Et me voici de retour avec une nouvelle version du célèbre conte : » La Belle au Bois dormant » du non moins célèbre Charles Perrault. Pauvre homme !

Enfin, une fois de plus, j'ai mis mon grain de folie au service de mon écriture. Me direz-vous si j'ai bien fait ?

Belle lecture à vous…

La belle au bois dormant

(où l'Art de roupiller en toute quiétude…)

Il était une fois un roi et une reine, qui étaient si fâchés de n'avoir point d'enfants, si fâchés qu'on ne saurait dire *

Et ben avec un tel commencement il était fort à parier que l'histoire allait en pâtir ! Un p'tit coup de mou Monsieur Perrault ?

Allez…je vais reprendre les choses en main.

Il était donc, en un merveilleux royaume où même les rats portaient le nœud papillon, un roi et une reine bien ennuyés de n'avoir su, par leurs pratiques régulières et tapageuses, offrir à ce pays enchanteur un ou une descendante…

Le mari eut beau flatter la croupe de sa moitié, rien de bon n'en sortit, si j'ose m'exprimer ainsi ! Les diplomates, mages, sorciers, marabouts et autres charlatans, défilèrent devant leurs précieux souverains et les hâtèrent de mettre les bouchées doubles, mais hélas…il fallut bien se rendre à l'évidence…tintin, le néant, nada !

Point d'héritier en vue ! Maudite soit cette terrible nature qui octroyait tant à certains (le papa du Petit Poucet était bien connu pour ses exploits de reproducteur !) et peau d'balle à d'autres !

Il fut même question, lors d'une soirée de beuverie, de confier Sa très gracieuse Majesté Léopoldine au sabre de Monsieur Poucet, mais après avoir dégrisé, Monsieur le monarque prit en considération l'horreur de la situation et s'en alla décuver en grande vitesse !

Pourtant…un jour…par l'opération du Saint Esprit, ou on ne sait quoi d'autre, la reine devint grosse (ce n'est pas un terme joli j'en conviens, mais c'est ce qui se disait à l'époque alors je reste dans le ton), et accoucha d'une petite fille toute mignonette.

L'on fit un beau baptême et invita tout ce qui se comptait de noblesse et l'on alla quérir toutes les fées du pays afin de protéger le destin de la petitoune. Pas encore haute comme trois pommes, elle fut dotée de toutes les perfections possibles, et même ses petits pets de demoiselle bien née sentaient la rose…c'était dire !

Le jour du Baptême, l'on dressa un banquet royal, forcément, et l'on plaça devant chacune des fées, un étui de velours contenant des couverts en or incrustées de pierreries…et ben, rien que ça !

Mais…car il y a toujours un mais dans ces histoires tirées par les cheveux, il se trouva une fée…une vieille bique, nommons là ainsi, que l'on oublia d'inviter. C'est bête hein ?

Enfin, toujours fut-il que fort vexée d'avoir été oubliée, la vieille vint se présenter tel un poil dans le bouillon, ce qui eut le mérite de déranger le bon ordonnancement de la cérémonie.

Vêtue de haillons, un fichu dont on ne parvenait plus à déterminer la couleur, des bas qui plissaient sur ses guiboles piquantes, la bonne femme possédait un visage des plus ingrat ! Entre deux yeux globuleux voilés par une cataracte qu'il aurait été bien utile d'opérer, un nez crochu surmonté d'une bonne grosse verrue, et pour finir, un menton en galoche garni, çà et là, de quelques poils noirs bien durs. Cette vision paradisiaque fit entendre sa voix, et ce ne fut pas pour chanter un air d'opéra :

Alphonsine : Alors, bande de rats, et encore ce serait faire trop d'honneur à ces fichus bestioles, vous oubliez d'inviter la doyenne laquelle mériterait un tapis rouge sous ses pieds ? Scélérats, gougnafiers !

Désolés, mais pas tant que ça au vu de la gueule de la vieille, le roi et la reine, tentèrent de tempérer la colère légitime de la bonne femme :

Roi : Veuillez considérer cet oubli comme une étourderie de jeunes parents trop heureux d'avoir mis au monde la huitième merveille du monde et encore nous sommes si humbles !

Alphonsine : Jeunes ? Et ben, il y en a certains pour qui un miroir rendrait bien des services ! Alors la huitième merveille du monde serait cette braillarde qui me dévisse les oreilles ?

Léopoldine : Ce n'est point une braillarde ! C'est ma petite fille, mon petit cœur, ma petite brioche en sucre…

Alphonsine : Que l'on m'apporte une bassine, je vais vomir ! Trêve de plaisanterie ! Je veux une assiette, des couverts, un pichet de pinard bien rouge et bien costaud, attention pas d'la piquette, et un peu de cette considération qui vous fait tant défaut.

L'on accorda à la vieille tout ce qu'elle désirait, prudence était mère de sûreté, et l'on commença à faire bombance.

Vint alors le moment, pour les fées, d'accorder chacune un don au bébé. La première déclama qu'elle serait la plus belle personne dans le royaume, ni plus ni moins. La seconde qu'elle aurait l'esprit d'un ange, la troisième offrit la grâce dans tout ce qu'entreprendrait la petite princesse, la quatrième qu'elle danserait comme une ballerine et dans la foulée, la cinquième lui offrit une voix de rossignol !

La dernière des fées décréta, tout de go, qu'avec la danse et le chant, il serait de bon ton de la doter d'un sens inné pour la pratique d'instruments de musiques de tous poils ce qui cadrait parfaitement avec les autres dons.

Devant tant de complaisance, le roi et la reine versèrent une petite larmichète, en se félicitant d'avoir si bien œuvré en amont pour aboutir à un aussi beau résultat.

Mais…car il y a toujours un mais aux jolies choses énoncées, l'on avait oublié la vieille fée, laquelle se rappela au bon souvenir de l'assemblée en annonçant de sa voix mielleuse que la princesse se piquerait le doigt avec un fuseau et qu'elle en mourrait !

Horreur et damnation !

Cette prophétie fit grand bruit et la vieille bique en fut ravie, si bien qu'elle découvrit son sourire moche et bancale puisqu'il manquait quelques quenottes au compteur.

Cependant, la plus jeune des fées, cachée derrière une tapisserie (que faisait-elle donc qui nécessitait une telle dissimulation…hum ?) sortie de sa cachette, un peu échevelée et les joues rouges et déclama haut et fort à ses souverains, que la princesse ne mourrait pas de cette blessure, mais qu'elle tomberait dans un profond sommeil durant cent ans et qu'un jeune, beau, talentueux, fort, et bien bâti Prince Charmant, viendrait la sortir de cet état et la prendrait, au sens propre comme au sens figuré, comme épouse et la comblerait de bonheur, de joie, de contentement et d'orgasmes !

