Hello ! Voilà la suite, dont je ne suis pas pleinement satisfaite, mais j'en ai marre de remanier et remanier encore, j'ai l'impression d'empirer les choses, donc je poste, comme ça je ne serai plus tentée de bidouiller. Tout le monde est de retour sur le vaisseau, mais ce n'est pas pour autant que tout va bien... Le pseudo cliffhanger est, comme d'habitude, totalement gratuit. Bonne lecture et, je l'espère, à très bientôt.

Chapitre 14 – « Capitaine, vous me feriez presque croire à la chance. – M. Spock, vous me feriez presque croire aux miracles… »

Preuve que Jim n'était pas un imbécile complet – ou qu'une divinité quelconque avait enfin eu pitié de ses efforts pour regagner son vaisseau – la navette décolla sans heurt et sortit sans dommage de l'atmosphère d'Adenia. Les instructions de Spock, transmises efficacement par Val'Mere, s'étaient avérées des compléments à son travail plutôt que des corrections (ce dont il n'était pas peu fier – Bones et Nyota lui avaient trop souvent reproché de ne pas écouter en cours, mais en fait, il n'était pas cancre à ce point et il pouvait enfin le démontrer), et les cristaux de dilithium avaient rempli leur office. Scotty aurait été fier d'eux s'il les avait vus à l'œuvre.

Mais pour l'instant, Scotty était en train d'effectuer des réparations sur des torpilles à protons afin d'éradiquer toute forme de vie sur la planète, et s'ils ne se dépêchaient pas de regagner le vaisseau, il n'y aurait plus personne sur la planète qu'ils venaient de quitter pour chanter leurs exploits.

Le regard du jeune homme se posa sur les neuf Adeniens qui les accompagnaient dans leur mission suicidaire. Le visage impassible, selon leur habitude, ils avaient fermé les yeux afin de se concentrer mentalement avant l'épreuve à venir. An'Thil et Val'Mere faisaient partie de l'expédition, mais les autres membres du conseil ne les accompagnaient pas : la population avait choisi ses représentants parmi les meilleurs télépathes, après un vote silencieux qui ne leur avait pas pris une demi-heure. Jim était impressionné par ce système, et encore plus par le fait que personne ne s'était opposé au choix final (ou alors, si qui que ce soit avait protesté, ç'avait été dans l'intimité de l'esprit des Adeniens, et les trois humains / Vulcain présents à la cérémonie n'en avaient rien su).

Il tourna légèrement la tête vers Bones, qui se mordillait nerveusement l'ongle du pouce gauche tout en jetant de fréquents coups d'œil pas très discrets vers Spock, assis à côté de lui. Les récents événements avaient, semblait-il, totalement modifié leurs rapports à tous les trois. S'ils survivaient à cette aventure, il leur faudrait probablement remettre les choses à plat. Le capitaine n'avait pas eu le temps (ni, il faut l'avouer, le courage) de s'excuser auprès du médecin, après leur dispute au sortir de la forêt, un peu plus de vingt-quatre heures auparavant, mais McCoy semblait être revenu à de meilleures dispositions à son égard, et, chose plus surprenante, à l'égard de Spock. Que le praticien fût une mère poule lorsqu'il s'agissait de ses patients, Jim le savait cependant, il n'aurait pas parié sur la sollicitude patiente et inquiète avec laquelle il s'occupait du Vulcain depuis qu'ils l'avaient retrouvé avec cette infecte plante poussant au milieu de ses organes. Cela ne signifiait pas qu'ils allaient mieux s'entendre par la suite, mais peut-être pouvait-il espérer une diminution des insultes et des engueulades quotidiennes entre son médecin en chef et son premier officier ?

Cela, si Spock survivait, bien sûr, et s'ils arrivaient à temps pour empêcher les imposteurs adeniens de détruire leur propre planète, et s'ils parvenaient à reprendre le contrôle du vaisseau sans subir de pertes. Ce qui faisait beaucoup de si, il fallait bien l'admettre.

