Bonjour à tou(te)s ! Me revoilà avec une nouvelle fic Star Trek... Cette fois, pas de références à Beyond, pas de scènes manquantes - nous sommes peu de temps après la destruction de Vulcain. Je voulais explorer la relation entre Jim, McCoy et Spock (évidemment !) dans leurs débuts, avec ce qu'elle comporte d'incertitudes et de tensions, mais sans délaisser cette fois le reste de l'équipage, en particulier Chekov, que j'aime beaucoup, et Uhura. L'exercice pour moi va être de varier les points de vue. Je fais référence à deux missions qui précèdent celle-ci, elles sortent complètement de ma tête, mais ceux qui ont vu la série originale reconnaîtront certains personnages que j'ai recasés (pour l'un d'entre eux, en tant que macchabée) tout en respectant, je l'espère, le canon de l'univers alternatif des films. Les titres des chapitres seront des citations tirées des films ou de la série (à vous de les retrouver). Les commentaires sont évidemment les bienvenus !

Chapitre 1 - "J'aimerais vous citer le règlement, mais je sais que vous vous contenterez de l'ignorer."

Journal de bord du capitaine, date stellaire 2258.97.

En route pour la base stellaire Xetis pour notre première permission, nous avons intercepté un message de détresse, malheureusement incomplet, émanant de la planète Adenia VII, classe M, habitée par une espèce qui commence à peine à maîtriser les vols spatiaux. Conformément aux ordres que nous avons reçus de Starfleet, nous dévions légèrement de notre trajectoire afin d'analyser la situation et d'intervenir s'il est possible de le faire sans enfreindre la Première Directive. Nous devrions arriver à Xetis avec moins de deux jours de retard sur l'horaire prévu.

Kirk s'interrompit, ouvrit la bouche, considéra pendant un instant la possibilité d'ajouter quelque chose du genre « tous les membres de l'équipage, à l'exception du commandant Spock qui se fout éperdument de prendre des vacances, sont un peu déçus de ne pouvoir gagner la base stellaire dès aujourd'hui, après un mois particulièrement éprouvant », referma la bouche et s'abstint de tout commentaire superflu. Passer sa mauvaise humeur sur l'ordinateur de bord ne servirait qu'à lui attirer des ennuis dès que le haut commandement de Starfleet prendrait connaissance de ses doléances. Il avait prêté serment – ils avaient tous prêté serment. L'Enterprise avait capté le signal de détresse, il s'agissait du seul vaisseau à proximité d'Adenia, et la situation était urgente, à en croire le demi-message que l'ordinateur leur avait traduit. Ils devaient venir en aide à la population locale avant que l'épidémie ne s'étende et ne gagne toute la planète.

Ce n'était juste pas le bon moment. Une ou deux semaines de congé après les récents événements auraient été réellement bienvenues, mais de telles considérations n'entraient pas en ligne de compte.

Que la famille de Gary Mitchell attendît sur la base stellaire l'arrivée de l'Enterprise afin de pouvoir rendre hommage au défunt ne comptait pas non plus. D'autres vies étaient en jeu. Pour un mort, deux jours de retard n'ont pas tellement d'importance, après tout.

Le capitaine s'arracha à ces pensées peu joyeuses, pianota sur les commandes situées sur le bras de son fauteuil pour valider l'enregistrement et releva la tête vers sa toujours efficace officier de communications, qui lui faisait signe.

- Oui, Lieutenant Uhura ?

- J'ai réussi à éliminer le bourdonnement sonore qui empêchait d'entendre la deuxième moitié du message, capitaine, dit-elle de sa voix la plus professionnelle, mais dans laquelle on sentait percer une certaine fatigue. L'ordinateur a traduit cette partie manquante. La langue est indéniablement proche de l'Andorien, mais il y a malgré tout des subtilités qui m'échappent.

Ce constat semblait la frustrer. Le capitaine sourit malgré lui.

- Excellent, Lieutenant. Pouvez-vous nous repasser le message reçu dans son intégralité ?

- Bien sûr, monsieur.

Jim était toujours fasciné par la façon respectueuse et même, parfois, admirative, dont Nyota lui parlait lorsqu'ils étaient sur la passerelle. Elle qui l'avait traité de tous les noms possibles durant leurs études se montrait toujours parfaitement polie durant leur temps de service, même lorsqu'il prenait des décisions qu'elle désapprouvait. En privé, elle ne se gênait pas pour le tutoyer, l'appeler par son prénom, le contredire et même parfois l'insulter (ce qui, du reste, ne le gênait pas : il avait toujours préféré la franchise à l'hypocrisie), mais leurs rapports s'étaient nettement améliorés depuis qu'ils avaient été brutalement propulsés tous deux à des postes auxquels ils n'auraient certainement pas pu prétendre dans des circonstances normales.