Le public frémit ! Diantre, tant de promesses seraient-elles véritablement tenues (surtout la dernière ?) ou n'était-ce point là un brin de charlatanisme déguisé en prophétie illusoire ?

Le temps que la question parvienne au cerveau de chacun des invités légèrement embrumés par les vapeurs de l'alcool, entra dans la salle d'apparat, une petite fille aux cheveux d'un roux flamboyant, aux socquettes blanches immaculées, à l'air mutine et au visage bien fait sur lequel trônait un sourire candide…enfin, à première vue puisqu'il eut tendance à se teinter d'un air mauvais que chacun interpréta comme une vilaine vision.

A ses côtés se tenaient, un magicien au ventron rebondi par quelques excès de bières, un lutin à la crinière crasseuse et au sourire encore plus vicelard que la mignonette aux côtés de laquelle il se tenait, un chat rond aux multiples dents pointus et à la fourrure miteuse, et une jeune femme au corsage serré contenant à grand peine deux magnifiques rondeurs que les mâles présents rêvaient de pétrir avec la grâce d'un boulanger à l'heure de son dur labeur. Ses boucles blondes oscillaient, tout comme ses intentions mignonettes de mettre ces messieurs à genoux et pas pour déclamer de la prose !

La petite fille aux cheveux rouges se racla la gorge et ce fut moins une qu'elle n'expulse un crachat, mais elle se retint :

: Bonjour à vous, nobles personnes que des poches bien garnies trouveraient une certaine praticité à s'alléger quelque peu ! Je me nomme Chaperon Rouge et voici le magicien Alachnÿ…

Alachnÿ : Le plus grand magicien que la Terre ait porté et que personne n'a, à ce jour, osé contester ! Les Gandalf, Merlin l'enchanteur , Oudini et autres manouches, n'ont qu'à bien se tenir ! Qu'on se le dise !

: Ouais, bon, on a compris ! A part le mage dans toute sa splendeur, voici Mic Mac, qui vole plus vite que son ombre, voici pourquoi il serait plus raisonnable de me confier votre or, le chat du magicien qui ne sert à rien mais sans qui Alachnÿ ne serait pointAlachnÿ, et ma cousinette bien proprette, bien gentillette, mais point crétinette, Chaperon Rose, spécialiste dans le domaine des remises à niveau de formes cylindrique à épaississement graduel ! Alors devant ces vilaines paroles énoncées par une vieille peau bien trop portée sur la bouteille, j'annonce haut et fort, que je suis dans une emphase sans pareille et dans ces moments-là, faut pas m'la jouer à l'envers. J'ai donc, le privilège de dénouer ce vilain présage à condition que vous crachiez au bassinet parce que y'a pas marquer « abrutie » sur mon joli front lisse que d'autres m'envient ! Quèque vous en dîtes ? On scelle le pacte et on crache sur le tout ?

Les souverains encore sous le choc d'une telle proposition ne surent s'il s'agissait de lard ou de cochon, et fixèrent la petite fille au sourire tendancieux. S'approcha alors une autre vieille, (c'était la journée portes ouvertes du troisième âge ou quoi ?), le chignon en bataille, le jupon remonté sur des gambettes…ma foi, pas trop mal faites et un rouge à lèvres carmin lequel jurait sur cette dame d'un âge canonique :

Mère-Grand : Majestés, veuillez excuser mon entrée un peu décousue et fort malvenue j'imagine, mais ne vous fiez point aux airs doucereux de cette petite peste ou il vous en coûtera une jambe et peut-être même un bras dès lors que vous lui aurait confié les clefs de votre coffre ! Je suis, pour mon plus grand malheur, l'arrière Mère-Grand de cette variole ambulante et fais de ma quête pour contrer ses vilains plans, un sacerdoce !

La petite fille plissa son regard noir et cracha par terre :

: Et ben voilà, je viens de sceller notre pacte, souverains respectueux de ce royaume en perdition, car je vous le dis, votre petitoune ne sera plus en sécurité nulle part, sauf dans mon giron. Alors si vous voulez pas la retrouver aussi raide que le braquemard du pater familias Poucet, vous feriez mieux de me la confier ! Ah, au passage…salut ma mamichette ! Alors on a sorti son rouge attrape -bouche ? Bravo ma mémé adorée, tu les feras tous tomber à terre la langue pendante et t'auras pas à te plaindre de ces organes mis à ta disposition.

La mémé montra son poing à son arrière-petite-fille, tandis que la vieille fée s'approcha de la marmouflette :

Alphonsine : Mais dis donc…je te reconnais toi ! Tu es l'enfant du Diable !

A ces mots, chacun se signa ! A l'envers, à l'endroit et même en diagonale, c'était une forme de sûreté, afin d'attirer la protection divine sur leurs chères têtes pouilleuses :

: Toujours le mot pour rire la vieille ! Et…ça s'pourrait, mais ça n'a jamais été vérifié. Démonia qu'on me surnomme, mais en vérité je vous le dis…oups j'ai emprunté ces mots à un autre, je ne suis qu'une innocente petite fille et mon désir de bien faire ne se voit qu'à mon air angélique. N'écoutez pas les affabulations de ma mémé déjantée. Elle est jalouse de mon sex appeal !

Et la petite, mains derrière le dos, minauda, se balança d'une jambe sur l'autre aussi innocemment que la brebis nouvellement née :

Léopoldine : C'est d'accord Chaperon Rouge. Nous te confions la sécurité de notre petit bijou.

: Yep ! Voila une sage décision d'autant qu'une poignée d'or jeté là-dessus me ferais presque faire des miracles !

Et son rire se répandit dans la salle accompagné d'un grand froid dont chaque convive en ressenti la morsure :

: Ne soyez point interloqués par ma petite cousinette bien proprette et un brin farceuse. Elle ne paraît pas si méchante qu'elle en a l'air. Chien qui aboie ne mords pas forcément.

: Ouaip ! Elle a tout dit la cousine dont vous admirez tous la croupe bien faite. Ça réveille les appétits pas vrais ? Bon, qu'est-ce qui a à grailler ? Ma dent creuse se rappelle à mon bon souvenir et j'aime pas la faire attendre. Ça me met de mauvaise humeur !

Un jeune homme pas plus haut que trois pommes répondit au huitième de temps :

Petit Poucet : Tu es toujours énervée et tu parles fort !

La petite fille se tourna dans sa direction. Une exclamation malicieuse éclaira ses traits :

: Tiens, v'la l'bestiau !

Petit Poucet : Je ne suis pas un bestiau…euh, et d'abord qu'est-ce que c'est un bestiau ?

