Hello ! Je sais que ça fait très longtemps que j'ai laissé tomber cette fic, mais me revoilà. Promis, je ne commence pas d'autre histoire avant d'avoir terminé celle-ci... Ce chapitre est parti d'un rêve que je fais de façon récurrente, dans lequel je sais que je ne dois pas penser à quelque chose (je vous passe les détails des conséquences), mais le simple fait de réaliser que je ne dois pas y penser m'y fait penser. C'est comme si j'écris "ne pensez pas à un éléphant", vous allez immédiatement y penser, c'est humain. (Promis, vous allez comprendre le rapport quand vous lirez le chapitre.)

Vous vouliez voir les méchants, c'est chose faite. Je ne pense pas que la scène que je décris soit vraiment choquante (j'ai hésité à écrire quelque chose de vraiment plus trash) mais bon, je vous préviens, la fin n'est pas super fun non plus. J'ai également essayé, au début de ce chapitre, de décrire ce que je pense être la relation Spock-Uhura à ce stade de la ligne temporelle du reboot (ça fait quelques mois seulement qu'ils sont dans l'espace, après la destruction de Vulcain). Je pense que ça se sent, je n'aime pas les histoires d'amour - mais la relation Spock/Nyota est juste assez atypique pour que j'aie envie d'en parler quand même un peu.

Chapitre 12 – « Nous autres humains éprouvons des centaines d'émotions imprévisibles que la logique ne peut comprendre. »

Lorsque Nyota ouvrit la porte de sa chambre et se trouva nez à nez avec Spock, aussi raide, droit et impassible que d'habitude, les pensées se bousculèrent dans son esprit à une rapidité alarmante. Se succédèrent à un rythme effréné. Et pourtant, elle les voyait défiler, comme au ralenti, devant ses yeux, comme si le temps s'était arrêté pour elle, lui laissant le loisir de les examiner une à une, de les retourner en tous sens, avant de se décider finalement et d'arrêter un plan d'action. Pourtant, il ne s'écoula pas plus de cinq secondes entre le moment où elle aperçut le visage du Vulcain et celui où elle s'effaça avec un sourire sincère pour lui permettre d'entrer.

Elle passa cependant par tous les stades allant de l'effroi le plus absolu à la détermination sans faille. Après une seconde de désespoir à l'idée qu'elle n'allait pas réussir à se ressaisir, une autre seconde lui suffit pour espérer que le « vrai Spock » eût réussi, par un moyen invraisemblable, à regagner l'Enterprise, puis à réaliser qu'une telle chose était sinon totalement impossible, du moins hautement improbable ; pendant une troisième seconde, elle se rendit compte que l'imposteur ne pouvait pas, ou plus, la tromper, car elle s'était entraînée, durant ces quatre jours, à déceler chez les « faux » humains des signes de leur altérité en coordination avec Chekov, qui lui en avait donné le conseil très spockien ; elle avait aiguisé son esprit à l'aide de la méditation la seconde suivante, elle se sentait prête à lutter, tout comme le jeune pilote avait, la veille, lutté contre les extra-terrestres lors de son entretien, et en était sorti victorieux ; et une dernière seconde lui permit de se reprendre, de sourire, de blinder son esprit, de faire comme si de rien n'était.

Elle avait élaboré un plan avec Chekov, et si jamais elle se trahissait, si jamais elle était démasquée, elle s'y tiendrait coûte que coûte.

Uhura serra le nouveau venu dans ses bras, en évitant, comme elle le faisait toujours, le contact de peau à peau. Elle l'enlaça brièvement, comme elle le faisait lorsque Spock et elle se retrouvaient après une période plus ou moins longue de séparation. Il avait besoin, elle le savait, de se préparer à un contact plus intime, de fermer ses récepteurs télépathiques – et, elle, de son côté, avait besoin de s'adapter à la froideur de sa peau.

- Je suis contente de te voir.