Le capitaine déglutit péniblement et força son esprit à emprunter des chemins plus optimistes. Ils avaient adapté la navette en un temps record, réussi à faire passer à Chekov un message en morse-Vulcain (à quoi cela ressemblait, il ne voulait pas le savoir Bones avait apparemment galéré pour le traduire), et obtenu une brève réponse. Enfin, pour finir, les Adeniens avaient offert à Spock, en grande pompe (mais toujours sans émettre un son ni laisser ne serait-ce que frémir un seul muscle de leur visage) une sorte d'étrange fruit cabossé, d'un orange soutenu, plutôt laid. Selon Val'Mere, il s'agissait d'une baie sacrée, qui ne poussait que rarement, dans des circonstances précises, et qu'ils utilisaient dans des cérémonies religieuses sur lesquelles elle s'était montrée volontairement vague. Tout ce que le jeune homme avait compris était qu'ils faisaient au Vulcain un grand honneur en lui offrant ce fruit qui, selon la guérisseuse, devait augmenter sa force physique et mentale pour un temps indéterminé, lui permettant de bouger et de parler à sa guise malgré la plante qui ne cessait de croître en lui. Quatre des Adeniens qui étaient montés à bord de la navette avaient également reçu et avalé une de ces baies. Jim avait noté, sans le faire remarquer à voix haute, qu'il s'agissait des quatre individus les plus jeunes.

- Ces fruits ne sont utilisés que dans des circonstances exceptionnelles, avait expliqué Val'Mere pour les trois nouveaux venus, mais il nous a semblé que si cette situation n'était pas désespérée, alors aucune ne le serait jamais. Nous possédions cinq baies, et les avons offertes à ceux qui nous semblaient en avoir davantage besoin. La cérémonie n'a pas été conduite de façon appropriée, mais je pense que les dieux ne nous en tiendront pas rigueur. Nous avons décidé d'offrir une des baies à Spock, afin qu'il puisse lui aussi venir en aide à ceux qu'il aime.

McCoy n'avait étonnamment fait aucun commentaire sur le dernier mot employé par la guérisseuse (quelque chose du genre « les Vulcains sont incapables d'aimer »). Il avait en revanche fait remarquer, l'air préoccupé, qu'il ne remettait pas en cause leur forme de religion, mais qu'ils ne savaient pas quel effet le fruit sacré aurait sur Spock, ce dernier n'étant pas constitué comme les Adeniens. Après tout, l'unicité de son anatomie apportait souvent des complications… Val'Mere avait répondu en souriant (la première fois qu'ils la voyaient bouger les muscles de son visage), et ce sourire éclatant avait illuminé toute la pièce par sa chaleur et son rayonnement.

- Ne vous inquiétez pas, Leonard, s'était-elle contentée de dire.

Mais il était clair que maintenant, le médecin s'inquiétait, comme en témoignaient les regards qu'il jetait à la dérobée vers son patient. Spock était assis, parfaitement droit, hiératique, immobile, probablement en train de se concentrer comme les Adeniens, les yeux clos. Pour l'instant du moins, la baie offerte par Val'Mere n'avait que des effets positifs.

- Arrête de t'en faire, murmura Jim à l'oreille de son ami.

- Tu es marrant, répondit McCoy sur le même ton, entre ses dents serrées. On est en train de s'embarquer dans une mission désespérée, à douze contre quatre cents, on va probablement tous y passer dans moins d'une heure, même si Spock a l'air d'aller mieux, il faut absolument l'opérer le plus rapidement possible, et… et… et je déteste cette navette, acheva-t-il en fermant les yeux à son tour.

Le capitaine remarqua alors la main droite de Leonard, crispées sur l'accoudoir de son fauteuil. Il avait oublié, dans les préoccupations un peu plus urgentes qui l'avaient assailli depuis qu'ils avaient posé le pied sur Adenia, que le médecin en chef avait de sérieuses tendances à la claustrophobie. Dans un irrésistible élan d'affection pour son meilleur ami, il lui prit la main et la serra brièvement dans la sienne. Bones ouvrit immédiatement les paupières et le regarda comme s'il lui était poussé une deuxième tête.

Puis l'Enterprise apparut sur les écrans de contrôle de la navette.

