Attention, pour ceux qui ne suivent que la version française, présence de nombreux spoilers sur le début de la saison 2.

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Disclaimer : Blindspot ne m'appartiens pas (tout est à Martin Gero), ni ses personnages (sinon Tasha serait plus compréhensive envers Jane, sérieux après tout c'est elle qui l'a vendue pour quelques milliers de dollars), mais je trouve amusant de jouer avec.

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Attention : ce chapitre contient également des mentions de tortures graphiques.

Il s'agit de ma première fic sur laquelle je travaille depuis quelques semaines, en attendant le mid-season final qui vu les audiences en baisse s'annonce un peu quitte ou double malheureusement

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Chapitre 1 : Que dois-je faire ?

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Roman

Il filait à vive allure dans les rues désertées de New-York. Sur le siège passager, la lettre chiffonnée qui venait de faire s'écrouler son univers semblait le narguer. Le choc passé, la colère et le sentiment de trahison broyaient son cœur. Colère envers Remi pour trahir la cause, leur cause. Colère envers lui pour ne pas avoir vu les signes. Colère envers Shepherd pour son plan qui lui coûtait sa sœur. Mais bientôt un autre sentiment se diffusa en lui petit à petit, serrant ses vrilles glacées sur son corps et son esprit : la peur. Insidieuse, sournoise, ténébreuse, parcourant son épine dorsale par vagues, elle menaçait de l'étouffer. Peur de perdre le dernier membre de sa vraie famille, la sœur chérie protectrice. Peur de la réaction de Shepherd à la nouvelle. Puis vint la rage, pure, brute, aveuglante. Sa vision se troublant, le colosse balafré arrêta sa voiture pour la laisser s'exprimer. Poussant un long hurlement, Roman frappa à coups redoublés le volant et le tableau de bord, ne s'arrêtant que pour reprendre frénétiquement sa respiration. Il observa un instant ses phalanges désormais égratignées et sanguinolentes.

« Calme, se dit-il à lui-même, tu es un soldat en mission. Respire, réfléchit, respire, réfléchit. Il doit y avoir une explication. Il y a forcément une explication ». Mais au fond de lui-même il savait qu'il devait y avoir un fond de vérité dans les dires de leur taupe. L'effacement mémoriel avait changé Remi. Sans la colère qui l'animait, comment sa nouvelle personnalité pouvait-elle s'adapter à cette guerre ? Par certains côtés, elle était devenue une étrangère. Une autre femme dans le corps de sa sœur. Remi n'aurait jamais hésitée à abattre l'ingénieur, ou faire ce qu'il fallait pour récupérer la puce. Jane si. Mais Jane était aussi revenue pour lui, elle l'avait sauvé. Y'avait-il encore une part de Remi en elle ?

Ouvrant sa fenêtre pour laisser entrer l'air frais, Roman attendit que les battements frénétiques de son cœur se calment. Non décida-t-il. Il ne pouvait pas le dire à Shepherd. Il devait laisser à sa sœur une chance de s'expliquer en terrain neutre. Temporairement apaisé par cette idée, il redémarra, se dirigeant vers une planque où préparer la rencontre. Tentant d'ignorer la petite voix dans sa tête qui lui disait que ce n'était que reculer pour mieux sauter.

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Jane

Cette idée de rencontre était un fiasco. Oliver était charmant à sa façon, mais ses questions même simples, soulevaient trop de choses auxquelles elle ne pouvait et ne voulait pas répondre. Alors qu'elle rentrait à pied chez elle, ses pensées dérivèrent vers son frère. Le refus de Nas de le transformer en atout la rendait furieuse. Une partie d'elle-même se demandait si l'agent de la NSA avait même considérée réellement cette hypothèse. De l'avis de Jane, la femme voulait tellement rattraper ses erreurs qu'elle ignorait toutes les opportunités à long terme, surtout celles ne venant pas de ses petits plans tordus et soigneusement élaborés.

