Un peu plus d'action pour ce chapitre (et un peu d'analyse psychologique quand même, car je ne peux vraiment pas m'en empêcher)... Je vous l'ai dit, j'essaye de varier les points de vue, donc voici celui de McCoy (à mon sens, le plus facile à écrire - quand viendra le tour de Spock, ce sera une autre paire de manches). Pour moi, Bones est un médecin exceptionnel mais ce n'est pas un explorateur dans l'âme. En plus, il s'agit de son premier vol dans l'espace. Bref, les conditions ne sont pas optimales pour lui. Au prochain chapitre, retour sur l'Enterprise avec Chekov... Merci à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser une petite review !

Chapitre 2 - « Les instruments ne relèvent que ce qu'ils sont programmés pour relever, mais l'univers est empli d'inconnu. »

McCoy avait toujours détesté la téléportation. Confier son sort à une machine qui désintégrait totalement le voyageur avant de réassembler les particules de son corps lui avait toujours semblé particulièrement stupide. Et si jamais les atomes ne se retrouvaient pas dans la même position à l'arrivée ? Si jamais une oreille, ou un doigt de pieds, ou un morceau d'intestin restait derrière ? A ce qu'il sache, cela ne s'était jamais produit, mais il ne fallait pas tenter le diable. Enfin, au moins, la téléportation était instantanée. C'était toujours mieux que d'utiliser une navette dans laquelle on devait rester des heures avant de retrouver la terre ferme sous ses pieds.

Il détestait les espaces exigus. Il détestait voler. Il détestait confier sa vie à un bout de métal, quel qu'il soit.

Dans ce cas, qu'est-ce que tu fous dans l'espace ?

Bonne question. Un jour, il trouverait la réponse.

Cette fois encore, ses molécules retrouvèrent leur forme d'origine et en quelques secondes, il se retrouva transporté de l'Enterprise à la surface de la planète. De chaque côté du médecin, le capitaine et le commandant avaient sorti leur phaseur et semblaient parés à toute éventualité. Bones hésita un instant, puis s'empara (assez maladroitement) de sa propre arme. Il détestait aussi ces machins, mais ils avaient au moins l'avantage, contrairement à la plupart des engins créés pour tuer, de pouvoir être réglés de façon à neutraliser sans causer de dommages irréparables. Il n'était pas certain de parvenir à tuer, même dans une situation d'urgence absolue. Même pour sauver sa propre vie.

Ils atterrirent dans une plaine dont les herbes roses et jaunes leur arrivaient aux genoux le vent les faisait doucement onduler, créant autour d'eux des dessins surréalistes et magnifiques qui leur donnait l'impression d'être pris au cœur d'un ouragan végétal. Aucune forme de vie animale n'était en vue. A une centaine de mètres en face d'eux, on apercevait très nettement la lisière d'une forêt. Pour l'instant, tout correspondait exactement à ce qu'ils avaient prévu. Les trois rescapés devaient se trouver non loin des arbres.

- Spock ? demanda Jim.

Le Vulcain, après avoir jeté autour d'eux un rapide coup d'œil circulaire, avait actionné son tricordeur et l'avait pointé en direction de la forêt, sans pour autant replacer son arme à sa ceinture. Le capitaine, de son côté, tenait toujours son phaseur dans la main droite, prêt à toute éventualité. La mort de Gary avait changé bien des choses, se dit le médecin. Voir son meilleur ami faire preuve de prudence (en l'occurrence, une prudence excessive) avait quelque chose de légèrement déstabilisant, et même d'un peu triste. Il était clair que Jim n'hésiterait pas, lui, à faire feu pour protéger les membres de son équipage. Cependant, Leonard ne pouvait s'empêcher de trouver l'idée désagréablement rassurante.

- Le tricordeur relève trois formes de vie intelligente dans cette direction, capitaine, répondit Spock, à une vingtaine de mètres de la balise qui semble continuer à émettre le message que nous avons reçu.

- Une vingtaine de mètres ? s'étonna Bones. Pourquoi ne pas rester à côté ?

Jim haussa les épaules et secoua la tête pour marquer son ignorance.

- Rien de dangereux autour de nous ?