Le fait d'avoir vécu ensemble des circonstances pour le moins anormales les avaient peut-être également rapprochés…

La jeune femme manipula habilement les commandes situées en face d'elle et le message des Adeniens résonna immédiatement sur la passerelle.

Ceci est un SOS. Nous avons besoin d'aide urgente aux coordonnées suivantes : 45. 87. 09. 66. Si vous nous entendez, venez à notre secours. Surtout, n'allez pas ailleurs. Nous répétons les coordonnées : 45. 87. 09. 66. Peu d'entre nous avons échappé à l'épidémie qui a frappé notre ville. Notre région a été rapidement contaminée par une maladie mortelle et extrêmement contagieuse et nous redoutons qu'il en soit de même pour la plupart…

Kirk ferma les yeux pour mieux se concentrer sur la partie du message qu'ils n'avaient pu entendre auparavant.

des cités de notre planète. Nous savons que, quelque part dans l'univers, des êtres intelligents vivent, comme nous, dans l'immensité de l'espace. C'est à vous que nous nous adressons. Notre espèce est en train de mourir. Nous avons un échantillon du virus responsable de l'épidémie, mais nous ne disposons pas du matériel nécessaire pour élaborer un traitement. Si vous nous entendez, venez à notre secours. Vous êtes notre seul espoir de survie.

Un grésillement, un sifflement, puis plus rien. Jim sentait confusément que tout le monde, sur le pont, retenait son souffle. Il avait conscience du poids des regards posés sur lui et savait qu'il devait prendre une décision. Il ne s'agissait plus d'un simple problème de respect de la Première Directive. Les habitants de la planète connaissaient ou du moins soupçonnaient leur existence. Or, un premier contact n'était pas une opération à prendre à la légère. Il fallait tout d'abord décider si l'espèce qui le demandait avait atteint le degré de technologie suffisant, puis si ses principes fondamentaux étaient en accord avec ceux de la Fédération. Ensuite, même si le haut commandement décidait d'établir en effet ledit contact, il ne confiait ce genre de missions qu'aux capitaines les plus expérimentés, Jim en était parfaitement conscient. Or, l'Enterprise n'était sous sa responsabilité que depuis quatre mois, trois jours et… quelques heures. Spock, avec son obsession vulcaine de la précision, aurait probablement pu lui donner les chiffres exacts, à la virgule près, mais l'exactitude n'avait jamais intéressé James Kirk.

Certes, il avait résolu avec succès deux crises sur des planètes dont il ignorait jusqu'au nom avant de quitter la Terre, avant de se diriger, confiant, vers sa troisième mission. Le vaisseau fonctionnait parfaitement, grâce au bon soin de Scotty et de Keenser – un duo d'enfer, ces deux-là, toujours à se chamailler, mais efficaces comme une équipe de vingt hommes, couvant (parfois littéralement) les moteurs, biberonnant les réservoirs et chantant des berceuses aux capteurs de données. Pour eux, l'Enterprise était bien plus qu'un simple vaisseau, et Jim se surprenait de plus en plus souvent à penser la même chose. Il se sentait lié aux membres de son équipage plus sûrement et solidement qu'avec n'importe quel membre de sa famille, si bien qu'il en venait à douter de ses propres sentiments à leur égard, s'émerveillant qu'ils se fussent développés aussi rapidement. Il connaissait les noms et pouvait reconnaître individuellement chacun des membres, humains ou non, qui composaient le vaisseau, mais l'équipage formait un ensemble tellement soudé et cohérent que Kirk avait parfois du mal à concevoir chaque homme ou femme comme une entité à part entière.

Mais il n'était tout de même qu'un jeune homme sans expérience, et incertain sur la marche à suivre. Parfois, les décisions qu'il prenait s'avéraient désastreuses. Preuve en était leur troisième mission, qui avait tourné au désastre…

Cette fois, il ne commettrait pas la même erreur.

- Spock ? Qu'est-ce que je dois faire, à votre avis ? Si nous n'intervenons pas, une espèce entière risque de mourir.