Et le petitou commença à se gratouiller les cheveux…

Il fallait préciser, que le petit bonhomme n'avait pas beaucoup pris en hauteur. Il fallait prier pour que l'intérieur se fut étoffé mais…après une courte espérance de la part de Chaperon Rouge, la constatation était de taille : la cervelle du moineau n'avait guère évoluée elle non plus :

: Décidément…tu grésilles toujours d'la carafe* toi ! Allez, c'est pas grave, reste à espérer qu'ton petit bâton servira tes ardeurs aussi vaillamment que celui de ton pater familias. Et là je ne crois pas me tromper de beaucoup. Les gènes ça s'récupère bien quèque part et vu qu'c'est pas monté au cerveau principal, il servira le p'tit cerveau du bas !

Ce à quoi le Petit Poucet répondit :

Petit Poucet : Je n'ai rien compris !

Et la fête reprit son cours.

L'on dansa, l'on chanta de belles ritournelles et l'on se goinfra à en vomir de satisfaction tant il fut bon de se remplir la panse.

Une bonne quinzaine d'années s'écoula sous le pont de la vie de la petite princesse et de ses sujets. La beauté de cette enfant réjouissait ses deux parents tout à fait satisfaits et fort désireux de lui offrir un petit frère ou une petite sœur. Pour accorder toutes les chances possibles à ce souhait, il n'était pas rare d'entrevoir les souverains, les soirs de pleine lune, (il était dit par les sorcières des bois alentours que ces nuits-là, les chances de concevoir se multipliait par dix !) se rendre dans les célèbres clubs échangistes « Au trou fleuri » ou « Au royaume de la pendelotte », afin de booster un peu les libidos royales. Monseigneur savait accomplir son devoir conjugal avec emphase ! Ce n'était pas un souverain pour rien !

Mais il fallut se rendre à l'évidence…il n'y aurait point de compagnons de jeux pour le petite principessa, ce qui n'empêcha nullement le couple de poursuivre ses investigations dans lesdits clubs afin de se perfectionner…en toute simplicité, précisons-le.

La jeune fille grandit, élevée par des précepteurs auprès desquels moult enseignements lui furent dispensés.

Et le temps s'écoula…

Beaucoup avaient vieillis, d'autres avaient vu le jour, certains en avaient même oubliés cette vilaine prophétie lancée par une vieille bique de marraine à la tête mal faite.

Cependant, et dans une simple mesure de prévention, le roi, encore un peu réfléchi avant de sombrer dans la sénilité, (il fallait bien faire preuve de prévoyance…) avait ordonné que l'on supprima toutes les quenouilles dans les maisons du royaume et qu'on les brûla sur la place publique.

Plusieurs blessures furent à déplorer car les morveux des villages environnants, n'avaient pas trouvés mieux que de sauter sur les flammes des bûchers histoires de jouer avec ce mauvais sort qui se mêlaient aux volutes de fumée.

Bien mal leurs en pris car quelques culs cloqués demeurèrent bandés en attendant que ne s'efface les traces de leurs étourderies !

Mais…comme cela se passe souvent dans les contes de fée où les âneries se comptent par milliers, telles les feuilles mortes que l'on ramasse à la pelle en automne, il demeura un objet maudit entre les mains d'une vieille femme, laquelle vivait en retrait dans un obscur grenier poussiéreux.

La brave femme, laquelle devint par la suite l'odieuse bonne femme qui aurait mieux fait de casser sa quenouille (enfin l'on sut, plus tard, qu'elle n'avait jamais entendu parler de la prophétie, c'était la raison pour laquelle elle avait conservé l'objet maudit), filait la laine en chantonnant (enfin en tentant de chantonner vu son âge canonique et ses cordes vocales usées), lorsqu'elle entrevit la poupette de princesse s'approcher de son métier à tisser.

Ses parents, absents du royaume et trop occupés à prendre leurs aises dans leur résidence secondaire au bord d'un lac pas très loin du club libertin « Au trou fleuri » où les avaient entrainés l'Arrière Mère-Grand de Chaperon Rose, avait accordé toute liberté à leur fifille et s'en étaient allés leurs âmes en paix.

Fatale erreur !

A peine la mignonette aperçut-elle la quenouille, qu'elle ressenti le besoin de s'en emparer :

Belle au bois dormant : (que nous nommerons, Bella vu que son nom comporte trop de wagons au compteur) : Eh salut la vieille ! Mais dis-moi, elle est belle ta quenouille ! Tiens je vais essayer de faire mieux que toi, ce qui ne devrait pas être bien difficile vu que je suis bien plus jeune et bien plus habile de mes doigts que toi la vieille chouette !

Un peu décontenancé par ce charmant discours où transparaissait un brin de poésie tout à fait personnelle, la dame demeura un instant interdite se posant la question de savoir comment une si jolie bouche pouvait laisser échapper de telles horreurs :

Vieille dame : Mais…mais ma petite, un peu de respect je te prie. Il y a certainement une autre façon pour réclamer un souhait lorsqu'on se trouve être une aussi jolie jeune fille…

Bella : Primo, j'cause comme je veux, secondo, j'suis la fille du roi, et troisio où quelque chose dans l'genre, tu vas m'filer ta quenouille avant que je ne décide de monter sur mes grands destriers !

Au vu de cette démone (tiens, tiens, la venue de Chaperon Rouge le jour du baptême de la petitoune, n'aurait-elle pas laissée quelques traces ? A creuser…), la respectable octogénaire et quelques poussières de jours, lui abandonna son métier à tisser et…comme il était à prévoir, la jeune fille se piqua le doigt et s'écroula comme une meringue mal cuite sur le sol ce qui, à l'évidence, manquait de convenance !

Ni une, ni deux, les souverains, en pleins ébats ou débats concernant l'art et la manière d'occuper son temps libre en tenue d'Eve et d'Adam, au « Trou fleuri », revinrent illico au palais et sombrèrent dans le désespoir !

Leur fifille adorée, ronflait à fendre les bûches sans que rien ne put l'éveiller…

Ce fut alors que la vieille fée, (décidément, les grands âges dans ce conte, n'était pas forcément sources de sagesse), revint montrer le bout de son gânachon et se mit à rire comme une débile en appréciant la mine déconfite des gens du royaume.

Par effet d'opposition, la plus jeune des fées arriva en trombe, toujours échevelée et les joues rouges (mais à quoi passait-elle son temps, bigre !), et conjura le sort en faisant sombrer tous les gens, les animaux, les plantes et mêmes les rats en habits de gala dans un profond sommeil en attendant que les cent prochaines années ne s'écoulent en s'étirant paresseusement.

Mais…parce qu'il y a toujours un mais dans ces contes bien pourraves, le réveil ne se déroula point comme prévu !

