Comme il a été écrit dans le véritable conte de Monsieur Perrault, auquel je rends un hommage fort appuyé, la princesse avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à dire à son sublime Prince Charmant venu l'éveiller d'un chaste baiser. La gentille fée « tapisserie » lui avait offert, en guise de somnifère, une myriade de songes tous plus agréables les uns que les autres. C'était peu dire, combien la fille chérie de leurs majestés eut, à ce moment précis, le verbe facile :

Princesse : C'est tout ? Où est-elle mon, escalope* de rêve ? Ma galoche des grands soirs ? Le baiser qui devait éveiller ma lampe merveilleuse*, mon étui à clarinette*, mon corridor des braves* ?

Encore tout chaviré par ces révélations un poil graveleuses, notre Prince Charmant, tout libertin qu'il fut, se retrouva « brocouille » devant autant d'impudence :

Prince Charmant : Euh…mais…alors là, vous m'en bouchez un coin, voire deux, Princesse !

La porte s'ouvrit avec fracas sur le reste de la petite troupe demeurée dans la pièce à côté avec l'espoir d'entendre de longs soupirs énamourés…

Chaperon Rouge s'avança la première, ses petites menottes potelées sur ses hanches :

: Alors Prince, une fois de plus ta réputation vole en éclat ? Ou qu'il est le côté merveilleux, magnifique, extraordinaire de l'histoire ? Tu nous as pas vendu du rêve là ! Pour une fois qu'il t'aurait été utile de faire tournoyer ta langue dans cet accueillant fourreau, tu nous la joue à l'envers ? Mais qu'est-ce qui m'a donné un empoté pareil ! Y'a pas à dire, t'as intérêt à te rattraper pour le second acte où tu pourras accrocher ta quenouille derrière l'oreille !

Le magicien Alachnÿ n'en finissait plus de se gausser. Ses mouvements provoquaient le soulèvement intempestif de sa grosse bedaine et son air ravie ne quittait plus ses traits :

Alachnÿ : J'adore votre façon, de merdoyer mon Cher. La Princesse vous fera baver des ronds d'chapeaux à n'en point douter. Prince, vous remonter dans mon estime. V os fariboles finiront par me rendre riche à condition de consacrer un peu de temps pour leurs rédactions.

Et chacun y alla de son anecdote et petit avis ostentatoire. Chaperon Rose afficha une petite moue dont elle avait le secret, de celle dont le masculin ne demeurait point indifférent :

Et bien petite poupette, n'avez-vous point apprécié d'apprendre la langue de notre plus aguerrie des libertins ?

: Libertin ? A d'autres. Quand faut charbonner y'a plus personne aux commandes !

: Allons, allons ma cousinette bien proprette, laissons à notre mâle sans doute un peu trop dans la retenue, prouver combien il défend sa cause et son éducation aux plaisirs indécents.

Princesse : Plaisirs indécents ? Libertin ? Ah, mais il fallait commencer par-là ! Je veux bien faire un nouvel essai. Allez mon brave, haut les cœurs et le reste aussi d'ailleurs !

Prince, prit son mouchoir bordé de dentelle de Venise, le mouchoir des grandes occasions, et prit soin d'effacer la trace de rouge à lèvres que la princesse portait sur ses lèvres et qui, par effet de superposition, s'était déposée sur les siennes :

Prince Charmant : Pourquoi faut-il que vous portiez toutes ces horribles subterfuges quand la beauté s'est déjà invitée sur vos traits ? Enfin, mis à part ma dinde d'é…

: Ouuhh, monsieur le libertin, veuillez à conserver votre langue pour vous et la remettre là où on lui prit de s'y trouver.

Elle lui fit les gros yeux et après quelques secondes où notre dindon de bellâtre compris qu'il s'apprêtait à faire une boulette en énonçant le nom de sa première épouse, le mâle afficha un sourire des plus satisfaits :

Prince Charmant : Princesse, j'allai me perdre dans les méandres de quelques anciens souvenirs peu glorieux. Fallait-il que j'en oubliasse mes belles manières ! Peste, je manque à tous mes devoirs.

La princesse plissa son joli regard émeraude :

Bella : Ah oui ? Et de quel genre de souvenir vous encombrez-vous, Monsieur le Prince ?

Prince Charmant : C'est que, voyez-vous…mes nombreux talents en la matière, me précèdent, il faut avouer que malgré une modestie tout à fait calquée sur mon humilité, je ne puis m'empêcher, quelquefois, de donner un certain tour aux choses et faire ressurgir un ou deux détails croustillants de mes nombreux exploits ! Je vous sens en complète admiration de ma précieuse personne ce qui, sans vouloir m'enfariner de nobles intentions, me ravit et m'encourage à pousser un peu plus profondément ma détermination de vous savoir mienne dans un quart de temps, pour peu que l'on nous laissât quelques instants d'intimité.

Il se produit un étrange phénomène chez la Belle au bois dormant. Atterri dans son conduit auditif, ce beau discours éveilla une faim des plus gourmandes. Un sourire carnassier apparut sur son visage où brillait une autre forme d'intelligence. Celle que l'on trouvait généralement sur la face des savants du royaume, lui était complètement étrangère. Par contre, une autre, dispensée par la gentille fée « tapisserie », s'éveillait en douceur avec la fourbe intention de la mettre en application. Chaperon Rouge reconnut chez la jeune femme un air de déjà vu :

: Prince, tu viens de ferrer la poiscaille j'te l'dis. Alors petite princesse aussi honnête que mon envie de voler tes bijoux, acceptes-tu d'épouser le grand escogriffe, lequel se targue de t'envoyer, H vingt-quatre vers des hauteurs vertigineuses ? Il va sans dire qu'un poil de monnaie sonnante et trébuchante pour me récompenser de t'avoir collé ce libertin haut de gamme sous tes jupons, me revient de droit !