Jim sentit un frisson le parcourir de la tête aux pieds. Comment la simple vue d'un vaisseau spatial pouvait-elle l'émouvoir autant ? Lui qui se vantait, quelques mois plus tôt, de n'avoir aucune attache nulle part, comment pouvait-il se sentir à ce point lié par cette carcasse de métal et les individus qui s'y trouvaient ?

- Jim, tu es en train de me broyer la main, se plaignit McCoy.

- Oh. Désolé.

Le jeune homme lâcha les doigts de son ami et se leva pour s'approcher des deux pilotes, qui s'occupaient de diriger la navette à la fois manuellement et, semblait-il, par la pensée, ce qui n'avait pas dû rassurer le médecin lorsqu'il l'avait appris.

- Le hangar X-12 se trouve à droite. Vous le voyez ?

Les Adeniens ne répondirent rien, ne bougèrent pas, mais Jim sentit leur présence discrète dans son esprit, lui demandant de les guider. Il se concentra alors sur leur trajet. La navette vira sur le côté.

- Maintenant, grommela Bones, il ne reste plus qu'à espérer que Chekov a réussi à ouvrir la porte. Sinon…

Il n'acheva pas et recommença à se ronger les ongles. De son côté, Kirk sentait une sueur froide lui couler le long du dos. Spock n'avait pas bougé d'un iota, mais Jim le soupçonnait d'être aussi tendu que les deux humains qui l'accompagnaient. Le hangar X-12 apparut brusquement derrière la deuxième nacelle.

La porte était ouverte.

- Promis, si on s'en sort, je recommande Chekov pour la médaille du mérite spécial de Starfleet, murmura le jeune homme, hypnotisé par cette ouverture sombre qui béait sur le côté droit du vaisseau.

Deux minutes après, la navette se posait sans encombre dans le hangar, dont la porte se referma presque immédiatement derrière eux. Jim fut le premier à sortir, phaseur au poing, immédiatement suivi par Spock. Tous deux baissèrent leurs armes en apercevant la silhouette de Chekov, qui se dessinait sur l'ouverture du sas.

- Capitaine ! Commandant !

L'angoisse que le capitaine lut dans les yeux du jeune pilote lui rappela alors que Chekov était le plus jeune membre de l'équipage, et qu'il venait probablement de passer par un des plus sales moments de sa vie. Il lui sourit, incapable d'articuler un mot, mais contre tout attente, ce fut Spock qui parla le premier. Il prononça quelques mots en Vulcain, sur son habituel ton dépourvu d'émotions, qui firent rougir Chekov jusqu'aux oreilles. Jim en déduisit que le premier officier, plutôt avare en compliments d'ordinaire, venait de lui en servir un particulièrement gratifiant.

- Capitaine, quel est votre plan ? demanda le jeune homme qui ouvrait de grands yeux à la vue des extra-terrestres qui descendaient du vaisseau. Six d'entre nous sont enfermés car ils étaient insensibles, comme moi, au changement d'ondes que les Adeniens ont pratiqué sur nous. Si nous les délivrions…

- C'était notre intention, répondit Jim. Tout le monde à la sécurité comme convenu, avant de nous séparer. An'Thil, vous savez ce que vous avez à faire.

A ces mots, les Adeniens revêtirent une apparence humaine afin de passer inaperçus dans les couloirs de l'Enterprise. Le jeune Russe cligna des paupières, déglutit ostensiblement, mais ne dit rien. Spock vint se placer à la droite du capitaine, McCoy à sa gauche, et le petit cortège, étrangement mené par Chekov, se dirigea vers les cachots.

- Capitaine, je voudrais… commença le Vulcain, mais Jim ne le laissa pas terminer.

- On ne revient pas là-dessus, Spock. On s'est mis d'accord sur Adenia, je vais sur la passerelle avec Chekov, vous allez à l'infirmerie avec McCoy. Ce n'est pas négociable.

- Capitaine, tenta de nouveau le premier officier, mon rôle à bord du vaisseau…

- Est de me protéger, je sais. Mais le règlement, en ce moment, je n'en ai rien à faire. Donc, vous allez avec McCoy, c'est un ordre. Entendu, commandant ?

