Ce n'est un secret pour personne : si une personne malade ou blessé s'accroche à la vie de toutes ses forces, si elle a la volonté de guérir, et si, en plus, ceux qui lui sont proches la soutiennent et expriment le souhait qu'elle se rétablisse, alors l'état de cette personne peut s'améliorer.

Ce ne fut, malheureusement, pas le cas pour Arial. Même si tous les précédents facteurs étaient présents, même si tout le monde, et elle la première, désirait ardemment qu'elle retrouve la santé, cela n'arriva pas.

Pas quand le cerveau était atteint.

D'abord deux jours d'incertitude, où Arial alterna entre légèreté et vertiges, entre équilibre et chutes, où on espérait puis on désespérait ; puis dix jours qui allèrent de mal en pis, la journée ponctuée de migraines et de nausées, où elle marchait d'un pas mal assuré, ses mains secouées de soubresauts, et la nuit remplie de pleurs épuisés, parce que malgré la fatigue qui l'écrasait, elle était incapable de s'endormir et de se reposer un peu. Frisk et Sans dormaient avec elle à tour de rôle, le parent et l'enfant serré en une triste étreinte jusqu'à ce qu'elle sombre enfin dans le sommeil.

Au fil des jours, son état ne fit que prouver encore plus ce que sa famille refusait d'admettre. Puis le verdict des médecins mit fin à leur aveuglement volontaire : Arial avait développé le syndrome post-commotionnel. Mettre un nom sur un fait déjà établi aurait pu en un sens être utile, pour pouvoir donner un traitement approprié à cet handicap. Le problème, c'est qu'il n'y en avait pas. Le syndrome était une conséquence du traumatisme crânien, et il ne pouvait disparaître que de lui-même. Cela pouvait prendre une semaine tout comme une année. Personne ne savait combien de temps Arial allait devoir supporter ce supplice, et c'était ça qui était atroce. Savoir ce qui lui empoisonnait la vie, et savoir qu'on ne pouvait rien faire sinon attendre.

Chacun aurait voulu en pleurer de rage. Mais tous avaient choisi de ne pas montrer leur désespoir, pour ne pas décourager Arial, elle qui vivait une période si difficile.

Mais ils ne savaient pas que leur compassion la rendait furieuse. Certes, elle avait besoin d'aide, mais elle détestait qu'on la traite comme une handicapée, qu'on l'entoure de tant d'attention alors que chacun dans la maison aurait dû en avoir également. Et elle haïssait cette contradiction qui se manifestait à tout moment : comme lorsqu'elle devait descendre les escaliers, il fallait que quelqu'un la soutienne, voire la porte comme si ses jambes étaient atrophiées, et elle se retenait de crier qu'on la laisse tranquille, parce que c'était humiliant pour elle, mais en même temps elle savait que seule, la chute serait plus que probable, et rude. Lorsque Toriel avait proposé qu'elle dorme au rez-de-chaussée, elle avait hurlé qu'il n'en était pas question, et elle s'en était voulu d'avoir réagi aussi violemment. Son état la rendait irritable, prête à sortir les griffes pour un rien, et c'était un autre effet du syndrome qu'elle ne pouvait pas supporter.

Elle ne pleurait pas devant les autres. Elle se l'était interdit. Elle n'avait pas envie de paraître encore plus pitoyable qu'elle ne l'était déjà.

Un soir, Imane vint lui rendre visite. Elle était seule, comme la première fois qu'elle s'était présentée devant le logis Dreemurr. Elle n'avait pas prononcé un mot lorsqu'elle s'était retrouvée en face d'Arial. L'enfant s'était contentée de la serrer dans ses bras, un réconfort muet, sans pitié ni condescendance, dont les deux filles avaient besoin. Elles avaient regardé un film, blotties l'une contre l'autre sur le canapé comme deux personnes perdues dans le blizzard, et qui cherchaient à rester en vie en partageant une chaleur commune. Imane avait longuement passé ses doigts fins dans la chevelure blanche de son amie, une douce caresse, un geste répétitif qui avait petit à petit relaxé la semi-monstre, jusqu'à ce qu'elle s'assoupisse sur l'épaule de l'autre enfant.

Elle s'était réveillée le lendemain matin, allongée sur le canapé et Imane pelotonnée contre elle, une couverture cachant les fillettes aux yeux du monde.

- Merci, lui avait chuchoté Arial.

Imane lui avait souri, un sourire rayonnant capable d'éclairer la nuit. Comme elles n'avaient aucunement envie de se lever, Imane lui avait raconté diverses histoires tirées de ses contes favoris pour passer le temps.

Cela ne permettait pas de guérir. Mais au moins Arial oubliait la douleur, et c'était suffisant.

Et elle remerciait profondément Imane pour cela.


Je pense que je vais m'arrêter là.

Je suis désolée. Je n'ai plus la motivation de continuer. Cette histoire a rythmé ma vie pendant presque deux ans et j'en suis contente. Mais maintenant je ne m'amuse plus à écrire sur mes personnages. Je n'ai pas l'impression que ça intéresse beaucoup de monde à présent (à l'exception de quelqu'un qui se reconnaîtra et que je remercierai jamais assez pour sa gentillesse et son soutien). Je remercie ceux qui m'ont suivi et qui ont laissé des messages qui m'ont réchauffé le cœur.

Pardon si ça ne se termine pas sur une note très gaie. Je ne sais pas si un jour, je reprendrai cette histoire où je l'ai laissée... En tout cas ça a été une belle aventure.

Merci, et au revoir.

Cao.