L'attention de Bella fut détournée l'espace d'un instant, par cette rouquine aux petites dents pointues :

Bella : Minute papillon, je dois d'abord avoir un échantillon avant de prendre ma décision finale.

: Quoi ? Des clous ! Tu vas cracher au bassinet et plus vite que ça ! J'ai pas œuvrer en amont pour des clopinettes !

Bella : Et si je te dis non ?

Le regard mauvais vint s'inviter une fois de plus sur les traits de cette curieuse petite fille, alors qu'un vent mauvais s'infiltra jusque sous la robe de La Bella au Bois dormant. Chaperon Rouge s'approcha insidieusement de la princesse. Son sourire en disait long :

: T'as d'la chance la greluche, je suis dans un de mes bons jours alors je passe un coup d'éponge sur ces doutes balancés sur mon gracieux petit visage d'angelot. Mais fais gaffe la môme, ma patience ne va pas durer. Là tu vois, tu vas me considérer comme la sauveuse de ta minable petite existence, parce qu'à partir de maintenant tu vas chanter la « Traviata » toutes les nuits grâce au manchon fort habile de mon poteau ici présent et ça ma petite, ça vaut tous les trésors de ton royaume que je te propose gentiment…si gentiment, de partager un peu avec moi ! Alors, j'te dépeins pas un avenir radieux là ?

La réflexion de la princesse fut de courte durée. En effet, entre s'ennuyer et moisir aux côtés d'un quelconque prince niais aussi benêt que ses pieds, mieux valait profiter du sabre porté haut et fier de ce libertin, lequel semblait trainer derrière lui une réputation hors norme. Et la réponse fusa aussi rapidement qu'un crachat :

Bella : Ok ! Ça roule ! Prévenez mes vieux, va y avoir du mariage dans l'air !

: Yes ! Prépare la monnaie et pas d'embûches où…

Son mignonnet petit index passa rapidement sous sa gorge. Un signe tout à fait charmant et fortement évocateur expliquant les réjouissances à venir en cas de rupture de contrat. Et hop, pour fêter ces belles paroles, un rat en habit de soirée finit dans la gueule du bon gros chat Matouba, compagnon du magicien Alachnÿ :

Alachnÿ : Si tu commences à t'empiffrer avant le banquet, gros tas, je t'éviscère !

Matouba : Est-il sérieux ou ne l'est-il point ?

Pour la forme, rappelons que ce chat aussi gras qu'un loukoum parlait en disant tout et son contraire. Un défaut de fabrication lors de sa conception par son maître un soir de beuverie. Le magicien haussa le ton de la voix :

Alachnÿ : Je ne supporterais pas que mon chat se moqua de moi ! Stupide animal !

Ce à quoi il lui fut répondu :

Matouba : Grrrouaouerrrr raaaaoo !

En langage de chat, cela ressemblait à une très jolie dénomination à laquelle il fallait ajouter un brin de cynisme et de grossièreté du style : toi et ta grosse bedaine pouvez aller vous montrer chez les grecs ! Pourquoi les grecs ? Mystère, sans doute notre chaton aussi rond qu'une barrique éprouvait-il une tendresse toute particulière pour la mythologie.

: Allez Prince, va te faire tailler un habit des grands soirs à défaut d'autre chose. La jolie princesse que voici que voilà, te fera honneur elle aussi. D'ailleurs, faut qu'on cause entre femelles là. Allez ouste, dehors les porteurs de boules !

Et tous les hommes furent mis, manu militari, dehors. Au moment où la porte s'ouvrit, l'on vit accourir Petit Biscuit tout affolé en direction de Chaperon Rose. Le petit personnage tenait, dans sa main encore valide, un moignon tout émietté. Sa voix toute mignonette résonna entre ces quatre murs tapissés de velours pourpre :

Petit Biscuit : Chaperon Rose, Chaperon Rose…regarde ce que ta méchante cousine m'a fait !

Il secoua son petit bras où manquait sa pogne. Chaperon Rouge affichait un sourire narquois :

: Est-ce vrai, mon ardente parente ? Serait-ce toi qui aurait grignoter la main de ce petit chou ?

Petit Biscuit : Oui, c'est moi ton petit chou. Oh t'es belle toi. Dis…j'peux grimper me nicher entre tes deux soleils ?

: Oh…mais bien sûr petit roudoudou. Allez viens par ici. Tout à l'heure, nous passerons par les cuisines de ce ravissant château et je te confectionnerai, à l'aide d'un peu de pâte à tarte, une jolie petite menotte mon cœur.