Le Vulcain se raidit comme s'il allait se mettre au garde-à-vous, et n'ajouta pas un mot, mais la ligne de ses lèvres indiquait toute sa désapprobation. Et Dieu savant que Jim eût lui aussi préféré être accompagné de Spock pour leur probable combat sur la passerelle, mais il fallait également neutraliser le faux McCoy, et plus le Vulcain serait proche de l'infirmerie lorsque le kumquat adenien cesserait de faire effet, plus il aurait de chance d'en réchapper.

Ils croisèrent au hasard des couloirs plusieurs membres de l'équipage, qui les regardèrent passer avec incrédulité, et même avec inquiétude. Il faut avouer que voir le capitaine et le premier officier entourés d'une équipe de sécurité se diriger rapidement vers un endroit précis du vaisseau est rarement un bon signe. L'un d'entre eux demanda à Chekov ce qui se passait, mais ce dernier ne lui répondit pas, ce qui était probablement prudent. Jim se demandait si les usurpateurs pouvaient « sentir » leurs esprits à distance. An'Thil lui avait expliqué que les Adeniens s'emploieraient à dissimuler toute trace mentale de leur présence, mais qu'en était-il des humains et du Vulcain montés à bord ?

Il laissa cette question en suspens pour l'instant. S'ils étaient repérés, ils le sauraient bien assez tôt. Chaque chose en son temps.

Ils parvinrent aux cachots sans encombre. La porte principale n'était gardée que par deux sentinelles, que Jim endormit prudemment d'un léger coup de phaseur avant de pénétrer dans les quartiers de sécurité. Jetant un coup d'œil, il aperçut Christine Chapel dans une cellule, Nyota dans une autre, Keenser dans une troisième, et les trois Ranniens dans la plus proche de la porte. Seth, Wylah et Syl, assis par terre, levèrent la tête à leur entrée, et Kirk poussa un cri de détresse, horrifié par les marques sombres qui s'étendaient sur le visage de son lieutenant et de ses deux enseignes. Il se précipita dans leur cellule, laissant Chekov, Bones et Spock s'occuper des trois autres.

- Capitaine ! s'écria Syl.

Son visage meurtri rayonnait et elle tendit vers Kirk une main tremblante qu'il saisit immédiatement.

- Qu'est-ce qu'ils vous ont fait ? demanda-t-il, vibrant de colère, en effleurant de ses doigts une meurtrissure sur la joue de la jeune enseigne.

Tout Adeniens et télépathes qu'ils fussent, ces trois bâtards qui avaient osé s'attaquer à son équipage allaient passer un sale quart d'heure.

- Ce n'est rien, capitaine, répondit Wylah, qui avait l'air le moins amoché des trois. L'essentiel est que…

Un hurlement à glacer le sang l'interrompit et Jim sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. Sans lâcher la main de Syl, il se retourna. Dans la cellule en face de celle des Ranniens se trouvait Chapel, recroquevillée dans un coin. McCoy s'était agenouillé auprès d'elle, mais le cri de terreur provenant de la cellule voisine l'avait également fait se retourner, l'angoisse inscrite clairement sur son visage. Parce que tous deux connaissaient très bien cette voix. Et ils ne voulaient plus jamais l'entendre hurler de la sorte.

Uhura, plaquée contre le mur, regardait Spock comme si ce dernier, au lieu de la libérer, était venu l'assassiner. Le Vulcain, après avoir ouvert la porte vitrée, avait fait deux pas vers elle et s'était arrêté, pétrifié, en entendant le hurlement d'effroi que la jeune femme avait poussé en le voyant. Jim ne pouvait pas apercevoir le visage de Spock, car ce dernier lui tournait le dos, mais il voyait très clairement le regard de pure terreur que lui lançait Nyota, comme si son petit ami allait la frapper, ou pire encore…

Dans le couloir entre les deux rangées de cellules, les Adeniens semblaient se consulter, à en juger par les frémissements et les cliquetis de leurs antennes.

- Jim, déclara An'Thil, les deux humaines ne sont pas en état de nous aider. Leur esprit a été… endommagé.