Les souverains et les gens de la Cour avaient bien remis un pied dans le monde de la réalité en s'étirant comme jamais, les plantes avaient bien repris leurs croissances, les animaux avaient parfaitement retrouvés le cycle de leurs vies, les rats s'en allaient même danser à leur gala annuel, mais…la petitoune devenu une très belle jeune femme, demeura plongée dans un profond sommeil et ronflait toujours au point de perturber ses futurs sujets.

Bon sang, mais c'était bien sûr ! Il manquait le Prince Charmant à l'appel !

Comme il tardait à venir, l'on fit appel aux zingarelli de service…la troupe de Chaperon Rose !

Et voici comment l'histoire se poursuivit…

Ledit Prince, aussi stupide que beau, courait la gueuse, les poches remplies du bel or de son beau papa !

Il fallait préciser que le gentilhomme n'était point libre, mais lié à une petite princesse potiche, au visage ingrat, à la taille épaisse, possédant un cœur aussi vaste qu'un continent au beau milieu duquel trônait dans son habit de lumière son époux flamboyant : Prince Charmant !

Mais alors, me direz-vous (ou pas, c'est selon…), que faisait donc ce noble personnage à courir deux lièvres à la fois, alors qu'un serment l'attachait à cette jeune femme peu glorieuse ?

Eh bien la raison en était fort simple…beau-papa possédait une fortune considérable ! Entre les revenus agricoles, les bénéfices du commerce de son royaume avec ceux alentours, ses chevaux de courses et ses mines d'or, le papounet avait eu de quoi offrir un somptueux mariage à sa fifille, comme une dot à son gendre. Cependant, le roi s'était très vite rendu compte des fâcheuses manières du mari de sa fille, à dépenser le moindre écu pour profiter de biens des culs. Diantre !

Il coupa le robinet des finances, mais point celui dont Prince Charmant était dépendant. Tout aussi naturellement, le mâle pervers, appris, par les entremises du lutin Mic Mac, à piquer dans la cachemaille du souverain grâce à un passe que lui avait confectionné la demi-portion, si bien, qu'il ne perdit point ses belles habitudes d'offrir ses soupirs aux gueuses des tripots alentours.

Qu'on se le dise, Prince était un libertin, comptait bien le rester et assouvir ses vices sans qu'on ne le prenne la main dans le sac. D'ailleurs, généralement, ses mains ne trainaient pas dans les bourses de ses dames, mais plutôt sur le petit pré fraîchement tondu qu'elles possédaient dans leurs entrecuisses.

En plus d'être pervers, le mâle possédait un sens aigu du bien paraître, aussi lui fallait-il souvent changer sa garde-robe. Les nouveaux modèles sortis des ateliers de son couturier favori, Karl Lagueulefolle, coutaient bien un bras à chaque fois, mais il n'en avait cure. Seules ses chemises de soies et ses pantalons de satins, comptaient à ses yeux, de plus, ses membres repoussaient à chaque fois. Quelle aubaine !

En ce jour particulier, après s'être allégé auprès d'une de ses poulettes, le bonze ronflait la bouche en cœur se reposant de ses exploits. Il avait oublié son rendez-vous auprès de Bella la principessa !

Les deux Chaperons furent chargées de récupérer, en un seul morceau, tant qu'à faire, le mézigue et de le ramener dare dare, au palais.

Chemin faisant, trottinant pour l'une, activant ses petits pas pour l'autre, Chaperon Rose eut envie d'assouvir un besoin naturel, lequel requerrait un minimum d'intimité, aussi se dissimula-t-elle derrière des fourrés en baissant sa légendaire culotte.

Pendant ce temps, Chaperon Rouge, sa cousine, demeura sur le chemin. Pour passer le temps, elle s'amusait à lancer des cailloux sur les animaux venus admirer l'éclipse solaire (ce qui aurait pu leur être pardonné si ce n'était la malice de la petite fille, trop heureuse de retrouver là, sa véritable nature).

: Allez…approchez-vous les glandouillons que je puisse vous canarder ! J'en raterai pas un qu'on se le dise, j'ai la super forme ! Faut qu'le sang gicle !

Derrière ses buissons, Chaperon Rose, tentait de la raisonner :

: Laisse donc ces pauvres choux tranquilles ma cousine !

: Des clous ! J'm'amuse trop bien !

Ce fut alors qu'elle distingua à quelques pas de là, un groupe de garçons pas tout à fait hommes, mais plus du tout des enfants, qui venaient dans sa direction. Immédiatement, elle plissa les yeux, jeta discrètement les derniers cailloux qu'elle tenait en mains et les plaça derrière son dos. Goguenards, les morveux s'imaginèrent se gonfler d'importance devant une petite fille et adoptèrent une démarche digne d'une bande de cow-boys justiciers.

Chaperon Rouge se dandinait bien gentiment en souriant comme un petit ange. Le chef de la troupe s'avança vers elle, l'observa quelques instants, puis s'adressa avec ces mots :

Garçon chef : Qu'est-ce tu fous là la morveuse ?

: Je me promenais dans la forêt pour ramasser des fleurs à mon Arrière-Mère-grand si gentille. Elle m'a donné quelques sous pour lui acheter du beurre dont elle a grand besoin pour ses nombreuses cabrioles avec les messieurs qui viennent lui conter fleurette.

Garçon chef : Quoi ? Quelles cabrioles ? Et d'abord…file-moi ton fric !

: Mais si je vous donne mes soussous comment achèterai-je mes deux livres (un kilo) de beurre pour ma mamichette ?

Garçon chef : Deux livres de beurre ? Ben dis donc, quels genres de cabrioles elle fait ta vieille bique ?

: Un genre que je ne sais pas dire. Je suis si…innocente. Il n'y a pas plus gentille que moi.

Un sourire se dessina sur ses jolies lèvres roses….qui évolua rapidement en un rictus des plus sournois. Tous les garçons posèrent leurs regards sur ses petites dents pointues. Il n'en fallut guère plus à Chaperon Rouge pour balancer un bon coup de pied dans le tibia du garçon qui se prenait pour le roi du monde avant de lui mordre la main, qu'il avait voulu abattre sur son visage. La petite furie, ne ménagea point ses efforts et ses dents percèrent la peau de son assaillant lui occasionnant une terrible blessure.

Gazrçon chef : Ahhhhhh ! Lâche-moi petite hyène ! Attaquez-là vous autres ! Voyez pas qu'elle est en train de m'arracher la main ?

Peu enclin à subir la même mésaventure, les copains prirent la fuite, abandonnant leur chef à son triste sort. Quel beau sens de l'amitié voyait-on là !

