De retour de vacances avec un nouveau chapitre ! Je me suis rendu compte que je m'étais trompée dans le titre du chapitre précédent, donc ne vous étonnez pas si le titre du chapitre 4 est le même que l'ancien titre du chapitre 3 (je ne sais pas si c'est clair)... Les choses avancent plutôt doucement ici, parce que j'ai envie de prendre mon temps pour cette fic et de dérouler complètement mon scénario, sans trop faire d'ellipses et en essayant de creuser un peu les rapports entre les personnages. Je vais alterner deux chapitres au sol / un chapitre sur le vaisseau, en variant les points de vue. Un grand merci du fond du cœur à Kty Koneko pour son aide précieuse sur le vocabulaire et la syntaxe vulcains ! (La dernière phrase n'est volontairement pas traduite, mais elle le sera au début du chapitre suivant.) Je ne dirais pas qu'il y a une vraie citation de Star Wars dans ce chapitre, mais disons un clin d'œil, pour ceux que ça amuse de les repérer...

Chapitre 4 - "Spock a fini par contaminer ce garçon."

Jim ouvrit les yeux – quelqu'un venait de lui administrer une gifle magistrale, suffisante pour réveiller un cheval – et aspira une grande goulée d'air, ou plutôt essaya, avant de se pencher sur le côté pour recracher toute l'eau qui avait pris place dans ses poumons, son estomac, et probablement le reste de ses organes. Il sentit vaguement que des mains le soutenaient, l'aidaient à respirer plus facilement en soulevant sa cage thoracique, et entendit en même temps, sur sa droite, un bruit qu'il ne parvint pas à identifier. Il essaya de se tourner dans cette direction, mais il eut beau écarquiller les yeux, il ne vit rien de plus qu'un grand flou lumineux.

- Leonard… ? parvint-il à articuler péniblement.

- Je suis là, répondit une voix familière non loin de lui. Concentre-toi sur ta respiration.

- … Spock… ? demanda le jeune homme, sans parvenir à cesser de recracher par la bouche et le nez (il espérait que la liste s'arrêtait là) ce qui lui semblait l'équivalent du contenu de la baie de San Francisco.

- C'est bon, il va bien, dit McCoy, une légère hésitation dans la voix. Ça va aller ? Tu peux t'en sortir seul, tu crois ?

Jim acquiesça et les mains le relâchèrent aussitôt. Il s'affaissa légèrement à terre, mais la quantité de liquide qui sortait de son corps avait considérablement diminué et il sentait avec un soulagement indicible l'air frais emplir ses poumons. La voix du médecin retentit de nouveau.

- Respirez, Spock – par le nez, si vous le pouvez.

Le capitaine se tourna de nouveau vers le bruit rauque qui n'avait pas cessé depuis son réveil, et aperçut le premier officier, assis sur une pierre, qui toussait sans discontinuer. Ruisselant d'eau (ce qui, ne put s'empêcher de penser Jim, dans un moment totalement décalé, n'arrangeait certainement pas sa coupe de cheveux), il ressemblait assez à un chat qui aurait eu l'infortune de tomber dans une baignoire d'eau glacée et semblait peiner à reprendre haleine. Tout, dans sa posture, indiquait une si visible perte de contrôle que le jeune homme, une fois passé le premier réflexe de moquerie, ne put réprimer un élan de profonde sympathie envers le Vulcain. Pour un être qui avait fait de l'emprise sur lui-même sa raison de vivre, ce genre de situation devait être rien moins qu'agréable.

Bones, qui l'aidait à respirer comme il avait aidé son meilleur ami quelques instants auparavant, était passé aux insultes :

- Allez, merde, faites un effort ! Ce n'est pas si compliqué pour quelqu'un qui a soi-disant des capacités physiques supérieures ! Si vous toussez, c'est que l'air passe, et donc, ça n'est pas plus difficile de respirer convenablement. Bougez-vous un peu, espèce de…

- Bones ! intervint Jim. Ça va, Spock ?

Le Vulcain fit un bref signe de tête, prit une profonde inspiration, et cessa enfin de tousser.

- Affirmatif, capitaine, assura-t-il d'une voix enrouée en se redressant – mais, nota Jim, sans se relever totalement.

McCoy le lâcha aussitôt et fit un hochement de tête approbateur.

- Vous êtes bon nageur, Spock, fit-il remarquer sur un ton miraculeusement dépourvu de toute ironie. Je n'aurais jamais pu sortir Jim de là tout seul, avec ce foutu courant. Si vous n'aviez pas plongé, je ne sais pas comment ça se serait terminé. Mais où diable avez-vous appris ? Je croyais que Vulcain était une planète désertique et que ses habitants n'étaient pas des fanatiques de la baignade.