Bien sûr, Jane ne pouvait pas ignorer ses propres erreurs. Comment le faire, alors que l'équipe frottait son visage dedans chaque jour, comme du sel sur une plaie. L'argument d'aujourd'hui l'ayant opposé à Nas, Zapata et Reade en était la preuve. Une partie d'elle-même, rationnelle, comprenait leur méfiance après ses mensonges et ses secrets. Mais en dépit de tous ses efforts pour se détacher, la partie émotive de son esprit se sentait mal devant leur traitement. L'alternance entre les situations où le groupe semblait l'inclure presque comme avant, et les piques désagréables, rendait chaque jour un peu plus douloureux. Cette illusion de normalité, voulue par Nas pour donner le change à Sandstorm, la poussait malgré à elle à espérer que l'équipe l'accueillerait à nouveau un jour comme une amie. Mais au fond d'elle-même, Jane savait que ce fait était peu probable. Ses mauvaises décisions méritaient sûrement une punition mais ne pouvaient-ils pas au moins faire l'effort de comprendre ses raisons ? Elle avait déjà enduré trois mois de torture aux mains de la CIA. Son équipe l'avait d'ailleurs livrée aux loups sans remords ! Et depuis son retour, ils semblaient ne pas faire grand cas de ce qu'elle avait subi. Elle était la méchante, la traitresse, dont le seul choix était d'être à nouveau livrée à ses bourreaux ou de trahir sa propre famille ! En fait seule Patterson semblait vraiment la traiter encore comme un être humain et pas juste une source d'informations. Mais cette fille était tout simplement trop gentille pour son propre bien, pensa Jane avec un gloussement mental.

Perdue dans ses pensées, la brune ne remarqua que trop tard le danger. Un premier assaillant masqué jaillit de la ruelle sombre qu'elle venait de passer, portant un coup violent vers sa tête. Encore meurtrie de son combat avec l'Akkadien son temps de réaction fut légèrement trop lent, et elle ne put qu'amortir le coup avec son épaule au lieu de l'esquiver. Se servant de l'élan pour pivoter, elle envoya un coup de pied au ventre du deuxième homme qui venait dans son dos. D'un mouvement sec du bras droit elle frappa un troisième agresseur au menton, se servant de son bras gauche pour tordre le bras du premier qui revenait à la charge, avant de le mettre au sol en frappant violement son genou droit du talon. Enchainant avec un coup de coude qui brisa le nez de l'un des hommes, Jane se raidit soudain en sentant dans son dos les contacts d'un pistolet à impulsion. Sa dernière pensée avant que l'électricité ne la frappe était qu'elle se trouvait à peine à une rue de chez elle.

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Quelque part en banlieue

Le retour à la conscience fut douloureux. Et sombre.

- « Parfait, la Belle au Bois Dormant se réveille », gloussa une voix masculine en face d'elle. Un frisson glacé la parcourut. Elle connaissait cette voix, beaucoup trop bien pour son propre goût. La cagoule noire couvrant sa tête fut retirée, découvrant le visage de l'homme qui hantait ses cauchemars depuis des semaines.

-« Bonjour Jane, salua le barbu. Nous n'avons pas été correctement présentés la dernière fois. Je suis Jake Keaton, le nouveau directeur adjoint de la CIA ».

Tout en observant son environnement, la brune s'autorisa un petit ricanement sans joie.

- « Quelque chose de drôle » ? S'enquit son tortionnaire avec une fausse politesse.

- « Je me demandais seulement si l'intérêt malsain pour me trainer de nuit dans des sous-sols sombres était inscrit dans la fiche de poste », rétorqua sèchement Jane en essayant de paraître confiante. Et cela en dépit d'avoir ses bras et ses jambes attachés à une robuste chaise en métal sous une unique lampe diffusant une lueur blafarde.

-« Mais elle parle ! fit mine de s'extasier Keaton en décrivant des cercles lents autour d'elle. Après nos petits têtes à têtes je commençais à me demander si tu n'étais pas muette. Je dois reconnaitre que je n'ai pas vu beaucoup de gens résister comme toi à nos méthodes ».

-« Je vais le prendre comme un compliment », souffla sa captive, en cherchant à percer les ombres qui s'étendaient au-delà du rond de lumière dans lequel Keaton et elle se trouvaient. Une tactique classique visant à l'empêcher de déterminer le nombre de ses adversaires et leur position, alors qu'eux pouvaient parfaitement la voir.

-« Mais c'en est un », acquiesça l'homme derrière elle avant de poser les mains sur ses épaules, la faisant presque sursauter. « Tant que nous sommes dans de bonnes dispositions, pourquoi ne pas continuer à bavarder et rendre cette conversation plus agréable que la dernière » ? La remarque s'accompagnant d'une pression un peu plus forte sur son épaule meurtrie lui arracha un léger halètement de douleur.

-« Je vais vous dire la même chose qu'à Carter, je n'ai pas les réponses à vos questions ».

