait enfermé ses souvenirs dans un lieu reculé de son esprit, une zone qu'il n'explorait jamais, une prison obscure, remplie de ténèbres. Armack, comme un démon sorti tout droit de son enfer personnel, avait fait éclaté les murs de la cellule. Son esprit était une plaie ouverte qui saignait.

Il sentait la peur, comme un marécage nauséabond, remuer dans le fond de son estomac, tordre ses entrailles, s'enrouler dans son côté autour de son cœur. Il avait reculé instinctivement, se recroquevillant contre le mur. Les images clignotaient dans son esprit, des flashs de mémoires vivantes. Il sentait la saleté sur lui, comme une seconde peau, il serrait fermement ses mains ensembles pour s'empêcher de se gratter, il savait, logiquement, que l'action était inutile. Il pouvait sentir le toucher des mains chaudes sur sa peau, et le poids peser sur son corps, il avait fermé les paupières, prenant une respiration profonde après l'autre, dans un effort pour bannir les hallucinations. Il avait connu un certain nombre d'épisodes dissociatifs et de flash-back dans le passé, il avait fait un travail important pour apprendre à contrôler et à réprimer les flash-back et les effets émotionnels et physiques qui les accompagnaient, mais il semblait que tout son contrôle lui échappait en ce moment.

Il entendit le son d'une voix inquiète appelant son nom à l'entrée de ses quartiers. La peur diminua, les effets du rêve se dissipant, à l'instant où il reconnut la voix de Jim, son émotion précédente remplacée par des sentiments de gratitude et de sécurité que lui inspiraient toujours sa présence. Il souffla lentement, l'étau autour de sa poitrine se desserra pour qu'il puisse respirer. Il entendit des pas approcher et il prit conscience soudain de la posture dans laquelle il se trouvait, recroquevillé, acculé dans un coin comme un enfant ou un animal effrayé. Il était reconnaissant que l'arrivée soudaine de Jim ait pu lui permettre de retrouver un peu de calme pour qu'il puisse se recentrer, après l'expérience d'une violente crise de panique et d'une terreur nocturne terrifiante qui l'avait laissé psychologiquement épuisé, mais il ne désirait pas pour son Capitaine de le voir ainsi, démuni, affligé par la faiblesse humaine. Il se hissa sur ses jambes, ignorant l'engourdissement général dans son corps, au moment où Jim contourna le diviseur séparant la chambre du bureau. Il se tenait droit, ses bras tendus, rapprochés le long de son corps, son visage était neutre et vide de toute expression.

« Lumière à 50 %, Spock, ça va ? J'ai entendu du bruit… » Se précipita la voix inquiète de Jim. Les yeux bleus étaient larges et effrayés, balayant l'espace de la chambre à la recherche d'un potentiel danger. Le lit n'était pas défait, la chambre spartiate était comme d'habitude parfaitement en ordre, il n'y avait pas de signe de lutte et il ne semblait pas y avoir une autre présence. Ses épaules se relaxèrent légèrement et il retourna son attention sur Spock, faisant un examen rapide de son corps, les cheveux noirs, habituellement parfaitement coiffés, étaient désordonnés, et l'uniforme bleu était légèrement froissé, sa peau était teintée d'un vert olive et il semblait pâle. Son regard s'accrocha vers le bas et Spock se rendit compte que ses mains tremblaient et il les croisa dans son dos, trop tard cependant, connaissant l'efficacité des capacités d'observation de son Capitaine, surtout le concernant, et au regard prudent et anxieux que lui retourna Jim, il savait qu'il avait du remarquer le tremblement dans ses mains.

Kirk remonta son regard jusqu'au visage du vulcain, il n'avait aucune expression, mais il fut frappé par les émotions qui bouillonnaient dans les iris sombres, elles étaient remplies de douleur et d'angoisse, la vue était déchirante et presque trop à supporter. Il avait déjà vu ce regard, sur la plateforme du transporteur il y a trois ans, et il l'avait aussi entraperçu il y a quelques heures, sur le pont, lorsque Spock s'était tourné vers lui. Il le terrifiait et il voulait en même temps réconforter Spock, mais il ne savait pas si son contact serait bien accueilli. Sans y penser, et sans doute contre son meilleur jugement, il s'avança vers le vulcain, tentant une main à quelques centimètres de son bras, il avait à peine conscience de son geste, toute son attention était dirigée sur Spock.

