J'ai été plutôt prolifique cette semaine... Quelques précisions avant de commencer.

1) J'ai inventé un nom d'espèce pour Syl (vous savez, celle qui planque l'Abronath dans sa tête dans Beyond) car apparemment, elle n'en a pas, et je lui ai adjoint deux autres membres de son espèce sur le vaisseau. Pour rappeler quelque chose que j'ai dit au chapitre 1, ils ne peuvent être opérés que dans l'eau. C'est complètement non-canon bien sûr.

2) Il y a quelques références au passé de Chekov et notamment à ses relations avec des Vulcains. C'est complètement pas canon non plus (décidément...), ça vient tout droit de ma tête, mais c'est une composante relativement importante du petit univers parallèle que j'ai imaginé. Svalaa et T'Lavik sont de possibles prénoms vulcains, mais ils n'existent pas dans Star Trek. J'utilise très peu de personnages originaux, et presque uniquement pour expliquer le passé des autres personnages. Tout cela sera plus ou moins expliqué par la suite, ainsi que les liens particuliers entre Chekov et Spock (qui sortent aussi de ma tête, est-il besoin de le préciser).

3) Le Wh'ltri auquel je fais référence est la technique de base de méditation vulcaine (j'espère ne pas dire trop de conneries, mais j'ai quand même lu des trucs là-dessus et je ne pense pas me gourer), qu'un humain comme Chekov peut utiliser afin de se vider l'esprit. Pourquoi il la maîtrise, comme je vous l'ai déjà dit, ça sera expliqué plus loin.

J'espère avoir été claire et pas trop chiante. Pour ce qui est de ce chapitre, je voulais donner plus d'importance à Chekov, que j'adore, et faire intervenir Chapel, qu'on ne voit pas dans l'univers du reboot, mais que j'aime bien dans la série originale (et pas seulement parce qu'elle est amoureuse de Spock, hein ! elle est aussi la seule infirmière à supporter McCoy sans broncher...). Au chapitre 4 (déjà bien entamé, je vous dis, j'ai été prolifique), retour sur la planète et continuation des emmerdes pour le trio infernal. Encore merci pour vos reviews, vous êtes vraiment trop gentil(lle)s !

Chapitre 3 - « Le capitaine ne peut pas ordonner une exécution. Ce n'est pas le capitaine. »

Pavel Andrevich Chekov s'était réveillé non de bonne humeur, comme à peu près tous les matins depuis qu'il avait intégré Starfleet, mais extatique. Aujourd'hui était un jour spécial. Aujourd'hui, il avait dix-huit ans.

Et il servait depuis trois mois sur le vaisseau le plus extraordinaire de la galaxie, sous les ordres d'un capitaine exceptionnel et d'un commandant tout aussi exceptionnel, qui l'avait choisi, lui, entre tous les autres, deux ans auparavant, et lui avait permis de réaliser son rêve.

Sa vie était parfaite, se dit-il en envoyant promener ses couvertures.

Sa vie resta parfaite durant huit heures et trente-quatre minutes.

Puis, brusquement, sans crier gare, tout bascula.

- Les Adeniens sont atteints d'une maladie incurable, qui risque de s'étendre au système tout entier et même à la galaxie si nous n'agissons pas rapidement. Je sais que les mots que je vais prononcer sont extrêmement durs, mais nous devons détruire la planète.

Chekov, qui, comme tout le monde sur la passerelle, écoutait avec attention le capitaine, resta figé en entendant cette phrase et attendit les réactions choquées qu'elle ne pouvait manquer de provoquer.

Personne ne broncha.

A côté du jeune homme, Sulu hochait la tête d'un air grave, apparemment attristé d'une telle décision, mais nullement déterminé à s'y opposer. Le lieutenant Uhura avait porté une main à sa bouche en signe de détresse, mais lorsque le capitaine lui donna l'ordre d'envoyer à Starfleet un rapport sur la situation, elle se mit au travail sans protester.

- Nous allons utiliser les torpilles à protons. Dans la mesure où l'Enterprise n'a encore jamais fait feu avec de telles armes, M. Spock s'est rendu dans la salle des machines afin de donner aux ingénieurs l'ordre de procéder à d'ultimes vérifications de sécurité. Dans vingt minutes tout au plus, M. Sulu, vous aurez les commandes sur les torpilles.