-« Mais je n'ai encore rien demandé », fit mine de s'étonner Keaton en repassant devant elle pour venir s'assoir sur une chaise que quelqu'un plaça pour lui à la limite de la zone éclairée.

-« Nouvelles questions » ? Ne put s'empêcher de demander Jane, en tentant de gagner du temps. Peut-être que quelqu'un finirait par remarquer son absence et se mettre à sa recherche. Avant de se raviser. « Tu rêves ma grande se morigéna-t-elle mentalement en repensant à l'attitude récente de l'équipe envers elle, personne ne viendra. Tu es seule, comme la dernière fois ».

-« Nouvelles questions pour un nouveau départ », ironisa l'interrogateur en croisant nonchalamment les jambes et en passant un bras par-dessus le dossier de sa chaise.

Le silence s'éternisa pendant quelques instants qui semblèrent durer des siècles pour Jane. Là encore, rien de nouveau, le FBI utilisait la même technique pour stresser ses suspects et les amener à révéler de petits détails juste pour rompre le silence. De son côté, le directeur adjoint de la CIA observa attentivement le changement d'attitude de sa captive, remarquant sa respiration ralentir, son corps s'immobiliser et son regard se vider alors qu'elle se dissociait lentement de son environnement.

-« Qui t'a entrainé » ? demanda-t-il en guise de test, n'espérant pas vraiment de réponse.

Se concentrant sur son propre esprit, Jane l'ignora et ne lui adressa qu'un regard vide.

-« Allons ! Protesta Keaton en continuant d'étudier ses réactions, donne-moi un os à ronger ma belle. Même le directeur adjoint Weller est plus causant que toi ». Là ! Il avait presque faillit le manquer. Ce petit éclair d'intérêt à la mention du nom de l'agent du FBI, avant que ses yeux ne redeviennent à nouveau inexpressif. « Je l'ai rencontré en Bulgarie tu sais. Un homme assez peu accommodant ». Cette fois-ci la jeune femme ne réagit pas. « Et moi qui pensais que nous étions si bien partis ! Pourquoi tout transformer en épreuve de force », fit-il ensuite mine de s'attrister.

L'ignorant, Jane se replia plus profondément dans son propre esprit, attendant les coups qui n'allaient pas manquer de venir.

-« Qui est au courant pour Orion » ? Toujours pas de réponse. « Très bien, temps pour les moyens désagréables alors, soupira Keaton d'un air faussement attristé. C'est l'heure d'attendrir un peu la viande messieurs, mais pas trop fort, j'ai besoin d'elle pour son coup de fil », ajouta-t-il en se levant et en faisant signe vers les ombres. Deux hommes costauds en émergèrent, et projetèrent la chaise au sol, la tête de Jane incapable d'amortir la chute heurtant violemment le béton. Pendant que l'un la maintenait par terre, le second libéra ses mains et lui retira sa veste, avant de les attacher à nouveau ensemble avec une corde, grossière mais solide. Ils libérèrent ensuite ses pieds et la trainèrent vers un crochet pendu au plafond par une chaine, sous une autre ampoule qui venait juste de s'allumer. La corde bloquée, quelqu'un dans les ombres tira sur l'autre extrémité de la chaîne, soulevant la jeune femme jusqu'à ce que ses pieds touchent à peine le sol. Chacune de ses chevilles fut ensuite attachée par une longueur de corde à un anneau fixé dans le béton. Visiblement ses ravisseurs avaient retenus la leçon de leur dernière rencontre.

Sans prévenir les coups commencèrent à pleuvoir. Sur son ventre tendu par la pendaison, sur ses côtes, la forçant à haleter pour reprendre son souffle, dans son dos au niveau des reins. Le deuxième homme se joignit bientôt à la fête, alternant les coups de matraques sur ses cuisses et ses jambes, et les chocs électriques à partir de ce qui semblait être un aiguillon à bestiaux. Les frappes avaient de plus l'inconvénient de la faire se balancer en l'air, le mouvement envoyant des décharges de douleurs dans ses épaules contractées.