- Négatif, capitaine. Aucun risque de catastrophe naturelle, aucune forme de vie, du moins telle que nous la connaissons, à l'exception de ces trois êtres, dans un rayon de cinq cents mètres, aucun danger détecté par nos radars.

- Parfait. Dans ce cas, allons-y.

Les trois hommes se mirent donc en marche vers la forêt. Le sol, légèrement élastique, s'enfonçait mollement sous leurs pas et les herbes bruissaient à leur passage. Le vent était frais, mais ils étaient suffisamment couverts pour ne pas avoir à s'en préoccuper – du moins, en ce qui concernait les deux humains. McCoy n'était pas certain que Spock fût du même avis (il se demandait souvent comment il supportait la température de l'Enterprise, clairement largement en dessous des normes vulcaines), mais le premier officier ne fit évidemment aucun commentaire à ce sujet. Excepté le bruit d'un cours d'eau qui, clairement perceptible depuis leur arrivée, s'amplifiait au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient des arbres, le silence était total.

Une pointe métallique émergea soudain au-dessus des herbes folles et la balise qui, pointée vers le ciel, appelait à l'aide, jusqu'ici dissimulée par une légère levée de terre, apparut à leurs yeux. Mais des trois humanoïdes qui l'avaient créée et utilisée, il n'y avait pas trace.

Sans cesser d'avancer, Jim régla le traducteur qu'il avait emporté avec lui et parla distinctement :

- Nous avons entendu votre message et nous sommes venus à votre aide. Vous n'avez rien à craindre de nous.

L'appareil émit une série de sons gutturaux – qui ressemblaient en effet à de l'Andorien : maintenant que Nyota l'avait fait remarquer, Bones s'en apercevait – mais seul le silence lui répondit. Les trois hommes pouvait à présent clairement distinguer, derrière la balise, le cours d'eau – ou plutôt le torrent – qui semblait séparer la savane de la forêt.

- Spock, quelles sont les coordonnées ?

- Selon les indications du tricordeur, répondit le Vulcain sans daigner y jeter un second coup d'œil (et McCoy se dit qu'il aurait bien aimé posséder une mémoire eidétique, lui qui était incapable de retenir trois chiffres d'affilée), les trois Adeniens sont dans la forêt, juste de l'autre côté de l'eau.

Ils avancèrent encore un peu. Le capitaine réitéra son appel. Seul le vent lui répondit.

Quelque chose n'allait pas, pensa le médecin en se mordant les lèvres. Trois êtres doués d'intelligence ne lançaient pas un signal de détresse vers l'espace pour ensuite se cacher lorsque les secours arrivaient. A moins qu'ils ne fussent pas pourvus d'oreilles ou organes équivalents ? S'ils utilisaient une forme de communication verbale, ils devaient pouvoir entendre…

Bientôt ils furent tous trois à côté de la balise, qui continuait d'émettre son message vers l'infini du ciel. Non loin de là, un tronc d'arbre, tombé ou placé en travers du torrent, permettait le passage sur l'autre rive. Mais il n'y avait toujours personne.

- Capitaine ? s'écria soudainement Spock. Les trois formes de vie ont… disparu.

- Quoi ? demanda McCoy, abasourdi. Vous êtes sûr qu'il fonctionne, votre machin ?

Le premier réflexe de Bones était toujours de rejeter la faute sur une éventuelle défaillance de la technologie. Il n'avait que modérément confiance en ses propres outils médicaux et utilisait au maximum, pour porter un diagnostic, ses propres yeux et ses propres doigts, ce qui amusait souvent ses collègues (et effrayait tout aussi souvent ses patients, peu habitués à être touchés par leur médecin).

- Affirmatif, docteur. (Le premier officier, évidemment, faisait confiance à la logique impeccable de ses outils.) Mon tricordeur est parfaitement opérationnel. Les trois humanoïdes dont il a enregistré les coordonnées il y a sept minutes ont tout simplement disparu.

Il avait énoncé cela de son habituel ton neutre, sans paraître le moins du monde surpris par les faits. Déconcertés, les deux humains se consultèrent du regard. Il est tout de même peu habituel que trois êtres vivants qui ne connaissent pas le principe de la téléportation disparaissent en quelques secondes.