C'était également ce qu'elle disait habituellement lorsqu'ils se retrouvaient dans l'intimité, ni plus ni moins. Rien de trop ouvertement sentimental, pas de manifestation trop envahissante de ses émotions. (Jamais, jusqu'ici, elle n'avait réellement réfléchi à ce que ces rituels pouvaient avoir d'étrange pour deux êtres humains amoureux l'un de l'autre – de compassé, de formel, de peu intime – et pourtant, elle se sentait parfaitement à son aise avec eux.) Spock hocha gravement la tête sans rien répondre. Là encore, rien d'inhabituel. Il était ainsi. Cela ne voulait pas dire qu'il ne ressentait rien.

- Est-ce que tu as mangé ? demanda la jeune femme en s'efforçant de contrôler les battements désordonnés de son cœur.

- Oui. Et toi ?

- Moi aussi.

- Puis-je te faire un thé ?

Nyota sourit malgré elle. Le moment du thé était toujours son préféré, parce qu'il s'agissait de la façon qu'avait Spock de lui prouver qu'il… l'aimait, malgré son incapacité à prononcer ces mots. Le rituel se poursuivait, inchangé, rassurant. Spock, à un moment ou à un autre de la soirée, lui proposait toujours un thé, qu'ils fussent dans ses propres quartiers ou dans les siens à elle, où il avait laissé certaines herbes et épices. C'était son cadeau, sa façon de lui dire qu'il se souciait d'elle. Ils avaient pris cette habitude à l'université, après une journée particulièrement éprouvante au terme de laquelle il l'avait emmené chez lui et lui avait servi un thé épicé vulcain. La première fois qu'elle avait dormi chez lui, et même si les choses ne s'étaient pas terminées de la façon dont elle aurait pu l'espérer, c'était cette nuit-là que tout s'était joué entre eux.

- Bien sûr. Merci.

Il inclina de nouveau la tête et se dirigea vers le placard, où il prit sans hésiter deux boites en bois gravé. Elle le regarda faire, s'interdisant de penser à autre chose qu'à ses mains qui prenaient une pincée de menthe, saupoudraient habilement un peu de cannelle, ajoutaient du birkeen, cette herbe vulcaine dont elle raffolait…

- Kirk a fini par te laisser un moment de répit ? demanda-t-elle avec ce ton à demi affectueux, à demi agacé qu'elle prenait généralement pour parler de Jim.

- Le plus gros des réparations est achevé et le capitaine m'a fait savoir qu'il n'avait plus besoin de moi. Il m'a semblé que ma place était ici.

Uhura frissonna malgré elle, sans savoir si elle était heureuse de l'entendre prononcer ces mots, ou révulsée à l'idée qu'il ne s'agissait pas de Spock, et que sa place était n'importe où sauf ici, dans ses quartiers. Son esprit oscillait sans cesse entre l'envie de se laisser tromper, et la révulsion née de la conviction profonde qu'elle n'était pas en face du Vulcain qu'elle connaissait et aimait.

Une odeur envoûtante se répandit dans la pièce et, une minute après, la jeune femme, assise sur son lit, tenait entre ses mains un mug brûlant, exhalant une vapeur légèrement bleutée. Elle soupira de satisfaction.

- Merci. J'en avais besoin. Qu'ont donné les entretiens aujourd'hui ?

Le visage de Spock demeura parfaitement impassible, et elle ne put s'empêcher de se dire que si elle s'était trouvée en face du vrai premier officier de l'Enterprise, elle aurait su détecter sur ses traits le frémissement qui trahissait sa contrariété lorsqu'il échouait à une tâche qui lui avait été confiée (ce qui n'arrivait certes pas souvent, mais qui avait pu se produire à deux ou trois reprises).

- Nous n'avons pas découvert l'identité du ou des saboteurs, répondit-il de son habituel ton dépourvu d'émotions.

Elle se sentit respirer plus librement, mais s'obligea à hocher la tête pensivement.

- Tu sais, je peux le – ou les – comprendre, finit-elle par dire lentement, choisissant de jouer la carte de la sincérité (après tout, ce serait ce qu'elle dirait au vrai Spock, à supposer que le vrai Spock fût capable de sacrifier des milliers d'innocents sur l'ordre de son capitaine, sans même chercher à envisager une autre solution).

Il haussa un sourcil par-dessus son propre mug.

- Je veux dire, reprit Uhura, ce n'est pas une mince décision que de condamner à mort toute une espèce. Peut-être ceux qui ont saboté le vaisseau essayent-ils de chercher un remède pendant ce temps…

- Tu veux dire que tu penses que les saboteurs sont des médecins ou des infirmières ?