Pavel entendit ces derniers mots comme dans un brouillard. Le capitaine Kirk ne pouvait pas donner de tels ordres, c'était impossible – du moins pas avant d'avoir envisagé d'autres possibilités, pas avant d'avoir cherché un remède, pas avant d'avoir demandé conseil à Starfleet…

Le jeune homme, toujours sous le choc, se tourna vers le capitaine.

Et c'est alors qu'il vit.

L'homme qu'il avait devant lui n'était pas James Kirk. Pendant un court instant, sa silhouette s'était brouillée, les traits de son visage s'étaient estompés – et Chekov était certain de ce qu'il avait vu. Ce n'était pas une hallucination. L'homme qui commandait l'Enterprise n'était pas James Kirk. Ce n'était probablement pas même un homme.

Le capitaine (ou la chose qui avait pris la place du capitaine) tourna lentement la tête vers le pilote, comme s'il avait pressenti le danger que Pavel pouvait représenter pour lui.

- Un problème, Chekov ?

Plus tard, lorsqu'il se retrouverait au calme et qu'il serait capable d'analyser ce qui s'était passé en lui, il comprendrait qu'il avait glissé sans s'en rendre compte dans le Wh'ltri, la discipline vulcaine que lui avait enseignée Svalaa sur Terre, bien des années auparavant. En vidant son esprit, il avait miraculeusement réussi à en détourner l'attention de l'imposteur.

Sur le moment, cependant, il ne comprit pas comment il était parvenu à demeurer parfaitement calme et à répondre au capitaine qu'il ne se sentait pas bien. De fait, il devait vraiment avoir l'air malade, car Hikaru demanda avec inquiétude pourquoi il était si pâle. Il n'eut pas à se forcer beaucoup pour simuler un haut-le-cœur : savoir que dans une vingtaine de minutes toute vie serait éradiquée sur Adenia VII s'il ne faisait rien pour l'en empêcher lui donnait envie de vomir. Kirk le regarda avec sollicitude (comme s'il s'agissait réellement de lui, ne put s'empêcher de penser Pavel, et il se sentit repris par le doute : n'avait-il pas rêvé ? comment pouvait-il avoir la certitude que l'homme devant lui n'était pas son capitaine alors qu'il agissait exactement comme lui, parlait comme lui, semblait le connaître aussi bien que lui ?) et lui ordonna d'aller immédiatement à l'infirmerie, avant de reporter son attention sur l'écran.

Le jeune Russe acquiesça, se leva et quitta la passerelle sous le regard inquiet de Sulu et d'Uhura. Dans l'ascenseur, il se força à respirer calmement et à fermer les yeux quelques instants pour faire le point sur la situation. La première pensée qui lui vint fut « Je suis vraiment malade. Evidemment, le capitaine est bien le capitaine. Je débloque complètement. » Mais cette pensée lui sembla étonnamment étrangère, comme si elle ne provenait pas de lui. James Kirk ne pouvait pas ordonner ainsi l'assassinat d'une espèce entière – il ne s'agissait donc pas de James Kirk. Il devait tenir ce point pour acquis tant qu'il n'aurait pas d'élément plus solide sur lequel s'appuyer. Mais dans ce cas, qui était cet homme ? Et où était le véritable capitaine ? Pourquoi aucun officier n'avait-il réagi sur le pont en entendant l'ordre de destruction qui leur avait été donné ? L'imposteur contrôlait-il les esprits ?

Il n'avait aucune réponse à ces questions, et aucune idée sur la façon dont il devait agir.

Lorsque l'ascenseur s'immobilisa avec un léger sursaut, Chekov ouvrit les yeux et s'aperçut qu'il avait inconsciemment ordonné à l'ordinateur de l'emmener non pas au pont numéro 5, où se trouvait l'infirmerie, mais au pont numéro 13 – à l'ingénierie, là où devait se trouver le commandant.

Le commandant, pensa le jeune homme avec soulagement. Bien sûr, il saurait quoi faire. Il devait le trouver immédiatement…

- Le transporteur est HS, déclara un jeune lieutenant à une enseigne en montant dans l'ascenseur. Et d'après Matthews, ça va prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours, pour le réparer… Chekov, qu'est-ce que vous faites ? Vous entrez ou vous sortez ?