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Kurt

L'agent spécial Kurt Weller reposait actuellement sur son lit, un bras replié derrière la tête. En dépit des endorphines post-coïtales parcourant son organisme, il ne pouvait se départir d'un certain malaise. Sur un plan purement sexuel, son petit divertissement avec Nas était appréciable. Mais malgré la satisfaction de ses pulsions primales, son esprit tournait à vive allure. Une part de lui s'en voulait d'être aussi faible et de céder à ses avances deux fois en peu de temps. D'autant qu'elle avait elle-même reconnue la mise sur écoute du cabinet de Borden, ce qui lui donnait une grande quantité d'informations à utiliser pour manipuler son équipe. Le fait qu'elle ait quitté aussitôt après l'acte lui faisait également s'interroger sur la sincérité de ses intentions. Etre utilisé comme un outil pour libérer une certaine tension sexuelle, passe encore, il pouvait accepter. Mais une petite voix insidieuse lui soufflait que l'agent de la NSA se faufilait dans sa vie pour servir ses propres intérêts. Et ça, c'était dérangeant. Sans parler du risque pour la cohésion de l'équipe. L'équipe…Involontairement son esprit dériva vers ses coéquipiers. Si le mot venait à sortir, il n'avait pas fini d'en entendre parler. Aucun d'entre eux n'aimait réellement la femme autoritaire. En fait depuis Jane, Reade et Zapata se méfiaient farouchement des nouvelles têtes. Sauf pour faire front commun contre la brune, comme l'avait encore montré l'affichage d'aujourd'hui.

Jane…À la pensée de la jeune femme tatouée son estomac fit un twist, et il exhala longuement. Jane lui inspirait des sentiments beaucoup trop contradictoires pour sa tranquillité. La partie primale de son cerveau se sentait toujours trahie par ses mensonges et la mort de Mayfair. Mais la partie analytique pouvait, voulait croire en ses bonnes intentions. Les révélations sur les trois mois qu'elle avait passé à être atrocement torturée avaient été un coup dur à encaisser. Mais moins que d'entendre Keaton se vanter de l'avoir tourmentée, et promettre de recommencer. À ce souvenir, son poing se serra de rage. Si Nas ne l'en avait pas empêché il aurait sûrement tué le bâtard. Putain, il regrettait presque de ne pas l'avoir fait ! En dépit de sa colère et de la distance qu'il essayait de mettre avec Jane pour se protéger, il ne pouvait s'empêcher d'avoir remarqué certaines choses. Les cernes sous ses yeux le matin, son air lointain dès qu'elle pensait que personne ne la regardait. La douleur qui traversait ses yeux dès que Zapata ou Reade lui faisaient une remarque. Mais le plus inquiétant était la distance qu'elle semblait mettre volontairement entre elle et l'équipe. Ses interventions se limitaient la plupart du temps à des conseils tactiques ou à la transmission d'informations sur Sandstorm, sauf avec Patterson, qui semblait la moins rancunière. En fait, à bien y songer ses remerciements pour sauver Allison et le bébé, auxquels elle avait répondu par ses propres félicitations maladroites, pour sa paternité, dans le vestiaire étaient ce qui ressemblait le plus à une discussion normale entre eux depuis son retour. Il pouvait comprendre son propre désir de se protéger émotionnellement, mais craignait que le fardeau qu'ils faisaient peser sur elle ne soit trop lourd pour ses épaules. Peut-être que le temps était venu de lui tendre à nouveau la main, comme un ami ? pensa-t-il en fermant les yeux. La sonnerie insistante de son téléphone le tira ensuite de son sommeil, beaucoup trop tôt à son goût.

Regardant l'heure sur son réveil « Cinq heures du matin génial… », il décrocha pour être immédiatement submergé par le flot de parole d'une Patterson affolée.

-« Patterson ? Doucement je ne comprends rien à ce que tu racontes ». Les mots suivants gelèrent son cœur.

-« Weller, c'est Jane…elle a disparue ».

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Quelques minutes plus tard, bureaux du FBI

Dans d'autres circonstances, il aurait sans doute rit du record de temps mis pour arriver au bureau, et du nombre de feux rouges grillés. Mais pas aujourd'hui. Retrouvant l'équipe dans le bureau sécurisé de Nas, il remarqua immédiatement l'air maussade de Zapata.

-« Que s'est-il passé ? Où est Jane » ?

-« Personne ne sait, répondit Reade d'un ton sombre, mais ça n'a pas l'air bon ».

-« Attendez une minute, intervint Nas, pour ce que nous savons elle peut très bien avoir été appelée par Sandstorm ».

-« Non ! protesta l'analyste blonde, je suis sûr que quelque chose ne va pas ».

-« D'accord Patterson, calme toi et reprend au début », dit Weller en posant les mains sur les épaules de son amie.