McCoy parlait toujours beaucoup (et, souvent, de choses anodines) lorsqu'il cherchait à évacuer une tension ou à dissimuler une profonde inquiétude. Jim le savait, il s'agissait d'un remerciement détourné à Spock pour ce qu'il venait de faire. C'était d'ailleurs peut-être la première fois qu'il s'intéressait au commandant et la première fois qu'il s'adressait à lui sans sarcasmes ni animosité. Certes, il y avait eu cette fameuse nuit sur Ponantis, dont Jim ne savait absolument rien (parce qu'il était en train de dormir), et d'où tous deux étaient sortis presque amis – presque, avant qu'un nouveau conflit ne les oppose à nouveau, faisant voler en éclats l'équilibre précaire qu'ils étaient parvenus à instaurer.

- Les Vulcains en général, docteur McCoy, n'éprouvent en effet pas le besoin de se baigner ni même d'apprendre à nager. En ce qui me concerne, la situation était différente : en tant qu'officier de Starfleet, il m'a été demandé de passer outre les particularités physiques de mon espèce et de me prêter aux mêmes exercices aquatiques que mes condisciples humains.

- Les particularités physiques de votre espèce ? releva Jim, curieux d'en apprendre un peu plus sur son premier officier.

- Les Vulcains, tout comme certains chats terrestres, ne sont pas protégés par la même graisse protectrice que les humains et éprouvent donc un certain inconfort physique au contact de l'eau, particulièrement si elle est froide. Mon héritage mixte me permet cependant d'être plus à l'aise que mes pairs avec ce genre de situations.

Jim s'attendait à ce que McCoy fasse une remarque désobligeante sur l'absence d'intérêt à un cours d'anatomie comparée, mais il se contenta de hocher la tête. Pour sa part, le capitaine se sentait encore sous le choc de ce qui leur était arrivé et surtout de ce qui était arrivé au vaisseau, et entendre des paroles banales était une façon de repousser l'inévitable.

Spock n'était pas de cet avis.

- Capitaine, à présent que nous sommes sains et saufs, pourriez-vous m'expliquer ce qui s'est passé à bord de l'Enterprise ?

Jim soupira et, en deux mots, mit le Vulcain au courant du peu de choses qu'il savait. Spock l'écouta attentivement, sans rien laisser paraître de ce qu'il pensait de la situation. Comment, se demanda Jim, pouvait-il conserver cette impassibilité alors que les autres, là-haut, luttaient probablement pour leur vie – alors qu'Uhura était manifestement en danger ?

- Il me semble que M. Chekov a réussi à neutraliser les torpilles de l'Enterprise, fit remarquer calmement le Vulcain lorsque le capitaine se tut. Dans le cas contraire, nous aurions été éradiqués en même temps que toute forme de vie à la surface de la planète. Quelles sont nos options ?

- Nos options ? répéta Jim, qui se sentait devenir fou à force d'impuissance et commençait presque à en vouloir à Spock pour son éternelle neutralité. Je n'en sais rien. Je ne suis même pas sûr que nous en ayons une seule, à part attendre que Chekov nous recontacte.

- Je ne suis pas d'accord, capitaine. Notre priorité devrait être de trouver un abri pour la nuit et de prendre nos précautions contre d'éventuelles formes de vie hostiles telles que cette masse d'énergie qui a failli nous assaillir tout à l'heure. Pour le vaisseau, nous ne pouvons rien faire.

Les deux hommes levèrent les yeux vers le premier officier, qui avait parlé sans plus d'émotions qu'à l'accoutumée. Jim se sentit presque outré du manque de compassion, de la désinvolture avec laquelle il s'exprimait.

- Le gobelin n'a pas tort, tu sais, finit par dire Leonard, apparemment stupéfait de se trouver en accord avec le premier officier. Notre priorité, c'est de nous réchauffer, de nous armer et de nous protéger. Ensuite, nous pourrons envisager un plan d'action pour essayer de remonter à bord du vaisseau, avec ou sans l'aide de la population du coin. Mais en tant que médecin, j'insiste pour que nous trouvions un abri au plus vite. Cette eau était glacée – figure de style, Spock, vous vous souvenez ? – et Dieu sait quelles bactéries dégueulasses elle peut bien charrier. J'ai perdu mon sac quand je suis tombé à l'eau, et tout ce qui me reste de mon équipement médical, c'est un tricordeur et quelques compresses antiseptiques. Je pense qu'il faut minimiser les risques. Sans parler des bestioles charmantes qu'on risque en effet de rencontrer dans le coin.

