Titre : Le Plongeon
Auteur :
Syhdaal
Genre :
Général
Base :
Weiss Kreuz
Couples :
Aucun
Disclaimer :
Weiss Kreuz appartient à Takehito Koyasu, Kyoko Tsuchiya, Ohmine Shoko… Bref, ces gens-là.

"Le Plongeon" n'est pas son titre, à la base, c'est "Addictions" mais j'ai un peu changé d'idée en cours de route et je me rends compte qu'elle est finalement mieux telle quelle. Les scènes suivantes sont inutiles, j'ai donc décidé qu'elle était achevée jusqu'à nouvel ordre. Dites-moi ce que vous en pensez à l'occasion.

Enjoy !


Le Plongeon

Chapitre 1

I am friend to the undertow

I take you in, I don't let go

And now I have you

Suzanne Vega, « Undertow »

Un moment, c'était ce qui semblait leur combat de leur vie. L'instant d'après, c'était le chaos absolu. Le sol se dérobait sous leurs pieds, le plafond s'effondrait sur leurs têtes. Puis vint le rugissement de l'eau qui s'engouffrait par toutes les brèches en fondant sur eux pour les emporter plus sûrement que le bâtiment qui coulait. Ca aurait dû être leur tombeau. Mais le plafond au-dessus d'eux ne s'était jamais écrasé sur leurs têtes. Les fantastiques pouvoirs de Nagi n'y étaient sans doute pas étrangers. Ils s'étaient tous retrouvés dans l'eau, submergés par la température glaciale.

######

Brad Crawford attrapa le bras de la silhouette près de lui. Il ne savait pas qui c'était mais tant pis. Dans cette eau noire et glaciale, s'il avait l'espoir de sauver quelqu'un en plus de lui, c'était toujours ça de pris. Ils crevèrent la surface avec un hoquet mais Brad s'en voulu presque aussitôt. Non, ce n'était pas un de ses coéquipiers, c'était un Weiss qui le regardait d'un air incrédule en reprenant son souffle. Le jeune homme articula un « merci » essoufflé avant de tourner sur lui même, le regard vers l'horizon.

– Merde, où on est ?

Brad ne répondit pas, se contentant de reprendre son souffle lui aussi, et d'écouter. A part le bruit de l'eau et du vent, il n'entendait rien, pas d'appel au secours, pas de respiration haletante... Personne.

– La terre est là-bas.

– T'es sûr ?

– Y a de la lumière.

Il ne voyait rien. Ses lunettes avaient été perdues dans l'effondrement et il était myope comme une taupe.

– Je ne vois rien, admit-il en barbotant pour se maintenir à flot.

– Si, y a de la lumière. C'est la côte, affirma le Weiss.

– C'est loin ?

– Je sais pas. Un kilomètre ?

Le Weiss se retourna vers lui.

– Tu te sens d'attaque ?

– J'ai pas le choix. Tu es sûr que c'est la bonne direction ? Il va faire nuit dans vingt minutes et après...

Après ce sera foutu.

– Je suis sûr. Mais j'ai sûrement une commotion alors...

Brad se souvenait du combat même s'il n'avait pas vu tout ce qu'il se passait. Farfarello avait fracassé plusieurs fois la tête de son adversaire contre un des piliers de pierre de la salle. Qu'il soit encore conscient et lucide était extraordinaire.

– Je suis blessé aussi, l'informa Brad, comme pour faire amende honorable.

– Où ?

– Ma jambe gauche. Mes côtes...

Chaque respiration le faisait souffrir. Il avait dû se déplacer un truc, il n'avait plus qu'à espérer que ce n'était pas assez grave pour lui perforer un organe ou provoquer une hémorragie. Le Weiss ne répondit pas. Très clairement, s'ils avaient réussi à survivre à l'effondrement du bâtiment, ils n'étaient pas encore sauvés, ni l'un ni l'autre.

– On y va.

Il commença par se débarrasser de son blouson de cuir, bien trop lourd pour continuer et de ses griffes pour ne garder que ses gants de protection. Brad l'aida à s'extirper du vêtement alourdi par l'eau et suivit son exemple en pelant sa veste blanche de son corps. Son holster était vide, il s'en dépêtra aussi avec l'aide du garçon. Il avait aussi perdu une de ses chaussures de ville et décida donc de s'alléger de la deuxième. A priori, son « couteau de secours », attaché à son mollet était toujours là.