La jeune femme sentit son cœur s'accélérer.

- Je n'en sais rien, répondit-elle le plus calmement possible. Mais ça m'étonnerait que Leonard ne se soit pas mis au travail à peine de retour sur le vaisseau, pour essayer de trouver quelque chose pour faire reculer l'épidémie.

- Le docteur McCoy était avec nous sur Adenia. Il a vu de ses yeux les ravages de la maladie. Je suis certain qu'il est digne de confiance.

Uhura ne put retenir un petit rire amer.

- Je crois que c'est la première fois que tu dis une chose pareille.

Un des regrets de la jeune femme était que Spock et Leonard n'eussent pas réussi à s'entendre. Elle considérait le médecin en chef comme un de ses meilleurs amis, mais son attitude à l'égard du Vulcain l'avait profondément blessée. Certes, il était attentif à certaines choses qui échappaient aux observateurs les plus aguerris, et elle lui était réellement reconnaissante de garder un œil sur son petit ami aux tendances sacrificielles évidentes, mais en dehors de cette attitude médicale, il n'avait de cesse de provoquer le premier officier, oubliant qu'il était son supérieur hiérarchique et que lui-même n'avait jamais cherché à s'opposer à lui. Elle ne comprenait pas. Pourtant, quelques semaines auparavant, au retour d'une mission sur Ponantis, elle avait espéré… Et puis tout avait stupidement recommencé, cette fois parce que Spock n'avait pas pu résister à une inspection surprise de l'infirmerie. Les hurlements de Leonard, scandalisé de ce qu'il estimait être une ingérence inadmissible dans son travail, s'étaient entendus jusqu'au pont numéro 8 (en sachant que l'infirmerie se situait au cinquième niveau, c'était une belle performance).

- Le docteur McCoy est évidemment digne de confiance, ajouta le Vulcain. C'est un excellent spécialiste. Il est probablement le plus doué de tous les médecins de Starfleet.

Uhura le regarda un instant bouche bée. Ce ne pouvait pas être Spock qui avait dit cela. Ce n'est pas Spock, justement, ajouta la partie logique de son cerveau – et, en même temps, ces imposteurs avaient dû sonder les esprits du capitaine, du commandant et du médecin en chef avant de prendre leur place, comme l'avait dit Chekov. Ils savaient ce que pensaient, ressentaient les humains et le Vulcain dont ils avaient accaparé l'apparence. Ce qui signifiait que, quelque part dans l'esprit de Spock, se trouvait cette pensée.

Elle ne savait plus où se trouvait la réalité, où se trouvait l'illusion.

- Tu devrais le lui dire, tu sais, dit-elle en désespoir de cause. Histoire d'arrêter toutes ces stupides querelles entre vous.

Le premier officier haussa vers elle un sourcil désapprobateur qui signifiait quelque chose comme « je ne suis en rien responsable de la puérilité de mes coéquipiers », et elle hocha la tête avec un sourire en buvant une gorgée de thé.

Délicieux, comme d'habitude.

Spock reposa son récipient sur la table et se leva. Nyota se força à inspirer calmement.

Tu savais que ça arriverait. Tu le savais. Tu ne peux pas l'éviter.

Elle se leva également.

Ils étaient face à face. Spock tendit une main vers elle, et elle la prit, presque sans hésitation, concentrant tout son esprit sur la tendresse, la confiance, l'amour qu'elle éprouvait pour lui.

- Nyota… murmura-t-il en se penchant pour l'embrasser, selon la mode humaine cette fois.

Elle lui rendit son baiser.

Tu savais que ça arriverait.

Spock recula légèrement, rompant le contact, et la regarda avec une intensité déconcertante.

- Nyota… Sais-tu qui est responsable de ces sabotages ?

Elle ouvrit de grands yeux, comme si elle ne s'attendait absolument pas à la question – et, de fait, elle ne s'y attendait pas.

Tu es bien naïve, ma fille. Keenser, Chekov, puis Christine ont été interrogés. S'ils ne t'ont pas appelée, c'est parce qu'ils avaient un moyen plus sûr d'obtenir des informations.