Jim acquiesça. Le discours de ses deux coéquipiers lui avait fait prendre conscience des conditions dans lesquelles ils se trouvaient : le jour déclinait lentement, un vent froid venant de l'est soufflait sur les berges de la rivière – et ils étaient tous trois trempés de la tête aux pieds, trois proies faciles pour un éventuel prédateur.

Il frissonna. L'expérience similaire qu'ils avaient vécue sur Ponantis lui avait suffi. Ce qui s'était passé la semaine précédente et la mort de Gary Mitchell l'avaient rendu définitivement prudent.

Il ne serait pas responsable de la mort d'un autre de ses officiers – pas avant d'avoir lui-même donné sa vie en essayant de le sauver.

- Vous avez raison. On bouge.

Deux heures plus tard, ils étaient tous les trois assis sur de larges pierres plates, à l'entrée d'une petite grotte qu'ils avaient dénichée non loin de l'eau ils avaient taillé trois longues branches pour en faire des lances (si le tir d'un phaseur n'était d'aucune utilité contre la faune locale, des armes plus primitives s'avéreraient peut-être plus efficaces) et allumé à l'entrée de la caverne un vaste feu, auprès duquel ils s'étaient séchés et réchauffés.

Il ne leur restait plus qu'à mettre en commun les maigres biens qui leur restaient. Les sacs de Kirk et de McCoy étaient restés de l'autre côté de la rive, près de la balise, et il n'était pas question d'aller les chercher : le torrent était bien trop rapide et il était déjà miraculeux qu'ils en fussent sortis indemnes. En ajoutant au contenu du sac de Spock celui des poches de ses deux coéquipiers, leurs possessions restaient tout de même limitées.

Deux phaseurs.

Un communicateur (celui de Spock).

Un tricordeur.

Trois couteaux multifonctions.

Une gourde.

Quinze pastilles de décontamination.

Une couverture de survie.

Trente allumettes à combustion protégée.

Une lampe.

Une corde de cinq mètres de long.

Quatre compresses enduites d'antiseptique.

Une barre de céréales chocolatée.

Une petite flasque d'alcool (nul besoin de demander de qui cette dernière était la possession…).

Bref, de quoi tenir quelques jours dans une nature inconnue et vaguement hostile. Le temps que l'équipage localise et téléporte les membres perdus, en cas de panne de communication, songea Jim amèrement, ou au pire, en cas de défaillance plus importante du système, le temps que l'Enterprise envoie une navette de secours.

- Que pouvons-nous faire à présent ? demanda le jeune homme d'une voix qu'il essaya de rendre mature. Nous devons nous mettre d'accord sur la meilleure voie à suivre. Spock, qu'en pensez-vous ?

- Nos options sont limitées, capitaine. Nous ne pouvons ni contacter Starfleet, ni regagner l'Enterprise par nos propres moyens. Par conséquent, il me semble que la meilleure chose à faire soit d'essayer de trouver une ville sur cette planète et de voir de quelle façon les Adeniens, ou plutôt leur technologie, peuvent nous aider à regagner le vaisseau.

- Et l'épidémie ? s'exclama Bones. Vous y avez pensé ?

- Il faut en effet la prendre en considération, docteur, mais j'aurais tendance à croire qu'il s'agit d'une invention pour nous attirer jusqu'ici et prendre possession du vaisseau. Il ne me semble pas illogique de supposer que les trois formes humanoïdes dont nous avons perçu les relevés près de la balise sont les mêmes qui ont usurpé notre identité sur l'Enterprise comment ils sont parvenus à se faire téléporter à notre place et à se faire passer pour nous demeure une question en suspens, mais nous pouvons raisonnablement penser que nous avons affaire à une espèce télépathe.

Le mot jeta un froid. La plupart des espèces télépathes connues, à l'exception des Vulcains, chez qui une discipline de fer enseignée dès le plus jeune âge empêchait toute dérive, étaient belliqueuses et avides de pouvoir. Il est évidemment exaltant d'avoir accès aux pensées et aux émotions d'un adversaire que l'on peut manipuler à sa guise…

- Ce qui est sûr, grommela le médecin, c'est qu'on ne peut pas rester éternellement dans cette grotte. Mais où aller ? Dans quelle direction ? Nous ne savons rien de cette planète. Et à part une boule d'énergie dégueulasse et meurtrière, nous n'avons rencontré aucune forme de vie. Notre tricordeur n'indique aucun relevé significatif dans les environs immédiats. Et si tous les Adeniens sont comme ces trois zigotos qui nous ont piégés ici…

- Avec votre permission, docteur, j'exprimerai mon désaccord.