Le vulcain ne recula pas loin du contact, il ne frémit pas, mais il vit le raidissement soudain de ses épaules, la tension supplémentaire de son corps, la dilatation des pupilles et les yeux qui s'écarquillèrent dans une expression qui ressemblait beaucoup trop à de la peur pour le confort de Jim. Les images de Spock écrasé par la silhouette large d'Armack, encerclé par des bras étrangers, recourbé sur sa console, comme s'il avait été frappé, clignotèrent dans son esprit, il s'arrêta, momentanément gelé. Son bras retomba finalement à son côté et il replia ses mains dans son dos, reflétant la posture de Spock.

Il ouvrit la bouche, comme pour parler, mais il ne savait pas quoi dire, il se sentait gêné, il était entré dans les quartiers de Spock sans sa permission, alors qu'il savait que son second était extrêmement privé, il l'avait visiblement dérangé pendant la méditation, ce qu'il savait après autant de temps et de missions passés ensembles était un rituel très important pour lui, et il avait essayé de le toucher alors qu'il savait pertinemment que le vulcain répugnait au contact physique, eh bien en général Spock supportait ses petites manies tactiles mais il pensa que sans doute il avait du être refroidi par le comportement d'Armack et qu'il n'avait pas envie d'être touché en ce moment. Il avait vraiment besoin de parler avec Spock à ce sujet. Il commença à former des excuses dans sa tête mais Spock le coupa en répondant, avant qu'il n'ait eu le temps de les formuler à haute voix.

« J'ai fait l'expérience d'une perturbation mineure au cours de la méditation. Je suis cependant tout à fait fonctionnel. Y-avait-il une raison particulière à votre visite tardive, Capitaine ? » Spock était satisfait de l'absence de tremblements dans sa voix. Conscient de la froideur et de la dureté de son ton, et connaissant les préférences de Jim pour les dialogues émotionnels, il avait essayé d'insuffler un peu de chaleur dans sa dernière question. Au visage vide et aux rétrécissements des yeux bleus il n'était pas tout à fait certain d'avoir atteint le résultat escompté. Il se rappelait le regard de dégoût, les yeux bleus furieux, remplis de haine, de son rêve. Il était très conscient soudain de la proximité de l'humain et de sa position, bloqué dans le coin, il avait besoin de sortir, il se retint de reculer, il prit un pas de côté et commença à se déplacer hors de la chambre. Jim l'observa un instant avant de le suivre derrière le diviseur et dans le bureau. Ses propres déplacements étaient prudents, il avait pris l'avertissement dans la voix et la posture gardée, presque défensive, de son ami. Il avait assez observé le demi-vulcain en trois années pour reconnaître un comportement inhabituel, Spock était instable et il devrait faire attention.

Maintenant, il ne savait pas très bien ce qu'il devait faire, il était partagé. Il craignait à la fois la colère du vulcain et ses instincts primaires lui disaient de fuir. Mais, la désolation et la crainte masquée qu'il avait entraperçues sur son visage lui faisaient envie de serrer son ami et de le réconforter. Puis, son cerveau lui disait de confronter Spock pour découvrir la source du comportement anormal du vulcain et ainsi pouvoir corriger tout ce qui n'allait pas avec son ami. Il voulait obliger Spock à lui parler, mais il savait qu'il était presque impossible de forcer un vulcain, eh bien sauf en utilisant des moyens logiques et encore il avait pu constaté en plusieurs occasions qu'ils n'étaient pas à l'abri non plus de la mauvaise foi, et à pousser Spock il gagnerait seulement à être poussé dans un mur. Consciemment, il savait que Spock ne l'attaquerait pas, il en était quasiment sûr, mais il pouvait encore le mettre hors de ses quartiers et il savait qu'il ne lui parlerait plus jamais, ou en tout cas qu'il serait ignoré pendant plusieurs longues et douloureuses semaines, et il ne découvrirait jamais ce qui était faux avec Spock. Or, il avait besoin de parler à son ami maintenant. Haussant un sourcil il interrogea : « Une perturbation mineure ? » Sa voix avait un ton de défi, mettant en garde Spock pour qu'il essaye de le détourner ou de l'ignorer.