- Pourquoi me demandes-tu cela ? demanda-t-elle relativement calmement.

- Parce que j'ai l'impression que tu désapprouves ce que nous sommes en train de faire.

- Désapprouver intérieurement une décision de mes supérieurs ne veut pas dire que je vais me mutiner, protesta-t-elle. Tu n'oseras pas me dire que tu es toujours d'accord avec les idées ineptes de Kirk ? Avec toutes ses idées illogiques ? ajouta-t-elle en essayant de prendre les choses avec humour.

Mais une telle ironie était perdue pour Spock et, apparemment, pour l'être qui le remplaçait.

- Je sais que tu le sais.

La jeune femme sentit de nouveau la panique s'emparer d'elle, mais elle parvint à conserver son calme.

- Je me demande bien comment tu pourrais savoir une chose pareille.

La seule manière qu'il aurait de le savoir serait d'avoir utilisé ses capacités télépathiques. Ce que Spock, le vrai, celui dont elle était amoureuse, lui avait juré de ne jamais faire. Elle savait très bien qu'il ne pouvait empêcher un certain flux de sentiments de parvenir jusqu'à lui, mais il était parfaitement capable d'ouvrir et de fermer ses canaux télépathiques à volonté lorsqu'il la prenait dans ses bras ou qu'il touchait un autre être humain (bien qu'il limitât les contacts au strict minimum, une autre source de désaccord entre le Vulcain et le médecin en chef de l'Enterprise, qui entendait mener ses examens comme il l'entendait).

Alors se produisit une chose impensable.

Spock sourit.

Pas de ce demi-sourire, si rare chez lui, qu'il lui offrait parfois, incurvant légèrement ses lèvres pour lui révéler cette petite, très petite part d'humanité qu'il s'autorisait, de temps à temps, à laisser paraître devant elle, pour lui prouver, probablement, qu'il n'était pas totalement différent d'elle. Mais un sourire… sarcastique, presque cruel, malsain.

Elle sentit sa respiration s'arrêter.

- Je pense qu'il n'est plus besoin de me mentir, à présent que j'ai eu accès à certaines de tes pensées.

- Tu m'avais promis… commença-t-elle, mais elle s'interrompit en voyant le sourire s'accentuer sur les lèvres de l'autre.

- Nyota. Je sais que tu sais qui je suis réellement. Aussi admirable que soit ta maîtrise du... Wh'ltri, elle ne peut résister à un contact physique direct.

Le jeune femme soutint son regard sans sourciller. Elle savait, depuis le début, que les choses se termineraient ainsi. Qu'elle ne pourrait pas totalement faire semblant. Qu'elle ne parviendrait pas à tromper Spock, même avec lui-même.

Elle se sentait même presque soulagée de n'avoir plus à prétendre.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle d'une voix qu'elle espérait ferme. Et que voulez-vous ?

- Qui je suis importe peu. Quant à ce que je veux, je pense que tu l'auras deviné par toi-même.

- Le pouvoir sur les hommes ? proposa-t-elle, sarcastique. Dominer l'univers ?

Il grimaça, et cette expression sur le visage de Spock était tout aussi choquante que le sourire qui l'avait précédé.

- Le pouvoir. La domination. Oui, certainement. Mais avant tout, je voulais… partir.

Cette réponse surprit Nyota.

- Partir ? répéta-t-elle.

- Je voulais quitter ma planète, explorer l'univers, découvrir d'autres mondes. Adenia est une petite planète, dont j'ai déjà fait le tour à plusieurs reprises. Les membres de mon espèce m'ennuient. Nous n'avons pas encore découvert de source d'énergie suffisante pour faire décoller les navettes spatiales que nous avons conçues. Il m'a semblé qu'appeler un vaisseau que je savais être là était la meilleure solution pour parvenir à mes fins.

- Pourquoi ne pas nous avoir tout simplement demandé de vous prendre avec nous à bord de l'Enterprise, dans ce cas ? demanda la jeune femme, troublée malgré elle par les raisons évoquées par l'usurpateur, qui ressemblaient beaucoup aux siennes (après tout, elle aussi s'était engagée dans Starfleet pour explorer l'univers et découvrir d'autres mondes). Pourquoi ne pas avoir essayé de nous contacter, de dialoguer avec nous, au lieu de prendre la place de nos officiers et de les abandonner à leur sort ?