Pavel balbutia des excuses en russe et sortit de l'ascenseur. Puis, passant brusquement en mode automatique, il se mit à courir à perdre haleine, sans prendre garde aux gens qu'il bousculait sur son passage, refusant d'envisager la probabilité pour que le capitaine fût resté sur Adenia, sans possibilité de se faire télétransporter de nouveau à bord de l'Enterprise, et menacé par les tirs de son propre vaisseau…

Il arriva à l'ingénierie en nage, pour assister à une scène presque plus choquante que celle dont il venait d'être témoin sur la passerelle.

L'enseigne Syl et le lieutenant Wylah, dans un moment de folie, s'étaient jetés sur le commandant Spock et cherchaient clairement à le mettre à terre. Le premier officier, sans se départir de son calme, assomma la première d'une manchette sur la nuque et le second d'un coup de poing à l'estomac – très efficace, certes, mais depuis quand le Vulcain se permettait-il de lever la main sur des membres de l'équipage ? Il avait dans sa manche une façon bien plus pacifique, propre à son espèce, de se battre – pourquoi ne s'en était-il pas servi… ?

- Enfermez-les immédiatement, ordonna-t-il de sa voix impersonnelle à deux gardes qui avaient assisté, bouche bée, à la scène. Qu'ils ne puissent communiquer avec personne, et surtout pas avec le lieutenant Seth.

Les deux officiers de la sécurité obéirent sans broncher, sans poser la moindre question.

- M. Scott, reprit Spock en se tournant vers l'ingénieur en chef (et ce dernier ne demanda rien non plus, comme si toute la situation était parfaitement naturelle), les ordres du capitaine sont très clairs, comme je vous le disais avant d'être interrompu par cette tentative de mutinerie. Veuillez procéder aux contrôles d'usage sur les torpilles avant de passer les commandes à M. Sulu.

- Bien, commandant, répondit Scotty.

Chekov eut juste le temps de se jeter derrière un des immenses tuyaux du circuit de refroidissement pour ne pas être aperçu par le premier officier. Selon toute apparence, Spock n'était pas plus Spock que Kirk n'était Kirk, et les deux Ranniens s'en étaient aperçus, avaient tenté de le confondre – et avaient été réduits au silence.

Dans ce cas, où était la véritable équipe de commandement de l'Enterprise ?

Le jeune pilote sortit son communicateur et le régla sur la fréquence de son supérieur.

- Ici Kirk.

- Capitaine ?

- Qu'y a-t-il, Chekov ? Je vous manque déjà ?

Pavel sentit ses jambes se dérober sous lui et il s'assit sans grâce par terre, derrière son tuyau. Jusqu'à présent, malgré tout ce qu'il avait vu et entendu, il avait conservé l'espoir d'une autre explication logique, moins effrayante.

Ce qu'il devait faire à présent l'épouvantait, mais il s'agissait de la seule solution.

- Capitaine, m'autorisez-vous à saboter le vaisseau ?

C'est la seule solution, se répéta-t-il en refermant le communicateur et en le replaçant à sa ceinture. Il inspira profondément et sortit de sa cachette. Non loin de lui, l'ingénieur en chef s'activait au-dessus des commandes des torpilles. Il lui faudrait une dizaine de minutes pour effectuer toutes les vérifications demandées – dix minutes durant lesquelles Chekov devrait agir avant que l'on ne se rende compte de quelque chose sur la passerelle.

Il s'approcha doucement de Scott, lorsqu'il se rendit compte qu'au-dessus de lui, perché comme à son habitude sur l'un des caissons, Keenser s'apprêtait à assommer son coéquipier et meilleur ami par derrière.

Une seconde plus tard, l'ingénieur était étendu à terre, tandis que le petit extra-terrestre se laissait glisser à ses côtés. Ses yeux noirs en forme de bille roulèrent en direction de l'intrus et il se figea.

- Chekov, dit-il à voix basse en se tournant vers le jeune homme, je vous assure que je ne suis pas devenu fou.