- Spock, allez quand même vérifier de l'autre côté, ordonna Jim après avoir jeté un bref coup d'œil sur le tronc d'arbre pour en évaluer la stabilité. Je reste de ce côté et je vous couvre au cas où quelque chose tournerait mal. Bones, regarde s'il n'y a pas quelque chose à tirer de cette balise.

- Entendu, capitaine, répondit Spock en s'approchant du torrent sans la moindre hésitation, phaseur au poing.

Le médecin lança à son ami un regard reconnaissant. Il n'avait aucune, mais vraiment aucune envie de monter sur ce pont improvisé, visiblement branlant et dangereux.

Quel piètre explorateur il faisait, vraiment !

Avec un soupir d'auto-apitoiement, il s'agenouilla à côté de l'émetteur et passa son tricordeur au-dessus de la masse métallique pour essayer, comme disait Jim, d'en « tirer quelque chose ».

- Alors, Spock ? cria le capitaine pour couvrir le bruit assourdissant de l'eau qui tourbillonnait non loin d'eux.

Leonard jeta un coup d'œil au premier officier qui venait de poser le pied sur la rive opposée. Evidemment, les Vulcains n'avaient pas plus le vertige qu'ils n'étaient claustrophobes, et ils devaient également posséder un sens inné de l'équilibre. McCoy se demanda soudainement si son animosité envers Spock ne découlait pas d'une forme de jalousie soigneusement enfouie sous des couches de sarcasme et d'ironie.

Il y avait déjà songé, lors de leur avant-dernière mission, lorsque Spock avait pris la tête des opérations avec un sang-froid et une efficacité sans pareille, après que Jim eut été littéralement mis hors-jeu par une injection de relaxant de la part des Ponantiens. Le premier officier avait dû gérer un capitaine complètement stone, un médecin en chef à peu près inapte au combat, et malade de surcroît (encore une chose qui n'arrivait pas aux Vulcains), un environnement hostile et des ennemis déterminés à les éliminer un à un pour faire pression sur l'équipage de l'Enterprise. Résultat, ils s'étaient évadés, avaient localisé et désactivé le champ de force qui empêchait la téléportation, et résolu les tensions diplomatiques entre Ponantis et Glosia sans une seule perte humaine ou autre à déplorer.

McCoy n'avait pas pu s'empêcher d'admirer les capacités hors-norme de Spock. Les Vulcains étaient plus résistants, plus rapides, plus intelligents que les humains, il n'y avait aucun doute là-dessus. En tout cas, il ne faisait aucun doute que le premier officier le surpassait, lui, Leonard McCoy, dans à peu près tous les domaines. Etait-il jaloux pour autant ? Envieux ?

Non, bien sûr que non. Si le prix à payer pour posséder une intelligence supérieure était l'absence d'émotions, alors non, cent fois non, mille fois non. Si l'efficacité devait forcément aller de pair avec l'effacement des sentiments, non seulement Bones ne se sentait nullement jaloux, mais il avait même un peu pitié de son supérieur. Pour l'instant, la seule émotion qu'il avait jamais vue se manifester chez le Vulcain était la colère – une colère dévastatrice, effrayante, meurtrière.

Et pourtant, il y avait eu ce soir-là, dans la jungle de Ponantis, le soir où Spock s'était un peu – très peu, si peu – ouvert à lui, le soir où Spock lui avait proposé son aide, le soir où Spock avait pour la première fois fait preuve d'empathie…

Mais ce moment était passé, et le Vulcain était redevenu aussi froid et exaspérant que d'habitude.

Ce n'était pas vraiment le moment pour ce genre de considérations, s'admonesta le médecin en reportant son attention sur la machine qu'il était en train d'examiner. L'analyse de ses sentiments embrouillés à l'égard du premier officier attendrait.