Le Vulcain, qui s'était levé de son poste en entendant la fin du message, fit quelques pas vers le siège de son supérieur et, mains derrière le dos comme à son habitude, répondit sans hésiter :

- Capitaine, le règlement est très clair dans un cas comme celui-ci. Il ne s'agira pas d'un premier contact, comme vous semblez le craindre, mais bel et bien d'une mission de sauvetage en réponse à un message clair. De plus, il s'agit d'un petit groupes d'humanoïdes et non du représentant de leur espèce, ce qui ôte tout caractère officiel à cette rencontre.

- Donc ? demanda Jim, un peu perdu. Qu'est-ce qu'on est censés faire dans un cas comme celui-ci ?

- Le règlement conseille au vaisseau d'intervenir – sans aucune obligation et uniquement dans le cas où le capitaine estime la mission sans risque.

Kirk hocha la tête, dubitatif. Il avait compris une semaine auparavant qu'il n'existait pas de mission sans risque. Les responsabilités qui accompagnaient nécessairement le fauteuil de capitaine qu'il avait accepté avec désinvolture, presque comme un dû, l'avaient soudainement écrasé, après plusieurs mois d'insouciante euphorie.

Tout d'abord, leur première mission diplomatique, à peine trois semaines auparavant, sur Ponantis, avait failli être un désastre, et sans Bones et surtout Spock, qui l'avaient accompagné sur la planète, comme l'exigeait le protocole (qu'il avait failli négliger, avant d'être rappelé à l'ordre par son toujours zélé et minutieux premier officier), l'Enterprise aurait probablement un nouveau capitaine à l'heure qu'il était. Cependant, il ne s'était pas vraiment inquiété. Après tout, il aimait les prises de risque, et tous trois s'en étaient sortis (presque) indemnes, pourquoi ruminer le passé ? Spock avait insisté sur les procédures relatives aux équipes au sol, sur le matériel à emporter, et le capitaine avait répondu « oui, oui » sans vraiment prêter attention aux monologues « ennuyeux » du commandant.

La mort du Lieutenant Gary Mitchell, qu'il connaissait personnellement depuis son entrée à l'université de San Francisco, avait tout changé et amené le jeune homme à reconsidérer son rôle au sein du vaisseau. Comme le lui avait fait remarquer Spock, il ne s'agissait pas d'un jeu (le Vulcain, parfois, se montrait peu amène avec son supérieur et n'hésitait pas à lui dire ses quatre vérités, de sa manière froide et polie, mais toujours incisive). Un homme était mort lors de leur troisième mission, et peut-être serait-il encore vivant si Kirk avait écouté son premier officier. Peut-être. D'après McCoy, Mitchell serait probablement mort tout de même.

Cela n'empêchait pas Jim de se sentir responsable.

Voilà pourquoi il ne commettrait pas la même erreur cette fois-ci.

Le jeune homme jeta un rapide coup d'œil au plan de vol. Ils atteindraient leur destination dans moins d'un quart d'heure à présent, et les scanners pourraient alors fouiller la planète, en quête de la moindre information sur leurs mystérieux correspondants. Cela lui laissait le temps d'organiser la composition de l'équipe au sol.

- M. Sulu, je vous laisse les commandes. Appelez-moi dès que vous en saurez plus, je serai à l'infirmerie. Spock, venez avec moi.

Le Vulcain s'exécuta, comme de coutume, en silence, sans poser la moindre question. Mais à peine la porte de l'ascenseur se fut-elle refermée derrière eux qu'il lança à son supérieur un regard interrogateur.

- Pont numéro 5, énonça Kirk. Spock, je…

Il s'interrompit, embarrassé, ne sachant comment commencer une discussion dont il savait par avance qu'elle ne pouvait être que pénible.

- Avez-vous souhaité me parler en privé parce qu'il est probable que je désapprouve ce que vous avez à me dire ? demanda Spock de son habituel ton neutre.

Maudit Vulcain avec son sixième sens. Parfois, il semblait au jeune homme que le commandant de l'Enterprise n'était pas télépathe uniquement par le toucher, mais qu'il était capable de capter ses pensées rien qu'en se trouvant dans la même pièce que lui.

- Je n'ai en effet aucun doute sur le fait que vous allez désapprouver tout ce que je vais vous dire, mais ce n'est pas pour ça que je voulais vous parler seul à seul.

Il prit une profonde inspiration et lâcha sa première bombe.

- C'est moi qui vais descendre avec McCoy sur la planète.

Le sourcil droit du premier officier monta très haut et Jim, encore peu habitué aux subtilités vulcaines, se demanda distraitement si ce que Spock éprouvait, à la manière froide de son espèce, ressemblait davantage à de la surprise, de la désapprobation ou, plus simplement, de l'ennui.