- Je sais, je sais. Vous les voyez aussi ? Je veux dire, vous vous êtes rendu compte que le commandant n'est pas le commandant ? demanda Pavel, immensément soulagé à l'idée de ne plus être seul.

- Mon espèce ne peut se laisser berner par de simples trucages télépathiques, pas plus que celle de Syl et de Wylah.

Oh. Tout faisait sens, à présent. Chekov eut une pensée de gratitude envers le commandement de Starfleet, qui n'avait pas attribué un équipage entièrement humain à l'Enterprise. Cela venait probablement de leur sauver la vie.

- C'est pour cette raison que le commandant les a…

- Oui. Tout comme moi, ils le voient tel qu'il est réellement.

Le jeune Russe envisagea un instant de demander à Keenser comment était réellement la créature qui avait pris la place de Spock, mais il se ravisa. Ils n'avaient pas le temps.

- Keenser, nous devons saboter les armes !

- Je vais m'en occuper, répondit tranquillement l'Alien. Vous étiez sur la passerelle ? Le capitaine vous a laissé venir ici ?

- J'ai demandé à aller à l'infirmerie.

- Alors allez-y immédiatement pour ne pas attirer les soupçons. Pendant que je sabote les torpilles, essayez de trouver d'autres membres de l'équipage qui ne soient pas encore sous influence, ou qui, comme vous, ont su résister. Ils doivent être en train de faire le tour du vaisseau pour régler les ondes cérébrales d'un maximum de personnes, constater qui résiste, et les neutraliser.

- Régler les ondes cérébrales… ? répéta Pavel machinalement. Mais comment allons-nous passer inaperçus s'ils peuvent lire dans nos esprits ? Le capitaine m'a déjà regardé bizarrement lorsque j'ai commencé à avoir des doutes.

- Qu'avez-vous fait pour détourner ses soupçons ?

- J'ai… fermé mon esprit.

Chekov se sentit rougir sous le regard pénétrant de Keenser, qui hocha la tête en signe d'approbation.

- Vous êtes très résistant. Je suis heureux de savoir que vous êtes à mes côtés. Si nous ne sommes pris ni l'un ni l'autre, rendez-vous dans vos quartiers à 17:00 afin d'élaborer un plan d'action.

Le jeune homme sentit une nouvelle vague de soulagement déferler sur lui.

- Parfait. Vous êtes sûr que vous n'avez pas besoin d'aide ici ?

- Je suis sûr. Allez.

Sans perdre davantage de temps, il repartit en courant vers l'infirmerie, où il arriva trempé de sueur, haletant et tremblant de tous ses membres. Il ne lui fut pas très difficile de faire croire à l'équipe médicale qu'il était véritablement malade, car la première chose qu'il fit fut de rendre dans un bassin tout ce qu'il avait mangé depuis le matin, incapable de garder quoi que ce soit dans l'estomac dans les circonstances présentes. L'infirmière Chapel le prit gentiment par le bras une fois qu'il eut fini de vomir et l'emmena dans le bureau du docteur McCoy.

- Il est parti pour une tournée d'inspection, expliqua-t-elle gentiment au jeune homme en lui faisant signe de s'allonger sur le lit.

Pavel sentit une sueur froide lui couler le long du dos. Il était infiniment soulagé de ne pas avoir affaire au « faux » docteur, mais il comprenait que derrière les mots « tournée d'inspection » se cachait une réalité beaucoup moins plaisante : McCoy allait purement et simplement « régler les ondes cérébrales », comme le disait Keenser, des membres de l'équipage…

Il fut saisi d'un nouveau haut-le-cœur.

- Eh bien, qu'est-ce qui vous arrive ? demanda l'infirmière en lui tendant un verre d'eau, qu'il accepta avec gratitude. Voyons voir ça, ajouta-t-elle en s'emparant de son tricordeur.

Elle venait à peine de commencer à le faire tourner au-dessus de la tête du patient lorsque son communicateur sonna.

- Oui, docteur ?

- Chapel, ordonna la voix de McCoy, légèrement tendue, préparez-moi trois doses de sédatif et envoyez-les en urgence à la cale. Il y a un problème avec nos trois Ranniens, ils ont eu une crise de folie simultanée – vous savez à quel point ils sont liés mentalement… Ils ont été maîtrisés, mais je préfère ne pas prendre de risque.