Petit Biscuit : T'es gentille, toi. Oui, tu me feras une belle paluche et j'te peloterai avec ma belle ! Je plaisante jolie petite poupée rose. Oh, c'est doux et c'est chaud…

Et le petitou se vautra dans son nid douillet en levant vers le visage ravi de sa protectrice, sa petite tête bien faite. Il lui adressa un magnifique sourire. Chaperon Rouge pesta bien entendu :

: J'aurai dû te dévorer la tête, petit avorton. Ça aurait été ça en plus pour caler ma dent creuse, laquelle, je tiens à le signaler à cette assemblée de dingos, commence à montrer des signes d'impatience et vous savez que dans ces cas-là, y faut pas m'enmerdasser où j'dévisse, aussi sec, du cigare* ! Quant à toi l'sablé à la cannelle, tu perds rien pour attendre !

La petite pâtisserie ambulante adressa avec une malice non moins dissimulée, un ravissant bras d'honneur miniature. Une bordée de jurons s'échappa des lèvres de l'enfant perdue, et offusqua jusqu'aux gardes lesquels n'en crûrent pas leurs oreilles. Il en était ainsi dans les magnifiques contes de fée tels que je vous les raconte…vrai de vrai !

De fil en aiguille, les hommes et tout ce qui en portait une belle paire se rendirent dans la salle d'apparat où l'on dressait un banquet afin de fêter la merveilleuse nouvelle du réveil de la princesse. Les villageois, ravis de ne plus entendre cette ronfleuse au long cours, chantèrent des louanges à ce Prince Charmant dont on avait jamais vu le pedigree, ni de près ni de loin, mais qui allait, probablement leur assurer des nuits paisibles.

Les cuisines carburèrent à tout berzingue. Les cochons de laits, faisans, poules d'eau et autres gallinacées, rôtissaient dans les cheminées où brûlait un feu d'enfer. Les ménestrels se préparaient à déclamer leurs poèmes en chansons, et les musiciens accordaient leurs violons. Bref, le paquebot croisait à nouveau au large.

Et pendant ce temps-là, les femmes enfermées dans la chambre de Bella mettaient au point quelques détails de grandes importances sur la future nuit de noce de la fille des souverains. Et comme de bien entendu Chaperon Rose avec, dans son décolleté, un Monsieur Biscuit aux anges de se chauffer les miches au frais de ses fantasmes, n'en finissait plus de fredonner son petit air à la mode : « Sunset Lover *» ! Il fallait le voir pousser la chansonnette en dodelinant de la tête. On eut dit un métronome au rythme régulier. Cela eut le don d'énerver au possible Démonia :

: Arrgh ! Mais faites taire cette punaise !

: Oh, mais j'aime bien cette musiquette moi…

Petit Biscuit : Oui, t'es gentille toi, t'aime bien mon tube pas vrai ? C'est moi qui l'ai écrit. Comme j'suis pas trop intelligent pour trouver de jolies paroles, j'ai préféré marmonner une petite bouillie en cadence. C'est plutôt chouette…non ? Je m'aime trop parfois !

: Non mais quelle cloche, et le pire, c'est qu'y doit s'en mettre plein les fouilles avec les droits d'auteurs de cette petite merdouille…arggh ! Y m'énerve !

Et Petit Biscuit de chantonner plus fort. Quelle ambiance ! Même à Ibiza il n'aurait jamais un tel artiste en représentation. Il devrait probablement se passer des décennies avant qu'un tel phénomène ne se reproduise. Magie des artistes !

Bella laissait son regard valdinguer de l'un à l'autre…mais quels étaient ces gens dont elle n'avait jamais entendu parler et qui soudain envahissaient son espace vital en y semant un vent de folie ? Chaperon Rose rompit ce moment de grâce en prenant la parole, ce qui n'empêcha nullement Petit Biscuit de persister dans ses efforts de devenir la nouvelle star du royaume. Cela permit de discuter d'un sujet d'importance avec un léger fond sonore…so perfect !

: Alors petite poupette, avant que vos noces ne soient prononcées avec emphase et les cotillons jetés sur vos deux faces, il me faut aborder un sujet d'importance avec vous : votre nuit de noces.

: Yep ! C'est là qu'on va commencer à s'marrer !

Bella : Je ne vois pas pourquoi.

Petit Biscuit : Sais-tu au moins, comment déguster un biscuit mou virant par la suite au sablé bien sec ?

: On t'as sonné la mini crotte ? Et d'abord qu'est-ce que t'en sais ?

Petit Biscuit : Je sais beaucoup, sur pas mal de sujets dont celui-ci.

: Ouuhh là là, mes poupinets, nous devons y aller en douceur. Une nuit de noces scelle pour longtemps un amour charmant.

: Ouaip, ben tu peux déjà oublier toutes ces fadaises ma cousine. Notre Princesse, ici présente, va devoir passer par le dur apprentissage du métier d'épouse de prince et ça commence par un bon nettoyage de printemps. On va enlever toutes les toiles d'araignée, du sol au plafond et après ça, si elle n'apprend pas à chanter « La Traviata » en cinq langues, alors j'me fais bonne sœur !

La princesse souleva un sourcil…le gauche, pour être précise, et plongea dans une profonde réflexion d'où il en sortit un petit quelque chose du genre :

Bella : Tu t'imagines m'effrayer avec ta théorie à dix sous, sale petite gamine ? Range tes prévisions erronées dans tes chaussettes trouées et va voir ailleurs si j'y suis. Pour la peine, je vais te confier un secret dont ton prince de pacotille n'aura pas à en souffrir…il y a bien longtemps que je sais jouer avec les roupettes de ces messieurs gonflés d'orgueil et de vanité. Remarque, j'ai été à bonne école. Mes vieux n'arrêtaient pas de tester le Kâma-Sûtra toutes les nuits pour tenter de m'offrir un frangin ou une frangine, mais tout ce qu'ils m'ont faits découvrir, c'est leurs vocalises d'opérette. Donc vos leçons sur comment sauter à pieds joints sur la vertu d'un mâle en rut, vous pouvez vous les « carrer » sous les aisselles, et chanter par-dessus. J'ai été claire là ou dois-je décoder ?