- Oh, parce qu'il vous faut une permission pour ça maintenant ?

Jim, exaspéré par cette inutile joute verbale, s'apprêtait à intervenir, mais Spock ne releva même pas.

- Si tous les Adeniens sont d'accord pour essayer d'aborder un vaisseau spatial, pourquoi nous attirer ici spécifiquement, loin de toute construction, alors qu'il eût été très facile de nous téléporter dans une ville et de nous emprisonner ? Je pense que nos usurpateurs d'identité n'ont pas le soutien de la majorité de la population et qu'ils ont installé leur piège volontairement dans cet endroit désert afin de ne pas attirer l'attention sur eux. De plus, s'ils cherchent à tirer sur la planète et à détruire, partiellement ou en totalité, les formes de vie qui s'y trouvent, on peut penser qu'il s'agit de rebelles ou de dissidents.

- Ca se tient, dit Jim pensivement. Dans ce cas, nous devrions pouvoir gagner la confiance des Adeniens, comme le suggérait Spock.

- Pardonnez-moi, capitaine, mais je ne suggérais rien de tel. Une telle action violerait la Première Directive.

Les deux hommes regardèrent le Vulcain, choqués. La Première Directive ? Dans un cas comme celui-ci ?

- Spock, on s'en fout de la Première Directive ! s'emporta McCoy, exprimant le point de vue du capitaine. Ils ont atteint un niveau technologique qui va bientôt leur permettre de voyager dans l'espace et nous serons alors en mesure d'établir un premier contact.

- Les trois individus qui ont pris place à bord du vaisseau, oui. Mais les autres ?

Jim s'apprêtait à répondre quelque chose de peu aimable lorsque le communicateur du premier officier émit son sifflement caractéristique. Immédiatement, Spock l'ouvrit et le tendit au capitaine.

- Chekov, c'est vous ?

- Capitaine ? Commandant ? Docteur ?

- Nous sommes là tous les trois. Mon communicateur est tombé à l'eau, nous n'avons plus que celui de Spock. Que se passe-t-il à bord de l'Enterprise ?

- Capitaine, Keenser a réussi à saboter efficacement les torpilles à protons et il va falloir au moins une semaine à Scotty pour les remettre en marche. Les pirates ne veulent pas s'éloigner d'Adenia, nous devrions donc rester en orbite pour un petit moment.

- Keenser est avec vous ? demanda Jim.

- Oui, capitaine, ainsi que l'infirmière Chapel et le lieutenant Uhura. Nous n'avons pas été… aussi sensibles que les autres aux ondes envoyées par les pirates.

Kirk sentit une vague de soulagement le parcourir à l'idée qu'il leur restait sur le vaisseau des alliés efficaces. Il était également rassuré de savoir que le plus jeune des membres de l'équipage n'avait pas à faire face tout seul à trois meurtriers potentiels.

- C'est inespéré, Chekov. Et le reste de l'équipage ?

- Seth, Syl et Wylah ont été enfermés et drogués car ils ont essayé d'alerter les autres, mais Christine les a vus et ils vont bien. Sinon, tout le monde croit fermement que les trois officiers qui sont remontés à bord sont bien… ce qu'ils prétendent être. Ces êtres sont télépathes. Selon Keenser, ils modifient les ondes cérébrales pour nous empêcher de penser. Je ne sais pas pour quelle raison nous sommes… immunisés. Je veux dire, Keenser est insensible à ce genre de manipulations, mais en ce qui nous concerne…

- Capitaine, avec votre permission, puis-je interroger M. Chekov ?

- Bien évidemment, Spock.

- M. Chekov, ici le commandant Spock. Avez-vous, d'une façon ou d'une autre, pratiqué la discipline vulcaine ?

Bones leva les yeux au ciel, mais à la grande surprise des deux hommes, le jeune Russe répondit immédiatement :

- Ha, Sa-pyllora.*

Spock hésita une seconde avant de prononcer quelques autres phrases en Vulcain, que Jim, malgré son irritation, n'osa pas interrompre, puis la voix d'Uhura se fit entendre :

- Compris, Spock, pas de problème, Chekov et moi allons expliquer tout ça à Christine. Mais vous, qu'allez-vous faire ? Ils ont ôté la console de la plate-forme de téléportation en prétextant une panne. Impossible d'avoir accès aux navettes pour le moment, elles sont gardées. Nous sommes en alerte rouge depuis que Keenser a saboté les torpilles.