Spock avait fait quelques pas vers les arbres, s'était agenouillé puis relevé, et avait scruté la forêt avant de se retourner vers les deux humains :

- Rien, capitaine. Cependant, trois humanoïdes se sont bien tenus à cet endroit. Les traces de leur arrivée sont très nettes. Ils sont restés ici un moment et se sont assis sur des racines. Mais je ne vois aucun indice de leur départ. Ils devraient être là, mais…

Bones s'apprêtait à déclarer que l'émetteur, quant à lui, n'était rien d'autre qu'un bête émetteur – très puissant, programmé pour envoyer indéfiniment le même message, technologiquement très avancé, mais parfaitement normal – lorsque le communicateur de Jim émit un sifflement caractéristique. Il l'ouvrit sans perdre de vue le Vulcain sur l'autre rive.

- Ici Kirk.

- Capitaine ?

L'accent russe et la voix juvénile reconnaissables entre tous ne laissaient aucun doute sur la personne qui se trouvait de l'autre côté de l'appareil. McCoy se redressa et s'approcha de son ami, curieux de savoir ce qui pouvait motiver un appel du jeune homme. C'était normalement à Uhura, en tant que responsable des communications, ou bien à Sulu, en charge pendant l'absence du capitaine, de contacter l'équipe au sol.

- Qu'y a-t-il, Chekov ? plaisanta Jim. Je vous manque déjà ?

Bones sourit. La vénération du Russe à l'égard de son ami ne manquait pas de l'amuser. Comme s'il était rationnel, pour qui que ce soit, de vénérer un homme aussi peu vénérable et aussi enfantin que James Tiberius Kirk.

- Capitaine, où êtes-vous ?

Le ton paniqué fit mourir sur les lèvres du médecin la remarque qu'il s'apprêtait à faire. Jim cligna plusieurs fois des yeux et échangea avec McCoy un regard perplexe.

- Euh… Je suis sur Adenia, comme prévu. Ça ne fait pas un quart d'heure que je suis parti.

S'ensuivit une exclamation parfaitement incompréhensible – en russe ou en klingon, impossible à déterminer, quoi qu'il fût peu probable que Chekov parlât klingon – suivie de quelques mots chuchotés :

- Je le savais. Je le savais. Capitaine, le vaisseau est tombé aux mains de pirates.

- Quoi ? rugit Jim, redevenu parfaitement sérieux. Chekov, si c'est une blague…

- Capitaine, capitaine, écoutez-moi. Ils se sont fait passer pour vous, le commandant Spock et le docteur McCoy. Ils ont hypnotisé l'équipage. Tout le monde leur obéit.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par « ils se sont fait passer pour nous » ? demanda Leonard, dont le cœur battait à grands coups contre sa cage thoracique.

- Ils ont pris votre apparence physique, répondit le jeune Russe, haletant. Et ils connaissent tout de nous et du vaisseau. Comme si c'était vraiment vous. Ils n'ont pas eu à lutter pour prendre l'Enterprise. Ils n'en ont pas eu besoin. Tout le monde sur la passerelle est persuadé que vous êtes remontés à bord.

McCoy aperçut, comme dans un brouillard, Spock qui, de l'autre côté du cours d'eau, leur faisait signe.

- Capitaine, je…

- La ferme, Spock ! cria Jim, faisant sursauter le médecin. L'Enterprise est en danger. Chekov, reprit-il plus bas et plus calmement, pouvez-vous nous téléporter à bord ?

- Négatif, capitaine. Ils ont neutralisé la plate-forme de transport.

Brillant, songea McCoy. Vraiment brillant. La situation s'améliorait décidément de minute en minute. Il inspira profondément pour tenter de réprimer la panique qu'il sentait monter en lui. Jim, de son côté, semblait très calme et maître de lui – une des raisons pour lesquelles Bones avait toujours pensé qu'il ferait un grand capitaine, une fois qu'il aurait reçu un peu de plomb dans la cervelle. Il avait toujours admiré cette capacité qu'avait son ami de toujours rebondir, de ne jamais s'avouer vaincu – et de conserver son sang-froid dans les moments d'urgence absolue.

- Où êtes-vous ? demanda-t-il. Etes-vous libre de vos mouvements ?