Petit Biscuit se mit à rire. Ce son s'apparenta à celui d'une crécelle d'un lointain temps moyenâgeux :

Petit Biscuit : Tu viens de clouer le bec à cette maudite rouquine ! Rien qu'pour ça j't'aime bien. Allez, je vais vous chantonner mon air, pas vrai Chaperon Rose ? Oh, t'es trop belle toi ! Qu'est-ce que j'aurais aimé avoir une petite extension à te faire croquiner !

Et la poupée blonde se mit à dodeliner de la tête dès les premières notes fredonnées :

: Oh, mon cœur…

: Quel crétin ce biscuit ! Quant à toi la jouvencelle de pacotille…il semblerait que t'aies invité, chez toi, le vice à tous les étages et plus particulièrement dans les fondations on dirait…ça m'plaît bien ! Bon, on va donc zapper le point « débriefing pour jeune vierge effarouchée » pour arriver à celui explicitement nommé « comment retourner la tête et ce qui fait tenir le mâle sur trois pattes » pendant sa nuit de noces. C'est bien, on gagne du temps, d'autant que ma dent creuse me presse de la remplir à l'aide de quelques victuailles.

Et la petitoune, de son pas léger, se dirigea vers la porte de la chambre et l'ouvrit à la volée. Un garde en faction se trouvait de côté et fut surprit :

: Dis-donc toi…t'écoutais à la porte que ça n'm'étonnerait qu'aux trois quarts. Tiens, j'vais te faire taffer un poil mon gars. Ta jolie princesse tout à fait réveillée et sa clique d'amies ont faim, et que fait-on dans ces cas-là pour satisfaire la future régnante d'un royaume bien déjanté ? Hein ? Eh ben on obéit à la charmante petite rouquine qui est en train de t'causer. Bon, alors tu vas gentiment tu nous faire livrer deux poulets bien grillés, de la cochonnaille bien sèche, des pâtés de faisans…j'espère au moins que vous êtes pas végétarien ? Rien qu'l'idée pourrait me mettre de méchante humeur et ce serait un sale moment à passer pour pas mal de monde. Bon, où j'en étais à…voui, l'cochon ! Ah mon gars, tout est bon dans c'bestiau…même la queue, à la différence des humains, c'est dire ! Allez, pour accompagner le tout, une poêlée d' patates bien dorées et si là-d'ssus quelques pâtisseries venaient s'ajouter à ce festin de roi, je m'sentirai bien poussé des ailes !

Petit Biscuit : Et moi, je vous chanterai ma chanson jusqu'à ce que mort s'en suive.

: Et je me chargerai de hâter sa fin en le croquant de mes petites quenottes de lait lesquelles, je l'précise au cas où, savent où se trouve leur devoir ! Alors…quèque tu fais encore là à bailler aux corneilles ?

Sidéré, l'homme mit quelques secondes pour se remettre de ce monologue aux doux parfums de scandale et s'enfuit donner ses ordres tant il craignait cette petite fille aux cheveux couleur de feu ce qui ne lui semblait guère naturels. L'enfant, un brin satisfait de son petit effet sur l'adulte, referma la porte en pestant, comme à son habitude :

: Ah…le personnel c'est plus c'que c'était ! Bon, revenons à nos moutons. Magner les boules ça t'connait, c'est déjà du temps en moins pour décoincer les rouages de ta future machine de guerre. La drôlesse qui se la jouait petite jeune fille en fleur alors qu'elle pourrait presque donner des leçons à ma mémé d'amour, va en étonner plus d'un en cette nuit fastueuse on dirait. J'filerai une petite potion à ce dindon de Prince Charmant. Ça devrait te faire couiner un brin !

Bella : Vraiment ? Il a plutôt intérêt à assurer ce charmant Prince. D'autant qu'il me semble bien fait de sa personne.

: Il a l'air et la chanson, crois-moi, sans oublier l'engin diabolique bien dissimulé dans son haut de chausse et dont tu goûteras les honneurs dans une poignée de jours ! Où est ma mamichette adorée ?

: Au pipi room ma cousinette.

: Ah bien sûr. A c't'âge-là on prend plus sa vessie pour une lanterne ! Ceci dit, jolie princesse un brin perverse, elle pourrait te donner des leçons dans l'art de faire grimper jusqu'à la tringle un porteur de baguette magique !

Bella : Tu en as de la chance d'avoir une aïeule aussi expérimentée.

: Oh…tu crois pas si bien dire !

Entre temps, l'ancêtre s'en revenait, un poil soulagé, de son petit cabinet de toilette :

Arrière-Mère-Grand : Alors, même en mon absence, l'on ne peut se passer de moi ? Qu'as-tu encore bavé sur mes épaules bien solides, mon arrière -petite-fille démoniaque ?

: Ma choupettine d'Arrière, arrière et bien arriérée Mère-Grand, si tu savais comme je t'aime toi !