– Retire tes chaussures aussi.

Le Weiss eut l'air de contempler son idée avant de se débarrasser rapidement de ses bottes de cuir renforcées, bien trop lourdes pour un tel périple.

– Adieu mes Louboutins, soupira-t-il d'un air dramatique qui arracha un semblant de sourire à Crawford.

– Pas sûr qu'elles te soient très utiles au fond de l'eau.

– Bof ça f'ra bien l'affaire d'un bernard l'Hermite.

Petit échange presque amical qui scella leur accord silencieux. Il fallait rallier la terre. Chaque mouvement était une punition et une souffrance. Lui devait suivre son guide car il n'y voyait pas à cinq mètres, et son compagnon semblait faiblir un peu plus à chaque nouvelle brasse, alternant brasse classique et nage sur le dos pour s'économiser.

– Ca va aller, se murmurait-il. On va y arriver, ça va aller.

Brad lui aurait bien dit de ne pas être si optimiste dans leur état mais bon... Le gosse avait sûrement besoin de se raccrocher à quelque chose. Le destin leur avait laissé une maigre chance de s'en sortir car les courants étaient faibles et le reflux des vagues ne les faisaient pas trop dévier de leur but. Lorsqu'enfin, enfin la côte ne fut plus qu'à une centaine de mètres, Brad entendit l'autre hoqueter de joie. Lui même aurait bien crié, c'est juste qu'il n'était pas sûr de pouvoir ouvrir la bouche sans se noyer.

– On y est presque !

Mais on n'y était pas, et encore fallait-il trouver un endroit où accoster. Il ne serait jamais capable de faire de l'escalade dans son état mais l'endroit où ils se dirigeaient... Droit devant eux... Avait l'air praticable. Quand Brad sentit le sol sableux sous ses pieds, il cria de joie :

– Sauvés des Eaux !

Devant lui, le gamin vacilla sur ses jambes, plié en deux, avançant presque à quatre pattes. A peine arrivé sur la plage, il s'effondra d'épuisement avec un grognement, le nez dans le sable. Il aurait été amusé par son imitation de l'autruche si lui-même n'avait pas fait aussi pitoyable figure, trainant la patte et tenant ses flancs en suffoquant. Brad se laissa tomber sur le dos, les bras en croix. Le ciel commençait à s'assombrir et les étoiles commençaient à piqueter le panorama obscur au-dessus de leurs têtes.

– Laissez-moi mourir... Geignit le gamin.

– Après tout ça ? Ken, c'est ça ? Murmura Brad.

Au prix d'un effort immense, Ken tourna la tête vers lui.

– Ouais.

– Ca va ?

– J'sais pas trop. Je te voie avec beaucoup plus de zyeux que d'habitude...

– T'as...

Brad marqua une pause, il avait un mal de chien à reprendre son souffle. Comme quoi, ou il vieillissait ou il avait carrément négligé ses joggings dernièrement. Ou les deux. Il se fit la réflexion qu'il devait aussi se mettre aux patchs et arrêter la cigarette.

– T'as envie de vomir ?

– Ouais. Ca tourne aussi...

Il avait bien une commotion mais son instinct de survie avait réussi à prendre le dessus le temps qu'il rejoigne la terre ferme. Brad inspira profondément, restant un long moment à récupérer. Le froid commençait à lui coller à la peau. Il tourna la tête pour voir que Ken avait fermé les yeux.

– Ne t'endors pas. Hey oh ?

– Je dors pas, je dors pas ! Dit précipitamment le garçon avec un petit sursaut.

En plus de la commotion et de l'épuisement, il devait surement faire un peu d'hypothermie. Génial. Brad se redressa avec beaucoup d'efforts.

– Lève-toi.

– Hein ?

– Lève-toi, on bouge. On ne peut pas rester là.

Ken aurait bien dormi un peu mais l'autre avait raison. Rester là, c'était du suicide. Ils avaient besoin d'aide. Ils se levèrent tant bien que mal, les jambes tremblantes et le corps glacé. Là, d'un coup, il regrettait sa veste et ses chaussures même si elles auraient été trempées.

– On va où ?

– En ville. Après on avisera.