- Je suis libre, capitaine, mais je crois qu'ils peuvent lire dans les pensées. Sinon, comment en sauraient-il autant sur nous ? Si c'est le cas, je n'ai pas beaucoup de temps avant d'être découvert. M'autorisez-vous à faire tout ce qu'il faut pour les empêcher de nuire ?

- Bien évidemment.

- M'autorisez-vous à saboter le vaisseau ?

Jim resta muet face à une telle question et McCoy, les oreilles bourdonnantes, incapable de penser correctement, prit le relais :

- Chekov, pourquoi voulez-vous faire ça ?

- Ils ont ordonné de tirer sur la planète avec les torpilles à proton.

Bones sentit son sang se figer dans ses veines.

Ne pas paniquer. Surtout, ne pas paniquer.

Facile à dire. L'Enterprise était à la merci de trois inconnus. L'équipage, à l'exception du plus jeune de ses membres, était sous leur domination psychique. Le capitaine, le premier officier et lui-même étaient coincés sur une planète inconnue, potentiellement dangereuse, et sur laquelle un vaisseau de Starfleet n'allait pas tarder à tirer.

Il entendit, comme venant de très loin, la voix de Spock, qui appelait de nouveau le capitaine. Mais Jim, entièrement concentré sur le vaisseau, ne releva même pas la tête.

- Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour les en empêcher, Chekov. Et surtout, soyez très prudent.

- Capitaine, je dois vous laisser. J'essayerai de vous recontacter dès que je le pourrai.

La communication fut brutalement coupée. McCoy déglutit péniblement. Comment la situation avait-elle pu passer de simple mission de routine à on est dans la merde totale en moins de cinq minutes ? Face au regard horrifié de son ami, il secoua la tête en signe d'impuissance. Que pouvaient-ils faire ?

- Capitaine ! Docteur !

Jim et Bones tournèrent la tête dans un ensemble parfait. Ils avaient presque oublié la présence du premier officier sur l'autre rive du torrent…

… De l'autre côté du tronc d'arbre, le Vulcain tenait son phaseur pointé directement vers eux.

La première pensée (vaguement, très vaguement) cohérente qui se forma dans l'esprit du médecin fut « Les pirates ont débarqué, ils ont pris le contrôle de l'esprit de Spock, et ils vont le forcer à nous tuer ».

Puis le premier officier cria « Couchez-vous ! », et, alors que Leonard essayait de déterminer la raison pour laquelle il devrait s'allonger, Kirk était déjà passé en mode action. McCoy se sentit brutalement agrippé par la taille, et, l'instant d'après, il était par terre, sur le dos, Jim à demi couché sur lui.

Le rayon du phaseur passa au-dessus de leurs têtes et la chose ronde et visqueuse qui se trouvait juste derrière eux et que, tout à leur angoisse, ils n'avaient ni vu ni entendu approcher, s'immobilisa quelques secondes sous l'impact.

Jim, réagissant au quart de tour comme à son habitude, se releva d'un bond et pointa son arme vers le danger. Bones, un peu plus lent, parvint cependant à se mettre debout beaucoup plus rapidement qu'il ne l'aurait fait en temps normal. Il sortit son propre phaseur dans un état de semi-conscience.

La créature – que le Vulcain avait dû repérer bien avant eux – avait l'apparence d'une boule gélatineuse d'un mètre de diamètre environ et émettait une faible lueur verdâtre. Pas d'yeux, pas de bouche, pas d'organe extérieur visible. Spock avait dû apercevoir au loin une traînée dans les hautes herbes et avait alors alerté ses coéquipiers, trop focalisés sur leur récepteur et sur la voix de Chekov pour percevoir le danger.

Le médecin réalisa alors avec horreur que la créature ne s'était pas contentée de coucher les herbes sur son passage : elle les avait purement et simplement carbonisées. L'odeur acide qui émanait de son corps expliquait probablement ce phénomène, mais comprendre ce qui se passait n'empêchait certainement pas la peur.

Jim tira, et McCoy l'imita sans réfléchir. Pendant quelques secondes, il garda l'espoir de voir la chose exploser, mais il devins bientôt évident que non seulement les phaseurs n'étaient d'aucune utilité sur une telle forme de vie, mais qu'en outre, elle grossissait à vue d'œil.