Spock rougit légèrement, ses joues se teintant de vert, il fixa un point au dessus de l'épaule de Jim et répondit d'un ton sec : « Effectivement. » Il savait que Jim ne se satisferait pas de sa réponse, il songea combien les humains, en particulier celui-ci, étaient difficiles à satisfaire. Mais il ne souhaitait pas avoir à expliquer qu'il avait eu un cauchemar après s'être effondré au cours de la méditation. Il calculait à 98 % la probabilité qu'un tel aveux conduirait à plus de discussions et de questions de la part de Jim, augmentant de 36 points le pourcentage que son secret soit découvert, ce pourcentage avait déjà été augmenté par le fait qu'une partie de lui voulait le dire à Jim. Mais, il ne voulait pas inquiéter son ami, il savait qu'il l'avait déjà fait, mais Jim avait déjà beaucoup à prendre en charge, il ne voulait pas l'accabler, son devoir était de le soulager. Il avait honte aussi et peur de lui parler.

Enfin, il était à 100 % certain que Jim l'enverrait voir le docteur McCoy. Le docteur pourrait certainement voir les signes de manque de sommeil et s'il vérifiait sa carte il pourrait voir qu'il ne s'alimentait presque plus. Il poserait plus de questions et il ne voulait certainement pas avoir à discuter de ça avec le médecin, ils se disputaient souvent, mais ils se faisaient confiance la plus part du temps, mais il n'était pas sûr de pouvoir lui faire confiance avec cette blessure. Aussi illogique que soient les sentiments ou le raisonnement qui l'avaient amenés à le croire, il craignait que Jim le rejetterait ou que Leonard le moquerait. Une partie, logique, de lui savait que ce n'était pas vrai, mais la présence de l'Amiral renforçait ses croyances construites par des années de peur réprimée et cachée et de la honte qu'il avait soigneusement étouffée.

Jim fronça les sourcils, il fixa longuement Spock, le vulcain ne le regardait pas directement dans les yeux et des traces de verts un peu plus prononcées étaient apparues sur ses joues et à la pointe de ses oreilles. Habituellement il aurait été très heureux de provoquer le rougissement de son second officier, mais, d'une part, Spock contrôlait généralement ce genre d'affichage ce qui signifiait que son contrôle devait être compromis pour qu'il permette à Jim d'en être témoin, d'autre part, il n'avait pas été causé par une gêne agréable et le but de Jim n'était certainement pas d'indisposer ou de bouleverser Spock. Il ravala finalement ses sentiments d'exaspération et d'agacement, prenant une profonde inspiration, il ferma les yeux quelques secondes pour se calmer avant de les rouvrir sur son commandant en second. Spock n'avait pas bougé d'un pouce et avait l'air à la fois d'éprouver la version vulcain d'une profonde mortification et d'être sur le point de s'effondrer.

Jim devait se retenir à nouveau de ne pas sauter par dessus la table pour étreindre physiquement le vulcain, à ce stade il se demandait si cela ne provoquerait pas une espèce de réaction incontrôlée vulcaine, sans doute violente. Il se demandait si Spock pouvait avoir une crise d'angoisse, est-ce que les vulcains avaient même des crises d'anxiété ? Est-ce que c'était ce qui était arrivé à Spock tout à l'heure ? A la place, il plaqua un sourire rassurant et aussi naturel que possible sur son visage et sauta dans la chaise de son côté du bureau, faisant un geste de la main vers le siège d'en face pour inviter Spock à s'asseoir aussi. Ça devait être un preuve de la fatigue de Spock mais, celui-ci sembla considérer le siège et la main de Jim durant plusieurs longues secondes avant de s'asseoir finalement devant l'ordinateur. Jim balaya les quartiers tout en rassemblant ses pensées, ses yeux se posèrent sur l'échiquier trois dimensions abandonné sur la table basse, il fronça les sourcils. Il savait que Spock n'avait pas d'autres partenaires de jeu sur le navire, Spock lui avait raconté qu'il jouait contre l'ordinateur parce que personne sur l'Entreprise n'avait son niveau de jeu, c'était d'ailleurs ce qui avait motivé Jim à inviter Spock à jouer avec lui, leurs parties se déroulaient habituellement dans ses quartiers et ils utilisaient l'échiquier de Jim. Mais, Spock avait visiblement joué ici avec quelqu'un, et récemment.