: Eh ben ! C'est une belle brochette de trompes la mort tes potes ! Allez, pour une fois, je vais faire preuve de clémence et te laisser partir, mais tu vides tes poches avant, le gland, où y s'pourrait bien que j'remette le couvert sur ta deuxième menotte !

Larmoyant comme une petite fille, le garçon s'exécuta et lança pêle mêle, un couteau au manche d'ivoire, un paquet de bonbons, et quelques sous probablement soutiré avec le sourire à de pauvres hères ayant eu le malheur de croiser sa route :

: Allez, rentre chez toi l'avorton et souviens-toi qu'avant de t'attaquer à plus petit que soi, faut apprendre à s'méfier de l'eau qui dort !

Garçon chef : Mais…mais enfin qui es-tu ?

: Démonia qu'c'est-y qu'on m'appelle parfois, mais plus communément c'est Chaperon Rouge. Souviens-t-en ! Allez zou, file !

Et la charmante enfant lui refila un dernier coup de pied pour la route histoire qu'il emmène avec lui un agréable souvenir de cette dantesque rencontre. Au même moment, Chaperon Rose et ses triomphantes montgolfières, sortirent de derrière les fourrés. Le mâle pas encore tout à fait apte à se servir de ses roustons, reconnu tout de même qu'elle possédait là, de quoi faire joujou de bien belles façons et avant de quitter ce charmant coin de forêt, il ne put s'empêcher de lancer un : Ohhh…que c'est joli ! en laissant plonger ses mirettes dans le généreux décolleté de la belle.

: C'est pas d'ton âge le morveux. Dégage de là avant que j' morde tes boulettes et alors là…tintin pour la suite ! T'auras plus qu'tes paluches pour monter au huitième ciel.

Garçon chef : Euh…ça s'arrête pas à sept normalement ?

: Ouaip, pour le commun des mortels, mais ma cousinette elle te fait accéder à un étage supplémentaire. C'est dire l'étendue de ses prouesses ! Et alors si tu connaissais l'ancêtre…t'aurais ta cervelle décalquée sous les toits du monde !

Le garçon partit en courant, non sans avoir lancé un dernier regard à Chaperon Rose en lui faisant de l'œil, ce qui lui valut un dernier souvenir de la petitoune…une bonne grosse caillasse au croupion !

Et trottinant, cahin caha pour Chaperon Rose pour laquelle la hauteur des talons de ses bottines représentait un sérieux handicap, elles finirent par arriver devant le célèbre club libertin que l'on ne mentionnait dans aucunes histoires mais qui avait bien pignon sur rue : « Au trou fleuri » !

Bien des personnages de conte de fées s'y rendaient régulièrement mais l'on cachait ces faits pour la respectabilité de la clientèle de la maison close. Comme il était plaisant d'apercevoir, Riquet à la houppe, l'Ogre de la forêt, Le Chat Botté, et bien entendu Prince Charmant, quitter les lieux, le sourire aux lèvres, leurs bourses allégées…fallait-il préciser la nature des bourses citées ! Un moment de poésie s'installa dans cette noble pensée…

Curieusement, l'établissement semblait être au prise d'une intense frénésie. Un va et vient, (ce qui était un mouvement fortement apprécié par les petites poulettes officiant dans ces lieux), inhabituel se présenta sur le perron comme à l'entrée de service. Chaperon Rose poussa des hauts cris ce qui attira l'attention des messieurs sortis en catastrophe les mains à leurs pantalons afin d'éviter qu'ils ne glissent sur leurs chevilles. La petite poupée blonde interpella l'un d'entre eux :

: Ooohhh…mais enfin, que se passe-t-il ici mon brave petit monsieur…ouh, fort bien pourvu à ce que je devine derrière ce pan de chemise !

Le Monsieur tout fier de se sentir apprécié jusque dans les moindres recoins de sa petite personne, commença par sourire, ce qui était déjà une belle manœuvre en soi, avant de s'approcher l'air goguenard et de satisfaire la curiosité de Chaperon tout en plongeant son regard dans la Silicone Valley :

Monsieur : Chaperon Rose…c'est toujours un plaisir de vous rencontrer, comme tout ce que vous possédez sur vous d'ailleurs ! Et bien figurez-vous, que l'alarme incendie vient de se déclencher et nous quittons le pont, tels les rats sur un navire condamné à sombrer. Ceci dit, je coulerai bien quelque chose en vous !

: Ouuuhh, comme vous êtes chou petit pou. Je suppose que ce n'est qu'une méprise et que la situation va s'aplanir d'un instant à l'autre.

Monsieur : En tous les cas, vos formes, elles, ne sont pas prêtes à le faire et c'est tant mieux pour nous autres mâles !

Pendant cet échange tout à fait appréciable, Chaperon Rouge eut un trait de génie !

Dans l'affolement, le vigile du club, ne prêtait plus aucune attention aux personnes rassemblées devant l'auberge, aussi, le sourire de la petite démone s'intensifia à la vitesse de la lumière. L'occasion de « coincer » l'Arrière-Mère-Grand, était trop belle ! Une chance pareille ne se reproduirait probablement pas avant un long moment. Aussi, se faufila-t-elle entre les gens en panique, pour entrer insidieusement dans l'établissement.

Au fur et à mesure de sa progression dans les couloirs, elle riait comme une petite folle :

: Mon jour de gloire est arrivée vieille bique ! Qui sait-y qui va se faire tirer le portrait dans toutes les dimensions possibles ? Ahahaha !

Son i Phone en main, la drôlesse donna des coups de pied dans toutes les portes pour les ouvrir et finit par tomber sur son ancêtre, fort bien occupée, mais encore dissimulée sous la couette de satin rouge, laquelle tanguait de façon suspecte…(les vêtements posés à la hâte sur un fauteuil de velours pourpre, non loin du lit la dénoncèrent)

Le triomphe à portée d'un clic, elle dirigea son téléphone sur la scène du crime et tira d'un coup sec sur la couette. Mais là…

Peau d'balle ! L'appareil ne se déclencha point.

Furieuse, elle tourna le smartphone vers elle, et aperçut sur l'écran le terrible symbole de la batterie déchargée ! Horreur, damnation éternelle !

La petite fille secoua ses bouclettes rousses en hurlant :

: Ahh ! Miséroïdes ! Stevie, qu'ont faits ces glands d'ingénieurs chez La Pomme ? Argh ! Le morceau du fruit me reste en travers de la gorge !

Pendant ce temps-là, l'ancêtre revêtit un vêtement des plus correct et se planta avec un air narquois devant ce qu'elle considérait comme une erreur de la nature :

Arrière-Mère-Grand : Alors petit cafard…lâchée par sa technologie ? J'en suis fort aise, rugit maintenant, et quitte ces lieux avant de recevoir mon poing sur ton joli petit nez de fouineuse.