- Entendu, docteur, je vous envoie ça. Une minute, Pavel, je reviens, ajouta-t-elle en quittant la pièce pour accomplir les ordres reçus.

Chekov avala péniblement sa salive. Les trois Ranniens. C'est-à-dire Syl et Wylah, qui avaient reconnu la chose à la place du premier officier et tenté de l'arrêter. Et Seth, que le Russe comptait aller voir sitôt sorti de l'infirmerie. Tous les trois enfermés dans une cellule sous un prétexte médical qui expliquerait parfaitement leur comportement étrange à l'égard du commandant. Un allié de moins, se dit le jeune pilote en se mordant les lèvres.

- Détendez-vous, je ne vais pas vous manger ! sourit la jeune femme qui était revenue dans le bureau.

- Mademoiselle Chapel, je…

- Christine, l'admonesta-t-elle en prenant un hypo sur une étagère. Je vous l'ai déjà dit.

- Oui, Christine, se reprit Chekov, à peine conscient de l'anti-nauséeux qu'elle lui injectait dans le bras. Christine, est-ce que… est-ce que vous avez vu le docteur McCoy après son passage sur Adenia ?

L'infirmière ne répondit pas immédiatement.

- Pourquoi me posez-vous cette question ? finit-elle par demander en jetant un regard circulaire dans la pièce vide, comme pour s'assurer que personne ne pouvait les entendre.

Pavel se demanda pour quelle raison elle se montrait aussi méfiante, et en déduisit qu'elle avait également remarqué quelque chose d'étrange. Peut-être le… le trifouillage de son cerveau ne s'était-il pas aussi bien passé pour elle que pour les autres ? D'un autre côté, il ignorait le danger d'apprendre la vérité à ceux qui avaient été hypnotisés (faute d'un meilleur mot, le jeune homme choisit de considérer ce qui s'était passé comme une dangereuse forme d'hypnose), aussi opta-t-il pour une question prudente.

- Est-ce que… Est-ce que le docteur vous a expliqué ce qui s'était passé sur la planète ? demanda-t-il à voix basse.

- Oui, répondit-elle sur le même ton. Et je comprends la nécessité de… de détruire Adenia, s'il n'y a vraiment pas d'autre solution, mais…

- Mais… ? l'encouragea Chekov.

- Mais je pensais que Leonard serait plus compatissant, qu'il essayerait, au moins, de chercher un remède…

- Il vous a expliqué ce qu'ils ont vu ? Le capitaine ne nous a rien dit.

- Oui. Les trois individus qui avaient envoyé le message de secours ont fini par être contaminés eux aussi et ils s'apprêtaient à envoyer un nouveau signal de détresse. Ils ont ordonné au docteur, à M. Spock et au capitaine de rester exactement où ils étaient car il s'agissait du seul endroit parfaitement sûr de la planète. Ils leur ont ensuite transmis toutes les connaissances de leur peuple, qu'ils avaient enregistrées afin qu'elles ne soient pas perdues, et leur ont demandé de détruire Adenia car il n'y avait plus rien à faire.

- Et… c'est tout ?

- Oui, répondit Christine en fronçant les sourcils. Mais… Mais quelque chose ne va pas, je ne saurais pas expliquer quoi précisément.

Elle resta de nouveau immobile, comme si elle cherchait à rassembler des souvenirs défaillants. Il semblait à Pavel qu'à chaque fois qu'elle cherchait à exprimer ses doutes, quelque chose l'empêchait de les formuler – comme lui-même, précédemment, dans l'ascenseur, avait soudainement ressenti le besoin de croire que le capitaine était bien le capitaine.

- Pavel, s'exclama soudain la jeune femme, vous croyez que Leonard a été contaminé sans s'en rendre compte ?

- Non, non, Christine, répondit Chekov, ce n'est pas ça. Je suis à peu près certain qu'il n'y a jamais eu d'épidémie sur Adenia.

Elle le regarda, perplexe.

- Mais Leonard…

- Je vous en prie, l'interrompit le pilote, désespéré de la rallier à sa cause, essayez de vous souvenir précisément de ce qu'a dit le docteur McCoy, des gestes qu'il a effectués, de tout ce qu'il a fait. Repensez-y bien, concentrez-vous.