- Jim, s'écria-t-il en posant la main sur le bras de son ami, ce truc emmagasine de l'énergie ! Ça ne sert à rien de tirer dessus !

Spock, selon toute vraisemblance, en était arrivé à la même conclusion, car sa voix leur parvint, leur intimant de le rejoindre.

Se retournant dans un élan parfaitement coordonné, ils coururent vers le tronc d'arbre. La créature, qui avait atteint la taille d'un petit ours, se lança à leur poursuite. Elle roulait sur elle-même malgré l'absence totale de pente, et sur son passage, non seulement l'herbe se flétrissait, mais même les minéraux se mettaient à fumer.

Charmante planète, vraiment. On l'y reprendrait à participer à des missions de sauvetage pour des types qui n'avaient même pas la décence d'attendre les secours.

Evidemment, Jim atteignit le premier cours d'eau et, phaseur à la main, il s'engagea sur le « pont », fit quelques pas assurés et se retourna, prêt à tirer si nécessaire, sinon pour blesser, du moins pour retarder la créature. McCoy posa le pied droit sur le tronc d'arbre et, l'ensemble lui semblant relativement stable, il parvint à faire deux pas avant d'avoir l'impression que le tout vacillait dangereusement. . Jetant un bref regard vers l'eau qui passait, rapide, à deux mètres sous ses pieds, il sentit une sueur froide lui inonder la nuque, le dos, les aisselles, et resta pétrifié, incapable de faire un pas de plus.

Devant lui, Jim poussa un juron.

- Allez, Bones, merde, c'est pas le moment d'avoir le vertige !

Le mot « vertige » n'était pas un très bon choix, car Leonard sentit sa tête commencer à tourner. Fort heureusement, la masse gélatineuse s'était arrêtée au bord du cours d'eau, crachotant des particules acides en signe probable de déception de voir ses proies lui échapper. L'une d'entre elles atteignit le médecin à la main. Sous l'effet de la douleur, il fit un pas hésitant en avant – et eut immédiatement l'impression qu'il allait tomber. La main ferme de Jim le retint.

De l'autre côté du pont, Spock lui prodiguait des conseils certainement efficaces mais prodigieusement agaçants.

- Ne regardez pas en bas, docteur, gardez les yeux fixés sur moi.

- Parce que vous croyez vraiment que j'ai envie de voir votre coupe au bol et vos oreilles pointues ? siffla McCoy entre ses dents, en faisant glisser son pied gauche le long du tronc.

Il lui semblait que s'il décollait son petit orteil ne serait-ce que d'un centimètre au-dessus de leur pont précaire, il serait irrémédiablement attiré par l'eau qui fouettait les rochers, juste au-dessous de lui.

- Allez, Bones, murmura Jim d'une voix blanche, les yeux fixés sur un point situé derrière eux, il faut accélérer un peu…

Une légère oscillation du tronc d'arbre indiqua au médecin que, derrière lui, la créature avait décidé de passer à l'action. Un regard en arrière confirma son hypothèse : la répugnante bestiole s'était doucement laissée rouler le long du bois et avançait, lentement mais sûrement, vers eux.

Vers lui.

Il parvint à faire deux pas de plus, et il était presque arrivé au milieu du pont, lorsque l'arbre, sous ses pieds, se mit à trembler, et il comprit que l'acide sécrété par la boule était en train de ronger le bois. Jim agrippa fermement son ami par la manche et le tira en avant. Leonard trébucha, se vit tomber, parvint à se rétablir, et suivit le mouvement tant bien que mal.

Ils en étaient aux deux tiers du chemin lorsqu'un craquement sinistre se fit entendre : l'arbre mort, trop vieux et fragile pour supporter un tel poids conjugué aux substances sécrétées par la chose, était en train de céder. McCoy parvint à faire un dernier pas, mais le sol se déroba brusquement sous ses pieds. Il eut juste le temps de voir son ami tendre la main vers Spock, penché vers lui depuis l'autre rive, et leurs doigts se manquer de peu.

Il parvint à entrer dans l'eau glacée les deux pieds en avant, et se demanda un peu vainement pourquoi le sort s'acharnait ainsi contre eux.