Retrouvant un semblant de fierté, la petite fille se redressa et répondit avec une douceur inhabituelle dans sa voix :

: Ma mamichette que j'adore bien plus que ma propre vie, je vais m'en aller, non sans emporter, dans ma besace, de bien belles images que je vais me faire un plaisir de colporter à tout venant en trainant toute la misère du monde tel un boulet trop lourd derrière moi. Je provoquerai, dans mon sillage, un élan de pitié sans pareil et je vais rehausser, à coups sûr, ta respectabilité légendaire ma mémé d'amour !

Arrière-Mère-Grand : Encore faudrait-il que l'on te croie ?

Le regard de la démone se plissa :

: Je suis une excellente comédienne ma mouminette. J'ai été à bonne école, pas vrai ? Mieux qu'au Cours Florent ! Pour un peu, on me donnerait le Bon Dieu sans confession !

La vieille dame se signa avant de s'avancer poing levé en direction de l'insecte nuisible. Bien entendu, la petite bien plus agile que son parent âgé, recula et se mit à trottiner en quittant la chambre :

: Ce n'est que partie remise, ma respectable Arrière-Grand Michou ! Je finirai bien par filmer ta bobine et celle de ton prétendant tout à son labeur et s'essoufflant comme un bœuf sur sa marchandise avariée !

Et un projectile, venu d'on ne sait où, vola dans la pièce que, bien entendu, Chaperon Rouge évita avec adresse.

Voilà…il en était ainsi dans la véritable vie des personnages de conte de fée !

Tiens…une petite jeune femme attira son attention. Ne s'agissait-il pas de la petite fée passe partout derrière les tapisseries murales avec une prédisposition pour s'y activer de fort belles manières ?

Ni une, ni deux, elle fondit sur elle, tel un loup sur sa proie :

: Tiens tiens…mais ne serait-ce point-là, notre bonne petite fée « Tapisserie » ? Alors, on vient chercher l'inspiration ?

Gênée d'avoir été reconnue par cette petite fille à l'aspect peu ordinaire, la jeune femme tenta d'apposer une explication des plus logique sur ce fait gênant :

Fée tapisserie : Mais…euh…enfin, que vas-tu insinuer petite fille ? Et d'abord que fais-tu ici ? N'est-ce pas interdit aux mineurs ?

: J'ai mes entrées partout gentille fée !

Fée Tapisserie : Ma présence s'explique par le fait qu'un incendie menaçait cet établissement et mon aide a été fort utile pour tous les pensionnaires.

: Bien sûr ! Vous avez dû disposer, en ces lieux, de bien belles lances à incendie…pas vrai ?

Chaperon Rose, que l'on vit avancer de ses petits pas légendaires, soufflait comme une perdue :

: Ah te voilà ma cousinette ? Je te cherchais partout ! Quelle histoire mes aïeux !

: Yep ! Justement notre aïeule se trouve en ces lieux à butiner le nectar des dieux.

Les deux jeunes femmes lui faisant face la fixèrent d'un air ahuris :

: Taratata ma petite cousine, laisse-donc ces affaires-là pour les grands et sors d'ici. Cet endroit n'est pas adapté au regard innocent d'une enfant de ton âge.

: Ou qu'elle est l'enfant au regard innocent ? A d'autres, je sais très bien que vous venez toutes et tous pratiquer le très difficile art de la fornication libertine !

Chaperon Rose prit, d'autorité, la main de son parent et l'entraina à sa suite :

: Ouuuhh la la ! Quittons vite cet endroit de perdition. Je devine chez toi des interrogations qu'il ne serait pas bon de satisfaire. Au revoir Mademoiselle la fée, vous pouvez reprendre le cours de vos activités.

: De votre chevauchée endiablée serait plus juste ! Non ? Endiiaaaaablé ! Ahahahaha…

Un courant d'air froid se faufila entre les jambes des jeunes femmes, et l'on crut même entendre un rire sombre et malveillant.

Une fois parvenu à l'air libre, les deux jeunes femmes aperçurent Prince Charmant en grande conversation avec le vigile, lequel se redressa tel un ressort à la vue de la petite rouquine :

Vigile : Encore toi ? J'aurais dû me méfier et surveiller davantage tous les accès de cette foutu boîte !

: Yep ! T'as encore merdouillé on dirait Terminator ! C'est que bien des accès se proposent à une visite en profondeur par ici, pas vrai ?

Choqué par un langage aussi peu conventionnel chez une enfant…enfin du moins chez un être en dessous d'un mètre vingt, taille de l'enfance chez ce grand penseur devant l'Eternel, l'homme ne se laissa point désarçonner :

Vigile : Disparais de ma vue progéniture du démon avant que je ne te réduise en purée, enfant ou pas, chose dont je doute !

: Tu finiras par le savoir un jour mon poteau ! Allez, bonjour chez toi et surveille bien tes ouailles !

Pendant ce temps, Prince Charmant tout occupé à arranger ses dentelles et fanfreluches, souriait d'aise. Le bonze affichait l'air du mâle empli de fierté par ses nombreuses prouesses. Enfin, du moins le pensait-il ce qui était déjà une demi gloire en soi. Chaperon Rouge se hâta de le faire redescendre d'un étage :

: Alors le gland, on t'cherchait partout !

Prince Charmant : Qu'elle est drôle ! Cette enfant pervertie me fera mourir de rire un de ces jours.

Et le bel étalon secoua son mouchoir en dentelle vénitienne en ricanant tel un dindon. Les deux Chaperons se saisirent chacune d'une de ses menottes, et l'entrainèrent à leurs suites. Le Petit Poucet avait la lourde tâche de trouver un destrier digne de Prince afin qu'il fasse une entrée remarquée dans le royaume de ses gracieuses Majestés, parents de la principessa.

Au lieudit du rendez-vous, au centre du Bois Joli ou se trouvait une charmante clairière ensoleillée, l'on vit au loin, une…vache…oh…ah non, à bien y regarder, il s'agissait du Petit Poucet sur un drôle d'animal. Ce que tous avaient pris au départ pour un bovidé, se révéla être un charmant petit poney à la robe fauve. Emmêlés dans le crin de sa longue queue bien fournie, se trouvait du crottin séché. Sa crinière pourvue de mille nœuds, faisait peine à voir. Les jambes du Petit Poucet, se balançait sur le ventre rebondi de l'animal et il fallait l'entendre pousser des Hi Ha à tire larigot !