L'infirmière hocha la tête, ferma les yeux quelques instants, puis les rouvrit lentement.

- A un moment…

- Oui ?

Il avait l'impression de devoir lui arracher les mots, comme si elle n'était pas maîtresse de ce qu'elle disait, mais il sentait qu'il approchait de la victoire.

- A un moment, j'ai eu l'impression que son visage se brouillait – comme un hologramme, ou un écran, si vous voyez ce que je veux dire. Puis il m'a souri et j'ai juste pensé que j'étais fatiguée…

- Non, ce n'était pas vous, s'emporta Pavel, se redressant sur son lit et oubliant toute prudence. Christine, des usurpateurs ont pris la place du docteur, du capitaine et du commandant.

- Des… usurpateurs ? répéta-t-elle, choquée. Mais comment ? Vous racontez n'importe quoi, ajouta-t-elle presque sévèrement. Vous n'avez pas de fièvre, mais vous racontez n'importe quoi. Ce dont vous avez besoin à présent, c'est de repos.

Elle tendit la main vers une seringue bleue que Chekov savait, pour être déjà passé par là avec le docteur McCoy, être remplie d'un sédatif plus qu'efficace.

Non, pensa désespérément le jeune homme – mais il n'eut pas le temps de protester, car le lieutenant Uhura passa la tête par l'entrebâillement.

- Christine, je… Oh, pardon, Chekov, je ne vous avais pas vu. Comment allez-vous ? demanda-t-elle avec sollicitude en refermant la porte du bureau derrière elle.

- Je vais très bien, affirma-t-il en lançant un regard de défi à l'infirmière.

- Je suis ravie de l'entendre, répondit Uhura avec un sourire.

Elle semblait cependant préoccupée, voire inquiète, et elle se tourna presque immédiatement vers Christine :

- Je peux te parler deux minutes ?

Chapel jeta au Russe un regard méfiant.

- Je ne sais pas si c'est le moment.

- C'est important, vraiment. Tu as vu Spock depuis qu'il est remonté d'Adenia ?

L'infirmière fit non de la tête, mais Chekov intervint, fermement décidé à participer à la conversation et à ne pas sa laisser endormir.

- Moi, je l'ai vu.

- Oh, dans ce cas, vous allez peut-être pouvoir m'aider. Vous ne l'avez pas trouvé… bizarre ? Je veux dire, enchaîna-t-elle, je viens de le croiser et… et je suis certaine que quelque chose ne va pas. Vraiment pas.

- Dans quel sens ? demanda Christine. Tu penses qu'il a pu contracter cette maladie sur Adenia ? Je me pose la même question à propos de Leonard.

Chekov retint un soupir d'exaspération. A présent qu'elle s'était mis cette idée en tête (ou qu'on la lui avait mise en tête, pour éviter qu'elle ne se penche sur le vrai problème), elle ne voulait visiblement plus la lâcher.

- Je n'y avais pas pensé, répondit la jeune femme, troublée, mais non, ce n'était pas physique, c'était… autre chose.

- Quoi, alors ?

- Lieutenant Uhura, est-ce que le commandant Spock vous a semblé étrange ? demanda Chekov, jouant le tout pour le tout. Pour ma part, enchaîna-t-il rapidement, sans laisser à l'infirmière le temps de réagir, je viens de le voir assommer l'enseigne Syl et le lieutenant Wylah sans utiliser la prise neurale vulcaine. Et, à ma connaissance, le commandant ne fait jamais usage de la force de cette façon – je veux dire, sauf…

Il s'arrêta. Sauf quand on le pousse à bout, s'apprêtait-il à dire, mais c'était inutile. Uhura avait comme lui assisté à la scène sur la passerelle de l'Enterprise le jour de la destruction de Vulcain.

- Oui, Chekov, répondit-elle en le regardant fixement, il était… étrange. Le capitaine m'a chargée d'aller placer dans les archives les connaissances réunies par les Adeniens et j'ai croisé Spock dans le couloir. C'était bien Spock, et… et en même temps, ce n'était pas lui. Je sais que ça n'a aucun sens, mais…

- Mais qu'est-ce que vous racontez, tous les deux ? s'écria l'infirmière.