- Probablement parce qu'il nous semblait plus facile de prendre que de demander, répondit l'Adenien sans hésiter. Nous possédons des capacités que vous n'avez pas. Il eût été stupide de ne pas utiliser notre avantage. Le pouvoir et la domination dont tu parles n'existent pas sur ma planète, pour la bonne raison que nous possédons tous des dons télépathiques et que nous ne pouvons pas contrôler nos semblables comme nous contrôlons actuellement les humains. Il n'est que logique d'asservir les espèces qui nous sont inférieures. Les humains sont pour nous ce que les primates semblent avoir été dans votre propre culture. Vous n'avez pas hésité à les mettre en cage, me semble-t-il.

Uhura déglutit péniblement. L'être en face d'elle parlait de façon parfaitement posée, réfléchie – il ne faisait aucun doute qu'il était convaincu de lui être supérieur et en droit de la soumettre à l'esclavage, ainsi que tous les autres membres de l'équipage. Depuis le début de leur mission, Leonard les avait mis en garde contre les espèces télépathes qui peuplent l'univers, et l'impression de suprématie absolue que leur conférait généralement leurs prédispositions particulières. Nyota s'était mise en colère, pensant qu'il s'agissait d'une pierre dans le jardin de Spock, une de plus dans leurs interminables querelles, et une façon de rabaisser le premier officier. A présent, elle comprenait le point de vue du praticien et, lui demandant mentalement pardon pour les paroles blessantes qu'elle lui avait alors jetées au visage, elle ressentit un coup au cœur en comprenant qu'elle ne reverrait probablement jamais Leonard, ni Jim, ni Spock, parce qu'elle venait d'échouer à conserver une façade neutre face à l'imposteur.

- Cependant, poursuivit ce dernier, je ne m'attendais pas à ce que les choses s'avèrent aussi difficiles. Nous avons encore beaucoup à apprendre sur les espèces non télépathes avant de pouvoir les contrôler totalement.

La jeune femme fronça les sourcils, devinant que les extra-terrestres s'étaient heurtés à quelque chose d'inattendu dans l'esprit des humains. Peut-être y avait-il une faille quelque part, qu'elle pourrait exploiter à son avantage ? De toute façon, plus elle en apprendrait sur les Adeniens, plus elle serait en mesure de les contrer.

- Qu'entendez-vous par là ?

- Vos sentiments sont… désordonnés. Violents. Incontrôlés. Ils brouillent sans cesse les ondes de votre cerveau, nous empêchent de lire clairement vos pensées. Pour un télépathe, il s'agit d'une caractéristique particulièrement frustrante, je dirais même épuisante. Il nous faut sans cesse nous frayer un chemin dans un labyrinthe de sentiments en désordre avant de parvenir à l'information qui nous intéresse.

Cette nouvelle était totalement inattendue, et Nyota se demanda comment elle pourrait bien s'en servir.

- Pouvez-vous percevoir les sentiments de plusieurs personnes à la fois ? demanda-t-elle.

- Mes amis et moi-même avons mis au point un amplificateur télépathique, répondit l'imposteur, visiblement ravi d'étaler sa science devant la jeune femme. Nous pouvons ainsi contrôler les esprits d'environ cent à cent cinquante humains, dont la résistance à la télépathie est voisine de zéro. Cependant, certains d'entre vous ont lutté efficacement. Je suis particulièrement impressionné par ta performance. Même en ce moment, alors que tu as peur – ne le nie pas, je sens ta peur autour de toi, comme un manteau – tu parviens à conserver un certain contrôle grâce aux techniques de méditations que t'a enseignées ton petit ami vulcain. Je ne peux percevoir tes intentions, parce que tu les dissimules adroitement, mais je sais que tu es en train d'analyser les bribes d'information que je viens de te fournir sur la façon dont fonctionnent nos esprits afin de trouver une faille. Je respecte ce courage, mais il est vain. Il n'existe pas de faille dans notre plan. A cette distance, il est vrai que tes émotions perturbent la vision que j'ai de ton esprit, mais dès que je te toucherai à nouveau…

Spock tendit la main vers elle et elle fit deux pas rapides en arrière, cherchant désespérément une façon de s'en sortir. Son cœur battait à grands coups dans sa poitrine et le sang qui pulsait dans ses oreilles l'empêchait de percevoir clairement les sons autour d'elle. Elle ne voulait pas que cet être la touche. Elle ne voulait pas être celle par qui la défaite arriverait.