La parente bien âgée montra son poing à cette enfant dévergondée qu'elle aurait souhaité corriger, mais une légère cordelette la retenait. Tout de même ! Elle était l'enfant de sa fille…sa fille enfermée dans un couvent à expier sa faute ad vitam aeternam ! Comme elle ne souhaitait guère que l'on fasse le rapprochement direct avec sa propre lignée, l'ancêtre avait relégué cette enfant au rang d'arrière-petite-fille. Comme si ce curieux éloignement, la protégerait du démon qu'elle portait en elle.

Mais la mauvaise humeur de la vieille dame disparut bien vite au vu du festin que l'on se pressait de servir sur une table rehaussée d'une nappe de lin brodée aux initiales de la princesse. Rien que cela ! Diantre ! Comme il était bon de manger sur le dos des nantis, pensa une Chaperon Rouge au comble de l'excitation.

Chacun picora dans les assiettes. Celle de la rouquine, débordait déjà. Il fallait la voir engloutir moult victuailles en déchiquetant de ses quenottes pointues viandes rôties et charcutailles ! La drôlesse n'y allait pas de main morte et se pourléchait, à la fois les babines et ses petits doigts, lorsqu'une nouvelle d'importance vint sonner le tocsin des réjouissances.

Il se disait, qu'un jeune Prince, brun, très beau, et parfaitement éduqué se présentait aux portes du royaumes et clamait son envie démesurer de rencontrer la princesse en grand danger…selon lui.

Chaperon Rouge plissa ses yeux de fouines et, pilon de poulet en main, organisa la riposte face à ce malandrin osant semer la pagaille dans son plan si bien ficelé :

: Ah, le bonze ! Que vient-il faire par ici ? Personne n'a pensé à lui barrer la route à cet avorton ? Bon sang, faut-il que je fasse tout moi-même ? Allez, zou, je vais m'occuper de cette tâche !

Et la fillette disparut dans les escaliers du château en branle combat. En chemin, elle tomba nez à nez, avec la fée tapisserie laquelle sortait, justement de derrière une représentation de scène de chasse, brodée aux petits points de croix. Un fort bel ouvrage ma foi :

: Encore toi ? Faudrait un d'ces jours que tu m'expliques ce que tu trouves à ces horreurs accrochées aux murs ?

Fée : J'admire ce travail de précision au plus près de mes possibilités chère petite.

: En charmante compagnie je présume ?

Fée : Toujours voyons ! Une Dame bien née se doit de la tenir la dragée haute.

: Ah ouais ? Tenir à quoi ?

Fée : Mais…euh, cela va de soi mon enfant, sa connaissance. Ainsi le Monsieur qui t'accompagne profite de tes enseignements bien dispensés… autrefois.

: Ah…y'a pas à dire, j'adore ton sens de la répartie petite fée bien faite. Pense juste à réajuster ton corsage. Un de tes roploplos va pas tarder à voir du pays. Aahahahah…

Poussée par quelques démons dans sa démarche emplie de malice et de méchanceté, l'enfant rousse en profita, au détour d'un couloir, pour chiper une sucrerie à une pauvre petite fille blonde toute mignonne venue à sa rencontre avec, pour unique intention, de trouver un acolyte de jeu.

La pauvrette se fit voler son stock de bonbons et sucettes par Démonia, laquelle se gaussait de son pouvoir :

: Ah…c'est trop facile ! En plus c'est hyper jouissif. Allez la belette, arrête de chouiner. Plus tard tu l'feras devant ton promis et ça s'ra pas pour jouer aux osselets, foi de Chaperon Rouge. Tiens…dans ma grande générosité légendaire je te laisse un bonbon, mais j'embarque les sucettes, ce qui fait que tu ne pourras jamais les goûter. C'est bête hein ? Allez, bonjour chez toi ! Ahahahah !

Et la fillette pas si innocente mais encore un brin un enfant, quelque part, (en cherchant bien alors…), fila accompagnée de son traditionnel courant d'air glacé !

Personne ne fit attention à elle, si bien qu'elle put traverser la cour du Château sans devoir répondre aux questions embarrassantes qu'aurait été en droit de se poser des adultes devant cette petite fille courant comme une dératée.

Elle parvint aux abords du donjon, où un beau brun parlementait avec les gardes de manière fort policée. Immédiatement, la rouquine sentie son devoir la pousser à intervenir. Pour se faire, elle se para de son plus irrésistible air de petit angelot bien innocent et remplie ses mains de sa perversité coutumière. Elle trottina comme seuls les enfants savaient le faire, et s'approcha du gentilhomme un petit sourire sur ses lèvres :

: Oh…comme vous êtes beau !

Un tantinet ravis d'être ainsi l'objet d'un tel compliment, le bellâtre tourna son magnifique visage devant l'enfant en souriant. Mais bon sang, pensa Chaperon Rouge, c'est vrai qu'il était charmant ce prince…un visage aux traits délicats, deux yeux d'un bleu outremer où elle se serait bien noyée, mais le bâtiment insubmersible qu'elle était vacilla tout de même sur le flanc, touché par tant de grâce. Ses longs cheveux noirs de jais retenu par un ruban de satin ivoire brillaient sous l'éclat d'un soleil farceur. Tirer sur cette tignasse la démangeait plus que de raison et d'après le peu qu'elle apercevait de son entrejambe dissimulé par une tunique de velours bleu nuit, le bonze avait l'air d'avoir tous les équipements requis pour un championnat mondial de cabrioles.