-« OK…OK. Jane devait voir ce gars hier soir… »

-« Un gars, quel gars ?! » grogna Kurt, son ton un peu trop agressif lui attirant momentanément les regards mi- amusés, mi- consternés de Tasha et Patterson.

-« Je crois qu'il s'appelle Oliver, poursuivit cette dernière, elle l'a rencontré au gala où nous avons arrêté cette fille de la CIA. Ils ont échangés quelques messages, au passage cette pauvre Jane est complétement perdue niveau drague…Je veux dire ce mec a dû faire quelque chose comme une demi-douzaine d'allusions pas très subtiles pour demander un rencard et elle n'a rien remarqué jusqu'à ce que je lui dise… »

-« Patterson », marmonna Zapata pour la couper dans son élan en voyant le regard noir que leur chef adressait à la blonde. Consternant…D'un côté il clamait toujours lui en vouloir et agissait avec plus de distance avec elle, mais d'un autre il semblait pris de vagues de jalousies incontrôlables dès qu'un homme témoignait de l'intérêt à leur collègue tatouée.

-« Euh…oui, bref. Donc je lui ai demandé de me donner des détails et elle m'a renvoyé un message à 22 h disant qu'elle rentrait chez elle ».

-« Si la soirée s'est bien passé, elle a peut-être ramené ce type pour conclure ». Fit remarquer Nas comme si la question n'avait pas d'importance, ignorant purement et simplement le regard noir de Kurt désormais braqué sur elle.

-« Premièrement Jane ne ramènerait jamais un presque inconnu chez elle, c'est le seul endroit où elle a un semblant de vie privée. Deuxièmement son message ne donnait pas vraiment l'impression que le rendez-vous soit un succès ». Cette fois-ci ce fut au tour de la blonde d'adresser un regard désapprobateur à Kurt, devant la mine satisfaite qu'il fit à la nouvelle.

-« Et troisièmement j'ai trouvé ça à une rue de chez elle », lâcha Zapata en posant un téléphone brisé dans un sac de preuve sur la table. Le téléphone de Jane.

- « Et que faisiez-vous dans ce quartier à quatre heure du matin » ? demanda une Nas soupçonneuse.

-« Rien qui vous regarde. Mais comme j'étais dans le coin quand Patterson a appelé, je suis allé vérifier».

-« Et à part le téléphone ? Coupa Kurt en adressant un regard pressant à Tasha. Cette dernière hésita en jetant un regard vers le reste de l'équipe.

-« Tasha a trouvé un peu…de sang », finit par lâcher Reade en reculant instinctivement devant le regard de son chef et ami. « Patterson a lancé une analyse mais nous n'avons pas encore les résultats ».

-« Donc ce n'est peut-être pas celui de Jane ».

-« Je suis passé à son appartement après, reprit Tasha, il n'y avait personne mais…il y a quelque chose dont on doit parler. À propos de Jane ». L'air sérieux et exceptionnellement mal à l'aise de la jeune femme attira son attention. Depuis des semaines elle semblait se faire un devoir de constamment rappeler à Jane qu'elle ne faisait plus partie de l'équipe. Mais là son regard semblait…hanté ? D'un geste il lui fit signe de parler, s'étonnant de voir la femme si franche d'habitude hésiter en regardant le reste de l'équipe.

-« Si cela concerne Jane, cela concerne l'équipe », l'encouragea-t-il.

-« En fait je pense que c'est l'équipe, ou du moins une partie de l'équipe le problème », marmonna la brune.

-« Qu'est-ce que tu racontes ! » s'indigna immédiatement Patterson. Avec un soupir, Zapata retira lentement deux cahiers de l'une des grandes poches de son manteau.

-« En regardant dans sa chambre j'ai aperçu ça qui dépassait du matelas, elle ne l'a probablement pas vu avant de sortir ».

-« Qu'est-ce que c'est « ? demanda Reade intrigué au moment même où la blonde s'écriait « Non, non, non, tu n'as pas le droit de toucher à ça ! » Les yeux étonnés de Weller passèrent des cahiers à la spécialiste informatique fumante qui tentait de s'en saisir, puis à Reade qui avait l'air perplexe, et à Nas qui avait l'air intéressé. Beaucoup trop en fait.