- Permettez-moi de vous rappeler que, bien qu'il s'agisse de votre droit le plus strict en tant que capitaine, le règlement stipule que deux membres de la sécurité…

L'ascenseur s'arrêta dans un léger sursaut et Jim en profita pour couper ce qui allait probablement devenir une longue citation extraite du parfait petit manuel du bon officier de Starfleet.

- Je sais que ça ne saute pas aux yeux, Spock, mais je vous assure que j'ai lu ce règlement, tout comme vous.

- Ca ne… saute pas aux yeux ? répéta le premier officier.

Le capitaine poussa un soupir de frustration. Le Vulcain, lorsqu'il se heurtait à des métaphores, avait un côté obtus qui agaçait prodigieusement le jeune homme. Il était impossible que Spock, avec sa mémoire eidétique et son intelligence supérieure, ne comprît pas le sens implicite de ces images.

- Laissez tomber. Et ne me demandez pas ce que vous devez laisser tomber, ajouta-t-il rapidement.

Heureusement, le Vulcain ne releva pas.

- Puisque vous avez lu le règlement, vous devez savoir que lors de la réception d'un message de détresse tel que celui-ci, le médecin en chef du bord doit être accompagné de deux membres de la sécurité, et…

Décidément, il ne le lâcherait pas.

- Je sais, je sais, s'empressa de répondre Jim. Mais je ne veux pas renouveler le fiasco de la semaine dernière.

Il n'ajouta pas « pas alors que c'est la vie de Bones qui est en jeu cette fois », mais il le pensa si fort qu'il était impossible que le Vulcain ne l'entendît pas.

Huit jours auparavant, Mitchell s'était télétransporté sur la planète avec deux gardes. Soit malchance, soit incompétence (Jim, quoi qu'il n'en eût rien dit, pensait que les deux jeunes gens avaient tout simplement paniqué), ils n'avaient pu empêcher l'inévitable et ne s'en étaient eux-mêmes sortis que de justesse. Le capitaine avait immédiatement procédé à l'évaluation de son personnel de sécurité et s'était alors rendu compte de l'étendue de leurs lacunes et, surtout, de leur totale inexpérience. Suite à l'affaire Nero, la flotte avait été décimée, et l'Enterprise n'étant pas un vaisseau majeur (du moins pas encore), le haut commandement n'avait pas jugé utile de transférer à son bord des officiers ou, tout simplement, des hommes et des femmes expérimentés. Après tout, leurs missions se situaient dans des planètes relativement proches du territoire de la fédération.

Mais cette proximité n'empêchait pas le danger, Mitchell l'avait appris à ses dépens une semaine auparavant. Kirk devait absolument réfléchir à la façon de former les membres de son équipage, ou plutôt de les préparer à ce qui pouvait les attendre sur les planètes qu'ils allaient explorer. Il lui faudrait organiser des simulations, des entraînements, des évaluations… Ce rôle lui convenait parfaitement et il ne renâclait pas devant la tâche - mais il aurait préféré s'être rendu compte de tout cela avant de perdre un homme.

En attendant, il ne confierait pas la vie de son meilleur ami à n'importe qui.

Ce qui l'amenait à la deuxième partie de son petit discours. Spock ne pouvait manquer d'aborder le sujet, une fois certain que Jim n'en ferait qu'à sa tête et se téléporterait sur Adenia.

- Si vous insistez pour descendre avec le docteur McCoy, ajouta le Vulcain de manière prévisible, permettez-moi d'insister de mon côté pour que vous vous fassiez accompagner d'un officier expérimenté.

- C'était prévu, répondit Jim. Et c'est là que vous allez probablement désapprouver, parce que mon choix n'est clairement pas en accord avec les règlements qui vous sont si chers.

Le second sourcil alla rejoindre le premier dans une expression, cette fois, clairement inquisitrice.

- J'aimerais que vous veniez avec nous.

Voilà, c'était dit, il n'avait plus qu'à attendre le refus de Spock. Kirk avait effectivement lu le règlement (il n'était pas stupide à ce point, il l'avait évidemment lu, et plutôt deux fois qu'une, mais il y avait tant de choses à assimiler qu'il préférait, pour le moment, se reposer sur la mémoire impeccable du Vulcain) et il savait que le capitaine et le premier officier ne devaient en aucun cas s'aventurer ensemble pour une mission potentiellement dangereuse. Le vaisseau ne pouvait pas risquer de perdre à la fois ses deux officiers principaux. Jim ne voyait pas très bien comment Spock pourrait accepter une entorse si flagrante aux prescriptions de Starfleet.