La bouche en cœur du prince s'ouvrit enfin sur deux belles rangées de dents et de ce qu'elle pouvait apercevoir, elles n'étaient pas gâtées. Un vrai ticket gagnant !

Ce petit lot valait à lui seul, toutes les sucreries qu'elles tenaient fermement dans sa menotte :

Prince : Bonjour jolie petite fille. Comme tu as de beaux cheveux ! Ta maman, doit être fière de toi !

: Oh, vous croyez pas si bien dire mon bon Monsieur tout beau de partout.

Amusé par cette réplique peu ordinaire chez une enfant, le prince lui adressa un magnifique sourire…

Re bon sang, pensa Démonia, il en manque pas une. Des quenottes pareilles mordraient n'importe quel tendron du coin et ferait de bien belles blessures. Les filles des alentours en redemanderaient en couinant comme des truies. Dès qu'elle aurait l'âge, se promit-elle, le bestiau passerait à la casserole et il n'aurait pas d'un mois entier pour se remettre de cet assaut !

Mais d'ici là, il fallait éloigner cet Apollon du royaume. Trop risqué. La petite fille tenta d'expliquer au jeune homme combien il était vain de vouloir faire preuve d'héroïsme, mais le noble personnage ne souhaitant qu'entendre ce que son cœur lui dictait, si bien qu'à la fin la patience de la fillette lui fit défaut :

: Argh ! Merdouille ! Mais enfin quand est-ce que tu vas comprendre qu'tu dois aller voir ailleurs si elle y est ta petite princesse parfaite ?

Prince : Pardon je te prie ? Mon rôle est d'être tout dévoué à la cause de cette jeune femme en danger. Je me dois de combler l'espace existant entre cet amour en devenir et mon courage héroïque entretenu depuis deux décennies et une poignée d'années ?

La petite rouquine éclata d'un rire franc :

: T'as trouvé ça tout seul l'bestiau ? Eh ben, faut dire qu'y a aucune lacune dans ton éducation de p'tit bourge au cul bordé d'nouilles. Alors on va reprendre quelques bases si tu l'permets et même su tu l'permets pas d'ailleurs, et t'as pas intérêt à m'interrompre où ma colère surgira comme une éruption volcanique !

Complètement abasourdi, le beau prince aux cheveux sombres en demeura la bouche entrouverte. L'on vit alors, un mince filet de salive couler avec une rare élégance d'entre ses lèvres et tenter de s'étendre sur le pourpoint rutilant du jeune homme. Conscient de l'installation d'une certaine faiblesse chez ce mâle à l'éducation de p'tit bourge au…bref, comme l'avait précisé Démonia, le prince se redressa et souleva l'un de ses sourcils, le droit pour faire preuve d'une précision toute scientifique, avant de se saisir de son épée et de la balancer, d'un geste raguer, à terre :

Prince : Et crotte ! Cela est suffisant ! J'en ai ma claque de toujours jouer les jeunes premiers. Après tout, qu'elle se débrouille toute seule !

: Crotte ? Y'a pas à dire, tu m'as vendu de quoi rigoler pendant dix jours ! Alors, et d'un ta principessa n'a plus la barrière de protection que toute noble famille exige de sa progéniture féminine, et de deuz, elle s'est entoquée…

Prince : Entoquée ?

: Argh ! Dis-donc va falloir qu'j'te fasse un mémo pour te remettre à l'esprit qu'on interrompt pas La Rouge dans ses élucubrations si on tient, un tant soit peu, à sa minable petite vie. Bon, et de deuz que j'disais, la drôlesse a jeté son dévolu sur un pimbrom de première, le seul, l'unique Prince Charmant, blondinet, bien fait de sa personne avec une fâcheuse tendance à verser dans le libertinage, promesse d'une vie enchanteresse, enfin, surtout pour lui. Donc, va falloir aller chasser ailleurs. Ceci dit tu fais bien de prendre le large, parce qu'avec ce genre de donzelle t'aurais eu qu'des coups foireux à digérer. C'est un nid à enmmerdouilles doublé d'un puits sans fonds côté finance, c'te greluche ! T'as vu comme je suis gentille ? Je viens de t'éviter un divorce tordu parce que rien qu'les avocaillons t'auraient coûté la peau de tes roubignolles !

Prince : Suis-je censé te remercier ?

: Un peu mon n'veu !

Prince : Et de quelle façon, je te prie ?

: Et de quelle façon je te prie…et l'autre, non mais va falloir détendre un poil l'élastique de ton calebar mon poteau. Eh ben si tu tiens à récompenser la ravissante petite rouquette qui vient de te sauver les miches, tu peux m'verser la totalité de quelques bourses bien remplies et pas celles sur lesquelles t'es assis mon coco. Ah non, celles-là faudra qu'j'attende un peu pour en profiter. Non, je pensais plutôt à celles que tes parents tous gentillets doivent t'allouer en guise d'argent d'poche.

Prince : Mamoune, il est vrai, sait se montrer généreuse avec son fiston adoré.

: Mamoune ! Ah non, j'hallucine !

De légers petits couinements se devinèrent, laissant présager la venue imminente du fantasme sur pattes : Chaperon Rose. Essoufflée, Têti et Têta en plein mouvements ascensionnels, la petite poupée rose prit le temps d'arranger quelque peu sa coiffure, au vu du bellâtre la zieutant, un second filet de bave s'échappant de ses lèvres pleines :

: Ah, ma cousinette, je te cherchais. Ouuh, mais que vois-je ? Qui est cette ravissante personne à la chevelure ondoyante, dont les pensées se devinent sans peine ?