Il étouffa rapidement sa jalousie et retourna son attention sur Spock, étendant les jambes devant lui et croisant ses mains derrière sa tête il bailla longuement avant de parler : « D'accord, je vous laisse pour l'instant à ce sujet. Eh bien, je suis fatigué et j'ai faim, avez-vous mangé ? Voulez-vous dîner ? » Demanda-t-il. Spock rencontra enfin son regard et Jim observa la hausse légère de son sourcil droit sur le haut de son front.

« Si votre objectif est l'obtention de la subsistance pour votre repas, vous aurez plus de succès en vous dirigeant au mess des officiers qu'ici dans mes quartiers, Capitaine. » Répondit Spock sur un ton que Jim avait appris à reconnaître comme étant le mode sarcastique du vulcain. Eh bien, c'était mieux que sa voix froide et neutre qui lui donnait l'impression que Spock allait l'étouffer dans une console ou dans un mur d'un moment à l'autre. Il s'était attendu à un peu de résistance mais, si Spock pouvait être têtu, il pourrait l'être aussi, et il était James T. Kirk, il ne croyait pas aux scénarios sans victoire.

« Nan, je préfère vos quartiers. » Répondit-il, son sourire s'étira sur son visage et il s'enfonça plus profondément dans le siège. Il était tenté de mettre ses pieds sur sa table pour compléter la posture, mais il pensa que ce serait sûrement trop pour le vulcain aux normes hygiéniques très strictes. Il était là pour accomplir une mission personnelle après tout, et si Spock le mettait dehors, il ne pourrait pas faire ce pourquoi il était venu dans les quartiers du vulcain. Il se souvenait d'ailleurs qu'il était entré ici sans la permission de Spock, enfin il était le capitaine et l'Entreprise était son navire et en soit il pouvait entrer partout où il le voulait mais, il avait pour règle de ne jamais abuser des privilèges que conférait la charge de capitaine, et surtout de ne jamais les utiliser à des fins personnelles, ce qui voulait dire ne pas pénétrer dans des quartiers verrouiller en utilisant les codes d'accès du capitaine sans une bonne raison. Spock pourrait même lui demander de justifier cela s'il voulait. Connaissant l'obsession de Spock pour les règlements il le ferait. Il se redressa dans son siège, son visage devenant soudainement sérieux alors qu'il s'adressait à Spock :

« Au fait, désolé d'être entré dans vos quartiers comme ça, j'ai appelé sur la com mais vous ne répondiez pas et j'ai cru entendre un cri alors je suis venu... » Expliqua-t-il en faisant un geste du bras pour désigner les quartiers propres et rangés du vulcain. Il ne voulait pas embarrasser Spock en insistant pour qu'il lui dise ce qui s'était passé mais, il avait vraiment été effrayé par le bruit. Il n'avait même pas reconnu la voix de Spock au début, mais il suffisait de savoir que ça venait de l'intérieur de ses quartiers. Il avait déjà entendu Spock hausser la voix avec colère, il avait entendu même de rares fois le vulcain crier de rage, et Scotty lui avait parlé une nuit, alors qu'il buvait avec l'ingénieur, de comment Spock avait crié après Khan juste après qu'il était mort, mais il ne l'avait jamais entendu crier, pas même gémir, de peur ou de douleur. Mais, tout à l'heure, il avait entendu un cri de terreur s'élever à travers la porte des quartiers de son second. Jim vit Spock hocher légèrement de la tête en réponse et il se détendit à nouveau dans son siège.

Ni l'un ni l'autre ne parlèrent pendant un certain temps, si Jim avait trouvé la conversation tendue, Spock appréciait le silence et il était soulagé qu'il n'insistait pas pour l'interroger sur la source du cri, dont ils savaient pertinemment tous les deux qu'il était venu de ses quartiers, et que comme il avait été tout seul à ce moment là, qu'il devait avoir été de Spock. Même si connaissant Kirk, il reviendrait à la charge plus tard. Pour l'instant, bien que sans parler, ils profitaient chacun d'être dans la présence de l'autre. Au bout d'un moment Spock finit par demander : « Y a-t-il une raison pour laquelle vous souhaitez éviter le mess des officiers ? » Les deux sourcils étaient légèrement levés sur le front qui s'était creusé de petits sillons, perplexité, Jim identifia. Au cours des années il avait pu observer et cataloguer une importante variété de mouvements de sourcils de son premier officier. Il avait au moins l'intérêt de Spock, son sourire changea en un rictus amusé tandis qu'il se penchait légèrement en avant et posait ses deux mains à plat sur le bureau.