-« Ce sont ses cahiers de thérapies, s'indigna Patterson en tentant toujours de les arracher des mains de Tasha. Puisque Jane a du mal à verbaliser ses sentiments, Robert lui a proposé d'écrire ou de dessiner à la place pour extérioriser ses émotions négatives. Elle lui montre parfois certains extraits lorsqu'elle est suffisamment en confiance. Ils sont confidentiels ! »

-« En fait ils pourraient nous donner de nombreuses informations sur son état émotionnel et nous assurer qu'elle reste concentrée sur la destruction de Sandstorm. Voir qu'elle ne nous a rien caché concernant l'organisation si elle tient vraiment un journal», rétorqua Nas, recevant des regards choqués de Patterson et Kurt, et franchement dégoutés de Reade et Zapata. Cette dernière replia d'ailleurs le bras pour l'empêcher de se saisir de l'un des cahiers, ne laissant que le plus épais dans la main de Weller qui venait de se refermer dessus.

-« Ok, sérieusement j'étais un des premiers à dire que nous n'aurions jamais dû faire confiance à Jane. J'étais aussi un des moins sympas avec elle depuis son retour. Mais franchement utiliser ses propres craintes pour la manipuler…même Jane ne mérite pas ça », dit Reade en regardant Nas dans les yeux.

-« Détruire Sandstorm est notre priorité…, protesta Nas avant d'être coupé par Patterson.

-« Bien sûr, et au diable le secret médical ! Mais ce n'est pas nouveau pour vous n'est-ce pas ? »

- « De quoi est-ce que tu parles » ? lui demanda Zapata soupçonneuse.

- « Il y a quelques semaines j'ai trouvé un micro de la NSA dans la pièce que Robert utilise pour ses séances avec l'équipe. J'en ai parlé à Weller qui a dit qu'il allait s'en charger. Mais maintenant je vérifie la pièce pour les mouchards avant chaque séance de l'équipe. C'est aussi pour ça qu'il lui a donné les cahiers ».

-« Comme je l'ai dit au directeur adjoint Weller, je ne cherchais qu'à être sûre que la loyauté de Jane ne varie pas… »

-« Vous avez espionné ses séances personnelles avec son thérapeute, grogna Reade consterné. Et tu l'as laissé faire » constata-t-il en adressant un regard à Kurt, qui fit prendre conscience à tout le monde que celui-ci se tenait immobile depuis trop longtemps.

Pendant que personne ne faisait attention, Weller avait commencé à feuilleter le carnet dans ses mains, son corps se figeant dans l'horreur en voyant le contenu. Jane avait toujours été douée pour le dessin, et dans le passé ses cahiers étaient couverts de représentations de ses tatouages, alors qu'elle cherchait à y trouver ses propres réponses. Mais ces dessins-ci n'avaient rien à voir. Ils semblaient être des souvenirs, bien qu'à les voir Weller espérait qu'il s'agisse plutôt de représentations de ses cauchemars. Le choc eu finalement raison de lui et il lâcha le carnet sur la table, causant un halètement d'horreur généralisé lorsqu'il tomba ouvert.

Même la stoïque Nas regarda secouée la représentation extrêmement détaillée d'une Jane pendue par les poignets sans que ses pieds ne touchent le sol, battue par deux hommes, dont les visages étaient curieusement absents. Patterson tendit une main tremblante pour tourner une page, puis encore une autre, les larmes emplissant ses yeux en voyant les horreurs se succéder. Jane attachée à une chaise, reliée à un générateur électrique qui semblait lui envoyer de douloureuses décharges, à en juger par les traits plus épais fait autour de ses membres pour donner une impression de mouvements saccadés. Jane maintenue la tête dans un baril de liquide par deux autres silhouettes sans visages. Jane prostrée dans une cellule carrelée, se bouchant les oreilles, alors que dans les angles supérieurs des haut-parleurs émettaient des sons représentés par de petits arcs de cercles se diffusant vers elle. Jane enfermée dans ce qui semblait être une boîte trop petite pour contenir un corps humain, ou attachée dans des positions inconfortables, voir douloureuses.

-« C'est…c'est…ce qu'elle a vécue en tant que prisonnière de la CIA » ? demanda Reade d'une voix faible, son ton laissant entendre qu'il espérait fortement que quelqu'un le détrompe.

-« Oh mon dieu, oh mon dieu », gémit Patterson agitée de sanglots incontrôlables.