: C'est une surprise La rosette ! Tiens, où est la punaise chantante ?

: Je vais finir par te nettoyer la bouche au savon mon impudente parente. Ne vois-tu pas combien nous sommes en charmantes compagnie ? Un peu de politesse doit s'inviter.

: Tu sais c'que j'lui dis à la politesse ? Bon alors, où qu'il est l'avorton parfum cannelle ?

: Aux cuisines, en mode cuisson.

Un sourire narquois éclaira ses traits pervertis. De son côté, tout émoustillé, Prince secoua sa mèche brune en éclaircissant sa voix :

Prince : Permettez-moi de me présenter, Prince Godefroy de Nimoy de Randuz !

: Là où les couillons s'amusent, ahahahah ! Allez, j't'aime bien mon godio, mais là va falloir poser ton fessier princier ailleurs.

: Taratata ma petite cousine. S'il était une invitation à se presser d'être présentée, elle serait tout naturellement proposé à Messire Godefroy etc, etc, afin qu'il ne souffrît point de solitude dans un royaume où il sentirait étranger.

Les petites quenottes pointues de la fillette se dévoilèrent dans toute leur splendeur :

: D'acco d'acc la cousine. J'ai bien compris. Je te laisse en compagnie de Casanova. A plus !

Et d'un bon, elle fila en direction de la grande porte du palais, alors que Chaperon Rose roulait des hanches vers Mister Godefroy and Co, la bouche en cœur :

: Je me sens comme chez moi ici. Le palais, le charmant petit village alentour, jusqu'à ses terres que je me suis appropriée, coquine que je suis. Par conséquent, puis-je avoir le plaisir, l'honneur et l'avantage, de vous faire visiter mes jardins ? Si vous laissez votre vue errer là où il faut, vous apercevrez combien tout est taillé à la perfection, de suaves parfums s'en exhale, quant aux couleurs…ne manque qu'un léger arrosage dû à un sommeil un peu trop prolongé des jardiniers, lesquels n'ont su parfaire leurs travaux.

Prince : Un jardin asséché ne saurait demeurer ainsi. Il me faut prodiguer moult soins de ce pas où mes humeurs s'en trouveraient fort chagrinées.

: En ce cas, qu'attendons-nous…

Et la jolie poupée s'accrocha aux bras du noble personnage, en battant ses longs cils blonds. Alors que mille et deux idées se télescopaient dans la cervelle alambiquée de Chaperon Rouge, une agréable odeur de cannelle vint chatouiller ses narines. La petiote s'arrêta, huma l'air, et sourit de toutes ses dents. Elle s'empressa de faire un petit crochet dans son parcours qui n'était, certes, pas prévu, mais qui, pensa-t-elle, lui serait tout à fait profitable.

Quelques temps plus tard, ce fut une Chaperon Rose toute rosie par l'effort et une Chaperon Rouge au sourire carnassier qui se retrouvèrent dans les appartements privés de Bella, autrefois nommé : Belle au bois dormant, mais qu'un léger diminutif avait tout de même, contenté.

Durant l'absence de ses parentes, l'Arrière-Mère-Grand, s'était chargé de coacher la princesse pas nette, et décision avait été prise de faire un détour par une célèbre enseigne de dessous féminin : « Gwendoline Secret's », afin d'y effectuer quelques emplettes :

: Yep, ma mémé ! Tu connais tes classiques, pas vrai ?

Arrière-Mère-Grand : Je ne m'abaisserai point à te répondre petite morveuse qui, à regret, empoisonne mes vieux jours.

: Que tu sais mettre à profit pour t'éloigner du tombeau tout proche, ricana-t-elle.

Soudain, la porte s'ouvrit à la volée. L'on vit entrer, en trombe, un Mic Mac échevelé au possible. D'ordinaire peu coiffée, sa tignasse semblait avoir doublée :

Arrière-Mère-Grand : Que se passe-t-il encore ?

Bella : Ouais, qu'est-ce que c'est qu'ce foutoir ?

: Souhaite-tu que je te prête ma brosse ?

: Pour quoi faire ? Coiffé ou décoiffé, il sera toujours moche !

Mic Mac : Là tu me vexes !

: C'est bien ce que je voulais.

Bella : Il commence à y avoir un peu trop de remue-ménage dans ma jolie chambre de princesse. Je vais finir par dégager tout le monde, sauf l'ancêtre et ses conseils bien utiles.

: Ah…on sait où se trouve ses priorités la greluche couronnée, hein ?

Alors que cet agréable échange emplissait la pièce de ses échos, l'on entendit une petite voix tenter de se faire entendre. Chaperon Rose repéra d'emblée la source d'où était émise le son, et se mit à pousser des hauts cris :

: Ooooooh…petit cœur !

A terre, se tortillait, tel un ver de terre, un Petit Biscuit tronqué. Tout allait bien jusqu'au niveau de la taille où le restant de son petit corps, avait tout bonnement…disparu. Il s'aida de ses petites menottes afin de redresser son mini buste et se mit à vociférer :

Petit Biscuit : Sale gamine ! Petite peste bubonique ! Regarde Chaperon Rose ce que ta vilaine cousine m'a fait !