« Pas vraiment, si vous voulez nous pouvons y aller. » Proposa-t-il en commençant à se lever, poussant sur ses paumes. En réalité, il préférerait éviter de tomber sur Armack en allant manger, qui sait combien de conversations houleuses et ennuyeuses avec un être antipathique un être humain pouvait supporter, dans son cas pas beaucoup plus avant qu'il ne finisse par donner un coup de poing dans le visage gras de ce connard xénophobe qui avait osé traiter son premier officier de demi-race devant lui. Aussi, si Spock ne voulait pas lui parler, au moins il devrait s'assurer qu'il mange et il soupçonnait que le vulcain ne se rendrait pas au mess non plus ce soir. Il n'avait pas quitté Spock des yeux en se levant, celui-ci ne le regardait plus directement de nouveau, fixant à la place un point sur son épaule qui devait vraiment être très fascinant parce qu'il l'avait regardé presque tout le temps depuis que Jim était entré dans ses quartiers.

« Je préfère manger dans mes quartiers. » S'empressa de répondre Spock, son ton avait été plus dur qu'il ne l'avait voulu et il éprouva un peu de remord, les yeux de Jim s'agrandir légèrement à la voix forte, Spock baissa la tête et examina une rayure fine sur la table. Il se sentait instable en ce moment et il ne voulait pas accabler ses amis avec les difficultés qui étaient les siennes. Il avait trouvé que le meilleur moyen pour les préserver de son instabilité était de les ignorer et de les éviter jusqu'à qu'il arrive à rétablir son équilibre mental et physique et son contrôle vulcain. Mais, il était préoccupé par l'impact négatif de son état désordonné actuel, et de la solution temporaire qu'il avait mise en place, sur son amitié avec Jim. Il l'avait approché plusieurs fois au cours de la semaine pour s'enquérir de son état et il avait exigé de connaître les raisons de sa soudaine froideur et de la nouvelle distance qu'il avait artificiellement placé entre eux. Bien sûre, il avait remarqué. Kirk était quelqu'un de très attentif, de résistant et de combatif. Il n'abandonnait jamais, quelque soit la difficulté, il trouverait toujours le moyen de vaincre, de surmonter n'importe quel obstacle, il avait été illusoire de penser qu'il arriverait à le tenir à distance. Spock avait cru que l'ignorer suffirait à le renvoyer, il avait même essayé de répondre de façon sarcastique, mais Jim semblait trouver très amusant quand il utilisait le sarcasme, ce qui était généralement son but mais qui en ce moment était à l'opposé de l'effet qu'il essayait d'obtenir. Mais Kirk était quelqu'un de tenace et de très têtu. Et il ne voulait pas blesser Jim.

Kirk regarda prudemment le vulcain pendant quelques secondes avant de répondre doucement : « D'accord. » Il prit conscience de sa posture tendue et força son corps à se relaxer. Ses yeux s'adoucirent et il sourit à Spock en demandant d'une voix joyeuse : « Alors qu'est-ce que vous voulez manger ? » Il attendit mais Spock ne releva pas les yeux vers lui et ne répondit pas, il semblait ne pas avoir entendu, ce qu'il savait était impossible à cause de l'ouïe développée des vulcains, Jim supposait plutôt qu'il ne l'écoutait pas. Il fronça les sourcils et souffla audiblement. « Spock ? » Appela-t-il d'une voix forte. Le vulcain l'ignorait. Il repoussa le sentiment d'exaspération, parce que Spock n'avait vraiment pas l'air d'avoir besoin qu'on lui hurle dessus en ce moment, et demanda à la place avec autant de gaieté qu'il le pouvait : « Est-ce que vous allez continuer à ne pas répondre à mes questions ? » Il espérait que Spock allait décider d'arrêter de l'ignorer, mais ça s'annonçait plutôt mal.

Spock ne répondit pas pendant plusieurs minutes. Puis il parla doucement : « Plomeek. » Le mot et la voix douce surpris Jim et pendant un moment son cerveau était vide et il ne se rappelait plus ce qu'était le mot, pourtant il savait qu'il le connaissait.