Le Vulcain, cependant, ne répondit pas immédiatement. Les yeux fixés sur son supérieur, il semblait évaluer… quoi ? Sa santé mentale ? Ses capacités de résistance sur la planète ? Le sérieux de sa requête ? Jim n'en avait aucune idée. Cet examen approfondi avait quelque chose de légèrement humiliant, mais Jim le supporta sans broncher.

- Puis-je vous demander, capitaine, ce qui motive votre choix ? Le capitaine et le premier officier ne sont supposés quitter le vaisseau ensemble que lors d'une mission diplomatique.

- Pour la dernière fois, je sais. Et je suis bien content d'avoir respecté à la lettre le règlement sur Ponantis, parce que si vous n'aviez pas été avec nous, Bones et moi ne serions probablement plus là pour en parler. Ce qui m'amène à répondre à votre question : mon choix est entièrement motivé par la logique. Ça devrait vous plaire, non ? Spock, reprit-il plus sérieusement, il n'y a personne sur ce vaisseau qui soit plus apte à survivre, à se défendre et à protéger ses coéquipiers que vous. Je l'ai constaté sur le Narada, je l'ai constaté sur Ponantis. Je sais que laisser le vaisseau sans ses deux officiers principaux est un choix contestable, mais je serais beaucoup plus tranquille si vous acceptiez de venir avec nous.

- Est-ce un ordre, capitaine ?

Et voilà. On en revenait toujours à cette question. Comme si Spock ne pouvait agir qu'en fonction d'ordres et d'interdictions. Mais Jim n'avait pas l'intention d'ordonner quoi que ce soit cette fois-ci. Ce n'était pas ainsi qu'il voulait que fonctionne sa relation avec son premier officier. Tant pis si ce dernier ne le comprenait pas.

- Absolument pas, répondit-il. Je vous laisse le choix. Et si vous refusez, je vous laisse choisir la personne pour descendre avec moi. Si ce n'est pas vous, peu m'importe qui nous accompagnera. Je vous fais confiance pour trouver l'officier le plus adapté pour une telle mission.

Il y eut encore dix secondes d'un silence pesant, puis Spock fit un bref signe de tête.

- Je vous accompagne.

Kirk en croyait à peine ses oreilles.

- Rendez-vous dans la salle de transport dans un quart d'heure. Je vous laisse vous occuper du matériel. Je vais chercher McCoy.

- Bien, capitaine.

Jim regarda pensivement le Vulcain s'éloigner vers ses quartiers et se demanda pour quelle raison il avait accepté de descendre sur Adenia avec lui. Pensait-il que son capitaine était incapable de se débrouiller seul ? C'était probable (et légèrement vexant), mais le jeune homme aurait parié qu'il y avait autre chose. Certes, les Vulcains étaient connus pour leur sens du devoir, et Spock considérait probablement la protection du capitaine de l'Enterprise comme un de ses devoirs prioritaires, mais selon toute logique, il aurait dû l'envoyer (poliment, comme toujours) se faire voir et désigner un autre membre de l'équipage pour cette mission. Probablement Sulu, qui, malgré sa petite taille et ses dehors tranquilles, était un redoutable combattant au corps-à-corps.

Il secoua la tête, haussa les épaules et prit le chemin de l'infirmerie. Spéculer sur ce qui se passait dans la tête de Spock était une activité à plein temps – et du temps, il n'en avait pas énormément en réserve.

L'infirmerie était étrangement calme. L'infirmière de service – Christine Chapel – à qui il adressa son plus charmant sourire, lui expliqua qu'il trouverait le docteur McCoy dans son bureau. Ledit bureau était fermé, ce qui expliquait le silence du lieu. Mais Jim savait que dès qu'il pousserait la porte, il serait assailli par des exclamations, voire des protestations…

- Ah, tu tombes bien ! s'exclama le médecin en chef dès qu'il aperçut son capitaine. Quelle est la température déjà sur ta planète pourrie ?

Le bureau, rarement bien rangé, était dans un état indescriptible. Sur le lit d'appoint où il arrivait à Bones de dormir lorsqu'il devait faire des heures supplémentaires (ce qui, avouons-le, arrivait très souvent), un petit sac était posé, et le médecin y jetait pêle-mêle divers instruments dont Jim aurait été bien en peine de dire à quoi ils servaient. Il referma la porte pour éviter de faire profiter tout le personnel médical de leur discussion.