La moins touchée semblait être Zapata, bien qu'à voir son regard, Reade devina que c'était uniquement parce qu'elle avait déjà probablement feuilleté le carnet avant de le ramener. Weller pour sa part ressemblait à un homme qui venait de voir son monde s'écrouler. Son esprit ne cesser de repasser en boucle ce soir-là. Son attente à la maison de Jane, sa tirade enflammée pour la traiter de menteuse. Les supplications d'une Jane en larme pour qu'il écoute ses explications alors qu'elle se laissait menotter. La réalisation le frappa maintenant que l'horreur avait remplacé la colère qu'il éprouvait contre elle. Elle n'avait opposé aucune résistance…Lorsqu'il avait fermé les menottes sur ses poignets menus, beaucoup plus fort que nécessaire, elle n'avait pas une fois tenté de lui échapper. Après tant de temps avec elle, il avait une assez bonne idée de ses compétences, et il ne doutait pas que si elle l'avait voulu, la brune aurait pu le neutraliser pour fuir. Leur combat dans ce motel minable en était la preuve. Même affaiblie par trois mois de tortures et deux semaines de cavale, elle lui avait donné un combat acharné, et en y repensant il se rendit compte que si elle l'avait voulu, elle aurait facilement pu le tuer après avoir récupéré l'arme au sol. Tout comme elle aurait sûrement pu abattre Tasha ensuite. Mais elle ne l'avait pas fait. Consciemment ou non elle n'avait pas opposé plus que la résistance nécessaire pour se donner une chance de fuir sans les blesser gravement.

Et la seconde réalisation le frappa. Il entendit à nouveau les mots qu'elle avait prononcés lors de leur rencontre au motel. Les premiers qu'ils avaient échangés depuis des mois : « Je ne retournerais pas là-bas ». Son cœur se serra un peu plus en repensant à la douleur, la peur et la colère dans sa voix. Elle avait pensé qu'ils venaient l'arrêter pour la livrer à nouveau à la CIA. La nausée manqua de le submerger lorsqu'il comprit l'implication sous-jacente.

-« Ce jour-là dans le motel…elle pensait que nous savions ce qu'elle subissait. Elle pensait…que nous étions d'accord avec ça… », lâcha Kurt dans un souffle en désignant le cahier, faisant redoubler les pleurs de Patterson et fondre les visages de Reade et Zapata en un mélange de dégoût et de culpabilité.

Avant qu'ils ne puissent approfondir la question, un bip strident tira le groupe de sa sinistre contemplation.

-« Qu'est-ce que c'est » ? demanda Kurt d'une voix rauque. Avisant Patterson sanglotant toujours, cette fois dans les bras de Zapata, Nas se recomposa un peu et se chargea de répondre : « La restauration de données est terminée. Lorsque l'agent Zapata a rapporté avoir trouvé du sang nous avons voulu jeter un œil aux images de vidéosurveillance du quartier. Il se trouve que l'une des caméras avait un angle de vu bien dégagé sur l'endroit où se trouvait le téléphone. »

-« Et qu'avez-vous vu ? »

-« Rien. Quelqu'un semble avoir accédé aux images avant nous et les avoir effacées du serveur. Mais le travail était bâclé et l'agent Patterson a lancé un programme pour récupérer les données et les réarranger de manière à reconstituer l'image ». Répondit l'agent de la NSA en pianotant rapidement pour envoyer le résultat sur l'écran.

L'équipe vit Jane entrer dans le champ, apparemment perdue dans ses pensées. L'agression fut si rapide qu'ils s'étonnèrent presque qu'elle soit parvenue à dévier la première attaque. Le combat fut intense, mais bref, et pris fin lorsque l'un des hommes utilisa une arme électrique pour neutraliser la jeune femme qui malmenait sévèrement ses comparses. Les deux éclopés se remirent péniblement debout avant d'aider le troisième homme à trainer une Jane inconsciente vers un van noir qui venait de s'arrêter brusquement à leur hauteur.

-« Tous cagoulés et pas de plaque, gronda Reade dépité, la seule chose que nous savons c'est qu'elle a bien été enlevée ».

-« Pas tout à fait, intervint Nas en rejouant la vidéo, elle ne semble pas avoir reçue de blessures graves. Ce qui veut dire… »

-« Que le sang trouvé sur place n'est pas le sien, compléta une Patterson brusquement ragaillardie. Il provient sûrement de l'homme avec le nez cassé. Et si nous avons son sang, nous avons son ADN ».

-« À condition qu'il soit fiché quelque part, marmonna Zapata. Ces types ont l'air d'être des pros bien entrainé au combat rapproché. Nous savons tous à quel point Jane est douée, même avec la surprise il faut qu'ils soient expérimentés pour la neutraliser aussi vite ».