Une entrée pareille réduirait à néant, (la prévision n'était guère difficile à concevoir), la respectabilité de notre Prince Charmant. Chaperon Rouge s'avança de quelques pas au-devant du poney, lequel venait de s'arrêter brutalement pour profiter de la bonne herbe bien grasse du pré en faisant basculer Petit Poucet cul par-dessus tête :

: Qu'est-ce que c'est qu'ce bestiau ? T'en rates pas une l'avorton ! Mais qu'est-ce qui m'a donné un glandouillon pareil ! J'ai bien envie, toi et ton cheval à bascule de vous mettre mon pied au derrière.

Pour toute réponse, le « bestiau », hennit en crachant sur la petite fille. Il fallait voir là une preuve de grande intelligence de la part de l'équidé pour avoir deviné le machiavélisme de cette petite humaine. Cette dernière entra dans une rage folle :

: J'vais t'conduire à l'abattoir pièce à viandes ! Et t'en ressortiras sous forme de steacks !

Alachnÿ sortit de sous les branchages des arbres. Il paraissait essoufflé :

Alachnÿ : Merdasse ! Je vous ai cherché partout ! Oh…mais qu'est-ce que c'est qu'çà ? Un cochon ? A moins que vous ayez mis la main sur un animal non répertorié dans le bestiaire animalier !

Chaperon Rose émit un rire cristallin en secouant ses boucles blondes. Aussitôt, Prince Charmant sentit une montée de sève envahir son asticot bien à l'abri dans son haut de chausse :

Prince Charmant : Nom de nom ! Même son rire provoque en moi de perverses intentions.

: Ouais ben range-les au plus profond de ce qui te sert de calebar, c'est pas l'moment. Garde tes munitions pour la princesse !

Chaperon Rose s'avança vers l'animal et lui flatta la croupe en lui parlant comme à un enfant :

: Petitou, petit chou, l'on va bien s'occuper de toi et te débarrasser de toutes ces saletés qui dissimule un futur étalon.

Petit Poucet : Euh…c'est une fille !

Chap ?Rose : Ah oui ? Une petite ponette ? Comme c'est chou !Alors il faudra bien la toiletter afin que les mâles se disputent ses faveurs. Nous devons nous serrer les coudes entre femelles !

: Dis-moi, l'bestiau, tu sembles t'y connaitre toi en reconnaissance de genres ? Ton paternel a su léguer son patrimoine génétique on dirait. Dommage, la stupidité va se reproduire à la vitesse de la lumière dans quèque années !

Comme à son habitude, le garçonnet devenu jeune homme, bien que sa petite taille ne le laissât point paraitre, se gratta la tête :

Petit Poucet : Je n'ai rien compris.

: Voilà au moins une chose dont on est sûr ! Bon, une fois de plus, je vais devoir reprendre les rênes en main. Alors magicien de grandeur, connaitriez-vous un loueur de canassons qui ressemblerait davantage à ce que l'on nomme communément un cheval ?

Alachnÿ : Vous posez la question ? Mais enfin, vous avez devant vous le plus grand de tous, et par définition, le plus apte à contourner tous les obstacles.

: Ben, tant mieux parce qu'avec ce gros tas poilu on aurait pas sauté un gravillon !

Et la ponette de cracher une seconde fois sur la fillette. L'on tenta de calmer sa colère mais l'on ne put empêcher la diablotine de déclamer un chapelet d'injures à faire rougir un couvent de carmélites. Bref, de fil en aiguille, l'on broda un nouvel écheveau et l'on déroba dans l'une des écuries royales, un Frison (coucou petitou !) de grande splendeur, à la queue bien fournie, ce qui était raccord avec celui qui aurait l'honneur de le chevaucher. Entre mâles de grande importance, la symbiose fut parfaite !

Chaperon Rose ne cessait de hennir…euh de gémir, toute ébahie par la force et la beauté de ce mâle équidé.

L'on recoiffa Prince Charmant, qui le valait bien, l'on dispersa une bombe de laque afin que son cheveu demeure au top de sa condition, on le pourvu de belles cuissardes noires (ce qui ne manquerait pas d'attiser la fougue d'une princesse trop longtemps assoupie), et pour finir, on l'aspergea d'un parfum « Nuit de fougue », au nom bien choisit, avant de flatter la croupe…de l'étalon et non du dit Prince, pour le faire galoper en direction du château. (Enfin, ceci dit, Prince aurait très certainement été en mesure de galoper lui aussi tout empressé qu'il était de démontrer à la Princesse, ses nombreux talents !)

Cheveux aux vents, (juste ce qu'il fallait), Prince se présenta devant les gardes en faction :

Prince Charmant : Oh là manants, ne faites point attendre la merveille qui se trouve devant vos prunelles ébahies et laissez-là pénétrer dans cette demeure…quelque peu laissée à l'abandon me semble-t-il, mais qu'enfin, je consentirai à visiter en son temps, comme sa future héritière également !

Ce à quoi il lui fut répondu :

Garde : Oui, le château et tous ses occupants se sont assoupis durant cent ans, c'est dire ! Il faudra bien une armée de petites mains pour dépoussiérer toutes ces pièces.

Prince Charmant : Oh…les petites mains, ça me connait mon brave.

Gardien : Ah oui ? Ceci dit, la princesse est toujours endormie et attends celui qui la délivrera de ce maléfice !

Il cracha à terre afin de contrer quelque peu cette vilaine prophétie aux relents de jalousie. Cela amena un mauvais sourire sur le visage de Chaperon Rouge :

: J'adooore !

Garde : Et d'abord, vous n'avez pas décliné votre identité.

Prince Charmant : Mon identité ? Mais enfin, le cheveu au vent, l'œil vif, la dentelle omniprésente et le heurtoir prêt à frapper les trois coups…cela ne vous rappelle rien ?

Les hommes se redressèrent instantanément en effectuant un salut militaire impeccable :

Garde : Veuillez faire preuve de clémence noble Prince et donnez-vous la peine d'entrer. Notre princesse va enfin s'éveiller !

Derrière se tenait les deux Chaperons, dont l'une toute énamourée par le discours de Prince, miaulait savamment. Les gardes levèrent leurs hallebardes, (et pas que…) et s'avancèrent vers elle :

Garde : La Damoiselle aurait-elle besoin de nos services ?

Comme toujours, la belle minauda :

: Nous souhaiterions entrer en compagnie de Prince Charmant mes petitous qu'une soyeuse fourrure doit conserver au chaud deux belles épées bien vaillantes.

Les deux mâles ne se sentirent plus « pissailler » et se redressèrent tels des coqs :

Garde : Bien que cela ne nous soit pas permis, nous pouvons bien faire une exception devant tant de beautés réunies en un seul être.

: Voilà mes petits choux à la crème. C'est une sage décision.