- Euh… Aux alentours de 17°C à l'endroit où nous allons nous téléporter. Pourquoi cette question ?

- Pour savoir si je mets mon caleçon molletonné, marmonna Bones sans daigner lui jeter un coup d'œil.

Il ajouta à son paquet quelques couvertures de survie et se figea soudain.

- Attends, attends, s'écria-t-il en fixant Jim d'un regard soupçonneux. Qu'est-ce que tu entends exactement par « nous » ?

Le jeune homme retint un soupir. Il avait bien prévu un peu de résistance de ce côté-là, mais Spock ayant accepté presque immédiatement, il s'était dit qu'avec McCoy, tout irait comme sur des roulettes.

Il s'était visiblement montré un peu trop optimiste.

- Je ne peux pas prendre le risque de t'envoyer là-bas avec deux types qui ont à peine plus que l'âge de Chekov, la force physique de Scotty et des réflexes de survie aussi peu aiguisés que les tiens.

- Tu n'exagères pas un peu ? demanda le médecin sans relever la pique de son ami.

- Bones, ils ne sont pas formés. Et tant qu'ils ne le seront pas, je n'enverrai personne prendre des risques à ma place. Encore moins mon meilleur ami.

- Je suis touché, ironisa McCoy en portant la main à son cœur, mais… tu crois que tu es mieux formé qu'eux ? Je te rappelle qu'il s'agit de ton premier vol.

- On est tous jeunes ici, le coupa Kirk avec nervosité. Tu es un des plus vieux, tu sais ça ?

- Oui, figure-toi que je le sais. Et ça ne m'enchante pas plus que toi d'avoir la responsabilité d'une bande de gamins, mais qu'est-ce que tu veux ? La moitié de la flotte a été décimée, on était là, ils avaient besoin de nous, on a dit oui… Ça n'avait pas l'air de te gêner plus que ça quand tu as accepté cette mission. Tu étais même plutôt extatique, si je me souviens bien.

- Oui, mais…

- Oui, mais Gary, compléta Leonard avec un nouveau coup d'œil perçant. C'est ça ?

Jim ne répondit pas. L'évoquer était encore douloureux – son corps était encore sur le vaisseau, là, dans la petite salle de l'infirmerie destinée à cet effet. Leur morgue. Rien que l'idée que le cadavre se trouvait si près d'eux donnait au capitaine l'envie de partir en courant.

- Ecoute, je…

McCoy se passa la main sur le visage et soupira.

- Je sais que c'est dur pour toi, parce qu'il était sous ta responsabilité, mais, tu sais, on sait tous à quoi on s'est engagés. De tels accidents sont inévitables dans le genre de missions qu'on nous confie. Ce n'est pas comme si on se baladait tranquillement dans les rues de San Francisco. On est dans l'espace, et je te rappelle que ce n'est pas exactement l'équivalent de Sunset Boulevard… Alors oui, c'est dur de voir des gens mourir, de savoir qu'ils sont morts et qu'on n'a rien pu faire pour les sauver, mais si tu n'es pas capable d'encaisser ça, alors démissionne maintenant. Parce que Gary a été le premier, mais il ne sera pas le dernier.

- Tu parles comme Spock, fit remarquer Jim amèrement.

Le premier officier lui avait tenu un discours semblable peu après « l'incident », et Kirk l'avait sans aménité viré de sa cabine, choqué par l'insensibilité du Vulcain. Mais que son meilleur ami, pourtant parfaitement humain, empathique et sensible, lui dise exactement la même chose l'incitait à reconsidérer la question. Bones était médecin. Il avait probablement vu mourir des dizaines de personnes, sans rien pouvoir faire. Sans doute, au fond de lui, ne l'acceptait-il pas. Mais ça ne l'empêchait pas de faire son travail – et de le faire remarquablement bien, d'ailleurs.

McCoy s'était rembruni à la mention du Vulcain et avait marmonné un commentaire inintelligible mais très probablement désobligeant.

- J'imagine que vous avez raison tous les deux, soupira Jim sans relever. C'est juste que… je ne veux pas qu'il t'arrive la même chose. Je ne prétends pas être meilleur que qui que ce soit, mais j'ai déjà survécu à des situations extrêmes. Je sais comment réagir dans l'urgence. Ne crois pas que je me vante, ajouta-t-il en voyant Bones froncer les sourcils. Mais je pense être plus apte à te protéger, c'est tout.

- Je ne te contredirai pas là-dessus, mais ce n'est pas ce que préconise Starfleet. Normalement, pour une mission comme celle-là, je dois descendre avec deux officiers de la sécurité.