: Ma moitié de petitou ! Vilaine cousinette à la tête mal faite, comment as-tu osé ?

: Bah…j'ai ouvert la bouche et…crac !

Son rire démoniaque emplit la pièce tandis qu'un vent froid soulevait les voilages d'organza fleuris. La poupée blonde se baissa, ramassa la petite pâtisserie et caressa son crâne plat :

Mon petit chou d'amour, je t'emmène aux cuisines dans la seconde qui suit. Je vais m'occuper de toi comme jamais, tu verras.

Petit Biscuit : Ah, tu m'aimes toi hein ? Dis, tu pourras me modeler une petite excroissance que je te laisserai le soin de placer à ta convenance ?

: Petit coquin, commençons par te remodeler les jambes, cela sera bien suffisant.

Petit Biscuit : Sûr ? Une troisième jambe, me serait bien utile pourtant…

: La prochaine fois, je m'attaquerai à la source des maux…ta tête l'avorton !

Petit Biscuit : Ne me laisse plus jamais seul avec cette démone Chaperon Rose.

: N'ai crainte, mon cœur, tu es en sécurité ici.

Et le sablé récupéra son trône aussi moelleux qu'une génoise :

Petit Biscuit : Ah, je t'aime toi tu sais ? Allez, comme j'ai encore toutes mes capacités pour chanter, j'm'en vais vous remplir les oreilles de belles paroles.

Et la chansonnette « Sunset Lover », se fit à nouveau entendre, claire et nette. Un peu trop pour Chaperon Rouge, laquelle commença à énoncer tout un chapelet d'injures bien senties, alors que le biscuit parfumé, lui rendait la politesse en multipliant les bras d'honneurs. Bref, une ambiance digne des grands soirs, régnait à l'intérieur de ce palais encore tout engourdi de son long sommeil. Chaperon Rose fila directement aux cuisines et remua son popotin sous le nez des marmitons ravis de cette intrusion sur leur lieu de travail, tandis que le reste de la troupe fit quémander un carrosse pour se rendre au village.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme c'est toujours le cas dans le monde merveilleux des contes de fées. A ceci près, qu'un imprévu vint changer la donne. Le temps des noces n'était à prévoir que dans une petite quinzaine de jours, le temps de mettre au point une cérémonie nickel chrome. Tous vaquaient à leurs occupations, cuisiniers, fleuristes, couturiers, petites fées, jusqu'au Prince Godefroy, lequel venait passer toutes ses nuits au palais aux côtés d'une Chaperon Rose aux anges. Mais que pouvait-il bien effectuer comme tâche nécessitant une présence aussi soutenue ? Auriez-vous la moindre petite idée à me soumettre, lecteurs et lectrices ?

Au petit matin, les cheveux décoiffés, et les lèvres rougis par l'effort, (tiens, j'ai déjà lu cela quelque part), il retrait au bercail, dans son royaume, à un crachat de là. Il affirmait, mordicus, à ses parents curieux de ces faits, qu'il partait chasser dès potron-minet et, bien souvent, il se perdait sur le chemin du retour. Il trouvait alors, ici et là, et plutôt là qu'ici, comme aurait dit Prince Charmant, (le blondinet), une bonne âme pour lui offrir le gîte et le couvert. En fait, sous couvert d'un beau mensonge, il partait agiter…je laisse le soin à votre imagination de combler l'espace laissé par les trois points.

Sauf que…la maman adorée du fiston, ne l'entendait pas de cette oreille, ni de l'autre d'ailleurs, et comprit qu'il devait y avoir anguille sous roche, voire un boa tellement l'affaire semblait bien grosse. Son mari, trop gentil ou benêt, elle réfléchissait encore quelle mention rayer, n'y voyait que du feu. Heureusement, l'instinct féminin, toujours prêt à indiquer où se trouvait la bonne direction, la fit se diriger chez son ami l'ogre, lequel vivait seul depuis son divorce d'avec sa femme suite à l'affaire du Petit Poucet. Ah, cruauté de l'évènementiel !

Comme la reine était de race ogresse, elle s'y entendit pour encourager son poteau à mettre son groin dans cette affaire douteuse. Et le mastodonte au râtelier aussi bien fourni que celui de Démonia, s'en alla, cahin, caha, vers le royaume de Bella.

Le roi, quant à lui, n'imaginait pas un seul instant ce que tramait sa fourbe épouse, car il se désintéressait d'elle. Seul le joli magot, qu'elle couvait telle une poule, avait encouragé le monarque à l'épouser. Dans son royaume, certains enfants disparaissaient et l'on soupçonnait la méchante reine de les croquer pour son quatre heure, chose qu'elle réfutait de toutes ses forces en prenant un air contrit. C'est qu'elle était bonne comédienne la drôlesse.

L'ogre Amédée, (le nom lui allait à ravir), prit ses cliques, et ses claques, et partit en courant vers le royaume enchanté de la petite princesse bien née, et voici ce qu'il y trouva…

A suivre…

· Escalope : un baiser en argot.

· Lampe merveilleuse, étui à clarinettes, corridor des braves : expressions argotiques désignant le sexe féminin.

· Dévisser du cigare : Expression argotique signifiant perdre la tête.

· « Sunset Lover » par Petit Biscuit You Tube (Excellent ! Bon sang, je n'arrive plus à m'ôter cette chansonnette de la tête. Elle gagne à être connue celle-là ! Nom de nom !)