« Quoi ? » Demanda-t-il finalement.

Spock leva la tête et observa le regard étonné et incompréhensif sur le visage de l'humain : « Le plomeek s'il vous plaît. » Répéta-t-il un peu plus fort après un instant, il vit un éclair de reconnaissance dans les yeux de Jim « Bien sûre. » Il se déplaça vers le synthétiseur de nourriture des quartiers de Spock. Il commanda la soupe de Plomeek et du thé pour Spock et du riz avec des légumes pour lui. En revenant il posa la nourriture entre eux sur la table puis s'assit dans le siège en face de Spock.

Ils mangèrent en silence pendant un moment. Jim voulait parler à Spock, mais il ne savait pas comment entamer la conversation et poser les questions qu'il voulait demander, il se sentait nerveux, il finit par craquer et l'interrogea : « Vous ne m'aviez pas dit que vous connaissiez personnellement l'Amiral ? »

Il fallut à Spock tout son contrôle, donné par l'éducation qu'il avait reçu dans son enfance et des années de conditionnement pour ne pas recracher sa soupe. Il avala difficilement avant de reposer sa cuillère à côté de son bol de Plomeek. Il avait du mal à combattre les sentiments que l'évocation d'Armack réveillait en lui, surtout en face de Jim qui savait toujours appeler ses émotions, qui avait la capacité de passer à travers ses contrôles et qui semblait pouvoir lire la plus petite de ses expressions. Ses émotions étaient une tempête et il avait peur que Jim le voit, qu'il voit sa faiblesse, sa douleur, sa honte. Son pouls s'accéléra et son souffle devint plus court. Il ferma les yeux et pris plusieurs respirations profondes pour se calmer et pour chasser le rougissement qui s'était installé sur son visage. Il rouvrit les yeux au bout d'une minute, il n'était toujours pas calme, mais il était capable de contrôler les réactions physiques de ses émotions éruptives, il examina longuement la surface orange du Plomeek, avant de relever son visage vide de toute expression, se forçant à regarder directement à Kirk.

Il essaya de parler, d'expliquer, mais il trouvait qu'il manquait de mots. Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, quand il était enfant sa mère dirait qu'il ressemblait à un poisson quand il ferait cela, il éprouva une douleur dans son cœur qu'il rejeta, il prit une profonde inspiration avant de parler : « Il a été un de mes enseignants à l'académie et j'ai servis brièvement avec lui. » Il espérait que cette information suffirait à satisfaire la curiosité de Kirk, parce qu'il ne pouvait pas vraiment lui dire qu'Armack, et d'autres avec lui, l'avaient agressés, plusieurs fois, qu'ils l'avaient tellement blessé qu'il était cassé, qu'Armack avait tellement d'emprise sur lui qu'il ne pouvait pas s'échapper, qu'il avait tellement honte, qu'il était si faible, qu'il ne pouvait pas en parler, pas même à son meilleur ami.

Le dit ami avait aussi posé sa fourchette et l'observa pendant une demi minute avant de demander : « Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? » Sa voix avait la dureté de la colère et la douceur de l'inquiétude, aussi étrange et improbable que puisse être une telle association contradictoire dans la même phase. La question résonnait avec ses pensées précédentes et il ferma les yeux une seconde avant de les rouvrir.

« Ça ne semblait pas pertinent. » Fut sa réponse logique, il se félicita pour sa répartie rapide, à l'inverse du reste de ses interventions au cours de la conversation depuis l'entrée de Kirk.

« Je pense que ça l'est. » Rétorqua Kirk. Spock se força à ne pas lâcher les yeux bleus qui le fixaient si intensément qu'il éprouvait des difficultés à maintenir son regard. Jim saurait s'il baissait les yeux qu'il dissimulait quelque chose et omettait la vérité.

Il déglutit et demanda simplement : « Pourquoi ? » La question trembla dans sa bouche. Il se sentait de plus en plus instable et il devrait bientôt mettre fin à la conversation avant qu'elle ne le dépasse totalement.

« Armack m'a rendu visite dans mes quartiers, il est resté pendant 2 heures, il m'a raconté des choses très intéressantes. Vous saviez qu'il était xénophobe ? Ne répondez pas à la question, je crois que vous le saviez... Spock, je pensais que vous et moi, nous avions quelque chose… » Jim n'était pas stupide et il avait compris que le sujet était délicat, il avait vu l'état émotionnel de Spock, et il l'avait vu se décomposer au fur à mesure de la conversation et il ne voulait pas l'interroger comme ça, mais il s'était laissé emporté et avait envoyé la prudence en enfer.