-« Et le timing est trop juste. Tout cela a l'air d'avoir été soigneusement planifié », ajouta Reade.

- « Mais qui peut avoir les compétences et les ressources pour monter une attaque sur un consultant du FBI ? »

-« La liste est malheureusement pleine de gens qui auraient une raison où les moyens de le faire, souffla Nas en se frottant les tempes, Sandstorm si ils se sont rendus compte qu'elle travaillait pour le FBI, un groupe criminel… »

-« Ou la CIA », coupa Kurt comme un mauvais pressentiment le traversait. Nas se tourna vers lui en fronçant les sourcils.

-« Il n'oserait pas… »

-« Je n'en suis plus si sûr. Il nous l'a clairement dit ». Rétorqua Kurt de plus en plus mal à l'aise.

-« De qui est-ce que vous parlez » ? demanda Reade ses yeux allant de l'un à l'autre en tentant de décrypter la conversation dont seul ces deux-là semblaient avoir la clé.

-« Lors de la mission en Bulgarie nous avons croisé ce type de la CIA… »

Weller n'eut pas le temps de poursuivre son explication que Patterson poussa un cri victorieux.

-« J'ai trouvé le lien par lequel celui qui a essayé d'effacer la vidéo est entré dans le serveur » !

-« Et » ? pressa Zapata en s'approchant de l'écran.

-« C'est curieux, il semble contenir un autre lien », constata la blonde perplexe.

-« Un lien vers quoi ? »

-« On dirais que c'est une vidéo. Mais l'encodage est bizarre, je ne peux pas la tracer ni même la copier. C'est un fichier en lecture unique qui disparaitra après visionnage ».

-« Est-ce que je suis le seul à avoir un mauvais pressentiment sur tout ça ? » demanda Reade.

-« Ouvre-le », ordonna Weller, espérant que le document contiendrait de quoi les aider à trouver Jane. L'analyste obéit, et le noir de l'écran fut remplacé par l'image d'une femme clairement reconnaissable, bien qu'une cagoule noire masque son visage.

-« Jane » souffla Kurt, le soulagement de la voir en vie se mêlant à la peur de la voir ligotée ainsi.

-« D'après le timecode, l'enregistrement a eu lieu vers minuit » constata Nas en désignant les chiffres blancs incrustés en bas à droite de l'écran.

-« Qui est ce type » ? demanda Zapata en voyant un homme entrer dans le champ au moment où la tête de Jane commençait à bouger sous la cagoule.

- « Parfait, la Belle au Bois Dormant se réveille ». Le son provenant soudain des haut-parleurs les fit sursauter, tandis que Weller haletait sous le choc

-« Cette voix…c'est celle de ce fils de pute de Keaton » ! Rugit-il.

-« Qui est Keaton » ? lui demanda Patterson étonnée qu'il reconnaisse le ravisseur.

- « Le remplaçant de Carter à la CIA, lâcha Nas, c'est également lui qui a détenu et torturé Jane pendant trois mois ». Sa révélation arracha des halètements choqués aux agents, dont les yeux dérivèrent vers le cahier devant eux.

La voix de Jane les ramena brutalement à la réalité, et ils observèrent avec une angoisse mêlée de fierté la brunette tenir tête à son bourreau. Mais pour eux qui la connaissait bien, impossible de manquer la petite lueur de peur dans ses yeux verts. Lorsque finalement elle refusa de répondre et que Keaton appela ses hommes de mains, tous sentirent leur sang geler dans leurs veines. Ils observèrent avec horreur Jane être brutalement mise au sol, en partie dévêtue puis être suspendue à un crochet vers lequel la caméra zooma.

-« S'il vous plaît ne faites pas ça », supplia une Patterson à nouveau en larme, ses ongles incrustés dans le bras gauche de Tasha, comme si les tortionnaires pouvaient l'entendre à travers l'enregistrement et changer d'avis. Ses suppliques restèrent bien sûr lettre morte, et l'équipe assista impuissante au début de la torture de Jane, tout ressentiment envers elle envolé devant le passage à tabac qu'elle endurait.

Fin du premier chapitre.

Le suivant décrira les motivations de Keaton et les tentatives de l'équipe pour récupérer Jane.

À votre bon cœur M'sieurs Dames, une petite review pour nourrir l'auteur SVP. ^^