- Non, le capitaine peut prendre la décision de se téléporter lui-même sur la planète s'il le souhaite, et d'emmener qui il veut avec lui, j'ai vérifié.

- Tu as vérifié ? ironisa McCoy. Tu veux dire que tu as demandé la permission à M. Règlement, c'est ça ?

Jim retint un nouveau soupir. Les relations entre Bones et Spock n'étaient pas spécialement chaleureuses, mais il pensait que les choses s'étaient arrangées depuis ce qui s'était passé sur Ponantis, trois semaines auparavant.

- Tu ne peux pas l'appeler par son nom ? Je t'accorde que ce surnom est plutôt moins insultant que les autres, mais… je croyais que ça allait un peu mieux ?

Il n'y eut pas de réponse. Le médecin continua de farfouiller dans ses seringues.

- Eh, Bones, je te parle ! Je te signale qu'il descend avec nous, alors s'il y a un problème, dis-le-moi tout de suite !

- Il descend avec nous ? s'étrangla McCoy. Oh, mon Dieu…

- Tu sais très bien que, de nous tous, c'est le plus apte à se battre et à protéger l'équipe au sol, fit remarquer Jim un peu sèchement. Tu peux penser ce que tu veux de Spock, mais ne remets pas en cause ses capacités.

- Loin de moi cette idée, répondit le médecin avec une sincérité non feinte. Si tu veux tout savoir, ça aurait plutôt tendance à me rassurer. Sans lui, la dernière fois…

- Alors où est le problème ? On n'a pas beaucoup de temps, crache le morceau.

Le médecin soupira et s'arrêta enfin de remuer dans tous les sens.

- Je pensais qu'on arriverait à s'entendre, mais… Je veux dire, sur Ponantis, il n'était pas... pas lui-même. On a discuté pendant que tu étais dans les vapes, tu sais. Enfin, « discuter » est un grand mot, mais… Il n'avait aucune raison de m'aider et il l'a fait. Et quand on est remontés sur le vaisseau, je pensais que… qu'on allait pouvoir partir sur de bonnes bases. Mais dès le lendemain, il est venu inspecter l'infirmerie et il a trouvé dix-neuf « irrégularités » qu'il m'a demandé de rectifier.

- Des « irrégularités » ?

Jim savait que Bones aimait bien expérimenter, et qu'il était très compétent dans sa spécialité – mais il ne ferait jamais rien de dangereux, n'est-ce-pas ?

- Eh bien oui, des irrégularités, explosa McCoy. Ce vaisseau est mal foutu, si tu veux tout savoir, alors j'ai besoin de bricoler un peu.

Jim déglutit péniblement. Son vaisseau, mal foutu ?

- Euh… Tu parles l'Enterprise, là ? Tu plaisantes ou quoi ?

- Oh, si tu te places d'un point de vue strictement humain, il est parfait, je te l'accorde. Le problème, c'est que tous les membres de l'équipage ne sont pas humains, justement. Tiens, prends Seth, Syl et Wylah, par exemple. Ils ne peuvent être traités que dans l'eau.

- Quoi ?

- Tu as parfaitement entendu. Je ne vais pas t'exposer toutes les raisons anatomiques qui font qu'il serait dangereux de les opérer à l'air libre, mais ça serait clairement dangereux. S'ils venaient à être blessés, je ne sais pas comment je pourrais faire pour les soigner. Et puis il y a Keenser, avec ses fichues sécrétions corporelles acides. Il faut bien que je recycle du matériel qui normalement n'est pas fait pour l'infirmerie, parce que sinon, les récipients en plastique, ou même en métal, fondent. Tu n'étais pas au courant ? Ils ont dû refaire certaines toilettes en catastrophe sur la demande de Scotty, parce que sinon… Bref, je te passe les détails. Donc, en effet, j'ai utilisé du matériel non réglementaire, mais je ne peux pas faire autrement. Et je ne te parle même pas de Spock lui-même, qui devrait être reconnaissant du fait que j'essaye de trouver des médicaments efficaces sur lui ! Ce type est une aberration anatomique sur pattes. Il n'y a rien de normal chez lui. Il ne supporte pas les trois quarts des médicaments efficaces pour les humains, et tout ce qui est normalement utilisé pour les espèces dont le sang est à base de cuivre ne fonctionne pas sur lui. Alors, forcément, j'expérimente. Tant que ça ne lui file que la nausée, ça va, mais quand il me fait un choc anaphylactique suite à un bête vaccin…

- Pardon ? Spock a fait quoi ? Tu comptais me le dire quand ? s'étrangla Kirk.