Ils pataugeaient dans le sable plus qu'ils ne marchaient, éprouvant de grosses difficultés à rallier un endroit où le sol serait plus coopératif. Ils étaient sur le point de quitter la plage en escaladant les remblais (qui avaient plus ou moins la hauteur de l'Everest) quand Brad se retourna vivement vers la mer.

– Quoi ?

– T'as entendu ?

Ken tendit l'oreille mais en dehors du ressac et du vent, il n'entendait rien. Des voitures au loin, signifiant qu'il y avait une route mais c'était tout. En même temps, il avait aussi l'impression d'avoir développé des acouphènes, mais à force de se faire fracasser la tronche dans des murs, ça arrivait. Près de lui, Brad plissa les yeux, essayant de voir plus loin que sa vue déficiente le lui permettait.

– Si, y a quelqu'un, là bas.

– T'es miro.

Brad l'ignora royalement et redescendit vers l'océan, poussé par une intuition. Derrière lui, il entendit le Weiss marmonner mais le suivre quand même. C'était peut-être un de ses équipiers. Brad avait raison, il y avait un vague quelque chose qui flottait entre deux vagues. Un vague quelque chose qui avait l'air de bouger.

– C'est quelqu'un ?

– Je crois...

En réalité, il y voyait trop mal pour distinguer quelque chose mais une petite voix dans sa tête lui serinait qu'il y avait quelque chose droit devant eux, que ce quelque chose était quelqu'un et que ce quelqu'un était vivant. Ils s'avancèrent dans l'eau jusqu'aux genoux, c'était tellement loin... Un éclat de voix leur parvint. Un appel à l'aide. L'image d'un gamin aux yeux bleus et aux cheveux bruns apparut devant ses yeux.

– Nagi.

Le prénom n'avait pas quitté ses lèvres que Ken avait plongé. Le Weiss nagea jusqu'à la silhouette, ramenant le petit corps vers la rive. Brad avait avancé jusqu'à avoir de l'eau aux épaules pour prendre le relai. Arrivé à sa hauteur en suffoquant, Ken poussa le corps du gamin dans ses bras.

– Il est inconscient !

Il avait l'air d'être sur le point de s'évanouir lui aussi et Brad le tira vers la plage avant qu'il ne tourne de l'œil en pleine mer. Poussant Ken en avant pour lui permettre de tomber sur le sable sec, il déposa Nagi près de lui. Brad fit basculer la tête du garçon en arrière et se pencha sur lui pour essayer de percevoir son souffle. Il chercha le pouls de Nagi, touchant son poignet et son cou pour s'assurer qu'il ne faisait pas d'erreur, que ce n'était pas son propre pouls qu'il sentait battre sous ses doigts. Dans son état de fatigue et de stress, la moindre erreur pouvait être fatale mais Nagi respirait et rien n'aurait pu le soulager plus que ça sur le moment.

– C'est bon, il respire.

– Il a bu la tasse…

– Nagi ? Nagi, tu m'entends ?

Aucune réaction, mais il respirait, c'était déjà beaucoup.

– Oh j'vais gerber... Gémit Ken après avoir essayé de se redresser.

– C'est pas le moment, le gronda Brad en poussant l'adolescent en position latérale de sécurité.

Il ne pouvait pas faire plus que ça. Une toux sévère secoua Nagi à ce moment là, et Brad lui frotta le dos le temps qu'il recrache l'eau avalée. Ken décida également que c'était le moment opportun pour vomir une bonne fois pour toutes. Laissant Nagi se remettre, Brad se tourna vers le Weiss qui avait rampé un peu plus loin pour vraisemblablement y mourir.

– Qu'est-ce que tu fous ?

– Ah ta gueule... Murmura le garçon en s'effondrant un peu plus sûrement sur le sable, se roulant en boule.

Malgré le froid, la douleur et l'angoisse, là tout de suite, il voulait juste dormir.

– Allez, Ken debout, le houspilla Brad en le forçant à se redresser un peu.

Il avait besoin de voir ses yeux mais à présent, la nuit était tout à fait tombée, et sans lumière il ne pouvait pas constater l'étendue des dégâts. Il aurait parié sa chemise que ses pupilles avaient un sérieux problème, et c'était à peu près tout ce qu'il avait encore sur lui.

– Fous-moi la paix, grogna le plus jeune en chassant ses mains.

– Je te laisse pas là, lève-toi ! Siffla Brad. Nagi ne sera pas capable de marcher, je ne pourrais pas vous porter tous les deux.