- Christine, tu sais, ce que je t'ai dit la dernière fois… Spock… me l'a dit.

Elle s'interrompit, et bien que Pavel ne vît aucune différence perceptible sur les joues de la jeune femme, il était évident qu'elle était en train de rougir.

- Quoi ? demanda Chapel. Il t'a dit quoi ?

- Tu le sais bien, répondit Uhura évasivement en jetant un rapide coup d'œil vers le jeune Russe. Dans un couloir plein de monde, au beau milieu d'une mission pénible, ça n'est pas…

- … Ça n'est pas logique, compléta l'infirmière.

- J'allais dire ça n'est pas vulcain. Mais non, tu as raison, ça n'est pas logique. Et si ce n'est pas logique, alors… ce n'est pas Spock.

Chekov ne chercha pas à élucider les sous-entendus de la conversation. D'ailleurs, il était presque certain d'avoir déjà compris. Après tout, lui-même avait connu des Vulcains, les avait fréquentés – et lui-même, s'il avait été plus âgé, aurait également pu attendre désespérément ces trois mots, que T'Lavik n'aurait jamais, jamais, jamais prononcés, ni dans un couloir bondé, ni ailleurs, parce que les Vulcains ne disaient jamais aux gens qu'ils les aimaient, Svalaa le lui avait expliqué très clairement.

Il chassa de son esprit le souvenir de Svalaa et de T'Lavik, parce qu'ils étaient tous les deux morts avec ceux de leur peuple, et que T'Lavik ne reviendrait pas maintenant lui dire ces trois mots, ni aucun autre mot d'ailleurs.

- Lieutenant Uhura, Christine, je vous en supplie, faites-moi confiance. Le commandant Spock n'est pas le commandant Spock. Le docteur McCoy n'est pas le docteur McCoy.

Les deux femmes se regardèrent, incertaines.

- Ils sont en danger, ajouta-t-il, et nous seuls pouvons les aider.

- D'accord, Chekov, finit par dire Uhura, je vous crois. Maintenant, expliquez-nous ce qui s'est passé.

Le jeune homme ouvrit la bouche pour leur fournir toutes les informations nécessaires, mais un bruit de voix se fit entendre dans la pièce principale de l'infirmerie – une voix reconnaissable entre toutes. Pavel sentit son cœur s'arrêter.

- Rendez-vous dans mes quartiers à 17:00, chuchota-t-il. Et d'ici là, ne parlez à personne de cette conversation.

La porte s'ouvrit brusquement et le médecin en chef apparut sur le seuil.

- Qu'est-ce qui se passe ici ?

L'estomac du jeune homme décida que c'était le moment pour se retourner de nouveau, et il se pencha rapidement sur le côté du lit pour ne pas vomir sur les draps. Christine s'écarta juste à temps et McCoy soupira.

- Bon, sortez toutes les deux, je m'occupe de lui. Dites, Chekov, c'est un peu la panique à bord, vous croyez que c'est vraiment le moment d'être malade ?

Oui, songea-t-il en bredouillant des excuses, c'était le moment parfait. Les deux jeunes femmes s'étaient éclipsées, loin de cette créature qui bidouillait des ondes dans la tête des gens. Il ne lui restait plus qu'à ne pas se trahir lui-même.

McCoy fronça les sourcils et s'empara de la seringue que Chapel avait laissée sur la table.

Tout ira bien, se répéta le jeune Russe en se forçant à respirer calmement.

- Chekov, vous êtes en train d'hyperventiler, détendez-vous.

La main du médecin se posa sur son épaule, réconfortante, et Chekov dut lutter pour ne pas tressaillir de crainte et de dégoût.

- Je vais vous endormir pour deux ou trois heures, je suis sûr que tout ira mieux quand vous vous réveillerez, d'accord ?

Il acquiesça, mâchoire crispée, corps tendu à l'extrême, et lorsqu'il sentit la morsure de l'aiguille, il parvint à lancer un sourire reconnaissant au faux McCoy.

Il n'était plus un enfant, après tout.

Bon anniversaire, Pavel, eut-il la force de murmurer avant de sombrer dans le sommeil.