- Jim, tu lis les rapports médicaux que je t'envoie, des fois ?

- Evidemment que je les lis ! (Le jeune homme commençait à se sentir énervé. Ils n'auraient pas dû avoir cette discussion maintenant, à dix minutes d'une mission potentiellement problématique.) Ne prends pas ce ton avec moi.

McCoy fronça les sourcils.

- Je te parie qu'il a effacé le rapport, ou alors qu'il l'a escamoté de ton PADD.

Jim leva les yeux au ciel. Leonard était devenu fou, ou alors il était tombé dans un univers parallèle, il n'y avait pas d'autre explication.

- Pardon ? On parle bien du même Spock, là ? Le Vulcain qui ne peut pas mentir ?

Le médecin ricana.

- Oh, Spock a très bien compris la nuance entre mentir et éluder – et, crois-moi, il maîtrise ce dernier concept à la perfection. Je pense qu'il pourrait aller très loin pour que son capitaine ne se rende pas compte de ses « faiblesses ».

A la réflexion, c'était possible. Jim secoua la tête.

- C'est débile ! Je sais qu'il y a le secret médical, mais en tant que capitaine, il faut bien que je sache…

- Oui, c'est débile, l'interrompit McCoy, qui rayonnait. Je suis content de te l'entendre dire. Et, par-dessus le marché, c'est illogique. La prochaine fois qu'il viendra inspecter mon infirmerie, je lui renverrai ce coup-là dans les dents.

- Bones… commença Jim, qui commençait à vraiment perdre patience.

L'intercommunicateur émit un léger sifflement et le médecin, au lieu de répondre au capitaine, appuya sur un bouton.

- McCoy.

La voix de Sulu emplit la petite pièce.

- Docteur, le capitaine est-il avec vous ?

- Oui, il est là.

- Nous avons du nouveau, capitaine.

- On vous écoute, Sulu.

- Nous avons identifié un groupe de trois humanoïdes, situé très près de la balise qui émet le message, ce qui semble corroborer leur histoire. Il est impossible de savoir s'ils sont armés, mais en tout cas, s'ils ont des armes, elles ne sont pas technologiquement avancées.

- Une idée sur la couleur de leur sang ? demanda McCoy, toujours pragmatique.

- Impossible à déterminer, docteur. Vous ne saurez à quoi ils ressemblent et ce qu'ils ont dans le corps que lorsqu'ils seront en face de vous. En raison de la Première Directive, nous disposons de peu d'informations sur les Adeniens.

- Merci, Sulu. Je vous laisse les commandes, je descends sur Adenia avec Spock et McCoy.

Il y eut un léger silence, et Jim imagina brièvement la tête d'Uhura. Quand ils remonteraient, elle lui arracherait la tête, c'était sûr.

- Bien, capitaine. Des instructions ?

- Non, aucune. Nous ne prendrons aucun risque et en cas de problème, nous remonterons immédiatement. Vous ne devriez pas assurer l'intérim pendant très longtemps.

- Entendu, capitaine.

Jim pressa sur le bouton pour interrompre la communication et se tourna vers son ami.

- Prêt ?

- Aussi prêt qu'on peut l'être, soupira le médecin.

Il s'empara du sac qu'il venait de remplir, attrapa son tricordeur et suivit le capitaine dans le couloir qui menait en salle de téléportation, où les attendaient Scotty et Spock.

- Tout est prêt ? demanda Jim.

Pour toute réponse, le Vulcain lui tendit un petit sac et un phaseur. Il portait lui-même une sacoche similaire en bandoulière et avait fixé l'arme à son côté.

- Parfait. Scotty, vous nous téléporterez à une centaine de mètres des Adeniens, dans une zone dégagée si possible. Je ne veux pas prendre le moindre risque cette fois. En cas de problème, faites-nous remonter immédiatement, d'accord ?

- Entendu, capitaine. Le message est émis depuis la lisière d'une forêt, mais je crois préférable de vous faire descendre dans la plaine qui se situe juste à côté. Pas de rochers qui pourraient troubler le téléporteur, aucune interférence géologique, pas de signe de forme de vie potentiellement dangereuse, je ne vois pas ce qui pourrait mal se passer.

Jim hocha la tête et les trois hommes montèrent sur la plate-forme.

Il ne voyait pas non plus, mais c'était précisément le problème.

On ne voit pas ce qui pourrait mal se passer jusqu'à ce que, précisément, les choses tournent mal.