Il ne comprenait pas, vraiment, pourquoi Spock ne le lui avait pas dit ? Spock savait qu'il ne défendait pas les intimidateurs ni les xénophobes. Est-ce qu'il ne le considérait pas assez pour se confier à lui ? Ils étaient amis, ou du moins c'était ce qu'il croyait. Spock aurait du lui dire, ou bien considérait-il cela comme trop privé ? Il savait que les vulcains avaient une haute considération de leur vie privée. Peut-être Spock craignait-il d'être jugé ? Qu'il le pense faible ? Ça paraissait improbable mais, il était obligé de le considérer. Il ne pouvait pas comprendre, pourquoi Spock ne lui avait pas fait confiance pour lui dire qu'il se sentait mal à l'aise à cause de la venue de quelqu'un qui l'avait visiblement intimidé quand il était à l'académie. Merde, Spock n'en avait jamais beaucoup parlé, mais Jim savait qu'il avait été intimidé par les autres vulcains quand il était enfant. Il ne savait pas comment fonctionnaient les traumatismes chez les vulcains, McCoy lui en avait donné une bonne idée quand il avait expliqué les réactions des survivants au traumatisme de la destruction de leur planète, mais cela avait sûrement impacté Spock d'une manière ou d'une autre et ça avait probablement aussi conditionné sa réaction au harcèlement d'Armack.

Le masque neutre de Spock avait glissé et maintenant son visage exprimait pleinement toute l'horreur et l'angoisse qui débattait en ce moment à l'intérieur de lui. Il s'était levé, faisant tomber sa chaise, et trébuchant en reculant en arrière. Son souffle était redevenu rapide, il avait du mal encore à respirer et il savait qu'il était proche d'une autre crise de panique. Les mots d'Armack résonnaient dans ses oreilles. Il ne pouvait pas considérer ceux du Capitaine, ni leurs implications, il ne pouvait pas parler et il ne pouvait pas lui demander ce qu'Armack avait dit, il ne comprenait pas ce que Kirk attendait de lui. Jim s'était levé et avait contourné la table, marchant vers lui, Spock avait reculé encore et Jim avait arrêté d'avancer.

« Qu'est-ce que tu attends de moi ? » Cracha-t-il, il s'était redressé, essayant de paraître menaçant, mais sa question avait plus sonné comme une plainte.

Jim ne comprenait pas la peur soudaine de Spock, visiblement dirigée vers lui, mais il avait levé ses paumes en l'air, dans un geste d'innocence et dans une tentative d'apaiser le vulcain agité. « Spock... » Commença-t-il.

« Laisse-moi ! » Cria-t-il avec force, c'était tout ce qui lui restait. Jim prit instinctivement un pas en arrière mais il ne quitta pas son espace. Il ne quittait pas Spock.

« Non. Spock explique-moi… » Il essaya de plaider.

« Non ! Laissez-moi ! » Il s'éloigna encore quand Jim essaya de se rapprocher. La colère qu'il forçait dans sa voix commençait à s'épuiser.

« D'accord, je vais vous laisser. » Capitula Jim, reculant lentement. Il ne voulait pas laisser Spock dans cet état, mais il semblait qu'il faisait empirer les choses en restant là. Il était assez confiant en les mécanismes d'adaptations de Spock pour passer seul à travers ça, seulement cette nuit, mais demain il reviendrait, et cette fois il prendrait Bones avec lui. Ça semblait grave et quoique soit ce que Spock cachait, il ne pouvait plus être laissé dans l'ignorance, il devait savoir ce qui se passait.

Il recula, sans jamais quitter Spock des yeux, il se retourna quand il fut assez prêt de la porte. Il s'arrêta, juste devant le capteur, il parla à Spock, sans se retourner : « Spock… vous savez que vous pouvez me parler de quoique ce soit, et que vous pouvez venir à moi à n'importe quel moment… » Il s'attarda encore quelques secondes, au cas où Spock le rappellerait, lui donnerait l'indice qu'il voulait qu'il reste, avant de sortir. Après qu'il ait quitté Spock s'effondra sur le sol.