– Hé ben laisse-moi crever là.

– Petit con !

– C'est mon deuxième prénom.

Retenant l'aller-retour qu'il lui aurait bien collé en travers des dents, Brad le remit sur ses pieds de force, se faisant mal au passage et le secouant un peu plus que de besoin pour la peine.

– Allez Weiss, avance.

Brad retourna vers Nagi à deux mètres de là en traînant Ken derrière lui, lui interdisant de s'asseoir à nouveau.

– Nagi tu m'entends ?

Un râle inintelligible fut sa seule réponse, mais le gamin sembla marmonner son nom dans sa torpeur.

– Okay, allez Nag', fais un effort sinon on n'y arrivera pas, lui dit Brad en le mettant lui aussi debout, le laissant s'appuyer lourdement contre lui. Il avait assurément des côtes cassées, sinon ça ne lui ferait pas aussi mal de soutenir un gamin qui devait faire quarante-cinq kilos tout mouillé.

– On va où ? Demanda Ken sans lever les yeux, trop concentré à essayer de poser un pied devant l'autre.

– En ville.

– A pied ? T'es malade, on va crever avant d'arriver à la route.

– Hé ben économise un peu tes forces.

Le trio infernal fit péniblement sa route jusqu'à un parking où quelques voitures étaient stationnées a proximité d'un restaurant. Ca voulait dire qu'il y avait du monde, mais ça voulait aussi dire que les gens n'avaient pas les yeux sur leur véhicule. Brad s'arrêta volontairement devant un véhicule à l'écart, un modèle d'au moins quinze ans où l'électronique ne devait pas être trop perfectionné. Il laissa Nagi s'asseoir au sol, l'aidant à s'adosser à une autre voiture le temps qu'il reprenne un peu son souffle.

– Tu en penses quoi ? Demanda Brad à Ken.

– Je sais pas démarrer ce genre de caisse, répondit simplement le garçon en haussant les épaules.

– Je pensais juste que tu allais un peu plus objecter au vol d'une voiture.

– J'suis en pleine hémorragie cérébrale, tu crois sérieusement que j'en ai quelque chose à foutre ?

Brad ne se donna même pas la peine de ravaler son rictus amusé et força la serrure avec le couteau qu'il avait encore attaché à sa cheville. Par chance, la serrure céda rapidement et il s'engouffra à l'intérieur pour déverrouiller les autres portières avant de s'attaquer au tableau de bord en priant pour ne pas se faire prendre et pour que ça démarre sans trop faire d'histoires. Dehors, Ken aidait Nagi à se relever pour l'installer sur la banquette arrière. Le gamin se coucha aussitôt en travers des sièges et ferma les yeux pour se reposer. Il claquait des dents. Ken monta à l'avant avec un soupir de pur soulagement. En plus, il faisait tellement meilleur dans l'habitacle, à l'abri du vent, qu'il eut l'impression que ses mains se réchauffaient instantanément. Le moteur démarra avec un vrombissement qui avait un petit parfum de victoire et Brad manœuvra rapidement pour sortir du parking et filer.

– Super boulot, Schwarz, félicita Ken du bout des lèvres en poussant le chauffage au maximum pour réchauffer l'habitacle.

– Je t'en prie. Ceinture, répondit Brad en tripatouillant pour allumer les phares maintenant qu'ils s'étaient éloignés sur lieu du délit.

Ken leva les yeux au ciel mais s'attacha quand même, entendant le gamin à l'arrière se redresser avec un soupir pour faire pareil. Il reposa sa tête sur le siège et ferma les yeux quelques secondes, juste le temps de récupérer un peu, mais une voix le rappela à l'ordre.

– Ne t'endors pas.

– Ouais, ouais...

Ils s'éloignèrent rapidement mais Brad longea quand même la route du littoral dans l'espoir d'apercevoir quelqu'un. Ken avait le nez collé à la vitre au cas où mais il n'y avait aucun mouvement sur la plage. Ils couvrirent une distance d'une dizaine de kilomètres par acquis de conscience mais Brad savait pertinemment que les courants n'auraient jamais pu les faire dériver aussi loin. Pas après avoir pris un bâtiment entier sur la tête. S'ils s'étaient retrouvés tous les trois dans le même secteur, c'était parce qu'il n'y avait plus qu'eux. Personne d'autre.