- Endommagé ? balbutia le capitaine.

Il ne parvenait pas à bouger, pas plus que McCoy ou Spock, et il fut reconnaissant à Syl de lui avoir donné la main, car il puisait dans ce contact physique le courage dont il avait besoin, maintenant plus que jamais. Il était capitaine. Il se devait d'être fort. Il devait prendre une décision. Il devait…

- Qu'est-ce qui s'est passé ici ? demanda Bones.

- Chapel, Keenser et Uhura ont trompé les imposteurs pendant plusieurs jours et semé la pagaille à bord du vaisseau, répondit Seth à voix basse. Les Adeniens le leur ont fait payer. Pour nous trois et pour Keenser, ils ne peuvent atteindre notre esprit. Ils se sont donc contentés de nous frapper. Mais…

La vitre qui séparait la cellule du couloir se referma dans un chuintement, coupant court à l'explication du Rannien. Jim se précipita, mais trop tard, vers le verre poli qui le séparait à présent des Adeniens, restés dans le corridor principal des quartiers sécurisés.

A l'entrée des cachots se tenait Spock. Kirk avait beau savoir qu'il ne s'agissait pas de Spock, pas vraiment, il lui était cependant impossible de le différencier de son premier officier. Les mains derrière le dos, dans une posture militaire irréprochable, il enveloppait du regard les neuf télépathes, qui, sitôt conscients de sa présence, s'étaient rassemblés derrière An'Thil. Ainsi pressés les uns contre les autres, tournés comme un seul homme vers l'imposteur, ils formaient une sorte de losange, et Jim se demanda si cette position leur permettait de mieux communiquer, ou avait une quelconque signification. Il attendait que l'un d'entre eux ne rompe le silence, avant de se rendre compte qu'ils étaient probablement déjà en train de parler, peut-être même de s'affronter mentalement, le jeune homme n'avait aucun moyen de le savoir. Etre ainsi enfermé, impuissant, derrière une vitre indestructible, sans être en mesure non seulement de venir en aide à ses alliés, mais même de comprendre la scène qui se jouait sous ses yeux, avait de quoi rendre fou. Dans les deux cellules de l'autre côté du couloir, il aperçut McCoy et Spock – le vrai Spock – enfermés tout comme lui, le front collé au verre. Il ne pouvait que supposer que Chekov, allé délivrer Keenser, faisait de même dans le cachot voisin du sien.

Ils s'étaient laissés piéger comme des débutants – à moins que la chance ne les eût tout simplement abandonnés. Le faux Spock était seul, et ne semblait pas spécialement s'attendre à leur présence ici. Peut-être était-il simplement venu voir les prisonniers au mauvais moment.

Environ une minute s'écoula dans un silence et une immobilité absolues, qui mirent les nerfs de Jim à rude épreuve. D'un côté, les Adeniens, parfaitement impassibles, et de l'autre Spock, dont le visage était agité de contractions nerveuses, comme s'il lui était impossible, dans cette lutte mentale acharnée, de contrôler les muscles faciaux de celui dont il avait pris l'apparence, et même de maintenir totalement ladite apparence. En effet, Jim avait l'impression de voir, par instants, ses traits se brouiller, et apparaître, derrière le visage du premier officier, celui, blanchâtre et oblong, de l'alien qu'il était réellement. La lumière vacilla soudain et s'éteignit dans un claquement qui fit sursauter le jeune homme (et Bones en face de lui). Un son à la limite de l'audition humaine s'éleva dans le corridor. La lumière revint, tremblota de nouveau, et des éclairs d'électricité statique se formèrent au-dessus du petit groupe d'Adeniens. Jim se surprit à espérer que le formidable duel qui s'était engagé finirait, en faisant totalement sauter l'électricité du quartier de la sécurité, par ouvrir les portes vitrées derrière lesquelles ils étaient enfermés.

Après cinq minutes environ de ce combat muet et selon toute apparence épuisant pour les deux parties, le faux Spock vacilla, fit un pas en arrière et prit une inspiration tremblante. En face de lui, An'Thil ferma les yeux, comme pour rassembler toute sa concentration, et les Adeniens, sans avancer, poussèrent davantage leur attaque – Jim perçut presque leurs ondes télépathiques qui pénétraient celles de leur adversaire, le forçant à reculer, à reculer encore. Haletant, il porta une main à sa poitrine, visiblement à bout de souffle, puis à son ventre...