- Nous allons devoir entrer en communication avec la population locale ou tout du moins utiliser leur technologie pour pouvoir rejoindre le vaisseau, répondit Jim, mais nous n'avons aucune idée de l'endroit où nous nous trouvons. Pouvez-vous nous localiser et nous indiquer comment gagner le point d'habitation le plus proche ?

- L'un d'entre nous peut se rendre au centre de données, mais j'ai peur que nous ne puissions y rester longtemps sans être repérés, déclara alors Keenser. Ils surveillent toute activité inhabituelle et vont probablement essayer de nous monter les uns contre les autres.

- Quelques minutes suffiront – le temps de nous envoyer une carte de la région où nous nous trouvons via le communicateur de Spock.

- Bien, capitaine, j'y vais.

La voix de Chekov fut immédiatement coupée par un concert de protestations que Jim ne parvint pas à endiguer. La voix de Christine Chapel émergea finalement au-dessus du tumulte.

- Non, Pavel, c'est hors de question. Vous en avez déjà assez fait aujourd'hui.

- Pas plus que vous, Uhura ou Keenser, protesta le jeune Russe.

Le capitaine sentit son cœur se serrer. Comment en étaient-ils arrivés là ? Avait-il le droit d'envoyer les autres prendre des risques à sa place ? Il était responsable de son équipage, et il ne pouvait rien faire, et il dépendait d'eux…

- Bon , je viens avec vous, décréta Uhura de sa voix décidée qui n'admettait pas de refus. A nous deux, nous arriverons bien à quelque chose.

- Uhura, dit Jim, dents serrées, si c'est trop risqué, n'y allez pas, on va se débrouiller…

- Capitaine, avec tout le respect que je vous dois, je ne vois pas trop comment vous allez « vous débrouiller ». Vous êtes perdu sur une planète inconnue, vous n'avez aucune idée de la direction à prendre, et à moins d'une chance incroyable, il n'y a aucune raison pour que vous tombiez sur une ville en marchant au hasard.

Kirk avait l'impression qu'un bloc de pierre avait pris place dans son estomac. Elle avait raison, bien sûr, mais la simple idée que ses officiers – ses amis – étaient en danger sur le vaisseau alors que lui était coincé ici, sans rien pouvoir faire, le rendait malade.

- Ce n'est pas à vous de…

- Jim, écoute-moi deux minutes, le coupa fermement la jeune femme, et il obéit, parce qu'il était très rare qu'elle emploie son prénom, surtout avec autant de chaleur et d'affection. Je sais que tu ne veux pas qu'on prenne de risques inutiles, je sais que tu te sens mal de ne rien pouvoir faire pour le moment, et c'est tout à ton honneur, mais que tu le veuilles ou non, tu ne peux pas toujours endosser toutes les responsabilités. On est tous dans la même galère et on doit trouver le moyen de s'en sortir ensemble, d'accord ? Je te promets qu'on ne fera rien d'inconsidéré. Je te promets qu'on ne laissera pas Chekov tout seul. (Une protestation indignée s'éleva derrière elle.) Mais laisse-nous au moins essayer, d'accord ?

Le jeune homme resta un instant sans voix.

- Uhura, c'est bien toi qui viens de me dire toutes ces choses gentilles ? demanda-t-il prudemment.

- Si tu préfères que je t'insulte, pas de problème, répondit-elle, et McCoy ricana. J'attends les ordres, capitaine, conclut-elle en reprenant son ton le plus professionnel.

- D'accord, allez-y, mais soyez prudents – vraiment prudents.

- Entendu. On vous recontacte dès qu'on y est. Spock, korsa'uh au.

Ce fut sur cette phrase sibylline qu'elle coupa la communication. Jim se demanda si elle venait d'avouer au Vulcain son amour éternel – mais, étant donné le peu d'enthousiasme de ces deux-là pour les déclarations sentimentales, il penchait plutôt pour quelque chose du genre « empêche les deux autres de faire n'importe quoi ».

Peut-être n'avait-elle pas tort, après tout.

* Oui, maître (enfin, pas vraiment "maître", mais plutôt "guide spirituel", qui enseigne la méditation vulcaine - je vous ai déjà dit que Spock et Chekov, d'après moi, ont un lien mentor-élève, que j'avais envie d'expliciter dans cette histoire).

PS : Je me suis jetée à l'eau et j'ai commencé une autre fic qui me tient énormément à cœur ("L'autre moitié"), mais je n'abandonne pas celle-ci pour autant ! J'ai pas mal de temps pour écrire ces temps-ci, donc...