Mais derrière…attendait une petite rouquine et un magicien tenant dans ses bras une boule…un chat…prénommé Matouba :

: Et nous ? On sent l'pâté ?

Garde : Les enfants ne sont pas admis chez nos Majestés !

Alachnÿ : Et le plus grand magicien que la Terre ait porté et sa boule de poil ? Devrions-nous nous retrouver le bec dans l'eau ?

Garde : Nous ne connaissons pas de magicien plus grand que nos fées de pays.

: Ah oui, tu veux parler de Miss Tapisserie, sans doute ?

Garde : Pardon ?

: Rien, c'est pas grave.

Soudain, l'on vit surgir à bride abattues sur sa ponette fringante et proprette comme un écu d'or, Petit Poucet et sa petite épée bien rangée dans son fourreau que le roi lui avait offert lors d'une mission particulièrement périlleuse (ben quoi ? …A quoi pensiez-vous ?)

Le petitou hurla dans l'oreille de sa ponette un ordre bref :

Petit Poucet : Stop là ma choupette !

Chaperon Rouge se mit à ricaner comme jamais :

: Oh le gland ! Comment peut-on être aussi benêt ? Tu nous vends du rêve là, petite moitié de mâle !

Vexé comme un pou, le petit homme mit pied à terre ce qui ne représenta guère un gros effort tant la ponette était rase moquette :

Petit Poucet : Pourquoi es-tu aussi méchante ? Et tu parles toujours aussi fort !

: J'adore être méchante c'est mon droit non ? Tu vas faire quoi sinon…hein ? J'aimerai bien l'savoir.

Prudent, le petitou préféra se dissimuler derrière Chaperon Rose, laquelle se pencha vers lui et passa sa main sur sa tête, ébouriffant sa chevelure hirsute. Comme il était à prévoir, un sourire niais se plaqua sur ses lèvres qui se desserrèrent l'espace d'un court instant afin de prononcer la petite phrase magique , lorsque le décolleté de la gourgandine se présenta devant ses mirettes :

Petit Poucet : Ooohh…que c'est joli !

Là-dessus, les gardes autorisèrent cette petite troupe à pénétrer dans le royaume.

Partout les herbes folles avaient poussé envahissant le moindre espace libre. Cependant, les ronces s'écartèrent au passage de Prince mais se refermèrent instantanément derrière lui comme si elles souhaitaient l'isoler du reste du monde. Fort heureusement, Alachnÿ sortit de sa tête mal faite, un sortilège et contra cette vilaine végétation un brin récalcitrante.

A l'intérieur de la cour du château se trouvait tout un tas de personnes affalées à terre. Elles semblaient sans vies…mais à bien faire attention, de gros ronflements impolis se faisaient entendre prouvant par A plus B que les bonzes n'étaient pas morts :

: Yep ! On dirait des rats crevés !

Prince Charmant : Oh…qu'elle est drôle !

Chap. Rose : Concentre-toi plutôt, petit Prince pervers, sur ton rôle, lequel te réserve, je tiens à te le repréciser, un bonus de choix.

Prince Charmant : Diantre ! Vous excitez ma curiosité très chère.

Alachnÿ : Mon ami, un tout petit rien me souffle qu'en matière d'excitation, vous allez être servit !

Et l'ascension des marches conduisant à la chambre de la Princesse se fit en plaisantant car, contrairement à ce qu'il était écrit dans les contes de fées, les Princes savaient vivre et s'amuser d'un rien.

Parvenu jusque devant la porte de la chambre, Prince se tourna vers son amie Chaperon Rose :

Prince : Suis-je aussi beau que doit l'être une personne de ma condition ? Arguant le fait que Je suis une exception de la nature tant par mon charme naturel, que par ma détermination à trousser le joli petit lot se trouvant avachie sur son lit. Alors… suis-je sous mon meilleur jour ? Hum ?

Il fallut un petit temps d'adaptation, (le discours était sacrément corrosif tout de même), avant que les amis de Prince ne réagisse à ce discours dispendieux :

: Ça va les chevilles prince ?

Prince Charmant : Quoi ! Qu'on-t-elles donc mes chevilles ?

Alachnÿ : Prince, vos capacités à énoncer des fariboles me laisse pantois !

: Bon, trêve de paroles. Entre dans cette chambre et romps le charme mauvais de la vilaine fée.

: Attends, attends…souffle un coup pour voir…

Le gentilhomme s'exécuta et la petite rouquine fit une grimace :

: Pouah ! T'as pas une haleine des meilleurs jours !

Prince Charmant : Qu'à cela ne tienne…

Et le freluquet sortit de sa manche de soie, un grain de girofle qu'il croqua :

Petit Poucet : Je n'ai rien compris…

: Ça m'étonne pas, le vice s'est pas encore invité en toi. Bon, allez Prince, vas-y et galoche-là à mort la belette !

Prince ricana comme un sot qu'il était et entra dans la pièce sombre. Son pied heurta un objet qui se trouvait au sol. C'était la fameuse quenouille faiseuse de tous les malheurs. Le gentleman s'en saisit, ouvrit les persiennes de la fenêtre et la balança au-dehors. Elle atterrit sur la tête de la vilaine fée prévenue par ses rats espions, et tomba comme une chique molle à terre, aux prises avec son propre sortilège. Quelle crétine !

Le soleil entra avec générosité dans la chambre. Un désordre innommable y régnait. Des brosses à cheveux à terre, des épingles disséminées partout, des bijoux dont l'éclat s'était ternis, des vêtements jetés sur le sol, jusqu'aux petites culottes de la Princesse, de forts beaux modèles au demeurant, tout en dentelle noire avec des rubans rouges…qu'était-ce donc cette bizarrerie ?

Humm…pensa Prince, en voici de curieux dessous pour une jouvencelle encore pucelle. Cela attisa une curiosité naissante.

Sans plus attendre, il s'avança vers le lit à baldaquin où reposait sur une courtepointe de satin jaune poussin, une belle jeune femme brune, au visage parfait. Pas la moindre imperfection ne venait gâcher la vision d'un Prince aux proies à une irrésistible envie d'honorer sur le champ cette bellissima Princesse.

Enfin, pensa-t-il, il serait de bon ton que la drôlesse fut éveillée avant de lui conter fleurette et de cueillir la fleur de tous les plaisirs. Il prit une profonde inspiration, se pencha au-dessus de la bouille princière, effleura de ses lèvres humides celles de la jeune femme avant d'aller fourrager l'intérieur de sa cavité buccale tel qu'un bon mâle se devait de le faire en de grandes occasions et celle-ci en était une….

Qu'allait offrir ce baiser, enflammé, passionné, gratiné, voire « bavouillé « ?

Eh bien, voici ce que l'histoire nous en dit…

A suivre…