- Attention !

Jim avait crié de toutes ses forces, mais son avertissement arriva trop tard. Les Adeniens, habitués à des duels uniquement mentaux, n'avaient absolument pas anticipé une attaque physique. Lorsque leur ennemi, feignant de reprendre haleine, s'empara de son phaseur et le braqua sur eux avec une rapidité foudroyante, il était déjà trop tard. An'Thil reçut le coup en pleine poitrine. Son long corps tomba en arrière, comme au ralenti, dans les bras de deux jeunes Adeniens qui s'affaissèrent à leur tour. Comme un jeu de dominos, les télépathes s'effondrèrent à terre, inconscients, ou morts, Jim n'avait pas de moyen de le savoir.

- Val'Mere ! hurla Leonard en fracassant la vitre de ses poings.

Puis le silence retomba. Aux pieds du faux Spock, les neuf Adeniens gisaient, immobiles. L'imposteur se redressa. Un rictus méprisant barrait son visage. Il s'avança vers ses adversaires et tâta du pied le corps d'An'Thil avant de remettre son phaseur à la ceinture.

- Les inconvénients de la solidarité, déclara-t-il avec un petit ricanement mauvais. Lorsque vous liez votre esprit à celui de quelqu'un d'autre, vous dépendez entièrement de lui. Une mauvaise idée. Courageuse, certes, mais mauvaise.

- Qu'est-ce que vous leur avez fait, espèce de salaud ? hurla Bones.

L'Adenien se redressa lentement et se tourna vers le médecin, qui n'avait pas cessé de marteler le verre poli, en proie à une rage incontrôlable.

- Vous devriez contrôler vos émotions, docteur, déclara-t-il tranquillement.

McCoy ouvrit la bouche pour rétorquer, mais il se figea soudainement, porta la main à sa gorge, et tomba à genoux, le corps secoué de sanglots irrépressibles, à côté de Christine Chapel, qui n'avait, pour sa part, pas cessé de pleurer. Jim, bouche bée, le cœur compressé comme dans un étau, se jeta à son tour contre la vitre qui le séparait de son ennemi. La colère l'aveuglait, et il avait beau savoir qu'il n'avait aucune chance, que le verre était à l'épreuve des balles, il éprouvait le besoin de frapper, encore et encore. Dans la cellule en face, Bones pleurait, les deux mains à terre, la tête penchée vers le sol. L'imposteur se désintéressa vite de lui pour se tourner vers Jim.

- Capitaine, déclara-t-il poliment.

- Laissez-le tranquille, ordonna Kirk, la bouche sèche – et il entendit sa voix, comme celle d'un parfait inconnu, comme si elle venait de très loin.

Spock leva un sourcil, et McCoy s'effondra au sol comme une poupée de chiffons.

- Je ne comprends pas votre colère, capitaine Kirk, déclara tranquillement l'Adenien. Après tout, nous nous ressemblons, vous et moi : nous n'aimons pas respecter le règlement. Voilà pourquoi j'ai préféré introduire une nouvelle composante au duel mental de mon peuple. Pratique, ce phaseur, vraiment très pratique.

Le capitaine ne trouva rien à répondre. La rage avait balayé tous les autres sentiments. Ce salaud avait torturé des membres de son équipage, il avait tué An'Thil et peut-être les huit autres Adeniens – et peut-être Bones, mais il ne fallait pas s'arrêter à cette pensée, il ne fallait pas – et il devait payer pour tout cela.

- Je perçois très nettement votre envie de me tuer à mon tour, reprit le faux Spock, et je l'approuve. Laissez-moi cependant vous montrer ce dont je suis capable…

Le jeune homme sentit brusquement le contrôle de son propre esprit lui échapper et une bouffée de panique l'envahit. La cellule où il se trouvait se dissipa brusquement pour laisser place à un décor totalement différent – un palais aux murs dorés, au sol de marbre…

Tarsus.