- Nyota, reprit l'Adenien en la regardant fixement, toute résistance est inutile. Cependant, je te l'ai déjà dit, ta détermination me plaît. J'étais déjà particulièrement heureux d'avoir hérité de l'esprit de ton compagnon, beaucoup plus facile à lire et à comprendre que ceux des humains, beaucoup plus proche du nôtre, et tellement plus discipliné. Mais savoir que j'ai, en empruntant sa forme physique, gagné le droit de te posséder…

Il n'acheva pas sa phrase, mais lui jeta un regard qu'elle n'aurait jamais pensé pouvoir voir apparaître dans les yeux de Spock. Elle frissonna malgré elle.

- Vous n'avez aucun droit sur moi, répondit-elle d'une voix coupante.

- Mais si, répondit l'imposteur qui visiblement s'amusait beaucoup de ce dialogue. Tu es bien trop amoureuse de ton Vulcain pour ne pas te laisser fléchir d'une manière ou d'une autre. J'ai pour te persuader des moyens que tu n'imagines pas.

La jeune femme se raidit, en proie à la panique la plus totale, incapable de penser convenablement. Bien sûr, il avait à sa disposition des méthodes qu'elle ne pouvait concevoir, et dès qu'il n'aurait plus à maintenir sous sa coupe un tiers de l'équipage et pourrait se concentrer sur son seul esprit, Dieu seul, s'il existait, savait ce qu'il pourrait lui faire…

- Mais nous verrons cela plus tard, ajouta l'Adenien. Ce n'est pas ce qui m'intéresse pour le moment. Ce qui m'intéresse…

Il se projeta en avant avec une vitesse inimaginable et ses doigts de fer se refermèrent sur le poignet de Nyota, qui, haletante, le cœur au bord des lèvres, tenta de se débattre, mais sans succès.

- Je suis plus fort que toi, sous cette forme ou sous ma véritable apparence. Qu'espères-tu réussir à faire ? Qu'espérais-tu pouvoir me cacher ? N'avais-tu pas réfléchi à ce moment ? Ne savais-tu pas qu'il arriverait fatalement ?

Bien sûr, elle y avait réfléchi, bien sûr, elle savait qu'elle se retrouverait à un moment donné seule avec Spock, mais elle avait refusé d'accepter la défaite, elle avait cru que sa maîtrise du Wh'ltri parviendrait à contrer la force télépathique des usurpateurs…

- Tu es bien naïve, susurra le faux Spock dans le creux de son oreille, et elle tressaillit de dégoût de le sentir si proche. Il ne me reste maintenant qu'à aller chercher dans ton esprit ce que je souhaite. Il me suffira de quelques mots pour connaître l'identité des saboteurs. Il me suffira de dire « ne pense pas à tes complices »… pour que tu y penses.

Nyota avait, durant ces trois derniers jours, passé beaucoup de temps avec Chekov à élaborer un plan d'action au cas où l'un d'entre eux soit démasqué, pratiquant sans relâche la méditation vulcaine et utilisant des techniques que le jeune Russe connaissait théoriquement afin de changer certaines associations d'idées inconscientes. Ils avaient lié les mots « complices » et « associés » à des visages totalement neutres provenant de leur passé, de telle sorte que la phrase prononcée par l'Adenien éveilla immédiatement dans l'esprit d'Uhura l'image de son oncle Bakari et de son amie Gaila, qui n'avaient jamais mis les pieds sur l'Enterprise. En même temps, forte de ce qu'elle venait d'apprendre, elle ne chercha pas à réprimer la peur intense qu'elle éprouvait, de même qu'elle laissa libre cours à son mépris pour les imposteurs et à son affection pour les membres de l'équipage, espérant que ce flot de sentiments ajouterait à la confusion de son esprit.

Le sourire s'effaça lentement du visage de Spock.