Non. Tout mais pas ça, supplia-t-il intérieurement.

- Fascinant, n'est-ce-pas, capitaine ? reprit la voix de Spock. Il est tellement facile de paralyser un humain à l'aide de ses souvenirs – de ses sentiments… J'avoue que ces derniers ont été un sérieux obstacle pour nous, mais nous devenons de plus en plus doués à ce petit jeu. Il faut dire que nous avons eu des cobayes particulièrement intéressants, durant ces dernières vingt-quatre heures, ajouta l'usurpateur, et il était atroce d'entendre ces mots prononcés par le Vulcain, en sachant que lesdits cobayes étaient Nyota et Christine.

Jim savait qu'il était à bord de l'Enterprise. Il savait que tout près de lui se tenaient Syl, Wylah et Seth. Il savait que de l'autre côté du couloir se trouvaient le vrai Spock et McCoy…

… Mais il voyait le charnier au pied des murailles, et il entendait la toux rauque et les appels désespérés des malades, et il sentait au fond de ses narines l'odeur fade du sang – et il avait faim, tellement faim…

- Bruyants, ces humains, n'est-ce pas, monsieur Spock ?

Le capitaine se rendit alors compte qu'il était en train de crier.

- Etant donné que vous faites tout pour le faire hurler, fit froidement remarquer le premier officier, il me semble illogique de vous en plaindre.

La vision s'arrêta aussi soudainement qu'elle était venue et le jeune homme s'effondra dans les bras de Seth et de Wylah, pantelant, les joues ruisselant de larmes. L'usurpateur ne daigna même pas leur jeter un regard, et s'avança vers la cellule de Keenser.

- Monsieur Chekov. Intéressant. Vous avez bien dressé votre animal de compagnie, monsieur Spock. Ce petit pratique le Wh'ltri à la perfection. Il pourra être utile, une fois… rééduqué.

Il se tourna brusquement vers la cellule où Spock et Uhura étaient à présent tous deux enfermés. Jim vit distinctement le premier officier vaciller un instant, avant de se reprendre et de visser son regard à celui de l'imposteur. Il y eut une minute de silence, durant laquelle le capitaine retint sa respiration, mais Spock ne s'effondra pas, ne tressaillit même pas. Après quelques instants, l'Adenien fit demi-tour et revint vers l'entrée du quartier de sécurité.

- J'ai toujours pensé que les hybrides avaient davantage de capacités que les autres, dit-il à mi-voix. Sur Adenia, j'ai tenté des greffes végétales, avec des résultats impressionnants. Je suis déçu d'avoir à vous éliminer, monsieur Spock. Je ne regretterai certes pas vos compagnons, mais vous…

Il haussa les épaules.

- Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers, paraît-il.

- Un proverbe humain parfaitement illogique, commenta sèchement le premier officier.

- Monsieur Spock, veuillez donner votre arme à Nyota, ordonna l'usurpateur en guise de réponse.

- Puis-je vous demander pour quelle raison ?

- Parce que je souhaite vous faire sortir de cette cellule, et que je sais pertinemment que vous représentez un danger potentiel.

Le Vulcain hésita presque imperceptiblement avant de tendre son phaseur à Uhura, qui s'en empara machinalement et le fixa à sa ceinture. Il était évident qu'elle était sous l'emprise totale de l'usurpateur. Ce dernier avança vers la cellule, appuya sur le bouton qui commandait l'ouverture de la porte, et fit quelques pas en arrière, enjambant au passage un des Adeniens évanouis, ou morts, qui gisaient sur le sol.

- Pourquoi me libérez-vous ? demanda Spock, méfiant, sans bouger.

- Je ne peux vous atteindre télépathiquement, soit. Mais il y a d'autres moyens. Je voudrais réaliser une petite expérience, mais la place manque dans ce cachot. Nyota, ajouta l'imposteur en regardant la jeune femme, attaque-le. Ne le tue pas pour l'instant, contente-toi de prendre ta revanche. N'oublie pas qu'il est responsable de tout ce que tu as subi durant ces dernières vingt-quatre heures.

Cette fois, Spock frissonna légèrement et Jim vit ses lèvres se serrer dans une crispation nerveuse, ses poings se crisper, ses mâchoires se contracter…

- Attention ! hurla Chekov.

Kirk ne l'avait pas vu venir, mais il entendit le hurlement parfaitement inhumain que poussa Nyota alors qu'elle se jetait sur Spock. Ce dernier, qui visiblement ne s'y attendait pas, reçut en pleine poitrine le coup de pied de la jeune femme et fut projeté hors de la cellule. Chancelant, il parvint à ne pas perdre totalement l'équilibre et voulut se replacer en position de combat, mais Uhura était déjà sur lui, et elle lui asséna sans hésiter un coup de poing magistral qui lui fendit la lèvre supérieure.

- Nyota… commença-t-il à voix basse, mais elle poussa un nouveau cri de rage et se jeta de nouveau sur le Vulcain, ongles en avant.

Elle visait les yeux.

Spock lui saisit les poignets.

- Nyota, c'est moi, murmura-t-il.

Jim aurait pu lui dire que cela ne servait à rien, qu'Uhura n'était pas elle-même, mais à quoi bon ? Il ne la frapperait pas, même si elle essayait de son côté de le battre à mort. Elle essaya de se débattre, mais la poigne de fer du Vulcain la maintenait étroitement prisonnière.

Alors, elle projeta son genou en avant. Avec une force peu commune, elle atteignit le premier officier directement dans le bas-ventre. Le souffle court, il la lâcha immédiatement et tomba à genoux. La jeune femme en profita pour lui administrer une manchette bien sentie sur la nuque.

Spock s'effondra à terre, aux pieds de son double qui semblait jouir du spectacle, et reçut immédiatement un nouveau coup de pied, qui l'atteignit à l'épaule, suivi d'un second au visage. Jim, pétrifié, incapable de prononcer un mot, sentait son cœur battre si violemment qu'il avait l'impression qu'on l'entendait à l'autre bout du vaisseau.

- Vous voyez, monsieur Spock, commenta l'usurpateur, la colère est un motivateur puissant.

Le Vulcain releva péniblement la tête. Un mince filet vert coulait le long de son arcade sourcilière.

- Vous êtes beaucoup plus fort qu'elle, et pourtant elle vous a mis à terre sans efforts.

Haletant, Spock prit appui sur sa main droite et se redressa péniblement sur un genou. De son regard sans émotions, il fixait la jeune femme qui, immobile, semblait attendre un nouvel ordre de la part de son tortionnaire.

- Maintenant, Nyota, prends le phaseur qu'il t'a si gentiment donné.

Docile, Uhura tira l'arme de sa ceinture et le braqua sur Spock.

- Non ! Nyota, ne fais pas ça, ne fais pas ça ! hurla Jim.

Malgré lui, il avait des sanglots dans la voix. En face de lui, il voyant McCoy frapper de nouveau sur la vitre, et il entendait les cris de Chekov et des Ranniens se mêler aux siens.

Elle ne leur accorda même pas un regard. Elle n'avait d'yeux que pour Spock, et son visage était tellement empli de haine et de mépris que Jim en eut le souffle coupé.

- Un dernier mot pour la postérité, monsieur Spock ?

Le premier officier tenta de se redresser, mais le combat avait visiblement drainé ses dernières forces.

- Dans ce cas…

Mais l'Adenien n'eut pas le loisir d'achever sa phrase. En une fraction de seconde, Spock avait bondi sur son sosie, et tandis que de sa main gauche il arrachait un petit artefact qui pendait à sa ceinture, il plaquait la droite sur le cou de son adversaire. Les yeux du faux Vulcain s'agrandirent de surprise, puis ses genoux se dérobèrent sous lui et il s'effondra à terre.

Sans se préoccuper un seul instant de l'imposteur, dont le visage était en train de se dissiper pour revenir à sa véritable apparence, Spock se retourna lentement vers Uhura, qui le visait toujours de son arme.

- S'il t'a fait ce qu'il m'a montré, murmura-t-il si bas que Jim l'entendit à peine, je comprendrai que tu tires.