- Pas mal, finit-il par concéder en lui lâchant le poignet. Mais insuffisant.

Le silence s'abattit entre eux. Il ne cherchait plus à la toucher et semblait même totalement se désintéresser d'elle, se contentant de la suivre paresseusement des yeux lorsqu'elle fit quelques pas en direction de son lit. Son arme de service était accrochée au mur, non loin de là…

La porte de sa chambre s'ouvrit dans un chuintement et les deux silhouettes qui se dessinèrent sur le seuil glacèrent le sang dans ses veines. Jouant le tout pour le tout, elle se précipita vers son phaseur, mais Kirk et McCoy furent plus rapides qu'elle et s'emparèrent chacun d'un de ses bras, sans un mot, sans un geste inutile. Ainsi solidement maintenue, elle fut retournée comme une marionnette vers le faux Spock, dont le visage impassible ne laissait rien filtrer.

Le silence retomba dans la petite pièce, et Nyota comprit que les trois Adeniens étaient en train de communiquer par ondes télépathiques, de s'accorder sur un plan, d'élaborer un stratagème pour fouiller son esprit de façon efficace. La vue de ces trois visages immobiles, fixes, comme morts, à la place des traits animés de ses amis, du calme vulcain de Spock, l'emplit d'un effroi inexplicable. Ils se parlaient, elle le savait, le sentait, et ne pas savoir ce qu'ils avaient l'intention de faire alors qu'ils étaient en train de se mettre d'accord à son sujet la faisait malgré elle se sentir inférieure, si ridiculement inférieure, avec ses espoirs futiles de parvenir à sauver l'Enterprise, comme si elle avait jamais été de taille à lutter contre eux…

Elle se ressaisit rapidement, consciente que ces idées qui l'envahissaient ne provenaient pas d'elle mais de ces êtres qui la maintenaient immobiles, contraignant son esprit après avoir contraint son corps.

Qui sont tes complices ?

Les mots n'avaient pas été prononcés, mais la question résonnait dans sa tête. De nouveau, elle convoqua le visage de Gaila et celui de son oncle, mais elle sentait en même temps la panique envahir totalement son esprit, à mesure que le faux Spock se rapprochait d'elle. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques centimètres, il leva la main et la posa sur sa gorge. Elle essaya de se débattre, rua, donna des coups de pied, hurla, mais la main descendit légèrement vers sa poitrine.

- La peur est un sentiment à double tranchant, murmura l'Adenien en approchant la bouche de son oreille, si proche qu'elle sentit son souffle. Tu peux t'en servir pour masquer tes pensées, mais elle risque également de te faire perdre le contrôle sur ton esprit. Ne pense pas à tes complices, Nyota, n'y pense surtout pas.

La main de l'imposteur glissa insensiblement le long de sa peau – et c'était la main de Spock, et en même temps la main d'un autre…

- Il y a des avantages à être à moitié humain après tout, ironisa l'imposteur avec un sourire à la fois lubrique et cruel. Les femmes de notre espèce n'ont pas la peau si douce.

Uhura laissa malgré elle échapper un sanglot.

Tiens-t'en au plan, tiens-t'en au plan.

- Quel est ce plan, Nyota ? susurra la voix, tout contre son cou. Je t'écoute.

Elle ne s'abaisserait pas à supplier cet ersatz d'individu qui croyait la posséder, décida-t-elle en refoulant ses larmes. Elle n'ajouterait rien, et s'ils voulaient des informations, il faudrait les lui arracher de force.

- Crois-moi, rien ne me ferait davantage plaisir.

L'usurpateur se pencha un peu plus vers elle et posa les lèvres sur les siennes.

Elle ne se débattit pas, ne résista pas, mais garda obstinément la bouche close.

Et maintenant, Nyota, ne pense pas à tes complices.

Une corde tendue dans son esprit claqua brusquement, comme si sa volonté s'était soudainement distendue, pressée de toutes parts qu'elle était par les trois extra-terrestres, et le visage de Keenser apparut dans son esprit, alors qu'elle concentrait toutes ses forces pour refuser le baiser que le faux Spock essayait de lui extorquer. Ce dernier rejeta sa tête en arrière avec un rictus de triomphe qui sembla presque obscène à Nyota.

Bien. Très bien. Tu vois que ce n'était pas si compliqué. Et puis ?

Un nouveau sanglot involontaire lui souleva la poitrine et elle cracha au visage de son interlocuteur. Pendant un instant, l'Adenien demeura stupéfait, pétrifié, puis il la lâcha, fit un pas en arrière et frappa le visage de la jeune femme de toutes ses forces. Le coup entama la pommette et elle sentit immédiatement le sang couler sur sa joue. A demi sonnée, elle aperçut dans un brouillard le visage du Vulcain, qui la regardait comme s'il avait envie de la tuer, et elle réalisa avec horreur que c'était Spock qui venait de la frapper.

Ton petit ami vulcain ne sait pas se faire respecter, mais je vais y remédier.

La voix – ou la pensée, ou la chose répugnante qui avait pris possession dans son esprit résonna à lui faire mal, froide, chargée de mépris et de dégoût, et de nouveau les larmes lui montèrent aux yeux.

Ne pense pas à tes complices.

Son esprit ne fonctionnait plus correctement. A un moment, elle avait quitté le Wh'ltri et sentait à nouveau sa conscience à nu, pressée de toutes parts par l'esprit de Spock, non, de l'Adenien en face d'elle, incapable de lutter. Le visage de Christine s'imposa à elle, et elle sentit les trois extra-terrestres frémir d'excitation autour d'elle, comme si elle confirmait leurs soupçons

Et puis ?

- Et puis c'est tout, murmura-t-elle, accablée.

Un deuxième coup atteignit la jeune femme en plein visage, et sa tête retomba sur son épaule. Incapable de se redresser, le souffle court, une douleur insupportable lui vrillant les tempes, elle trouva la force de répéter :

- C'est tout.

En face d'elle, l'usurpateur se redressa.

C'est ce qui se passe quand on me résiste.

Une onde de souffrance lui traversa le corps et elle serait tombée à genoux sous la force de la douleur si les deux autres aliens ne l'avaient pas retenue par les bras.

N'oublie jamais que je n'ai pas besoin de te frapper pour te faire souffrir.

Suffoquant, peinant à retrouver sa respiration, elle se laissa traîner, tirer, pousser, ballotter le long des couloirs de l'Enterprise, jusqu'à ce que les quatre mains qui jusqu'ici la maintenaient fermement prisonnière la relâchent. Aussitôt, elle se laissa tomber à terre, et reçut un coup de pied dans les côtes qui la fit gémir de douleur.

Je m'occuperai de toi plus tard.

La voix sonnait presque comme une promesse, plus que comme une menace, et Uhura se sentit salie, souillée, rien qu'en entendant ces mots.

Une dernière chose : je sais que tu espères encore que ton compagnon et tes amis viennent te sauver. N'espère plus. Ils sont morts tous les trois.

Une porte se referma dans un sifflement.

Puis le silence, le silence autour d'elle et en elle – un silence merveilleux.

Elle ouvrit les yeux. Ils l'avaient enfermée dans une des petites cellules du vaisseau aux murs d'un blanc immaculé, totalement hermétique, avec une vitre qui la séparait de ses gardiens – en l'occurrence, Hernandez et Fredericksen, deux membres de la sécurité, plutôt sympathiques, qui la regardaient à présent avec dédain.

Les humains sont pour nous ce que les primates semblent avoir été dans votre propre culture. Vous n'avez pas hésité à les mettre en cage, me semble-t-il.

Elle se redressa, essuya le sang mêlé de larmes qui coulait sur sa joues et s'assit aussi dignement que possible sur le petit banc prévu à cet effet.

Chekov est encore libre, pensa-t-elle. Je ne l'ai pas trahi.

Mais même cette pensée n'était guère réconfortante : que pouvait faire un humain inexpérimenté de dix-huit ans face aux trois imposteurs qui avaient pris la place de leurs officiers supérieurs ? Le plan qu'elle avait élaboré était stupide, totalement stupide. Laisser l'un d'entre eux libre, faire croire aux Adeniens qu'ils avaient démasqué tous les mutins – à quoi bon ? Chekov ne pouvait rien faire, et, sur la planète, Jim, Leonard et Spock étaient probablement morts.

Elle referma les yeux.